Saint Faron, dit Burgondofaro (mort vers 669 à 675), évêque de Meaux au VIIe siècle, est l'une des grandes figures de l'Église franque à l'époque de Dagobert Ier. D'abord homme de cour, il quitte le service du roi d'un commun accord avec son épouse Blidechilde, devient évêque de Meaux, fonde ou soutient des monastères et accueille l'ermite irlandais saint Fiacre dans la Brie. L'Église le fête le 28 octobre, fête locale au diocèse de Meaux.[1][2]
Sa vie n'est pas racontée par un contemporain. Le texte qui la transmet, la Vita Faronis de l'évêque Hildegaire de Meaux, date du IXe siècle, deux siècles après sa mort.[3] Cet article distingue donc ce que le Martyrologe romain affirme, ce que la Vita rapporte et ce que les sources proches de son époque permettent de vérifier.
En quelques dates
- fin VIe siècleNaissance bourguignonne
Faron naît dans une grande famille bourguignonne. Son père Agénéric est un seigneur de la cour de Théodebert II.[4]
- début VIIe siècleL'homme de cour
Il sert Théodebert II, puis Thierry, puis Clotaire II, et défend les opprimés auprès du roi.[5]
- vers 626Évêque de Meaux
Après sa séparation d'avec Blidechilde d'un commun accord, il entre dans le clergé et succède à Gondoald comme évêque de Meaux.[6]
- VIIe siècleFiacre dans la Brie
Faron donne à l'ermite Fiacre la terre du Breuil, où celui-ci fonde un oratoire et un hospice.[7]
- vers 669 à 675Mort à Meaux
- vers 862La Vita d'Hildegaire
Hildegaire, évêque de Meaux, compose la Vita et miracula sancti Faronis, principale source de sa vie.[9]
Une famille de saints francs
Les Faronides
Faron appartient à une famille que les historiens nomment les Faronides, d'après son nom.[10] Son père, appelé Agénéric ou Chagnéric selon les textes, est un des principaux officiers de Théodebert II, roi d'Austrasie. Sa mère appartiendrait à la parenté des Agilolfinges bavarois, mais ce lien reste reconstruit par les généalogistes.[11]
Ses frères et sa sœur dessinent à eux seuls la carte de l'Église franque du VIIe siècle. Waldebert, comte de Guînes, de Ponthieu et de Saint-Pol, devient abbé de Luxeuil. Chagnoald devient évêque de Laon. Sa sœur Burgundofara, sainte Fare, fonde l'abbaye de Faremoutiers, près de Meaux.[12] Jonas de Bobbio, biographe de saint Colomban, connaît cette famille de l'intérieur : c'est Colomban lui-même qui avait béni la petite Fare enfant.[13]
De la cour à l'autel
Jeune, Faron grandit à la cour de Théodebert II. Il y sert ensuite le roi Thierry, puis Clotaire II.[14] La notice Nominis retient de ces années un trait précis :
« Il se servit de son pouvoir pour délivrer les opprimés, penchant plus du côté de la miséricorde que de celui de la rigueur. » : notice « Saint Faron, évêque de Meaux (+ 669) », Nominis, Conférence des évêques de France[15]
Alban Butler, reprenant la tradition ancienne, raconte l'épisode des ambassadeurs saxons : Clotaire II, exaspéré par leur insolence, les fait jeter en prison et jure de les faire mourir. Faron obtient d'abord un sursis de vingt-quatre heures, puis leur pardon, et le roi les renvoie chez eux chargés de présents.[16]
Le renoncement et l'épiscopat
Blidechilde et la séparation consentie
Faron est marié à Blidechilde. La tradition, reprise par Nominis, dit que sa sœur Fare, devenue abbesse de Faremoutiers, le décide à quitter la cour. Blidechilde accepte la séparation, prend le voile et vit en moniale exemplaire. Faron entre alors dans le clergé de Meaux, et sa réputation le fait élire évêque à la mort de Gondoald.[17]
Ce récit appartient au fond ancien de la Vita. Il doit être lu pour ce qu'il est : le souvenir que l'Église de Meaux a gardé de son évêque, transmis deux siècles plus tard, et non un procès-verbal du VIIe siècle. La séparation de deux époux d'un commun accord pour entrer en religion est en revanche un motif bien attesté dans l'aristocratie franque de ce temps.[18]
Évêque de Meaux
Les dates exactes de l'épiscopat varient selon les auteurs. Nominis donne un épiscopat de 626 à 669 ou 672, comme dix-neuvième évêque de Meaux. La Catholic Encyclopedia retient 626 à 672, d'après la chronologie de Mgr Allou. L'article anglais de Wikipédia donne une mort vers 675 et un accès au siège entre 625 et 637.[19][20][21]
Ce que le Martyrologe romain affirme tient en une phrase, citée par Nominis :
« À Meaux, vers 670, saint Faron, évêque. D'abord familier du roi, il fut amené par sa sœur, sainte Fare, au service de Dieu, persuada son épouse de prendre le voile des religieuses pour que lui-même soit accepté dans le clergé et, appelé au gouvernement pastoral du diocèse, enrichit son Église par de très larges donations de biens, érigea des paroisses et favorisa les monastères. » : Martyrologe romain, notice du 28 octobre, texte donné par Nominis[22]
Trois œuvres y sont donc attestées par la liturgie : de larges donations, la fondation de paroisses et le soutien aux monastères. Nominis ajoute qu'on le trouve dans bien des conciles régionaux de son époque et que plusieurs abbayes revendiquèrent de l'avoir eu pour fondateur.[23]
Sainte-Croix, Fiacre et les moines irlandais
La Catholic Encyclopedia précise qu'il bâtit à Meaux le monastère Sainte-Croix, où il fut enseveli.[24] La tradition transmise par Hildegaire et reprise dans la notice Nominis lui attribue une bienveillance particulière pour les moines venus d'Irlande et d'Écosse, dans le sillage de saint Colomban. C'est ainsi qu'il accueille Fiacre, venu chercher la solitude dans la forêt de Brie :
Faron lui donne la terre du Breuil. Fiacre y construit un oratoire en l'honneur de la Vierge Marie, un hospice pour les étrangers et une cellule pour lui-même.[25]
De ce geste naît le village de Saint-Fiacre en Brie. La même notice rapporte, toujours d'après Hildegaire, qu'il envoie un autre Scot, Killien, évangéliser l'Artois sur les pas de saint Vaast.[26] Ces deux épisodes reposent sur la Vita du IXe siècle et sur les vies de ces saints ; ils sont cohérents avec la présence colombanienne forte dans la Brie de Fare et de Faremoutiers, sans pouvoir être datés année par année.[27]
Fête, culte et iconographie
Le 28 octobre
Nominis inscrit saint Faron au 28 octobre 2026, dans la page des fêtes du jour, sous la rubrique des autres fêtes, avec la mention « fête locale » dans sa notice.[28] Le même jour, l'Église célèbre d'abord les apôtres Simon et Jude. Faron est donc, à Meaux et en Brie, la figure locale qui s'ajoute aux deux apôtres : l'évêque du lieu à côté des colonnes de l'Église universelle.
Un quartier de Meaux porte son nom, Saint-Faron, avec son ancienne abbaye. La fromagerie Saint-Faron de Meaux, qui affine le Brie de Meaux dans la ville même, entretient aujourd'hui son nom dans la vie quotidienne des Meldois, sans lien direct avec son culte.[29]
Iconographie
Comme la plupart des évêques francs du VIIe siècle, Faron est représenté en évêque : chape, mitre et crosse pastorale. Aucun attribut personnel aussi reconnaissable que la bêche de Fiacre ne s'est imposé pour lui. La prudence s'impose donc pour la phase image : ses représentations anciennes sont rares, et une photographie de Meaux, de Faremoutiers ou de Saint-Fiacre en Brie documente son monde plus sûrement qu'une gravure tardive inventée.
Histoire et tradition : faire le tri
| Élément | Niveau | Source |
|---|---|---|
| Évêque de Meaux mort vers 670, fête le 28 octobre | Fait liturgique | Martyrologe romain, Nominis[30] |
| Sœur Fare fondatrice de Faremoutiers | Fait proche des origines | Jonas de Bobbio, tradition de Faremoutiers[31] |
| Donations, paroisses, monastères | Affirmé par la liturgie | Martyrologe romain[32] |
| Monastère Sainte-Croix à Meaux, sépulture | Tradition meauxoise reçue | Catholic Encyclopedia, Mgr Allou[33] |
| Ambassadeurs saxons sauvés chez Clotaire II | Récit de la Vita, via Butler | Alban Butler, Lives of the Saints[34] |
| Breuil donné à Fiacre, Killien en Artois | Tradition hagiographique du IXe siècle | Vita Faronis d'Hildegaire, via Nominis[35] |
| Mort en 669, 672 ou 675 | Dates concurrentes, non tranchées | Nominis, Catholic Encyclopedia, Wikipédia[36][37][38] |
Pour aller plus loin
- Saint Simon et saint Jude, les deux apôtres fêtés le même 28 octobre.
Notes et références
Nominis, « Mercredi 28 octobre 2026 », page des fêtes du jour : nominis.cef.fr/contenus/fetes/28/10/2026/28-Octobre-2026.html. Saint Faron y figure sous « Évêque de Meaux (+ 669) », avec renvoi à sa notice 2088 ; la notice précise « 28 octobre, Fête locale ».
1 28Nominis (Conférence des évêques de France), notice 2088, « Saint Faron, évêque de Meaux (+ 669) » : nominis.cef.fr/contenus/saint/2088/Saint-Faron.html. Burgondofare le Bourguignon, cour d'Austrasie, conseil royal, miséricorde envers les opprimés, séparation d'avec Blidechilde, élection à Meaux après Gondoald, conciles, fondations, reliques à La Ferté-sous-Jouarre, épiscopat 626 à 669 ou 672, accueil de Fiacre au Breuil et envoi de Killien en Artois d'après Hildegaire ; texte du Martyrologe romain cité en fin de notice.
2 5 6 7 8 15 17 21 22 23 26 30 32 36Hildegaire de Meaux (évêque vers 856 à sa mort), Vita et miracula sancti Faronis episcopi Meldensis, composée peu après l'attaque viking de janvier 862 contre l'abbaye des Fossés, l'intercession de Faron étant créditée du salut de l'Église de Meaux ; article « Hildegar (bishop of Meaux) », Wikipédia anglophone, et article « Saint Faro », Wikipédia anglophone.
3 9 18 27 35« Faron de Meaux », Wikipédia francophone : fr.wikipedia.org/wiki/Faron_de_Meaux. Famille bourguignonne, père Agénéric seigneur de la cour de Théodebert II, frères Waldebert de Luxeuil et Chagnoald de Laon, sœur Burgundofara de Faremoutiers, cours de Théodebert II, Thierry et Clotaire II, succession à Gundoald entre 625 et 637, terre du Breuil donnée à Fiacre avec oratoire, hospice et cellule.
4 12 14 25Régine Le Jan, « Convents, violence and competition for power in Francia », dans Frans Theuws, Mayke de Jong et Carine van Rhijn (dir.), Topographies of power in the early Middle Ages, 2001, cité par « Saint Faro », Wikipédia anglophone, note 1 : la famille de Faron est connue comme les Faronides et nommée d'après lui.
10« Saint Faro », Wikipédia anglophone : en.wikipedia.org/wiki/Saint_Faro. Burgundofaro mort vers 675, évêque de Meaux, châsse majeure à la cathédrale de Meaux, famille des Faronides.
11 20 38« Burgundofara », Wikipédia anglophone : en.wikipedia.org/wiki/Burgundofara. Burgundofara née vers 595, morte entre 643 et 675, consacrée enfant par saint Colomban, fondatrice et abbesse de Faremoutiers près de Meaux.
13 31Alban Butler, « St. Faro, Bishop of Meaux », The Lives of the Saints, vol. X, 1866, texte sur Bartleby : bartleby.com/210/10/283.html, cité par « Saint Faro », Wikipédia anglophone. Jeunesse aux cours de Théodebert II, Thierry et Clotaire II, protection de l'innocent, de l'orphelin et de la veuve, ambassadeurs saxons graciés après un sursis de vingt-quatre heures, séparation consentie d'avec Blidechilde.
16 34Catholic Encyclopedia (1913), article « Diocese of Meaux », texte sur Wikisource : en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Diocese_of_Meaux. Chronologie de Mgr Allou : saint Faron évêque de 626 à 672, sœur sainte Fare fondatrice de Faremoutiers, constructeur du monastère Sainte-Croix à Meaux.
19 24 33 37Office de tourisme Meaux Marne Ourcq, « Fromagerie Saint-Faron » : meaux-marne-ourcq.com. Le nom Saint-Faron vient d'un évêque de Meaux du VIIe siècle ; la fromagerie affine le Brie de Meaux à Meaux même.
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