Bienheureuse Carmen de l'Enfant Jésus (1834-1899)

Bienheureuse Carmen de l'Enfant Jésus (1834-1899), fondatrice des Franciscaines des Sacrés Cœurs. D'une école pour enfants pauvres ouverte dans sa maison d'Antequera naît en 1884 une congrégation éducative et hospitalière. Béatifiée en 2007, fêtée le 9 novembre.

Ignispedia

Bienheureuse Carmen de l'Enfant Jésus, de son nom civil María Carmela González Ramos García Prieto, née le 30 juin 1834 à Antequera, dans la province de Malaga, et morte dans la même ville le 9 novembre 1899, est une religieuse espagnole, fondatrice des Franciscaines des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. Sa vie traverse quatre états successifs, jeune fille, épouse, veuve, puis fondatrice, et l'Église la propose comme un exemple de charité patiente devenue apostolat éducatif et hospitalier.[1]

Béatifiée le 6 mai 2007 à Antequera par le pape Benoît XVI, elle est fêtée le 9 novembre, jour de sa mort. La notice de Nominis la présente simplement comme la fondatrice de la congrégation des sœurs des Sacrés Cœurs, morte en 1899.[2] Son histoire tient en une phrase qu'elle répétait dans la joie comme dans l'épreuve, et que l'homélie de sa béatification a retenue comme sa signature spirituelle.[3]

« Béni soit Dieu, qui nous a tant aimés. »[4]

Ce qui frappe dans son parcours, ce n'est pas un événement spectaculaire isolé. C'est une fidélité longue : vingt ans de mariage difficile vécus dans la prière, puis une école ouverte dans sa propre maison pour les enfants pauvres du voisinage, puis onze maisons fondées de son vivant en Andalousie, en Castille et en Catalogne.[5]

En quelques dates

  1. 1834
    Naissance à Antequera
    sixième de neuf enfants

    María Carmela nait le 30 juin 1834 dans une famille chrétienne d'Antequera et elle est baptisée le lendemain.[6]

  2. 1856
    Mariage
    à 22 ans

    Elle épouse Joaquín Muñoz del Caño, certaine d'accomplir la volonté de Dieu. Commence une longue période d'épreuve conjugale.[7]

  3. Vers 1876-1880
    Conversion du mari, puis veuvage
    à 47 ans

    Après vingt ans de patience et de prière, son mari lui demande pardon pour sa vie dissolue. Quatre années de vie nouvelle suivent, puis Joaquín meurt et Carmen devient veuve à 47 ans.[8]

  4. 1884
    Fondation
    8 mai 1884

    Guidée par son directeur spirituel, le capucin Bernabé de Astorga, elle entre avec ses premières compagnes au couvent Notre-Dame des Victoires. La congrégation des Franciscaines des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie est fondée.[9]

  5. 1899
    Mort à Antequera
    9 novembre, à 65 ans

    Elle meurt le 9 novembre 1899 dans sa ville natale. De son vivant, onze maisons avaient été ouvertes.[10]

  6. 1984-2007
    Vénérable, puis bienheureuse
    1984, 2006, 2007

    Jean-Paul II la déclare vénérable le 7 avril 1984. Benoît XVI promulgue le 26 juin 2006 le décret reconnaissant le miracle attribué à son intercession, puis elle est béatifiée le 6 mai 2007 à Antequera.[11]

Une enfance à Antequera

Une famille chrétienne de neuf enfants

María Carmela est la sixième des neuf enfants d'une famille chrétienne d'Antequera, ville andalouse de la province de Malaga. Baptisée dès le lendemain de sa naissance, elle grandit dans une atmosphère familiale qui favorise très tôt une sensibilité spirituelle.[12] La biographie publiée par le Vatican la décrit comme une enfant aimée pour sa bonté, son cœur généreux, son attitude paisible, son intelligence et son caractère vif.[13]

La dévotion à Marie, à l'Eucharistie et aux pauvres

Trois traits se dégagent dès l'enfance et ils structurent ensuite toute sa vie. D'abord une dévotion intense envers la Vierge Marie. Ensuite un amour marqué de l'Eucharistie. Enfin une attention concrète aux pauvres, qu'elle visite et qu'elle assiste.[14] Ce ne sont pas des ornements ajoutés après coup par les biographes : la notice vaticane les présente comme les racines identifiables de son apostolat adulte, l'école pour enfants pauvres et les maisons de repos pour malades.[15]

Vingt ans de mariage et la conversion d'un mari

Un mariage vécu comme une épreuve longue

À 22 ans, María Carmela épouse Joaquín Muñoz del Caño. La biographie du Vatican ne cache pas la dureté de cette période : elle parle d'un temps long et difficile, où la jeune épouse manifeste la grandeur de son cœur et sa force, soutenue par une foi intense et une charité héroïque.[16] Il faut distinguer ici ce que les sources établissent et ce qu'elles ne détaillent pas. Le fait attesté est la conduite dissolue du mari et la patience de l'épouse pendant vingt ans. Les scènes précises de cette vie conjugale relèvent des biographies de la congrégation et ne sont pas reprises ici sans source directe.

Le pardon demandé et les quatre années de vie nouvelle

Après vingt ans de patience, de prière et de pénitence, Joaquín demande pardon à son épouse pour sa vie dissolue.[17] Suivent quatre années que la notice vaticane appelle une vie nouvelle, qui confirment l'authenticité de sa conversion et préparent sa mort.[18] Carmen devient veuve à 47 ans, sans enfant.[19]

L'homélie de béatification lit cette période à la lumière du commandement nouveau de l'Evangile selon saint Jean, aimer comme le Christ a aimé, et elle y voit la source eucharistique de sa force.[20]

« Un commandement nouveau je vous donne : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » (Jn 13, 34, cité dans l'homélie de béatification)[21]

Veuve : l'école ouverte dans sa maison

Les enfants du voisinage, image de l'Enfant Jésus

Veuve et sans enfant, Carmen cherche la volonté de Dieu pour la suite de sa vie. La biographie du Vatican rapporte qu'elle voyait dans les enfants du voisinage une image de l'Enfant Jésus, dont elle a pris le nom en religion, et qu'elle fut profondément frappée par leur manque de moyens, de culture et de foi.[22] Son projet se formule alors en une phrase qui devient le but de sa congrégation : apprendre aux âmes à connaître et à aimer Dieu.[23]

De la maison au couvent Notre-Dame des Victoires

Guidée par son directeur spirituel, le père capucin Bernabé de Astorga, elle ouvre une petite école dans sa propre maison pour les enfants pauvres.[24] Quelques jeunes femmes partageant son souci pour ces enfants se joignent à elle. Le 8 mai 1884, elle et ses premières compagnes gagnent le couvent Notre-Dame des Victoires : c'est le premier pas de la fondation de la congrégation du Tiers Ordre franciscain des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, aujourd'hui appelée Franciscaines des Sacrés Cœurs.[25][26]

La fondation de 1884 et ses épreuves

Onze maisons du vivant de la fondatrice

De son vivant, Carmen voit sa congrégation s'étendre en Espagne, en Andalousie, en Castille et en Catalogne. Les onze maisons ouvertes avant sa mort ne sont pas seulement des centres d'éducation : ce sont aussi des jardins d'enfants, des cours du soir pour les ouvriers et des maisons de repos pour soigner les malades.[27] Le site actuel de la congrégation résume sa destination première comme l'aide aux malades et aux personnes âgées abandonnées, aux côtés de l'enseignement.[28]

Maison et servicePublic servi
Écoles et centres d'éducationEnfants pauvres
Jardins d'enfantsPetite enfance
Cours du soirOuvriers
Maisons de reposMalades et personnes âgées

Calomnies, oppositions et pardon

La charge de fondatrice n'est pas paisible. La notice vaticane énumère des difficultés et des épreuves, des calomnies, des oppositions venues de l'intérieur comme de l'extérieur de l'institut, et elle précise sa manière d'y répondre : avec humilité, charité et pardon.[29] L'homélie de 2007 souligne le même trait, en reliant sa patience de fondatrice à la Passion du Christ et à l'Eucharistie, sources de sa force dans les années de mariage comme dans celles du gouvernement de la congrégation.[30]

Une spiritualité : Bethléem, le Calvaire et l'Eucharistie

Trois mystères, une seule source

La biographie du Vatican nomme trois mystères comme la source vive où son esprit puisait encouragement et lumière : les mystères de Bethléem, du Calvaire et de l'Eucharistie.[31] Bethléem renvoie à l'Enfant Jésus, dont elle porte le nom et qu'elle reconnaissait dans les enfants pauvres. Le Calvaire renvoie à la Passion, méditée pendant les longues années d'épreuve. L'Eucharistie est le lieu quotidien de cette fidélité, dès l'enfance.[32][33]

« Quand je regarde le ciel, mon désir d'aller dans tous les lieux du monde pour apprendre aux âmes à connaître et à aimer Dieu augmente. » (parole rapportée dans l'homélie de béatification)[34]

La charité comme commandement nouveau

L'homélie du cardinal José Saraiva Martins, délégué de Benoît XVI pour la béatification, fait de Jean 13, 34 la clé de lecture de sa vie entière : elle a aimé Dieu et chaque personne avec l'amour du Christ.[35] Elle décrit aussi son esprit franciscain comme une manière de porter la paix et le bien, par la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, doux et humble, qui la poussait à manifester à tous l'amour que Dieu a pour nous.[36]

Mort, cause et béatification

La mort du 9 novembre 1899

Carmen meurt à 65 ans, le 9 novembre 1899, à Antequera, sa ville natale et le lieu de tout son pèlerinage terrestre.[37] C'est cette date, le jour de sa naissance au ciel, que l'Église retient pour sa fête, comme le confirme la page du 9 novembre de Nominis qui la compte parmi les figures du jour.[38]

Vénérable en 1984, le miracle de 1991, bienheureuse en 2007

Jean-Paul II la proclame vénérable le 7 avril 1984.[39] Le 26 juin 2006, Benoît XVI promulgue le décret reconnaissant la guérison miraculeuse de sœur Maria José Rodríguez, chez qui une grosse tumeur avait disparu en 1991 sans traitement médical, guérison attribuée à l'intercession de Carmen.[40] Le 6 mai 2007, cinquième dimanche de Pâques, elle est béatifiée à Antequera, dans le diocèse de Malaga, lors d'une messe présidée au nom de Benoît XVI par le cardinal Saraiva Martins.[41]

L'homélie salue en elle une femme qui a mis en pratique les talents reçus dans chaque état de vie, jeune fille, épouse, veuve et religieuse, et la propose comme un exemple lumineux de vie chrétienne.[42]

Fête, culte et distinctions

Une fête au jour de la mort, partagée avec la dédicace du Latran

Le 9 novembre, l'Église latine célèbre d'abord la dédicace de la basilique Saint-Jean de Latran. La mémoire de la bienheureuse Carmen s'inscrit le même jour parce qu'il est celui de sa mort, selon l'usage constant du calendrier des saints. Nominis la liste donc parmi les figures du 9 novembre, avec la mention de fondatrice des sœurs des Sacrés Cœurs, morte en 1899.[43][44]

Ne pas la confondre avec d'autres Carmen

Plusieurs figures catholiques portent le prénom de Carmen et ce voisinage crée des confusions fréquentes. La bienheureuse de cet article est bien María Carmela González Ramos García Prieto, Espagnole d'Antequera, fondatrice franciscaine morte en 1899 et béatifiée en 2007. Elle ne doit être confondue ni avec la vénérable María del Carmen González-Valerio, enfant espagnole morte en 1939 dont le procès suit un autre cours, ni avec Carmen Hernández, co-initiatrice du Chemin néocatéchuménal, morte en 2016. Les dates, les lieux et les congrégations sont entièrement distincts, et la notice de Nominis comme la biographie du Vatican fixent sans ambiguïté l'identité retenue ici.[45][46]

Une œuvre qui continue

La congrégation des Franciscaines des Sacrés Cœurs poursuit aujourd'hui en Espagne et en Amérique latine l'œuvre commencée dans une maison d'Antequera : éducation, soin des malades et des personnes âgées, pastorale. L'homélie de 2007 notait déjà cette présence au delà de l'Espagne, en République dominicaine, au Nicaragua, à Porto Rico, en Uruguay et au Venezuela.[47][48]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint-Siège, « Biography of Mother Maria del Carmen of the Child Jesus (1834-99), Foundress of the Franciscan Sisters of the Sacred Hearts », biographie officielle publiée pour la béatification : naissance le 30 juin 1834 à Antequera, sixième de neuf enfants, mariage à 22 ans avec Joaquín Muñoz del Caño, vingt ans de patience puis pardon et quatre ans de vie nouvelle, veuvage à 47 ans, école dans sa maison sous la direction du capucin Bernabé de Astorga, fondation le 8 mai 1884 au couvent Notre-Dame des Victoires, onze maisons, mort le 9 novembre 1899, vénérable le 7 avril 1984, décret du miracle le 26 juin 2006 (guérison de sœur Maria José Rodríguez en 1991). Voir vatican.va.

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  2. Nominis, Conférence des évêques de France, notice « Bienheureuse Carmen de l'Enfant Jésus » : fondatrice de la congrégation des sœurs des Sacrés Cœurs, morte en 1899, béatifiée le 6 mai 2007 à Antequera. Voir nominis.cef.fr.

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  3. Cardinal José Saraiva Martins, homélie de la messe de béatification de Mère Maria del Carmen de l'Enfant Jésus, Antequera, diocèse de Malaga, 6 mai 2007, au nom de Benoît XVI : lecture de sa vie à la lumière de Jn 13, 34, sources eucharistique et pascale de sa force, parole « Béni soit Dieu, qui nous a tant aimés », désir d'apprendre aux âmes à connaître et à aimer Dieu, diffusion de la congrégation en Espagne et en Amérique. Voir vatican.va.

    3 4 20 21 30 33 34 35 36 41 47
  4. Hermanas Franciscanas de los Sagrados Corazones, site officiel de la congrégation fondée le 8 mai 1884 à Antequera par la bienheureuse Mère María del Carmen González Ramos, destinée à l'enseignement et à l'aide aux malades et aux personnes âgées abandonnées. Voir franciscanasdelossagradoscorazones.org.

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  5. Nominis, Conférence des évêques de France, page du lundi 9 novembre 2026 : la bienheureuse Carmen de l'Enfant Jésus y figure parmi les saints du jour. Voir nominis.cef.fr.

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