L'Évangile selon saint Jean

Le quatrième Évangile, attribué à Jean le disciple bien-aimé : sa place dans le canon, sa datation à Éphèse vers 90-100, les témoins anciens, son plan en deux livres, sa théologie du Verbe et le débat avec l'exégèse moderne.

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L'Évangile selon saint Jean est, dans l'ordre reçu par l'Église, le quatrième et dernier des évangiles : vingt et un chapitres qui contemplent Jésus de Nazareth comme le Verbe fait chair, le Fils unique venu révéler le Père. La tradition l'attribue à saint Jean, fils de Zébédée, le disciple que Jésus aimait, qui l'aurait écrit à Éphèse, vers 90 à 100, au terme d'une longue vie de témoin oculaire. C'est l'évangile du Prologue, des sept signes, des sept paroles en Je suis, du lavement des pieds, de la Passion racontée heure par heure et du matin de Pâques au bord du lac.

Son plan est unique : après le Prologue vient le Livre des Signes, où sept miracles révèlent la gloire du Christ, puis le Livre de la Gloire, où l'Heure venue conduit à la croix et à la résurrection. Sa théologie tient en une phrase, celle qui clôt le livre : tout cela a été écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu'en croyant vous ayez la vie en son nom[1]. L'article présente d'abord le livre tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur, sa datation, ses témoins anciens, son texte, son plan, sa théologie, son accomplissement dans le Christ et l'Église, sa présence dans la liturgie, puis le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. La synthèse des vingt-sept livres se lit dans Le Nouveau Testament, et les trois premiers évangiles dans L'Évangile selon saint Matthieu, L'Évangile selon saint Marc et L'Évangile selon saint Luc.

La place de Jean dans le canon des Écritures

Le quatrième et dernier évangile

Toutes les Bibles catholiques rangent les évangiles dans le même ordre : Matthieu, Marc, Luc, Jean[2]. Cet ordre n'est pas chronologique, il est théologique : les trois premiers racontent le ministère de Jésus d'un même regard, dit synoptique, et Jean vient en dernier comme leur sceau contemplatif. Dès le IIe siècle, saint Irénée enseigne qu'il y a quatre évangiles, ni plus ni moins, comme quatre vents et quatre faces du char divin[3]. Le quatrième occupe donc une place voulue : celle du témoin qui a tout vu et qui médite, après les récits, sur le mystère de la personne du Christ.

Jean dans la liste des 27 livres

Le Nouveau Testament compte 260 chapitres et, dans l'édition critique grecque de référence, 7 947 versets[4] : Jean en forme le couronnement évangélique avec ses 21 chapitres et près de neuf cents versets. Viennent ensuite les Actes, les lettres de Paul, les lettres catholiques dont les trois lettres de Jean, et l'Apocalypse donnée au même apôtre à Patmos[5]. La liste officielle des 27 livres est donnée par le Catéchisme[6], fixée en Afrique à Hippone en 393 puis à Carthage en 397[7][8], confirmée à Florence en 1442[9] et définie solennellement par le concile de Trente, session IV, le 8 avril 1546[10].

Le plus contemplatif des quatre

ÉvangileAuteur reçuDate reçueSymbole du tétramorphe
MatthieuL'apôtre publicainAnnées 50 à 60L'homme ailé
MarcL'interprète de PierreAnnées 60, à RomeLe lion
LucLe compagnon de PaulAnnées 60Le bœuf
JeanLe disciple bien-aiméVers 90 à 100, à ÉphèseL'aigle
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Ce tableau résume la réception commune des quatre évangiles, détaillée livre par livre dans les articles dédiés. Jean s'y distingue par trois traits : il est le seul écrit par l'un des Douze encore vivant à la fin du siècle, le seul à ne raconter aucune parabole, et le seul à déployer de longs discours où Jésus parle de lui-même à la première personne[11]. Les Pères l'ont senti d'instinct : Clément d'Alexandrie rapporte que Jean, voyant les faits extérieurs déjà exposés par les trois autres, composa à la demande de ses amis un évangile spirituel[12].

L'auteur reçu par l'Église : Jean, le disciple que Jésus aimait

Le fils de Zébédée, frère de Jacques

Jean est le fils de Zébédée et de Salomé, le frère cadet de Jacques le Majeur, appelé avec lui au bord du lac de Galilée alors qu'ils réparaient leurs filets[13]. Jésus surnomme les deux frères Boanergès, fils du tonnerre, tant leur fougue est grande[14]. Avec Pierre et Jacques, Jean forme le trio des intimes : Transfiguration, agonie à Gethsémani, entrée chez Jaïre. Jeune, ardent, jaloux même, il veut un jour appeler le feu du ciel sur un village samaritain inhospitalier, et sa mère demande pour lui et son frère les premières places dans le Royaume[15][16]. Ce tempérament de feu, que la grâce polira sans l'éteindre, deviendra l'ardeur de l'apôtre de l'amour.

Le disciple qui reposait sur la poitrine de Jésus

Le quatrième évangile ne nomme jamais son auteur par son nom. Il le désigne cinq fois par une périphrase devenue célèbre : le disciple que Jésus aimait[17]. On le voit à la Cène, penché vers la poitrine du Seigneur pour lui demander qui le trahira ; au pied de la croix, recevant Marie pour mère ; au matin de Pâques, courant au tombeau avec Pierre et voyant le premier ; au bord du lac de Tibériade, reconnaissant le premier le Ressuscité[18][19][20][21]. Cette réserve n'est pas un jeu littéraire : c'est la pudeur du témoin qui s'efface devant ce qu'il atteste, comme l'a montré l'exégèse du témoignage oculaire[22].

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« C'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est véridique. » — Évangile selon saint Jean, 21, 24[23]

Le témoin qui a vu : le sang et l'eau

Deux passages scellent l'identité de l'auteur comme témoin oculaire. Au Calvaire, le soldat perce le côté du Christ et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau, et le narrateur ajoute : celui qui a vu a rendu témoignage, et son témoignage est véridique, et celui-là sait qu'il dit vrai, afin que vous aussi, vous croyiez[24]. À la fin du livre, après la pêche miraculeuse et le dialogue avec Pierre, la même signature revient : c'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites[25]. L'Église y a toujours reconnu Jean lui-même, apôtre et évangéliste : le concile Vatican II enseigne que les quatre évangiles ont pour auteurs les Apôtres et les hommes de leur entourage[26], et la Commission biblique pontificale a confirmé en 1907 la paternité johannique du quatrième[27].

Pierre et Jean, les deux colonnes du matin pascal

Le quatrième évangile met constamment en scène le couple Pierre et Jean : à la Cène, Pierre fait signe au disciple bien-aimé ; au tombeau, Jean court plus vite mais laisse Pierre entrer le premier ; au lac, Jean reconnaît le Seigneur et Pierre se jette à l'eau[28][29][30]. Loin d'opposer les deux apôtres, le récit montre leur complémentarité : à l'un la primauté du gouvernement, rétablie par le triple m'aimes-tu et le pais mes brebis, à l'autre la primauté du regard, qui voit et qui croit[31]. Les Actes confirment cette fraternité : Pierre et Jean montent ensemble au Temple, sont arrêtés ensemble, témoignent ensemble devant le Sanhédrin[32]. Et saint Paul compte Jean, avec Jacques et Pierre, parmi les colonnes de l'Église de Jérusalem[33].

Pourquoi un témoin oculaire comme auteur change tout

Si Jean est l'auteur, le quatrième évangile n'est pas une méditation tardive sur un souvenir perdu : c'est la méditation d'une vie entière par celui qui a vu. Soixante ans séparent la croix d'Éphèse, soixante ans pendant lesquels le témoin a prêché, baptisé, rompu le pain, avant de mettre par écrit ce que sa mémoire gardait intact. Le concile Vatican II rappelle la formation des évangiles en trois étapes, la vie de Jésus, la prédication orale des apôtres, puis la mise par écrit, et demande de ne jamais couper le troisième temps des deux premiers[34]. Avec Jean, la chaîne est la plus courte qui soit : du flanc ouvert sur la croix à la plume d'Éphèse, il n'y a qu'un seul homme.

La datation traditionnelle : le dernier évangile, vers 90 à 100 à Éphèse

Irénée : Jean à Éphèse, après les trois autres

Le témoin décisif est saint Irénée de Lyon, qui fut dans sa jeunesse l'auditeur de saint Polycarpe de Smyrne, lui-même disciple de Jean. Vers 180, il écrit que Matthieu publia son évangile chez les Hébreux, Marc après le départ de Pierre, Luc compagnon de Paul, puis Jean, le disciple du Seigneur qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l'évangile pendant son séjour à Éphèse, en Asie[35]. La chaîne ne compte que deux maillons entre l'apôtre et nous : Jean enseigne Polycarpe, Polycarpe enseigne Irénée. Aucun autre livre de l'Antiquité ne jouit d'une attestation aussi rapprochée de son auteur présumé.

« Ensuite Jean, le disciple du Seigneur, qui avait aussi reposé sur sa poitrine, publia lui-même l'évangile pendant son séjour à Éphèse, en Asie. » — Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1[36]

Trois Pâques et un ministère d'environ trois ans

Jean est le seul évangéliste à dater le ministère public par trois fêtes de la Pâque successives : la première quand Jésus chasse les vendeurs du Temple, la seconde au temps de la multiplication des pains, la troisième quand il monte à Jérusalem pour y mourir[37][38][39]. Les synoptiques ne nomment qu'une Pâque, celle de la Passion, ce qui a fait croire à un ministère d'un an. C'est à Jean que l'on doit la chronologie reçue d'un ministère d'environ trois ans, et rien dans son texte ne suppose la ruine de Jérusalem de 70 comme accomplie : il écrit après la catastrophe, en pasteur qui a vu le Temple tomber comme le Seigneur l'avait annoncé, mais son récit garde la Judée d'avant la guerre avec une précision de témoin[40].

Le présent de la piscine de Bethesda

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Un détail a frappé les défenseurs d'une date haute : à Jérusalem, il y a, au présent, près de la porte des Brebis, une piscine appelée en hébreu Bethesda, qui a cinq portiques[41]. Après 70, la ville rasée, un rédacteur tardif inventant de toutes pièces aurait-il écrit il y a ? Et d'où tiendrait-il les cinq portiques, quand l'archéologie a identifié près de la porte des Brebis un double bassin qui correspond exactement à la description[42] ? L'indice reste débattu, un présent de narration n'est pas une preuve absolue, mais il s'ajoute au faisceau : toponymes exacts, mesures, heures du jour notées, noms propres sémitiques conservés, tout respire le reportage d'un homme qui y était[43].

Éphèse, Patmos et la fin du premier siècle

La tradition place Jean à Éphèse, métropole de l'Asie proconsulaire, où il aurait gouverné les Églises d'alentour jusqu'au temps de Trajan, mort centenaire sous le troisième ou quatrième consulat de l'empereur[44]. Exilé un temps à Patmos sous la persécution de Domitien, il y aurait reçu la vision de l'Apocalypse avant de revenir à Éphèse[45]. C'est là, entouré des Églises d'Asie, pressé par ses frères de mettre par écrit sa prédication, qu'il aurait composé l'évangile vers 90 à 100, dernier écrit du Nouveau Testament avec l'Apocalypse[46]. Certains auteurs, frappés par les indices archaïques du texte, proposent même une date antérieure à 70[47]. L'essentiel demeure : un apôtre, à la fin du siècle apostolique, scellant de son témoignage le corpus des Écritures.

Les témoins anciens de Jean

Polycarpe, le maillon vivant

Entre Jean et Irénée se tient saint Polycarpe, évêque de Smyrne, martyrisé au milieu du IIe siècle après avoir, selon son propre récit de martyre, servi le Christ quatre-vingt-six ans[48]. Dans sa lettre à Florin, Irénée raconte son enfance : je me souviens, mieux que les choses récentes, de ce qui arriva alors, car ce que nous apprenons dans l'enfance grandit avec l'âme ; je pourrais décrire la place où Polycarpe s'asseyait pour parler, ses allées et venues, son genre de vie, sa doctrine, et comment il rapportait ses relations avec Jean et avec les autres qui avaient vu le Seigneur[49]. Ce n'est pas une rumeur de troisième main : c'est le souvenir d'un vieillard qui avait écouté, enfant, l'élève de l'apôtre. Quand les gnostiques prétendaient détenir une tradition secrète des apôtres, Irénée leur opposait cette chaîne publique, vérifiable, nommée.

Le fragment de Muratori : le quatrième, à la demande des frères

Le plus ancien catalogue romain des Écritures, le fragment de Muratori, copié en latin barbare à la fin du IIe siècle, énumère les livres reçus à Rome. Il place Jean en quatrième et raconte la genèse du livre : le quatrième des évangiles est de Jean, l'un des disciples ; ses condisciples et les évêques l'ayant pressé, il dit : jeûnez avec moi à partir d'aujourd'hui pendant trois jours, et nous nous raconterons ce qui sera révélé à chacun ; la même nuit, il fut révélé à André, l'un des apôtres, que Jean écrirait tout en son nom, sous le contrôle de tous[50]. Le récit mêle le mémorable et le merveilleux, mais son apport est double : dès la fin du IIe siècle, Rome reçoit quatre évangiles, et le quatrième est unanimement celui de Jean, écrit sous le contrôle de l'Église apostolique.

Clément d'Alexandrie : l'évangile spirituel

Vers 200, Clément d'Alexandrie, le maître de l'école catéchétique, transmet la tradition des anciens presbytres : Jean, voyant que les faits extérieurs du ministère avaient été exposés dans les trois premiers évangiles, composa à la demande de ses amis, sous l'inspiration de l'Esprit, un évangile spirituel[51].

« Jean, le dernier, voyant que les faits extérieurs avaient été exposés dans les évangiles, composa, à la demande de ses disciples et sous l'inspiration de l'Esprit, un évangile spirituel. » — Clément d'Alexandrie, rapporté par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 14[52]

Le mot ne veut pas dire un évangile désincarné : il désigne le regard de l'aigle, qui voit de haut ce que les autres ont décrit de près. La tradition alexandrine ne contredit pas Éphèse, elle la complète : le dernier évangile est aussi le plus théologique.

Origène, Eusèbe et la réception sans débat

Origène, le plus grand exégète de l'Antiquité, ouvre son Commentaire sur Jean, en trente-deux livres dont une partie nous est parvenue en grec, en affirmant l'ordre reçu : Matthieu pour les convertis du judaïsme, puis Marc, Luc, et Jean[53]. Eusèbe de Césarée, premier historien de l'Église, range le quatrième évangile parmi les livres reconnus de tous, sans l'ombre d'une hésitation, et raconte longuement le séjour de Jean à Éphèse, sa mort sous Trajan, son autorité sur les Églises d'Asie[54]. Fait remarquable : alors qu'Eusèbe discute sept brèves lettres catholiques, personne, jamais, ne discute l'évangile de Jean. L'unanimité patristique sur ce livre est totale, d'Antioche à Alexandrie, de Rome à Carthage.

La réception dès le IIe siècle : même les hérétiques le commentent

Avant même Origène, le quatrième évangile circulait déjà comme Écriture. Vers 150 à 155, saint Justin, décrivant le baptême chrétien dans sa Première Apologie, cite la parole du Seigneur sur la nouvelle naissance, si vous ne renaissez pas, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux, qui est celle de l'entretien avec Nicodème[55]. Les lettres de saint Ignace d'Antioche, vers 107, parlent déjà le langage de Jean : l'Esprit qui sait d'où il vient et où il va, et le pain de Dieu qui est la chair du Christ[56]. Le livre était si bien reçu qu'au milieu du IIe siècle même les gnostiques le commentaient : Héracléon, de l'école de Valentin, en écrivit vers 170 le premier commentaire suivi, connu par les longues citations qu'Origène en donne pour les réfuter[57]. Tatien, vers la même date, ouvrit son Diatessaron, l'harmonie des quatre évangiles en un seul récit, sur le Prologue de Jean, au commencement était le Verbe[58].

La seule opposition antique vint d'une petite secte d'Asie Mineure, les Aloges, qui attribuaient l'évangile à Cérinthe et rejetaient avec lui l'Apocalypse. Leur nom même, sans le Logos, dit leur aveuglement, et l'Église les réfuta puis les oublia : ils ne sont connus que par saint Épiphane, à la fin du IVe siècle[59]. Une secte minuscule contre Irénée, Muratori, Clément, Origène, Eusèbe et Jérôme : l'exception confirme l'unanimité, et elle prouve au moins que, dès le IIe siècle, personne ne doutait que ce livre fût celui de Jean.

Jérôme : le dernier, contre les hérétiques

Saint Jérôme, qui maniait l'hébreu mieux que tout Latin de son temps, écrit en 393 que Jean, l'apôtre que Jésus aimait le plus, fils de Zébédée et frère de Jacques, le dernier de tous écrivit l'évangile, à la demande des évêques d'Asie, contre Cérinthe et les Ébionites qui niaient que le Christ fût venu en chair[60].

« Jean, l'apôtre que Jésus aimait le plus, écrivit le dernier de tous son évangile, à la demande des évêques d'Asie, contre Cérinthe et les autres hérétiques, et surtout contre la doctrine des Ébionites qui se levait alors. » — Saint Jérôme, Des hommes illustres, 9[61]

Le contexte éclaire le contenu : au moment où des sectes nient soit la divinité, soit l'humanité du Christ, le vieil apôtre dicte le Prologue, le Verbe était Dieu, et le Verbe s'est fait chair. On raconte même que Jean, entrant aux bains et y trouvant Cérinthe, s'enfuit en criant : fuyons, de peur que les bains ne s'écroulent, car l'ennemi de la vérité s'y trouve[62]. L'anecdote, transmise par Polycarpe à Irénée, montre l'apôtre en gardien intransigeant du dépôt, et son évangile en rempart dressé pour les siècles.

  1. fin du Ier siècle
    Jean à Éphèse
    le dernier apôtre écrit son évangile

    Pressé par les évêques d'Asie, le disciple bien-aimé met par écrit soixante ans de mémoire, vers 90 à 100[63].

  2. première moitié du IIe siècle
    Polycarpe à Smyrne
    l'élève qui transmet

    Polycarpe, disciple de Jean, enseigne à Smyrne ce qu'il a reçu de l'apôtre ; le jeune Irénée l'écoute[64].

  3. fin du IIe siècle
    Muratori et Irénée
    le quatrième évangile attesté à Rome et à Lyon

    Le catalogue romain et l'évêque de Lyon fixent ensemble les quatre évangiles et leurs auteurs, Jean à Éphèse[65].

  4. vers 200 à 250
    Clément et Origène
    l'évangile spirituel commenté à Alexandrie

    Alexandrie reçoit Jean comme l'évangile théologique par excellence et lui consacre le premier grand commentaire[66].

  5. IVe siècle
    Eusèbe et Jérôme
    l'histoire qui confirme, le savant qui résume

    Césarée et Bethléem transmettent la même tradition : le dernier évangile, écrit contre les hérétiques, reconnu de tous[67].

  6. 367 à 1546
    Le canon qui reçoit Jean
    d'Athanase à Trente

    La liste des 27 livres, fixée en Afrique puis confirmée à Florence, est définie solennellement à Trente, Jean en quatrième place[68].

Le texte : langue, manuscrits et transmission

Un grec simple aux résonances sémitiques

Le grec de Jean est le plus simple du Nouveau Testament : phrases courtes, vocabulaire restreint, conjonctions répétées, parallélismes qui sentent l'hébreu[69]. Et pourtant c'est de cette simplicité que sortent les sommets théologiques, le Prologue, les discours d'adieu, la prière sacerdotale. Les exégètes y reconnaissent la marque d'un Juif de Palestine pensant en sémitique et écrivant en grec populaire, exactement ce qu'on attend d'un pêcheur galiléen devenu pasteur d'Éphèse après soixante ans de prédication[70]. Loin d'être l'objection, la langue est une pièce du dossier : un faussaire alexandrin du IIe siècle aurait écrit autrement, et un rédacteur hellénistique n'aurait pas conservé tant de noms, de mesures et d'heures sémitiques.

P52, P66, P75 : Jean en Égypte dès le deuxième siècle

Le plus ancien témoin matériel du Nouveau Testament appartient à Jean : le fragment P52, un bout de papyrus du chapitre 18 conservé à Manchester, copié dans la première moitié du IIe siècle[71]. Datation paléographique habituelle : autour de 100 à 150, souvent résumée à 125, élargie par une partie de la recherche jusqu'à la fin du IIe voire au début du IIIe siècle[72]. Même dans l'hypothèse la plus tardive, le quatrième évangile circulait déjà en Égypte une génération après sa rédaction, à des milliers de kilomètres d'Éphèse : la diffusion suppose un original sensiblement plus ancien.

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Viennent ensuite les grands papyri : P66, le Bodmer II, qui donne Jean presque entier vers l'an 200 ; P75, le Bodmer XIV-XV, qui joint Luc et Jean dans les années 175 à 225 ; P90, fragment des chapitres 18 et 19 remontant au IIe ou IIIe siècle[73]. Une vingtaine de papyrus au total conservent des portions de Jean, et la liste complète se vérifie dans le répertoire de Nestle-Aland[74]. Au IVe siècle, les grands onciaux sur parchemin, Vaticanus et Sinaiticus, donnent le texte presque complet[75]. Les versions anciennes, latine, syriaque, copte, suivent de près[76]. La critique textuelle dispose ainsi d'un matériau unique ; ses résultats portent sur des variantes de détail, jamais sur un dogme[77].

Le chapitre 21 : épilogue authentique, non ajout tardif

Le chapitre 20 s'achève sur une conclusion si parfaite, le but de tout le livre, que certains y ont vu la fin primitive, le chapitre 21 n'étant qu'un appendice ajouté après coup[78]. Mais tous les manuscrits connus contiennent le chapitre 21, sans exception, et son style, son vocabulaire, sa théologie sont indéniablement johanniques[79]. Loin d'être une pièce rapportée, l'épilogue achève l'édifice : Pierre y est rétabli dans sa charge, le disciple bien-aimé y signe son témoignage, et la dernière phrase ouvre le livre à l'infini, le monde entier ne suffirait pas à contenir les livres qu'il faudrait écrire[80]. L'Église le lit comme partie intégrante de l'Écriture, et la liturgie y puise les apparitions du Temps pascal.

Plan du livre : vingt et un chapitres en deux grands livres

Le Prologue : le Verbe s'est fait chair

Les dix-huit premiers versets forment le Prologue, sommet théologique du Nouveau Testament : au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu, puis le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire[81].

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous. » — Évangile selon saint Jean, Prologue, 1, 1 et 14[82]

Tout le livre tient dans ces deux phrases : l'éternité du Fils, puis son entrée dans l'histoire. Le Prologue annonce chaque thème, la lumière et les ténèbres, le témoignage de Jean-Baptiste, les siens qui ne l'ont pas reçu, les enfants de Dieu engendrés d'en haut, la grâce succédant à la Loi[83]. Les Pères l'ont lu comme la réfutation anticipée de toutes les hérésies : contre ceux qui nient la divinité, le Verbe était Dieu ; contre ceux qui nient l'humanité, le Verbe s'est fait chair.

Le Livre des Signes : sept miracles qui révèlent

Du chapitre 1 à la fin du chapitre 12 s'étend le Livre des Signes : le ministère public, scandé par sept miracles que Jean appelle des signes, parce qu'ils signalent la gloire du Christ comme un sceau signale son auteur[84].

SigneLieuRéférenceCe qu'il révèle
L'eau changée en vinCana1er chapitre du ministère[85]Le Maître de la noce et du Royaume
Le fils de l'officier guéri à distanceCana, vers CapharnaümChapitre 4[86]La parole qui agit sans se déplacer
Le paralytique de BethesdaJérusalemChapitre 5[87]Le Fils qui fait les œuvres du Père, le jour du sabbat
La multiplication des painsBord du lac de GaliléeChapitre 6[88]Le pain de vie descendu du ciel
La marche sur la merSur le lacChapitre 6[89]Le Je Suis qui domine le chaos
L'aveugle-né illuminéJérusalemChapitre 9[90]La lumière du monde contre les ténèbres
Lazare rappelé à la vieBéthanieChapitre 11[91]La résurrection et la vie, avant Pâques
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Ce tableau donne les sept signes dans l'ordre du récit, avec ce que chacun manifeste. Entre les signes s'intercalent les grandes controverses avec les Juifs, les fêtes montées à Jérusalem, la Samaritaine, et le discernement qui sépare ceux qui croient de ceux qui refusent, jusqu'à la conclusion : malgré tant de signes, ils ne croyaient pas en lui[92].

Le Livre de la Gloire : quand l'Heure est venue

Du chapitre 13 au chapitre 20 s'ouvre le Livre de la Gloire : Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout[93]. Le lavement des pieds, les discours d'adieu avec la promesse du Paraclet, la prière sacerdotale pour l'unité, l'arrestation au jardin d'au-delà du Cédron, le procès devant Anne, Caïphe et Pilate, le portement de croix, le flanc ouvert, la mise au tombeau dans le jardin, puis le matin de Pâques : Marie-Madeleine, Pierre et Jean au tombeau vide, les apparitions aux disciples et à Thomas[94][95][96][97][98]. Ici la gloire ne suit pas la croix, elle est la croix : quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes[99].

Les sept paroles en Je suis

Sept fois, Jésus se désigne par une image introduite par la formule solennelle Je suis, qui résonne avec le Nom révélé à Moïse au buisson ardent[100].

ParoleRéférenceLe don promis
Je suis le pain de vieChapitre 6[101]Ne plus avoir faim, vivre pour toujours
Je suis la lumière du mondeChapitre 8[102]Ne plus marcher dans les ténèbres
Je suis la porte des brebisChapitre 10[103]Entrer et trouver pâturage
Je suis le bon pasteurChapitre 10[104]Le pasteur qui donne sa vie
Je suis la résurrection et la vieChapitre 11[105]Vivre même après la mort
Je suis le chemin, la vérité et la vieChapitre 14[106]Aller au Père
Je suis la vigne véritableChapitre 15[107]Demeurer et porter du fruit

Ce tableau rassemble les sept paroles attributives, sans compter les Je Suis absolus, dont le plus saisissant, avant qu'Abraham fût, Je Suis, qui fait ramasser des pierres à ses auditeurs[108]. Aucun autre évangile ne fait parler Jésus ainsi : c'est la marque propre du témoin qui a entendu, au long des années, le Fils parler du Père.

L'épilogue galiléen : Pierre rétabli

Le chapitre 21 ramène les disciples en Galilée, à leurs filets, et le Ressuscité les y attend au bord du lac[109]. La pêche miraculeuse, le repas préparé sur la braise, puis le triple dialogue : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Pais mes agneaux, pais mes brebis. Pierre, qui avait renié trois fois dans la cour du grand prêtre, confesse trois fois son amour et reçoit la charge du troupeau, avec l'annonce de son martyre[110]. Le livre s'achève sur les deux destins croisés : Pierre suivra le Maître jusqu'à la croix, Jean demeurera jusqu'à ce qu'Il vienne. Et la signature du témoin, déjà citée, scelle l'ensemble[111].

La théologie de Jean : voir la gloire du Fils unique

Au commencement était le Verbe

Le Prologue dit en dix-huit versets ce que les conciles mettront quatre siècles à formuler : le Verbe est auprès de Dieu et Il est Dieu, tout fut par Lui, la vie était la lumière des hommes, et cette lumière, rejetée par les ténèbres, s'est faite chair[112]. Le concile Vatican II place les évangiles au cœur de toutes les Écritures, comme le témoignage principal de la vie et de l'enseignement du Verbe incarné[113][114]. Jean est ce cœur du cœur : nul n'a jamais vu Dieu, le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est Lui qui L'a fait connaître[115]. Toute la théologie johannique découle de cette révélation, et l'Église y puise depuis vingt siècles sa contemplation de la Trinité.

Le Père et moi, nous sommes un : la divinité revendiquée

Nul évangile n'affirme aussi directement la divinité du Christ. Moi et le Père, nous sommes un, et les auditeurs ramassent des pierres pour le lapider comme blasphémateur[116]. Avant qu'Abraham fût, Je Suis, et de nouveau les pierres[117]. Qui m'a vu a vu le Père, répond-Il à Philippe qui demandait à voir le Père[118]. Jamais homme n'a parlé comme cet homme, s'écrient les gardes envoyés pour L'arrêter[119]. Thomas, tombant à genoux devant le Ressuscité, confesse : mon Seigneur et mon Dieu, et Jésus confirme sa foi au lieu de la corriger[120]. C'est pour ces paroles, et non pour des paraboles, que le Sanhédrin Le condamnera : Jean montre que le procès de Jésus est un procès sur son identité, et que l'identité confessée par l'Église est celle que Jésus revendiquait Lui-même.

« Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » — Évangile selon saint Jean, 14, 6[121]

Croire, demeurer, connaître : le vocabulaire de la foi

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Trois verbes portent tout le livre. Croire, près de cent fois, presque toujours comme un mouvement, un venir, un entrer, jamais comme une simple opinion[122]. Demeurer, des dizaines de fois : demeurer dans sa parole, dans son amour, dans la vigne, comme les sarments dans le cep, comme le Fils dans le Père[123]. Connaître, d'une connaissance qui est communion : la vie éternelle, c'est qu'ils Te connaissent, Toi le seul vrai Dieu, et celui que Tu as envoyé, Jésus Christ[124]. À ces trois verbes s'ajoutent les grands dons, l'eau vive promise à la Samaritaine, le pain de vie promis aux foules, la paix laissée aux disciples[125][126][127]. Le lecteur comprend que Jean n'écrit pas pour informer : il écrit pour engendrer la foi, et sa phrase-but l'avoue, tout cela a été écrit pour que vous croyiez[128].

L'Heure, la gloire et l'élévation

Le mot Heure revient comme un glas : mon heure n'est pas encore venue, dit Jésus à Cana, puis aux fêtes où l'on veut L'arrêter et où personne ne mit la main sur Lui, parce que son heure n'était pas encore venue[129][130]. Et soudain, à l'entrée dans la Passion : l'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié[131]. La gloire johannique n'est pas la transfiguration lumineuse des synoptiques, c'est l'élévation sur la croix : élevé comme le serpent au désert pour que quiconque croit ait la vie éternelle[132]. L'attraction de la croix, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes, fait du gibet le trône d'où le Roi règne[133]. C'est pourquoi la Passion selon Jean, lue chaque Vendredi saint, garde une solennité royale : l'Agneau y monte volontairement à l'autel.

Le Paraclet annoncé

Les discours d'adieu promettent un autre Paraclet, l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, qui demeurera avec les disciples, les enseignera et leur rappellera tout[134]. Il vous conduira à la vérité tout entière, et Il me glorifiera, car Il recevra de ce qui est à moi[135]. Le soir de Pâques, le Ressuscité souffle sur les apôtres : recevez l'Esprit Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis[136]. Aucun évangile ne lie aussi étroitement le don pascal de l'Esprit et le pouvoir de pardonner : la théologie du sacrement de pénitence s'enracine ici, dans le Cénacle du soir de la Résurrection.

L'eau, le sang et les sacrements

Jean ne raconte pas l'institution de l'Eucharistie à la Cène : il la prépare depuis le chapitre 6, où Jésus déclare si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous, parole si dure que beaucoup Le quittent, et que Pierre répond : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle[137]. Il ne raconte pas non plus le baptême chrétien comme un rite : il montre Nicodème invité à naître de l'eau et de l'Esprit, et la Samaritaine à boire l'eau vive[138][139]. Et au Calvaire, du côté ouvert coulent le sang et l'eau, que la tradition lit comme les sacrements jaillissant du Christ endormi sur la croix, comme Ève était sortie du côté d'Adam[140]. Baptême, Eucharistie, Pénitence : le quatrième évangile est l'évangile sacramentel, celui où l'Église reconnaît ses propres gestes.

L'accomplissement chrétien : la Femme, la Mère, le pasteur

Cana : le premier signe et la Femme

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À Cana de Galilée, le vin manque, et Marie intervient : ils n'ont pas de vin. Jésus répond : Femme, que Me veux-Tu ? Mon heure n'est pas encore venue. Et pourtant, à la parole de sa Mère, faites tout ce qu'Il vous dira, Il change l'eau en vin, premier de ses signes, qui manifesta sa gloire et fit croire ses disciples[141]. L'appellation Femme surprend, mais elle relie Cana au Calvaire et à la Genèse : la Femme dont la descendance écrase le serpent, la Femme de l'Apocalypse, la nouvelle Ève auprès du nouvel Adam[142]. Jean, qui ne raconte ni la Nativité ni l'Annonciation, donne à Marie ses deux plus grandes scènes, le premier signe et la croix, et confie ainsi à l'Église la Mère au commencement et à la fin de l'Heure.

Voici ta mère : Marie au pied de la croix

Seul Jean se tient au Calvaire parmi les évangélistes, et seul il rapporte le testament : Jésus, voyant sa mère, et auprès d'elle le disciple qu'Il aimait, dit à sa mère : Femme, voici ton fils. Puis Il dit au disciple : voici ta mère. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui[143].

« Jésus, voyant sa mère, dit : Femme, voici ton fils. Puis Il dit au disciple : voici ta mère. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. » — Évangile selon saint Jean, 19, 26 et 27[144]

L'Église y lit le double don : Marie donnée à Jean, figure de tout croyant, et Jean donné à Marie, figure de l'Église qui garde la Mère. Le Catéchisme enseigne que Marie, Mère du Christ, est Mère de l'Église dans l'ordre de la grâce, et c'est ce passage qui fonde la doctrine[145]. Chaque Angelus, chaque chapelet, chaque pèlerinage marial puise à cette heure où le disciple prit la Mère chez lui : le testament de la croix fait de tout chrétien l'enfant de Marie.

L'Agneau de Dieu et l'os non brisé

Dès le baptême de Jésus, Jean-Baptiste Le désigne : voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde[146]. Le titre parcourt tout le livre et s'accomplit à la croix : Jésus meurt à l'heure où l'on immole les agneaux de la Pâque, ses jambes ne sont pas brisées, afin que l'Écriture s'accomplisse : aucun de ses os ne sera brisé, et ils regarderont vers Celui qu'ils ont transpercé[147]. L'agneau pascal, mangé la nuit de la sortie d'Égypte avec les reins ceints, trouve ici son modèle : le Christ est la Pâque véritable, et chaque messe, où l'Agneau immolé se donne en nourriture, accomplit ce que Jean annonçait. La typologie de l'agneau, de la manne et de la traversée se lit dans la doctrine constante de l'Église sur les figures[148].

Pais mes brebis : Pierre rétabli pour l'Église

Le dernier chapitre fonde le gouvernement pastoral : trois questions d'amour pour trois reniements, trois envois, pais mes agneaux, pais mes brebis, puis l'annonce du martyre de Pierre, un autre te mènera où tu ne voudrais pas, et l'ordre final, toi, suis-moi[149]. Jean ne prononce jamais le mot Église, et pourtant c'est lui qui montre le mieux le pasteur universel recevant sa charge des mains du Ressuscité. La primauté de Pierre, confessée à Césarée dans le premier évangile, est ici restaurée au bord du lac après la chute. Les deux scènes se répondent et fondent ensemble la foi catholique en l'évêque de Rome, successeur du pêcheur pardonné.

Jean dans la prière de l'Église, les arts et le magistère

L'évangile des scrutins, de la Semaine sainte et du Temps pascal

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Aucun évangile n'est aussi présent dans l'année liturgique. Pendant le Carême de l'année A, les trois scrutins des catéchumènes proclament la Samaritaine, l'aveugle-né et Lazare : l'eau vive, la lumière, la vie[150][151][152]. Le Jeudi saint, le lavement des pieds ouvre la messe de la Cène[153]. Le Vendredi saint, la Passion selon Jean est chantée solennellement, avec le voici l'homme et le tout est accompli[154]. La nuit de Pâques et les dimanches du Temps pascal enchaînent Marie-Madeleine, Thomas, les disciples d'Emmaüs et la pêche miraculeuse[155][156]. La Pentecôte proclame le souffle du Ressuscité sur les apôtres[157], le Sacré-Cœur le flanc ouvert d'où coulent le sang et l'eau[158], le Christ-Roi le dialogue avec Pilate sur un royaume qui n'est pas de ce monde[159]. Suivre la liturgie, c'est relire Jean toute l'année.

Le dernier évangile de la messe et le 27 décembre

Pendant des siècles, chaque messe basse s'est achevée sur le dernier évangile, le Prologue lu par le prêtre au pied de l'autel pendant que les fidèles s'agenouillaient à le Verbe s'est fait chair[160]. Les générations catholiques ont ainsi entendu des milliers de fois les dix-huit versets par lesquels tout commence. Et le 27 décembre, dans l'octave de Noël, l'Église fête saint Jean, apôtre et évangéliste, en lisant la course au tombeau du disciple que Jésus aimait, qui vit et crut devant les linges pliés[161]. Noël, le tombeau vide, le Prologue : la liturgie tient ensemble ce que Jean tient ensemble, l'enfant de Bethléem et le Seigneur de Pâques.

Les grands commentateurs : Augustin, Chrysostome, Thomas

Peu de livres ont été autant commentés. Saint Augustin prêche à Hippone 124 traités sur Jean, entre 406 et 421 environ, le plus vaste commentaire patristique conservé, inépuisable sur la grâce, la Trinité et l'Eucharistie[162].

« Que la parole s'ajoute à l'élément, et cela devient un sacrement, comme si c'était une parole visible. » — Saint Augustin, Traités sur l'évangile de Jean, 80, 3[163]

Saint Jean Chrysostome prononce à Antioche 88 homélies sur le quatrième évangile, d'une vigueur pastorale qui n'a pas vieilli[164]. Origène ouvre la voie dès le IIIe siècle avec son commentaire en trente-deux livres[165]. Et saint Thomas d'Aquin dicte, vers 1270 à 1272, sa lecture suivie de Jean, la Lectura super Ioannem, où le Prologue devient traité de la procession du Verbe et le chapitre 6 traité de l'Eucharistie[166]. Quatre génies, quatre siècles, un seul livre : l'Église ne se lasse pas de Jean parce que Jean ne s'épuise pas.

L'aigle du tétramorphe

La tradition symbolise les quatre évangélistes par le tétramorphe, d'après la vision d'Ézéchiel et l'Apocalypse : l'homme pour Matthieu, le lion pour Marc, le bœuf pour Luc, l'aigle pour Jean[167][168]. L'aigle seul regarde le soleil en face, dit le bestiaire ancien, et seul Jean a fixé le Verbe dans sa splendeur. Les ambons romans, les cathédrales gothiques, les icônes byzantines montrent le jeune apôtre imberbe dictant à son scribe Prochore, l'aigle planant au-dessus de la plume[169]. Et la Cène de Léonard, au réfectoire de Sainte-Marie-des-Grâces à Milan, a fixé pour les siècles le visage du disciple bien-aimé penché vers le Maître[170]. L'art, comme la liturgie, a compris : Jean est le regard.

Le magistère : Dei Verbum et le Catéchisme

Le concile Vatican II enseigne que les évangiles, écrits par les Apôtres et les hommes de leur entourage, transmettent fidèlement ce que Jésus a fait et enseigné[171], et que les quatre évangiles ont une origine apostolique[172]. Le Catéchisme leur donne la première place entre toutes les Écritures, comme le témoignage principal de la vie du Verbe incarné[173], et rappelle leur formation en trois étapes, sans jamais couper l'écrit de la prédication qui le porte[174]. La Commission biblique de 1993 juge la méthode historico-critique indispensable pour entendre le texte dans son passé, mais insuffisante sans la Tradition vivante qui l'a porté[175]. Et pour trancher le cas de Jean, le décret de 1907 demeure : l'apôtre est l'auteur de l'évangile[176].

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Bultmann et la démythologisation

Les grottes de Qumrân, au bord de la mer Morte : leurs manuscrits ont montré que le langage de la lumière et des ténèbres était juif et palestinien, bien avant les gnostiques. Photo James Emery, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons.

Au XXe siècle, Rudolf Bultmann a proposé la lecture la plus radicale : le quatrième évangile serait l'œuvre d'un rédacteur ecclésiastique remaniant une source des signes et des discours gnostisants, et sa christologie appartiendrait à l'hellénisme, non à Jésus[177]. Le programme de la démythologisation demandait de traduire le mythe en décision existentielle, et Jean devenait le prétexte d'une philosophie. L'hypothèse n'a pas tenu : Qumrân a montré que le dualisme de la lumière et des ténèbres, du mensonge et de la vérité, était palestinien et juif, non gnostique tardif[178]. Et l'archéologie a réhabilité une à une les topographies que Bultmann jugeait symboliques. Reste l'avertissement : une méthode qui décide d'avance que le miracle est impossible trouvera toujours que le texte est tardif.

La communauté johannique : Martyn et Brown

J. Louis Martyn, puis Raymond E. Brown, ont proposé de lire l'évangile comme l'histoire d'une communauté : expulsés de la synagogue après 70, les chrétiens johanniques auraient projeté leurs conflits dans la bouche de Jésus, et le disciple bien-aimé serait une figure idéale, non l'apôtre[179][180]. Brown distinguait cinq étapes, de l'apôtre au rédacteur final vers 100 à 110[181]. La reconstruction éclaire certains traits, l'âpreté des controverses, l'insistance sur l'Esprit qui guidera. Mais elle suppose ce qu'elle prouve : les trois mentions d'exclusion de la synagogue valent aussi bien pour le temps de Jésus, dont les synoptiques attestent les conflits, que pour la fin du siècle[182]. Et faire du témoin une figure de papier contredit la signature du livre, qui se donne pour l'écrit d'un homme ayant vu[183]. L'hypothèse est ingénieuse, elle n'est pas une preuve.

Jean l'Ancien : un second Jean ?

Eusèbe, citant Papias, distingue parfois Jean l'apôtre et Jean l'Ancien, et une partie de l'exégèse contemporaine propose d'attribuer l'évangile à ce second Jean, presbytre d'Éphèse, pour sauver le livre en sacrifiant l'apôtre[184]. L'argument est fragile. Papias nomme deux Jean dans une liste de disciples consultés, sans dire qu'ils sont deux hommes différents, et la tradition unanime, Irénée, Muratori, Clément, Origène, Jérôme, ne connaît qu'un seul Jean à Éphèse, l'apôtre[185][186][187]. Les courtes lettres se présentent d'ailleurs sous la plume de l'Ancien, titre naturel d'un apôtre devenu vieillard, non carte d'identité d'un inconnu[188]. Multiplier les Jean sans témoin, c'est créer un auteur pour éviter l'Apôtre.

Les différences avec les synoptiques

L'objection la plus honnête porte sur les écarts avec les trois premiers : la purification du Temple au début et non à la fin, le calendrier de la Cène et de la Passion, l'absence de paraboles et d'exorcismes, les longs discours à la place des sentences[189]. Chaque écart a sa réponse, et les exégètes les plus favorables à l'historicité de Jean, Dodd, Carson, Blomberg, Bauckham, les ont détaillées : Jean complète plus qu'il ne contredit, il ordonne en théologien ce que les autres racontent en chroniqueurs, et sa chronologie de la Passion, l'agneau immolé à l'heure des agneaux, est d'une cohérence saisissante[190][191][192]. Surtout, les convergences inattendues abondent : le Je Suis de la marche sur les eaux se retrouve chez Marc et Matthieu, la confession de Pierre suit le pain de vie comme elle suit la multiplication chez les synoptiques, et les détails topographiques coïncident sans se copier[193][194]. Des témoins indépendants qui se recoupent valent mieux que des copistes qui se répètent.

Le cas le plus discuté reste la date de la Cène. Les synoptiques présentent le dernier repas comme le repas pascal, tandis que Jean fait mourir Jésus au jour de la Préparation, à l'heure où l'on immolait les agneaux, et note que Pilate présenta le Christ à la foule pendant que les agneaux tombaient[195]. Loin d'être une bévue, ce décalage est revendiqué par le récit comme une théologie : le Christ meurt en véritable agneau pascal, à l'heure des agneaux. Les lectures se complètent plus qu'elles ne s'excluent : un calendrier sacerdotal différent suivi à Jérusalem, défendu notamment par Annie Jaubert à partir des usages attestés à Qumrân[196] ; une formulation johannique de la Préparation qui n'exclut pas le repas pascal ; et surtout le témoignage vivant des Églises d'Asie, qui célébraient Pâques le 14 Nisan en se réclamant de Jean lui-même, comme l'écrivit Polycrate d'Éphèse au pape Victor vers 190[197]. Des Églises fondées par le disciple bien-aimé n'auraient pas gardé une Pâque qui contredirait son évangile : la pratique la plus ancienne confirme le récit au lieu de l'embarrasser.

Les présupposés en cause

Trois fragilités reviennent dès qu'on serre les arguments modernes : le présupposé anti-miraculeux, qui déclare impossible tout ce que Jean raconte de surnaturel, puis date tardivement le livre parce qu'il raconte l'impossible ; l'argument du silence, qui fait dire aux absences, pas de paraboles donc pas de Jésus historique, ce qu'aucun témoin ne dit ; les datations circulaires, où la date suppose la théorie des communautés que la date est censée prouver[198]. À quoi s'ajoute le mépris de principe pour la Tradition, traitée comme suspecte parce qu'ecclésiale, pendant que des reconstructions sans un seul manuscrit, source des signes, étapes communautaires, second Jean, sont reçues comme des faits[199]. Aucune de ces démarches n'est une réfutation, chacune invite à rouvrir le dossier au lieu de le clore.

Pourquoi la position traditionnelle reste défendable

Le dossier tient en six pièces : le témoignage unanime des Pères pour l'apostolicité de Jean, avec la chaîne la plus courte de l'Antiquité, deux maillons de l'apôtre à Irénée[200] ; la précision topographique et chronologique du récit, piscines, portes, heures, fêtes, inexplicable chez un faussaire tardif[201] ; le fragment P52, qui place l'évangile en Égypte dès la première moitié du IIe siècle et gêne les datations les plus tardives[202] ; l'enracinement juif et palestinien de la pensée, confirmé par Qumrân contre l'hypothèse hellénistique[203] ; les convergences non concertées avec les synoptiques, marque des témoins indépendants[204] ; et la solidité matérielle de la transmission, qui rend vaine l'idée d'un texte recomposé sans témoin[205]. La recherche actuelle n'a rien démontré qui oblige à abandonner la tradition : une partie de l'exégèse contemporaine propose, la tradition atteste, et le lecteur sait désormais pourquoi l'attestation pèse lourd.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Jn 20, 2 à 8 : la course au tombeau ; 20, 24 à 29 : Thomas ; 20, 30 et 31 : le but du livre. AELF, aelf.org.

    1 20 29 78 98 120 128 136 155 157 161
  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 120 : la liste des 27 livres du Nouveau Testament. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    2 6
  3. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 11, 8 (vers 180) : les quatre évangiles, ni plus ni moins. Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.

    3
  4. Le Nouveau Testament compte 260 chapitres et 7 947 versets dans l'édition critique grecque de référence. Traduction œcuménique de la Bible (TOB), Cerf, 2010, introduction au Nouveau Testament.

    4
  5. Donald A. Carson, Douglas J. Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan, Grand Rapids, 2e éd. 2005 : auteurs, dates et plans, livre par livre.

    5 11 40 46 70 79 84 122
  6. Concile d'Hippone, 393, canon 36 : catalogue des Écritures. Schaff, History, vol. III.

    7
  7. IIIe concile de Carthage, 28 août 397, canon 47 : même catalogue. Schaff, History, vol. III.

    8
  8. Concile de Florence, bulle Cantate Domino, 4 février 1442 : liste des livres reçus. Denzinger.

    9
  9. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546 : définition solennelle avec anathème. Denzinger.

    10
  10. Clément d'Alexandrie, tradition des anciens presbytres rapportée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : Jean composa un évangile spirituel. Sources Chrétiennes.

    12 51
  11. Mt 4, 21 : l'appel des fils de Zébédée au bord du lac. AELF, aelf.org.

    13
  12. Mc 3, 17 : Boanergès, fils du tonnerre. AELF, aelf.org.

    14
  13. Lc 9, 54 : le feu du ciel voulu contre le village samaritain. AELF, aelf.org.

    15
  14. Mt 20, 20 à 23 : la demande de la mère des fils de Zébédée. AELF, aelf.org.

    16
  15. Jn 13 : la Cène, le lavement des pieds, le disciple bien-aimé et les discours d'adieu. AELF, aelf.org.

    17 18 28 93 94 153
  16. Jn 19, 26 et 27 : voici ta mère ; 19, 34 et 35 : le sang et l'eau, le témoin qui a vu. AELF, aelf.org.

    19 24 97 140 143 144 147 154 158 195
  17. Jn 21, 7 : c'est le Seigneur ; 21, 15 à 17 : pais mes brebis ; 21, 20 à 24 : le témoignage écrit. AELF, aelf.org.

    21 23 25 30 31 80 109 110 111 149 156 183
  18. Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses, Eerdmans, Grand Rapids, 2006 : le disciple bien-aimé comme témoin oculaire idéal et signature du livre.

    22
  19. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, § 19, 18 novembre 1965 : Apôtres et hommes de leur entourage, auteurs des évangiles. Texte français sur vatican.va.

    26 171
  20. Commission biblique pontificale, réponse sur le quatrième évangile, 29 mai 1907 : l'apôtre Jean auteur de l'évangile. Actes du Saint-Siège.

    27 176
  21. Ac 3, 1 à 11 : Pierre et Jean au Temple ; Ac 4 : devant le Sanhédrin. AELF, aelf.org.

    32
  22. Ga 2, 9 : Jacques, Céphas et Jean, regardés comme des colonnes. AELF, aelf.org.

    33
  23. Catéchisme de l'Église catholique, § 126 : la formation des évangiles en trois étapes. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    34 174
  24. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1 (vers 180) : Matthieu chez les Hébreux, Marc après Pierre, Luc compagnon de Paul, Jean à Éphèse. Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.

    35 185 200
  25. Même passage, traduction anglaise Roberts-Rambaud : Afterwards, John, the disciple of the Lord, who also had leaned upon His breast, did himself publish a Gospel during his residence at Ephesus in Asia. New Advent, Fathers.

    36
  26. Jn 2, 13 : la première Pâque et les vendeurs chassés ; 2, 1 à 11 : les noces de Cana. AELF, aelf.org.

    37 85 129 141
  27. Jn 6, 4 : la seconde Pâque ; 6, 1 à 15 : la multiplication ; 6, 35 : le pain de vie. AELF, aelf.org.

    38 88 89 101 126 137
  28. Jn 11, 55 : la troisième Pâque ; 11, 25 : la résurrection et la vie ; Lazare. AELF, aelf.org.

    39 91 105 152
  29. Jn 5, 2 : la piscine de Bethesda aux cinq portiques, au présent. AELF, aelf.org.

    41 87
  30. Le double bassin au nord du parvis, près de la porte des Brebis, identifié par les fouilles et conforme aux cinq portiques. Bargil Pixner, Paths of the Messiah, Ignatius Press, 2010.

    42
  31. Craig L. Blomberg, The Historical Reliability of John's Gospel, InterVarsity Press, Downers Grove, 2001 : topographie exacte, chronologie cohérente, témoignage oculaire.

    43 192 201
  32. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 23 : Jean à Éphèse jusqu'au temps de Trajan. Sources Chrétiennes.

    44 54
  33. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, V, 30, 3 (vers 180) : la vision apocalyptique vers la fin du règne de Domitien. Édition Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.

    45
  34. John A. T. Robinson, Redating the New Testament, SCM Press, Londres, 1976 : aucun écrit postérieur à 70, Jean lui-même antérieur à la ruine selon ses indices internes.

    47
  35. Martyre de saint Polycarpe, 9 : quatre-vingt-six ans de service du Christ. Sources Chrétiennes.

    48
  36. Saint Irénée, Lettre à Florin, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 20 : souvenirs d'enfance auprès de Polycarpe. Sources Chrétiennes.

    49
  37. Fragment de Muratori, lignes 9 à 16, fin du IIe siècle : le quatrième évangile est de Jean, écrit à la demande de ses condisciples et des évêques. Édition Lietzmann.

    50 186
  38. Même tradition, texte anglais : John, perceiving that the external facts had been made plain in the Gospels, being urged by his friends, and inspired by the Spirit, composed a spiritual Gospel. New Advent, Fathers, Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 14.

    52
  39. Origène, Commentaire sur Matthieu, livre I, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 25 : l'ordre des quatre évangiles. Ante-Nicene Fathers, vol. IX.

    53 165
  40. Saint Justin, Première Apologie, 61, vers 150 à 155 : le baptême des convertis et la parole sur la nouvelle naissance, reprise de l'entretien avec Nicodème. Édition Wartelle, Études augustiniennes, Paris, 1987.

    55
  41. Saint Ignace d'Antioche, Lettres, vers 107 : accents johanniques, l'Esprit qui sait d'où il vient et où il va (Philadelphiens 7) et le pain de Dieu (Romains 7). Édition Camelot, Sources Chrétiennes n° 10, Cerf, Paris.

    56
  42. Héracléon, maître de l'école de Valentin, premier commentateur suivi de Jean vers 160 à 180 : ouvrage perdu, connu par les longues citations qu'Origène en donne pour les réfuter dans son Commentaire sur Jean.

    57
  43. Tatien, Diatessaron, vers 170 : l'harmonie des quatre évangiles en un seul récit, conservée en arabe et en latin, ouverte sur le Prologue de Jean. Cf. Carson, The Gospel According to John, Eerdmans, 1991.

    58
  44. Les Aloges, petite secte d'Asie Mineure rejetant l'évangile et l'Apocalypse de Jean, attribués à Cérinthe : connus par saint Épiphane, Panarion, 51, vers 375. L'Église les réfuta et leur mémoire s'éteignit.

    59
  45. Saint Jérôme, Des hommes illustres, 9, en 393 : Jean, le dernier, à la demande des évêques d'Asie, contre Cérinthe. New Advent, Fathers.

    60 187
  46. Même chapitre, texte anglais : John, the apostle whom Jesus most loved, being the last, wrote a Gospel, at the request of the bishops of Asia, against Cerinthus and other heretics. New Advent, Fathers.

    61
  47. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 3, 4 : Jean fuyant les bains où se trouvait Cérinthe. Sources Chrétiennes.

    62
  48. Rédaction à Éphèse vers 90 à 100, à la demande des frères. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1. Sources Chrétiennes.

    63
  49. Polycarpe disciple de Jean, maître d'Irénée enfant. Lettre à Florin, Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 20.

    64
  50. Fragment de Muratori, fin du IIe siècle, et Irénée vers 180 : quatre évangiles, Jean le quatrième.

    65
  51. Clément vers 200 et Origène : l'évangile spirituel et son premier grand commentaire. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 14.

    66
  52. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 23, et Jérôme, Des hommes illustres, 9 : Jean à Éphèse, reconnu de tous.

    67
  53. De la lettre festale d'Athanase (367) au décret de Trente (1546) : la liste des 27 reçue sans variante pour Jean.

    68
  54. Le grec simple aux tournures sémitiques, marque d'un Juif de Palestine écrivant en langue populaire. Carson et Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan, 2e éd. 2005.

    69
  55. Papyrus P52 (Rylands Gr. P. 457), fragment de l'évangile selon saint Jean (18, 31 à 33 et 37 à 38), copié dans la première moitié du IIe siècle. John Rylands Library, Manchester.

    71 202
  56. Datation paléographique : fourchette habituelle autour de 100 à 150, souvent résumée à 125 (C. H. Roberts, 1935), élargie par une partie de la recherche jusqu'à la fin du IIe voire au début du IIIe siècle (B. Nongbri, 2005).

    72
  57. P66 (Bodmer II, Jean presque entier, vers 200), P75 (Bodmer XIV-XV, Luc et Jean, 175 à 225), P90 (Jean 18 et 19, IIe ou IIIe siècle). Nestle-Aland, 28e édition, 2012, Verzeichnis.

    73
  58. Une vingtaine de papyrus conservent des portions de Jean. Nestle-Aland, 28e édition, 2012, Verzeichnis.

    74
  59. Codex Vaticanus et Sinaiticus, IVe siècle : le texte presque complet sur parchemin. Metzger et Ehrman, The Text of the New Testament, Oxford, 4e éd. 2005.

    75
  60. Versions latine, syriaque et copte dès les IIe et IIIe siècles : la diffusion immédiate du texte. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Clarendon, Oxford, 1977.

    76
  61. Pie XII, Divino afflante Spiritu, 30 septembre 1943 : recours aux langues originales et aux genres littéraires. Actes du Saint-Siège.

    77
  62. Jn 1, 1 à 18 : le Prologue ; 1, 29 : voici l'Agneau de Dieu. AELF, aelf.org.

    81 82 83 112 115 146 160
  63. Jn 4 : la Samaritaine et l'eau vive ; le fils de l'officier guéri. AELF, aelf.org.

    86 125 139 150
  64. Jn 9 : l'aveugle-né ; 9, 22 : l'exclusion de la synagogue. AELF, aelf.org.

    90 151 182
  65. Jn 12, 32 : élevé de terre, j'attirerai tous les hommes ; 12, 37 : malgré les signes, l'incrédulité. AELF, aelf.org.

    92 99 131 133
  66. Jn 17 : la prière sacerdotale pour l'unité ; la vie éternelle, connaître le Père. AELF, aelf.org.

    95 124
  67. Jn 18 : l'arrestation au jardin, le procès, mon royaume n'est pas de ce monde. AELF, aelf.org.

    96 159
  68. Ex 3, 14 : Je Suis qui Je Suis, le Nom du buisson ardent. AELF, aelf.org.

    100
  69. Jn 8, 12 : la lumière du monde ; 8, 58 : avant qu'Abraham fût, Je Suis. AELF, aelf.org.

    102 108 117
  70. Jn 10, 7 : la porte ; 10, 11 : le bon pasteur ; 10, 30 : le Père et moi, nous sommes un. AELF, aelf.org.

    103 104 116
  71. Jn 14, 6 : le chemin, la vérité et la vie ; 14, 16 : un autre Paraclet. AELF, aelf.org.

    106 118 121 127 134
  72. Jn 15, 1 à 8 : la vigne véritable et les sarments. AELF, aelf.org.

    107 123
  73. Catéchisme de l'Église catholique, § 124 : les Évangiles, cœur de toutes les Écritures. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    113 173
  74. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, § 18, 18 novembre 1965 : les Évangiles, témoignage principal du Verbe incarné. Texte français sur vatican.va.

    114 172
  75. Jn 7, 46 : jamais homme n'a parlé comme cet homme. AELF, aelf.org.

    119 130
  76. Jn 3, 16 : Dieu a tant aimé le monde ; naître de l'eau et de l'Esprit. AELF, aelf.org.

    132 138
  77. Jn 16, 13 : l'Esprit conduira à la vérité tout entière. AELF, aelf.org.

    135
  78. Gn 3, 15 : la descendance de la Femme écrasera le serpent. AELF, aelf.org.

    142
  79. Catéchisme de l'Église catholique, § 963 : Marie, Mère du Christ, Mère de l'Église dans l'ordre de la grâce. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    145
  80. Catéchisme de l'Église catholique, § 128 : les figures de l'Ancien Testament accomplies dans le Christ. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    148
  81. Saint Augustin, 124 Traités sur l'évangile de Jean, vers 406 à 421 : le plus vaste commentaire patristique conservé. Bibliothèque augustinienne, vol. 71 à 74.

    162
  82. Même ouvrage, Traité 80, 3 : la parole ajoutée à l'élément fait le sacrement. Bibliothèque augustinienne, vol. 73.

    163
  83. Saint Jean Chrysostome, 88 Homélies sur l'évangile de Jean, prononcées à Antioche. Sources Chrétiennes.

    164
  84. Saint Thomas d'Aquin, Lecture sur l'évangile de Jean, vers 1270 à 1272 : le Prologue et la procession du Verbe. Édition Marietti, Turin.

    166
  85. Ez 1, 10 : les quatre faces du char divin. AELF, aelf.org.

    167
  86. Ap 4, 7 : les quatre vivants autour du trône. AELF, aelf.org.

    168
  87. L'apôtre imberbe dictant à Prochore, l'aigle au-dessus : iconographie byzantine constante des manuscrits et des fresques.

    169
  88. Léonard de Vinci, La Cène, 1495 à 1498, réfectoire de Sainte-Marie-des-Grâces, Milan : le disciple bien-aimé penché vers le Christ.

    170
  89. Commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église, 1993 : méthodes historico-critiques indispensables mais insuffisantes sans la Tradition. Texte sur vatican.va.

    175
  90. Rudolf Bultmann, L'évangile de Jean, commentaire paru en 1941, et le programme de la démythologisation (1941) : source des signes, rédaction ecclésiastique tardive.

    177
  91. Les rouleaux de Qumrân, notamment la Règle de la communauté : le dualisme lumière et ténèbres en milieu juif palestinien, avant Jean. Fitzmyer, The Dead Sea Scrolls and Christian Origins, Eerdmans, 2000.

    178 203
  92. J. Louis Martyn, History and Theology in the Fourth Gospel, Harper and Row, New York, 1968, 3e éd. 2003 : l'évangile comme histoire d'une communauté exclue de la synagogue.

    179
  93. Raymond E. Brown, An Introduction to the New Testament, Doubleday, New York, 1997 : état de l'exégèse contemporaine et datations majoritaires, à lire avec discernement.

    180
  94. Raymond E. Brown, The Community of the Beloved Disciple, Paulist Press, New York, 1979 : les cinq étapes de la communauté johannique, de l'apôtre au rédacteur final.

    181
  95. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39, citant Papias : les deux Jean nommés parmi les disciples consultés, sans qu'il soit dit qu'il s'agit de deux hommes.

    184
  96. 2 Jn 1 et 3 Jn 1 : l'Ancien, titre des courtes lettres johanniques. AELF, aelf.org.

    188
  97. Calendrier de la Passion, purification du Temple, paraboles et discours : l'inventaire classique des écarts. Carson, The Gospel According to John, Eerdmans, 1991.

    189
  98. C. H. Dodd, Historical Tradition in the Fourth Gospel, Cambridge University Press, 1963 : une tradition ancienne et indépendante derrière Jean.

    190 204
  99. Donald A. Carson, The Gospel According to John, Eerdmans, Grand Rapids, 1991 : commentaire de référence, historicité et cohérence du récit.

    191
  100. Mc 6, 50 : c'est moi, le Je Suis de la marche sur les eaux, chez Marc aussi. AELF, aelf.org.

    193
  101. Mt 16, 16 : la confession de Pierre après les pains, comme après le pain de vie. AELF, aelf.org.

    194
  102. Annie Jaubert, La date de la Cène, Gabalda, Paris, 1957 : un calendrier sacerdotal long expliquerait la double chronologie du dernier repas.

    196
  103. Polycrate d'Éphèse, lettre au pape Victor, vers 190, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 24 : en Asie, Pâques est célébrée le 14 Nisan selon la tradition reçue des apôtres, dont Jean qui repose à Éphèse. Sources Chrétiennes, Cerf, Paris.

    197
  104. Le présupposé anti-miraculeux, l'argument du silence et les datations circulaires : les trois fragilités récurrentes des reconstructions tardives.

    198
  105. La Tradition traitée comme suspecte par principe, pendant que des sources sans manuscrit sont reçues comme des faits : le double standard de la critique radicale.

    199
  106. Bruce M. Metzger, The Text of the New Testament, Oxford University Press, 4e éd. 2005 : matériau unique, variantes de détail, aucun dogme en jeu.

    205