La multiplication des pains désigne le miracle par lequel Jésus, au bord du lac de Galilée, nourrit une foule de cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons, puis une seconde foule de quatre mille hommes avec sept pains. Les quatre évangélistes racontent la première multiplication, et Matthieu et Marc racontent aussi la seconde : avec la Résurrection, c'est le seul miracle de Jésus présent dans les quatre évangiles[1]. Au terme du repas, tous mangent à satiété et les disciples ramassent ce qui reste : douze paniers pleins de morceaux après le premier repas, sept corbeilles après le second, c'est à dire plus qu'au point de départ[2].
L'Église reçoit ces récits comme des événements réels de la vie publique de Jésus, au même titre que le miracle de Cana ou la pêche miraculeuse. Elle y lit aussi, depuis les Pères, l'annonce la plus directe de l'Eucharistie : le même Jésus prend le pain, rend grâce, le rompt et le fait distribuer par ses disciples, gestes que l'Église refait à chaque messe. Cet article présente d'abord les récits verset par verset, puis leur place dans le canon, leurs auteurs et leur datation traditionnels avec leurs témoins anciens, le cadre galiléen du miracle, leur théologie, leur accomplissement dans l'ensemble de l'Écriture, la lecture des Pères, leur usage liturgique et spirituel, et enfin les objections de l'exégèse historico-critique avec les réponses qu'on peut leur faire.
Les récits, pas à pas
La première multiplication : cinq pains pour cinq mille hommes
Le retrait après la mort de Jean-Baptiste
Matthieu ouvre le récit par une nouvelle qui change l'atmosphère : Jésus apprend la mort de Jean-Baptiste, décapité par Hérode Antipas, et se retire en barque vers un lieu désert, à l'écart[3]. Le miracle ne naît donc pas dans une fête, il naît dans un deuil et dans une menace. Jésus cherche la solitude avec ses disciples, et Marc précise qu'il les invite eux aussi au repos après leur première mission : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu »[4].
La foule devine le mouvement, part à pied des villes et arrive avant la barque[5]. En débarquant, Jésus voit cette foule nombreuse et il est saisi de compassion pour elle, parce qu'elle est comme des brebis sans berger, dit Marc, qui ajoute qu'il se met à l'enseigner longuement[6]. Le berger que le prophète Ézéchiel annonçait, Dieu lui même venant chercher ses brebis, commence donc par enseigner avant de nourrir : la parole d'abord, le pain ensuite, dans cet ordre que tout le chapitre 6 de Jean va déployer.
Vous-mêmes, donnez-leur à manger
Le soir venu, les disciples constatent le problème avec bon sens : le lieu est désert, l'heure est avancée, il faut renvoyer la foule acheter de la nourriture dans les villages[7]. Jésus refuse cette solution et retourne la responsabilité vers eux : « Ils n'ont pas besoin de s'en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger »[8]. La réponse des disciples mesure l'écart : « Nous n'avons là que cinq pains et deux poissons »[9]. Marc ajoute le calcul d'André et des disciples en termes d'argent : deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour que chacun reçoive un peu[10].
Jean, seul, précise d'où vient ce peu : un garçon présent dans la foule a cinq pains d'orge et deux poissons, et André, qui les présente, pose lui même la question du récit : « Mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? »[11] Le pain d'orge est le pain ordinaire des pauvres en Galilée, moins cher que le pain de froment, et le détail n'est pas décoratif : le point de départ du miracle est la nourriture d'un enfant pauvre, mise tout entière entre les mains de Jésus.
« Nous n'avons là que cinq pains et deux poissons. » (Évangile selon saint Matthieu, 14, 17[12])
Assis sur l'herbe, par groupes de cent et de cinquante
Jésus fait asseoir la foule, et les synoptiques gardent des détails d'organisation qui comptent. Marc voit l'herbe verte, détail de printemps cohérent avec la Pâque proche que Jean date au début de son récit, et la foule s'assied par carrés, par groupes de cent et de cinquante, comme des parterres de jardin[13]. Luc donne le lieu, Bethsaïde, et le même ordre de groupes de cinquante[14].
Cette foule assise en rangs n'est pas une masse amorphe : c'est un peuple ordonné, un banquet préparé. Les commentateurs anciens y ont vu l'image du peuple de Dieu rassemblé autour de son berger dans le désert, comme Israël campait par bannières autour de la tente de la rencontre après la sortie d'Égypte. Le désert, le berger, le peuple en ordre et le pain qui va venir du ciel : tous les éléments de l'Exode sont remis en place avant même le geste de Jésus.
Il prit les cinq pains, leva les yeux au ciel et prononça la bénédiction
Vient le geste central, raconté avec les mêmes verbes par les quatre évangélistes. Jésus prend les cinq pains et les deux poissons, lève les yeux au ciel, prononce la bénédiction ou rend grâce, rompt les pains et les donne aux disciples, et les disciples les donnent à la foule[15]. Marc et Luc disent la bénédiction, Jean dit l'action de grâce, et le récit de la Cène reprendra la même suite de gestes : prendre, bénir ou rendre grâce, rompre, donner.
Il faut noter ce que Jésus ne fait pas. Il ne fait pas apparaître une montagne de pains devant la foule, il ne transforme pas les pierres, il ne distribue pas lui même à cinq mille personnes. Le don passe par les mains des disciples, pain rompu après pain rompu, et il ne tarit pas entre leurs mains. La multiplication n'est pas décrite comme un spectacle, elle est constatée comme un résultat : on distribue, on mange, on est rassasié, et il en reste.
Tous mangèrent et furent rassasiés, et il resta douze paniers
La conclusion tient en trois affirmations que les quatre récits partagent. Tous mangent et sont rassasiés, sans exception et sans rationnement[16]. On ramasse les morceaux qui restent, douze paniers pleins, un panier par apôtre dans la lecture que les Pères feront du chiffre[17]. Matthieu compte enfin les convives : environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, précision qui augmente encore la foule réelle et qui exclut de lire le chiffre comme un simple symbole rond[18].
Jean ajoute la réaction de la foule, décisive pour la suite : voyant le signe, les gens reconnaissent en Jésus le Prophète qui doit venir dans le monde, celui que Moïse avait annoncé, et ils veulent le prendre pour le faire roi[19]. Jésus se retire seul dans la montagne. Le pain donné gratuitement vient d'être compris comme un programme politique, et c'est ce malentendu que le discours de Capharnaüm, le lendemain, va affronter de front.
« À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : Celui-ci est vraiment le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. » (Évangile selon saint Jean, 6, 14[20])
La seconde multiplication : sept pains pour quatre mille hommes
Trois jours avec Jésus, loin de la Galilée juive
Matthieu et Marc racontent une seconde multiplication, distincte de la première par le lieu, le nombre et le public. Jésus est passé par Tyr et Sidon puis par la Décapole, territoire à majorité païenne à l'est du lac, où il vient de guérir un sourd-muet[21]. Une grande foule le suit depuis trois jours et n'a plus rien à manger, et c'est Jésus lui même qui ouvre le récit, sans que les disciples aient à le lui signaler : « J'ai compassion de cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi et n'ont rien à manger »[22].
Le détail des trois jours change la nature du signe. Cette foule n'est pas venue pour un repas, elle est restée trois jours pour écouter et pour être guérie, au point d'épuiser ses provisions. Jésus refuse de la renvoyer à jeun, de peur que certains ne défaillent en chemin, car plusieurs sont venus de loin[23]. La compassion qui ouvre le récit est la même qu'au premier repas, mais elle s'adresse cette fois largement à des païens : le pain du Royaume déborde le premier cercle d'Israël.
Sept pains, quelques petits poissons, sept corbeilles
Les disciples objectent encore, avec une mémoire courte qui fait partie de l'enseignement du récit : « Où donc pourra-t-on trouver du pain pour les rassasier, ici, dans le désert ? »[24] Jésus demande ce qu'ils ont : sept pains[25]. Il les prend, rend grâce, les rompt et les fait distribuer, puis bénit aussi quelques petits poissons et les fait servir de même[26].
La foule mange et est rassasiée, on ramasse sept corbeilles pleines de morceaux, et les convives sont environ quatre mille[27]. Le mot grec des corbeilles n'est pas le même qu'au premier récit : les douze paniers des cinq mille sont les paniers que porte un Juif de Galilée, les sept corbeilles des quatre mille sont de grandes corbeilles, et les évangélistes gardent cette différence de vocabulaire dans les deux récits sans jamais les confondre. Jésus lui même, quelques jours plus tard, rappellera les deux repas séparément à ses disciples en citant les deux chiffres et les deux sortes de corbeilles[28].
Le lendemain du pain : Jean 6 et le pain de vie
De l'autre côté de la mer, la foule cherche le pain qui périt
Jean est le seul à raconter le lendemain. La foule, restée sur l'autre rive, comprend que Jésus n'est plus là, prend des barques et vient le chercher à Capharnaüm[29]. Jésus ne flatte pas cette recherche, il la nomme : « Vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés »[30]. Puis il oppose deux nourritures, celle qui périt et celle qui demeure pour la vie éternelle, et il désigne le travail que Dieu demande : croire en celui qu'il a envoyé[31].
La foule demande alors un signe du même ordre que la manne de Moïse, en citant l'Écriture : « Il leur a donné à manger le pain du ciel »[32]. La demande est extraordinaire de la part de gens qui, la veille, ont mangé un pain multiplié dans le désert. Elle montre exactement ce que Jésus vient de dire : le signe a été mangé, il n'a pas été lu. Toute la suite du chapitre est la lecture du signe par celui qui l'a fait.
Je suis le pain de vie
Jésus corrige d'abord l'attribution du passé : ce n'est pas Moïse qui a donné le pain du ciel, c'est le Père, et ce pain véritable, Dieu le donne maintenant[33]. Puis vient la parole centrale de tout le dossier des pains, celle que l'Infobox de cet article retient : « Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, celui qui croit en moi n'aura jamais soif »[34].
Le discours monte ensuite d'un degré qui provoque le murmure, comme Israël murmurait dans le désert : « Je suis le pain vivant, descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Et le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde »[35]. Aux objections, Jésus ne retire rien, il précise encore : « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui »[36]. Le pain multiplié de la veille, déjà dépassé par son reste, trouve ici son horizon : un pain qui n'est plus seulement donné par Jésus, mais qui est Jésus donné.
« Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, celui qui croit en moi n'aura jamais soif. » (Évangile selon saint Jean, 6, 35[37])
Le scandale, les départs et la confession de Pierre
Le chapitre se termine par une crise que Jean ne dissimule pas. Beaucoup de disciples trouvent la parole dure, murmurent, et à partir de ce moment beaucoup se retirent et cessent de l'accompagner[38]. Jésus ne court pas après la foule perdue, il se tourne vers les Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »[39] La réponse de Simon Pierre est devenue la confession de tout lecteur de ce chapitre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu »[40].
Cette fin sévère fait partie du miracle lui même. Le même pain rassasie cinq mille hommes un jour et fait fuir des disciples le lendemain, selon qu'on le reçoit comme un don à manger ou comme une parole à croire. L'article sur Jésus marche sur les eaux traite de la traversée nocturne qui sépare le repas du discours dans le récit de Jean.
Deux repas, un seul Seigneur : le tableau comparatif
Le tableau suivant rassemble les données des deux multiplications telles que les évangélistes les donnent. Il se lit en colonnes : chaque ligne compare un même élément dans les deux repas, et la dernière colonne dit ce que la comparaison fait apparaître.
| Élément comparé | Cinq mille (Mt 14, Mc 6, Lc 9, Jn 6) | Quatre mille (Mt 15, Mc 8) | Ce que la comparaison montre |
|---|---|---|---|
| Public nourri | Foule juive de Galilée, près de Bethsaïde | Foule largement païenne, en Décapole | Le pain passe d'Israël aux nations |
| Durée avant le repas | Un jour d'enseignement, jusqu'au soir | Trois jours avec Jésus, provisions épuisées | L'écoute précède le don, dans les deux cas |
| Point de départ | Cinq pains d'orge et deux poissons d'un garçon (Jn 6, 9) | Sept pains et quelques petits poissons des disciples | Dieu multiplie ce qu'on lui remet, même peu de chose |
| Qui ouvre le récit | Les disciples signalent l'heure avancée | Jésus dit lui même sa compassion | Le Seigneur précède le besoin avant de le combler |
| Gestes de Jésus | Prendre, bénir ou rendre grâce, rompre, donner aux disciples | Prendre, rendre grâce, rompre, donner aux disciples, bénir les poissons | La même liturgie du pain, déjà celle de la Cène |
| Satiété | Tous mangent et sont rassasiés | La foule mange et est rassasiée | Personne n'est rationné au repas du Royaume |
| Restes | Douze paniers pleins de morceaux | Sept corbeilles pleines de morceaux | Le don dépasse le besoin, et rien ne se perd |
| Nombre de convives | Environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants | Environ quatre mille hommes | Des foules comptées, pas des foules de légende |
| Réaction | La foule veut faire Jésus roi (Jn 6, 15) | Jésus monte en barque vers Dalmanoutha (Mc 8, 10) | Le signe appelle une réponse de foi, pas un projet politique |
Ce tableau ne fusionne pas les deux repas en un seul. Les lieux, les publics, les chiffres, les corbeilles et les suites diffèrent, et c'est Jésus lui même qui les distinguera devant ses disciples en leur rappelant les deux séries de chiffres. Leur ressemblance vient de l'unité de celui qui agit et de la pédagogie qu'il déploie : ce qu'Israël a reçu au bord de son lac, les nations le reçoivent au bord du leur.
La place des deux repas dans le canon
Le seul miracle raconté par les quatre évangélistes
Hors les événements de la Passion et de la Résurrection, la multiplication des pains est le seul miracle de Jésus que les quatre évangiles racontent[41]. Matthieu et Marc la racontent même deux fois, ce qui porte le dossier à six récits pour deux repas. Cette place unique n'est pas un hasard de la transmission : le signe des pains tient ensemble la prédication du Royaume, la compassion pour les foules, la fonction des disciples qui distribuent, et l'annonce de l'Eucharistie. Aucun autre miracle ne condense autant de fils à la fois, et les quatre traditions évangéliques l'ont gardé comme on garde une pièce maîtresse.
La réception canonique de ces livres n'est pas une opinion d'école. Le concile de Trente, en sa session IV du 8 avril 1546, reçoit les livres saints en entier avec toutes leurs parties, et Vatican I enseigne que ces livres, écrits sous l'inspiration de l'Esprit Saint, ont Dieu pour auteur[42]. C'est dans ce cadre reçu que l'Église lit les six récits : non comme six versions concurrentes à réduire à la plus ancienne, mais comme des témoignages ordonnés au même événement, chacun avec son public, son accent et sa place dans son évangile.
Dans les synoptiques : après la mission, avant la confession de Césarée
Matthieu, Marc et Luc placent la première multiplication au même tournant de leur récit : après la première mission des Douze et avant la confession de Pierre à Césarée de Philippe[43]. Marc serre particulièrement la construction : retour des apôtres, repas des cinq mille, traversée du lac, controverses sur le pur et l'impur, voyage en terre païenne, repas des quatre mille, puis demande d'un signe et levain des pharisiens où Jésus rappelle les deux chiffres des restes[44]. La pédagogie est visible : deux repas, l'un pour Israël et l'autre pour les nations, préparent la question qui va tout dénouer, « et vous, qui dites-vous que je suis ? ».
Luc, qui ne raconte que le premier repas, le place à Bethsaïde juste avant cette même confession[45]. Son récit est le plus bref des quatre sur le repas lui même, mais il garde l'ordre des groupes de cinquante et la conclusion des douze paniers. La sobriété de Luc confirme par contraste la richesse de Marc et de Jean : le noyau du récit est stable, l'ampleur du commentaire varie selon l'évangéliste.
Dans le quatrième évangile : le signe qui commande tout le chapitre 6
Jean déplace l'accent. Il date le repas à l'approche de la Pâque, la seconde Pâque de son évangile, et il en fait le signe qui ouvre le plus long discours de son livre après la Cène[46]. Le repas, la traversée du lac pendant la nuit, la recherche de la foule, la demande d'un signe comme la manne, le discours du pain de vie et la crise des disciples forment un seul ensemble de soixante et onze versets. Jean ne sépare jamais le pain mangé de la parole qui l'interprète : manger sans croire laisse la foule au seuil, croire sans manger laisse le discours sans corps.
Jean appelle les miracles de Jésus des signes, et il dit lui même pourquoi il les a choisis et écrits : pour que le lecteur croie que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant il ait la vie en son nom[47]. Le signe des pains est le cas d'école de cette méthode : un fait matériel massif, constaté par des milliers de convives et mesuré par ses restes, qui ne livre son sens qu'à celui qui reste pour écouter le discours du lendemain.
Les auteurs, la datation traditionnelle et les témoins anciens
Matthieu, l'apôtre publicain, et Marc, le secrétaire de Pierre
La tradition ancienne attribue le premier évangile à Matthieu, l'apôtre appelé du bureau des impôts, et le deuxième à Marc, compagnon et interprète de Pierre. Saint Irénée de Lyon, vers 180, témoin de la génération qui suit les apôtres par Polycarpe disciple de Jean, résume la réception des quatre livres dans les Églises : Matthieu publie son évangile chez les Hébreux, Marc, disciple et interprète de Pierre, transmet la prédication de Pierre, Luc, compagnon de Paul, consigne l'évangile prêché par Paul, et Jean, le disciple du Seigneur, publie le sien à Éphèse[48]. Papias de Hiérapolis, un demi siècle plus tôt, dit la même chose dans les fragments conservés par Eusèbe de Césarée : Marc, interprète de Pierre, écrit avec exactitude ce qu'il a retenu, et Matthieu compose les paroles du Seigneur en langue hébraïque[49].
Cette attribution traditionnelle porte une conséquence directe pour notre sujet. Le repas des cinq mille n'est pas une légende anonyme du bout du premier siècle : dans la lecture reçue par l'Église, il est prêché par Pierre et écrit par Marc, confessé dans l'évangile de l'apôtre Matthieu témoin de la scène, et développé par Jean, autre témoin oculaire. La datation traditionnelle place la rédaction des synoptiques dans le sillage immédiat de la prédication apostolique, Marc du vivant ou au lendemain de Pierre, Matthieu et Luc dans la même génération, Jean à la fin du premier siècle à Éphèse.
Luc, le compagnon de Paul, et Jean, l'apôtre bien-aimé
Luc se présente lui même dans son prologue : il a suivi tout de près, après s'être informé auprès des témoins oculaires devenus serviteurs de la parole, et il écrit un récit ordonné pour que son lecteur reconnaisse la solidité des enseignements reçus[50]. Paul le nomme parmi ses collaborateurs et l'appelle le médecin bien-aimé[51]. Quand Luc raconte le repas de Bethsaïde, il écrit donc en historien qui a interrogé les témoins, et sa brièveté même est une signature de méthode : il garde le fait, le lieu, l'ordre des groupes et les restes, sans déployer le discours que Jean conserve.
Jean, lui, signe son livre par sa fonction : le disciple que Jésus aimait, présent au pied de la croix, témoin du côté transpercé, est celui qui témoigne de ces choses et les a écrites, et sa communauté garantit la vérité de son témoignage[52]. C'est pourquoi son chapitre 6 peut à la fois raconter le pain mangé et livrer le long discours qui l'interprète : le témoin était à la distribution, au repas, à la traversée et à Capharnaüm.
Les témoins anciens et la position du magistère
Les plus anciens témoins matériels du texte confirment que ces récits appartiennent au fonds primitif des évangiles et non à un ajout médiéval. Les grands papyrus et les grands codex des premiers siècles transmettent les quatre évangiles avec les récits des pains, et aucun témoin ancien ne connaît un Marc sans multiplication ni un Jean sans chapitre 6[53]. La critique textuelle, sur ce dossier, ne dispose d'aucune variante qui supprime ou déplace le miracle : le débat porte sur son interprétation, jamais sur sa présence dans le texte reçu.
Le magistère a fixé le cadre de lecture. Vatican II, dans la constitution Dei Verbum au numéro 19, enseigne que les quatre évangiles transmettent fidèlement ce que Jésus a fait et enseigné, les évangélistes ayant choisi, ordonné et expliqué leur matière en gardant la forme d'une proclamation[54]. Ni naïveté sur le travail rédactionnel, ni dissolution du fait raconté : l'Église tient les deux, et c'est exactement l'équilibre que demande le dossier des pains, où la théologie de chaque évangéliste est visible sans que le repas cesse d'être un repas réel.
Le cadre du miracle : le lac, Bethsaïde et le pain d'orge
Un lieu désert près de Bethsaïde, au nord du lac
Bethsaïde, le village de Philippe, d'André et de Pierre, se trouve à l'extrémité nord du lac de Galilée, là où le Jourdain s'y jette[55]. Le lieu désert où Jésus se retire n'est donc pas un désert de sable : c'est une rive herbeuse et inhabitée, à distance de marche des villes, assez proche pour que la foule y arrive à pied, assez vide pour qu'on n'y trouve rien à acheter le soir venu. Marc voit l'herbe verte, Jean date la scène à l'approche de la Pâque, donc au printemps : les deux détails se recoupent et situent le repas dans la courte saison où la plaine du lac est verte avant les chaleurs.
Le lac lui même est le centre de gravité de toute cette partie des évangiles : environ vingt et un kilomètres de long, treize de large, enfoncé à plus de deux cents mètres au dessous du niveau de la mer[56]. Capharnaüm, Bethsaïde, la Décapole en face : les deux repas se jouent sur ses deux rives, la juive à l'ouest et au nord, la païenne à l'est. La géographie du pain épouse la géographie de la mission, et c'est une des raisons pour lesquelles Marc enchaîne les deux repas sans jamais les confondre.
Cinq pains d'orge : le pain des pauvres et le pain d'Élisée
Jean seul précise la matière du peu de départ : cinq pains d'orge, apportés par un garçon[57]. L'orge, céréale des mois de printemps récoltée autour de la Pâque, donne le pain ordinaire des gens modestes, celui des campagnes de Galilée. Le récit ne part donc ni d'une réserve de riche, ni d'un stock de synagogue, ni de rien : il part de la collation d'un enfant, remise en entier.
Le lecteur de la Bible entend aussitôt un écho précis. Le prophète Élisée, à Guilgal en temps de famine, reçoit vingt pains d'orge des prémices et ordonne de les donner aux gens pour qu'ils mangent, contre l'objection de son serviteur : « Comment donner cela à cent personnes ? » Et le récit conclut : on mangea, et il en resta, selon la parole du Seigneur[58]. Jean compose son récit avec cette mémoire : cinq pains d'orge au lieu de vingt, cinq mille hommes au lieu de cent, douze paniers de reste au lieu d'un reste sans mesure. La section sur l'accomplissement y revient.
Une foule comptée, des corbeilles distinguées
Les nombres du dossier méritent d'être pris au sérieux dans leur précision même. Cinq mille hommes sans compter les femmes et les enfants chez Matthieu, quatre mille chez les deux évangélistes du second repas, douze paniers puis sept corbeilles de morceaux, deux cents deniers qui ne suffiraient pas chez Marc, deux sortes de corbeilles que le grec distingue et que Jésus citera séparément[59]. On peut discuter la portée symbolique de tel ou tel chiffre, les Pères l'ont fait abondamment, mais la discussion symbolique suppose d'abord des faits comptés : on ne médite sur le douze des paniers que parce que les disciples ont d'abord rapporté douze paniers réels de morceaux réels.
Ce que les pains révèlent : la théologie du signe
Le berger qui enseigne, puis qui nourrit
L'ordre des deux repas est constant : d'abord la parole longuement enseignée, ensuite le pain donné. Marc le souligne pour le premier repas, où Jésus enseigne la foule comme un berger ses brebis avant de songer au soir qui tombe, et le second repas suppose trois jours d'écoute en Décapole[60]. Le miracle n'est donc pas un ravitaillement qui dispenserait d'écouter : il est le sceau posé sur un enseignement, et le pain de vie de Jean 6 ne fera que dire tout haut ce que cette structure contient déjà. Celui qui nourrit les corps est le même qui nourrit de sa parole, et il refuse d'être réduit au premier service.
La compassion est le moteur nommé des deux récits. Jésus est saisi de compassion devant la foule sans berger, puis devant la foule qui défaille après trois jours[61]. Ce mot, dans les évangiles, désigne l'émotion qui précède les grands gestes du Royaume : guérisons, résurrection du fils unique d'une veuve à Naïm, paraboles de la miséricorde. Le pain multiplié n'est pas une démonstration de puissance cherchée pour elle même, il est la réponse d'un berger à une faim réelle, d'abord spirituelle et aussitôt corporelle.
Le Créateur à l'œuvre : il dit, il bénit, et le pain suffit
Le mode d'action dit l'identité de celui qui agit. Jésus ne prononce aucune formule sur le pain, il ne le touche pas longuement, il ne demande rien au ciel à voix haute devant la foule : il bénit, il rompt, il donne aux disciples, et la distribution ne tarit pas. C'est la manière du Créateur, dont la parole fait être ce qu'elle dit, transposée dans l'ordre du pain quotidien. Saint Augustin, commentant un signe voisin, remarque que celui qui multiplie le pain dans les mains des disciples est le même qui chaque année multiplie le grain dans les sillons, et que nous ne nous étonnons du premier que parce qu'il échappe à l'habitude[62].
« Les yeux de tous ont mis leur espérance en toi, tu leur donnes la nourriture en son temps. Tu ouvres ta main, tu rassasies tout être vivant selon ton bon plaisir. » (Psaume 145, 15-16[63])
Cette lecture protège le miracle d'une mauvaise alternative. Le pain des cinq mille n'est ni un stock caché découvert au bon moment, ni une illusion collective d'hommes rassasiés en imagination : c'est une création continuée, le Créateur exerçant en un soir, visiblement et par les mains des siens, la générosité par laquelle il nourrit toute chair en tout temps. Le psaume le chantait avant l'événement : les yeux de tous espèrent en Dieu, il donne la nourriture en son temps, il ouvre sa main et rassasie tout être vivant[64].
Les gestes de la Cène, déjà posés sur l'herbe
Prendre le pain, rendre grâce ou bénir, rompre, donner : les quatre verbes du repas des cinq mille sont les quatre verbes de la dernière Cène et de la messe. Le Catéchisme de l'Église catholique inscrit explicitement le signe dans cette ligne : les miracles de la multiplication des pains, quand le Seigneur dit la bénédiction, brise et distribue les pains par ses disciples pour nourrir la multitude, préfigurent la surabondance de l'unique pain de son Eucharistie[65].
Deux traits précisent la préfiguration sans la forcer. Le don passe par les disciples, comme le pain eucharistique passera par les ministres de l'Église : le Christ nourrit, les siens distribuent. Et le don déborde le besoin, douze paniers puis sept corbeilles de restes, comme la grâce du sacrement déborde toute mesure humaine. Jean, qui ne raconte pas l'institution de la Cène la veille de la Passion, donne à la place le discours du pain de vie rattaché à ce repas : son chapitre 6 est son récit d'institution par anticipation, et l'Église le lit ainsi depuis les Pères.
Donnez-leur vous-mêmes à manger : le peu remis et la part des disciples
L'ordre de Jésus aux disciples n'est pas retiré quand leur insuffisance éclate, il est accompli à travers elle. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » reste vrai du début à la fin : ce sont bien les disciples qui distribuent à cinq mille hommes, mais ils distribuent ce qu'ils ont d'abord remis et reçu rompu des mains du Seigneur[66]. Le garçon de Jean, qui donne ses cinq pains et ses deux poissons sans savoir ce qu'ils deviendront, est la figure la plus simple de cette loi : Dieu multiplie ce qu'on lui remet, il ne multiplie pas ce qu'on garde.
Le reste ramassé prolonge la même pédagogie. Jésus fait recueillir les morceaux « pour que rien ne se perde », en pleine abondance, contre tout gaspillage du don[67]. Les douze paniers ne sont pas un détail de rangement : ils sont la preuve comptée du miracle, montrée le soir même à ceux qui douteraient le lendemain, et ils deviennent dans la tradition le trésor que l'Église garde et redistribue, parole et sacrement qui ne s'épuisent pas à force d'être donnés.
L'accomplissement dans l'ensemble de l'Écriture
La manne au désert, et le pain qui la dépasse
Toute foule nourrie au désert convoque le souvenir de la manne. Israël, au désert du Sîn, reçoit chaque matin un pain venu du ciel, à ramasser au jour le jour, avec double part la veille du sabbat, et Moïse avertit que l'homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu[68]. Quand la foule de Capharnaüm cite ce souvenir pour demander un signe équivalent, Jésus accepte la comparaison pour la dépasser point par point : vos pères ont mangé la manne au désert, et ils sont morts ; le pain descendu du ciel qu'il annonce donne de manger et de ne pas mourir[69].
Le dépassement est précis. La manne venait chaque jour et pourrissait gardée, le pain de vie est une personne qui demeure. La manne nourrissait un peuple en marche vers une terre, le pain de Jean 6 nourrit pour la résurrection au dernier jour, promesse répétée comme un refrain dans le discours[70]. La manne restait extérieure à celui qui la mangeait, la chair donnée se reçoit dans une demeure mutuelle : celui qui mange demeure dans le Christ, et le Christ en lui.
Élisée et les vingt pains d'orge : le modèle dépassé
Le second livre des Rois raconte le modèle le plus proche, au mot près. Un homme de Baal-Shalisha apporte au prophète Élisée vingt pains d'orge des prémices. Élisée ordonne : donne aux gens et qu'ils mangent, car ainsi parle le Seigneur, on mangera et il en restera. Le serviteur objecte l'insuffisance pour cent personnes, Élisée répète l'ordre, on sert, on mange, et il en reste selon la parole du Seigneur[71].
« Donne aux gens et qu'ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : on mangera, et il en restera. » (Deuxième livre des Rois, 4, 43[72])
Chaque terme de Jean 6 rejoue ce récit en l'amplifiant : les pains d'orge, l'objection d'insuffisance, l'ordre de distribuer, la satiété, le reste. L'évangéliste ne copie pas une légende, il montre un accomplissement à échelle nouvelle : ce que Dieu faisait par un prophète pour cent hommes en temps de famine, il le fait par son Fils pour cinq mille, en attendant de se donner lui même pour la vie du monde. Le lecteur qui connaît Élisée n'a pas besoin qu'on lui explique ce qui se passe sur l'herbe de Bethsaïde, il a besoin qu'on lui dise jusqu'où cela va, et c'est le discours de Capharnaüm.
Le Prophète comme Moïse, et le roi que Jésus refuse d'être
La foule, elle, lit le signe avec la catégorie qu'elle attend : le Prophète promis par Moïse au Deutéronome, « un prophète comme moi, suscité du milieu de tes frères, c'est lui que vous écouterez »[73]. Sa conclusion politique suit aussitôt : faire de Jésus un roi, c'est à dire un chef de la révolte et du ravitaillement, un nouveau Moïse armé. Jésus se dérobe dans la montagne, seul, et refuse cette royauté là[74].
Le refus éclaire tout le ministère. Jésus accepte d'être reconnu comme le pain descendu du ciel, il refusera jusqu'au bout d'être enrôlé comme le distributeur d'un royaume terrestre de pain et de victoires. Le même homme qui nourrit cinq mille affamés sans qu'on le lui demande laissera une foule affamée de signes s'en aller plutôt que de retirer une parole sur sa chair à manger. L'accomplissement des Écritures en lui n'est pas l'accomplissement des programmes de la foule, et le chapitre 6 de Jean est le lieu où cet écart éclate pour la première fois au grand jour.
Les Pères de l'Église lisent les pains
Saint Augustin : le signe ne vaut que lu
Saint Augustin a commenté longuement le chapitre 6 de Jean dans ses Traités sur l'évangile de Jean, et sa règle de lecture gouverne toute la tradition postérieure : les miracles du Christ ne sont pas seulement des faits à admirer, ce sont des paroles à entendre, des signes qui désignent autre chose qu'eux mêmes[75]. Le pain multiplié admiré sans la foi reste un prodige d'un soir ; lu comme signe, il désigne le pain qui nourrit intérieurement, la parole et la chair du Verbe. Augustin ne dissout jamais le fait dans le symbole : il exige les deux, le ventre rassasié et l'intelligence ouverte, et il reproche à la foule de Capharnaüm exactement de s'être arrêtée au premier.
Sur les gestes, sa lecture est devenue classique : le Seigneur porte lui même les pains en les multipliant dans les mains de ceux qui les rompent, parce qu'il remplit de sa puissance les ministres qui distribuent sans que le don diminue. Appliquée au ministère de l'Église, l'image est restée : celui qui distribue la parole et le sacrement ne distribue pas son fonds propre, et le fonds ne s'épuise pas entre ses mains.
Saint Jean Chrysostome : la pédagogie de l'insuffisance
Saint Jean Chrysostome, dans ses homélies sur Matthieu consacrées au repas des cinq mille, s'arrête sur l'ordre pédagogique du récit : Jésus laisse d'abord les disciples constater le désert, l'heure et leur propre insuffisance, afin que le miracle ne passe pas inaperçu et que personne ne l'attribue au hasard d'une provision retrouvée[76]. Il remarque aussi la sobriété de la table du Royaume : du pain et du poisson sur l'herbe, sans recherche ni luxe, leçon de simplicité donnée par celui qui aurait pu couvrir la plaine de mets. Le miracle nourrit, il n'éblouit pas par le menu, et cette retenue fait partie de sa crédibilité dans la prédication du Père grec.
Sur les restes, Chrysostome insiste sur la fonction de preuve : les douze paniers sont ramassés devant tous et portés par les apôtres eux mêmes, afin que les distributeurs du miracle en portent aussi le témoignage compté, et que l'objection d'une impression de satiété sans nourriture réelle tombe d'elle même.
Saint Cyrille d'Alexandrie : la chair qui donne la vie
Saint Cyrille d'Alexandrie, commentant le chapitre 6 de Jean, déploie ce qu'Augustin concentre : la chair du Christ est vivifiante parce qu'elle est la chair du Verbe, et la manger n'est pas une image de la foi mais son accomplissement sacramentel[77]. Contre toute lecture qui réduirait le discours du pain de vie à une métaphore de l'écoute, Cyrille tient ensemble le signe des pains, la manne dépassée et le don réel de la chair pour la vie du monde. Sa lecture, reçue dans la tradition grecque comme celle d'Augustin dans la latine, a fixé le sens dans lequel l'Église célèbre ce chapitre : le pain de Bethsaïde annonce un pain qui sera quelqu'un.
Les pains dans la prière et la vie de l'Église
Le lectionnaire : Jean 6 au cœur de l'été, Matthieu 14 en année A
L'Église relit le signe chaque année dans sa liturgie, et la place qu'elle lui donne dit son importance. Dans le cycle dominical, le chapitre 6 de Jean occupe cinq dimanches consécutifs du temps ordinaire de l'année B : le repas des cinq mille ouvre la série, puis le discours du pain de vie se déploie dimanche après dimanche jusqu'à la confession de Pierre et à la crise des disciples[78]. Pendant cinq semaines, au cœur de l'été, l'assemblée refait le trajet de la foule : manger le pain, chercher Jésus, entendre la parole dure, et décider de rester.
Matthieu 14 est lu au dix-huitième dimanche du temps ordinaire de l'année A, et le repas johannique revient en semaine pascale dans la lecture continue de Jean 6[79]. La seconde multiplication, en Matthieu 15, trouve sa place en semaine de l'Avent, où l'Église attend celui qui nourrit les foules sur la montagne. Aucun autre miracle ne reçoit une telle exposition liturgique régulière : avant même tout commentaire, la prière de l'Église a déjà classé les pains parmi les signes centraux de la vie du Christ.
Le pain de la messe, lu à partir de l'herbe de Bethsaïde
La liturgie eucharistique elle même porte la mémoire du signe. L'Église y refait les gestes du repas : prendre le pain, prononcer la bénédiction et l'action de grâce, rompre, distribuer. Le Catéchisme rattache explicitement le signe des pains et celui de Cana aux gestes par lesquels Jésus, la veille de sa Passion, donne un sens nouveau et définitif à la bénédiction du pain et de la coupe[80]. Le fidèle qui communie après avoir entendu Jean 6 pendant cinq dimanches ne reçoit pas une leçon abstraite : il refait, à l'autel, ce que la foule a reçu sur l'herbe, avec le discours du pain de vie pour catéchèse.
La fête du Saint-Sacrement prolonge la même lecture dans l'espace public : l'Église y confesse que le pain multiplié une fois en Galilée est devenu le pain donné chaque jour, et que la surabondance des paniers annonce celle des autels. Le reste ramassé « pour que rien ne se perde » trouve là aussi son écho : l'Église conserve avec soin ce qui reste du sacrifice, non par scrupule matériel, mais parce que le don du Seigneur ne se jette pas.
Une école de confiance et de partage pour les fidèles
La spiritualité du signe tient en trois mouvements que les prédicateurs n'ont cessé de reprendre. Remettre le peu que l'on a, comme le garçon aux cinq pains, sans en calculer d'avance le rendement. Recevoir des mains du Seigneur, par les médiations qu'il choisit, ce qu'on ne pouvait pas produire seul. Garder et redistribuer le reste, sans gaspiller le don et sans le thésauriser. Le signe ne valide ni la passivité, puisque les disciples travaillent à la distribution et au ramassage, ni l'autosuffisance, puisque tout commence par un aveu d'insuffisance.
« Donnez-leur vous-mêmes à manger. » (Évangile selon saint Matthieu, 14, 16[81])
Cet ordre, relu dans la vie de l'Église, a nourri aussi bien l'aumône et l'hospitalité chrétiennes que la confiance des fondateurs d'œuvres devant des besoins sans proportion avec leurs moyens. Il ne promet pas que tout projet humain réussira : il enseigne où commence la fécondité, dans un peu de chose remis sans réserve entre les mains du Christ et rompu pour les autres.
Objections et débat historico-critique
Objection 1 : deux repas racontés deux fois ne seraient qu'un seul événement dédoublé
Une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire les deux multiplications comme le dédoublement rédactionnel d'un seul souvenir : Marc, puis Matthieu, auraient disposé deux versions d'une même tradition de part et d'autre de leur récit, l'une pour les Juifs et l'autre pour les païens. L'hypothèse rend compte d'une vraie ressemblance de structure, et il faut la formuler honnêtement : même compassion, même objection des disciples, mêmes gestes, même satiété, même reste.
Elle se heurte pourtant aux données qu'elle prétend expliquer. Les deux récits diffèrent sur le lieu, le public, la durée préalable, l'auteur de l'initiative, le nombre de pains, le nombre de convives, le vocabulaire des corbeilles et la suite immédiate, et surtout Jésus lui même, chez Matthieu comme chez Marc, rappelle les deux repas comme deux événements en citant séparément les deux séries de chiffres, cinq mille et douze paniers, quatre mille et sept corbeilles[82]. Un dédoublement rédactionnel ne produit pas d'ordinaire son propre démenti dans la bouche du personnage central. Il est plus simple de tenir ce que les textes tiennent : deux repas distincts, de structure volontairement parallèle parce que le même Seigneur y déploie la même pédagogie pour deux publics.
Objection 2 : le vrai miracle serait le partage, chacun sortant ses provisions
Une lecture répandue dans la prédication moderne propose que le miracle soit moral plutôt que matériel : touchés par l'exemple du garçon qui donne ses pains, les gens de la foule auraient sorti les provisions qu'ils cachaient, et le partage aurait suffi à nourrir tout le monde. La lecture séduit parce qu'elle garde une leçon de générosité sans exiger le surnaturel, et c'est précisément sa limite : elle récompense le lecteur d'avoir échappé au texte.
Aucun des six récits ne dit que la foule avait des provisions, tous disent le contraire : les disciples n'ont que cinq pains et deux poissons, puis sept pains, la foule n'a rien à manger après des jours de suivi, et le point de départ nommé est unique et insuffisant. Les restes achèvent la démonstration : douze paniers de morceaux provenant de cinq pains partagés entre cinq mille personnes ne sont pas le reliquat d'un pique-nique général, et les disciples porteurs des paniers n'ont pas pu confondre un élan de partage avec ce qu'ils ont ramassé. La leçon de partage existe dans le signe, mais elle porte sur le peu remis au Seigneur, non sur une réserve cachée de la foule.
Objection 3 : un repas de foule au désert relèverait de la légende cultuelle créée après Pâques
La critique des formes, au début du vingtième siècle, a classé les multiplications parmi les récits de miracles de la nature construits par la communauté primitive pour célébrer le repas du Seigneur ressuscité : le récit serait né de l'eucharistie des premières communautés, projetée en arrière dans le ministère de Jésus. L'hypothèse suppose que la communauté a créé ce dont elle avait besoin, puis l'a oublié comme création pour le recevoir comme souvenir.
Plusieurs données résistent à cette reconstruction. L'attestation du repas est exceptionnellement large : Marc et Jean, indépendamment l'un de l'autre, puis Matthieu et Luc, ce qui a conduit l'historien John P. Meier, dans le deuxième volume de son enquête sur le Jésus historique, à juger la multiplication soutenue par une attestation multiple inhabituellement forte et par une histoire de tradition qui remonte aux premiers jours de la première génération chrétienne[83]. Le repas eucharistique primitif explique que le souvenir ait été précieusement gardé et raconté avec les verbes de la Cène ; il n'explique pas sa création, car une communauté ne fonde pas durablement son repas central sur un événement qu'elle sait avoir inventé, devant des témoins encore vivants et des adversaires intéressés à la démentir.
Objection 4 : les chiffres seraient symboliques, donc le récit serait une allégorie
On propose souvent de lire les nombres comme un code : cinq pains pour les cinq livres de Moïse, douze paniers pour les douze tribus, sept corbeilles pour l'universalité des nations. Les Pères ont eux mêmes pratiqué cette lecture symbolique, et elle n'a rien d'illégitime à sa place. Mais un chiffre chargé de sens n'est pas pour autant un chiffre sans fait : Israël méditait sur le douze de ses tribus précisément parce que douze était d'abord le nombre réel de ses tribus.
Dans les récits, les nombres se comportent comme des mesures, non comme des emblèmes. Ils sont inégaux, encombrants, parfois inutiles au symbole, comme les deux cents deniers insuffisants, les quelques petits poissons sans nombre, ou les femmes et les enfants exclus du compte des cinq mille. Et Jésus les cite ensuite comme des souvenirs à vérifier chez ses propres disciples : « Combien de paniers pleins de morceaux avez-vous ramassés ? »[84]. On ne demande pas à des témoins de se souvenir d'une allégorie. Le symbolisme patristique des chiffres couronne le fait, il ne le remplace pas.
Objection 5 : Jean 6 serait une composition tardive sans lien avec un événement de Galilée
On objecte enfin que le discours du pain de vie, avec sa théologie eucharistique développée, serait une composition de la fin du premier siècle, plaquée sur un vague souvenir de repas. Le discours serait trop élaboré pour le lendemain d'un miracle, et son absence des synoptiques prouverait son caractère secondaire.
L'objection confond la mise en forme et l'invention. Que Jean ordonne et déploie la parole de Jésus selon sa méthode de témoin qui médite, l'Église le tient avec Dei Verbum, qui reconnaît aux évangélistes un vrai travail de choix et d'explication[85]. Mais le signe auquel le discours se rattache n'est pas johannique au départ : Marc, indépendant de Jean, le raconte une génération plus tôt dans la tradition reçue, avec le même ordre enseigner puis nourrir et les mêmes gestes. Et le discours lui même porte une marque difficile à inventer tardivement : il fait fuir les disciples. Une communauté qui composerait librement sa catéchèse eucharistique ne la couronnerait pas par un départ massif et par la question inquiète de Jésus aux Douze. Le scandale conservé sans adoucissement plaide pour un souvenir reçu, non pour une construction commode.
Ce que le débat laisse debout
Au terme de l'examen, le dossier des pains reste l'un des plus solides du ministère de Jésus sur le plan même des critères historiques ordinaires : attestation par les quatre évangiles, double tradition indépendante chez Marc et chez Jean, détails concrets qui résistent à la symbolisation totale, chiffres cités ensuite comme vérifiables, et suite embarrassante conservée sans retouche, la foule qui veut un roi et les disciples qui s'en vont. Une partie de l'exégèse contemporaine continuera de proposer des lectures réductrices, et il faudra y répondre cas par cas. Mais ces lectures reposent le plus souvent sur un présupposé qu'elles ne démontrent pas : qu'un tel événement ne peut pas avoir eu lieu. Ce présupposé écarté, les textes disent ce qu'ils disent, et ils le disent à six voix : dans un lieu désert, le berger d'Israël a enseigné, béni, rompu et nourri son peuple, et il en est resté douze paniers.
Pour aller plus loin
- Le miracle de Cana : le signe du vin, pendant eucharistique du signe du pain selon le Catéchisme au numéro 1335.
- La pêche miraculeuse : l'autre grand signe de surabondance au bord du même lac, au commencement du ministère et après la Résurrection.
Notes et références
La multiplication des cinq mille est racontée en Mt 14, 13-21, Mc 6, 30-44, Lc 9, 10-17 et Jn 6, 1-15 ; la seconde multiplication en Mt 15, 32-39 et Mc 8, 1-10.
1 41Mt 14, 20 et Jn 6, 12-13 : douze paniers pleins des morceaux restés des cinq pains d'orge ; Mc 8, 8 : sept corbeilles après le second repas.
2Mt 14, 12-13 : les disciples de Jean annoncent sa mort à Jésus, qui se retire en barque vers un lieu désert.
3Mc 6, 30-31 : retour des apôtres de leur mission et invitation de Jésus au repos à l'écart.
4Mt 14, 13 : la foule suit à pied depuis les villes et précède Jésus au lieu du rassemblement.
5Mc 6, 34 : Jésus voit la foule nombreuse, il en a compassion parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger, et il se met à les enseigner longuement ; cf. Ez 34, 11-16, Dieu lui même berger de ses brebis.
6Mt 14, 15 : le soir venu, les disciples proposent de renvoyer la foule acheter des vivres dans les villages.
7Mt 14, 16 : « Ils n'ont pas besoin de s'en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
8Mt 14, 17 : réponse des disciples sur les cinq pains et les deux poissons ; cf. Jn 6, 9.
9 12Mc 6, 37-38 : deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour que chacun reçoive un peu ; Jésus demande combien de pains ils ont.
10Jn 6, 8-9 : André présente un garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons, « mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ? ».
11 57Mc 6, 39-40 : foule assise sur l'herbe verte, par carrés, par groupes de cent et de cinquante.
13Lc 9, 10-14 : retrait vers Bethsaïde, foule assise par groupes de cinquante.
14Mt 14, 19 : Jésus prend les cinq pains et les deux poissons, lève les yeux au ciel, prononce la bénédiction, rompt et donne aux disciples qui donnent à la foule ; parallèles Mc 6, 41, Lc 9, 16, Jn 6, 11.
15Mt 14, 20 : tous mangèrent et furent rassasiés, restes ramassés, douze paniers.
16Le nombre douze, rapproché des douze apôtres distributeurs et des douze tribus d'Israël, est relevé par la tradition patristique à partir du fait compté de Mt 14, 20 et Jn 6, 13.
17Mt 14, 21 : environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.
18Jn 6, 14-15 : reconnaissance du Prophète et projet de faire Jésus roi, suivi de son retrait seul dans la montagne.
19Jn 6, 14 : à la vue du signe, la foule reconnaît le Prophète qui vient dans le monde ; cf. Dt 18, 15.
20Mc 7, 31 : retour de la région de Tyr par la Décapole vers la mer de Galilée, cadre païen du second repas.
21Mc 8, 2 : « J'ai compassion de cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi et n'ont rien à manger. »
22Mc 8, 3 : refus de renvoyer la foule à jeun, de peur qu'elle ne défaille en chemin.
23Mc 8, 4 : objection des disciples, où trouver du pain dans le désert.
24Mc 8, 5 : sept pains disponibles.
25Mc 8, 6-7 : Jésus prend les sept pains, rend grâce, les rompt et les fait distribuer, puis bénit les petits poissons.
26Mc 8, 8-10 : satiété, sept corbeilles de restes, environ quatre mille convives, départ en barque.
27Mt 16, 9-10 et Mc 8, 19-20 : Jésus rappelle séparément les cinq pains des cinq mille et les douze paniers, puis les sept pains des quatre mille et les sept corbeilles.
28 82Jn 6, 22-25 : la foule prend des barques et cherche Jésus à Capharnaüm.
29Jn 6, 26 : « Vous me cherchez parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. »
30Jn 6, 27-29 : travailler pour la nourriture qui demeure, l'œuvre de Dieu comme foi en l'envoyé.
31Jn 6, 30-31 : demande d'un signe et citation de la manne, « il leur a donné à manger le pain du ciel » ; cf. Ex 16 et Ps 78, 24.
32Jn 6, 32-33 : ce n'est pas Moïse mais le Père qui donne le vrai pain du ciel, qui descend et donne la vie au monde.
33Jn 6, 35 : « Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim. »
34 37Jn 6, 51 : le pain vivant descendu du ciel, la chair donnée pour la vie du monde.
35Jn 6, 55-57 : la chair vraie nourriture et le sang vraie boisson, demeure mutuelle de celui qui mange dans le Christ.
36Jn 6, 60-66 : parole jugée dure, murmure des disciples et départs nombreux.
38Jn 6, 67 : « Voulez-vous partir, vous aussi ? », demande de Jésus aux Douze.
39Jn 6, 68-69 : confession de Simon Pierre, les paroles de la vie éternelle et le Saint de Dieu.
40Concile de Trente, session IV, décret sur les Écritures canoniques, 8 avril 1546 ; Vatican I, constitution Dei Filius, chapitre 2, 24 avril 1870 (DS 3006) : les livres saints, écrits sous l'inspiration de l'Esprit Saint, ont Dieu pour auteur.
42Séquence commune aux synoptiques : mission des Douze, repas des cinq mille, puis confession de Pierre à Césarée de Philippe en Mt 16, 13-20, Mc 8, 27-30 et Lc 9, 18-20.
43Mc 6, 30 à 8, 21 : enchaînement marcain des deux repas, de la demande d'un signe et du rappel des chiffres des restes.
44Lc 9, 10-17 : le repas de Bethsaïde dans le récit de Luc, entre le retour des apôtres et la confession de Pierre.
45Jn 6, 4 : la Pâque, fête des Juifs, était proche ; le chapitre 6 forme un ensemble de 71 versets, du signe au discours et à la crise.
46Jn 20, 30-31 : les signes écrits pour que le lecteur croie que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant il ait la vie en son nom.
47Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre III, chapitre 1 : réception des quatre évangiles, Matthieu chez les Hébreux, Marc interprète de Pierre, Luc compagnon de Paul, Jean à Éphèse ; Irénée tient la tradition de Polycarpe, disciple de Jean.
48Papias de Hiérapolis, fragments conservés par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre III, chapitre 39 : Marc interprète de Pierre écrit avec exactitude, Matthieu compose les paroles du Seigneur.
49Lc 1, 1-4 : prologue de Luc, enquête auprès des témoins oculaires et récit ordonné pour la solidité de l'enseignement reçu.
50Col 4, 14 : « Luc, le médecin bien-aimé » ; Phm 24 et 2 Tm 4, 11 : Luc parmi les collaborateurs de Paul.
51Jn 21, 24 : le disciple qui témoigne de ces choses et les a écrites, « nous savons que son témoignage est vrai » ; cf. Jn 19, 26-35.
52Les grands papyrus des premiers siècles, notamment P66 et P75 pour Jean, et les grands codex onciaux transmettent les quatre évangiles avec les récits des multiplications ; aucune tradition manuscrite ancienne ne connaît un évangile sans ces récits.
53Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, numéro 19, 18 novembre 1965 : les quatre évangiles transmettent fidèlement ce que Jésus a fait et enseigné, les évangélistes ayant choisi et ordonné leur matière.
54 85Jn 1, 44 : Bethsaïde, ville d'André, de Pierre et de Philippe, à l'extrémité nord du lac, près de l'embouchure du Jourdain.
55Le lac de Galilée, alimenté par le Jourdain, mesure environ 21 kilomètres de long et 13 de large, avec une surface à plus de 200 mètres au-dessous du niveau de la mer Méditerranée.
562 R 4, 42-44 : vingt pains d'orge des prémices apportés à Élisée, objection du serviteur pour cent personnes, puis repas et reste selon la parole du Seigneur.
58 71 72Données comptées du dossier : Mt 14, 21 (cinq mille sans femmes et enfants), Mc 8, 9 (quatre mille), Mc 6, 37 (deux cents deniers), Mt 14, 20 (douze paniers) et Mc 8, 8 (sept corbeilles), le grec distinguant les paniers des grandes corbeilles.
59Mc 6, 34 pour l'enseignement du berger, Mc 8, 1-2 pour les trois jours d'écoute avant le second repas.
60Mc 6, 34 et Mt 14, 14 pour la première foule ; Mc 8, 2 et Mt 15, 32 pour la seconde, même vocabulaire de la compassion.
61Saint Augustin, lecture du Dieu créateur qui multiplie chaque année le grain dans les sillons comme il multiplie le pain dans les mains des disciples, commentaire des signes johanniques dans les Traités sur l'évangile de Jean.
62Ps 145 (144), 15-16 : les yeux de tous espèrent en Dieu, il ouvre sa main et rassasie tout être vivant.
63 64Catéchisme de l'Église catholique, numéro 1335 : les miracles de la multiplication des pains, bénédiction, fraction et distribution par les disciples, préfigurent la surabondance de l'unique pain de l'Eucharistie ; le signe de Cana y annonce l'Heure de la glorification.
65Mt 14, 16, repris en Mc 6, 37 et Lc 9, 13 : l'ordre donné aux disciples, accompli par la distribution du pain reçu du Seigneur.
66 81Jn 6, 12 : « Rassemblez les morceaux qui restent, pour que rien ne se perde », ordre de Jésus après la satiété de la foule.
67Ex 16 : la manne quotidienne au désert du Sîn, double part la veille du sabbat ; Dt 8, 3 : l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
68Jn 6, 49-50 : vos pères ont mangé la manne au désert et ils sont morts ; le pain descendu du ciel donne de manger et de ne pas mourir.
69Jn 6, 39-40, 44, 54 : refrain du discours, la volonté du Père et la résurrection au dernier jour pour ceux qui reçoivent le Fils.
70Dt 18, 15-18 : le prophète comme Moïse suscité du milieu des frères, à écouter ; lecture de la foule en Jn 6, 14.
73Jn 6, 15 : Jésus, sachant qu'on allait venir l'enlever pour le faire roi, se retire seul dans la montagne.
74Saint Augustin, Traités sur l'évangile de Jean, traités consacrés au chapitre 6 : les miracles comme signes à lire, au delà du seul fait admiré.
75Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'évangile de Matthieu, homélies sur le récit de Mt 14 : pédagogie de l'insuffisance constatée, sobriété de la table et restes comme preuve portée par les apôtres.
76Saint Cyrille d'Alexandrie, Commentaire sur l'évangile de Jean, commentaire du chapitre 6 : la chair du Verbe vivifiante et le don réel du pain de vie.
77Lectionnaire romain dominical : Jn 6, 1-15 puis le discours du pain de vie aux dimanches du temps ordinaire de l'année B, jusqu'à la confession de Pierre.
78Lectionnaire romain : Mt 14, 13-21 au dix-huitième dimanche du temps ordinaire (année A) ; Mt 15, 29-37 en semaine du temps de l'Avent ; lecture continue de Jn 6 en semaine pascale.
79CEC 1334-1335 : à la dernière Cène, Jésus donne un sens nouveau et définitif à la bénédiction du pain et de la coupe, dans la ligne des signes des pains et de Cana.
80John P. Meier, A Marginal Jew, Rethinking the Historical Jesus, volume II, Doubleday, New York, 1994, p. 965 : la multiplication soutenue par une attestation multiple inhabituellement forte, avec une histoire de tradition remontant aux premiers jours de la première génération chrétienne (p. 965-966).
83Mc 8, 19-20 : Jésus interroge la mémoire des disciples sur les chiffres des deux repas, paniers des cinq mille et corbeilles des quatre mille.
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