Saint Cyrille d'Alexandrie (376-444)

Saint Cyrille d'Alexandrie, patriarche d'Alexandrie au Ve siècle, défendit que le Christ est une seule personne et que Marie est vraiment la Mère de Dieu, contre l'hérésie de Nestorius. Il présida le concile d'Éphèse en 431 et fut proclamé docteur de l'Église en 1882.

Ignispedia

Saint Cyrille d'Alexandrie (vers 376 – 444) est l'un des plus grands théologiens grecs de l'Antiquité chrétienne et le grand docteur de l'Incarnation. Patriarche d'Alexandrie pendant trente-deux ans, il fut le champion d'une vérité simple et décisive : en Jésus-Christ, il n'y a qu'un seul sujet, le Verbe de Dieu fait chair, de sorte que celle qui l'a enfanté selon la chair est vraiment Mère de Dieu, Theotokos. C'est cette conviction qui le dressa contre Nestorius, patriarche de Constantinople, et qui triompha au concile d'Éphèse en 431[2][3].

Mais Cyrille n'est pas seulement un dogmaticien de génie : c'est aussi une figure âpre et controversée, dont l'épiscopat fut marqué par des conflits violents — avec les Novatiens, avec la communauté juive d'Alexandrie, avec le préfet impérial Oreste — et endeuillé par le meurtre de la philosophe Hypatie (415), drame que les sources anciennes condamnent fermement sans toutefois l'imputer directement à l'évêque. Cet article ne dissimule rien de ces ombres : il présente le saint tel que l'histoire le donne à voir, dans sa grandeur théologique comme dans la dureté de son temps[4].

Cet article présente le saint lui-même : ses origines égyptiennes, ses années auprès des moines de Nitrie, son élection contestée au siège d'Alexandrie, son gouvernement et ses tempêtes, son grand combat christologique, son rôle au concile d'Éphèse, sa théologie de l'Incarnation et de la Théotokos, sa mort et son doctorat. Pour le concile dont il fut le héraut, voir le concile d'Éphèse (431) ; pour l'hérésie qu'il affronte, voir la crise nestorienne ; pour le dogme qu'il défend, voir Marie Mère de Dieu. On ne le confondra pas avec son homonyme du siècle précédent, saint Cyrille de Jérusalem.

Qui est saint Cyrille d'Alexandrie ?

Le docteur de l'Incarnation

Cyrille occupe une place centrale dans l'histoire du dogme christologique. Après que le IVe siècle eut établi, à Nicée puis à Constantinople, que le Fils est vrai Dieu, une question nouvelle se pose au Ve siècle : comment Dieu et l'homme sont-ils unis dans le Christ ? Est-il un seul, ou bien deux — le Dieu d'un côté, l'homme de l'autre, simplement associés ? Cyrille répond avec une force inégalée : le Christ est un seul et même Verbe de Dieu, qui s'est approprié une chair véritable sans cesser d'être Dieu. Toute sa théologie tient dans cette unité du sujet[5][6].

C'est pourquoi la tradition l'a appelé Doctor incarnationis, le docteur de l'Incarnation. Là où saint Athanase, son grand prédécesseur sur le siège alexandrin, avait défendu la divinité du Fils contre Arius, Cyrille défend l'unité de la personne du Fils incarné contre Nestorius. Les deux combats se complètent : sans Athanase, le Christ ne serait pas vraiment Dieu ; sans Cyrille, ce Dieu ne serait pas vraiment devenu l'un de nous.

« Sceau des Pères »

L'Orient chrétien lui a décerné un titre splendide : « Sceau des Pères » (sphragis tôn paterôn). L'expression dit que Cyrille passe pour celui qui authentifie et clôt la grande tradition patristique grecque : après lui, on ne discute plus la christologie sans le citer. Au concile de Chalcédoine (451), sept ans après sa mort, ses Lettres à Nestorius serviront de pierre de touche de l'orthodoxie, lues à voix haute et reconnues comme l'expression même de la foi[7]. Peu de Pères ont joui d'une autorité dogmatique aussi immédiate.

« Notre père l'évêque Cyrille, [désormais] parmi les saints, a exposé la doctrine dans sa lettre avec une complète exactitude. » — Longin, évêque de Chersonèse, à la Ire session du concile de Chalcédoine (10 octobre 451)[8]

Les sources de sa vie

La vie de Cyrille est bien documentée, mais par des sources qui ne le ménagent pas toujours. Trois ensembles se complètent.

D'abord, son œuvre immense : commentaires bibliques, traités christologiques, lettres festales, et surtout sa correspondance avec Nestorius, Jean d'Antioche, le pape Célestin et l'empereur Théodose II, qui éclaire de l'intérieur la crise nestorienne. Ensuite, les actes du concile d'Éphèse, conservés, qui donnent le détail des séances. Enfin, les historiens ecclésiastiques du Ve siècle, en particulier Socrate le Scolastique, qui n'est nullement un dévot de Cyrille : son récit des troubles d'Alexandrie — Novatiens, Juifs, Oreste, Hypatie — est plutôt critique, ce qui en fait un témoin d'autant plus précieux[9].

Cet article s'appuie d'abord sur ces sources primaires ; il ne cache pas les pages sombres rapportées par Socrate, et ne donne pas non plus le dernier mot à la légende anticléricale moderne qui a fait de Cyrille le meurtrier d'Hypatie.

Des origines égyptiennes au siège d'Alexandrie

Naissance et famille (vers 376)

Cyrille naît vers 376, en Basse-Égypte, dans une famille chrétienne liée à l'aristocratie ecclésiastique d'Alexandrie. Il est le neveu de Théophile, le puissant patriarche d'Alexandrie de 385 à 412[10]. Cette parenté décide de sa vie : très tôt introduit dans l'entourage de son oncle, il reçoit la meilleure formation que pouvait offrir la grande métropole — l'étude approfondie de l'Écriture, la rhétorique grecque, la connaissance des Pères, et tout l'héritage de l'école d'Alexandrie, exégèse spirituelle héritée d'Origène et de Didyme l'Aveugle.

Alexandrie est alors, après Rome et avec Constantinople et Antioche, l'un des sièges les plus prestigieux de la chrétienté. Son évêque porte le titre de pape et exerce sur toute l'Égypte une autorité quasi monarchique. C'est dans ce monde de grandeur et de tensions que grandit Cyrille.

Les années au désert de Nitrie

Le Wadi el-Natrun, héritier de l'ancienne Nitrie monastique où la tradition situe la formation ascétique de Cyrille. Photo : Frank Schulenburg, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Avant d'entrer dans le clergé, le jeune Cyrille aurait passé plusieurs années auprès des moines du désert de Nitrie, l'un des grands foyers du monachisme égyptien[11]. Là, dans l'austérité et la prière, il approfondit l'Écriture et la vie spirituelle. Cette formation monastique marquera durablement sa théologie : pour Cyrille, le dogme n'est jamais une abstraction, mais le fondement de la divinisation du croyant — il prolonge sur ce point la grande intuition d'Athanase et du désert d'Égypte. Sur les pères de ce désert, voir saint Antoine le Grand.

Le synode du Chêne (403), dans l'ombre de Théophile

En 403, Cyrille, encore jeune clerc, accompagne son oncle Théophile à Constantinople pour le tristement célèbre synode du Chêne, qui dépose injustement saint Jean Chrysostome, archevêque de la capitale[12]. Théophile, jaloux du prestige du siège de Constantinople, mène la cabale. Cyrille y prend part dans le sillage de son oncle, et gardera longtemps de l'hostilité envers la mémoire de Chrysostome.

Ce n'est que bien plus tard, pressé par saint Isidore de Péluse et par le patriarche Atticus de Constantinople, qu'il consentira à réinscrire le nom de Jean Chrysostome dans les diptyques de son Église — un geste de réconciliation et d'humilité tardive. L'épisode est révélateur : Cyrille fut formé dans une école de pouvoir ecclésiastique dur, et il lui fallut du temps pour distinguer la cause de la vérité de celle de son siège. Sur le grand évêque déposé, voir saint Jean Chrysostome.

L'élection contestée (412)

Théophile meurt le 15 octobre 412. Trois jours plus tard, le 18 octobre, Cyrille est consacré évêque d'Alexandrie — mais au prix d'une émeute entre ses partisans et ceux de son rival, l'archidiacre Timothée[13]. L'armée elle-même dut intervenir. Dès le premier jour, l'épiscopat de Cyrille s'annonce comme celui d'un homme de combat, héritier d'un pouvoir patriarcal immense et contesté.

Il a alors environ trente-six ans. Il gouvernera Alexandrie pendant trente-deux ans, jusqu'à sa mort en 444.

Le patriarche d'Alexandrie : un pouvoir et ses ombres

L'histoire ne serait pas honnête si elle présentait Cyrille comme un saint lisse. Les premières années de son épiscopat sont marquées par des conflits violents, où se mêlent zèle religieux, rivalités urbaines et brutalité de l'Antiquité tardive. Il faut les regarder en face.

Novatiens, Juifs et le préfet Oreste

Dès son avènement, Cyrille agit avec fermeté contre les groupes qu'il juge dangereux pour l'unité de son Église : il ferme les églises des Novatiens (une secte rigoriste) et confisque leurs vases sacrés[14]. Puis éclate, vers 414-415, un conflit grave avec la nombreuse communauté juive d'Alexandrie, sur fond de violences nocturnes, de rixes et de représailles, au terme duquel une partie des Juifs sont chassés de la ville[15].

Alexandrie vers 415 : une ville où l'autorité patriarcale, le pouvoir civil impérial, les communautés urbaines et les groupes ecclésiaux s'affrontent. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cyrille entre alors en collision avec Oreste, le préfet impérial d'Égypte, lui aussi chrétien, mais soucieux de défendre l'autorité civile contre l'emprise grandissante de l'évêque. Des moines venus du désert prennent parti pour Cyrille ; l'un d'eux, Ammonius, blesse Oreste d'un jet de pierre et est exécuté — Cyrille le vénère un temps comme martyr, avant que la chose ne s'apaise. Alexandrie est alors une poudrière où le pouvoir religieux et le pouvoir civil se disputent la rue.

La mort d'Hypatie (415) : que disent les sources ?

C'est dans ce climat qu'éclate le drame qui pèse encore sur la mémoire de Cyrille : le meurtre d'Hypatie, célèbre philosophe néoplatonicienne, mathématicienne et astronome, fille de Théon, et figure respectée de la vie intellectuelle alexandrine. La seule source ancienne détaillée est Socrate le Scolastique — un chrétien plutôt critique envers Cyrille. Il faut donc le citer avec précision plutôt que répéter une légende.

Selon Socrate, en mars 415, pendant le Carême, une foule fanatisée, menée par un lecteur nommé Pierre, attaque Hypatie :

« Quelques-uns d'entre eux, emportés par un zèle féroce et fanatique, sous la conduite d'un lecteur nommé Pierre, guettèrent son retour à la maison ; et, la tirant de sa voiture, ils l'emmenèrent à l'église appelée Césareum, où, l'ayant complètement dévêtue, ils la massacrèrent à coups de tuiles. Après avoir mis son corps en pièces, ils emportèrent ses membres déchirés en un lieu nommé Cinaron, et là les brûlèrent. » — Socrate le Scolastique, Histoire ecclésiastique, VII, 15[16]

Socrate condamne sans réserve ce crime, et reconnaît qu'il a entaché la réputation de Cyrille — mais sans affirmer que l'évêque l'ait ordonné :

« Cette affaire attira un grand opprobre, non seulement sur Cyrille, mais aussi sur toute l'Église d'Alexandrie. Or rien n'est plus éloigné de l'esprit du christianisme que de permettre des massacres, des combats et des actes de ce genre. » — Socrate le Scolastique, Histoire ecclésiastique, VII, 15[17]

Que conclure ? L'historien le plus proche des faits ne met pas le meurtre au compte de Cyrille personnellement. La thèse d'une responsabilité directe — Cyrille commanditaire de l'assassinat — n'apparaît que dans des sources bien plus tardives et hostiles, et a été amplifiée à l'époque moderne, des Lumières au roman et au cinéma, pour faire d'Hypatie une martyre de la science contre l'obscurantisme chrétien[18]. Le jugement honnête est intermédiaire : Cyrille a créé un climat d'affrontement, sa milice de parabalani (employés d'Église chargés du soin des malades, mais aussi force de choc) fut probablement impliquée — c'est la conclusion de l'historienne M. Dzielska[19] —, et il porte une responsabilité morale et politique dans la violence de sa ville ; mais aucune source ancienne ne prouve qu'il ait voulu ou ordonné la mort d'Hypatie. Ni blanchiment, ni légende noire : la rigueur historique.

La crise nestorienne : le combat pour la Mère de Dieu

C'est dans la grande controverse christologique que Cyrille donne toute sa mesure et entre dans l'histoire du dogme. Pour le détail de l'affaire, voir la crise nestorienne ; on n'en retient ici que le rôle et la pensée de Cyrille.

Nestorius et le refus du Theotokos

En 428, un moine et prédicateur d'Antioche, Nestorius, devient patriarche de Constantinople. Bientôt, il s'en prend à un titre marial très répandu dans la piété populaire : Theotokos, « celle qui enfante Dieu », « Mère de Dieu ». Nestorius le juge dangereux : Marie, dit-il, n'a pas enfanté la divinité ; tout au plus peut-on l'appeler Christotokos, « Mère du Christ », ou Anthrôpotokos, « Mère de l'homme »[20][21].

Derrière la querelle d'un mot se cache une question vertigineuse. Si l'on ne peut pas dire que Marie a enfanté Dieu, c'est qu'on distingue dans le Christ deux sujets : un homme, Jésus, né de Marie, et le Verbe de Dieu, qui habiterait en cet homme comme dans un temple. Le Christ deviendrait alors une sorte de conjonction de deux personnes. Et si le Christ est deux, ce n'est plus Dieu qui est né, qui a souffert, qui est mort pour nous — c'est seulement un homme uni à Dieu. Tout le salut est en jeu.

Le cœur du débat : un seul Christ

Cyrille répond avec une netteté admirable. Le titre Theotokos n'attribue pas à Marie l'origine de la divinité — Dieu n'a pas de commencement —, mais il affirme que celui qu'elle a enfanté est Dieu. Car en s'incarnant, le Verbe ne s'est pas associé un homme déjà existant : il s'est lui-même fait chair, s'appropriant une humanité véritable, animée d'une âme raisonnable, sans cesser d'être Dieu :

« Ce n'est pas que la nature du Verbe ait commencé d'exister à partir de la chair, mais le Verbe, s'unissant personnellement à une chair animée d'une âme raisonnable, devint homme d'une manière ineffable et inconcevable. » — Saint Cyrille d'Alexandrie, Deuxième lettre à Nestorius[22]

« Ils osèrent appeler la sainte Vierge "Mère de Dieu", non que la nature du Verbe ou sa divinité ait tiré son origine de la sainte Vierge, mais parce que d'elle est né le corps saint animé d'une âme raisonnable, auquel le Verbe, uni selon l'hypostase, est dit être né selon la chair. » — Saint Cyrille d'Alexandrie, Deuxième lettre à Nestorius[23]

Le cœur dogmatique de la crise : le titre Theotokos protège l'unité personnelle du Christ. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est la doctrine de l'union hypostatique : en Jésus-Christ, divinité et humanité ne sont pas deux personnes juxtaposées, mais unies dans l'unique personne (hypostase) du Verbe. De là découle la communication des idiomes : puisqu'il n'y a qu'un seul sujet, on peut vraiment dire que Dieu est né, que Dieu a souffert, que Dieu est mort sur la croix — selon la chair qu'il a faite sienne.

Les lettres à Nestorius et les douze anathématismes

Cyrille mène le combat par la plume et par le droit. Il écrit à Nestorius une première fois, puis une Deuxième lettre (la fameuse lettre dogmatique, reconnue plus tard comme expression de la foi à Éphèse et à Chalcédoine), puis une Troisième lettre, à laquelle il joint douze propositions — les célèbres Douze anathématismes — sommant Nestorius de condamner, point par point, sa propre doctrine[24]. Le premier donne le ton :

« Si quelqu'un ne confesse pas que l'Emmanuel est véritablement Dieu, et que pour cette raison la sainte Vierge est Mère de Dieu (car elle a enfanté selon la chair le Verbe de Dieu fait chair), qu'il soit anathème. » — Saint Cyrille d'Alexandrie, Premier anathématisme[25]

En parallèle, il s'adresse au pape Célestin Ier, à Rome, qui condamne Nestorius dès 430 dans un synode romain et charge Cyrille d'exécuter la sentence. Cyrille agit donc avec Rome et au nom de Rome : sa christologie n'est pas une initiative isolée d'Alexandrie, mais reçoit l'aval du Siège apostolique avant même le concile[26].

Le concile d'Éphèse (431)

Pour trancher, l'empereur Théodose II convoque un concile œcuménique à Éphèse, pour la Pentecôte 431. Il y consacre le dogme de la Théotokos et la christologie de Cyrille — mais au terme de séances d'une confusion mémorable. Pour le concile lui-même, voir le concile d'Éphèse (431).

L'ouverture du concile et la déposition de Nestorius

Cyrille, qui représente aussi le pape, préside l'assemblée. Le 22 juin 431, il ouvre le concile sans attendre l'arrivée de Jean d'Antioche et des évêques syriens, partisans de Nestorius, retenus par la route[27]. En une seule journée, les quelque deux cents évêques présents lisent la Deuxième lettre de Cyrille, la déclarent conforme à Nicée, lisent la réponse de Nestorius et la condamnent, et déposent Nestorius. La foule d'Éphèse, dévouée à la Vierge, fête la sentence à la lumière des torches.

« Que les cieux se réjouissent, et que la terre exulte ! » — incipit de la lettre de Cyrille à Jean d'Antioche scellant la réconciliation, dite Laetentur caeli (433)[28]

Le contre-concile de Jean d'Antioche

Quelques jours plus tard, Jean d'Antioche arrive enfin avec ses évêques et, furieux d'avoir été devancé, tient un concile rival qui à son tour dépose Cyrille et l'évêque d'Éphèse, le traitant de fauteur de troubles. Les Pères orientaux vont jusqu'à décrire, dans leur sentence, le primat d'Alexandrie comme un monstre né et élevé pour la destruction de l'Église[29]. Deux conciles, deux dépositions, deux camps : l'empereur, déconcerté, fait d'abord arrêter à la fois Cyrille et Nestorius, avant de confirmer la déposition du seul Nestorius et de laisser Cyrille rentrer en triomphe à Alexandrie.

La Formule d'union (433) : « Que les cieux se réjouissent »

L'histoire de Cyrille aurait pu s'arrêter sur cette victoire brutale. Elle connaît au contraire un épilogue admirable. Pendant deux ans, des négociations s'engagent entre Alexandrie et Antioche. En 433, Cyrille accepte une Formule d'union rédigée par les Orientaux : elle proclame le Christ « consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à nous selon l'humanité », un seul Christ en deux natures, et confesse Marie Theotokos[30]. Cyrille, le théologien de l'unité, accepte donc un langage des deux natures plus proche d'Antioche, pourvu que l'unité du sujet soit sauve. Il scelle l'accord par sa lettre Laetentur caeli, « Que les cieux se réjouissent ».

Ce geste est capital : il prouve que Cyrille ne défendait pas un parti, mais la foi. Et c'est précisément cette Formule d'union qui préparera, dix-huit ans plus tard, la grande définition de Chalcédoine (451), « un seul et même Christ en deux natures ». Sur la suite de cette histoire, voir la crise monophysite et saint Léon le Grand.

ÉtapeDateÉvénement
Avènement de Nestorius428Nestorius patriarche de Constantinople, attaque le Theotokos
Lettres de Cyrille429-430Deuxième puis Troisième lettre à Nestorius (Douze anathématismes)
Sentence de Rome430Le pape Célestin Ier condamne Nestorius, mandate Cyrille
Concile d'Éphèse22 juin 431Cyrille préside ; déposition de Nestorius ; Theotokos proclamé
Contre-concile26 juin 431Jean d'Antioche dépose Cyrille ; confusion, arrestations
Formule d'union433Réconciliation Cyrille / Jean d'Antioche (Laetentur caeli)

La spiritualité de saint Cyrille : le Verbe fait chair et la Mère de Dieu

« Un seul est le Christ »

Toute la spiritualité de Cyrille découle de sa christologie. Si le Verbe s'est vraiment fait chair, alors notre chair est touchée par Dieu, divinisée, appelée à la vie éternelle. Le dogme n'est pas une spéculation : il est la source de l'espérance. Dans son traité Que le Christ est un (Quod unus sit Christus), Cyrille répète inlassablement que celui qui nous sauve n'est pas un homme adopté par Dieu, mais Dieu lui-même venu jusqu'à nous :

« Un seul est donc le Christ, et Fils, et Seigneur — non point un homme tenant simplement une conjonction avec Dieu comme dans une unité de dignité ou d'autorité […], mais le Verbe de Dieu fait chair. » — Saint Cyrille d'Alexandrie, Que le Christ est un[31]

L'éloge de la Théotokos à Éphèse

Cyrille est l'un des plus grands chantres de la Vierge Marie de toute la patristique. Une homélie mariale transmise sous son nom (dite Homélie 4), traditionnellement rattachée au concile d'Éphèse, fait éclater la joie de l'Église devant la Mère de Dieu, par qui le salut est venu au monde. C'est l'un des plus beaux textes mariaux de l'Antiquité chrétienne — rendu ici en paraphrase, le texte original n'ayant pu être collationné à la source exacte :

En une longue salutation à Marie, Mère de Dieu, le prédicateur énumère les bienfaits venus par elle : la Trinité glorifiée, le ciel en exultation et les anges en liesse, les démons mis en fuite, la créature déchue élevée jusqu'au ciel, des Églises fondées dans tout l'univers et des nations conduites à la pénitence[32].

Icône de la Theotokos : le titre défendu par Cyrille confesse d'abord l'identité divine du Fils né de Marie. Image Wikimedia Commons, icône ancienne du Sinaï, domaine public.

Ce lyrisme n'est pas une dévotion sentimentale détachée du dogme : c'est l'inverse. Si Cyrille loue Marie avec tant de force, c'est précisément parce qu'elle est le garant de l'Incarnation. Honorer la Mère, c'est confesser le Fils. Toute la mariologie catholique ultérieure — jusqu'aux dogmes modernes — s'enracine dans cette intuition : Marie n'est grande que de la grandeur de son Fils, mais elle l'est vraiment, parce que son Fils est vraiment Dieu. Pour ce dogme, voir pourquoi Marie est appelée Mère de Dieu.

Théotokos et le salut

Pour Cyrille, le titre Theotokos est moins un honneur rendu à Marie qu'une profession de foi sur le Christ. C'est pourquoi il y voit le rempart de tout le christianisme : enlevez la Mère de Dieu, et vous obtenez un Christ divisé, un Dieu qui ne s'est pas vraiment uni à nous, un salut qui ne nous atteint plus. Pour le sens de l'Incarnation, voir comment expliquer l'Incarnation simplement.

L'œuvre théologique

Cyrille laisse une œuvre considérable — l'une des plus volumineuses de la patristique grecque — qui dépasse de loin la seule controverse nestorienne.

Les commentaires bibliques

Avant d'être le polémiste d'Éphèse, Cyrille est un exégète fécond, formé à l'allégorie alexandrine. Son grand Commentaire sur l'Évangile de Jean et son Commentaire sur Luc (conservé surtout en syriaque) sont des sommes de théologie scripturaire, où la lecture du texte sert constamment la contemplation du mystère du Verbe. Il commente aussi le Pentateuque (les Glaphyres), Isaïe et les petits prophètes, cherchant partout les figures du Christ dans l'Ancien Testament[33].

Contre Julien : l'apologétique

Vers la fin de sa vie, Cyrille compose un grand ouvrage apologétique, le Contre Julien (Contra Julianum), réfutation méthodique du traité Contre les Galiléens de l'empereur Julien l'Apostat, qui avait tenté, au IVe siècle, de restaurer le paganisme et d'attaquer la foi chrétienne. L'œuvre est précieuse : en réfutant Julien, Cyrille nous a conservé de larges fragments de son adversaire, qui seraient autrement perdus. C'est l'un des grands monuments de l'apologétique patristique[34].

La formule « une seule nature incarnée » et Chalcédoine

Un point délicat doit être traité avec honnêteté. Cyrille employait volontiers une formule : « une seule nature incarnée du Verbe de Dieu » (mia physis tou Theou Logou sesarkômenê). Il la croyait de saint Athanase ; en réalité, elle venait d'un faux apollinariste[35]. Dans la bouche de Cyrille, elle était orthodoxe : par « nature » (physis), il entendait ce que Chalcédoine appellera « hypostase », c'est-à-dire le sujet unique, et non la négation de l'humanité du Christ.

Mais après sa mort, des disciples mal avisés — les monophysites, autour d'Eutychès et de Dioscore — détournèrent cette formule pour nier la pleine humanité du Christ, prétendant que sa nature humaine s'était dissoute dans la divinité. Le concile de Chalcédoine (451) dut alors préciser le vocabulaire : « un seul et même Christ […] en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation ». Loin de désavouer Cyrille, Chalcédoine se réclama de lui : ses Lettres à Nestorius furent reçues comme l'expression de la foi. La leçon est nette : Cyrille est pleinement orthodoxe, mais son génie verbal exigeait des précisions que seul un concile pouvait apporter. Sur cette crise, voir la crise monophysite.

Mort, culte et héritage

Une fin de patriarche (444)

Cyrille meurt à Alexandrie le 27 juin 444, après un épiscopat de près de trente-deux ans[36]. Il laisse une Église alexandrine puissante, une christologie triomphante, et une œuvre qui dominera tout le siècle suivant. Sa fête est célébrée le 27 juin au calendrier romain, le 9 juin et le 18 janvier (avec son prédécesseur saint Athanase) dans les calendriers d'Orient.

Le jugement de l'histoire sur Cyrille

Peu de saints ont eu une postérité aussi partagée. Pour la tradition de l'Église, Cyrille est le « Sceau des Pères », le héraut de la Mère de Dieu, le docteur de l'Incarnation. Pour une certaine historiographie moderne, il reste l'évêque dur d'Alexandrie, mêlé aux violences de sa ville et à la mort d'Hypatie. Les deux images ne sont pas entièrement fausses : Cyrille fut à la fois un très grand théologien et un homme de son temps, façonné par un siège de pouvoir et par la brutalité de l'Antiquité tardive.

L'Église ne canonise pas un tempérament : elle reconnaît une doctrine et une sainteté qui ne suppriment pas les limites d'un caractère. La grandeur de Cyrille est d'avoir, à travers ses excès mêmes, tenu une vérité dont dépendait le salut — que celui qui est né de Marie est vraiment Dieu — et d'avoir su, à la fin, faire la paix avec Antioche pour cette vérité. C'est cette honnêteté que demande un regard catholique : ni légende dorée, ni légende noire.

Docteur de l'Église (1882)

En 1882, le pape Léon XIII proclame Cyrille d'Alexandrie Docteur de l'Église universelle — le même pontife qui, la même année, honora du même titre son homonyme saint Cyrille de Jérusalem[37]. Cyrille rejoint ainsi le petit nombre des grands docteurs grecs aux côtés de saint Athanase, de saint Jean Chrysostome et des Cappadociens. Il demeure, pour l'Orient comme pour l'Occident, le docteur de l'unique Christ et de la Mère de Dieu.

  1. vers 376
    Naissance en Égypte
    Neveu du patriarche Théophile

    Cyrille naît en Basse-Égypte dans une famille liée au siège d'Alexandrie ; il se forme à l'école alexandrine.[38]

  2. vers 395-403
    Années au désert de Nitrie
    Formation monastique et biblique

    Avant le clergé, il vit auprès des moines de Nitrie, où s'enracine sa théologie de la divinisation.[39]

  3. 403
    Synode du Chêne
    Dans l'ombre de Théophile

    Il accompagne son oncle au synode qui dépose injustement saint Jean Chrysostome.[40]

  4. 18 octobre 412
    Évêque d'Alexandrie
    Élection contestée

    Trois jours après la mort de Théophile, il est consacré patriarche au prix d'une émeute contre Timothée.[41]

  5. mars 415
    Mort d'Hypatie
    Le drame d'Alexandrie

    Une foule menée par le lecteur Pierre assassine la philosophe ; Socrate condamne le crime sans l'imputer à Cyrille.[42]

  6. 428-430
    La crise nestorienne
    Lettres et anathématismes

    Contre Nestorius qui refuse le Theotokos, Cyrille défend l'unité du Christ ; Rome condamne Nestorius (430).[43]

  7. 22 juin 431
    Concile d'Éphèse
    Marie proclamée Mère de Dieu

    Cyrille préside le 3e concile œcuménique, qui dépose Nestorius et confesse Marie Theotokos.[44]

  8. 433
    Formule d'union
    « Que les cieux se réjouissent »

    Réconciliation avec Jean d'Antioche : un seul Christ en deux natures, Theotokos confirmé.[45]

  9. 27 juin 444
    Mort à Alexandrie
    Sceau des Pères

    Cyrille meurt après trente-deux ans d'épiscopat ; Chalcédoine (451) se réclamera de lui.[46]

Pourquoi lire saint Cyrille aujourd'hui ?

À seize siècles de distance, saint Cyrille d'Alexandrie reste d'une actualité doctrinale brûlante. Il rappelle d'abord que la foi chrétienne tient à l'unité du Christ : enlevez cette unité, et il ne reste qu'un maître inspiré, un homme exceptionnel uni à Dieu — exactement ce que propose une grande partie de la spiritualité contemporaine, qui aime « Jésus » mais hésite devant « Dieu fait chair ». Cyrille répond : un seul est le Christ, et c'est Dieu lui-même qui nous a cherchés jusque dans notre chair.

Il rappelle ensuite que la dévotion à Marie Mère de Dieu n'est pas une excroissance sentimentale, mais le gardien du dogme : on n'honore jamais autant le Fils qu'en confessant que sa Mère a enfanté Dieu. La mariologie catholique n'est pas un ajout : elle est le test de l'Incarnation.

Il offre enfin une leçon d'honnêteté spirituelle. Cyrille fut un saint imparfait, marqué par la dureté de son siège et de son temps ; et pourtant Dieu s'est servi de lui pour défendre une vérité capitale. Sa vie dit que la sainteté n'est pas l'absence d'ombres, mais la fidélité à la vérité au milieu de nos limites — et que l'Église grandit même par des hommes qui durent eux-mêmes apprendre, sur le tard, à faire la paix.

« Un seul est le Christ. » — Cette formule, gravée comme un sceau, dit assez pourquoi l'Église n'a jamais cessé de lire Cyrille : il est le docteur qui a sauvé, pour nous, l'unité du visage de Dieu fait homme.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. 24e patriarche d'Alexandrie : Synaxaire copte (Église copte orthodoxe), lecture du 3 Epip (10 juillet) — « St. Kyrillos (Cyril) the First, the Alexandrian Pope, and the twenty-fourth Patriarch of the See of St. Mark », fils de la sœur du pape Théophile, 23e patriarche (épiscopat 412-444).

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  2. Catholic Encyclopedia, article « St. Cyril of Alexandria », newadvent.org/cathen/04592b.htm : « son of the brother of Theophilus, Patriarch of Alexandria » ; « Theophilus died 15 Oct., 412, and on the 18th Cyril was consecrated his uncle's successor… but only after a riot between his supporters and those of his rival Timotheus » ; présence au synode du Chêne (403) déposant Jean Chrysostome ; fermeture des églises novatiennes ; conflit avec les Juifs et le préfet Oreste ; présidence du concile d'Éphèse, ouvert « on 22 June » 431 ; « died on the 9th or the 27th of June, 444, after an episcopate of nearly thirty-two years ». Naissance vers 376 d'après la tradition et les chronologies modernes (Britannica, « Saint Cyril of Alexandria »). La Catholic Encyclopedia ne donne aucun lieu de naissance (seulement « of an Alexandrian family ») : l'article s'en tient donc à la forme sourcée, « en Égypte romaine ».

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  3. Saint Cyrille d'Alexandrie, Deuxième lettre à Nestorius (Lettre 4, dite lettre dogmatique, CPG 5304, an 430) : « the Word having personally [hypostatically] united to himself flesh animated by a rational soul, did in an ineffable and inconceivable manner become man » ; et : « they ventured to call the holy Virgin, the Mother of God, not as if the nature of the Word or his divinity had its beginning from the holy Virgin, but because of her was born that holy body with a rational soul, to which the Word being personally united is said to be born according to the flesh. » Cette lettre fut lue et approuvée comme expression de la foi au concile d'Éphèse (431) puis à Chalcédoine (451). Trad. earlychurchtexts.com / NPNF2-14.

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  4. Socrate le Scolastique, Histoire ecclésiastique, livre VII, ch. 13-15. Récit des troubles d'Alexandrie (Juifs, Oreste, moines de Nitrie) et du meurtre d'Hypatie en mars 415, « pendant le Carême, la quatrième année de l'épiscopat de Cyrille, sous le dixième consulat d'Honorius et le sixième de Théodose ». La foule, « sous la conduite d'un lecteur nommé Pierre », la traîne au Césareum et la met à mort à coups de tuiles, puis brûle ses restes à Cinaron. Socrate conclut : « This affair brought not the least opprobrium, not only upon Cyril, but also upon the whole Alexandrian church. And surely nothing can be farther from the spirit of Christianity than the allowance of massacres, fights, and transactions of that sort. » Trad. NPNF2-02 (newadvent.org/fathers/26017.htm ; sourcebooks.fordham.edu/source/hypatia.asp). La litote anglaise « not the least » signifie « considérable » (et non « aucun ») : le Dictionary of Christian Biography and Literature (H. Wace, art. « Hypatia ») traduit de même « This deed occasioned no small blame to Cyril and the Alexandrian church ». Socrate ne met pas le meurtre au compte personnel de Cyrille.

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  5. Saint Cyrille d'Alexandrie, Que le Christ est un (Quod unus sit Christus / Sur l'unité du Christ) : affirmation que « un seul est le Christ, et Fils, et Seigneur », non un homme tenant une simple conjonction de dignité avec le Verbe, mais le Verbe de Dieu fait chair. Œuvre tardive de synthèse christologique ; trad. de référence : J. A. McGuckin, St. Cyril of Alexandria, On the Unity of Christ, St Vladimir's Seminary Press, 1995.

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  6. Concile de Chalcédoine (451), Ire session (10 octobre 451), § 331 des actes : Longin, évêque de Chersonèse, déclare — « Also following the holy and great council of the 318 that convened at Nicaea, our father Bishop Cyril, [now] among the saints, expounded the doctrine in his letter with complete accuracy... » (R. Price et M. Gaddis, trad., The Acts of the Council of Chalcedon, Liverpool University Press, 2005, t. 1, session I, § 331 ; l'éditeur note qu'il s'agit vraisemblablement de la lettre à Jean d'Antioche, Laetentur caeli). La Définition de Chalcédoine confesse « un seul et même Christ… en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation ». Cf. Denzinger n° 300-303.

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  7. Sur l'amplification moderne du rôle de Cyrille dans la mort d'Hypatie : aucune source ancienne contemporaine n'attribue à Cyrille l'ordre de tuer Hypatie ; les récits ultérieurs (notamment Jean de Nikiou, VIIe siècle, hostile à Hypatie) et la lecture des Lumières (Toland, Gibbon, Voltaire), puis le roman de Charles Kingsley (Hypatia, 1853) et le cinéma (Agora, 2009), ont fait d'Hypatie une martyre de la science contre l'Église. L'historienne M. Dzielska (Hypatia of Alexandria, Harvard University Press, 1995, pp. 95-96) conclut que les meurtriers étaient les parabalani, dans le climat d'affrontement entre Cyrille et le préfet Oreste — dont Hypatie était proche selon Socrate (VII, 15) —, sans qu'aucune source ancienne n'établisse un ordre direct de l'évêque.

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  8. M. Dzielska, Hypatia of Alexandria, Harvard University Press, 1995, pp. 95-96 : « It was surely the parabolans, the patriarch's "guard," who committed the murder of Hypatia... It was they who made up the core of the ecclesiastical masses described by Socrates... » ; n. 120, p. 146 : Tillemont fut le premier à discuter le lien des parabalani avec la mort d'Hypatie, avec Philipsborn, Schubert et Rougé. Dzielska reconnaît par ailleurs que Socrate, seule source ancienne détaillée, ne nomme qu'une foule menée par le lecteur Pierre.

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  9. (source introuvable : crise)

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  10. Saint Cyrille d'Alexandrie, Troisième lettre à Nestorius (Lettre 17), à laquelle sont joints les Douze anathématismes (ou « Douze chapitres », an 430). Premier anathématisme : « If anyone does not confess that Emmanuel is in truth God, and that on this account the holy Virgin is Mother of God (Theotokos) — for she gave birth in a fleshly way to the Word of God become flesh — let him be anathema. » Cf. Denzinger n° 252-263 ; actes du concile d'Éphèse ; trad. NPNF2-14 (newadvent.org/fathers/3603.htm).

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  11. Pape Célestin Ier : à la suite de l'alerte donnée par Cyrille, un synode romain condamne Nestorius dès août 430 et mandate Cyrille pour exécuter la sentence si Nestorius ne se rétracte pas. Cyrille agit ainsi avec l'autorité du Siège apostolique avant le concile. Cf. Catholic Encyclopedia, « Nestorius and Nestorianism » ; « Pope St. Celestine I ».

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  12. Formule d'union de 433 et lettre de Cyrille à Jean d'Antioche Laetentur caeli (« Que les cieux se réjouissent »). La formule, d'origine antiochienne, confesse Jésus-Christ « parfait Dieu et parfait homme… consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à nous selon l'humanité », « une union de deux natures », et nomme la Vierge Theotokos. Cyrille l'accepte, scellant la réconciliation Alexandrie-Antioche. Texte dans les actes conciliaires ; cf. Denzinger n° 271-273 ; Catholic Encyclopedia, « St. Cyril of Alexandria ».

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  13. Lors du contre-concile tenu à Éphèse par Jean d'Antioche (fin juin 431), les évêques orientaux déposent Cyrille et l'évêque Memnon d'Éphèse, condamnant dans les Douze anathématismes le venin de l'hérésie apollinariste. La formule est rapportée en discours indirect par E. Gibbon, Decline and Fall, ch. 47 : « described the Alexandrian primate as a monster, born and educated for the destruction of the church ». Sa note 46 renvoie aux actes (éd. Labbe & Cossart, Concil., t. III, p. 1244, non vérifiée ici) et précise que ces invectives furent « mutuellement oubliées » après la réconciliation de 433 (« After the coalition of John and Cyril these invectives were mutually forgotten »). Faute de verbatim d'acte vérifiable dans une édition moderne, l'article ne la présente pas entre guillemets.

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  14. Homélie mariale dite Homélie 4 (CPG 5248), transmise sous le nom de saint Cyrille d'Alexandrie : texte grec en PG 77, col. 992 (Homiliae diversae, 4). Elle est traditionnellement présentée comme prononcée à Éphèse durant l'été 431, en l'église Sainte-Marie ; l'attribution du texte transmis ayant parfois été discutée et le texte original n'ayant pu être collationné à la colonne exacte, le passage ci-dessus est rendu en paraphrase, sans guillemets.

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  15. Saint Cyrille d'Alexandrie, Contre Julien (Contra Julianum / Pour la sainte religion des chrétiens contre les livres de Julien l'impie), grande réfutation du Contre les Galiléens de l'empereur Julien l'Apostat. Œuvre tardive (vers 433-441) qui conserve de nombreux fragments de Julien, autrement perdus. Éd. Sources chrétiennes n° 322, 582, etc. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Cyril of Alexandria ».

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  16. La formule cyrillienne « mia physis tou Theou Logou sesarkômenê » (« une seule nature incarnée du Verbe de Dieu ») était crue par Cyrille d'origine athanasienne ; elle provenait en fait d'un écrit apollinariste circulant sous le nom d'Athanase. Dans l'usage de Cyrille, physis y désigne l'hypostase (le sujet unique), et la formule est orthodoxe ; détournée par les monophysites (Eutychès, Dioscore) pour nier la pleine humanité du Christ, elle fut corrigée par Chalcédoine, qui distingua nettement physis (nature) et hypostasis (personne). Cf. J. A. McGuckin, St. Cyril of Alexandria : The Christological Controversy, 1994 ; Catholic Encyclopedia, « Monophysites and Monophysitism ».

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  17. Cyrille d'Alexandrie, Docteur de l'Église : proclamé docteur de l'Église universelle par le pape Léon XIII en 1882 (la Messe et l'Office propres furent approuvés peu après, en 1883 selon la Catholic Encyclopedia). La même année, Léon XIII honora du même titre saint Cyrille de Jérusalem. Cyrille d'Alexandrie est compté parmi les grands docteurs grecs, avec saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome. Fête le 27 juin au calendrier romain ; 18 janvier (avec Athanase) et 9 juin en Orient. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Cyril of Alexandria » ; « Doctors of the Church ».

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