Concile de Nicée I (325)

Le concile de Nicée I (325) est le premier concile œcuménique : il condamne l'arianisme et confesse que Jésus-Christ est vrai Dieu, engendré non créé, de même substance que le Père.

Ignispedia

Le concile de Nicée I est le premier concile œcuménique de l'histoire chrétienne. Réuni en 325 à Nicée de Bithynie, il répond à la crise arienne en confessant que le Fils est engendré, non créé, et de même substance que le Père.

Son importance dépasse la querelle du IVᵉ siècle. Nicée fixe un vocabulaire doctrinal qui protège la foi biblique en Jésus-Christ contre une lecture où le Fils serait seulement la première des créatures. L'Église catholique, les Églises orthodoxes et la plupart des communautés issues de la Réforme reconnaissent encore ce concile comme un repère majeur de la foi chrétienne.

Contrairement à un mythe moderne très répandu, Nicée n'a pas choisi les livres de la Bible, n'a pas inventé la divinité de Jésus et n'a pas créé une nouvelle religion impériale. Il a formulé, sous forme de symbole de foi et d'anathèmes, la réponse de l'Église à une controverse précise : peut-on appeler le Christ Seigneur et Sauveur si, en réalité, il n'est pas Dieu comme le Père ?

Pourquoi le concile de Nicée a-t-il été convoqué ?

La crise arienne commence à Alexandrie

La controverse naît à Alexandrie, dans les années 318-321, autour du prêtre Arius. Son évêque, Alexandre d'Alexandrie, lui reproche de rompre la foi reçue en présentant le Fils comme une réalité venue à l'existence par la volonté du Père. Une assemblée alexandrine condamne Arius avant même le concile universel ; la querelle se répand ensuite en Palestine, en Bithynie, à Nicomédie et dans plusieurs Églises orientales.[2]

Arius ne niait pas simplement l'importance religieuse du Christ. Il pouvait parler du Fils avec un vocabulaire élevé : préexistant, unique, instrument de la création, supérieur à toutes les créatures. Mais il refusait que le Fils soit éternel comme le Père. Sa lettre à Eusèbe de Nicomédie donne le point doctrinal décisif : le Fils n'est pas inengendré, ne vient pas d'une portion de Dieu, et "avant d'être engendré [...] il n'était pas".[3]

Ce point change tout. Si le Fils n'est pas éternellement Dieu, alors le baptême chrétien, la prière au Christ, l'adoration du Fils et la doctrine du salut deviennent ambigus. Nicée ne discute donc pas une subtilité abstraite : il tranche la question de savoir si Dieu sauve lui-même l'homme en Jésus-Christ, ou si une créature suprême sert d'intermédiaire entre Dieu et le monde.

Constantin cherche d'abord la paix civile et religieuse

Constantin devient seul maître de l'Empire après sa victoire sur Licinius. La division des évêques orientaux l'inquiète, car l'unité religieuse de l'Église est devenue un facteur de paix publique. Il envoie d'abord Hosius de Cordoue porter une lettre de conciliation à Alexandre et Arius ; cette médiation échoue.[4]

Chronologie synthétique : la crise naît à Alexandrie, prend une ampleur orientale, puis reçoit une définition conciliaire à Nicée. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La convocation de Nicée est alors la réponse impériale à une crise que les synodes locaux ne suffisent plus à contenir. Eusèbe de Césarée rapporte que l'empereur met les moyens publics à disposition des évêques : transports, chevaux, accueil et entretien pendant l'assemblée.[5] Ce soutien ne signifie pas que Constantin rédige la foi à la place des évêques. Les sources anciennes le montrent comme arbitre politique et protecteur de l'assemblée, tandis que la discussion théologique appartient aux évêques.

Pourquoi Nicée et non Rome, Alexandrie ou Antioche ?

Nicée, ville de Bithynie proche de Nicomédie, est politiquement pratique : elle est accessible aux évêques d'Asie Mineure, de Syrie, de Palestine, d'Égypte, de Grèce et de Thrace, et assez proche de la résidence impériale. La Catholic Encyclopedia note que les sessions se tinrent dans l'église principale et dans la salle centrale du palais impérial.[6]

Le choix a aussi une portée symbolique involontaire. Le nom grec de Nicée évoque la victoire (nikē). Eusèbe remarque que ce nom — la ville de Bithynie « tirant son nom de la Victoire » — convenait à la circonstance.[7]

Qui participe au concile ?

Le nombre traditionnel de 318 Pères

Le chiffre traditionnel est 318 évêques. Eusèbe parle de plus de 250 ; Athanase évoque 300 et donne ailleurs explicitement 318 ; la tradition liturgique orientale a conservé la formule des 318 Pères de Nicée.[8] Les listes de signatures conservées sont mutilées et ne permettent pas de reconstituer un registre complet, mais elles confirment une assemblée majoritairement orientale.[9]

Les évêques latins sont peu nombreux : Hosius de Cordoue, Cécilien de Carthage, quelques évêques occidentaux et deux prêtres romains, Vitus (Vit) et Vincentius, légats du pape Sylvestre. Les grandes figures orientales sont Alexandre d'Alexandrie, Eustathe d'Antioche, Macaire de Jérusalem, Eusèbe de Césarée, Eusèbe de Nicomédie et, selon la tradition, Nicolas de Myre.[10]

Des évêques marqués par les persécutions

Le concile réunit des hommes qui ont connu la persécution de Dioclétien et de Licinius. Certains portent encore les marques physiques de leur confession. Ce détail est essentiel : la foi définie à Nicée n'est pas une théorie de cour produite par des fonctionnaires impériaux, mais le jugement d'évêques dont beaucoup ont souffert pour le Christ avant que l'Empire ne devienne favorable au christianisme.[11]

Le jeune Athanase, alors diacre d'Alexandre, n'est pas encore l'évêque d'Alexandrie qu'il deviendra en 328. Mais son rôle théologique sera décisif dans la réception de Nicée. Ses écrits ultérieurs, surtout De decretis, expliquent pourquoi les Pères ont employé des mots non bibliques comme ousia et homoousios : non pour remplacer l'Écriture, mais pour fermer l'échappatoire arienne.[12]

Constantin dans la salle conciliaire

Eusèbe décrit une entrée impériale très solennelle : les évêques sont déjà assis, Constantin paraît sans escorte militaire lourde, vêtu avec magnificence, puis attend un signe des évêques avant de s'asseoir.[13] Le détail est politiquement fort : l'empereur convoque et soutient l'assemblée, mais il se présente devant un corps épiscopal dont il recherche l'accord.

Enluminure médiévale représentant Constantin faisant brûler les livres ariens. L'image est tardive, mais elle illustre la réception médiévale de Nicée comme victoire contre l'arianisme. Domaine public, Wikimedia Commons.

La même source rapporte ensuite que Constantin écoute les accusations et les réponses, puis tente d'amener les parties à la concorde.[14] Le concile n'est donc ni un parlement moderne, ni un simple décret impérial. C'est une assemblée d'évêques réunie dans un cadre impérial nouveau, au moment où l'Église sort de la clandestinité et doit exercer publiquement son autorité doctrinale.

Que croyait Arius ?

Le point sensible : le Fils a-t-il commencé d'exister ?

La formule la plus connue de l'arianisme est : "il fut un temps où il n'était pas". Cette expression résume le refus de l'éternité du Fils. Arius ne nie pas que le Fils soit antérieur au monde ; il nie qu'il soit sans commencement comme le Père. Pour lui, le Père seul est absolument inengendré, et le Fils existe par volonté divine avant les siècles.[15]

La différence peut sembler mince si l'on ne regarde que le vocabulaire de piété. Elle est radicale du point de vue de la foi chrétienne. Si le Fils est une créature, même sublime, alors il n'est pas l'égal du Père dans l'être divin ; il ne peut pas être adoré du même culte ; et l'union de l'homme à Dieu dans le Christ devient médiate, non immédiate.

Pourquoi les formules bibliques seules ne suffisaient plus

Les évêques auraient pu se contenter de dire que le Fils est "Dieu", "Seigneur", "image du Père" ou "engendré". Mais les ariens pouvaient recevoir plusieurs de ces mots en leur donnant un sens subordonné. Athanase explique que les Pères ont donc cherché une formule impossible à signer sincèrement pour qui fait du Fils une créature.[16]

Le terme homoousios protège deux vérités en même temps : le Fils est distinct du Père, mais il n'est pas une créature. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le terme homoousios signifie que le Fils est de même substance ou de même être que le Père. Il ne veut pas dire que le Père et le Fils seraient la même personne ; Nicée n'est pas modaliste. Il veut dire que le Fils possède la même divinité que le Père, sans être fait, sans être tiré du néant, sans être une réalité intermédiaire entre Dieu et les créatures.

Le Symbole de Nicée : que dit exactement le concile ?

La confession du Fils

Le texte de 325 confesse "un seul Dieu, le Père tout-puissant", puis "un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, engendré du Père". Les lignes décisives ajoutent : "Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non créé, de même être que le Père".[17]

Cette accumulation n'est pas rhétorique. Chaque expression ferme une porte :

Expression nicéenneCe qu'elle affirmeCe qu'elle exclut
"Fils de Dieu"Relation unique au PèreAdoption purement morale
"Engendré du Père"Origine personnelle du FilsFils sans relation réelle au Père
"Vrai Dieu de vrai Dieu"Divinité pleine du FilsDivinité seulement honorifique
"Engendré non créé"Le Fils n'appartient pas à l'ordre des créaturesCréation du Fils dans le temps ou avant le temps
"De même être que le Père"Même divinité que le PèreSubordination ontologique du Fils

La formule de Nicée ne développe pas encore toute la théologie du Saint-Esprit. Elle dit simplement : "Et [nous croyons] au Saint-Esprit." C'est le concile de Constantinople I, en 381, qui développera la confession de l'Esprit comme Seigneur et vivifiant.[18]

Les anathèmes : le concile vise des thèses précises

Le Symbole de Nicée se termine par des anathèmes. L'Église y rejette ceux qui disent que le Fils "n'était pas" avant d'être engendré, qu'il est venu "du néant", qu'il est d'une autre hypostase ou ousia, ou qu'il est créé, changeant ou altérable.[19]

Cette précision est capitale pour lire le concile. Nicée ne condamne pas toute recherche théologique, ni tout vocabulaire imparfait antérieur au IVᵉ siècle. Il condamne une thèse déterminée : la réduction du Fils à l'ordre créé. C'est pourquoi les Pères ont pu employer un mot technique : le problème n'était plus seulement de répéter des versets bibliques, mais d'empêcher une interprétation qui conservait les mots chrétiens en changeant leur sens.

Eusèbe de Césarée explique son acceptation

Eusèbe de Césarée, théologien savant et historien de l'Église, est un témoin précieux parce qu'il n'est pas un nicéen militant au départ. Dans sa lettre à son Église, il explique qu'il a interrogé le sens des expressions "de l'essence du Père" et "de même être que le Père". Il accepte le terme parce qu'il comprend qu'il signifie : le Fils vient réellement du Père, mais non comme une partie matérielle arrachée au Père.[20]

Cette lettre montre que Nicée n'est pas un slogan imposé sans débat. Les mots ont été discutés, définis, bornés. Le concile veut éviter deux erreurs opposées : faire du Fils une créature, ou confondre personnellement le Père et le Fils.

« Engendré non créé, de même être que le Père. » — Symbole de Nicée, 325[21]

Les vingt canons : Nicée ne parle pas seulement de christologie

Une discipline pour une Église sortie de la persécution

Nicée promulgue aussi vingt canons. Ils traitent de l'ordination, des clercs, des excommunications, de la juridiction des grands sièges, de la réintégration de groupes séparés, des pénitents et de la liturgie.[22]

Leur existence rappelle que le concile n'est pas seulement un moment doctrinal. L'Église doit aussi réorganiser sa discipline après les persécutions et les divisions. Certains canons concernent directement les blessures récentes : les lapsi, c'est-à-dire ceux qui ont faibli pendant les persécutions, et les schismes locaux comme celui de Mélèce de Lycopolis.

Les canons majeurs en lecture rapide

CanonSujetImportance historique
1Clercs mutilés volontairement ou par violenceDélimite les conditions d'accès au clergé
2Ordinations trop rapides de nouveaux convertisRefuse l'improvisation sacramentelle
3Femmes vivant avec des clercsProtège la réputation du clergé
4Élection et consécration des évêquesRôle de la province et du métropolitain
5Excommunications et synodes provinciauxPrévoit deux synodes par an
6Rome, Alexandrie, Antioche et juridictions anciennesSource majeure pour l'histoire des patriarcats
7Honneur particulier de JérusalemReconnaît un rang honorifique sans abolir la métropole
8Réintégration des novatiensDiscipline de communion et de rang
11-14Pénitence des apostats et catéchumènes tombésRéponse pastorale aux persécutions
20Prière debout le dimanche et au temps pascalTémoignage liturgique antique

Le canon 6 est particulièrement important pour l'histoire de l'organisation ecclésiale. Il reconnaît des coutumes anciennes concernant Alexandrie, Rome et Antioche. Le texte ne crée pas encore la pentarchie byzantine postérieure ; il témoigne plutôt d'un ordre ancien de juridictions métropolitaines et régionales.[23]

Le canon 20 et la prière debout

Le canon 20 demande que, le dimanche et pendant le temps de Pentecôte, la prière soit faite debout. Cette règle peut surprendre un lecteur moderne, mais elle appartient à une symbolique pascale ancienne : se tenir debout exprime la résurrection, la liberté filiale et la joie du jour du Seigneur.[24]

La date de Pâques et le schisme mélétien

L'unité de la célébration pascale

Nicée aborde aussi la question de la date de Pâques. Les sources anciennes ne nous ont pas conservé un canon pascal détaillé, mais elles attestent que l'assemblée veut une célébration commune. Eusèbe rapporte que l'accord porte à la fois sur la foi et sur le temps de la fête salvifique.[25]

La question n'est pas seulement astronomique. Elle touche l'unité visible de l'Église : célébrer la Résurrection à des dates divergentes, selon des calculs locaux ou dépendants du calendrier juif, entretenait une fracture liturgique. Nicée ouvre la voie à une discipline commune, même si les calculs pascals resteront techniquement complexes.

Le cas Mélèce de Lycopolis

Le concile traite aussi le schisme de Mélèce de Lycopolis, évêque égyptien qui avait ordonné hors de son ressort et contesté l'autorité d'Alexandrie. La lettre synodale aux Égyptiens prévoit une solution de réintégration contrôlée : les clercs ordonnés par Mélèce peuvent garder un rang, mais doivent rester subordonnés à l'évêque catholique légitime.[26]

Cette décision révèle un trait pastoral de Nicée : le concile est doctrinalement ferme contre Arius, mais cherche une solution graduée pour un schisme disciplinaire. Toutes les fautes ne reçoivent pas le même traitement.

Nicée a-t-il inventé la divinité de Jésus ?

La réponse courte : non

Nicée n'invente pas la divinité du Christ. Le Nouveau Testament appelle déjà Jésus Seigneur, l'associe à l'œuvre créatrice, lui attribue l'adoration céleste et confesse que le Verbe était Dieu.[27] Les Pères antérieurs à Nicée emploient des formules parfois moins techniques, mais la liturgie, le baptême et la prière chrétienne placent déjà le Christ du côté de Dieu, non du côté des créatures.

Ce que Nicée apporte, c'est une définition dogmatique anti-arienne. Le concile ne fabrique pas la foi ; il délimite son sens quand une interprétation nouvelle rend les mots traditionnels équivoques.

Pourquoi le mot homoousios devient nécessaire

Le mot homoousios avait des risques : certains craignaient qu'il ne sente le sabellianisme, comme si le Père et le Fils n'étaient qu'une seule personne sous deux noms. Mais le concile l'emploie dans un sens précis : même être divin, distinction personnelle sauvegardée. Athanase défendra ensuite cette nécessité contre ceux qui reprochaient à Nicée d'avoir utilisé un terme non scripturaire.[28]

La logique est simple : quand une hérésie utilise les mots bibliques en les vidant de leur sens, l'Église peut employer un terme technique pour protéger le sens biblique. Le vocabulaire dogmatique sert l'Écriture ; il ne la remplace pas.

Nicée a-t-il fixé le canon de la Bible ?

Un mythe sans base dans les actes conservés

Aucune source ancienne sérieuse ne montre que le concile de Nicée ait voté la liste des livres bibliques. Les fragments conservés des actes et décisions portent sur le Symbole, les anathèmes, les canons disciplinaires, la question pascale et le dossier mélétien.[29]

L'idée selon laquelle les évêques auraient choisi les livres de la Bible à Nicée, parfois par une sorte de miracle mécanique ou de vote impérial, relève d'une légende tardive. Elle confond plusieurs processus : la définition christologique de 325, les listes canoniques du IVᵉ siècle, et les décisions synodales régionales d'Hippone et de Carthage à la fin du IVᵉ siècle.

Ce que Nicée décide réellement

Le dossier réel est beaucoup plus précis :

  1. Arius et ses thèses sont condamnés.
  2. Le Symbole de Nicée confesse la divinité pleine du Fils.
  3. Les anathèmes excluent les formules qui font du Fils une créature.
  4. Vingt canons règlent des questions disciplinaires.
  5. Une discipline commune de Pâques est recherchée.
  6. Le schisme mélétien reçoit une solution de réintégration contrôlée.

Rien dans cette liste ne concerne le choix des quatre Évangiles, le retrait d'évangiles apocryphes ou la composition du Nouveau Testament.

La réception de Nicée après 325

Une victoire immédiate mais une crise prolongée

Nicée ne met pas fin immédiatement à la crise. Arius est exilé, puis les équilibres de cour, les nuances théologiques et les pressions impériales changent rapidement. Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée reviendront en faveur. Athanase, devenu évêque d'Alexandrie, connaîtra plusieurs exils. Le IVᵉ siècle post-nicéen est donc une longue bataille d'interprétation.[30]

Miniature médiévale représentant la mort d'Arius dans le Speculum historiale. L'image témoigne de la mémoire polémique de l'arianisme au Moyen Âge. Domaine public, Wikimedia Commons.

La réception est aussi lexicale. Beaucoup d'évêques orientaux veulent éviter à la fois l'arianisme et le sabellianisme. Les décennies suivantes verront apparaître plusieurs formules : homoiousios ("semblable selon l'être"), homoios ("semblable"), ou des tentatives de compromis. Constantinople I, en 381, recevra et développera la ligne nicéenne.

Constantinople I complète Nicée

Le Credo que les catholiques récitent le dimanche est souvent appelé "Symbole de Nicée-Constantinople". Il ne correspond pas exactement, ligne par ligne, au texte bref de 325. Le concile de Constantinople I, en 381, reprend la foi nicéenne, développe l'article sur le Saint-Esprit et donne au symbole sa forme liturgique classique.[31]

Cette distinction évite deux confusions. D'une part, Nicée I est bien le concile décisif contre l'arianisme. D'autre part, le Credo dominical actuel est le fruit de la réception conciliaire de 325 à 381, non un simple procès-verbal de la séance nicéenne.

Pourquoi Nicée reste décisif aujourd'hui

Le christianisme est nicéen ou il change de nature

La confession nicéenne n'est pas une option de spécialiste. Elle répond à la question centrale : qui est Jésus-Christ ? Si Jésus est une créature, même la plus haute, le christianisme devient une religion d'intermédiaire. Si Jésus est vrai Dieu de vrai Dieu, alors Dieu lui-même entre dans l'histoire, souffre dans la chair assumée, sauve l'homme de l'intérieur et l'unit à la vie divine.

Nicée protège donc la cohérence de toute la foi : création, incarnation, salut, liturgie, baptême, prière, adoration. La formule "engendré non créé" n'est pas une complication grecque ; elle est le verrou dogmatique qui empêche de transformer le Christ en demi-dieu ou en ange suprême.

Un modèle de développement doctrinal

Nicée illustre aussi le développement doctrinal catholique. Une doctrine peut être crue avant d'être définie avec un vocabulaire technique. L'Église ne formule solennellement que lorsque la foi reçue est menacée ou rendue ambiguë. Le mot homoousios n'ajoute pas un nouveau Christ au Nouveau Testament ; il précise ce que l'Église doit entendre quand elle confesse le Fils comme Dieu et Seigneur.

Cette logique vaut pour d'autres dogmes. Une définition tardive n'implique pas une invention tardive. Elle peut être la réponse organique de l'Église à une crise qui oblige à dire plus clairement ce qui était déjà contenu dans la foi.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. H. Leclercq, "The First Council of Nicaea", Catholic Encyclopedia, 1911, paragraphe sur la chronologie : concile convoqué pour le 20 mai (d'après Socrate et les actes de Chalcédoine), réunions préliminaires en l'absence de l'empereur jusqu'au 14 juin, sessions proprement dites après l'arrivée de Constantin, symbole rédigé le 19 juin, sessions closes le 25 août.

    1
  2. Henri Leclercq, "The First Council of Nicaea", The Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton Company, New York, 1911, section d'ouverture sur Arius, Alexandre d'Alexandrie et les synodes alexandrins ; texte transcrit sur New Advent.

    2
  3. Arius, Letter to Eusebius of Nicomedia, c. 318, conservée par Théodoret, Historia ecclesiastica I, 5 ; traduction et dossier dans Fourth Century Christianity, Urkunde 1.

    3 15
  4. H. Leclercq, "The First Council of Nicaea", Catholic Encyclopedia, 1911, lignes sur la lettre de Constantin à Alexandre et Arius portée par Hosius de Cordoue.

    4
  5. Eusèbe de Césarée, Life of Constantine III, 6, traduction Fourth Century Christianity, PDF Eusebius of Caesarea, Life of Constantine, p. 1-2 : transports publics et chevaux fournis aux évêques.

    5
  6. H. Leclercq, "The First Council of Nicaea", Catholic Encyclopedia, 1911, paragraphes sur le choix de Nicée, l'accessibilité de la ville et les lieux de session : « The sessions were held in the principal church, and in the central hall of the imperial palace. »

    6
  7. Eusèbe de Césarée, Life of Constantine III, 6 (« How he ordered a Council to be held at Nicæa »), trad. NPNF II/1 (repris par Fourth Century Christianity, p. 1) : « The place, too, selected for the synod, the city Nicæa in Bithynia (named from "Victory"), was appropriate to the occasion. »

    7
  8. H. Leclercq, "The First Council of Nicaea", Catholic Encyclopedia, 1911, discussion du nombre d'évêques : Eusèbe plus de 250, Athanase 300 puis 318 dans Ad Afros.

    8
  9. H. Leclercq, "The First Council of Nicaea", Catholic Encyclopedia, 1911, paragraphe sur les listes de signataires mutilées et les reconstructions modernes.

    9
  10. H. Leclercq, "The First Council of Nicaea", Catholic Encyclopedia, 1911, liste des principaux membres connus, latins et orientaux. Leclercq écrit « Victor » pour le prêtre romain ; les listes conciliaires portent Vitus (Vit) : cf. Hefele, Histoire des conciles, et Tanner éd., Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, introduction à Nicée I (« the presbyters Vitus and Vincentius ») ; voir aussi Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. III, ch. 9 (« the two presbyters Victor or Vitus and Vincentius as delegates of the aged pope Sylvester I »).

    10
  11. H. Leclercq, "The First Council of Nicaea", Catholic Encyclopedia, 1911, mention des évêques ayant souffert pendant la dernière persécution.

    11
  12. Saint Athanase d'Alexandrie, De decretis Nicaenae synodi 1-3, dans Nicene and Post-Nicene Fathers, série II, vol. 4, traduction J. H. Newman révisée, disponible sur New Advent.

    12
  13. Eusèbe de Césarée, Life of Constantine III, 10, traduction Fourth Century Christianity, p. 4-5, description de l'entrée de Constantin et de son siège.

    13
  14. Eusèbe de Césarée, Life of Constantine III, 13, traduction Fourth Century Christianity, p. 6-7, débat initial, accusations réciproques et rôle de conciliation de Constantin.

    14
  15. Saint Athanase, De decretis 3, New Advent : récit de la condamnation des termes ariens et publication de la foi ecclésiale par les évêques.

    16
  16. Concile de Nicée I, Symbole de Nicée (325), texte conservé par Eusèbe de Césarée et les historiens ecclésiastiques ; traduction Fourth Century Christianity, Harmony 1.4 — Council of Nicaea, p. 20.

    17 18 21
  17. Concile de Nicée I, anathèmes du Symbole de 325, traduction Fourth Century Christianity, Harmony 1.4, p. 20 : rejet des formules "il n'était pas", "du néant", "créé", "changeant".

    19
  18. Eusèbe de Césarée, Letter to the people of his Diocese, dans Theodoret, Ecclesiastical History I, 12 ; traduction New Advent et Fourth Century Christianity, Harmony 1.4, p. 20-21.

    20
  19. Concile de Nicée I, Twenty Canons, traduction révisée NPNF II, vol. 14, disponible sur Fourth Century Christianity, Canons of the Council of Nicaea.

    22 23
  20. Concile de Nicée I, canon 20, Fourth Century Christianity, Canons of the Council of Nicaea : prière debout le dimanche et pendant les jours de Pentecôte.

    24
  21. Eusèbe de Césarée, Life of Constantine III, 14, traduction Fourth Century Christianity, p. 7, accord sur la foi et le temps de la fête pascale.

    25
  22. Lettre synodale du concile de Nicée aux Égyptiens, transmise par Socrate, Sozomène et Théodoret ; traduction Fourth Century Christianity, Harmony 1.4, p. 13-14, conditions imposées aux clercs de Mélèce.

    26
  23. Jean 1, 1-18 ; Jean 20, 28 ; 1 Corinthiens 8, 6 ; Philippiens 2, 6-11 ; Colossiens 1, 15-20 ; Hébreux 1, 1-4 ; Apocalypse 5, 11-14.

    27
  24. Saint Athanase, De decretis 19-24, New Advent, défense du terme homoousios et de son usage contre l'interprétation arienne.

    28
  25. H. Leclercq, "The First Council of Nicaea", Catholic Encyclopedia, 1911, section sur les actes conservés : symbole, canons et décret synodal ; sources anciennes Eusèbe, Socrate, Sozomène, Théodoret, Rufin, Athanase.

    29
  26. Saint Athanase, De decretis 3-4, New Advent ; voir aussi Lewis Ayres, Nicaea and Its Legacy, Oxford University Press, 2004, introduction et chapitres 1-3, sur la réception difficile de Nicée.

    30
  27. Concile de Constantinople I (381), Symbole dit de Nicée-Constantinople ; voir J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, 3ᵉ éd., Longman, 1972, chap. 9-10, et Catéchisme de l'Église catholique, §§ 242-248.

    31