Modalisme

Un seul Dieu en trois masques : vers 200, Noet de Smyrne enseigne que le Père lui-même a souffert ; Praxeas porte l'erreur à Rome, Sabellius la systématise. Tertullien répond vers 213, Calixte Ier excommunie, Constantinople anathématise en 381 — le dossier complet.

Ignispedia

Le modalisme est l'hérésie trinitaire des IIe et IIIe siècles qui ne voit dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit que trois noms, trois rôles ou trois masques d'une seule et même personne divine. Dieu serait un acteur unique qui paraît tour à tour sous trois costumes : Créateur comme Père, Rédempteur comme Fils, Sanctificateur comme Esprit — mais derrière les trois masques, il n'y aurait qu'un seul visage.[1]

L'enjeu n'est pas un jeu de mots : si le Père et le Fils sont la même personne, alors c'est le Père lui-même qui est né de la Vierge, qui a souffert et qui est mort sur la croix. Les adversaires ne s'y trompent pas et donnent à l'erreur son nom occidental : le patripassianisme, littéralement la souffrance du Père.[2]

L'affaire déchire l'Église pendant près d'un siècle, de Smyrne à Rome puis Carthage, mobilise le pape Zéphyrin, fait excommunier Sabellius par le pape Calixte Ier vers 220, et force le plus grand polémiste africain, Tertullien, à écrire vers 213 le traité qui fixera pour toujours le vocabulaire catholique de la Trinité : Contre Praxeas.[3]

Cet article suppose connus les dossiers voisins, auxquels il renvoie sans les redoubler : Les hérésies des premiers siècles pour le panorama des erreurs antiques, le sabellianisme pour le système achevé de Sabellius, l'arianisme pour la crise inverse qui rabaisse le Fils, l'adoptianisme pour l'autre forme de monarchianisme qui fait du Christ un homme adopté, le docétisme, le gnosticisme et le marcionisme pour les autres falsifications du Christ au IIe siècle, le montanisme pour le mouvement prophétique que Praxeas combattait à Rome.

Ce que le modalisme affirme : un seul Dieu en trois masques

La formule : Père, Fils et Esprit, trois noms d'une seule personne

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Autrement dit : imaginez un même acteur qui entre en scène trois fois sous trois costumes différents — un jour en roi créateur, un jour en fils souffrant, un jour en esprit consolateur. C'est exactement la thèse modaliste : il n'y a qu'une seule personne divine, qui se présente successivement comme Père dans la création, comme Fils dans la rédemption, comme Esprit dans la sanctification. Les distinctions de la Trinité ne seraient pas des personnes réelles, mais des énergies, des modes ou des aspects — d'où le nom de modalisme.[4]

Le mot d'ordre des partisans est simple et pieux en apparence : « Nous tenons la monarchie » — Monarchiam tenemus. Un seul Dieu, une seule souveraineté, un seul visage. Tertullien rapporte que les chrétiens simples, incapables de suivre son mot savant d'économie, lui répondaient par ce cri : s'il y a un Père et un Fils réellement distincts, c'est donc qu'il y a deux ou trois dieux.[5]

« Nous tenons la monarchie ! » — le cri des fidèles simples, rapporté par Tertullien face aux modalistes[6]

Derrière ce cri, une conviction sincère : les modalistes déclarent avec force que Dieu est un, entièrement et parfaitement un, et que Jésus-Christ est Dieu, entièrement et parfaitement Dieu. Sur ces deux points, ils ont raison — et c'est ce qui rend l'erreur séduisante : elle part de deux vérités pour en détruire une troisième, la distinction réelle des personnes.[7]

Le mot qui trahit : quand le Père souffre sur la croix

Le raisonnement modaliste est implacable, et ses adversaires le lui retournent comme une arme : si le Père et le Fils sont rigoureusement la même personne, alors aucune dénégation ne peut empêcher la conclusion — c'est le Père qui est né, c'est le Père qui a souffert, c'est le Père qui est mort, c'est le Père qui est assis à sa propre droite. Les polémistes catholiques utilisent le ridicule : voilà donc un Père qui s'envoie lui-même, qui se prie lui-même à Gethsémani, qui s'abandonne lui-même sur la croix.[8]

C'est pourquoi l'Occident latin appelle ces hérétiques les patripassiens — ceux qui font souffrir le Père — et pourquoi Tertullien forge pour eux le surnom de monarchiens. En Orient, on les appellera le plus souvent sabelliens, du nom de celui qui porta le système à son achèvement.[9]

Le tableau de la foi : ce que l'Église confesse face au modalisme

QuestionLe modalisme répondLa foi catholique confesse
Combien de personnes en Dieu ?Une seule, sous trois nomsTrois personnes réellement distinctes : Père, Fils et Saint-Esprit[10]
Qui est né de Marie ?Le Père lui-même, sous le masque du FilsLe Fils éternel, seconde personne, qui assume une nature humaine[11]
Qui a souffert sur la croix ?Le Père (patripassianisme)Le Fils selon son humanité ; la divinité est impassible
Qui est assis à la droite du Père ?Le Père à sa propre droiteLe Christ ressuscité, à la droite du Père[12]
Le Fils existe-t-il avant l'Incarnation ?Non : la filiation commence avec le masqueOui : le Verbe est engendré de toute éternité (Jn 1, 1)
Le baptême « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19)Trois titres d'un seulTrois personnes nommées ensemble, égales et distinctes

Pourquoi cette erreur est née : la peur de dire deux dieux

L'énigme du Logos chez les Apologistes

Pour comprendre la séduction modaliste, il faut voir l'embarras des théologiens catholiques du IIe siècle. Les Apologistes — Justin, Tatien, Théophile — expliquent la foi avec la philosophie de leur temps : Dieu serait seul de toute éternité avec son Verbe intérieur, sa Raison (logos endiathetos), puis ce Verbe serait proféré, engendré, devenu Fils en vue de la création (logos prophorikos). La distinction du Fils d'avec le Père est alors racontée comme une sorte d'émission en deux temps.[13]

Le résultat inquiète les simples : le Fils apparaît comme un Dieu dérivé et secondaire, chargé à lui seul de la création, de la visibilité et de la souffrance, pendant que le Père reste invisible et impassible dans son ciel. L'unité de Dieu semble se fendre en deux, voire en trois, et Jésus-Christ semble moins que le Père. C'est contre cette mythologie savante — qui ressemble tantôt au polythéisme, tantôt aux émanations gnostiques — que le modalisme proteste : revenons à la simplicité de la foi, un seul Dieu, et Jésus qui est ce Dieu.[14]

« De peur qu'ils ne semblent affirmer deux dieux, ou, à l'inverse, nier la divinité du Sauveur. » — Origène, Commentaire sur Tite, fragment II[15]

Origène lui-même, pourtant adversaire des modalistes, comprend le dilemme des gardiens de la foi de Rome : accueillir d'abord les formules simples de Sabellius, c'était refuser de dire deux dieux et refuser de nier que Jésus est Dieu. Le modalisme est né d'une bonne intention théologique — protéger l'unité de Dieu — poussée jusqu'à nier la Trinité.[16]

Des chrétiens qui confondaient déjà, avant Noet

L'idée n'est pas née un matin à Smyrne. Saint Justin, dès le milieu du IIe siècle, connaît des chrétiens qui enseignent l'identité du Père et du Fils (Première Apologie, 63 ; Dialogue avec Tryphon, 128). Chez Hermas, le Fils et le Saint-Esprit se confondent encore. Mais il était réservé à Noet et à son école de nier catégoriquement que l'unité de Dieu soit compatible avec une distinction de personnes.[17]

Noet de Smyrne : l'homme qui voulait glorifier le Christ

Moïse et Aaron : le prophète autoproclamé

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Vers l'an 200, à Smyrne en Asie Mineure, un certain Noet se met à enseigner que le Père et le Fils ne font qu'un — et qu'on peut donc dire que le Père a souffert. L'homme ne manque ni d'audace ni de mise en scène : il s'appelle lui-même Moïse, et son frère Aaron. Convoqué devant les presbytres de l'Église et accusé d'enseigner que le Père a souffert, il nie d'abord ; puis, ayant fait quelques disciples, il est interrogé de nouveau et expulsé de l'Église. Il meurt peu après, et on lui refuse la sépulture chrétienne.[18]

Hippolyte, qui nous raconte l'histoire, ne peut s'empêcher de railler : Noet serait un disciple d'Héraclite, le philosophe de l'union des contraires, puisqu'il enseigne un Dieu à la fois visible et invisible, passible et impassible. La moquerie est cruelle, mais elle vise juste sur un point : faire du Père invisible un Père visible et souffrant, c'est confondre ce que l'Écriture distingue.[19]

« Quel mal fais-je en glorifiant le Christ ? »

La réplique de Noet aux presbytres est restée célèbre — et elle montre que l'hérétique se croit l'ami du Christ contre des clercs frileux :

« Quel mal fais-je en glorifiant le Christ ? » — Noet de Smyrne, interrogé par les presbytres, d'après saint Hippolyte, Contre Noet, 1[20]

Et voici la réponse des presbytres — tout un programme : pas de philosophie, pas de système, mais la Tradition, la règle de foi reçue des Apôtres :

« Nous aussi, nous connaissons en vérité un seul Dieu ; nous connaissons le Christ ; nous savons que le Fils a souffert comme il a souffert, qu'il est mort comme il est mort, qu'il est ressuscité le troisième jour, qu'il est à la droite du Père, et qu'il viendra juger les vivants et les morts ; et ce que nous avons appris, nous l'annonçons. » — les presbytres de Smyrne, d'après saint Hippolyte, Contre Noet, 1[21]

La leçon est capitale : face à l'erreur, les presbytres ne réfutent pas Noet par un contre-système, mais par le Symbole des Apôtres, qui suffit. Le Credo et le Nouveau Testament rendent la distinction des personnes limpide, et les prières traditionnelles de l'Église sont sans ambiguïté.[22]

L'école gagne Rome : Épigone et Cléomène

Noet mort, son disciple Épigone porte la doctrine à Rome. Puis Cléomène, disciple d'Épigone, y fonde une école — avec l'approbation du pape Zéphyrin (199-217), puis de son successeur Calixte Ier. C'est de cette école romaine que sortira Sabellius.[23]

Praxeas : le trouble-fête de Rome et de Carthage

D'Asie à Rome, puis à Carthage avant 206-208

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Le premier modaliste qui visita Rome fut probablement Praxeas, venu d'Asie, qui gagna ensuite Carthage quelque temps avant 206-208. Praxeas n'était apparemment pas un véritable chef d'école : les arguments que Tertullien réfute quelques années plus tard dans son Contre Praxeas sont sans doute ceux des monarchiens romains eux-mêmes.[24]

Mais Praxeas avait déjà fait parler de lui à Rome pour un tout autre exploit. L'évêque de Rome venait de reconnaître les dons prophétiques de Montanus, Prisca et Maximilla — les montanistes de Phrygie — et leur avait accordé sa lettre de paix. Praxeas, par d'importunes accusations contre les prophètes et leurs Églises, et en invoquant l'autorité des prédécesseurs de l'évêque, le contraignit à rappeler sa lettre et à renoncer à reconnaître ces dons.[25]

Le double service rendu au diable

Tertullien, qui raconte la scène, porte sur Praxeas un jugement foudroyant, resté parmi les plus cités de toute la littérature patristique :

« Par cette manœuvre, Praxeas rendit à Rome un double service au diable : il chassa la prophétie et introduisit l'hérésie ; il mit en fuite le Paraclet et crucifia le Père. » — Tertullien, Contre Praxeas, 1[26]

La formule fait mouche parce qu'elle dit tout : le même homme qui a fait taire l'Esprit — le Paraclet des montanistes, que Tertullien, devenu lui-même montaniste, défendait — est celui qui fait mourir le Père sur la croix. Et Tertullien ajoute, non sans ironie, que l'ivraie de Praxeas sembla d'abord arrachée — Praxeas lui-même signa de sa propre main une rétractation — avant de repousser de plus belle, masquée un temps, puis éclatant au grand jour.[27]

Rome divisée : Zéphyrin, Calixte et Hippolyte

« Je connais un seul Dieu, Jésus-Christ » : le mot de Zéphyrin

À Rome, la crise devient une affaire de palais. Le pape Zéphyrin, que son adversaire Hippolyte dépeint comme un vieillard simple et sans lettres, finit par trancher en faveur des formules modalistes, à l'instigation de Calixte, alors son diacre et homme de confiance. Hippolyte lui prête cette déclaration :

« Je connais un seul Dieu, Jésus-Christ, et en dehors de lui aucun autre, qui est né et qui a souffert. » — le pape Zéphyrin, d'après saint Hippolyte, Réfutation de toutes les hérésies, IX[28]

Mais Hippolyte ajoute aussitôt — et c'est capital — que le vieux pape complétait sa phrase : « Ce n'est pas le Père qui est mort, mais le Fils. » Le rapporteur est un adversaire déclaré, et il faut lire son témoignage avec cette réserve ; mais on comprend pourquoi un pape gardien de la foi pouvait regarder d'un œil favorable les affirmations simples de Sabellius contre les spéculations qui semblaient faire deux dieux.[29]

Calixte lui-même, devenu pape (217-222), reprochait à Hippolyte, non sans raison, d'enseigner deux dieux — preuve que le débat n'opposait pas des cyniques à des saints, mais deux angoisses contraires : l'unité ou la distinction.[30]

Calixte excommunie Sabellius — et Hippolyte accuse Calixte

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Sabellius était vite devenu le chef des monarchiens de Rome, peut-être avant même la mort de Zéphyrin (vers 218). Hippolyte espéra le convertir à ses propres vues, et attribua son échec à l'influence de Calixte. Pourtant Calixte, devenu pape, excommunia Sabellius vers 220 — « par crainte de moi », précise Hippolyte avec son habituel manque de modestie.[31]

Loin de se satisfaire de cette condamnation, Hippolyte accuse Calixte d'avoir inventé à son tour une hérésie nouvelle, combinant les vues de Théodote — le monarchien dynamiste qui faisait du Christ un homme adopté — et celles de Sabellius, tout en excommuniant les deux. L'accusation en dit long sur la confusion romaine : pendant quelques années, Rome excommunie, protège, condamne et soupçonne tour à tour, et les deux partis se renvoient l'anathème.[32]

Sabellius, lui, était apparemment toujours à Rome quand Hippolyte rédigeait sa Réfutation (entre 230 et 235). De sa vie antérieure et postérieure, on ne sait rien de certain — ni même sa patrie : saint Basile et d'autres en font un Libyen de la Pentapole, mais cette affirmation semble reposer sur le seul fait que la Pentapole fut trouvée, vers 260, pleine de sabellianisme par Denys d'Alexandrie.[33]

Sabellius : l'apogée du système

Le Père-silence qui parle comme Fils

Avec Sabellius, le modalisme cesse d'être une protestation de simples pour devenir un système. Selon Épiphane, il puisait ses vues dans l'Évangile selon les Égyptiens, apocryphe dont les fragments confirment cette filiation. Et voici, transmise par saint Athanase, sa formule la plus élaborée : le Père est le Fils et le Fils est le Père — une seule hypostase, deux en nom.[34]

« Comme il y a diversité de dons, mais un seul Esprit, ainsi le Père est le même, mais il se développe en Fils et en Esprit. » — Sabellius, d'après saint Athanase, Discours contre les ariens, IV, 25[35]

Le Père serait la Monade silencieuse et inactive, qui parle, crée et agit comme Fils — puis se retire. On retrouve ici, curieusement, le schéma des Apologistes sur le Verbe intérieur puis proféré : toute la différence tiendrait à ce que Sabellius maintient l'unité d'hypostase après l'émission du Verbe comme Fils, là où ses adversaires la datent d'avant la création.[36]

Théodoret rapporte que Sabellius parlait d'une seule hypostase et de trois prosôpa — trois visages ou personnages ; saint Basile note qu'il admettait volontiers trois prosôpa en une seule hypostase. En mots, c'est presque la future formule de Tertullien — trois personnes, une substance — mais Sabellius entendait par là trois modes d'une seule personne, non trois personnes réelles.[37]

Le dossier complet du personnage — sa doctrine du Père qui se dilate puis se contracte, sa postérité orientale, sa condamnation définitive — est traité dans l'article dédié : le sabellianisme.

La réponse catholique : l'Écriture distingue, Tertullien nomme

Quand Jésus prie, envoie et est envoyé

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Avant les traités savants, il y a le texte — et le texte distingue sans relâche. Au baptême du Christ, le Fils sort de l'eau, l'Esprit descend comme une colombe, et la voix du Père se fait entendre du ciel : trois acteurs ensemble, dans une seule scène (Mt 3, 16-17). Sur la croix, Jésus ne s'abandonne pas lui-même : il crie « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné ? » (Mt 27, 46) — celui qui parle n'est pas celui à qui il parle.[38]

Tertullien accumule les preuves d'Écriture avec une méthode implacable. Son argument-roi vient de saint Paul : « lorsqu'il aura remis la royauté à Dieu le Père... alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses » (1 Co 15, 24-28). Celui qui remet le royaume et celui à qui il est remis, celui qui soumet et celui à qui tout est soumis, sont nécessairement deux personnes réellement distinctes.[39]

« D'après ce seul passage de l'épître de l'Apôtre inspiré, nous avons déjà pu montrer que le Père et le Fils sont deux personnes : non seulement parce qu'ils sont nommés séparément, Père et Fils, mais parce que celui qui remet le royaume et celui à qui il est remis sont nécessairement deux. » — Tertullien, Contre Praxeas, 4[40]

Et si le nombre de la Trinité scandalise, que faire du pluriel de la Genèse — « Faisons l'homme à notre image » (Gn 1, 26) ? Un être absolument seul et singulier aurait dit : fais, mon image, ma ressemblance. Le pluriel divin annonce la pluralité des personnes dans l'unité simple.[41]

La règle de foi : ce que l'Église croyait avant Praxeas

Le coup décisif de Tertullien n'est pas une subtilité, c'est une antériorité. Voici la règle de foi descendue jusqu'à nous « depuis le commencement de l'Évangile, avant même aucun des anciens hérétiques, et bien plus avant Praxeas, imposteur d'hier » :

« Nous croyons qu'il n'y a qu'un seul Dieu, avec cette économie : ce seul Dieu a aussi un Fils, son Verbe, procédant de lui-même, par qui tout a été fait et sans qui rien n'a été fait ; nous croyons qu'il a été envoyé par le Père dans la Vierge, qu'il en est né — à la fois homme et Dieu, Fils de l'homme et Fils de Dieu —, qu'il a souffert, qu'il est mort et a été enseveli selon les Écritures, ressuscité par le Père, remonté au ciel, assis à la droite du Père, et qu'il viendra juger les vivants et les morts ; lui qui a envoyé du ciel, d'auprès du Père, selon sa promesse, le Saint-Esprit Paraclet, sanctificateur de la foi de ceux qui croient au Père, au Fils et au Saint-Esprit. » — Tertullien, Contre Praxeas, 2[42]

Et Tertullien énonce le principe qui vaut contre toutes les hérésies : « ce qui est premier est vrai, ce qui est postérieur est faux » — la nouveauté même de Praxeas le condamne.[43]

Tertullien invente le vocabulaire : économie, Trinité, personne, substance

Infographie originale Ignispedia créée par IA

C'est dans ce traité, écrit vers 213 — peu après son adhésion au mouvement de la Nouvelle Prophétie[44] — que Tertullien fixe pour des siècles le vocabulaire latin de la foi trinitaire : trinitas, persona, substantia, œconomia. L'économie — l'administration intérieure du mystère — permet de tenir ensemble les deux vérités : l'unité de substance et la distinction des personnes. Les personnes sont distinctes, non séparées : distinction sans division.[45]

Le mot savant d'économie que les simples ne comprenaient pas est devenu le mot de tous les catéchismes : un seul Dieu, trois personnes. Le Catéchisme de l'Église catholique le redit aujourd'hui dans les mêmes termes : les personnes divines sont réellement distinctes entre elles, sans diviser l'unité divine — « Dieu est unique, mais non pas solitaire »[46].

Novatien, Denys, Origène : toute l'Église répond

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Tertullien n'est pas seul. Novatien, à Rome vers 250, écrit son De Trinitate contre ceux qui disent que le Fils est le Père[47]. Origène combat le monarchianisme dans toute son œuvre. Et vers 260, l'affaire rebondit à Alexandrie : l'évêque Denys d'Alexandrie, en réfutant les sabelliens de la Pentapole, s'exprime avec maladresse sur le Logos et sa relation au Père — au point d'être accusé à Rome de faire du Fils une créature.[48]

Le pape Denys (259-268) réunit alors un synode à Rome vers 260 et écrit à Alexandrie une lettre qui condamne les deux erreurs d'un seul geste : enseigner que le Fils est une créature est une impiété égale, quoique contraire, à celle de Sabellius. L'évêque d'Alexandrie se justifie dans une Réfutation et Apologie en quatre livres, et le pape le déclare lavé de tout soupçon.[49]

La leçon romaine est lumineuse : l'Église refuse symétriquement les deux idolâtries — diviser Dieu en deux dieux, ou confondre les personnes en une seule. C'est la même balance que tiendra Nicée un siècle plus tard.[50]

La condamnation : de Rome à Constantinople

Deux siècles de verrous : la chronologie d'une extinction

DateLieu et actePortée
Vers 200Smyrne : Noet expulsé par les presbytresL'erreur est nommée et chassée dès sa naissance
Vers 213Carthage : Tertullien écrit Contre PraxeasLe vocabulaire catholique est fixé pour toujours
Vers 218-220Rome : le pape Calixte Ier excommunie SabelliusLe chef romain est retranché de la communion
Vers 230-235Rome : Hippolyte achève sa RéfutationLe dossier d'accusation est instruit par écrit
Années 240Bostra : Origène convainc l'évêque Bérylle, qui niait la préexistence distincte du SauveurUn épiscopat modalisant rentre dans l'unité[51]
Vers 260Rome : le pape Denys réunit un synode et écrit à AlexandrieSabellius condamné avec l'erreur inverse[52]
381Constantinople I, canon 1 : anathème aux sabelliens ; canon 7 : ils doivent être rebaptisésLe concile œcuménique clôt le dossier[53]
Cuve du baptistère néonien, Ravenne, état actuel : illustration du lieu baptismal. Photo © José Luiz Bernardes Ribeiro, 2016, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, sans modification.

Le canon 7 est sans appel : les sabelliens, « qui enseignent l'identité du Père et du Fils », ne sont pas reçus par simple onction comme les ariens ou les macédoniens — ils doivent recevoir le baptême, comme s'ils n'étaient jamais entrés dans l'Église. C'est dire combien l'erreur touche au fondement même : on ne baptise pas deux fois un chrétien, mais on baptise pour la première fois celui dont le baptême ignorait la Trinité.[54]

Bérylle de Bostra : l'évêque convaincu par Origène

Dans les années 240, l'évêque Bérylle de Bostra, en Arabie, enseigne que le Sauveur n'a aucune préexistence propre avant l'Incarnation et aucune divinité à lui : c'est la divinité du Père qui aurait habité en lui. Convoqué en synode, il est convaincu de son erreur par Origène au cours de la dispute — et Eusèbe de Césarée affirme connaître encore de son temps le procès-verbal de la discussion.[55]

L'épisode montre deux choses : que le modalisme pouvait séduire jusqu'à un évêque en charge, et que l'Église préférait convaincre que retrancher quand le pasteur restait de bonne foi.

Les suites : des braises qui couvent jusqu'au IVe siècle

Le sabellianisme ne meurt pas avec Sabellius. Au IVe siècle, les ariens et semi-ariens affectent d'en avoir grand-peur — et l'alliance du pape Jules avec Marcel d'Ancyre donne quelque couleur à l'accusation portée contre les formules nicéennes d'ouvrir la voie au sabellianisme.[56]

Quelques noms jalonnent cette postérité :

  • Marcel d'Ancyre développe un monarchianisme à lui, que son disciple Photinus pousse bien plus loin — tous deux anathématisés nommément par Constantinople I aux côtés des sabelliens[57].
  • Priscillien, en Espagne au IVe siècle, professe un monarchianisme extrême ; on lui attribue même les Prologues monarchiens aux Évangiles que portent la plupart des vieux manuscrits de la Vulgate[58].
  • Les Pères du IVe siècle — comme saint Grégoire de Nysse dans son Contre Sabellius — visent une forme plus développée que celle connue d'Hippolyte : la consommation de la création consisterait dans le retour du Logos dans le Père, si bien que l'unité originelle, compromise pour un temps, ne serait restaurée qu'à la fin — « afin que Dieu soit tout en tous »[59].

Le retour moderne : les pentecôtistes unitaires

L'histoire aurait pu s'arrêter en 381. Elle a recommencé en 1913. À la réunion de camp d'Arroyo Seco, en Californie, le prédicateur canadien R. E. McAlister relève un écart : le Christ ordonne de baptiser « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19), mais les Apôtres, dans les Actes, baptisent « au nom de Jésus-Christ » (Ac 2, 38). Conclusion tirée par ses auditeurs : la formule trinitaire serait inexacte, il faut baptiser au seul nom de Jésus — et derrière la formule, c'est toute la Trinité qui est récusée : Jésus seul serait Dieu, Père, Fils et Esprit à la fois.[60]

Le mouvement — qu'on appelle Oneness Pentecostalism, pentecôtisme unitaire — provoque dès 1916 la scission des Assemblées de Dieu, puis s'organise : en 1945, la fusion de deux groupes unitaires donne naissance à l'United Pentecostal Church International, qui fait du baptême au seul nom de Jésus une condition du salut.[61]

Le dossier est instructif : dix-sept siècles après Noet, la même mécanique produit la même erreur — partir des textes baptismaux des Actes, isolés du commandement du Christ en Matthieu, pour dissoudre les personnes dans un Dieu solitaire. L'Église répond aujourd'hui comme en 381 : le canon 7 n'a pas vieilli.[62]

Notons-le au passage : d'autres doctrines modernes effleurent le modalisme sans l'épouser — ainsi Emmanuel Swedenborg, dont le dossier est traité à part : Emmanuel Swedenborg.

Ce que le modalisme nous apprend aujourd'hui

Le modalisme est une hérésie à double visage, et c'est pourquoi elle revient toujours. D'un côté, elle défend deux vérités non négociables : Dieu est un, et Jésus est Dieu. Quiconque les oublie pour mieux réfuter Sabellius tombe dans l'erreur inverse — un Fils diminué, un Dieu partagé, un arianisme larvé. De l'autre, elle sacrifie la troisième vérité, sans laquelle les deux premières s'effondrent : les personnes sont réellement distinctes.[63]

La foi catholique tient les trois ensemble, dans la formule que Tertullien a forgée contre Praxeas et que le Catéchisme répète : un seul Dieu, trois personnes réellement distinctes, égales et inséparables. Ni trois dieux, ni trois masques — « Dieu est unique, mais non pas solitaire »[64].

« Nous croyons qu'il n'y a qu'un seul Dieu... qui a aussi un Fils, son Verbe... et le Saint-Esprit Paraclet. » — Tertullien, Contre Praxeas, 2[65]

Pour aller plus loin

  • Le sabellianisme — le système achevé de Sabellius : le Père qui se dilate en Fils et en Esprit
  • Les hérésies des premiers siècles — le panorama : du gnosticisme au docétisme, du marcionisme à l'arianisme
  • La crise nestorienne et La crise monophysite — quand l'Église dut défendre l'unité puis la dualité des natures
  • L'adoptianisme — l'autre monarchianisme : le Christ-homme simple adopté de Dieu
  • Le montanisme — le mouvement prophétique que Praxeas fit taire à Rome
  • John Chapman, Catholic Encyclopedia (1913), Monarchians — texte intégral sur newadvent.org
  • Tertullien, Contre Praxeas — texte intégral anglais (trad. Holmes) sur newadvent.org/fathers
  • Hefele, Histoire des conciles, t. I — Rome, Alexandrie, Constantinople

Notes et références

  1. John Chapman, Catholic Encyclopedia (1913), « Monarchians », vol. 10 (newadvent.org/cathen/10448a.htm) : les monarchiens proprement dits (modalistes) exagèrent l'unité du Père et du Fils jusqu'à n'en faire qu'une seule personne ; les distinctions de la Sainte Trinité sont alors des énergies ou des modes, non des personnes.

    1
  2. J. Chapman, ibid. : en Occident on les appelait patripassiens, en Orient on les appelle d'ordinaire sabelliens.

    2
  3. J. Chapman, ibid. : nos principales autorités originales sur le premier monarchianisme de type modaliste sont Tertullien (Adversus Praxean) et Hippolyte (Contra Noetum, fragment, et Philosophumena).

    3
  4. J. Chapman, ibid. : Dieu le Père apparaît sur terre comme Fils ; les modalistes semblent donc faire souffrir et mourir le Père, aux yeux de leurs adversaires.

    4
  5. J. Chapman, ibid. : Tertullien, en les combattant, reconnaît que les simples étaient contre lui — incapables de comprendre le mot magique d'œconomia, ils déclaraient qu'il enseignait deux ou trois dieux et criaient « Monarchiam tenemus ».

    5 6
  6. J. Chapman, ibid. : les monarchiens déclaraient avec emphase que Dieu est un, entièrement et parfaitement un, et que Jésus-Christ est Dieu, entièrement et parfaitement Dieu — c'était juste, et même tout à fait nécessaire.

    7
  7. J. Chapman, ibid. : une fois le système monarchien mis en langage philosophique, on le vit n'être plus le vieux christianisme ; on usa du ridicule — si le Père et le Fils sont vraiment identifiés, nulle dénégation ne peut empêcher la conclusion que le Père a souffert, est mort, et siège à sa propre droite.

    8
  8. J. Chapman, ibid. : le mot Monarchiani fut d'abord employé par Tertullien comme sobriquet du groupe patripassien (Adv. Prax., 10).

    9
  9. Catéchisme de l'Église catholique, § 254 (vatican.va) : les personnes divines sont réellement distinctes entre elles : « Dieu est unique mais non pas solitaire » (Fides Damasi : DS 71).

    10 46 64
  10. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 464-469 (vatican.va) : l'unique personne du Verbe, vrai Dieu et vrai homme.

    11
  11. Symbole des Apôtres : « est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ».

    12
  12. J. Chapman, ibid. : on disait que Dieu de toute éternité était seul avec son Verbe, un avec lui comme Raison (logos endiathetos), avant que le Verbe fût proféré (logos prophorikos), engendré et devenu Fils en vue de la création ; les Alexandrins seuls insistaient à bon droit sur la génération du Fils de toute éternité.

    13
  13. J. Chapman, ibid. : le monarchianisme était la protestation contre ce philosophisme savant, qui aux yeux de la simplicité des fidèles ressemblait trop à une mythologie ou à un émanationnisme gnostique.

    14
  14. J. Chapman, ibid., citant Origène, Commentaire sur Tite, frag. II : « ne videantur deos dicere, neque rursum negare salvatoris deitatem » — de peur qu'ils ne semblent affirmer deux dieux, ou, à l'inverse, nier la divinité du Sauveur.

    15
  15. J. Chapman, ibid. : il est également compréhensible que les gardiens de la foi aient d'abord accueilli favorablement ce retour des monarchiens à la simplicité de la foi.

    16
  16. J. Chapman, ibid. : déjà saint Justin connaissait des chrétiens qui enseignaient l'identité du Père et du Fils (Apol., I, 63 ; Dialogue, 128) ; chez Hermas, comme chez Théodote, le Fils et le Saint-Esprit sont confondus.

    17
  17. J. Chapman, ibid. : Noet de Smyrne — Épiphane, par lapsus, dit d'Éphèse — s'appelait lui-même Moïse et son frère Aaron ; accusé devant le presbytérat d'enseigner que le Père a souffert, il nia ; puis, ayant fait quelques disciples, il fut interrogé de nouveau et expulsé de l'Église ; il mourut peu après et ne reçut pas de sépulture chrétienne.

    18
  18. J. Chapman, ibid. : Hippolyte déclare en se moquant qu'il était un disciple d'Héraclite, à cause de l'union des contraires qu'il enseignait en appelant Dieu à la fois visible et invisible, passible et impassible.

    19
  19. J. Chapman, ibid., citant saint Hippolyte, Contre Noet, 1 : « What harm am I doing in glorifying Christ? » — Quel mal fais-je en glorifiant le Christ ?

    20
  20. J. Chapman, ibid., citant saint Hippolyte, Contre Noet, 1 : « We too know in truth one God; we know Christ; we know that the Son suffered even as He suffered, and died even as He died, and rose again on the third day, and is at the right hand of the Father, and cometh to judge the living and the dead; and what we have learned we declare. »

    21
  21. J. Chapman, ibid. : c'est ainsi qu'ils réfutèrent Noet par la Tradition — le Symbole des Apôtres suffit ; car le Credo et le Nouveau Testament rendent la distinction des personnes claire, et les formules et prières traditionnelles étaient également sans équivoque.

    22
  22. J. Chapman, ibid. : son élève Épigone vint à Rome ; Cléomène, disciple d'Épigone, fut autorisé par le pape Zéphyrin à établir une école, qui fleurit sous son approbation et celle de Calixte ; et Sabellius ne tarda pas à devenir le chef des monarchiens de Rome.

    23
  23. J. Chapman, ibid. : le premier à visiter Rome fut probablement Praxeas, qui gagna ensuite Carthage quelque temps avant 206-208 ; mais il n'était apparemment pas en réalité un hérésiarque, et les arguments réfutés par Tertullien un peu plus tard dans son Adversus Praxean sont sans doute ceux des monarchiens romains.

    24
  24. Tertullien, Contre Praxeas, 1 (trad. Holmes, newadvent.org/fathers/0317.htm) : Praxeas, par d'importunes accusations contre les prophètes montanistes et leurs Églises, contraignit l'évêque de Rome à rappeler sa lettre de paix ; « he drove away prophecy, and he brought in heresy; he put to flight the Paraclete, and he crucified the Father » — il chassa la prophétie et introduisit l'hérésie ; il mit en fuite le Paraclet et crucifia le Père.

    25 26
  25. Tertullien, ibid. : l'ivraie de Praxeas sembla arrachée — Praxeas signa de sa propre main sa rétractation — mais la semence, cachée un temps sous un masque, éclata ensuite d'une vie nouvelle.

    27
  26. J. Chapman, ibid., citant saint Hippolyte, Réfutation, IX : le pape Zéphyrin déclara, à l'instigation de Calixte, « I know one God Christ Jesus, and besides Him no other Who was born and Who suffered » — Je connais un seul Dieu, Jésus-Christ, et en dehors de lui aucun autre, qui est né et qui a souffert.

    28
  27. J. Chapman, ibid. : Hippolyte ajoute que le pape complétait sa phrase — « Not the Father died, but the Son » — et précise que le rapporteur est un adversaire sans sympathie ; on voit pourquoi le vieux pape regardait d'un œil favorable les affirmations simples de Sabellius.

    29
  28. J. Chapman, ibid. : ainsi Calixte reprochait à Hippolyte, non sans raison, d'enseigner deux dieux.

    30
  29. J. Chapman, ibid. : Sabellius devint vite le chef des monarchiens de Rome, peut-être avant même la mort de Zéphyrin (vers 218) ; ce pape, toutefois, excommunia Sabellius vers 220 — « me craignant », dit Hippolyte.

    31
  30. J. Chapman, ibid. : Hippolyte accuse Calixte d'avoir inventé une hérésie nouvelle en combinant les vues de Théodote et celles de Sabellius, bien qu'il les eût excommuniés tous deux.

    32
  31. J. Chapman, ibid. : Sabellius était apparemment toujours à Rome quand Hippolyte écrivit sa Réfutation (entre 230 et 235) ; de son histoire antérieure et postérieure, rien n'est connu ; saint Basile et d'autres en font un Libyen de la Pentapole, mais cela semble reposer sur le seul fait que Denys d'Alexandrie trouva la Pentapole pleine de sabellianisme, vers 260.

    33
  32. J. Chapman, ibid. : Sabellius — ou du moins ses disciples — amplifia peut-être considérablement le noétianisme originel ; saint Athanase rapporte qu'il disait que le Père est le Fils et le Fils le Père, un en hypostase, deux en nom (ainsi Épiphane).

    34
  33. J. Chapman, ibid., citant saint Athanase, Discours contre les ariens, IV, 25 : « As there are divisions of gifts, but the same Spirit, so the Father is the same, but is developed [platynetai] into Son and Spirit. »

    35
  34. J. Chapman, ibid. : le Père est la Monade, silencieuse et inactive en elle-même (siopon), qui parle, crée et agit comme Fils ; ici encore un parallèle avec l'enseignement des Apologistes sur le Verbe-Raison et le Verbe proféré.

    36
  35. J. Chapman, ibid. : Théodoret dit qu'il parlait d'une seule hypostase et de trois prosôpa, tandis que saint Basile dit qu'il admettait volontiers trois prosôpa en une seule hypostase — soit, en mots, exactement la célèbre formulation de Tertullien, sauf que Sabellius entendait trois modes d'une seule personne.

    37
  36. Évangile selon saint Matthieu, 3, 16-17 (le baptême : le Fils, l'Esprit, la voix du Père) ; 27, 46 (le cri de la croix).

    38
  37. Tertullien, Contre Praxeas, 4 (trad. Holmes, ibid.) : « Now, from this one passage of the epistle of the inspired apostle, we have been already able to show that the Father and the Son are two separate Persons... He who delivered up the kingdom, and He to whom it is delivered up... must necessarily be two different Beings. » — commentaire de 1 Co 15, 24-28.

    39 40
  38. Tertullien, Contre Praxeas, 12 (trad. Holmes, ibid.) : si le nombre de la Trinité offense, comment un Être absolument un pourrait-il dire au pluriel « Faisons l'homme à notre image » (Gn 1, 26) ?

    41
  39. Tertullien, Contre Praxeas, 2 (trad. Holmes, ibid.) : « We, however, as we indeed always have done... believe that there is one only God, but under the following dispensation, or oikonomia, as it is called, that this one only God has also a Son, His Word... » — la règle de foi reçue depuis le commencement de l'Évangile.

    42 65
  40. Tertullien, Contre Praxeas, 2 (trad. Holmes, ibid.) : « whatever is first is true, whereas that is spurious which is later in date » — ce qui est premier est vrai, ce qui est postérieur est faux.

    43
  41. Datation vers 213 : J. Quasten, Patrology, vol. II (1950), p. 284 — reprise par E. Evans (éd.), Tertullian's Treatise Against Praxeas (SPCK, 1948) et A. Souter (1920) ; le traité est postérieur à l'adhésion de Tertullien à la Nouvelle Prophétie.

    44
  42. J. Chapman, ibid. : c'est dans ce combat que Tertullien fixe le vocabulaire latin — trinitas, persona, substantia, œconomia — que toute la théologie postérieure reprendra ; cf. E. Evans, ibid.

    45
  43. J. Chapman, ibid. : Novatien (De Trinitate, 12) rapporte que Sabellius disait que le Fils est le Père.

    47
  44. J. Chapman (ibid.) et J. Chapman, Catholic Encyclopedia, « Pope St. Dionysius » (newadvent.org) : vers 260, Denys d'Alexandrie écrivit contre le sabellianisme sa lettre à Ammonius et Euphranor, où il s'exprima avec inexactitude sur le Logos et sa relation au Père.

    48
  45. J. Chapman, « Pope St. Dionysius », ibid. : accusé devant le pape Denys, l'Alexandrin fut cité à un synode tenu à Rome vers 260 ; le pape écrivit une lettre déclarant qu'enseigner que le Fils est une créature est une impiété égale, quoique contraire, à celle de Sabellius ; Denys d'Alexandrie répondit par une Réfutation et Apologie en quatre livres et fut déclaré lavé de tout soupçon.

    49 52
  46. Cf. J. Chapman, « Monarchians », ibid. : l'Église tint ainsi la balance entre les deux erreurs symétriques — faire du Fils un Dieu secondaire, ou confondre les personnes.

    50
  47. J. Chapman, « Monarchians », ibid., citant Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 33 : Bérylle, évêque de Bostra, enseignait que le Sauveur n'avait aucune préexistence propre avant l'Incarnation et aucune divinité à lui, mais que la divinité du Père habitait en lui ; Origène disputa avec lui en synode et le convainquit de son erreur ; le procès-verbal de la dispute était encore connu d'Eusèbe.

    51 55
  48. Ier concile de Constantinople (381), canon 1 (Schaff, Nicene and Post-Nicene Fathers) : anathème à toutes les hérésies, « en particulier celle des eunomiens, des ariens, des semi-ariens ou pneumatomaques, des sabelliens, des marcelliens, des photiniens et des apollinaristes ».

    53 57
  49. Ier concile de Constantinople (381), canon 7 (Schaff, ibid.) : les eunomiens, les montanistes et « les sabelliens, qui enseignent l'identité du Père et du Fils » doivent être baptisés à leur entrée dans l'Église — contrairement aux ariens et macédoniens, reçus par la seule onction.

    54
  50. J. Chapman, « Monarchians », ibid. : au IVe siècle, les ariens et semi-ariens affectaient d'avoir grand-peur du sabellianisme, et l'alliance du pape Jules et d'Athanase avec Marcel donna quelque couleur aux accusations contre les formules nicéennes.

    56
  51. J. Chapman, ibid. : Priscillien fut un monarchien extrême ; les Prologues monarchiens aux Évangiles des vieux manuscrits de la Vulgate sont attribués par von Dobschütz et P. Corssen à un auteur romain du temps de Calixte, mais ils sont presque certainement l'œuvre de Priscillien.

    58
  52. J. Chapman, ibid. : les Pères du IVe siècle — par ex. saint Grégoire de Nysse, Contre Sabellius — visent une forme plus développée : la consommation de la création consisterait dans le retour du Logos dans le Père, afin que Dieu soit tout en tous.

    59
  53. Watchman Fellowship, Oneness Pentecostalism Profile : la date fondatrice remonte à une réunion de réveil à Los Angeles le 15 avril 1913 — le prédicateur canadien R. E. McAlister y baptise au seul nom de Jésus ; lors du camp d'Arroyo Seco (avril 1913), son enseignement sur le baptême déclenche le mouvement unitaire.

    60
  54. English Wikipedia, « Oneness Pentecostalism » : en 1945, la fusion de la Pentecostal Church, Inc. et des Pentecostal Assemblies of Jesus Christ donne naissance à l'United Pentecostal Church International.

    61
  55. Le baptême « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19) contre les baptêmes « au nom de Jésus-Christ » (Ac 2, 38) lus isolément : la réponse catholique tient les deux ensemble — cf. canon 7 de Constantinople, ci-dessus.

    62
  56. J. Chapman, « Monarchians », ibid. : les théologiens défendaient la doctrine du Logos aux dépens des deux doctrines fondamentales — l'unité de Dieu et la divinité du Christ ; le monarchianisme fut la protestation — juste sur ces deux points, fausse sur la distinction des personnes.

    63