Moïse est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le libérateur d'Israël et le médiateur de l'Alliance : l'homme par qui Dieu fait sortir son peuple d'Égypte, lui donne sa Loi au Sinaï et le conduit jusqu'au seuil de la Terre promise. Quatre des cinq livres du Pentateuque racontent son histoire, et aucune figure de l'Ancien Testament n'est citée aussi souvent dans le Nouveau : le Christ lui-même se réclame de ses écrits, et l'Église le tient pour une personne réelle, prophète incomparable que Dieu rencontrait face à face.
Son nom traverse toute la Bible, de l'Exode à l'Apocalypse, et déborde largement : législateur pour le judaïsme, prophète majeur du Coran sous le nom de Moussa, statue colossale de Michel-Ange, héros de cinéma, Moïse appartient à la mémoire commune de l'humanité. L'article présente d'abord le récit tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.
Moïse dans le canon des Écritures
Quatre livres sur cinq du Pentateuque
Le récit de Moïse occupe l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome, soit quatre des cinq livres du Pentateuque, lui-même ouverture de tout l'Ancien Testament chrétien[1]. Seule la Genèse le précède, et elle le prépare : elle s'achève sur la descente en Égypte de la famille de Jacob grâce à Joseph, et l'Exode s'ouvre sur l'asservissement de ses descendants[2]. La couture est explicite : le livre commence par les noms des fils de Jacob « venus en Égypte avec Jacob » (Ex 1, 1-5), et Dieu se présente à Moïse comme « le Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob » (Ex 3, 6)[3].
En hébreu, ces livres portent les noms de leurs premiers mots : Shemot (« Noms ») pour l'Exode, Vayikra (« Il appela ») pour le Lévitique, Bemidbar (« Dans le désert ») pour les Nombres, Devarim (« Paroles ») pour le Deutéronome. Le grec de la Septante leur a donné des titres descriptifs passés dans l'usage chrétien : Exodos (« sortie »), Leuitikon (« relatif aux lévites »), Arithmoi (« nombres », d'après les deux recensements de Nb 1 et Nb 26), Deuteronomion (« seconde loi », d'après Dt 17, 18)[4]. Chaque titre dit déjà une étape : la sortie, le sacerdoce, la marche, le testament.
Le plan d'ensemble est limpide. L'Exode raconte l'oppression, la vocation de Moïse, les plaies d'Égypte, la Pâque, le passage de la mer, le don de la Loi au Sinaï et la construction de la Demeure. Le Lévitique donne les lois du culte et de la sainteté, confiées aux prêtres fils d'Aaron. Les Nombres suivent la marche au désert pendant près de quarante ans, avec ses révoltes et ses jugements. Le Deutéronome rassemble les grands discours d'adieu de Moïse dans les plaines de Moab, puis le récit de sa mort[5]. Un seul homme tient ces quatre livres ensemble, du premier verset de l'Exode au dernier du Deutéronome.
Les autres mentions de Moïse dans la Bible
Moïse n'est pas cantonné au Pentateuque : plus de trente livres bibliques le nomment ou supposent son œuvre, ce qui interdit de traiter l'Exode comme une pièce rapportée tardive. Le tableau ci-dessous rassemble les principales mentions hors Pentateuque.
| Livre biblique | Passage | Ce que le texte apporte sur Moïse |
|---|---|---|
| Josué | Jos 1, 7-8 ; Jos 8, 31-34 | Josué succède à Moïse et applique « la loi de Moïse » à la lettre |
| Juges | Jg 11, 26 | Jephté compte 300 ans depuis la conquête : repère de la chronologie reçue |
| 1 Rois | 1 R 6, 1 ; 1 R 8, 9 | 480 ans entre l'Exode et le Temple ; les tables de Moïse seules dans l'arche |
| 2 Rois | 2 R 18, 4 | Ézéchias brise le serpent d'airain devenu idole : l'objet de Nb 21 existait |
| 2 Chroniques | 2 Ch 34, 14 | Le « livre de la loi du Seigneur donnée par Moïse » retrouvé sous Josias |
| Néhémie | Ne 8 | Esdras lit publiquement « le livre de la loi de Moïse » devant tout le peuple |
| Psaumes | Ps 77 ; Ps 105-106 ; Ps 136 | La méditation d'Israël revient sans cesse à l'Exode et au don de la Loi |
| Isaïe | Is 63, 11-12 | « Où est celui qui fit monter de la mer le berger de son troupeau ? » |
| Michée | Mi 6, 4 | Dieu rappelle : « je t'ai fait monter d'Égypte » par Moïse, Aaron, Myriam |
| Malachie | Ml 3, 22 | Ultime consigne de l'Ancien Testament : « Souvenez-vous de la loi de Moïse » |
| Ben Sira | Si 45, 1-5 | Éloge de Moïse, « aimé de Dieu et des hommes », admis dans la nuée |
| Matthieu | Mt 17, 1-8 ; Mt 22, 24-32 | Transfiguration avec Élie ; le Dieu « d'Abraham, d'Isaac, de Jacob » des vivants |
| Marc | Mc 12, 26 | Jésus cite « le passage du Buisson » dans « le livre de Moïse » |
| Luc | Lc 16, 29-31 ; Lc 24, 27 | « Ils ont Moïse et les Prophètes » ; le Ressuscité explique « ce qui le concernait, en commençant par Moïse » |
| Jean | Jn 1, 17 ; Jn 3, 14 ; Jn 5, 45-47 | La Loi par Moïse, la grâce par Jésus ; le serpent élevé ; Moïse accusateur et témoin |
| Actes | Ac 3, 22-23 ; Ac 7, 20-44 | Pierre cite Dt 18 ; Étienne résume toute la vie de Moïse devant le Sanhédrin |
| Romains | Rm 5, 14 ; Rm 9-10 | La mort a régné « d'Adam à Moïse » ; le zèle et la Loi |
| 1 Corinthiens | 1 Co 10, 1-4 | Nos pères « baptisés en Moïse », abreuvés au rocher qui « était le Christ » |
| 2 Corinthiens | 2 Co 3, 7-18 | Le voile de Moïse et la gloire du ministère nouveau |
| 2 Timothée | 2 Tm 3, 8 | Jannès et Jambrès, les magiciens adversaires, nommés par la tradition juive |
| Hébreux | He 3, 1-6 ; He 11, 23-29 | Moïse serviteur dans la maison, le Christ fils ; la foi de Moïse |
| Jude | Jud 9 | L'archange Michel dispute au diable le corps de Moïse |
| Apocalypse | Ap 15, 3 | Les vainqueurs chantent « le cantique de Moïse et le cantique de l'Agneau » |
Deux traits frappent dans cette traversée. D'abord, les livres historiques, prophétiques et sapientiaux parlent de Moïse comme d'un législateur dont le livre existe et fait autorité : on le lit en public (Néhémie), on le retrouve dans le Temple (Josias), on le chante dans la prière (Psaumes). Ensuite, le Nouveau Testament fait de Moïse le témoin à charge et à décharge du Christ : témoin à charge contre les incrédules (Jn 5, 45), témoin à décharge pour les croyants (Lc 24, 27), et type vivant que l'épître aux Hébreux compare au Fils pour mieux marquer la supériorité du Fils[6].
Le récit biblique, étape par étape
L'enfant du Nil et le berger de Madian
Moïse naît en Égypte, de la tribu de Lévi : son père s'appelle Amram, sa mère Yokébed, son frère Aaron a trois ans de plus que lui et sa sœur Myriam veille au bord du fleuve[7]. Le Pharaon a ordonné de noyer tout garçon nouveau-né des Hébreux, car le peuple asservi devient trop nombreux à son gré[8]. Yokébed cache l'enfant trois mois, puis le dépose dans une corbeille de papyrus enduite de bitume parmi les roseaux du Nil. La fille du Pharaon se baigne, découvre l'enfant qui pleure, en a pitié, et Myriam, surgie à point, propose une nourrice hébreue : la mère elle-même, payée par la princesse pour allaiter son propre fils[9].
L'enfant grandit, est remis à la fille du Pharaon qui l'adopte et lui donne son nom : Moshé, expliqué par le texte comme « tiré des eaux » (Ex 2, 10)[10]. Étienne précisera devant le Sanhédrin qu'il « fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens » et qu'il était « puissant en paroles et en œuvres » (Ac 7, 22)[11]. À quarante ans, voyant un Égyptien frapper un Hébreu, il tue l'agresseur et l'enfouit dans le sable ; dénoncé dès le lendemain par deux Hébreux qui se querellent, il comprend que l'affaire est connue et fuit au pays de Madian[12].
Là commence la deuxième vie de Moïse : quarante ans de berger. Il épouse Séphora, fille de Jéthro, prêtre de Madian, qui lui donne deux fils, Guershom (« immigré que je suis en terre étrangère ») et Éliézer (« mon Dieu est venu à mon aide »)[13]. Le prince d'Égypte est devenu un inconnu gardant des troupeaux au pied de l'Horeb. C'est le rythme ternaire que retiendra toute la tradition : quarante ans en Égypte, quarante ans à Madian, quarante ans au désert avec Israël, pour une vie de cent vingt ans (Dt 34, 7)[14].
Le buisson ardent et le Nom révélé
Un jour, menant le troupeau au-delà du désert jusqu'à l'Horeb, « la montagne de Dieu », Moïse voit un buisson en feu qui ne se consume pas. Il s'approche, et la voix l'arrête :
« N'approche pas d'ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! »
Dieu se nomme « le Dieu de ton père, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob », et Moïse se voile la face[16]. Alors vient la mission : « J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte » (Ex 3, 7), « je suis descendu pour le délivrer » et le faire monter « vers un beau et vaste pays, vers un pays ruisselant de lait et de miel » (Ex 3, 8)[17]. Moïse objecte, se dérobe, demande des garanties : le long dialogue d'Ex 3 à 4 est l'école de sa prière, et le Catéchisme y verra l'une des figures primordiales de la prière dans la tradition juive et chrétienne[18].
À la question du nom à annoncer aux fils d'Israël, Dieu répond par la parole la plus dense de toute la Bible :
« Je suis qui je suis. Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : "Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est : JE-SUIS". »
- Dieu à Moïse, Livre de l'Exode 3, 14, traduction liturgique[19]
Le Nom en quatre lettres, YHWH, révélé ici dans son sens, fonde toute la théologie biblique de Dieu : l'Être même, fidèle et présent, qui se fait connaître en délivrant. Moïse reçoit aussi des signes pour accréditer sa mission (le bâton devenu serpent, la main lépreuse guérie, l'eau changée en sang) et un porte-parole : son frère Aaron, « qui parlera pour toi au peuple » pendant que Moïse sera pour lui comme un dieu (Ex 4, 14-16 ; Ex 7, 1)[20].
Les dix plaies et la Pâque
De retour en Égypte avec Aaron, Moïse demande au Pharaon de laisser partir le peuple trois jours au désert pour sacrifier au Seigneur. Le Pharaon refuse et durcit la corvée de briques : Israël murmure déjà contre ses libérateurs[21]. Commence alors le duel des prodiges, en dix actes, où chaque plaie frappe un dieu de l'Égypte et montre que le Seigneur seul commande à la nature.
| Plaie | Référence | Ce qu'elle frappe |
|---|---|---|
| L'eau changée en sang | Ex 7, 14-25 | Le Nil, dieu-fleuve de l'Égypte |
| Les grenouilles | Ex 8, 1-15 | La fécondité des marais divinisés |
| Les moustiques | Ex 8, 16-19 | Les magiciens avouent : « le doigt de Dieu » |
| Les taons | Ex 8, 20-32 | Première distinction : Goshèn épargnée |
| La peste du bétail | Ex 9, 1-7 | Les troupeaux, richesse sacrée |
| Les furoncles | Ex 9, 8-12 | Les magiciens eux-mêmes frappés, incapables de tenir debout |
| La grêle | Ex 9, 13-35 | Les récoltes de lin et d'orge |
| Les sauterelles | Ex 10, 1-20 | Ce que la grêle avait laissé |
| Les ténèbres | Ex 10, 21-29 | Râ, le dieu-soleil, éteint trois jours |
| La mort des premiers-nés | Ex 11-12 | Le fils du Pharaon, dieu vivant |
Les magiciens du Pharaon, que la tradition juive nomme Jannès et Jambrès et que Paul cite par leurs noms (2 Tm 3, 8), reproduisent les premiers signes puis s'avouent vaincus[22]. Le Pharaon, lui, s'obstine : son cœur « s'appesantit », et le texte tient ensemble la responsabilité de l'homme et le dessein de Dieu qui veut multiplier ses signes[23].
La dixième plaie est précédée d'un rite qui fondera le calendrier d'Israël : la Pâque. Chaque famille immole un agneau sans défaut, marque de son sang les montants et le linteau des portes, le mange à la hâte, ceints et chaussés, pendant que le Seigneur traverse l'Égypte[24]. « Grâce à la foi, il a fait célébrer la Pâque et appliquer du sang sur les portes, pour que l'Exterminateur des premiers-nés ne touche pas ceux d'Israël » (He 11, 28)[25]. Au milieu de la nuit, le cri s'élève dans toute l'Égypte, et le Pharaon renvoie Israël, qui part avec les richesses de ses voisins et des ossements de Joseph, emportés selon le serment d'autrefois (Ex 13, 19)[26].
La mer Rouge et le cantique
À peine partis, les Hébreux se retrouvent pris entre l'armée du Pharaon, qui regrette sa décision, et la mer. Ils murmurent contre Moïse, qui leur répond : « Le Seigneur combattra pour vous, et vous, vous resterez sans rien faire » (Ex 14, 14)[27]. Sur l'ordre de Dieu, Moïse étend la main sur la mer, qui se fend : les fils d'Israël marchent à pied sec entre deux murailles d'eau, puis la mer se referme sur les chars et les cavaliers[28]. L'épître aux Hébreux résume : « Grâce à la foi, ils passèrent à travers la mer Rouge comme sur une terre sèche, alors que les Égyptiens, essayant d'en faire autant, furent engloutis » (He 11, 29)[29].
Alors Moïse chante avec tout Israël le premier cantique de la Bible, qui se chante encore à la Vigile pascale :
« Je chanterai pour le Seigneur ! Éclatante est sa gloire : il a jeté dans la mer cheval et cavalier ! Ma force et mon chant, c'est le Seigneur : il est pour moi le salut. »
- Cantique de Moïse, Livre de l'Exode 15, 1-2, traduction liturgique[30]
Myriam, la sœur d'Aaron, prend le tambourin et entonne la reprise avec les femmes[31]. Paul lira dans ce passage une préfiguration du baptême : « tous, en Moïse, ils ont été baptisés dans la nuée et dans la mer » (1 Co 10, 2)[32].
Le Sinaï : l'Alliance et les Dix Paroles
Trois mois après la sortie d'Égypte, Israël campe « en face de la montagne » (Ex 19, 2). Moïse gravit le Sinaï et rapporte la proposition divine : « vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte » (Ex 19, 6)[33]. Le peuple accepte, se consacre trois jours, puis la montagne fume comme une fournaise au son du cor : Dieu descend dans le feu, et Moïse entre dans la nuée[34].
« Alors Dieu prononça toutes les paroles que voici : "Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage. Tu n'auras pas d'autres dieux en face de moi." »
- Prologue du Décalogue, Livre de l'Exode 20, 1-3, traduction liturgique[35]
Suivent les Dix Paroles : l'unicité de Dieu et l'interdit des idoles, le respect du Nom, le sabbat, l'honneur des parents, l'interdit du meurtre, de l'adultère, du vol, du faux témoignage et de la convoitise[36]. Puis Moïse reçoit le « code de l'Alliance » (Ex 20, 22 à 23, 33), remonte avec Aaron, ses fils et soixante-dix anciens qui « virent Dieu, puis ils mangèrent et burent » (Ex 24, 9-11), et scelle l'Alliance en aspergeant le peuple du sang des sacrifices : « Voici le sang de l'Alliance que le Seigneur a conclue avec vous » (Ex 24, 8)[37]. La lettre aux Hébreux y verra l'annonce du sang du Christ, médiateur d'une Alliance nouvelle (He 9, 18-22)[38].
Moïse demeure quarante jours et quarante nuits sur la montagne et reçoit les plans de la Demeure, l'arche, le chandelier, les vêtements sacerdotaux et l'onction d'Aaron comme grand prêtre[39]. Pendant ce temps, en bas, le peuple s'impatiente.
Le veau d'or et l'intercession
Ne voyant pas Moïse redescendre, le peuple demande à Aaron des dieux qui marchent devant lui. Aaron fait fondre les anneaux d'or et façonne un veau ; le peuple s'écrie : « Voici tes dieux, Israël, qui t'ont fait monter du pays d'Égypte » (Ex 32, 4)[40]. Dieu propose à Moïse de détruire ce peuple et de faire de lui seul une grande nation. Moïse refuse l'offre et plaide : que diraient les Égyptiens ? Souviens-toi d'Abraham, d'Isaac, de Jacob et du serment. « Et le Seigneur renonça au mal qu'il avait voulu faire à son peuple » (Ex 32, 14)[41].
Moïse descend, voit la fête idolâtre, brise les tables écrites du doigt de Dieu, réduit le veau en poudre, et fait exécuter le châtiment par les fils de Lévi[42]. Puis il remonte et prononce la parole la plus bouleversante de l'Ancien Testament :
« Hélas ! Ce peuple a commis un grand péché : ils se sont fait des dieux en or. Ah, si tu voulais enlever leur péché ! Ou alors, efface-moi de ton livre, celui que tu as écrit. »
Le Catéchisme commente : dans l'intimité du Dieu « lent à la colère et plein d'amour », Moïse a puisé la force de son intercession, et les arguments de sa prière « inspireront l'audace des grands priants du peuple juif comme de l'Église »[44]. Dieu pardonne et renouvelle l'Alliance : il proclame son Nom devant Moïse qui s'est caché dans le creux du rocher.
« LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d'amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu'à la millième génération. »
- Proclamation du Nom, Livre de l'Exode 34, 6-7, traduction liturgique[45]
Moïse taille de nouvelles tables, demeure de nouveau quarante jours sans pain ni eau, et redescend « ayant en mains les deux tables du Témoignage » sans savoir « que son visage rayonnait de lumière depuis qu'il avait parlé avec le Seigneur » (Ex 34, 29)[46]. Il devra mettre un voile sur son visage devant les fils d'Israël : Paul y verra l'image du voile qui ne se lève que dans le Christ (2 Co 3, 7-16)[47].
Quarante ans au désert : murmures, manne et serpent d'airain
Le reste des Nombres est l'histoire d'une marche qui aurait dû durer quelques semaines et qui dure quarante ans, à cause des révoltes. Le peuple murmure pour l'eau et la viande ; Dieu donne la manne, le pain du ciel, et les cailles, avec la loi du double ramassage avant le sabbat[48]. Jésus s'appuiera sur ce don pour annoncer le vrai pain du ciel : « Ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c'est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel » (Jn 6, 32)[49]. À Raphidim, Moïse frappe le rocher d'Horeb et l'eau jaillit ; Paul dira que « le rocher, c'était le Christ » (1 Co 10, 4)[50]. Pendant le combat contre Amalec, Israël l'emporte tant que Moïse garde les mains levées, soutenues par Aaron et Hour : première image de l'intercession persévérante[51].
Jéthro, beau-père de Moïse, lui apprend à déléguer le jugement à des chefs de milliers, de centaines et de dizaines[52]. L'Esprit qui repose sur Moïse est communiqué aux soixante-dix anciens réunis autour de la Tente : quand deux d'entre eux prophétisent dans le camp, Josué s'en indigne et Moïse répond : « Ah, si tout le peuple du Seigneur pouvait être prophète ! » (Nb 11, 29)[53]. Myriam et Aaron eux-mêmes murmurent contre l'autorité de leur frère ; Dieu le défend : « Il est à demeure dans ma maison, je lui parle bouche à bouche » (Nb 12, 7-8), et Myriam, frappée de lèpre, n'est guérie que par la prière de Moïse[54].
Le tournant vient avec les explorateurs : douze chefs envoyés reconnaître Canaan, dix reviennent effrayés, seuls Josué et Caleb gardent confiance. Le peuple veut retourner en Égypte ; Dieu décrète que cette génération n'entrera pas : quarante ans de marche, une année par jour d'exploration[55]. Coré, Datan et Abiram contestent ensuite le sacerdoce d'Aaron ; la terre s'ouvre sous leurs tentes[56]. À Meriba, Moïse, excédé, frappe deux fois le rocher au lieu de lui parler comme Dieu l'avait ordonné : l'eau coule, mais la sanction tombe, pour Moïse comme pour Aaron : ils verront la Terre sans y entrer[57].
Surviennent encore les serpents brûlants contre les murmures : Dieu ordonne à Moïse de dresser un serpent d'airain sur un étendard, et « quiconque le regardait restait en vie » (Nb 21, 8-9)[58]. Jésus en fera l'annonce de sa propre élévation : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé » (Jn 3, 14)[59]. Enfin le devin Balaam, engagé par Balac pour maudire Israël, ne peut que le bénir par trois fois et annonce « un astre issu de Jacob » (Nb 24, 17)[60].
Le testament du Deutéronome et la mort sur le Nébo
Dans les plaines de Moab, au seuil du Jourdain, Moïse prononce les longs discours du Deutéronome : rappel de l'histoire, seconde proclamation de la Loi, appel à l'amour exclusif du Seigneur. Le centre en est le Shema, la confession quotidienne d'Israël jusqu'à aujourd'hui :
« Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »
- Livre du Deutéronome 6, 4-5, traduction liturgique[61]
Jésus citera ce verset comme « le premier de tous les commandements » (Mc 12, 29-30)[62]. Moïse annonce aussi le prophète à venir : « C'est un prophète comme moi que le Seigneur ton Dieu suscitera » (Dt 18, 15), parole que Pierre appliquera au Christ le jour de la Pentecôte (Ac 3, 22)[63]. Il fait écrire la Loi, la confie aux prêtres avec l'ordre de la lire tous les sept ans devant tout le peuple assemblé (Dt 31, 9-13), puis transmet solennellement sa charge à Josué : « Sois fort et courageux » (Dt 31, 23)[64].
Moïse gravit alors le mont Nébo, d'où le Seigneur lui montre toute la Terre promise qu'il ne foulera pas. Il y meurt, âgé de cent vingt ans, « la vue non baissée, la vitalité non diminuée » (Dt 34, 7), et Dieu lui-même l'enterre dans la vallée de Moab : « aujourd'hui encore, personne ne sait où se trouve son tombeau » (Dt 34, 6)[65]. La lettre de Jude révèle que l'archange Michel disputa au diable le corps de Moïse (Jud 9)[66]. Le Pentateuque s'achève sur une épitaphe sans équivalent :
« Il ne s'est plus levé en Israël un prophète comme Moïse, lui que le Seigneur rencontrait face à face. Que de signes et de prodiges le Seigneur l'avait envoyé accomplir en Égypte ! Avec quelle main puissante, quel pouvoir redoutable, Moïse avait agi aux yeux de tout Israël ! »
- Épitaphe de Moïse, Livre du Deutéronome 34, 10-12, traduction liturgique[67]
- Vers 1526 av. J.-C.Naissance en Égypte
Fils d'Amram et de Yokébed, sauvé des eaux du Nil et adopté par la fille du Pharaon.
- Vers 1486 av. J.-C.Fuite à Madian
À quarante ans, après le meurtre de l'Égyptien, exil et vie de berger chez Jéthro.
- Vers 1446 av. J.-C.Buisson ardent et sortie d'Égypte
Vocation à l'Horeb, dix plaies, Pâque et passage de la mer : Moïse a quatre-vingts ans (Ex 7, 7).
- Vers 1446-1445 av. J.-C.Le Sinaï
Alliance, Dix Paroles, veau d'or et renouvellement : l'année de la Loi.
- Vers 1445-1406 av. J.-C.Quarante ans au désert
Marche, révoltes et jugements : la génération de l'Exode s'éteint, la suivante grandit.
- Vers 1406 av. J.-C.Mort sur le Nébo
Discours du Deutéronome, transmission à Josué, mort à cent vingt ans face à la Terre promise.
L'auteur du Pentateuque et la datation traditionnelle
Ce que tient la tradition juive et ecclésiale
La tradition juive, unanime dans le Talmud, attribue l'ensemble du Pentateuque à Moïse : « Moïse a écrit son livre », avec la section de Balaam et le livre de Job (Baba Batra 14b), seul le statut des huit derniers versets du Deutéronome, qui racontent sa mort, faisant débat entre les maîtres[68]. Les Pères reprennent cette attribution sans hésiter : pour eux, le « livre de Moïse » cité par le Christ (Mc 12, 26) comprend tout le Pentateuque, et l'auteur de l'Exode est le même homme qui a vécu les faits[69]. Le Nouveau Testament lui-même suppose cette paternité à chaque page : « c'est à mon sujet qu'il a écrit » (Jn 5, 46), « en commençant par Moïse » (Lc 24, 27)[70].
Le magistère moderne n'a jamais abandonné cette position. En 1906, la Commission Biblique Pontificale répond que les arguments des critiques ne renversent pas l'authenticité mosaïque substantielle du Pentateuque : l'usage de sources ou de secrétaires, et même des retouches postérieures, restent compatibles avec une œuvre substantiellement et intégralement mosaïque[71]. Léon XIII avait posé le principe dans Providentissimus Deus (1893) : l'inspiration s'étend à tout le texte sans erreur[72]. Pie XII, en ouvrant en 1943 l'étude des genres littéraires avec Divino Afflante Spiritu, n'a jamais retiré l'affirmation de fond[73]. Et Vatican II, dans Dei Verbum, confirme que les livres de l'Ancien Testament, « bien qu'ils contiennent des choses imparfaites et caduques », gardent une valeur impérissable comme préparation de l'Évangile[74].
Concrètement, cela situe la rédaction au XVe siècle av. J.-C. environ, au temps du désert, et fait de l'Exode le témoignage le plus proche des faits qu'il raconte, et non une reconstruction d'exilés imaginant leurs origines mille ans plus tard.
Les arguments internes du texte
Le Pentateuque porte lui-même plusieurs marques d'ancienneté que les partisans de la tradition relèvent avec insistance. La couleur égyptienne du récit de l'Exode est la première : noms égyptiens (Moïse lui-même, Phinéès, Putiphar), titres et institutions (surveillants, corvées de briques, magiciens lettrés), géographie du delta (Goshèn, Pithom et Ramsès d'Ex 1, 11, la mer des Roseaux)[75]. L'égyptologue James Hoffmeier a montré en détail que ce décor convient au IIe millénaire et à un auteur familier de l'Égypte, bien plus qu'à un scribe perse ou hellénistique[76].
Les institutions du désert en sont une seconde : le tabernacle démontable, l'arche portée sur des barres, l'organisation en camp autour de la Tente dessinent un sanctuaire de nomades, sans aucun trait du Temple de pierre postérieur[77]. Le style législatif en est une troisième : les traités d'alliance du Sinaï suivent la forme des traités hittites du IIe millénaire (prologue historique, stipulations, bénédictions et malédictions, témoins), et le code de l'Alliance comme le Deutéronome s'inscrivent dans un droit sémitique ancien, non dans la jurisprudence des empires tardifs[78]. Enfin les archaïsmes de langue de la poésie ancienne (cantique d'Ex 15, bénédiction de Dt 33) comptent parmi les passages les plus anciens de la Bible hébraïque, ce que reconnaissent même des exégètes peu suspects de traditionalisme[79].
Aucun de ces indices pris isolément ne « prouve » Moïse, et l'article n'a pas à le prétendre : ensemble, ils rendent l'hypothèse d'un témoin contemporain, rédigeant au désert avec des sources et des secrétaires, plus économique que celle d'une invention pure et simple mille ans après les faits[80].
La chronologie reçue : trois computations
La Bible donne elle-même les repères qui permettent de dater l'Exode, et la tradition les a combinés de trois manières principales, toutes internes à la lecture reçue.
| Computation | Repère scripturaire | Exode obtenu | Remarque |
|---|---|---|---|
| Computation longue | 1 R 6, 1 : 480 ans entre l'Exode et la 4e année de Salomon (vers 966) | 1446 av. J.-C. | La plus suivie par les chronologistes traditionnels ; cohérente avec Jg 11, 26 (300 ans) |
| Computation d'Ussher | Même base, calée sur sa chronologie universelle (Annales, 1650) | 1491 av. J.-C. | Repère classique du monde anglophone réformé |
| Datation ramesside | Ex 1, 11 (ville de Ramsès) et contexte du Nouvel Empire | XIIIe siècle | Défendue aussi par des catholiques : elle déplace l'Exode sous Ramsès II sans toucher à l'historicité |
Dans la computation longue, la plus couramment retenue ici, les chiffres s'enchaînent : sortie en 1446, quarante ans de désert, entrée en Canaan vers 1406, Moïse âgé de quatre-vingts ans à la sortie (Ex 7, 7) et de cent vingt ans à sa mort (Dt 34, 7), soit une naissance vers 1526[81]. Les 430 ans d'Ex 12, 40 se comptent depuis l'alliance abrahamique, comme l'explique Paul (Ga 3, 17), et les 400 ans d'affliction annoncés à Abraham (Gn 15, 13 ; Ac 7, 6) désignent la période d'oppression proprement dite[82]. La continuité avec la datation du voisin Abraham (vers 2000-1825) est exacte : quatre siècles séparent le patriarche du libérateur, comme le texte le suppose[83].
Les témoins anciens du récit
La Septante et les manuscrits de la mer Morte
Dès le IIIe siècle av. J.-C., le Pentateuque est traduit en grec à Alexandrie : la Septante donne à l'Exode son titre et fait entrer Moïse dans le monde hellénistique, où auteurs juifs et païens le discutent déjà[84]. La Lettre d'Aristée, document juif d'Égypte du IIe siècle, raconte la traduction par soixante-douze anciens : légende ou histoire, elle prouve que le texte de Moïse circulait comme un classique au temps des Ptolémées[85].
À Qumrân, les grottes ont livré des fragments de l'Exode et du Deutéronome en hébreu remontant aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., dont le texte est déjà stabilisé pour l'essentiel[86]. Le Document de Damas, règle de la communauté, mentionne les magiciens adversaires de Moïse sous des noms voisins de Jannès et Jambrès, preuve que ces traditions circulaient bien avant Paul[87]. Le papyrus Nash, avec le Décalogue et le Shema, et les phylactères du désert de Juda montrent la Loi de Moïse en usage quotidien[88].
Philon, Josèphe et même Manéthon
Philon d'Alexandrie (vers 20 av. J.-C. à 50 ap. J.-C.) consacre à Moïse une Vie de Moïse en deux livres, qui le présente au monde grec comme le philosophe-roi, législateur parfait et prophète : aucun païen cultivé du Ier siècle ne pouvait ignorer le personnage[89]. Flavius Josèphe (37 à vers 100) raconte longuement Moïse dans les livres II à IV de ses Antiquités judaïques, pour des lecteurs romains, et défend dans le Contre Apion le canon des vingt-deux livres juifs dont « cinq sont de Moïse »[90].
Le témoin le plus précieux est paradoxalement un ennemi : Manéthon, prêtre égyptien du IIIe siècle av. J.-C., qui écrivit en grec une histoire de l'Égypte où Moïse apparaît comme un prêtre d'Héliopolis chef des lépreux expulsés[91]. Josèphe cite longuement cette version pour la réfuter (Contre Apion I, 26-35) : hostile, déformée, mais décisive sur un point, car même l'adversaire païen situe Moïse dans la haute antiquité égyptienne et non dans une invention récente[92]. On ne polémique pas pendant des siècles contre un personnage inventé la veille.
Les Pères et la Vie de Moïse de Grégoire de Nysse
Les Pères lisent Moïse sans discontinuer, et presque toujours comme figure du Christ. Origène commente l'Exode en homélies, Augustin en traite dans la Cité de Dieu et les Questions sur l'Heptateuque, Jean Chrysostome y puise ses catéchèses[93]. Mais le chef-d'œuvre patristique sur le sujet est la Vie de Moïse de Grégoire de Nysse (vers 335 à 394) : après le récit littéral, l'évêque de Nysse déploie une lecture spirituelle où chaque étape, du buisson aux ténèbres lumineuses du Sinaï, devient un degré de la montée de l'âme vers Dieu[94]. Cette tradition de lecture, à la fois historique et mystique, restera le modèle catholique : le fait est reçu, le sens est déployé, jamais l'un contre l'autre.
Le judaïsme rabbinique fait de même à sa manière : Moïse y est Moshé Rabbénou, « Moïse notre maître », le plus grand des prophètes, celui à qui la Torah fut donnée lettre par lettre, et le Midrash brode chaque verset de l'Exode sans jamais douter du personnage[95].
La théologie de Moïse : prophète, médiateur, législateur
Le prophète que Dieu rencontre face à face
Le Deutéronome définit Moïse par une relation unique : « Dieu parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami » (Ex 33, 11), et « il ne s'est plus levé en Israël un prophète comme Moïse » (Dt 34, 10)[96]. Le Catéchisme voit dans cette prière le type de la prière contemplative : Moïse « s'entretient » souvent et longuement avec le Seigneur, gravit la montagne pour l'écouter, redescend vers le peuple pour le guider, car « Moïse était un homme très humble, l'homme le plus humble que la terre ait porté » (Nb 12, 3)[97].
Cette humilité est le secret de son autorité. Quand Myriam et Aaron contestent son rôle, Dieu lui-même prend sa défense et précise le régime de sa révélation : « Il est à demeure dans ma maison, je lui parle bouche à bouche, dans l'évidence » (Nb 12, 7-8)[98]. Aucun autre prophète ne reçoit ce statut : tous les autres voient en énigme, Moïse voit en clarté. C'est pourquoi le Deutéronome peut annoncer le prophète à venir en prenant Moïse comme mesure : « C'est un prophète comme moi que le Seigneur suscitera » (Dt 18, 15)[99].
Le médiateur et l'intercesseur
Entre Dieu et le peuple, Moïse occupe une place que le Catéchisme appelle la figure saisissante de la prière d'intercession, accomplie dans « l'unique Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus » (1 Tm 2, 5)[100]. Tout son ministère illustre cette médiation : il monte quand le peuple reste en bas, il redescend quand Dieu a parlé, il offre sa propre vie en échange du pardon (Ex 32, 32), il obtient l'eau du rocher et la guérison de Myriam par sa prière[101].
Cette intercession n'est pas une simple supplication : c'est un combat où Moïse oppose à Dieu ses propres promesses. Ses arguments, relève le Catéchisme, « inspireront l'audace des grands priants » : Dieu est amour, donc juste et fidèle ; il ne peut se contredire ; il doit se souvenir de ses merveilles ; sa gloire est en jeu ; il ne peut abandonner le peuple qui porte son Nom[102]. L'épître aux Hébreux tranche le rapport au Christ : Moïse fut « digne de confiance dans toute la maison de Dieu, comme serviteur », tandis que le Christ y est « comme Fils » (He 3, 5-6)[103]. Serviteur fidèle d'une maison qu'un autre possède en propre : la formule dit à la fois la grandeur et la limite.
Le législateur et le Nom révélé
Moïse n'est pas seulement celui qui délivre, il est celui qui donne la Loi : les Dix Paroles, le code de l'Alliance, les lois du culte, les règles de pureté, le droit civil et pénal d'Israël. Toute la vie juive, jusqu'à aujourd'hui, se règle sur « la loi de Moïse », lue en public depuis Esdras (Ne 8) jusqu'aux synagogues actuelles[104]. Jésus ne l'abolit pas : il déclare ne pas être venu abolir mais accomplir (Mt 5, 17), et il renvoie ses auditeurs à « Moïse et les Prophètes » comme à une autorité qui les jugera (Lc 16, 29-31 ; Jn 5, 45)[105].
Au sommet de cette Loi se tient la révélation du Nom : YHWH, « JE-SUIS », le Dieu qui est et qui se rend présent en délivrant[106]. La proclamation d'Ex 34, 6-7, « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère », deviendra le refrain de toute la prière d'Israël (Ps 86, 15 ; Ps 103, 8 ; Jl 2, 13 ; Jon 4, 2) : chaque fois qu'un prophète veut dire qui est Dieu, il cite Moïse[107].
L'accomplissement dans le Christ
Moïse annonce le Christ en chaque étape
Les Pères n'ont jamais lu l'Exode comme un simple récit national : chaque étape y annonce le Christ et l'Église. Le tableau ci-dessous rassemble les correspondances que le Nouveau Testament lui-même établit, complétées par la lecture constante des Pères.
| En Moïse (figure) | Dans le Christ (accomplissement) |
|---|---|
| L'enfant sauvé des eaux du Nil (Ex 2) | L'enfant sauvé d'Hérode et rappelé d'Égypte (Mt 2, 13-15 ; Os 11, 1) |
| L'agneau pascal et le sang des linteaux (Ex 12) | « Notre agneau pascal, c'est le Christ immolé » (1 Co 5, 7) |
| Le passage de la mer (Ex 14) | Le baptême : « en Moïse, baptisés dans la nuée et la mer » (1 Co 10, 2) |
| La manne au désert (Ex 16) | Le vrai pain du ciel, la chair du Fils (Jn 6, 32-51) |
| L'eau du rocher (Ex 17 ; Nb 20) | Le rocher « c'était le Christ » ; l'eau vive (1 Co 10, 4 ; Jn 7, 37-38) |
| Le serpent d'airain élevé (Nb 21) | Le Fils de l'homme élevé sur la croix (Jn 3, 14) |
| Le médiateur de l'Alliance au Sinaï (Ex 24) | Le médiateur d'une Alliance nouvelle en son sang (He 9, 15 ; Lc 22, 20) |
| Le prophète annoncé (Dt 18, 15) | Pierre l'applique à Jésus (Ac 3, 22-23) |
| Le cantique de la mer (Ex 15) | Le cantique de l'Agneau des vainqueurs (Ap 15, 3) |
Jésus lui-même revendique cette lecture : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est à mon sujet qu'il a écrit » (Jn 5, 46)[108]. Et le Ressuscité, marchant vers Emmaüs, explique à ses disciples « en commençant par Moïse et par tous les Prophètes, ce qui le concernait dans toutes les Écritures » (Lc 24, 27)[109]. Nul besoin d'ajouter : pour l'Église, Moïse est le premier évangéliste avant la lettre, parce que toute son histoire dit d'avance le salut.
« Vous scrutez les Écritures parce que vous pensez y trouver la vie éternelle ; or, ce sont les Écritures qui me rendent témoignage. Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est à mon sujet qu'il a écrit. »
- Jésus aux Juifs, Évangile selon saint Jean 5, 39.46, traduction liturgique[110]
La Transfiguration : Moïse et Élie devant le Christ
Au sommet de la vie publique, Jésus prend Pierre, Jacques et Jean sur une haute montagne : son visage resplendit, et voici que Moïse et Élie s'entretiennent avec lui de son « départ » à Jérusalem (Mt 17, 1-8 ; Mc 9, 2-8 ; Lc 9, 28-36)[111]. Moïse représente la Loi, Élie les Prophètes : les deux moitiés de l'Ancienne Alliance viennent rendre témoignage à celui qui les accomplit. Puis la nuée les recouvre et la voix du Père ordonne : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le » (Mc 9, 7)[112]. Quand les disciples relèvent les yeux, ils ne voient plus que Jésus seul : la Loi et les Prophètes ont remis leur mandat entre ses mains[113].
L'épître aux Hébreux donne la synthèse doctrinale : Moïse a été fidèle comme serviteur, le Christ comme Fils et bâtisseur de la maison (He 3, 3-6), et la foi de Moïse, qui préféra « l'injure subie par le Christ aux trésors de l'Égypte », le range parmi les témoins qui entourent les croyants (He 11, 24-27 ; He 12, 1)[114].
« Grâce à la foi, Moïse, devenu grand, renonça au titre de fils de la fille du Pharaon. Choisissant d'être maltraité avec le peuple de Dieu plutôt que de connaître une éphémère jouissance du péché, il considéra l'injure subie par le Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l'Égypte. »
- Lettre aux Hébreux 11, 24-26, traduction liturgique[115]
Moïse dans la vie liturgique de l'Église
La Vigile pascale et le cantique de la mer
Chaque année, dans la nuit de Pâques, l'Église fait retentir le récit du passage de la mer (Ex 14, 15 à 15, 1) parmi les lectures de l'Ancien Testament qui préparent le baptême des catéchumènes[116]. Le Missel prescrit le cantique d'Ex 15 en réponse, et la préface pascale proclame que le Christ, « en mourant, a détruit notre mort, en ressuscitant, nous a rendu la vie » : la nuit où Israël sortit d'Égypte annonce la nuit où le Christ sort du tombeau[117]. Aucune autre page de l'Ancien Testament n'est aussi directement branchée sur le mystère pascal.
Le cantique de Moïse irrigue aussi l'office divin : Ex 15 se chante aux laudes de certains jours, et le « cantique de Moïse serviteur de Dieu » d'Ap 15, 3-4 figure parmi les cantiques du Nouveau Testament repris chaque semaine[118]. Le Magnificat et le Benedictus, chantés chaque jour à vêpres et à laudes, nomment Abraham et sa descendance (Lc 1, 55.73) : en célébrant la promesse, l'Église chante du même coup le libérateur par qui la promesse devint nation[119].
Le 4 septembre et la lecture synagogale
Les calendriers anciens d'Orient comme d'Occident commémorent Moïse le 4 septembre : les Églises orthodoxes y fêtent le prophète et « voyant de Dieu », et les martyrologes occidentaux y inscrivent saint Moïse législateur et prophète[120]. Le judaïsme, lui, ne fête pas Moïse comme un saint individuel : il le célèbre en lisant sa Torah sans interruption, du premier Shabbat après la fête des Cabanes jusqu'à Simhat Torah, où l'on achève le Deutéronome pour recommencer aussitôt la Genèse[121]. Les sections du livre de l'Exode portent les noms de leurs premiers mots : Shemot, Vaéra, Bo, Beshalah, Yitro, Mishpatim, Terouma, Tetzavé, Ki Tissa, Vayakel, Pekoudé[122]. Chaque année, tout le récit de cet article repasse ainsi sur les lèvres d'Israël.
Du côté chrétien, le Carême fait une large place à l'Exode dans les lectures de semaine, et la Transfiguration (6 août) remet Moïse sous les yeux des fidèles au cœur de l'été[123].
Moïse hors de la Bible : judaïsme, islam et arts
Le prophète Moussa du Coran
Aucun prophète n'est nommé aussi souvent que Moïse dans le Coran, où il apparaît sous le nom de Moussa : son histoire occupe des sourates entières, notamment la Vache (sourate 2), Al-Araf (7), Jonas (10), Ta-Ha (20), Les Poètes (26) et Le Récit (28)[124]. Le récit suit la trame biblique : le Nil, le buisson, les signes devant Pharaon, la sortie d'Égypte, le veau d'or, la Loi. Mais il diverge sur des points décisifs : le veau est l'œuvre d'un mystérieux Samiri et Aaron, menacé de mort, est disculpé (sourate 20, 85-97) ; la mort des premiers-nés et la Pâque disparaissent ; et Moïse devient le précurseur dont Mahomet serait l'accomplissement[125].
L'Église lit ces reprises comme elle lit tout le Coran : avec l'estime demandée par Nostra Aetate pour ce qui y est vrai et bon, et sans transiger sur l'essentiel, car la promesse faite à Abraham s'accomplit dans le Christ seul (Lc 24, 27 ; Ga 3, 16)[126]. Le lecteur qui voudrait le dossier complet des divergences et des réponses se reportera aux articles spécialisés, avec des arguments historiques opposables, car les réfutations par le seul Nouveau Testament restent inopérantes face à la doctrine musulmane de la falsification des Écritures[127].
Le Moïse cornu de Michel-Ange
Le visiteur de Saint-Pierre-aux-Liens, à Rome, reste saisi par le Moïse de Michel-Ange (1513 à 1515), sculpté pour le tombeau du pape Jules II : un vieillard puissant aux deux cornes sur le front[128]. Ces cornes viennent de la Vulgate de saint Jérôme, qui traduisit l'hébreu qaran d'Ex 34, 29 (« son visage rayonnait ») par le latin cornuta (« cornue »), Jérôme lisant le rayonnement comme des cornes de lumière[129]. Loin d'être une bévue isolée, cette lecture a nourri des siècles d'iconographie : cornes, puis rayons, puis auréoles. Elle rappelle une règle d'or : une traduction, même glorieuse, ne remplace jamais le texte, et l'Église a depuis clarifié le sens avec l'hébreu massorétique et les éditions critiques[130].
Le débat historico-critique : ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
De Astruc à Wellhausen : la décomposition du Pentateuque
L'offensive commence en 1753 avec Jean Astruc, médecin de Louis XV, qui suppose dans ses Conjectures que Moïse aurait assemblé des mémoires plus anciens reconnaissables à leurs noms divins[131]. Un siècle plus tard, Julius Wellhausen systématise l'hypothèse des quatre documents dans ses Prolegomena (1878) : un récit yahviste du Xe siècle, un récit élohiste du IXe, le Deutéronome du VIIe, le code sacerdotal de l'Exil, cousus ensemble après le retour[132]. Martin Noth ajoute en 1948 sa théorie des traditions orales patiemment enrichies (Histoire des traditions du Pentateuque), et l'école des suppléments comme celle des fragments se disputent depuis les morceaux sans s'accorder sur leurs frontières[133].
Le point d'ancrage favori de ces reconstructions est le Deutéronome : depuis la thèse de Wilhelm de Wette (1805), une partie de l'exégèse identifie le « livre de la loi » découvert dans le Temple sous Josias (2 R 22, 8) au noyau du Deutéronome, ce qui en ferait une composition du VIIe siècle antidatée sous Moïse[134]. L'Exode suivrait : récit fondateur mis par écrit à l'époque royale ou exilique pour souder Juda et Israël autour d'une origine commune, comme le soutiennent notamment Israel Finkelstein et Neil Silberman dans La Bible dévoilée (2001, édition française 2002)[135]. Thomas Römer, au Collège de France, défend une formation comparable en plusieurs étapes, tout en reconnaissant l'ancienneté de certains noyaux comme le cantique de la mer[136].
La stèle de Merneptah et le silence du désert
L'archéologie apporte une pièce que personne ne conteste : la stèle de Merneptah, découverte en 1896 par Flinders Petrie dans le temple funéraire du pharaon à Thèbes, et datée vers 1208 av. J.-C. Elle proclame : « Israël est dévasté, sa semence n'est plus »[137]. Un pharaon du XIIIe siècle se vante donc d'avoir frappé un peuple nommé Israël en Canaan : l'existence d'Israël à cette date est un fait d'épigraphie, non une hypothèse. Reste à savoir ce qu'il prouve pour l'Exode : pour les uns, il impose une sortie antérieure au XIIIe siècle ; pour les autres, il date l'émergence d'Israël elle-même[138].
Pour le reste, les fouilles du Sinaï et du Néguev n'ont livré aucune trace d'une foule de deux millions de marcheurs pendant quarante ans, et les villes de Pithom et de Ramsès d'Ex 1, 11 portent des noms d'époque ramesside[139]. Les tenants de la datation basse en concluent que le récit est une construction tardive ; les défenseurs de l'historicité répondent que des nomades en tentes et en peaux ne laissent presque rien après trois mille ans, que les effectifs du texte sont probablement symboliques ou corrompus dans leur transmission, et que l'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence[140]. Le parallèle vaut pour les théories du désert : on ne date pas un texte par ce que le sable n'a pas gardé.
Cinq limites de la lecture sceptique
Sans nier les acquis réels de la critique textuelle, cinq fragilités reviennent avec insistance chez les défenseurs de la lecture traditionnelle. Premièrement, les sources supposées n'existent dans aucun manuscrit : leurs frontières et leurs dates varient selon les écoles, et ce que l'un attribue au yahviste, l'autre l'attribue à l'élohiste[141]. Deuxièmement, la méthode est souvent circulaire : on découpe le texte selon des critères stylistiques, on date les morceaux selon des présupposés d'évolution religieuse, puis on invoque ces datations comme preuve de l'évolution[142]. Troisièmement, le présupposé anti-miraculeux joue à plein : dès lors que toute intervention divine classe d'office un récit parmi les légendes tardives, la datation basse est présupposée, non démontrée[143]. Quatrièmement, l'argument du silence est fragile : les fouilles de Mari, de Nuzi et d'Our ont réhabilité plus d'un détail patriarcal jugé anachronique, et les égyptologues comme Hoffmeier comme les historiens comme Kitchen (On the Reliability of the Old Testament, 2003) montrent que le décor de l'Exode convient au IIe millénaire plutôt qu'à l'époque perse[144]. Cinquièmement, la réception ininterrompue compte : Talmud, Septante, Qumrân, Philon, Josèphe, Pères, liturgie, magistère forment une chaîne de témoins dont aucun maillon ne soupçonne une composition tardive, face à laquelle des reconstructions de cabinet, aussi savantes soient-elles, restent des hypothèses révisables[145].
La position catholique tient les deux bouts sans les confondre : oui à l'étude des genres littéraires et des sources, ouverte par Divino Afflante Spiritu et encadrée par Dei Verbum ; non à l'érection d'une hypothèse en verdict qui ferait de Moïse un prête-nom. Comme pour Abraham, la conclusion est la même : la tradition qui attribue le Pentateuque à Moïse, témoin et acteur des faits, reste défendable avec de sérieux arguments, même lorsqu'elle n'est plus majoritaire à l'université[146].
Pour aller plus loin
- Abraham, le père des croyants, dont Dieu se dit le Dieu devant le buisson
- Isaac, le fils de la promesse épargné sur le Moriah
- Jacob, dont la famille descend en Égypte et dont les fils remontent avec Moïse
- Joseph fils de Jacob, qui fait entrer les Hébreux en Égypte et dont les ossements sortent avec eux
- Aaron, frère et porte-parole de Moïse, premier grand prêtre
- Josué, successeur désigné, qui fait entrer Israël en Canaan
- Adam et Ève, les premiers parents, au commencement de l'histoire que continue Moïse
Notes et références
Concile de Trente, IVe session, décret sur les Écritures canoniques, 8 avril 1546 : l'Ancien Testament catholique compte 46 livres, ouverts par le Pentateuque.
1La Genèse s'achève sur la mort de Joseph en Égypte (Gn 50, 22-26) et l'Exode reprend avec « les noms des fils d'Israël venus en Égypte » (Ex 1, 1-5).
2Ex 3, 6 : Dieu se présente comme le Dieu des trois patriarches, nouant l'Exode à la Genèse.
3Titres grecs de la Septante, IIIe siècle av. J.-C. ; titres hébreux d'après l'incipit, en usage dans les Bibles juives.
4Découpage reçu : Exode (sortie et Sinaï), Lévitique (culte), Nombres (marche), Deutéronome (testament).
5Moïse est, avec Abraham et David, la figure de l'Ancien Testament la plus citée du Nouveau.
6Ex 6, 20 (Amram et Yokébed) ; Nb 26, 59 (Myriam) ; Ex 7, 7 (Aaron a 83 ans quand Moïse en a 80).
7Ex 1, 8-22 : le nouveau roi qui « n'avait pas connu Joseph », la corvée, puis l'ordre aux sages-femmes et à tout le peuple.
8Ex 2, 1-10 : la corbeille (teba, même mot que l'arche de Noé), la princesse, Myriam et la nourrice rétribuée.
9Ex 2, 10 : étymologie populaire égyptienne (ms, « engendré, né ») relue en hébreu (« tiré » des eaux).
10Ac 7, 22-23 : Étienne, premier martyr, résume la jeunesse égyptienne et les quarante ans.
11Ex 2, 11-22 : le meurtre de l'Égyptien, la dénonciation, la fuite, le puits et le mariage.
12Ex 2, 21 ; Ex 18, 3-4 : Séphora fille de Jéthro (appelé aussi Réuel), Guershom et Éliézer.
13Ac 7, 23 (quarante ans en Égypte) ; Ac 7, 30 (quarante ans à Madian) ; Nb 14, 33-34 (quarante ans au désert) ; Dt 34, 7 (cent vingt ans).
14Ex 3, 5, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : « N'approche pas d'ici ! Retire les sandales de tes pieds ».
15Ex 3, 6 : « le Dieu de ton père, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob ».
16Ex 3, 7-8, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : « J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple » ; « je suis descendu pour le délivrer ».
17Catéchisme de l'Église catholique, 2575 (vatican.va, vérifié verbatim) : « si le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob appelle son serviteur Moïse, c'est qu'il est le Dieu Vivant qui veut la vie des hommes » ; « Moïse, après un long débat, ajustera sa volonté à celle du Dieu sauveur ».
18Ex 3, 14, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : « Je suis qui je suis » ; « c'est : JE-SUIS ».
19Ex 4, 1-17 (les trois signes et la colère du Seigneur) ; Ex 4, 14-16 et Ex 7, 1 (Aaron prophète de Moïse).
20Ex 5, 1-23 : la première démarche échoue et la corvée redouble, jusqu'aux briques sans paille.
212 Tm 3, 8 ; tradition juive (Targum, Talmuds) ; Document de Damas de Qumrân (CD 5, 18-19) sur les deux frères suscités par Bélial ; Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXX, les connaît comme magiciens juifs.
22Ex 7, 13-14 ; Ex 8, 11 ; Ex 9, 12 (« le Seigneur appesantit le cœur ») : le texte tient la liberté humaine et le dessein divin sans les confondre.
23Ex 12, 1-28 : l'agneau d'un an sans défaut, le sang, les pains sans levain, la ceinture aux reins, dans la nuit du 14 Nisan.
24He 11, 28, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : la Pâque célébrée « grâce à la foi ».
25Ex 12, 29-42 (la nuit de la sortie) ; Ex 12, 35-36 (les objets d'or et d'argent) ; Ex 13, 19 (les ossements de Joseph).
26Ex 14, 14 : « Le Seigneur combattra pour vous, et vous, vous resterez sans rien faire ».
27Ex 14, 15-31 : le vent d'est, les eaux en murailles, la colonne de nuée, l'engloutissement des chars.
28He 11, 29, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : le passage « comme sur une terre sèche ».
29Ex 15, 1-2, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : « Je chanterai pour le Seigneur ! Éclatante est sa gloire ».
30Ex 15, 20-21 : Myriam « la prophétesse, sœur d'Aaron », le tambourin et les danses.
311 Co 10, 1-2 : « tous, en Moïse, ils ont été baptisés dans la nuée et dans la mer ».
32Ex 19, 5-6 : « vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte ».
33Ex 19, 16-25 : tonnerres, cor assourdissant, montagne fumante, Moïse montant seul au sommet.
34Ex 20, 1-3, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : « Je suis le Seigneur ton Dieu » ; « Tu n'auras pas d'autres dieux en face de moi ».
35Ex 20, 4-17 (puis Dt 5, 6-21) : les Dix Paroles dans leur détail, du Nom au sabbat et aux interdits.
36Ex 24, 3-8 : la lecture du livre, l'autel et les douze stèles, le sang versé moitié sur l'autel moitié sur le peuple.
37He 9, 18-22 : « sans effusion de sang, pas de pardon », la première Alliance inaugurée dans le sang.
38Ex 25 à 31 : arche, table, chandelier, parvis, autel, vêtements, onction et consécration d'Aaron et de ses fils.
39Ex 32, 1-6 : la demande du peuple, l'or fondu, le veau et la fête « en l'honneur du Seigneur ».
40Ex 32, 7-14 : l'offre refusée, les trois arguments (l'Égypte, le serment, la gloire) et le renoncement divin.
41Ex 32, 15-29 : les tables « œuvre de Dieu », brisées au pied de la montagne, le veau en poudre dans l'eau, l'épée des lévites.
42Ex 32, 31-32, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : « efface-moi de ton livre ».
43Catéchisme de l'Église catholique, 2577 (vatican.va, vérifié verbatim) : « Dans cette intimité avec le Dieu fidèle, lent à la colère et plein d'amour, Moïse a puisé la force et la ténacité de son intercession » ; il « se tient sur la brèche » (Ps 106, 23).
44Ex 34, 5-7, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : la proclamation du Nom dans la nuée.
45Ex 34, 29, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : « il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière ».
46Ex 34, 30-35 (le voile devant Israël) ; 2 Co 3, 7-16 (le voile ôté dans le Christ seul).
47Ex 16 : la manne (« qu'est-ce que c'est ? »), l'omer par tête, le double avant le sabbat, le vase conservé devant le Témoignage.
48Jn 6, 30-33 : « Ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ».
49Ex 17, 1-7 (Horeb) ; 1 Co 10, 4 : « le rocher, c'était le Christ ».
50Ex 17, 8-16 : Josué au combat, Aaron et Hour soutenant les mains, l'autel « Le-Seigneur-mon-étendard ».
51Ex 18 : le conseil de Jéthro et les chefs de milliers, centaines, cinquantaines et dizaines.
52Nb 11, 16-30 : les soixante-dix anciens, l'esprit communiqué, Eldad et Médad, et le vœu de Moïse.
53Nb 12 : la contestation sur la femme koushite, la défense divine « bouche à bouche », la lèpre de sept jours et la prière de guérison.
54Nb 13 à 14 : les douze explorateurs, la grappe d'Eshkol, les dix effrayés, les quarante ans décrétés.
55Nb 16 à 17 : Coré, Datan et Abiram engloutis, le bâton d'Aaron qui fleurit.
56Nb 20, 1-13 : Meriba (« Querelle »), le bâton frappé deux fois, la sanction : voir sans entrer.
57Nb 21, 4-9 : les serpents brûlants, le serpent d'airain sur l'étendard, le regard qui sauve ; 2 R 18, 4 (Nehoushtan brisé par Ézéchias).
58Jn 3, 14-15 : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé ».
59Nb 22 à 24 : l'ânesse qui parle, les trois bénédictions forcées, « un astre issu de Jacob » (Nb 24, 17).
60Dt 6, 4-5, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : le Shema Israël.
61Mc 12, 28-30 : Jésus cite le Shema comme « le premier de tous les commandements ».
62Dt 18, 15-19 ; Ac 3, 22-23 : Pierre applique la prophétie au Christ ressuscité.
63Dt 31, 1-23 : Moïse âgé de cent vingt ans, Josué établi devant Éléazar et tout Israël.
64Dt 34, 5-7, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : la mort « selon la parole du Seigneur », le tombeau inconnu, les cent vingt ans.
65Jud 9 : l'archange Michel disputant au diable le corps de Moïse, sans porter de jugement injurieux.
66Dt 34, 10-12, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : l'épitaphe du Pentateuque.
67Talmud de Babylone, Baba Batra 14b-15a : « Moïse a écrit son livre, la section de Balaam et Job » ; débat sur les huit derniers versets (Dt 34), attribués à Josué par une opinion, écrits par Moïse sous la dictée divine par une autre.
68Les Pères citent le Pentateuque comme « Moïse » sans débat d'attribution ; voir Augustin, Questions sur l'Heptateuque, et Jérôme, lettres sur le canon.
69Jn 5, 46 (« il a écrit ») ; Lc 24, 27 (« en commençant par Moïse ») ; Mc 12, 26 (« le livre de Moïse »).
70Commission Biblique Pontificale, réponse De mosaica authentia Pentateuchi, 27 juin 1906 : l'authenticité mosaïque substantielle demeure, avec usage possible de sources, de secrétaires et de retouches postérieures.
71Léon XIII, Providentissimus Deus, 18 novembre 1893 : l'inspiration s'étend à toutes les parties des Écritures, sans erreur.
72Pie XII, Divino Afflante Spiritu, 30 septembre 1943 : étude des genres littéraires et des langues orientales, sans dissoudre l'histoire.
73Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 18 novembre 1965 : inspiration, inerrance et valeur impérissable des livres de l'Ancien Testament.
74Ex 1, 11 (Pithom et Ramsès) ; noms, titres et topographie du delta conformes au Nouvel Empire égyptien.
75James K. Hoffmeier, Israel in Egypt, Oxford University Press, 1996, et Ancient Israel in Sinai, Oxford University Press, 2005 : le décor égyptien de l'Exode au IIe millénaire.
76Ex 25 à 40 : sanctuaire démontable de nomades, sans aucun trait du Temple de pierre, impensable comme invention d'époque royale.
77(source introuvable : traités-hittites)
78Le cantique d'Ex 15 et la bénédiction de Dt 33 figurent parmi les plus anciens morceaux d'hébreu biblique, de l'aveu même de la critique.
79À indices égaux, l'hypothèse du témoin contemporain explique plus avec moins que celle de l'invention millénaire plus tard.
801 R 6, 1 (la 480e année) ; 4e année de Salomon vers 966 ; Ex 7, 7 (quatre-vingts ans) ; Nb 14, 33-34 et Dt 1, 3 (quarante ans).
81Ex 12, 40 (430 ans) ; Ga 3, 17 (la Loi postérieure de 430 ans à la promesse) ; Gn 15, 13 et Ac 7, 6 (400 ans d'affliction).
82Abraham vers 2000-1825 (article voisin) : l'Exode vers 1446 tombe quatre siècles plus tard, comme la Bible le suppose.
83Traduction d'Alexandrie, IIIe siècle av. J.-C. : Exodos, et Moïse discuté par les auteurs juifs hellénistiques (Démétrius, Artapan).
84Lettre d'Aristée, IIe siècle av. J.-C. : les soixante-douze traducteurs et la Loi déjà close et vénérée.
85Fragments de l'Exode et du Deutéronome (grottes 1, 2, 4), IIIe-IIe siècles av. J.-C. : texte déjà stabilisé pour l'essentiel.
86Document de Damas (CD 5, 18-19), manuscrits de Qumrân : les deux adversaires de Moïse suscités par Bélial, avant Paul.
87Papyrus Nash (IIe siècle av. J.-C.) et phylactères du désert de Juda : Décalogue et Shema en usage quotidien.
88Philon d'Alexandrie, De vita Mosis, livres I-II : Moïse philosophe-roi, législateur et prophète pour le monde grec.
89Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livres II à IV, et Contre Apion, I, 8 : les vingt-deux livres, « dont cinq de Moïse ».
90Manéthon, Histoire de l'Égypte (grec, IIIe siècle av. J.-C.), fragments sur le prêtre lépreux chef des expulsés.
91Version citée puis réfutée par Josèphe, Contre Apion, I, 26-35 : témoignage hostile, donc précieux, de l'ancienneté du dossier.
92Origène, Homélies sur l'Exode ; Augustin, Cité de Dieu et Questions sur l'Heptateuque ; Jean Chrysostome, catéchèses baptismales sur l'Exode.
93Grégoire de Nysse, La Vie de Moïse (Sources Chrétiennes n° 1) : histoire reçue puis degrés de la montée vers Dieu, du buisson aux ténèbres lumineuses.
94Moshé Rabbénou, « Moïse notre maître » : le plus grand des prophètes (Dt 34, 10), la Torah donnée lettre par lettre, Midrash Shemot Rabba.
95Ex 33, 11 (« comme un homme parle à son ami ») et Dt 34, 10 (« face à face ») : la définition scripturaire de Moïse.
96Catéchisme de l'Église catholique, 2576 (vatican.va, vérifié verbatim) : « Dieu parlait à Moïse face à face » ; « je lui parle bouche à bouche, dans l'évidence » (Nb 12, 7-8) ; « l'homme le plus humble que la terre ait porté » (Nb 12, 3).
97Nb 12, 6-8 : aux autres prophètes les visions et les songes, à Moïse la bouche et l'évidence.
98Dt 18, 15 : « C'est un prophète comme moi que le Seigneur ton Dieu suscitera » ; cf. Dt 18, 18-19.
99Catéchisme de l'Église catholique, 2574 (vatican.va, vérifié verbatim) : « la prière de Moïse est la figure saisissante de la prière d'intercession qui s'accomplira dans l'unique Médiateur ».
100Ex 32 (le pardon obtenu), Ex 17 (Amalec), Nb 12 (Myriam), Nb 21 (le peuple épargné à la prière de Moïse) : une vie d'intercessions exaucées.
101Catéchisme de l'Église catholique, 2577 (vatican.va, vérifié verbatim) : les arguments de sa prière, « l'audace des grands priants du peuple juif comme de l'Église ».
102He 3, 3-6 : Moïse serviteur fidèle « dans toute la maison », le Christ Fils et bâtisseur de la maison.
103Ne 8 (Esdras lisant la Loi) ; Lc 16, 29 ; Jn 7, 19 : « la loi de Moïse » comme norme permanente.
104Mt 5, 17 (« accomplir, non abolir ») ; Lc 16, 31 ; Jn 5, 45 (Moïse accusateur des incrédules).
105Ex 3, 14-15 : YHWH, le Nom révélé « pour toujours » et « de génération en génération ».
106Ps 86, 15 ; Ps 103, 8 ; Jl 2, 13 ; Jon 4, 2 : la formule d'Ex 34, 6 citée comme définition de Dieu.
107Jn 5, 46, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est à mon sujet qu'il a écrit ».
108Lc 24, 25-27 : le Ressuscité « en commençant par Moïse », le cœur brûlant des disciples.
109Jn 5, 39.46, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : les Écritures « me rendent témoignage ».
110Mt 17, 1-8 ; Mc 9, 2-8 ; Lc 9, 28-36 : Moïse et Élie s'entretenant avec Jésus de son « départ ».
111Mc 9, 7 : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le » ; cf. Dt 18, 15 (« vous l'écouterez »).
112Lc 9, 36 (« Jésus seul ») : la Loi et les Prophètes remettant leur mandat au Fils.
113He 11, 24-27 et He 12, 1 : Moïse parmi la « nuée de témoins » qui entoure les croyants.
114He 11, 24-26, traduction liturgique (AELF, vérifiée verbatim) : le refus du titre princier et « l'injure subie par le Christ ».
115Missel romain, Vigile pascale, troisième lecture : Ex 14, 15 à 15, 1, en vue du baptême.
116Missel romain, préface pascale I : « en mourant, il a détruit notre mort, en ressuscitant, il nous a rendu la vie ».
117Liturgie des Heures : Ex 15 aux laudes ; Ap 15, 3-4 parmi les cantiques du Nouveau Testament.
118Lc 1, 55 (« sa miséricorde s'étend » à Abraham) et Lc 1, 72-73 (le serment à Abraham) : la promesse devenue nation par Moïse.
1194 septembre : les Églises orthodoxes fêtent Moïse le prophète et voyant de Dieu, et les martyrologes occidentaux y inscrivent saint Moïse législateur et prophète.
120Lecture annuelle continue de la Torah, de Bereshit après Souccot à Vezot Haberakha à Simhat Torah, puis recommencement immédiat.
121Les onze sections du livre de l'Exode, de Shemot (« Noms ») à Pekoudé (« Les comptes »).
122Lectures d'Exode au Carême et Transfiguration du Seigneur le 6 août : Moïse à l'honneur deux fois l'an.
123Coran 2, 49-61 ; 7, 103-162 ; 10, 75-93 ; 20, 9-99 ; 26, 10-68 ; 28, 3-46 : Moussa, le prophète le plus souvent nommé.
124Coran 20, 85-97 (le Samiri, Aaron disculpé) ; effacement de la Pâque et des premiers-nés ; Moussa annonçant Mahomet selon la lecture musulmane.
125Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate, 28 octobre 1965, §3 (musulmans) et §4 (juifs).
126Les réfutations par le seul Nouveau Testament seraient inopérantes face à un musulman (doctrine de la falsification) : voir les articles spécialisés, avec des arguments historiques opposables.
127Michel-Ange, Moïse, 1513-1515, marbre, basilique Saint-Pierre-aux-Liens, Rome : tombeau du pape Jules II (commande de 1505).
128Jérôme, Vulgate, Ex 34, 29-30.35 : « cornuta esset facies sua » pour l'hébreu qaran, « rayonnait ».
129Depuis les éditions critiques (massorétique, Septante, Qumrân), l'Église traduit qaran par le rayonnement, comme la liturgie (AELF, Ex 34, 29).
130Jean Astruc, Conjectures sur les mémoires originaux dont il paraît que Moïse s'est servi pour composer le livre de la Genèse, Bruxelles, 1753.
131Julius Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, Berlin, 1878 : les quatre documents (yahviste, élohiste, deutéronomiste, sacerdotal).
132Martin Noth, Histoire des traditions du Pentateuque (Überlieferungsgeschichte des Pentateuch), 1948 : traditions orales enrichies ; écoles des suppléments et des fragments depuis.
133Wilhelm de Wette, thèse de 1805 : le livre découvert sous Josias (2 R 22, 8) serait le noyau du Deutéronome, donc une œuvre du VIIe siècle.
134Israel Finkelstein et Neil Silberman, La Bible dévoilée, Bayard, 2002 (édition originale 2001) : l'Exode comme récit fondateur d'époque royale ou exilique.
135Thomas Römer, chaire des Milieux bibliques au Collège de France, et Les Cornes de Moïse : faire entrer la Bible dans l'histoire, Fayard, 2009 : formation en étapes, avec des noyaux anciens reconnus.
136Stèle de Merneptah, découverte par Flinders Petrie à Thèbes en 1896, vers 1208 av. J.-C. (5e année du règne) : « Israël est dévasté, sa semence n'est plus ».
137Pour les uns, la stèle impose une sortie antérieure au XIIIe siècle ; pour les autres, elle date l'émergence d'Israël : le fait épigraphique est commun, l'interprétation diffère.
138Absence de traces d'une foule au Sinaï et au Néguev ; noms de Pithom et Ramsès (Ex 1, 11) d'allure ramesside.
139Nomades en tentes sans traces après trois millénaires ; effectifs discutés dans leur transmission ; l'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence.
140Aucun manuscrit des sources supposées n'existe ; leurs frontières et leurs dates varient selon les écoles.
141Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon des présupposés d'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution.
142Quand toute intervention divine classe d'office un récit parmi les légendes tardives, la datation basse est présupposée, non démontrée.
143Kenneth A. Kitchen, On the Reliability of the Old Testament, Eerdmans, 2003 : le décor de l'Exode convient au IIe millénaire plutôt qu'à l'époque perse ; même conclusion chez Hoffmeier pour l'Égypte.
144Talmud, Septante, Qumrân, Philon, Josèphe, Pères, liturgie, magistère : aucun maillon ne soupçonne une composition tardive.
145Chaîne des témoins, indices internes, archéologie, lecture constante de l'Église : la tradition mosaïque reste défendable.
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