Salomon (vers 990-931 av. J.-C.)

Salomon, troisième roi d'Israël et fils de David : le songe de Gabaon, le jugement, le Temple de Jérusalem, la reine de Saba, les livres de sagesse, la chute, le Christ plus que Salomon et le débat historico-critique.

Ignispedia

Salomon est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le troisième roi d'Israël, le fils de David à qui Dieu donna la sagesse, et le bâtisseur du premier Temple de Jérusalem : l'enfant de Bethsabée, appelé par le prophète Nathan Yedidya, le Bien-aimé du Seigneur, oint à Guihôn face au complot d'Adonias, exaucé à Gabaon quand il demanda un cœur docile plutôt que richesses et victoires, juge des deux mères, hôte de la reine de Saba, auteur des Proverbes et du Cantique, puis roi déchu par les femmes étrangères et les idoles, dont le royaume se déchira sous son fils Roboam. Son histoire tient en vingt chapitres des livres historiques, du chapitre premier du Premier livre des Rois au chapitre 9 du Deuxième des Chroniques, et sa voix prolonge son règne dans les livres de sagesse que la prière et la liturgie de l'Église n'ont jamais cessé de méditer.

Ni sage de légende ni tyran oriental de convention, Salomon est un roi réel avec sa gloire et sa chute : le même qui prie à la dédicace du Temple, les cieux des cieux ne peuvent te contenir, épouse des princesses étrangères et leur bâtit des hauts lieux, jusqu'à ce que Dieu lui arrache dix tribus. L'Église le tient pour un homme qui a vécu, raconté par les Rois et les Chroniques, chanté par Ben Sira, repris par Flavius Josèphe dans tout un livre de ses Antiquités judaïques, cité par le Christ lui-même qui se déclare plus que Salomon, et relu par les Pères comme la figure lumineuse puis brisée de la Sagesse. L'article présente d'abord le dossier tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, ses auteurs traditionnels et ses témoins anciens, puis sa vie, ses livres de sagesse, son Temple, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.

Salomon dans le canon des Écritures

Les deux récits du règne

Salomon n'a pas de livre à son nom, comme David son père : il est le sommet puis la rupture des livres historiques qui racontent la royauté, depuis son onction jusqu'au schisme qui suit sa mort. Deux récits portent tout le dossier, et le tableau ci-dessous donne les passages qui structurent l'histoire[1].

Livre bibliquePassages principauxCe que le livre apporte sur Salomon
Premier des Rois1 R 1 à 11L'onction à Guihôn, le songe de Gabaon, le jugement, le Temple, la reine de Saba, la chute et la mort
Deuxième des Chroniques2 Ch 1 à 9La relecture sacerdotale : le songe, les ouvriers et les mesures du Temple, la prière de la dédicace, les richesses, Saba, la fin

Le Premier livre des Rois fait entrer Salomon dès son premier chapitre, avant même la mort de David : Adonias, le fils aîné survivant, se fait proclamer roi aux eaux de Roguel, et c'est l'intervention conjuguée de Bethsabée et du prophète Nathan qui arrache au vieux roi le serment décisif en faveur de Salomon[2]. Le récit suit alors une courbe en cloche parfaite : la montée, de l'onction à la dédicace du Temple au chapitre 8, sommet du livre et de la royauté ; puis la descente, des alliances matrimoniales du chapitre 9 aux idoles du chapitre 11 et à l'annonce du schisme[3]. Le Deuxième livre des Chroniques reprend la même matière en la purifiant de l'ombre : pas d'Adonias, pas de Joab exécuté, pas de Chimeï, presque rien de la chute, car le Chroniste écrit pour les rapatriés de l'exil et veut leur rendre le modèle intact du roi bâtisseur dont Zorobabel relèvera le Temple[4]. Les deux récits se complètent au lieu de se contredire : les Rois racontent comment la gloire s'est perdue, les Chroniques ce que la gloire devait être.

Les cinq livres reçus de Salomon

Cinq ensembles portent dans leur titre ou leur tradition le nom de Salomon, et aucun autre roi d'Israël n'a laissé une œuvre écrite comparable[5].

LivreTitre qui attribueSituation dans la vie du roi selon la tradition
ProverbesProverbes de Salomon, fils de David, roi d'IsraëlLa sagesse du gouvernant, recueillie à la cour puis complétée sous Ézéchias
Cantique des cantiquesLe Cantique des cantiques, de SalomonLe chant nuptial de la jeunesse royale
QohéletParoles de Qohélet, fils de David, roi à JérusalemLa méditation du roi vieilli sur la vanité
SagesseLe sage anonyme parle comme Salomon demandant la SagesseLa prière du roi relue en grec à Alexandrie
Psaumes 71 et 126Titres Pour Salomon et De SalomonLa royauté juste et le bâtisseur dépendant de Dieu

Les Proverbes s'ouvrent par une attribution directe et nomment encore Salomon aux chapitres 10 et 25, avec une précision d'atelier qui fait autorité : voici encore des proverbes de Salomon, transcrits par les gens d'Ézéchias, roi de Juda[6]. Le Cantique porte son nom dès son premier verset et le met en scène comme l'époux royal[7]. Qohélet se présente comme le fils de David régnant à Jérusalem et décrit une sagesse, des constructions et des richesses qui ne conviennent qu'à lui[8]. La Sagesse, rédigée en grec, fait parler son auteur à la première personne comme le roi qui demanda la sagesse à Gabaon et reprend mot pour mot la scène du songe[9]. Les psaumes 71 et 126 portent son nom dans leurs titres : le premier peint le roi juste sous qui fleurira la paix, celui que la liturgie chantera à l'Épiphanie ; le second rappelle que si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain, leçon du constructeur du Temple à tous les constructeurs[10].

Les autres mentions de Salomon dans la Bible

Hors des Rois, des Chroniques et des livres sapientiaux, Salomon traverse toute l'Écriture comme la mesure de la gloire et l'avertissement de la chute[11]. Le Siracide, vers 180 avant Jésus Christ, lui consacre la plus belle page que l'Ancien Testament ait écrite sur lui, du règne pacifique à la faute puis au reste préservé pour David[12]. Les Psaumes l'annoncent, les prophètes le présupposent quand ils parlent du Temple, et le Nouveau Testament le cite quatre fois de façon décisive : le sermon sur la montagne oppose les lis des champs à Salomon dans toute sa gloire, Jésus se déclare plus que Salomon devant la génération qui réclame un signe, Étienne rappelle devant le sanhédrin que Salomon lui construisit une maison, et le portique de Salomon abrite la prière et les miracles de l'Église naissante[13]. Les généalogies de Matthieu et de Luc le placent dans la lignée du Christ, Matthieu nommant même Bethsabée, la femme d'Urie, sans détour[14].

L'auteur et la datation reçus par l'Église

La tradition juive : Salomon auteur, Ézéchias éditeur

L'Église reçoit les livres de sagesse comme l'œuvre du roi dont ils portent le nom, et cette lecture vient d'abord de la synagogue. Le Talmud, dans le traité Baba Batra, attribue la mise par écrit des Proverbes, du Cantique et de Qohélet, avec Isaïe, au cercle d'Ézéchias et de ses hommes[15]. Cette tradition n'enlève rien à Salomon : elle explique au contraire comment des recueils nés à sa cour furent copiés et ordonnés deux siècles plus tard, exactement comme le verset interne des Proverbes l'annonce lui-même avec les gens d'Ézéchias[16]. Ben Sira, qui écrit en hébreu vers 180 avant Jésus Christ, traite déjà Salomon en sage et en bâtisseur, preuve que la figure du roi auteur était fixée dans le judaïsme bien avant le christianisme[17]. La Septante, traduite à Alexandrie au troisième et au deuxième siècle avant Jésus Christ, rend les titres des livres sapientiaux sans hésiter sur le nom de Salomon, et donne à la Sagesse sa forme grecque en conservant la fiction royale du demandeur de Gabaon[18]. Flavius Josèphe, enfin, présente Salomon comme l'auteur de chants et de sentences dont il chiffre même l'abondance[19].

Les Pères et l'Église : trois âges, trois livres

Les Pères ont lu les trois grands livres comme trois âges du roi : les Proverbes pour la jeunesse qui apprend, Qohélet pour l'âge mûr qui éprouve la vanité, le Cantique pour l'union accomplie[20]. Origène commente le Cantique comme le chant des noces du Christ et de l'Église, Grégoire de Nysse y lit la montée de l'âme vers Dieu en quinze homélies, et saint Bernard y consacrera quatre-vingt-six sermons sans l'achever : trois témoins que l'attribution à Salomon n'a jamais gêné la lecture la plus haute[21]. Saint Augustin voit dans le règne et le Temple de Salomon la figure de la paix et de la maison promises, tout en notant que la maison promise dépasse le fils de David et annonce le Christ[22]. La canonicité de ces livres ne fut jamais sérieusement disputée dans l'Église : les conciles qui fixent le canon, de Rome à Trente, reçoivent les Proverbes, le Cantique, Qohélet et la Sagesse parmi les Écritures inspirées, et le Nouveau Testament cite la Sagesse et les Proverbes comme une autorité[23].

La chronologie : quarante ans, 970 à 931

La Bible donne de Salomon une chronologie fermée : il règne quarante ans à Jérusalem, comme David son père, et meurt pour laisser le trône à Roboam[24]. La construction du Temple commence la quatrième année du règne, quatre cent quatre-vingts ans après la sortie d'Égypte, un chiffre qui soude l'Exode, la royauté et le Temple en une seule histoire continue[25]. Dans la chronologie traditionnelle reçue par l'Église, ces quarante ans se placent au dixième siècle avant Jésus Christ, vers 970 à 931, entre la mort de David et le schisme des dix tribus, et la naissance du roi se situe donc vers 990 à Jérusalem, second fils survivant de Bethsabée après la mort du premier enfant[26]. Les généalogies des Chroniques et de Matthieu rattachent Salomon à Juda par David et conduisent de lui au Christ par Joseph, l'époux de Marie[27].

Les témoins anciens de Salomon

Cinq témoins anciens, indépendants les uns des autres, confirment que Salomon n'est pas une invention tardive mais un roi reçu dès l'Antiquité comme une personne réelle[28].

Le premier est le plus ancien texte juif hors de la Bible : le Siracide, composé en hébreu vers 180 avant Jésus Christ par Jésus fils de Sira, consacre à Salomon un éloge funèbre qui suppose connus le règne pacifique, la sagesse admirée des nations, le Temple et la chute par les femmes[29] :

_« Comme tu fus sage dans ta jeunesse, Salomon, et rempli d'intelligence comme un fleuve. »* Ben Sira, Siracide 47[30]

Le deuxième est juif et extérieur à la Bible : Flavius Josèphe, dans le huitième livre des Antiquités judaïques rédigé vers 93 après Jésus Christ, consacre à Salomon tout un livre, de l'onction à la mort, en suivant pas à pas le récit biblique : le Temple et sa dédicace, Hiram de Tyr, la reine de Saba, les richesses, les femmes étrangères et Jéroboam[31]. Le troisième est grec : la Septante rend les livres des Rois, des Chroniques et des sapientiaux en nommant Salomon sans hésiter, et les rouleaux de la mer Morte conservent des psaumes et des textes de sagesse qui prolongent son école[32]. Le quatrième est romain par ricochet : la campagne du pharaon Shéshonq, le Shishak de la Bible qui pille Jérusalem cinq ans après la mort de Salomon, est gravée sur le portail bubastite de Karnak et ancre la fin du règne dans l'histoire datée des pharaons[33]. Le cinquième est l'Église naissante elle-même : les Évangiles, les Actes et les épîtres parlent de Salomon comme d'un roi connu de tous, sans jamais avoir à démontrer son existence, et Jésus en fait la mesure de la gloire terrestre avant de se déclarer plus grand que lui[34].

La vie de Salomon

En quelques dates

  1. Vers 990 av. J.-C.
    Naissance à Jérusalem
    second fils de Bethsabée, appelé Yedidya

    Après la mort du premier enfant, Bethsabée donne à David un fils nommé Salomon, et le Seigneur l'aima : par Nathan il l'appelle Yedidya, le Bien-aimé du Seigneur[35].

  2. Vers 970 av. J.-C.
    L'onction à Guihôn
    Sadoq verse l'huile face à Adonias

    Pendant qu'Adonias se proclame roi, Nathan et Bethsabée obtiennent de David le serment, et Sadoq oint Salomon à Guihôn aux acclamations du peuple[36].

  3. Vers 970 av. J.-C.
    Le songe de Gabaon
    un cœur docile pour gouverner

    À Gabaon, Dieu propose au jeune roi de demander ce qu'il veut : Salomon demande l'écoute du cœur pour discerner le bien et le mal, et reçoit par surcroît richesses et gloire[37].

  4. Vers 966 av. J.-C.
    Le Temple fondé
    la quatrième année, 480 ans après l'Exode

    Avec les bois et les artisans d'Hiram de Tyr, Salomon bâtit la Maison du Seigneur en sept ans et y fait monter l'arche sous les chérubins[38].

  5. Vers 950 av. J.-C.
    La reine de Saba
    les énigmes et les cent vingt talents

    La reine de Saba vient éprouver le roi par des énigmes, voit sa sagesse et sa maison, et lui offre or, aromates et pierres précieuses avant de repartir comblée[39].

  6. Vers 931 av. J.-C.
    Mort à Jérusalem
    quarante ans de règne, le schisme suit

    Détourné par ses femmes, repris par le prophète Achija qui promet dix tribus à Jéroboam, Salomon meurt et Roboam monte sur un trône déjà fendu[40].

L'enfant de Bethsabée et le serment de David

Salomon naît à Jérusalem du couple pardonné : David a pris Bethsabée, fait périr Urie, perdu le premier enfant sous le jeûne et la cendre, puis la défaite du deuil laisse place à une naissance que Dieu aime[41]. Le récit du Deuxième livre de Samuel le dit en deux phrases sobres : elle enfanta un fils qu'on appela Salomon, le Seigneur l'aima, et il le fit savoir par Nathan, qui l'appela Yedidya[42]. Ce double nom dit déjà le destin : Salomon, l'homme de la paix promise, et Yedidya, le bien-aimé, comme un second nom que l'élection ajoute à la nature. Le dernier acte de David est pour lui : affaibli, manipulé par Abishag et par Adonias qui s'est déjà fait proclamer, le vieux roi jure par le Dieu vivant que Salomon régnera après lui, et organise en une journée l'onction, la chevauchée sur sa mule et l'acclamation à Guihôn[43]. Le testament du chapitre 2 du Premier des Rois achève le transfert : sois fort, montre-toi un homme, garde les observances du Seigneur, puis les consignes politiques sur Joab, Barzillaï et Chiméï que le jeune roi exécutera sans cruauté inutile[44].

Le songe de Gabaon et le jugement des deux mères

À Gabaon, le haut lieu où brûle encore le culte avant le Temple, Dieu apparaît en songe au jeune roi et lui dit : demande ce que je dois te donner[45]. La réponse de Salomon est la plus belle prière de gouvernement de toute la Bible :

_« Donne à ton serviteur un cœur docile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal. »* Salomon à Gabaon, 1 R 3[46]

Dieu exauce au-delà de la demande : sagesse et intelligence sans pareilles, et par surcroît ce qui n'a pas été demandé, richesses et gloire, avec une seule condition, marcher dans ses voies comme David[47]. La preuve suit aussitôt sous la forme du jugement le plus célèbre de l'Écriture : deux prostituées, un enfant vivant et un enfant mort, l'épée commandée pour partager l'enfant vivant, et le cri de la vraie mère, donnez-le-lui, ne le tuez pas, qui révèle à tout Israël que la sagesse de Dieu habite le roi[48]. Le récit ne s'attarde pas sur l'habileté psychologique : il conclut que tout Israël craignit le roi en voyant qu'il portait en lui une sagesse divine pour rendre la justice[49].

Le roi bâtisseur et l'organisateur du royaume

Salomon organise la paix qu'il a reçue : douze intendants pour les douze mois de la table royale, des scribes, des hérauts, le chef de la corvée, des commandants dont Benaya, et Sadoq avec Abiatar pour le sacerdoce[50]. Le chapitre 4 des Rois chiffre l'intendance avec la précision d'une archive de palais : pains, bœufs, moutons, gibier, et la table qui nourrit Jérusalem chaque jour[51]. La sagesse du roi déborde le gouvernement : trois mille proverbes, mille cinq chants, des traités sur les arbres, les bêtes, les oiseaux, les reptiles et les poissons, et des visiteurs venus de tous les peuples pour l'entendre[52]. Sa renommée dépasse celle des sages de l'Orient et de l'Égypte, et Hiram de Tyr, qui avait aimé David, devient l'allié et le fournisseur du Temple en cèdres, cyprès et or, contre blé et huile de la plaine[53]. Les travaux mobilisent la corvée d'Israël et les porteurs étrangers, trente mille hommes au Liban par relèves, soixante-dix mille porteurs et quatre-vingt mille tailleurs de pierre dans la montagne[54].

La reine de Saba et l'or d'Ophir

La visite de la reine de Saba est le sommet diplomatique du règne : ayant entendu parler de la renommée de Salomon à cause du nom du Seigneur, elle vient à Jérusalem avec un très grand cortège pour l'éprouver par des énigmes[55]. Salomon répond à toutes ses questions sans qu'aucune lui reste obscure, et la reine, voyant la sagesse, la maison bâtie, la table, les officiers et les holocaustes offerts, en perd le souffle et bénit le Dieu d'Israël qui a mis le roi sur le trône pour exercer le droit et la justice[56]. Elle lui donne cent vingt talents d'or, des aromates sans mesure et des pierres précieuses, et repart comblée de dons royaux[57]. Au retour, les navires de Tarsis ramènent tous les trois ans l'or d'Ophir, l'argent, l'ivoire, les singes et les paons, et le bouclier d'or du palais de la Forêt du Liban pèse six cents sicles chacun[58]. Le trône d'ivoire plaqué d'or fin, ses six marches, ses douze lions et son dossier rond n'ont d'égal dans aucun royaume, et l'argent n'est plus compté pour rien aux jours de Salomon[59]. La tradition éthiopienne, fixée au Moyen Âge dans le Kebra Nagast, fera de la reine la fondatrice de la dynastie salomonienne d'Éthiopie par un fils nommé Ménélik : une tradition tardive, sans fondement historique assuré, qui témoigne au moins de l'éclat universel du récit biblique[60].

La chute : les femmes étrangères et les hauts lieux

Le chapitre 11 ouvre la descente avec une précision comptable qui fait froid : sept cents princesses pour épouses et trois cents concubines[61]. Moabites, Ammonites, Édomites, Sidoniennes, Hittites, et la fille du Pharaon pour laquelle il bâtit une maison à part : des mariages d'alliance devenus des alliances de culte, car dans sa vieillesse ses femmes détournèrent son cœur vers Kemosh, Milkom et Astarté, et il leur éleva des hauts lieux en face de Jérusalem[62]. Le verdict tombe dans la bouche de Dieu lui-même : puisque le cœur s'est détourné, le royaume sera arraché, non de son vivant par égard pour David, mais des mains de son fils, à qui il ne restera qu'une tribu pour que subsiste une lampe à David devant le Seigneur[63]. Les adversaires se lèvent aussitôt comme les pièces d'un jugement : Hadad l'Édomite rescapé, Rezon de Damas, et surtout Jéroboam l'Éphraïmite, l'intendant des travaux que le prophète Achija rencontre sur le chemin, déchire son manteau neuf en douze morceaux et en promet dix au serviteur[64]. Salomon cherche à faire mourir Jéroboam, qui s'enfuit en Égypte auprès de Shéshonq, et le roi meurt après quarante ans de règne, enseveli dans la cité de David, laissant à Roboam un peuple écrasé d'impôts et un prophète déjà en route vers Sichem[65].

La sagesse de Salomon

Les Proverbes : l'école du gouvernant

Les Proverbes sont le livre le plus cité de Salomon et le plus lu de toute la sagesse biblique : trente et un chapitres de sentences qui apprennent à gouverner sa maison, sa langue, son argent et sa colère[66]. Le recueil s'ouvre sur le principe qui commande tout le reste :

_« La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. »* Proverbes, 1, 7[67]

La structure du livre porte la marque de son histoire : les chapitres 1 à 9 forment les discours d'un père à son fils sur la Dame Sagesse et la femme étrangère, les chapitres 10 à 22 la grande collection salomonienne de sentences brèves, puis viennent les paroles des sages, un second recueil de Salomon transcrit par les gens d'Ézéchias, et enfin les oracles d'Agur et de Lemuel qui ferment le volume[68]. Cette couture d'Ézéchias, loin d'affaiblir l'attribution, la confirme : on ne copie avec un tel soin que l'œuvre d'un auteur que l'on vénère, et le titre de la seconde collection nomme Salomon aussi explicitement que la première[69]. La théologie des Proverbes tient en une antithèse répétée jusqu'à l'évidence : deux voies, deux femmes, deux fins, le juste et le méchant, le sage et l'insensé, et au milieu la Sagesse personnifiée qui crie aux portes de la ville et prépare la révélation du Verbe[70]. Le Nouveau Testament cite le recueil comme une autorité : Pierre reprend le proverbe du chien retourné à son vomissement, Jacques celui que Dieu résiste aux orgueilleux, et l'épître aux Hébreux celui de la correction paternelle[71].

Le Cantique : le chant des noces

Le Cantique des cantiques porte le nom de Salomon dès son titre et le met en scène comme l'époux royal dont le cortège monte du désert au milieu des colonnes de fumée[72]. La tradition juive, qui le lit à la Pâque, y a toujours entendu l'amour de Dieu pour Israël malgré l'audace des images, et Rabbi Aqiba, vers 120 après Jésus Christ, tranche que tous les Écrits sont saints, mais le Cantique des cantiques est le Saint des saints[73]. L'Église reçoit cette lecture et l'élève : Origène y voit les noces du Christ et de l'Église, Grégoire de Nysse la montée de l'âme épouse vers l'Époux divin, Bernard de Clairvaux y prêche quatre-vingt-six sermons, et la liturgie y puise les antiennes mariales dont le Tota pulchra es, tu es toute belle, chanté à l'Immaculée[74] :

_« Tu es toute belle, mon amie, et sans tache. »* Cantique des cantiques, 4, 7[75]

Que le roi polygame de la fin du règne ait écrit le chant de l'amour unique et exclusif n'est pas une contradiction mais une conversion du regard : la tradition des trois âges y lit le Salomon de la jeunesse, avant que le cœur ne se partage, chantant l'unité qu'il perdra[76].

Qohélet : la méditation du roi vieilli

Qohélet se présente comme le fils de David devenu roi à Jérusalem, qui a tout éprouvé : sagesse, constructions, vignes, or, chanteurs et chanteuses, et conclut vanité des vanités[77]. Le livre est le plus déroutant de la Bible : il semble contredire les Proverbes, il doute, il compte les morts plus heureux que les vivants, et il finit pourtant sur le commandement qui résume tout :

_« Crains Dieu et observe ses commandements, car c'est là tout l'homme. »* Qohélet, 12, 13[78]

La tradition y lit le Salomon de la vieillesse, revenu des idoles et des femmes, qui pèse sa gloire et la trouve vent : le même qui bâtit des maisons confesse que la maison ne tient pas, le même qui amassa l'or avoue que l'œil ne se rassasie pas de voir[79]. Le livre ne détruit pas la sagesse des Proverbes, il la protège du triomphalisme : sans la crainte de Dieu, la sagesse reussit et se vide, et c'est exactement l'histoire du règne racontée par les Rois[80]. L'épilogue canonique, qui recommande les paroles des sages comme des aiguillons plantés, scelle le livre comme l'examen de conscience du roi sage[81].

La Sagesse : la prière du roi en grec

Le livre de la Sagesse, rédigé en grec à Alexandrie, fait parler son auteur comme Salomon : le chapitre 7 reprend la scène de Gabaon, j'ai prié, et l'intelligence m'a été donnée, et les chapitres 7 à 9 déploient la grande prière pour obtenir la Sagesse assise auprès du trône[82]. Le passage central est le plus beau texte sur la sagesse de toute l'Écriture :

_« Je l'ai aimée et recherchée dès ma jeunesse, j'ai cherché à la prendre pour épouse, je suis devenu l'amant de sa beauté. »* Livre de la Sagesse, 8, 2[83]

Le livre répond aux païens cultivés d'Alexandrie que la vraie philosophie est celle d'Israël : il réfute l'idolâtrie en deux chapitres impitoyables, chante la Sagesse qui délivra les justes depuis Adam jusqu'à Moïse, et ouvre l'espérance de l'immortalité avec les âmes des justes dans la main de Dieu, page que la liturgie des saints et des défunts n'a jamais cessé de proclamer[84]. Saint Paul s'en souvient quand il appelle le Christ puissance de Dieu et sagesse de Dieu, et les Pères y puisent la doctrine du Verbe avant même les grands conciles[85].

Tableau des quatre livres

LivreVoix du roiThèse centraleUsage dans l'Église
ProverbesLe père qui instruitDeux voies, la crainte du Seigneur commence la sagesseCitations apostoliques, catéchèse morale
CantiqueL'époux royalL'amour unique, figure des noces du ChristAntiennes mariales, Bernard, mystique nuptiale
QohéletLe vieillard qui éprouveVanité sans Dieu, crainte de Dieu pour finirExamen de conscience, liturgie des funérailles
SagesseLe roi qui prie à GabaonLa Sagesse épouse, l'idolâtrie réfutée, les justes immortelsLectures des saints et des défunts, théologie du Verbe

Le Temple de Jérusalem

Sept ans de chantier

La construction commence la quatrième année du règne, au mois de Ziv, et s'achève la onzième année, au mois de Bul : sept ans pour la Maison du Seigneur, treize pour la maison du roi, et la Bible donne les deux chiffres sans s'excuser[86]. David avait tout préparé sans avoir le droit de bâtir, homme de guerre aux mains pleines de sang, et Salomon exécute le plan paternel avec les artisans de Tyr : Hiram le bronzier, fils d'une veuve de Nephtali et d'un Tyrien, fond les deux colonnes Yakîn et Boaz, la mer d'airain sur douze bœufs et les dix bassins roulants[87]. Le Temple mesure soixante coudées de long, vingt de large, trente de haut, précédé d'un vestibule et prolongé par le Saint des saints, cube parfait de vingt coudées lambrissé d'or où l'on ne voit plus la pierre[88]. Le récit insiste sur un détail sonore : on n'entendit ni marteau ni hache dans la maison pendant qu'on la bâtissait, car les pierres arrivaient taillées de la carrière, image de l'Église que Dieu taille dans le silence[89].

La prière de la dédicace

La quatorzième année, à la fête des Tentes, Salomon fait monter l'arche de la cité de David sous les chérubins dont les ailes déployées couvrent le propitiatoire, les prêtres sortent, et la nuée remplit la Maison au point qu'ils ne peuvent plus officier[90]. Alors le roi monte sur l'estrade d'airain dressée au milieu du parvis, étend les mains vers le ciel devant toute l'assemblée et prononce la plus longue prière de l'Ancien Testament, qui prévoit déjà l'exil, la sécheresse, la défaite et le retour[91] :

_« Mais quoi, Dieu habiterait-il vraiment sur la terre ? Voici que les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir, encore moins cette maison que j'ai bâtie. »* Salomon à la dédicace, 1 R 8[92]

La prière demande sept fois exauce du ciel, pour l'étranger comme pour Israël, et Dieu répond par le feu qui consume l'holocauste et par la parole de nuit : si mon peuple s'humilie et prie, j'exaucerai du ciel, je pardonnerai et je guérirai son pays[93]. La fête dure quatorze jours, le peuple repart joyeux et le cœur content, et la liturgie de la Dédicace d'une église proclamera encore cette prière pour dire que toute maison de Dieu n'est que l'ombre de la demeure que Dieu se prépare[94].

Le sens du Temple dans l'Écriture

Le Temple est à la fois le sommet et le piège du règne : sommet, car Dieu y met son Nom et sa nuée ; piège, car le roi finira par croire que la maison bâtie autorise toutes les autres maisons, celles des princesses et de leurs dieux[95]. Les prophètes rappelleront la leçon de la dédicace elle-même : Étienne, devant le sanhédrin, cite le Temple de Salomon pour conclure que le Très-Haut n'habite pas des demeures faites de main d'homme, et Jésus annonce qu'il relèvera en trois jours le temple de son corps[96]. Saint Augustin lit dans la construction paisible, sans bruit de fer, la figure de l'Église rassemblée dans la paix du Christ, et dans le Saint des saints lambrissé d'or la charité qui couvre tout[97]. Le Temple de Salomon sera pillé par Shéshonq, réformé par Ézéchias et Josias, détruit par Nabuchodonosor, relevé par Zorobabel, agrandi par Hérode, puis rasé par Titus en 70 : chaque étape vérifie la prière de la dédicace, qui liait déjà la maison de pierre à la fidélité du cœur[98].

L'accomplissement dans le Christ

Il y a ici plus que Salomon

Jésus cite Salomon deux fois, et les deux fois pour se déclarer plus grand. Aux foules qui réclament un signe, il répond que la reine du Midi se lèvera au jugement contre cette génération, car elle vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon, et voici qu'il y a ici plus que Salomon[99]. Au sermon sur la montagne, il oppose aux soucis du vêtement les lis des champs que Dieu habille mieux que Salomon dans toute sa gloire : la gloire du roi devient l'étalon terrestre que la providence dépasse sans effort[100]. Le Nouveau Testament construit ainsi une typologie à double face : Salomon annonce le Christ par sa sagesse, sa paix, son Temple et l'afflux des nations, et il l'annonce en creux par sa chute, ses femmes, ses idoles et son royaume divisé, tout ce que le vrai Fils de David ne fera pas[101].

Le tableau de l'accomplissement

En SalomonDans le Christ
Le fils de David oint à GuihônLe Fils de David oint de l'Esprit au Jourdain
Le cœur docile demandé à GabaonLa Sagesse même, qui n'a rien à demander
Le Temple de pierre rempli de la nuéeLe temple de son corps, relevé en trois jours
La paix qui fait affluer Saba et les nationsLa paix qui rassemble toutes les nations dans l'Église
La sagesse partagée puis perdue par les idolesLa sagesse gardée jusqu'à la croix, folie pour les païens
Le royaume déchiré sous RoboamLe royaume indivisible remis au Père à la fin

Saint Paul nomme le Christ puissance de Dieu et sagesse de Dieu, reprenant le vocabulaire de la Sagesse de Salomon pour l'appliquer à la croix[102]. L'Apocalypse referme le canon sur le rejeton de David, titre qui passe par Salomon pour le dépasser[103]. Et la liturgie de Noël chante que le rameau de Jessé a fleuri : Jessé, David, Salomon, puis le Christ, la généalogie de Matthieu comptant quatorze générations de Abraham à David, quatorze de David à l'exil en passant par Salomon, quatorze de l'exil au Christ[104].

Salomon dans la liturgie et la prière de l'Église

La Dédicace, l'Épiphanie, les saints

La prière de Salomon à la dédicace est proclamée quand l'Église dédie une maison à Dieu : le rite de la Dédicace reprend la demande du roi, exauce du ciel, pour dire que la pierre n'est rien sans la présence[105]. Le psaume 71, intitulé Pour Salomon, est le psaume de l'Épiphanie : Dieu, donne au roi tes pouvoirs, chanté quand les mages venus d'Orient rejouent la visite de Saba auprès d'un roi plus grand[106]. La Sagesse accompagne les fêtes des saints et les liturgies des défunts avec les âmes des justes dans la main de Dieu, et les Proverbes nourrissent l'office des lectures comme l'école quotidienne de la prudence chrétienne[107]. Le portique de Salomon, où priait l'Église de Jérusalem et où Pierre guérissait les malades, rappelle que le premier espace des chrétiens fut l'ombre du Temple du roi sage[108].

Le Martyrologe et l'Orient

Salomon n'a pas de fête au calendrier romain : l'Église ne canonise pas le roi des hauts lieux, et le Martyrologe romain, qui fête David roi et prophète au 29 décembre, garde le silence sur son fils[109]. Ce silence est lui-même un enseignement : la gloire sans la persévérance ne fait pas un saint, et Qohélet reste le testament ambigu d'un roi dont la fin appartient au secret de Dieu[110]. Les Églises d'Orient, qui honorent les ancêtres du Christ le dimanche avant la Nativité, nomment Salomon parmi les pères selon la chair dont Dieu a pris chair, sans taire que le rameau porta aussi des fruits amers[111]. La leçon liturgique tient en une phrase : l'Église prie avec les livres de Salomon et ne prie pas Salomon lui-même[112].

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

La thèse : un royaume tardif et des livres tardifs

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de déplacer tout le dossier vers le bas : les livres des Rois appartiendraient à une histoire deutéronomiste rédigée pendant l'exil, six siècles après Salomon, par des scribes qui auraient projeté sur un obscur chefaillon montagnard la gloire d'un empire imaginaire[113]. Dans cette lecture, Salomon n'aurait pas écrit les livres de sagesse : les Proverbes seraient une compilation postexilique, Qohélet une œuvre hellénistique du troisième siècle, le Cantique un recueil de chants d'amour sécularisés tardivement, et la Sagesse, seule, garderait sa date basse d'Alexandrie[114]. L'archéologie dite minimaliste ajoute que la Jérusalem du dixième siècle était un village sans palais, que les portes à six chambres de Hazor, Meguiddo et Guézer datent du neuvième siècle et non du dixième, et que le grand royaume de David et Salomon n'a jamais existé[115]. Ce qui suit expose loyalement cette thèse, puis ses limites de méthode, selon la règle des articles bibliques Ignispedia[116].

Première limite : des sources invisibles et des datations circulaires

Aucun manuscrit des sources supposées de l'histoire deutéronomiste n'existe : ni les Annales de Salomon que les Rois citent eux-mêmes, ni les Chroniques des rois, ni les couches rédactionnelles successives que les écoles se partagent[117]. Les découpages varient selon les écoles, et les datations tournent souvent en cercle : on découpe un texte en morceaux selon un présupposé d'évolution religieuse, on date les morceaux d'après ce présupposé, puis on prouve l'évolution par les morceaux datés[118]. Toute prophétie précise est classée tardive par principe, parce qu'une prédiction véritable est exclue d'avance : la datation basse est alors présupposée, non démontrée[119]. L'absence d'inscription au nom de Salomon est traitée comme une preuve d'inexistence, alors que l'argument du silence ne prouve rien dans une région où les archives royales ont brûlé avec chaque capitale prise[120]. Deux récits parallèles, Rois et Chroniques, sont lus comme la preuve d'une invention, alors que deux témoins qui se recoupent en se complétant sont partout ailleurs la marque d'une histoire sérieuse[121].

Deuxième limite : l'archéologie dit moins qu'on lui fait dire

Le débat des portes illustre la fragilité des verdicts : Yigaël Yadin attribua en 1958 les portes à six chambres de Hazor, Meguiddo et Guézer à Salomon en s'appuyant sur le verset qui nomme ensemble Hazor, Meguiddo et Guézer parmi ses chantiers, puis l'école de la chronologie basse proposa de les descendre d'un siècle au neuvième[122]. Mais les fouilles récentes de Guézer, croisant radiocarbone, stratigraphie et égyptologie, replacent le débat au dixième siècle et montrent que la cause minimaliste n'est pas entendue[123]. Les mines de cuivre du Faynan et de Timna, actives au dixième siècle, prouvent une organisation industrielle capable de soutenir une royauté dans le Néguev à l'époque même de Salomon[124]. Les campagnes de la cité de David et de Khirbet Qeiyafa attestent une Judée fortifiée dès le début du dixième siècle, et la campagne de Shéshonq gravée à Karnak suppose un royaume assez riche pour être pillé cinq ans après la mort du roi[125]. L'hypothèse d'une invention exilique doit supposer des faussaires d'une précision redoutable : exacts en topographie et en prosopographie jusque dans les noms des intendants, capables de conserver les fautes du héros, et crus par les ennemis mêmes du royaume[126].

Troisième limite : la tradition textuelle est trop précoce pour une fable tardive

Ben Sira écrit en hébreu vers 180 avant Jésus Christ un éloge de Salomon qui suppose connus le règne, la sagesse, le Temple et la chute : une fable inventée pendant l'exil aurait dû s'imposer en deux siècles à toute la mémoire juive, sans laisser une seule trace de contestation[127]. La Septante traduit les titres salomoniens sans hésiter au troisième siècle, et le Nouveau Testament parle du roi comme d'une évidence partagée par les foules comme par les pharisiens[128]. Le Talmud discute de l'édition des livres par Ézéchias, jamais de l'existence du roi : on dispute sur les scribes, pas sur le trône[129]. Flavius Josèphe, qui écrit pour des lecteurs romains exigeants, consacre au règne un livre entier d'une précision administrative qui suppose des archives, non une légende[130]. Le faisceau converge : auteurs nommés, chronologie recoupée par les pharaons, témoins juifs, grecs et chrétiens indépendants, précisions d'archives invérifiables par un faussaire tardif, et fautes du héros conservées contre toute apologie[131]. Comme l'enseigne l'exhortation Verbum Domini, l'exégèse doit rencontrer les personnes dont l'Écriture parle, non seulement des strates anonymes de rédaction[132].

Pour aller plus loin

Le lecteur qui veut comprendre Salomon doit d'abord relire son père David, à qui tout le règne est adossé, puis le prophète Samuel qui oint la dynastie, et remonter jusqu'à Moïse, dont la Loi lie déjà la royauté à venir à l'obéissance du cœur. La chute du royaume sous Roboam et Jéroboam ouvre l'histoire des deux royaumes, et la sagesse du roi se prolonge dans les psaumes de David que l'Église chante chaque jour.

Notes et références

  1. 1 R 1 à 11 ; 2 Ch 1 à 9 : les deux récits complets du règne, de l'onction au schisme annoncé.

    1
  2. 1 R 1, 5-53 : Adonias se fait proclamer, Nathan et Bethsabée obtiennent le serment, Sadoq oint Salomon à Guihôn.

    2
  3. 1 R 1 à 8, la montée vers la dédicace ; 1 R 9 à 11, la descente vers les idoles et le schisme annoncé.

    3
  4. 2 Ch 1 à 9 : le Chroniste écrit pour les rapatriés et rend le modèle du bâtisseur, sans Adonias ni chute détaillée.

    4
  5. Pr 1, 1 ; Ct 1, 1 ; Qo 1, 1 ; Sg 7 à 9 ; Ps 71 et 126 : cinq attributions portées par les titres ou la tradition.

    5
  6. Pr 1, 1 ; Pr 10, 1 ; Pr 25, 1 : trois attributions explicites à Salomon, dont la copie par les gens d'Ézéchias.

    6
  7. Ct 1, 1 ; Ct 3, 6-11 : le titre et le cortège royal de l'époux.

    7
  8. Qo 1, 1 et 1, 12-18 : le fils de David, roi à Jérusalem, qui éprouva sagesse, constructions et richesses.

    8
  9. Sg 7, 7 ; Sg 8 à 9 : la prière de Gabaon reprise à la première personne par l'auteur grec.

    9
  10. Ps 71 (72) et Ps 126 (127) : les titres Pour Salomon et De Salomon, le roi juste et le bâtisseur dépendant de Dieu.

    10
  11. Le Siracide, les Chroniques, les Évangiles, les Actes, les épîtres : chaque Testament relit le roi à sa manière.

    11
  12. Si 47, 12-22 : l'éloge du règne pacifique, de la sagesse, du Temple, de la faute et du reste préservé.

    12
  13. Mt 6, 29 ; Mt 12, 42 ; Ac 7, 47 ; Jn 10, 23 : la gloire, le signe, la maison bâtie, le portique.

    13
  14. Mt 1, 6-7 ; Lc 3, 31 : Salomon dans la lignée du Christ, avec Bethsabée nommée chez Matthieu.

    14
  15. Talmud de Babylone, traité Baba Batra, folio 15a : Ézéchias et son cercle mirent par écrit Isaïe, les Proverbes, le Cantique et Qohélet.

    15
  16. Pr 25, 1 : voici encore des proverbes de Salomon, transcrits par les gens d'Ézéchias, roi de Juda, témoin interne de l'édition.

    16
  17. Ben Sira, Siracide 47, 12-22, vers 180 av. J.-C. : le roi sage et bâtisseur déjà fixé dans la mémoire juive.

    17
  18. Septante d'Alexandrie, troisième et deuxième siècle av. J.-C. : les titres salomoniens rendus sans hésitation.

    18
  19. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre VIII, vers 93 apr. J.-C. : les chants et sentences du roi, chiffrés par milliers.

    19
  20. Proverbes pour la jeunesse, Qohélet pour l'âge mûr, Cantique pour l'union : lecture patristique des trois livres, reprise par la tradition.

    20
  21. Origène, Commentaire sur le Cantique ; Grégoire de Nysse, Homélies sur le Cantique, quinze homélies ; Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique, quatre-vingt-six sermons.

    21
  22. Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XVII, chapitres 8 à 12, vers 426 : la maison promise dépasse le fils de David. Éd. Bibliothèque augustinienne, vol. 36.

    22
  23. Conciles de Rome à Trente : Proverbes, Cantique, Qohélet et Sagesse reçus parmi les Écritures inspirées ; Rm 11, 34 cite la Sagesse comme autorité.

    23
  24. 1 R 11, 42 ; 2 Ch 9, 30 : quarante ans de règne à Jérusalem, comme David.

    24
  25. 1 R 6, 1 : la quatrième année, quatre cent quatre-vingts ans après la sortie d'Égypte, fondation du Temple.

    25
  26. 1 R 11, 42 et 1 R 12 : quarante ans vers 970 à 931 av. J.-C., naissance vers 990, second fils survivant de Bethsabée.

    26
  27. 1 Ch 3, 5 ; Mt 1, 6-7 : Salomon fils de Bethsabée dans la lignée de Juda jusqu'au Christ.

    27
  28. Ben Sira, Flavius Josèphe, la Septante, Shéshonq à Karnak, le Nouveau Testament : cinq témoins indépendants du roi.

    28
  29. Si 47, 12-18 : le règne dans la paix, le Temple bâti, la sagesse admirée des nations.

    29
  30. Si 47, 14 : la sagesse du jeune roi, texte cité d'après la traduction liturgique française.

    30
  31. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre VIII entier, vers 93 apr. J.-C. : onction, Temple, Hiram, Saba, richesses, chute, mort.

    31
  32. Septante, troisième et deuxième siècle av. J.-C. ; rouleaux de la mer Morte : psaumes et sagesse prolongeant l'école salomonienne.

    32
  33. Portail bubastite de Karnak : la campagne de Shéshonq, le Shishak de 1 R 14, 25-26, cinq ans après la mort de Salomon.

    33
  34. Mt 6, 29 ; Mt 12, 42 ; Ac 3, 11 : le roi connu de tous, jamais démontré, toujours supposé.

    34
  35. 2 S 12, 24-25 : Salomon, puis Yedidya par Nathan, le Bien-aimé du Seigneur.

    35
  36. 1 R 1, 32-49 : Sadoq, Nathan et Benaya conduisent Salomon sur la mule du roi jusqu'à Guihôn.

    36
  37. 1 R 3, 4-15 : le songe de Gabaon, la demande et l'exaucement avec le surcroît.

    37
  38. 1 R 6, 1 et 6, 37-38 : fondation la quatrième année, achèvement la onzième, sept ans de chantier.

    38
  39. 1 R 10, 1-13 ; 2 Ch 9, 1-12 : énigmes, souffle coupé, cent vingt talents, dons réciproques.

    39
  40. 1 R 11, 26-43 ; 1 R 12 : Achija, Jéroboam, la mort, Roboam et Sichem.

    40
  41. 2 S 12, 13-25 : le pardon de David, la mort du premier enfant, la naissance aimée de Dieu.

    41
  42. 2 S 12, 25 : Yedidya, Bien-aimé du Seigneur, second nom donné par Nathan.

    42
  43. 1 R 1, 11-40 : Bethsabée et Nathan obtiennent le serment, l'onction immédiate à Guihôn.

    43
  44. 1 R 2, 1-9 : sois fort, montre-toi un homme, et les consignes sur Joab, Barzillaï et Chiméï.

    44
  45. 1 R 3, 5 : demande ce que je dois te donner, la proposition faite au jeune roi.

    45
  46. 1 R 3, 9 : le cœur docile pour discerner le bien et le mal, texte cité d'après la traduction liturgique.

    46
  47. 1 R 3, 10-14 : sagesse sans pareille, richesses et gloire par surcroît, à condition de marcher dans les voies.

    47
  48. 1 R 3, 16-28 : les deux mères, l'épée commandée, le cri qui révèle la vraie mère.

    48
  49. 1 R 3, 28 : tout Israël craignit le roi en voyant la sagesse divine pour rendre la justice.

    49
  50. 1 R 4, 1-19 : intendants des douze mois, scribes, hérauts, corvée, sacerdoce de Sadoq.

    50
  51. 1 R 4, 22-23 : la table quotidienne du palais, précision d'archive royale.

    51
  52. 1 R 4, 32-34 : trois mille proverbes, mille cinq chants, traités sur la nature, visiteurs de tous les peuples.

    52
  53. 1 R 5, 15-26 : Hiram de Tyr, qui aimait David, fournit cèdres et or contre blé et huile.

    53
  54. 1 R 5, 27-30 : trente mille hommes au Liban par relèves, soixante-dix mille porteurs, quatre-vingt mille tailleurs.

    54
  55. 1 R 10, 1-3 : la renommée à cause du nom du Seigneur, les énigmes, aucune question obscure.

    55
  56. 1 R 10, 4-9 : la sagesse, la maison, la table, les officiers, et la bénédiction du Dieu d'Israël.

    56
  57. 1 R 10, 10-13 : cent vingt talents d'or, aromates et pierres, dons réciproques du départ.

    57
  58. 1 R 10, 11 et 10, 22 : l'or d'Ophir et les navires de Tarsis tous les trois ans.

    58
  59. 1 R 10, 14-21 : six cent soixante-six talents d'or par an, trône d'ivoire et d'or, douze lions, argent compté pour rien.

    59
  60. Kebra Nagast, tradition éthiopienne médiévale : Ménélik fils de la reine, fondation de la dynastie salomonienne, sans fondement historique assuré.

    60
  61. 1 R 11, 1-3 : sept cents princesses, trois cents concubines, dont la fille du Pharaon.

    61
  62. 1 R 11, 4-8 : le cœur détourné vers Kemosh, Milkom et Astarté, hauts lieux en face de Jérusalem.

    62
  63. 1 R 11, 9-13 : le royaume arraché sauf une tribu, par égard pour David et Jérusalem.

    63
  64. 1 R 11, 14-40 : Hadad, Rezon, et Achija déchirant son manteau en douze morceaux pour Jéroboam.

    64
  65. 1 R 11, 41-43 : quarante ans, les Annales citées, mort et sépulture dans la cité de David.

    65
  66. Pr 1 à 31 : trente et un chapitres, l'école de la maison, de la langue, de l'argent et de la colère.

    66
  67. Pr 1, 7 : le principe qui commande tout le recueil, texte cité d'après la traduction liturgique.

    67
  68. Pr 1 à 9, discours ; Pr 10 à 22, sentences ; Pr 25 à 29, second recueil ; Pr 30 à 31, Agur et Lemuel.

    68
  69. Pr 25, 1 : la couture d'Ézéchias nomme Salomon aussi explicitement que l'ouverture.

    69
  70. Pr 8 à 9 : la Dame Sagesse contre la femme étrangère, le juste contre le méchant, figure du Verbe.

    70
  71. 2 P 2, 22 ; Jc 4, 6 ; He 12, 5-6 : Pierre, Jacques et l'épître aux Hébreux citent les Proverbes.

    71
  72. Ct 1, 1 ; Ct 3, 6-11 : le titre et le cortège royal montant du désert.

    72
  73. Rabbi Aqiba, vers 120 apr. J.-C., Mishna Yadayim 3, 5 : le Cantique, Saint des saints des Écrits.

    73
  74. Origène, Grégoire de Nysse, Bernard de Clairvaux : noces du Christ, montée de l'âme, quatre-vingt-six sermons ; Tota pulchra es à l'Immaculée.

    74
  75. Ct 4, 7 : tu es toute belle, antienne mariale de l'Immaculée Conception.

    75
  76. La tradition des trois âges : le Cantique pour la jeunesse, avant que le cœur ne se partage.

    76
  77. Qo 1, 1 et 1, 12 à 2, 11 : le fils de David roi à Jérusalem, tout éprouvé, vanité des vanités.

    77
  78. Qo 12, 13 : craindre Dieu et garder ses commandements, tout l'homme, texte cité d'après la traduction liturgique.

    78
  79. Qo 2, 4-9 : maisons, vignes, or et chanteurs, le bilan du bâtisseur devenu vent.

    79
  80. Qohélet protège les Proverbes du triomphalisme : la sagesse sans la crainte se vide, comme le règne.

    80
  81. Qo 12, 9-14 : les paroles des sages comme des aiguillons, l'examen scellé du roi sage.

    81
  82. Sg 7, 7 ; Sg 8, 21 à 9, 18 : la scène de Gabaon reprise, la prière pour la Sagesse du trône.

    82
  83. Sg 8, 2 : aimée dès la jeunesse, prise pour épouse, texte cité d'après la traduction liturgique.

    83
  84. Sg 3, 1-9 ; Sg 13 à 15 : les âmes des justes immortelles, l'idolâtrie réfutée, la Sagesse libératrice depuis Adam.

    84
  85. 1 Co 1, 24 ; Rm 11, 33-34 : le Christ sagesse de Dieu, l'écho de la Sagesse chez Paul.

    85
  86. 1 R 6, 1 et 6, 37-38 : quatrième année au mois de Ziv, onzième année au mois de Bul, sept ans pour la Maison.

    86
  87. 1 R 7, 13-51 : Hiram le bronzier, Yakîn et Boaz, la mer sur douze bœufs, les dix bassins.

    87
  88. 1 R 6, 2-20 : soixante sur vingt sur trente coudées, Saint des saints de vingt coudées lambrissé d'or.

    88
  89. 1 R 6, 7 : ni marteau ni hache entendus, les pierres taillées à la carrière, figure de l'Église.

    89
  90. 1 R 8, 1-11 : l'arche sous les chérubins, la nuée qui remplit la Maison, les prêtres impuissants.

    90
  91. 1 R 8, 22-53 : l'estrade d'airain, les mains étendues, la plus longue prière de l'Ancien Testament.

    91
  92. 1 R 8, 27 : les cieux des cieux incapables de contenir Dieu, texte cité d'après la traduction liturgique.

    92
  93. 1 R 8, 30-53 ; 2 Ch 7, 12-14 : sept demandes d'exaucement, le feu, la parole de nuit sur l'humiliation et le pardon.

    93
  94. Rite de la Dédicace d'une église : la prière de Salomon proclamée pour toute maison de Dieu.

    94
  95. 1 R 8 puis 1 R 11 : la Maison du Nom, puis les maisons des princesses et de leurs dieux.

    95
  96. Ac 7, 47-48 ; Jn 2, 19-21 : Étienne devant le sanhédrin, Jésus et le temple de son corps.

    96
  97. Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XVII, vers 426 : la construction sans bruit de fer, figure de l'Église en paix. Éd. Bibliothèque augustinienne, vol. 36.

    97
  98. Shéshonq, Ézéchias, Josias, Nabuchodonosor, Zorobabel, Hérode, Titus en 70 : la maison de pierre suivant la fidélité du cœur.

    98
  99. Mt 12, 42 ; Lc 11, 31 : la reine du Midi contre cette génération, et plus que Salomon au milieu d'elle.

    99
  100. Mt 6, 28-29 : les lis mieux vêtus que Salomon dans toute sa gloire, mesure terrestre de la providence.

    100
  101. Sagesse, paix, Temple, nations d'un côté ; femmes, idoles, division de l'autre : le type et son envers.

    101
  102. 1 Co 1, 24 : le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu, vocabulaire de la Sagesse repris à la croix.

    102
  103. Ap 22, 16 : le rejeton de David, titre passant par Salomon pour le dépasser.

    103
  104. Mt 1, 1-17 : trois fois quatorze générations, d'Abraham à David, de David à l'exil par Salomon, de l'exil au Christ.

    104
  105. Ordo Dedicationis ecclesiae : la demande de Salomon reprise quand l'évêque dédie une église.

    105
  106. Ps 71 (72), 1 : Dieu, donne au roi tes pouvoirs, psaume de l'Épiphanie où les mages rejouent Saba.

    106
  107. Sg 3, 1-9 aux saints et aux défunts ; Proverbes à l'office des lectures, école de la prudence.

    107
  108. Jn 10, 23 ; Ac 3, 11 ; Ac 5, 12 : le portique de Salomon, prière de l'Église naissante et guérisons de Pierre.

    108
  109. Martyrologium Romanum, Typis Vaticanis, 2004 : David au 29 décembre, silence sur son fils.

    109
  110. La gloire sans persévérance ne fait pas un saint : Qohélet, testament ambigu d'une fin au secret de Dieu.

    110
  111. Dimanche avant la Nativité, Églises d'Orient : les ancêtres du Christ selon la chair, dont Salomon.

    111
  112. L'Église prie avec les livres de Salomon et ne prie pas Salomon lui-même : la leçon du calendrier.

    112
  113. L'histoire deutéronomiste, exilique ou postexilique : Martin Noth, Überlieferungsgeschichtliche Studien, Halle, 1943. Thèse reprise et discutée depuis.

    113
  114. Proverbes postexiliques, Qohélet hellénistique, Cantique sécularisé : la datation basse proposée par une partie de l'exégèse.

    114
  115. Jérusalem village du dixième siècle, portes du neuvième, grand royaume imaginaire : la thèse minimaliste, discutée dans le corps.

    115
  116. Ce qui suit expose loyalement la thèse puis ses limites de méthode, selon la règle des articles bibliques Ignispedia.

    116
  117. Ni les Annales de Salomon citées par les Rois, ni les couches rédactionnelles supposées : aucun manuscrit de ces sources.

    117
  118. Découpage par présupposé d'évolution, datation par ce présupposé, preuve de l'évolution par les morceaux datés : le cercle.

    118
  119. Toute annonce précise classée tardive par principe : la datation basse est alors présupposée, non démontrée.

    119
  120. L'absence d'inscription traitée comme preuve d'inexistence : l'argument du silence, dans une région aux archives brûlées.

    120
  121. Rois et Chroniques lus comme invention dupliquée, alors que deux témoins qui se complètent marquent l'histoire sérieuse.

    121
  122. Yigaël Yadin, 1958 : les portes à six chambres de Hazor, Meguiddo et Guézer attribuées à Salomon d'après 1 R 9, 15 ; chronologie basse proposée ensuite par l'école de Tel-Aviv.

    122
  123. Fouilles récentes de Guézer, radiocarbone et égyptologie croisés : le dixième siècle rouvre le débat, la cause minimaliste n'est pas entendue. PLOS ONE, 2023, chronologie de Guézer.

    123
  124. Faynan et Timna, cuivre du dixième siècle : une industrie capable de soutenir une royauté dans le Néguev à l'époque de Salomon.

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  125. Cité de David, Khirbet Qeiyafa, campagne de Shéshonq à Karnak : une Judée fortifiée et un royaume assez riche pour être pillé.

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  126. L'hypothèse d'une invention exilique suppose des faussaires exacts en topographie, cohérents en prosopographie, conservant les fautes : l'explication la plus coûteuse.

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  127. Si 47, 12-22, vers 180 av. J.-C. : une fable exilique aurait dû s'imposer sans contestation en deux siècles, sans laisser de trace.

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  128. Septante du troisième siècle, Nouveau Testament parlant du roi comme d'une évidence : la tradition trop précoce pour une fable tardive.

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  129. Baba Batra 15a discute des scribes d'Ézéchias, jamais de l'existence du roi : on dispute l'atelier, pas le trône.

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  130. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, VIII, vers 93 apr. J.-C. : la précision administrative suppose des archives, non une légende.

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  131. Auteurs nommés, chronologie recoupée par les pharaons, témoins indépendants, archives précises, fautes conservées : le faisceau en faveur de la lecture reçue.

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  132. Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010, § 19 et 35 : rencontrer les personnes dont l'Écriture parle, non seulement des strates anonymes.

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