Élisée est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le fils de Shafath qui labourait à Abel-Mehola quand le manteau d'Élie tomba sur ses épaules, le disciple qui demanda la double part de l'esprit et la reçut, le prophète qui assainit les eaux de Jéricho, multiplia l'huile de la veuve, rendit son fils à la Sunamite, guérit le Syrien Naaman, aveugla une armée à Dotân, fit sacrer Jéhu, et dont les ossements, après sa mort, rendirent la vie à un mort qu'on jetait dans son tombeau. Pendant près de soixante ans, de la fin d'Achab aux premières années de Joas, il fut l'homme de Dieu du royaume d'Israël : redouté des rois d'Aram, consulté par les rois d'Israël et de Juda, secourable aux veuves, aux lépreux et aux petits, intraitable avec l'avarice et le mépris. Son nom dit sa mission : Elisha, Dieu est salut, et sa vie entière montre un salut qui touche les corps avant de toucher les cœurs.
Le Nouveau Testament le traite en personne de l'histoire sainte : Jésus cite la guérison de Naaman comme un fait qui juge l'incrédulité de Nazareth, et l'épître aux Hébreux célèbre les femmes qui recouvrèrent leurs morts par la résurrection. Le sage Ben Sira, vers 180 avant Jésus-Christ, lui consacre un éloge qui suppose le cycle complet déjà fixé : pendant sa vie il fit des prodiges, et après sa mort des œuvres merveilleuses. L'ordre du Carmel l'honore avec son maître et le fête chaque 14 juin. L'article présente d'abord le récit tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis sa vie miracle par miracle, sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.
Élisée dans le canon des Écritures
Le cycle : de l'appel aux ossements
Élisée n'a pas de livre à son nom : son histoire est portée par les livres des Rois, d'abord l'appel au premier livre, puis le grand cycle qui occupe le centre du deuxième, de la séparation du Jourdain aux ossements qui ressuscitent. La tradition range ces livres parmi les Prophètes antérieurs. Cinq blocs structurent tout le dossier, et le tableau ci-dessous donne les passages qui le portent[1][2].
| Bloc du récit | Passages principaux | Ce que le bloc apporte sur Élisée |
|---|---|---|
| L'appel et la succession | 1 R 19, 19-21 ; 2 R 2 | Le manteau, les douze paires de bœufs, la double part, le Jourdain ouvert deux fois |
| Les débuts : Jéricho, Béthel, Moab | 2 R 2, 19 à 3, 27 | Les eaux assainies, les ours de Béthel, l'eau dans le oued contre Moab |
| La miséricorde : veuve, Sunamite, pains | 2 R 4 | L'huile multipliée, l'enfant ressuscité, le pot assaini, les vingt pains pour cent hommes |
| Naaman et Géhazi | 2 R 5 | Les sept bains du Jourdain, la confession du Syrien, la lèpre qui change de maison |
| Les guerres d'Aram et la fin | 2 R 6 à 13 | Dotân, Samarie assiégée, Hazaël et Jéhu, les flèches de Joas, les ossements |
Aucun de ces blocs ne fonctionne seul : l'appel apprend le renoncement, Jéricho apprend l'autorité, la Sunamite apprend la compassion, Naaman apprend la gratuité, Dotân apprend la protection invisible, et les ossements apprennent que la mission survit au missionnaire. C'est l'ensemble, reçu comme un tout, qui fait d'Élisée le prophète de la miséricorde : le séparer de ce cadre, c'est perdre le sens de sa figure[3].
Les autres mentions d'Élisée dans la Bible
Élisée n'est pas confiné à son cycle : le tableau ci-dessous rassemble les principales mentions hors livres des Rois, et chacune suppose le personnage connu et le récit déjà raconté.
| Livre biblique | Passage | Ce que le texte apporte sur Élisée |
|---|---|---|
| Ben Sira | Si 48, 12-14 | L'éloge complet : rempli de l'esprit d'Élie, aucun prince ne l'intimida, prodiges pendant sa vie et merveilles après sa mort |
| Évangile selon saint Luc | Lc 4, 27 | Jésus cite la purification de Naaman comme un fait de l'histoire sainte |
| Épître aux Hébreux | He 11, 35 | Des femmes recouvrèrent leurs morts par la résurrection : Sarepta et Sunem |
| Évangile selon saint Luc | Lc 7, 11-15 ; Lc 8, 49-56 | Jésus relève le fils de la veuve de Naïm et la fille de Jaïre, comme Élie et Élisée avaient rendu leurs enfants |
Le témoin le plus décisif reste Jésus lui-même : dans la synagogue de Nazareth, il cite côte à côte la veuve de Sarepta au temps d'Élie et Naaman au temps d'Élisée, et il en tire une leçon qui s'effondrerait si les deux récits n'étaient que des fables édifiantes. On ne juge pas l'incrédulité de ses auditeurs sur des contes dont chacun saurait qu'ils n'ont jamais eu lieu[4].
L'auteur et la datation reçus par l'Église
Jérémie, auteur des livres des Rois
La tradition juive, consignée dans le Talmud, attribue les livres des Rois à Jérémie : c'est lui qui aurait rédigé le récit de la royauté jusqu'à la chute de Jérusalem dont il fut le témoin[5]. Les Pères reprennent cette attribution sans débat : pour eux, l'historien des Rois est un prophète contemporain des derniers rois, et l'auteur du cycle d'Élisée appartient à la même lignée prophétique que son héros. Saint Jérôme, dans son Prologus Galeatus, range les livres des Rois parmi les livres historiques du canon hébraïque reçu par l'Église[6].
Ce cadre fixe la date de composition : le récit se clôt sur la libération du roi Joïakîn en 561 av. J.-C., la trente-septième année de son exil (2 R 25, 27), donc la rédaction reçue se situe dans l'exil babylonien, à quelques générations des derniers faits racontés, par un milieu prophétique qui avait connu Jérémie. Le concile Vatican II enseigne que les livres de l'Ancien Testament, écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, gardent une valeur impérissable et préparent l'Évangile[7]. Ce qui vaut pour les livres des Rois vaut pour le dossier d'Élisée : il est raconté par la tradition prophétique qui en est l'héritière directe.
Cinquante ans d'histoire : d'Achab à Joas
L'Écriture donne elle-même le cadre qui date Élisée : appelé du vivant d'Achab, mort sous Joas après avoir traversé les règnes de Joram, Jéhu et Joachaz. La chronologie reçue, établie par Edwin Thiele dans The Mysterious Numbers of the Hebrew Kings (1951) en croisant les synchronismes entre rois d'Israël et de Juda avec les annales assyriennes, donne les repères suivants, que Michael Coogan reprend à un an près[8].
| Repère (référence) | Donnée du texte ou de la pierre | Computation reçue |
|---|---|---|
| Appel sous Achab (1 R 19, 19) | Achab meurt vers 853 (Qarqar) | Vers 855-853 av. J.-C. |
| Ochozias puis Joram (1 R 22, 52 ; 2 R 3, 1) | Deux ans puis douze ans | Vers 853-841 |
| Jéhu oint, maison d'Achab retranchée (2 R 9-10) | Obélisque noir, tribut vers 841 | Vers 841-814 |
| Joachaz opprimé par Hazaël (2 R 13, 1-9) | Dix-sept ans | Vers 814-798 |
| Mort sous Joas, flèches d'Apheq (2 R 13, 14-25) | Début du règne de Joas | Vers 798-796 |
Le monolithe de Kurkh, stèle de Salmanasar III conservée au British Museum, commémore la bataille de Qarqar en 853 et nomme Achab parmi les coalisés, avec deux mille chars, le plus fort contingent de toute la coalition : le roi sous lequel Élisée est appelé meurt dans l'histoire datée[9]. La stèle de Mésha, roi de Moab, conservée au Louvre et datée vers 840-830, nomme Omri, roi d'Israël, et son fils, et raconte la libération de Moab du joug de leur maison : c'est exactement la révolte que le livre des Rois place à la mort d'Achab et que Joram tente de mater avec Josaphat et le roi d'Édom, sous les yeux d'Élisée (2 R 1, 1 ; 3, 4-5)[10]. La stèle de Tel Dan, découverte en 1993 dans le nord d'Israël, porte en araméen ancien les noms de Joram, fils d'Achab, roi d'Israël, et d'Ochozias, de la maison de David, dans un récit de victoire attribué selon la lecture la plus reçue à Hazaël de Damas : les deux rois dont la chute scelle la mission d'Élisée contre la maison d'Achab sont attestés hors de la Bible, dans la langue de leur ennemi[11]. L'obélisque noir du même Salmanasar montre Jéhu, l'exécuteur oint sur l'ordre transmis par Élisée, prosterné en tributaire vers 841[12]. Quatre pierres, quatre rois du dossier d'Élisée, attestés hors de la Bible : le cadre politique du cycle est ancré dans l'histoire du IXe siècle.
Les témoins anciens d'Élisée
La chaîne des témoins qui parlent d'Élisée comme d'un homme réel part du IIe siècle avant Jésus-Christ et ne s'interrompt plus. Vers 180 av. J.-C., le sage Jésus, fils de Sira, lui consacre un éloge qui suppose le cycle complet déjà connu : l'esprit d'Élie reposant sur lui, aucun prince ne l'ayant intimidé, des prodiges pendant sa vie et des merveilles après sa mort[13].
« Quand Élie fut enveloppé dans le tourbillon, Élisée fut rempli de son esprit, et pendant toute sa vie aucun prince ne l'a intimidé, personne n'a pu le faire fléchir. » (Ben Sira, 48, 12[14])
« Rien ne lui résista, et, jusque dans la tombe, son corps manifesta son pouvoir de prophète. Pendant sa vie, il a fait des prodiges ; après sa mort, des œuvres merveilleuses. » (Ben Sira, 48, 13-14[15])
Vers la fin du Ier siècle, Flavius Josèphe raconte le cycle d'Élisée en historien, pour des lecteurs romains, au livre IX de ses Antiquités judaïques : l'expédition contre Moab, les merveilles du prophète, la veuve qu'il identifie comme la veuve d'Abdias, l'intendant d'Achab qui avait caché les cent prophètes[16]. La tradition rabbinique qu'il recueille voit même en Naaman l'archer qui blessa mortellement Achab à Ramoth-Galaad : le Syrien guéri serait l'homme dont la flèche avait tué le persécuteur d'Élie, ce qui donne à sa conversion une profondeur inattendue[17]. Le Nouveau Testament prend le relais avec Jésus et l'épître aux Hébreux, puis les Pères : saint Jérôme, dans son commentaire sur Abdias, enregistre la tradition qui fait de Samarie, la Sébaste d'Hérode, le lieu de sépulture d'Élisée, d'Abdias et de Jean-Baptiste[18]. Aucun de ces témoins, juif, romain ou chrétien, ne traite Élisée en symbole : tous parlent d'un homme dont on montre le tombeau.
- Vers 855-853 av. J.-C.L'appel à Abel-Mehola
Élie jette son manteau sur Élisée qui laboure ; l'appelé immole son attelage et suit le maître (1 R 19, 19-21).
- Vers 852 av. J.-C.La double part au Jourdain
- Vers 852-841 av. J.-C.Joram et la guerre de Moab
Avec Josaphat contre Mésha ; l'eau dans le oued et la victoire annoncées par Élisée (2 R 3). La stèle de Mésha raconte l'autre versant.
- Vers 850-840 av. J.-C.Sunem, Naaman, Dotân
L'enfant de la Sunamite rendu, le Syrien purifié dans le Jourdain, l'armée araméenne aveuglée puis relâchée (2 R 4 à 6).
- Vers 841 av. J.-C.Hazaël et Jéhu
Les deux onctions ordonnées à l'Horeb aboutissent : Hazaël à Damas, Jéhu à Jezreel, la maison d'Achab retranchée (2 R 8 à 10). Tel Dan et l'obélisque noir en témoignent.
- Vers 798-796 av. J.-C.Les flèches de Joas et les ossements
Le roi pleure sur le mourant, reçoit la promesse de trois victoires, puis un mort jeté dans le tombeau reprend vie au contact des ossements (2 R 13).
- Vers 180 av. J.-C.Ben Sira chante Élisée
L'éloge du chapitre 48 prouve que le cycle complet est reçu comme histoire sainte deux siècles avant le Christ.
- 14 juinLa fête du prophète
Les Carmes et les Églises orientales honorent Élisée avec son maître Élie, comme père de la vie prophétique du Carmel.
La vie d'Élisée
L'appel : le manteau et les douze paires de bœufs
Tout commence sur le chemin du retour de l'Horeb. Dieu a ordonné à Élie d'oindre trois hommes : Hazaël, Jéhu et Élisée, fils de Shafath, d'Abel-Mehola, prophète à sa place (1 R 19, 16)[19]. Élie trouve le jeune homme en train de labourer avec douze paires de bœufs, lui au milieu avec la douzième : le détail dit l'aisance d'une famille de propriétaires, et la violence de l'arrachement qui va suivre. Sans un mot, Élie jette son manteau sur lui et passe son chemin[20].
La réponse d'Élisée est immédiate et totale. Il court derrière Élie, demande seulement la permission d'embrasser son père et sa mère, puis il prend sa paire de bœufs, les immole, fait cuire la viande sur le bois de l'attelage, et donne à manger aux gens : il brûle ses vaisseaux, il rend le retour impossible, et il transforme ses adieux en festin. La Catholic Encyclopedia relève la leçon : le nouveau prophète ne retarde que le temps du sacrifice d'adieu, puis il suit Élie et le sert[21]. Des années de service silencieux commencent, dont l'Écriture ne dit rien, sinon qu'Élisée versait l'eau sur les mains d'Élie : le futur thaumaturge apprend la sainteté en servant, comme Josué avait servi Moïse avant de lui succéder[22].
La double part au Jourdain
Le dernier voyage des deux hommes traverse quatre stations : Guilgal, Béthel, Jéricho, le Jourdain, les écoles de prophètes que Samuel avait fondées et qu'Élie visite une dernière fois[23]. Trois fois Élie ordonne à son disciple de rester, trois fois Élisée jure qu'il ne le quittera pas. Cinquante frères-prophètes regardent de loin. Au bord du fleuve, Élie roule son manteau, frappe les eaux qui s'écartent, et tous deux passent à pied sec : le geste de Moïse à la mer et de Josué au même fleuve se répète, preuve que l'esprit des pères repose sur le Thesbite.
Alors Élisée formule sa demande : que la double part de ton esprit repose sur moi. Il réclame la part du premier-né selon la loi (Dt 21, 17), non un honneur mais une charge double : deux fois plus de mission, deux fois plus de miracles, deux fois plus de souffrance[24]. Élie répond que la demande est difficile, mais que si Élisée le voit enlevé, il l'obtiendra. Le char de feu aux chevaux de feu les sépare, Élie monte au ciel dans un ouragan, et le cri d'Élisée porte jusqu'à nous le titre que Joas reprendra cinquante ans plus tard sur son lit de mort.
« Mon père !... Mon père !... Char d'Israël et ses cavaliers ! » (Élisée, voyant Élie enlevé, 2 R 2, 12[25])
Élisée déchire ses vêtements, ramasse le manteau tombé, frappe à son tour les eaux en criant : où est le Seigneur, le Dieu d'Élie. Les eaux s'écartent, et les frères-prophètes de Jéricho confessent : l'esprit d'Élie repose sur Élisée (2 R 2, 15)[26]. La succession est consommée : le serviteur qui versait l'eau est devenu le maître qui ouvre le fleuve.
Les débuts : Jéricho, Béthel et Moab
À peine investi, Élisée accomplit deux signes opposés qui définissent tout son ministère : la douceur envers les humbles, la sévérité envers le mépris. Les gens de Jéricho se plaignent que l'eau est mauvaise et la terre stérile : Élisée demande un plat neuf rempli de sel, le jette à la source, et les eaux sont assainies jusqu'à ce jour, dit le texte[27]. Puis il monte à Béthel, le sanctuaire du veau d'or, et des petits garçons l'accueillent par la moquerie : monte, chauve, monte, chauve. Il les maudit au nom du Seigneur, et deux ours sortent du bois et en déchirent quarante-deux[28].
L'épisode scandalise, et l'article ne l'esquive pas. Béthel est le centre du culte schismatique fondé par Jéroboam, et la moquerie vise moins une calvitie que l'office : monte, comme ton maître est monté, toi le chauve sans autorité. Le nouveau prophète, à peine reconnu, doit montrer que le mépris organisé de la parole ne reste pas impuni, dans une ville où les adorateurs du veau dominent. La Catholic Encyclopedia y voit une crainte salutaire infligée aux adorateurs du veau[29]. Dieu, qui multipliera les pardons d'Élisée, commence par établir qu'on ne se moque pas impunément de son envoyé : la miséricorde suppose l'autorité, et l'autorité s'établit une fois.
Avant de se fixer à Samarie, Élisée passe quelque temps sur le mont Carmel, la montagne de son maître : la tradition carmélitaine y verra plus tard le berceau de sa propre filiation[30]. Puis vient la guerre de Moab. Mésha, qui payait à Israël un tribut de cent mille agneaux et la laine de cent mille béliers, se révolte à la mort d'Achab ; Joram d'Israël, Josaphat de Juda et le roi d'Édom marchent contre lui et s'enlisent assoiffés dans le désert d'Édom[31]. On appelle Élisée, qui commence par rabrouer Joram, puis, par égard pour Josaphat, demande un musicien : pendant que la musique joue, la main du Seigneur se pose sur lui. Creusez des fosses dans ce oued, annonce-t-il : sans vent ni pluie, le oued se remplira d'eau, et Moab sera livré. Au matin, l'eau venue d'Édom, rougie par le soleil levant, passe aux yeux des Moabites pour du sang : ils se ruent au pillage et tombent dans l'embuscade. La double prédiction, l'eau et la victoire, s'accomplit le lendemain matin[32].
La Sunamite : l'enfant promis puis rendu
À Sunem, au pied du Gelboé, une femme de condition retient Élisée à chaque passage, puis fait aménager pour lui une petite chambre haute : un lit, une table, un siège, une lampe. Le prophète, qui n'a rien à offrir, fait appeler la femme et lui promet, par la bouche de son serviteur Géhazi qui a remarqué qu'elle n'a pas de fils et que son mari est âgé : à cette même époque, l'an prochain, tu tiendras un fils dans tes bras. Elle se récrie, puis elle conçoit, puis l'enfant grandit[33].
Un jour de moisson, l'enfant se plaint de sa tête sur les genoux de son père, puis meurt à midi sur les genoux de sa mère. Alors commence l'une des plus belles pages du cycle. La Sunamite couche l'enfant sur le lit de l'homme de Dieu, ferme la porte, fait seller une ânesse et part au Carmel sans rien dire à son mari que ces mots : tout va bien. À Géhazi qui court à sa rencontre, même réponse : tout va bien. Mais arrivée devant Élisée, elle lui saisit les pieds, et le prophète comprend que le Seigneur le lui avait caché[34].
Géhazi envoyé devant avec le bâton du maître échoue : l'enfant ne s'éveille pas. Élisée monte, ferme la porte, prie, puis s'étend sur l'enfant, bouche contre bouche, yeux contre yeux, mains contre mains, et la chair de l'enfant se réchauffe ; il se retourne, s'étend de nouveau, et l'enfant éternue sept fois puis ouvre les yeux[35]. La scène reprend le geste d'Élie à Sarepta en l'amplifiant : le prophète épouse la mort de l'enfant pour lui rendre la vie, et les sept éternuements disent l'œuvre achevée. Des années plus tard, quand la Sunamite reviendra de Philistie après sept ans de famine, Géhazi racontera au roi comment Élisée rendit la vie au mort, et le roi lui fera restituer ses champs et leurs revenus : la résurrection porte ses fruits jusque dans l'économie du royaume (2 R 8, 1-6)[36].
Les pains, le pot et la hache : le quotidien des fils des prophètes
Entre les grands drames, le cycle montre Élisée au milieu des fils des prophètes, les communautés que Samuel avait fondées et qu'Élie visitait : un prophète nourricier, attentif aux marmites avant les batailles. Pendant une famine, un homme apporte des coloquintes sauvages qu'un disciple a cueillies par ignorance ; le pot est servi, les convives crient à la mort dans le pot. Élisée demande de la farine, la jette dans le pot, et le mets devient sain[37]. Un homme de Baal-Shalisha apporte vingt pains d'orge des prémices : donnez à ces gens, et qu'ils mangent, ordonne Élisée ; on servit cent hommes, ils mangèrent et il en resta, selon la parole du Seigneur[38]. Le lecteur de l'Évangile reconnaît la préface des multiplications du Christ : le Dieu qui nourrit cent hommes avec vingt pains en annoncera un qui nourrira des milliers avec cinq.
Même sollicitude pour un détail dérisoire : un fils des prophètes, qui équarrissait une poutre au bord du Jourdain, laisse tomber dans l'eau le fer de sa hache emprunté, et se lamente. Élisée jette un morceau de bois à l'endroit, et le fer se met à flotter[39]. Le miracle le plus humble du cycle est aussi le plus révélateur : rien de ce qui peine les petits n'est petit pour l'homme de Dieu, pas même un outil perdu. C'est le même qui aveuglera des armées et fera sacrer des rois.
Naaman et Géhazi : la lèpre qui change de maison
Naaman, général du roi d'Aram, est un lépreux que ses victoires, attribuées par l'Écriture au Seigneur lui-même, n'ont pas guéri. Une fillette d'Israël, captive au service de sa femme, prononce la phrase qui met tout en mouvement : si seulement mon maître allait trouver le prophète de Samarie, il le délivrerait de sa lèpre[40]. Le roi d'Aram écrit à Joram, qui déchire ses vêtements en y voyant un prétexte de guerre. Élisée intervient avec une hauteur souveraine : pourquoi as-tu déchiré tes vêtements ; qu'il vienne me trouver, et il saura qu'il y a un prophète en Israël.
Naaman arrive avec chevaux, chars et dix talents d'argent, et Élisée ne sort même pas : un messager lui ordonne de se baigner sept fois dans le Jourdain. Le général s'emporte : les fleuves de Damas ne valent-ils pas toutes les eaux d'Israël. Ses serviteurs le ramènent à la raison : si le prophète t'avait demandé quelque chose de difficile, tu l'aurais fait ; alors lave-toi, et tu seras pur. Il descend, plonge sept fois, et sa chair redevient semblable à celle d'un petit enfant[41].
« Il descendit jusqu'au Jourdain et s'y plongea sept fois, pour obéir à la parole de l'homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d'un petit enfant : il était purifié ! » (2 R 5, 14[42])
De retour, Naaman prononce la première confession monothéiste d'un païen dans l'histoire sainte.
« Désormais, je le sais : il n'y a pas d'autre Dieu, sur toute la terre, que celui d'Israël ! » (Naaman le Syrien, 2 R 5, 15[43])
Élisée refuse tout présent, puis autorise deux requêtes étonnantes : emporter de la terre d'Israël, à charges de mulets, pour y sacrifier au vrai Dieu en Syrie, et recevoir d'avance le pardon pour les prosternations rituelles que sa charge l'obligera à esquisser dans le temple de Rimmôn en soutenant le bras du roi. Va en paix, conclut le prophète : la conscience du converti, encore liée par sa charge, est ménagée avec une délicatesse qui annonce la pédagogie de l'Église envers les néophytes[44].
Le revers est immédiat. Géhazi, le serviteur, court réclamer au Syrien ce que son maître a refusé, puis ment pour le cacher. Élisée, qui l'a suivi en esprit, prononce la sentence inverse du Jourdain : la lèpre de Naaman va s'attacher à toi et à ta descendance pour toujours, et Géhazi sort lépreux, blanc comme neige[45]. En un chapitre, la lèpre quitte un païen humble pour frapper un Israélite cupide : la gratuité du don est le cœur du récit, et Jésus s'en souviendra à Nazareth.
Dotân et Samarie assiégée : le prophète qui voit l'invisible
Le roi d'Aram, Ben-Hadad, fait la guerre à Israël, et chacune de ses embuscades est éventée : l'homme de Dieu avertit le roi, qui se tient sur ses gardes, pas une fois ni deux. Ben-Hadad croit à un traître et apprend qu'il s'agit d'Élisée, qui sait jusqu'aux paroles prononcées dans la chambre à coucher. Il envoie de nuit cerner Dotân, où se trouve le prophète. Au matin, le serviteur affolé ne voit que les chevaux et les chars ennemis. Élisée prie que Dieu lui ouvre les yeux, et le jeune homme découvre la montagne pleine de chevaux et de chars de feu autour d'Élisée[46].
« Sois sans crainte, car ceux qui sont avec nous sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux. » (Élisée à son serviteur, 2 R 6, 16[47])
La phrase est entrée dans la prière de l'Église comme le mot de passe des assiégés. Élisée frappe ensuite les Araméens d'aveuglement, les conduit à Samarie en se donnant pour leur guide, leur fait ouvrir les yeux au milieu de la capitale ennemie, puis, quand Joram veut les massacrer, ordonne au contraire de leur servir un festin et de les renvoyer : les bandes araméennes cessent leurs incursions[48]. Le prophète qui rend coup pour coup aux moqueurs de Béthel désarme ici une armée par un repas : la sévérité et la douceur obéissent à la même sagesse.
Le siège revient pourtant, et avec lui la famine la plus atroce du cycle : à Samarie investie, une tête d'âne se vend quatre-vingts sicles d'argent, et le quart d'un qab de fiente de pigeon cinq sicles ; deux mères se disputent jusqu'à manger leurs enfants. Joram, qui porte le sac sur sa peau sous son manteau, jure la mort d'Élisée et envoie son bourreau[49]. Le prophète, qui tient conseil avec les anciens, fait fermer la porte au messager, puis annonce pour le lendemain, à la porte de Samarie, un sea de fleur de farine pour un sicle : l'officier du roi ricane que même si le Seigneur ouvrait les écluses du ciel, cela n'arriverait pas. Tu le verras de tes yeux, répond Élisée, mais tu n'en mangeras pas. Dans la nuit, le Seigneur fait entendre aux Araméens un bruit de chars et de chevaux : ils fuient en abandonnant tout, quatre lépreux découvrent le camp vide, et la foule qui se rue à la porte piétine l'officier incrédule, qui meurt sans avoir mangé[50]. La parole s'accomplit au mot près, dans les deux sens : abondance pour les affamés, jugement pour le moqueur.
Hazaël et Jéhu : les deux oints de l'Horeb
L'ordre reçu à l'Horeb s'exécute avec lenteur, et c'est Élisée qui l'achève. Ben-Hadad malade envoie Hazaël, son officier, consulter l'homme de Dieu alors à Damas : le roi guérira-t-il. Élisée fixe longuement Hazaël, puis pleure : je sais, dit-il, tout le mal que tu feras aux fils d'Israël, les places fortes livrées au feu, les jeunes gens massacrés, les femmes éventrées. Pourquoi mon seigneur pleure-t-il, demande Hazaël ; et le lendemain, il étouffe son maître sous une couverture trempée et règne à sa place[51]. Josèphe raconte la scène de même, en historien qui connaît les usages des cours orientales[52]. Le prophète de la miséricorde pleure d'avance sur les victimes du roi qu'il doit oindre : l'onction n'approuve pas les crimes, elle accomplit le jugement.
Pour Jéhu, Élisée n'y va pas lui-même : il envoie un fils des prophètes porter la fiole d'huile à Ramoth-Galaad, oindre Jéhu en secret, puis fuir sans attendre. Jéhu, proclamé par ses compagnons, monte à Jezreel, perce Joram d'une flèche entre les épaules, fait précipiter Jézabel par ses eunuques, et extermine les soixante-dix fils d'Achab : les sentences d'Élie sur la vigne de Nabot s'accomplissent point par point, par les mains ointes sur l'ordre transmis par Élisée[53]. La stèle de Tel Dan, qui attribue ces morts à Hazaël, et le récit biblique, qui les attribue à Jéhu, se disputent l'exécution, non les faits : les deux rois sont morts en 841, la maison d'Achab est tombée, et Damas comme Samarie en gardent la trace[54].
La mort et les ossements qui rendent la vie
Le cycle s'achève comme il avait commencé : par une transmission. Élisée, malade de la maladie dont il doit mourir, reçoit Joas, roi d'Israël, qui pleure sur lui et reprend le cri du Jourdain.
« Élisée tomba malade de la maladie dont il devait mourir. Joas, roi d'Israël, descendit chez lui et pleura sur son épaule. Il disait : Mon père !... Mon père !... Char d'Israël et ses cavaliers ! » (2 R 13, 14[55])
Le mourant ordonne au roi de tirer une flèche par la fenêtre vers l'orient, la flèche de la victoire sur Aram à Apheq, puis de frapper le sol de ses flèches : Joas frappe trois fois et s'arrête, et Élisée s'irrite, car il aurait fallu frapper cinq ou six fois pour anéantir Aram. Joas ne remportera que trois victoires, et le texte note sobrement qu'il en fut ainsi[56]. Jusqu'au bout, le prophète mesure la foi des rois à leurs gestes : trois coups, trois victoires, ni plus ni moins.
Puis Élisée meurt, et on l'ensevelit. L'année suivante, des porteurs qui enterrent un homme aperçoivent une bande de Moabites, jettent le corps dans la tombe d'Élisée et s'enfuient. L'homme touche les ossements d'Élisée, reprend vie et se dresse sur ses pieds[57].
« L'homme toucha les ossements d'Élisée, il reprit vie et se dressa sur ses pieds. » (2 R 13, 21[58])
Ben Sira avait tout dit d'avance : jusque dans la tombe, son corps manifesta son pouvoir de prophète. La mission survit au missionnaire, et le dernier miracle du cycle est posthume : celui qui avait rendu deux enfants à leurs mères rend un inconnu à la vie sans même ouvrir la bouche. L'Église y verra le sceau de toute sa vie, et le premier précédent, dans l'Écriture, de la puissance que Dieu attache aux restes de ses saints[59].
La théologie d'Élisée : la double part et la miséricorde
La double part : l'héritage du premier-né
La demande d'Élisée au Jourdain n'est pas une convoitise de puissance : dans la loi d'Israël, la double part est la part de l'aîné, celui qui reçoit deux fois plus parce qu'il portera deux fois plus de la charge du père (Dt 21, 17). En réclamant cette part, Élisée se déclare fils premier-né d'Élie dans l'ordre prophétique, et il accepte d'avance le prix : là où Élie affronta un roi et une reine, Élisée affrontera quatre rois d'Israël, deux rois d'Aram et deux sièges. Le texte lui donne raison : les miracles d'Élisée sont plus nombreux, plus quotidiens, plus mêlés aux humbles besognes que ceux de son maître, comme si l'esprit reçu au double se dépensait au détail[60].
Le prophète des petits et des païens
Comptez les bénéficiaires : une veuve endettée, une Sunamite stérile, cent affamés, un emprunteur maladroit, un général syrien, quatre lépreux affamés, une armée ennemie à qui l'on sert un festin. Élisée est le prophète que les puissants consultent et que les petits possèdent : il loge dans une chambre de Sunem, mange chez les fils des prophètes, et refuse l'argent du Syrien comme il refuse que Joram massacre ses prisonniers. Sa miséricorde n'est pas de la faiblesse : le même homme maudit les moqueurs de Béthel, frappe Géhazi de la lèpre et fait fermer la porte au bourreau de Joram. Elle est le discernement d'un cœur qui sait qui écraser et qui relever, et qui ne confond jamais les deux[61].
Le sommet est Naaman : un étranger, un ennemi, un chef d'armée, purifié dans le Jourdain pendant que les lépreux d'Israël restent impurs, et qui repart avec de la terre d'Israël pour adorer le vrai Dieu en Syrie. Avec la veuve de Sarepta au temps d'Élie, Naaman forme le diptyque que Jésus brandira à Nazareth : le salut déborde Israël avant même que l'Évangile ne soit annoncé, et ce sont deux païens, une Phénicienne et un Syrien, qui en portent le premier témoignage.
Élie et Élisée : le feu et la douceur
Le récit construit une symétrie voulue entre le maître et le disciple, que le tableau ci-dessous rend visible. Loin d'être un artifice de rédacteur tardif, cette symétrie est revendiquée par le texte lui-même : même manteau, même Jourdain, même cri de reconnaissance, et deux destins qui se répondent comme le feu et la rosée.
| Trait | Élie | Élisée |
|---|---|---|
| L'entrée | Surgit sans généalogie devant Achab (1 R 17, 1) | Appelé par son nom, fils de Shafath d'Abel-Mehola (1 R 19, 16) |
| Le Jourdain | Ouvre les eaux avec le manteau (2 R 2, 8) | Ouvre les eaux avec le même manteau (2 R 2, 14) |
| Le feu | Fait tomber le feu sur le Carmel et les capitaines | Fait tomber la pluie dans le oued et la cécité sur une armée |
| Les païens | La veuve de Sarepta nourrie | Naaman le Syrien purifié |
| Les enfants rendus | Le fils de la veuve (1 R 17) | Le fils de la Sunamite (2 R 4) |
| La fin | Enlevé vivant, sans tombeau (2 R 2) | Enseveli, et sa tombe rend la vie (2 R 13) |
C'est pourquoi Joas pleure sur Élisée avec les mots mêmes d'Élisée sur Élie : le char d'Israël a changé de conducteur, mais c'est le même char. Et c'est pourquoi l'un monte au ciel sans mourir pendant que l'autre ressuscite sans parler : les deux destins disent ensemble que la mort n'arrête ni le prophète ni sa mission[62].
L'accomplissement chrétien : Naaman à Nazareth
« Aucun d'eux ne fut purifié, mais bien Naaman le Syrien »
À Nazareth, dans la synagogue, Jésus relit l'histoire d'Élisée comme un fait qui juge ses auditeurs. Après avoir rappelé la veuve de Sarepta, il ajoute la phrase qui fait se lever la foule pour le précipiter du haut de la colline.
« Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d'eux n'a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. » (Jésus à Nazareth, Lc 4, 27[63])
L'argument suppose trois choses, et Jésus les suppose publiquement : qu'Élisée a existé, que Naaman a été purifié, et que ses auditeurs le savent. La leçon est double : Dieu donne sa grâce où il veut, et l'incrédulité des proches expose à voir les lointains passer devant. Les Nazaréens comprennent si bien qu'ils tentent de tuer le prédicateur : on ne veut pas assassiner un conteur de paraboles, on veut faire taire un témoin[64].
Les morts rendus et les pains multipliés
L'épître aux Hébreux, dans la galerie des héros de la foi, célèbre des femmes qui recouvrèrent leurs morts par la résurrection (He 11, 35)[65]. La tradition y reconnaît les deux veuves des deux prophètes : celle de Sarepta, dont Élie releva le fils, et la Sunamite, dont Élisée releva l'enfant. Les deux résurrections de l'Ancien Testament sont des femmes qui les reçoivent, et ce sont des mères : la vie rendue passe par le cœur qui avait porté[66].
Les Évangiles reprennent les gestes sans les citer. Jésus relève le fils de la veuve de Naïm en touchant le cercueil, comme Élisée s'était étendu sur l'enfant de Sunem ; il rend la fille de Jaïre à des parents en pleurs, dans la chambre fermée où Élisée avait fermé la porte. Et quand il nourrit la foule, c'est le miracle des vingt pains pour cent hommes qui se rejoue à une autre échelle : le Dieu d'Élisée, qui fait rester du pain après cent rassasiés, est le même qui fera rester douze paniers après cinq mille[67]. Élisée n'annonce pas le Christ par des oracles écrits : il l'annonce par ses mains, en faisant d'avance ce que le Christ fera.
Élisée dans la liturgie et sur la terre d'Israël
Le 14 juin : la fête du disciple avec son maître
Élisée est fêté le 14 juin par l'ordre du Carmel, qui l'honore avec Élie comme père et inspirateur de la vie prophétique du Carmel, et par les Églises orientales, qui lui donnent le même rang que son maître[68]. Le calendrier des Carmes déchaux l'inscrit comme mémoire facultative : le disciple y figure à côté du maître, fêté lui le 20 juillet, et les deux prophètes y sont célébrés comme les fondateurs et les patriarches des deux ordres du Carmel[69]. L'Église latine, qui ne met au calendrier que peu de saints de l'Ancien Testament, fait ici une exception qui en dit long : l'ordre né sur la montagne d'Élie a voulu le fils à côté du père.
La liturgie romaine proclame le grand épisode de Naaman au cœur du Carême : la guérison du Syrien est la première lecture du lundi de la troisième semaine de Carême, avec pour évangile la page de Nazareth où Jésus cite Naaman (Lc 4, 24-30). Les catéchumènes qui s'avancent vers le baptême entendent ainsi, la même semaine, les sept bains du Jourdain et la colère des Nazaréens : la purification offerte et la purification refusée[70]. Et la parole de Dotân, ceux qui sont avec nous sont plus nombreux, accompagne depuis des siècles la prière des assiégés et des éprouvés.
Les lieux d'Élisée aujourd'hui
Le pèlerin qui veut marcher sur les pas d'Élisée trouve des lieux de mémoire plus que des ruines prouvées, et l'honnêteté commande de le dire. Abel-Mehola, sa patrie, est cherchée dans la vallée du Jourdain au sud de Beth-Shéan. Le Carmel offre la source d'Élie et les grottes des ermites. Sunem est l'actuelle Soulam, au pied du Gelboé, face à la plaine d'Ysreel. Dotân est identifiée à Tell Dotan, au nord de la Samarie, où une cuvette entourée de collines garde la topographie du récit : une armée en bas, un prophète qui voit plus haut[71]. Samarie, la Sébaste d'Hérode, garde le souvenir du tombeau : dès le IVe siècle, les pèlerins y vénèrent les restes d'Élisée avec ceux d'Abdias et de Jean-Baptiste, selon la tradition enregistrée par saint Jérôme ; la crypte dite de Jean-Baptiste, à Sébaste, porte encore cette triple mémoire[72]. Le Jourdain coule toujours à l'endroit des passages. Aucune de ces traditions ne prouve le récit, mais leur convergence dessine une géographie cohérente avec le texte : les lieux d'Élisée sont ceux du IXe siècle, non ceux d'une légende désincarnée.
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
L'hypothèse : un recueil de légendes pieuses
Pour comprendre le débat, il faut d'abord l'exposer loyalement. Depuis Martin Noth et ses Études sur l'histoire de la tradition (1943), une partie de l'exégèse contemporaine propose que les livres des Rois appartiennent à une grande histoire deutéronomiste : un récit de la royauté composé pendant l'exil, au VIe siècle, pour expliquer la catastrophe de 587 par l'infidélité des rois à l'alliance[73]. Dans ce cadre, le cycle d'Élisée passe pour un recueil de récits d'abord indépendants, des légendes de thaumaturge colportées par les milieux prophétiques, insérées après coup dans la trame royale et retouchées par des mains exiliques ou postexiliques. Frank Cross a affiné le modèle en 1973 avec deux rédactions successives, l'une sous Josias, l'autre pendant l'exil[74]. Certains y ajoutent que les miracles quotidiens, ours, hache flottante, pot assaini, trahissent le conte populaire, et que la figure de l'homme de Dieu relève d'un genre littéraire plutôt que de l'histoire[75].
Ces travaux contiennent des observations littéraires réelles : le cycle d'Élisée forme un ensemble repérable, avec ses refrains, ses doublons et ses coutures visibles. L'article ne le nie pas : un texte ancien peut avoir été recueilli, ordonné et retouché sans cesser d'être véridique, comme les Évangiles eux-mêmes assemblent des traditions sans inventer leur héros.
Cinq fragilités de la lecture basse
Première fragilité : le présupposé anti-miraculeux. Quand toute intervention divine classe d'office un récit parmi les fictions tardives, la datation basse est présupposée, non démontrée : le miracle devient la preuve de la légende au lieu d'être l'objet de l'enquête. C'est un postulat philosophique, pas un résultat historique, et Benoît XVI a mis en garde contre l'exégèse qui réduit le texte à des strates sans jamais rencontrer les personnes[76].
Deuxième fragilité : les datations circulaires. Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon un présupposé d'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution : le raisonnement tourne sur lui-même sans point d'appui extérieur[77].
Troisième fragilité : l'argument du silence. L'absence de mention d'Élisée hors des Rois avant Ben Sira est traitée comme preuve de tardiveté, comme si les annales royales et les prophètes écrivains devaient tout citer. Or les Chroniques, qui réécrivent les Rois, taisent Élisée presque entièrement : personne n'en conclut que les Chroniques prouvent son inexistence, seulement qu'elles ont un autre propos[78].
Quatrième fragilité : les sources invisibles. Aucun manuscrit des strates supposées n'existe ; leurs frontières et leurs dates varient selon les écoles, et ce que l'une attribue à l'exil, l'autre l'attribue à Josias ou au retour[79].
Cinquième fragilité : le démenti des pierres et des noms. Plus l'archéologie avance, plus le cadre se consolide : Omri, Achab, Joram, Ochozias, Jéhu et Hazaël sont nommés hors de la Bible ; les noms araméens du cycle, Ben-Hadad, Hazaël, Naaman, sont authentiquement syriens du IXe siècle ; la stèle de Mésha confirme jusqu'au tribut chiffré de cent mille agneaux que le récit suppose connu[80].
Pourquoi la datation traditionnelle reste défendable
Trois faisceaux convergent. D'abord, l'ancienneté du témoignage : Ben Sira, vers 180 av. J.-C., connaît le cycle complet, jusqu'aux ossements qui ressuscitent ; il faut donc que l'ensemble soit fixé bien avant les datations les plus basses proposées pour ses strates, ce qui resserre considérablement la marge des reconstructions[81]. Ensuite, la couleur d'époque : procédures juridiques de Jezreel, prix en sicles pendant un siège, géographie exacte de Dotân à Damas, alliance phénicienne par mariage royal, annales assyriennes, tout respire le IXe siècle levantin[82]. Enfin, la psychologie du récit : un Géhazi cupide conservé dans la mémoire d'une école de prophètes, un officier incrédule piétiné à la porte, un prophète moqué pour sa calvitie, un Hazaël pleuré d'avance : une légende dorée n'invente ni la honte des siens ni les larmes sur l'ennemi. Le texte porte les marques du vécu, non celles de l'édification fabriquée[83].
La conclusion tient en une phrase : on peut discuter des retouches et de l'ordre des épisodes, on ne peut pas, sans arbitraire, transformer en fiction tardive un dossier ancré dans le IXe siècle, attesté par quatre inscriptions contemporaines, reçu par toute la tradition juive et chrétienne, et traité comme histoire par le Christ lui-même.
Pour aller plus loin
- Élie : le maître au manteau, dont Élisée reçut la double part au Jourdain.
- Moïse : l'homme de la mer ouverte, dont le geste se répète deux fois au Jourdain.
- Samuel : le fondateur des écoles de prophètes où Élisée vécut et nourrit les fils.
- David : le roi dont la maison, par Ochozias, croise la chute de la maison d'Achab.
- Josué : celui qui ouvrit le Jourdain le premier, avant Élie puis Élisée.
Notes et références
Les livres des Rois forment avec Josué, les Juges et Samuel les Prophètes antérieurs du canon hébraïque reçu par l'Église. Voir saint Jérôme, Prologus Galeatus, sur l'ordre des vingt-deux livres.
1Concile de Trente, IVe session, décret Sacrosancta, 8 avril 1546 : les livres des Rois figurent au canon reçu, avec l'Ancien Testament tout entier.
2Sur l'unité du cycle : la structure appel, succession, miséricorde, nations, guerres, mort posthume est revendiquée par le texte lui-même, de 1 R 19 à 2 R 13.
3Lc 4, 27 ; He 11, 35 : le Nouveau Testament traite Élisée et ses miracles en faits de l'histoire sainte.
4Talmud de Babylone, traité Baba Batra, 15a : Jérémie a écrit son livre, les Rois et les Lamentations. Attribution constante de la tradition juive.
5Saint Jérôme, Prologus Galeatus (préface à Samuel et aux Rois), fin IVe siècle : les livres des Rois parmi les livres historiques du canon hébraïque des vingt-deux livres.
6Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, § 14-16, 18 novembre 1965 : les livres de l'Ancien Testament, inspirés, gardent une valeur impérissable et préparent l'Évangile.
7Edwin R. Thiele, The Mysterious Numbers of the Hebrew Kings, University of Chicago Press, 1951 : Joram 852-841, Jéhu 841-814, Joachaz 814-798, Joas 798-782. Michael D. Coogan retient des dates voisines à un an près.
8Monolithe de Kurkh, règne de Salmanasar III, bataille de Qarqar, 853 av. J.-C. : Achab d'Israël parmi les coalisés, avec deux mille chars, le plus fort contingent. British Museum, Londres.
9Stèle de Mésha, roi de Moab, vers 840-830 av. J.-C. : Omri, roi d'Israël, et son fils nommés comme oppresseurs de Moab ; révolte après la mort d'Achab, comme en 2 R 1, 1 et 3, 4-5. Musée du Louvre, Paris.
10Stèle de Tel Dan, araméen ancien, milieu du IXe siècle, découverte en 1993 : Joram fils d'Achab, roi d'Israël, et Ochozias de la maison de David ; auteur probable Hazaël de Damas. Musée d'Israël, Jérusalem.
11Obélisque noir de Salmanasar III, vers 841 av. J.-C. : Jéhu, dit fils d'Omri, prosterné en tributaire. British Museum, Londres.
12Ben Sira, 48, 12-14, vers 180 av. J.-C. : l'éloge complet d'Élisée, premier témoin daté du cycle entier.
13Livre de Ben Sira le Sage, 48, 12 : Élisée rempli de l'esprit d'Élie, aucun prince ne l'intimida. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.
14Livre de Ben Sira le Sage, 48, 13-14 : jusque dans la tombe, prodiges pendant sa vie et merveilles après sa mort. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.
15Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre IX, fin Ier siècle : l'expédition contre Moab, les merveilles d'Élisée, la veuve identifiée à celle d'Abdias (IX, 4, 2).
16Tradition rabbinique recueillie par Josèphe (Antiquités) : Naaman serait l'archer qui blessa mortellement Achab à Ramoth-Galaad (1 R 22, 34). Voir aussi Mekhilta, Yitro. Tradition rapportée, non dogme.
17Saint Jérôme, commentaire sur Abdias : Samarie serait le lieu de sépulture d'Élisée, d'Abdias et de Jean-Baptiste. Tradition enregistrée au IVe siècle.
18Premier livre des Rois, 19, 16 : Élisée, fils de Shafath, d'Abel-Mehola, oint prophète à la place d'Élie. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
19Premier livre des Rois, 19, 19-21 : le manteau jeté, les douze paires de bœufs, la viande cuite sur le bois de l'attelage. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
20Daniel Duffy, Eliseus, Catholic Encyclopedia, vol. 5, New York, Robert Appleton Company, 1909, sur newadvent.org : le sacrifice d'adieu, puis il suivit Élie et le servit.
212 R 3, 11 : Élisée versait l'eau sur les mains d'Élie. Le service avant la succession, comme Josué avec Moïse.
22Deuxième livre des Rois, 2, 1-15 : Guilgal, Béthel, Jéricho, Jourdain, char de feu, manteau. Traduction liturgique de l'AELF, textes vérifiés sur aelf.org.
23Dt 21, 17 : la double part du premier-né. Élisée réclame l'héritage de l'aîné dans l'ordre prophétique.
24Deuxième livre des Rois, 2, 12 : Mon père, mon père, char d'Israël et ses cavaliers. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.
25Deuxième livre des Rois, 2, 15 : l'esprit d'Élie repose sur Élisée. La confession des fils des prophètes de Jéricho.
26Deuxième livre des Rois, 2, 19-22 : le plat neuf, le sel jeté à la source, les eaux assainies jusqu'à ce jour. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
27Deuxième livre des Rois, 2, 23-24 : la moquerie de Béthel, les deux ours, les quarante-deux. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
28Daniel Duffy, Eliseus, Catholic Encyclopedia, 1909, sur newadvent.org : Élisée sut frapper d'une crainte salutaire les adorateurs du veau de Béthel.
29Daniel Duffy, Eliseus, Catholic Encyclopedia, 1909, sur newadvent.org : avant de se fixer à Samarie, le prophète passa quelque temps sur le mont Carmel (2 R 2, 25).
30Deuxième livre des Rois, 3, 4-27 : le tribut de Mésha, les trois rois assoiffés, le musicien, les fosses, l'eau et la victoire. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
312 R 3, 16-24 : la double prédiction accomplie au matin. Le texte souligne l'accomplissement littéral, eau et victoire ensemble.
32Deuxième livre des Rois, 4, 8-17 : la chambre haute, Géhazi, la promesse d'un fils à la même époque l'an prochain. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
332 R 4, 18-31 : l'enfant mort à midi, le départ pour le Carmel, le tout va bien répété, le bâton de Géhazi inefficace. La foi qui ne dit rien et fait tout.
34Deuxième livre des Rois, 4, 32-37 : la porte fermée, la prière, le corps étendu sur l'enfant, les sept éternuements. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
35Deuxième livre des Rois, 8, 1-6 : les sept ans en Philistie, le récit de Géhazi au roi, la restitution des champs et des revenus.
36Deuxième livre des Rois, 4, 38-41 : les coloquintes sauvages, la mort dans le pot, la farine jetée. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
37Deuxième livre des Rois, 4, 42-44 : les vingt pains d'orge des prémices, cent hommes rassasiés, et il en resta. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
38Deuxième livre des Rois, 6, 1-7 : le fer emprunté tombé au Jourdain, le bois jeté, le fer qui flotte. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
39Deuxième livre des Rois, 5, 1-8 : Naaman lépreux, la fillette captive, Joram qui déchire ses vêtements, l'intervention d'Élisée. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
40Deuxième livre des Rois, 5, 9-13 : les chevaux et les chars devant la maison, le messager, la colère, puis la sagesse des serviteurs. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
41Deuxième livre des Rois, 5, 14 : les sept plongées, la chair d'un petit enfant. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.
42Deuxième livre des Rois, 5, 15 : la confession monothéiste de Naaman. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.
432 R 5, 16-19 : les présents refusés, la terre à charges de mulets, le pardon anticipé pour Rimmôn, le va en paix. La délicatesse envers la conscience du converti.
44Deuxième livre des Rois, 5, 20-27 : la course de Géhazi, le mensonge, la sentence, blanc comme neige. Traduction liturgique de l'AELF, textes vérifiés sur aelf.org.
45Deuxième livre des Rois, 6, 8-17 : les embuscades éventées, Dotân cernée, la montagne pleine de chevaux et de chars de feu. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
46Deuxième livre des Rois, 6, 16 : ceux qui sont avec nous sont plus nombreux. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
47Deuxième livre des Rois, 6, 18-23 : l'aveuglement, la conduite à Samarie, le festin ordonné contre l'avis de Joram. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
48Deuxième livre des Rois, 6, 24-33 : le siège de Ben-Hadad, la tête d'âne à quatre-vingts sicles, les deux mères, le sac de Joram, le bourreau envoyé. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
49Deuxième livre des Rois, 7, 1-20 : le sea de farine pour un sicle, l'incrédulité de l'officier, la fuite des Araméens, les quatre lépreux, l'officier piétiné. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
50Deuxième livre des Rois, 8, 7-15 : Hazaël à Damas, les larmes d'Élisée, la couverture trempée. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
51Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, IX, 3 : Hazaël étouffe Ben-Hadad. Le récit suit 2 R 8, 15 en historien des cours orientales.
52Deuxième livre des Rois, 9, 1 à 10, 30 : la fiole portée à Ramoth-Galaad, Joram percé, Jézabel précipitée, les soixante-dix fils. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
53La stèle attribue les morts à son auteur (Hazaël selon la lecture reçue), la Bible à Jéhu : le débat porte sur l'exécutant proclamé, non sur les morts datées de 841 ni sur la chute de la maison d'Achab.
54Deuxième livre des Rois, 13, 14 : Élisée malade, Joas qui pleure, le cri du Jourdain repris. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.
55Deuxième livre des Rois, 13, 15-19 et 22-25 : la flèche d'Apheq, les trois coups, les trois victoires. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
56Deuxième livre des Rois, 13, 20-21 : la tombe d'Élisée, les Moabites, le contact des ossements. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.
57Deuxième livre des Rois, 13, 21 : l'homme toucha les ossements, reprit vie, se dressa. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.
582 R 13, 21 avec Si 48, 13-14 : le premier précédent scripturaire de la puissance attachée aux restes des saints, fondement invoqué pour le culte des reliques.
59Dt 21, 17 avec 2 R 2, 9 : la part de l'aîné comme charge double. Le ministère d'Élisée, plus long et plus quotidien que celui d'Élie, vérifie la demande.
602 R 4 à 7 : veuve, Sunamite, affamés, Syrien, lépreux, ennemis festoyés. L'inventaire des bénéficiaires fonde le titre de prophète de la miséricorde.
61La symétrie est interne au texte (manteau, Jourdain, cri) et scellée par Joas reprenant le cri d'Élisée en 2 R 13, 14.
62Évangile selon saint Luc, 4, 27 : aucun lépreux purifié, mais bien Naaman le Syrien. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.
63Lc 4, 28-30 : la fureur des Nazaréens, la montée au sommet, le passage au milieu d'eux. On ne lynche pas un conteur, on fait taire un témoin.
64Épître aux Hébreux, 11, 35 : des femmes recouvrèrent leurs morts par la résurrection. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
65Lecture reçue : Sarepta (1 R 17) et Sunem (2 R 4), les deux résurrections opérées par les deux prophètes au profit de deux mères.
662 R 4, 42-44 avec Jn 6, 1-13 : vingt pains pour cent hommes avec reste, cinq pains pour cinq mille avec douze paniers. Le même Dieu, la même surabondance.
67Ordre du Carmel et Églises orientales : saint Élisée honoré le 14 juin, disciple et successeur d'Élie, comme le rapporte le New Liturgical Movement d'après les calendriers carmes et byzantins.
68Calendrier des Carmes déchaux : saint Élisée prophète, mémoire facultative au 14 juin, à côté de saint Élie au 20 juillet.
69Ordo Lectionum Missae, lundi de la troisième semaine de Carême : première lecture 2 R 5, 1-15, évangile Lc 4, 24-30. Naaman proclamé devant les catéchumènes.
70Tell Dotan, au nord de la Samarie : cuvette entourée de collines correspondant à la topographie de 2 R 6. Identification reçue des archéologues, non preuve du récit.
71Sébaste (Samarie) : tradition du tombeau d'Élisée, d'Abdias et de Jean-Baptiste dès le IVe siècle, enregistrée par saint Jérôme ; crypte dite de Jean-Baptiste encore visible.
72Martin Noth, Überlieferungsgeschichtliche Studien, 1943 : l'hypothèse de l'histoire deutéronomiste, récit exilique expliquant 587 par l'infidélité. Exposée loyalement, discutée ensuite.
73Frank M. Cross, Canaanite Myth and Hebrew Epic, Harvard, 1973 : double rédaction deutéronomiste, sous Josias puis pendant l'exil. Hypothèse interprétative, non verdict.
74Une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire les miracles quotidiens du cycle comme des traits de conte populaire : lecture possible du genre, non preuve de fiction.
75Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans rencontrer les personnes.
76Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon un présupposé d'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution.
77Les Chroniques taisent Élisée presque entièrement : le silence d'un livre postérieur à autre propos ne prouve pas l'inexistence.
78Aucun manuscrit des strates supposées n'existe ; leurs frontières et leurs dates varient selon les écoles.
79Kurkh, Mésha, Tel Dan, obélisque noir : Omri, Achab, Joram, Ochozias, Jéhu, Hazaël attestés hors de la Bible ; noms araméens authentiques du IXe siècle.
80Si 48, vers 180 av. J.-C. : le cycle complet, jusqu'aux ossements, est fixé bien avant les datations basses proposées pour ses strates.
81Prix en sicles, tribut chiffré, procédures, géographie, alliance phénicienne, annales assyriennes : le dossier respire le IXe siècle levantin.
82Géhazi conservé, officier piétiné, calvitie moquée, Hazaël pleuré : les marques du vécu, non de la légende dorée.
83