L'épître aux Hébreux

La dernière des lettres pauliniennes, écrite depuis l'Italie vers 63-64 : le Christ grand prêtre selon Melkisédek, son sacrifice unique entré une fois pour toutes, les héros de la foi du chapitre 11, et seize siècles de réception dans l'Église.

Ignispedia

L'épître aux Hébreux est, dans l'ordre reçu par l'Église, le dix-neuvième livre du Nouveau Testament et la dernière des lettres du corpus paulinien : treize chapitres sans nom d'auteur ni salutation initiale, qui démontrent aux chrétiens issus du judaïsme que le Christ est supérieur aux anges, à Moïse et à tout le sacerdoce lévitique, parce qu'il est le grand prêtre définitif selon l'ordre de Melkisédek, entré une fois pour toutes dans le sanctuaire avec son propre sang. La tradition d'Orient l'a toujours tenue pour une lettre de saint Paul, l'Occident l'a reçue après hésitation au quatrième siècle, et le concile de Trente l'a fixée parmi les quatorze lettres de l'Apôtre. On la date traditionnellement des années 63 à 64, écrite depuis l'Italie avant la ruine du Temple de Jérusalem, et son chapitre 11, la grande galerie des héros de la foi d'Abel aux Maccabées, compte parmi les pages les plus proclamées de toute la Bible, à Noël, le Vendredi saint et le dix-neuvième dimanche du temps ordinaire.

Elle ne ressemble à aucune autre lettre : pas d'adresse, pas de signature, un grec plus pur que tout le reste du Nouveau Testament, des citations de l'Ancien Testament prises dans la Septante et données comme la parole même de Dieu, et une conclusion brève qui nomme Timothée et salue de la part de ceux d'Italie. C'est, selon le mot de son dernier verset d'exhortation, une parole d'encouragement adressée à des croyants tentés de retourner au culte du Temple. L'article présente d'abord la lettre telle que l'Église la reçoit, sa place dans le canon, son auteur, sa datation, ses destinataires, ses témoins anciens, son texte, son plan détaillé, sa théologie, sa postérité dans la vie de l'Église et sa présence dans la liturgie, puis le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. La synthèse des vingt-sept livres se lit dans Le Nouveau Testament, le récit des voyages apostoliques dans Les Actes des Apôtres, les quatre évangiles dans L'Évangile selon saint Matthieu, L'Évangile selon saint Marc, L'Évangile selon saint Luc et L'Évangile selon saint Jean, et les deux grandes lettres déjà traitées dans L'épître aux Romains et La première épître aux Corinthiens.

La place d'Hébreux dans le canon des Écritures

Le dix-neuvième livre du Nouveau Testament

Toutes les Bibles catholiques rangent les livres dans le même ordre : les quatre évangiles, les Actes, puis les quatorze lettres attribuées à Paul, qu'Hébreux referme, avant les lettres catholiques et l'Apocalypse[1]. Cette dernière place n'est pas un hasard : en Orient, où la lettre fut reçue sans débat, les plus anciens manuscrits grecs la rangent encore parmi les lettres aux Églises avant les pastorales, tandis que les codex postérieurs, syriaques et latins, la repoussent à la fin du corpus paulinien, à cause de sa réception plus tardive en Occident[2]. Le concile de Trente, session IV, le 8 avril 1546, a fixé solennellement cette liste avec anathème, en recevant la Vulgate comme texte authentique pour la prédication et les disputes[3].

La dernière des quatorze lettres pauliniennes

Le Nouveau Testament attribue quatorze lettres à Paul, de Romains à Hébreux en suivant l'ordre reçu[4]. Le tableau ci-dessous résume le corpus tel que l'Église le reçoit, avec les datations classiques.

Ce tableau donne le cadre commun du corpus ; chaque lettre aura son article dédié. Hébreux s'y distingue par trois traits : c'est la seule qui ne nomme pas son auteur, la seule qui s'ouvre sans adresse ni salutation, comme un sermon plutôt que comme une lettre, et la dernière, celle qui scelle le corpus avant les lettres catholiques.

LettreDestinatairesDate reçueLieu de rédaction
RomainsL'Église de RomeHiver 57 à 58Corinthe
1 CorinthiensL'Église de CorinthePâques 57Éphèse
2 CorinthiensL'Église de CorintheAutomne 57Macédoine
GalatesLes Églises de GalatieVers 54 à 57Éphèse ou Macédoine
ÉphésiensLes Églises d'AsieVers 61 à 63Rome, première captivité
PhilippiensL'Église de PhilippesVers 61 à 63Rome, première captivité
ColossiensL'Église de ColossesVers 61 à 63Rome, première captivité
1 ThessaloniciensL'Église de ThessaloniqueVers 50 à 51Corinthe
2 ThessaloniciensL'Église de ThessaloniqueVers 50 à 51Corinthe
1 TimothéeTimothée à ÉphèseVers 64 à 67Macédoine
2 TimothéeTimothée à ÉphèseVers 66 à 67Rome, seconde captivité
TiteTite en CrèteVers 64 à 67Grèce ou Asie
PhilémonPhilémon à ColossesVers 61 à 63Rome, première captivité
HébreuxDes judéo-chrétiensVers 63 à 64Italie

Une réception en deux temps, Orient puis Occident

En Orient, la lettre fut reçue sans hésitation : Alexandrie, la Palestine, la Syrie, la Cappadoce et la Mésopotamie la tiennent pour paulinienne dès les premiers siècles[5]. En Occident, elle manque au fragment de Muratori, le prêtre romain Caïus la récuse, saint Cyprien ne compte que sept lettres de Paul aux Églises, et Tertullien l'attribue à Barnabé[6]. Les doutes s'effacent au quatrième siècle : le synode romain de 382 sous le pape Damase énumère quatorze lettres de Paul sans distinction, le concile de Carthage en 397 distingue encore par prudence les treize lettres de l'Apôtre et l'unique aux Hébreux, puis la conviction de l'Église trouve son expression permanente[7]. La lettre festale d'Athanase d'Alexandrie pour Pâques 367, premier document conservé qui énumère exactement les vingt-sept livres aujourd'hui reçus, suppose déjà ce corpus complet[8].

L'auteur reçu par l'Église : Paul pour les pensées, un disciple pour la plume

Une lettre anonyme, et c'est peut-être volontaire

Fait unique dans tout le corpus : l'auteur ne se nomme jamais. Ni adresse, ni salutation, ni signature finale de la main de l'Apôtre comme en 1 Corinthiens 16, 21 ou en Galates 6, 11. Le texte s'ouvre comme un sermon, d'un coup, sur la révélation du Fils, et ne trahit son caractère épistolaire qu'à la fin, par les nouvelles de Timothée et les salutations[9]. Les anciens ont proposé une explication simple : Paul, en disgrâce auprès des judéo-chrétiens qui le soupçonnaient de trahir la Loi, aurait tu son nom pour être lu jusqu'au bout, comme le rapporte la tradition transmise par Clément d'Alexandrie et saint Jérôme[10][11]. L'anonymat n'est donc pas une énigme moderne, c'est une donnée que les Pères ont vue et expliquée les premiers.

« À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu'il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l'univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux. » — Lettre aux Hébreux, 1, 1 à 3[12]

L'Orient unanime : une lettre de Paul

En Orient, le témoignage est constant. Eusèbe de Césarée rapporte les paroles d'un bienheureux presbytre, probablement Pantène le fondateur de l'école d'Alexandrie, puis celles de Clément d'Alexandrie : l'épître est l'œuvre de Paul, écrite aux Hébreux en langue hébraïque, et Luc l'a traduite avec soin pour les Grecs, ce qui explique que son style ressemble à celui des Actes[13]. Origène, le plus grand critique biblique de l'Antiquité, distingue avec précision : les pensées viennent de Paul, selon le témoignage des anciens, tandis que la forme grammaticale appartient à un rédacteur, Clément de Rome selon les uns, Luc ou un autre disciple selon les autres[14]. Toute l'Église d'Orient, d'Alexandrie à Antioche, reçoit la lettre comme paulinienne, et ce n'est qu'après l'apparition d'Arius que quelques Grecs la contestent, parce que les ariens en abusaient[15].

« Qui a écrit cette lettre, Dieu seul le sait en vérité. Certains avant nous ont dit que c'est Clément, évêque des Romains, qui l'a écrite, et d'autres que c'est Luc, l'auteur de l'Évangile et des Actes. » — Origène, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 25[16]

L'Occident hésite, puis reçoit

En Occident, la mémoire est plus méfiante. La lettre manque au fragment de Muratori, cette plus ancienne liste romaine des livres reçus vers 170 à 200. Le prêtre romain Caïus la récuse ouvertement, saint Cyprien ne compte que sept lettres de Paul adressées à des Églises, et Tertullien l'attribue à Barnabé[17]. Les raisons de la méfiance sont circonstancielles : les novatiens se servaient du chapitre 6 contre la réconciliation des lapsi, et les montanistes s'appuyaient sur sa sévérité, de sorte que Rome préféra douter du livre plutôt que de céder aux sectes[18]. Dès que la poussière retombe, l'Occident rejoint l'Orient : le synode romain de 382 sous Damase compte quatorze lettres de Paul, le concile de Carthage en 397 reçoit l'unique aux Hébreux avec les treize autres, et saint Jérôme, qui note honnêtement l'hésitation latine, garde la lettre dans la Vulgate[19][20]. C'est dans cette Vulgate, et dans cet ordre, que le concile de Trente fixera le canon.

La solution d'Origène, jamais dépassée

De tout ce dossier, la conclusion la plus solide reste celle d'Origène, que la Catholic Encyclopedia jugeait en 1910 jamais surpassée par une meilleure : il faut distinguer l'auteur et le rédacteur. Aucune raison valable n'a été produite contre Paul comme source des idées et de tout le contenu, la doctrine est profondément paulinienne sous un vêtement nouveau, et la forme appartient à un disciple de l'Apôtre[21]. Les noms proposés pour cette plume, Luc, Clément de Rome, Barnabé, Apollos, Silas, Aquilas et Priscille, restent des conjectures : la tradition ne tranche pas entre eux, et c'est honnêtement qu'il faut le dire[22]. Ce que l'Église affirme, c'est l'origine apostolique du contenu et l'inspiration de la lettre, non l'identité du secrétaire. Le titre ancien lui-même, Aux Hébreux, sans nom d'auteur, dit cette prudence : il désigne les destinataires, pas la plume.

La datation traditionnelle : l'Italie, vers 63 à 64, avant la ruine du Temple

Les indices internes : l'Italie, Timothée, des biens confisqués

La lettre date elle-même sa composition par trois indices convergents. D'abord le lieu : Ceux d'Italie vous saluent, écrit l'auteur en refermant sa lettre, ce qui place la rédaction en Italie, et plus précisément à Rome selon la souscription conservée par le Codex Alexandrinus[23][24]. Ensuite l'entourage : Sachez que notre frère Timothée est libéré, le compagnon inséparable de Paul, connu de toutes les Églises fondées par l'Apôtre[25]. Enfin le passé des destinataires : ils ont accepté avec joie la spoliation de leurs biens, au temps des premières persécutions, et l'auteur leur demande de se souvenir de ces premiers jours où, après avoir été illuminés, ils ont soutenu le grand assaut des souffrances[26]. Une Église ancienne, éprouvée, liée à Timothée, écrite depuis l'Italie : le portrait ne convient qu'à la fin de l'âge apostolique, pas à une génération tardive qui n'aurait connu ni Paul ni son compagnon.

« Comment pourrons-nous sortir d'affaire si nous négligeons un pareil salut ? Celui-ci a été annoncé par le Seigneur au commencement ; ceux qui avaient entendu ont confirmé pour nous ce salut, et Dieu joignait son témoignage par des signes, des prodiges, toutes sortes de miracles, et le partage des dons de l'Esprit Saint, selon sa volonté. » — Lettre aux Hébreux, 2, 3 à 4[27]

Avant 70 : le culte décrit au présent

L'argument le plus fort pour une datation haute tient en un temps de verbe. Quand l'auteur décrit le culte du Temple, les sacrifices quotidiens, l'entrée annuelle du grand prêtre dans le Saint des saints au jour du Grand Pardon, il parle au présent, comme d'un culte qui se célèbre encore sous les yeux des destinataires[28]. Après la destruction de Jérusalem par Titus en 70, avec le Temple en ruines et le sacerdoce dispersé, une telle description au présent devient impensable : l'auteur aurait parlé d'un monde aboli, comme Josèphe le fait au passé dans sa Guerre des Juifs. La lettre suppose donc le Temple encore debout, et même en pleine splendeur, achevé sous le procurateur Albinus en 62 à 64, au moment précis où la communauté chrétienne de Jérusalem, pauvre et persécutée, voyait fumer les sacrifices qu'elle avait quittés[29].

Le cadre des années 63 à 64

Trois repères resserrent encore la date. Jacques, le chef de l'Église de Jérusalem, lapidé en 62, n'apparaît plus comme un vivant : la lettre s'adresse à une communauté décapitée, tentée de se disperser[30]. Paul n'est plus prisonnier, puisqu'il annonce sa visite prochaine, ce qui convient à l'intervalle entre sa première captivité romaine, close vers 63, et la reprise des persécutions[31]. Et la guerre juive n'a pas encore éclaté : dès 66, avec la révolte, puis le siège et la ruine, écrire aux judéo-chrétiens pour les détourner du Temple n'aurait plus eu d'objet. D'où la datation classique : la seconde moitié de 63 ou le début de 64, depuis Rome, entre la libération de l'Apôtre et le départ pour l'Espagne dont parle Clément de Rome[32][33].

  1. 62
    Martyre de Jacques
    l'Église de Jérusalem perd son chef

    Lapidé sur ordre du grand prêtre Anan, Jacques le Juste disparaît. La communauté judéo-chrétienne, pauvre et persécutée, se trouve sans guide au moment où le Temple achève sa splendeur.

  2. 63 à 64
    La lettre aux Hébreux
    écrite depuis l'Italie

    Depuis Rome, l'Apôtre, libre de sa première captivité, adresse aux judéo-chrétiens sa grande démonstration : le Christ, grand prêtre définitif, rend le culte ancien inutile. Timothée vient d'être libéré.

  3. 64
    L'incendie de Rome
    la persécution de Néron

    L'Empire se retourne contre les chrétiens. Pierre et Paul seront martyrisés dans les années qui suivent. Les destinataires de la lettre connaîtront à leur tour l'épreuve annoncée.

  4. 66 à 70
    La guerre juive
    le Temple détruit

    La révolte, le siège de Titus, la ruine du sanctuaire : le culte décrit au présent par la lettre cesse pour des siècles. L'argument de l'épître se trouve scellé par l'histoire.

À qui la lettre est écrite : des judéo-chrétiens tentés de retourner en arrière

Le portrait des destinataires

Le titre dit Aux Hébreux, et le contenu précise : non pas tous les Juifs, mais ceux d'entre eux qui ont cru au Christ[34]. La lettre suppose une communauté précise, que l'auteur connaît, avec qui Timothée a des liens, qui a gardé la foi dans de dures persécutions, qui s'est signalée par des œuvres de charité, et qu'il espère visiter bientôt[35]. Ce sont des chrétiens de la seconde génération : ils n'ont pas entendu le Seigneur eux-mêmes, ils ont reçu le salut de ceux qui l'avaient entendu, avec les signes qui accompagnaient la prédication[36]. Ils sont instruits, capables de nourriture solide, et pourtant redevenus lents à comprendre, au point que l'auteur doit leur réexpliquer les premiers éléments[37].

Jérusalem, l'hypothèse la mieux ajustée

Parmi les lieux proposés, Jérusalem ajuste le mieux tous les indices. L'auteur suppose chez ses lecteurs une connaissance exacte du culte lévitique et de ses moindres coutumes, et surtout il regarde l'observance actuelle de ce culte comme le danger propre de leur foi : on ne craint le retour au Temple que là où le Temple fume encore chaque jour sous les yeux[38]. Là seulement, le sacrifice quotidien, la fête du Grand Pardon et les pèlerinages rythmaient la vie de tous ; là seulement, la splendeur retrouvée du sanctuaire achevé et la poussée du mouvement national avant la guerre faisaient du retour en arrière une tentation quotidienne[39]. D'autres lieux ont été proposés, Rome, Alexandrie, Antioche, ou une communauté indéterminée, et l'honnêteté oblige à les nommer : mais aucune autre Église ne réunit à la fois la judéité, la proximité du Temple en exercice et l'épreuve décrite au chapitre 10[40].

La tentation visée : l'apostasie silencieuse

Le danger n'est pas une hérésie savante, c'est l'effritement. Négliger un si grand salut, dériver comme un navire qui chasse sur son ancre, s'endurcir à force d'entendre sans pratiquer, retomber dans les œuvres mortes : tout le vocabulaire de la lettre décrit une foi qui s'éteint faute d'être ranimée[41]. Les avertissements les plus sévères, sur l'impossibilité d'être de nouveau renouvelés pour la conversion après avoir goûté les dons célestes, visent ceux qui, sous la pression des persécutions juives et de la misère, songeaient à regagner la synagogue et le parvis[42]. D'où le but déclaré : consoler et affermir, rappeler que revenir au Temple, c'est quitter le sanctuaire véritable pour son ombre[43].

« En Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l'affirmation de notre foi. En effet, nous n'avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. » — Lettre aux Hébreux, 4, 14 à 16[44]

Le texte et sa transmission : des papyrus à la Vulgate

Le papyrus P46, vers 175 à 225

Le plus ancien témoin du corpus paulinien, le papyrus Chester Beatty copié entre 175 et 225, contient déjà l'épître aux Hébreux, et la place en deuxième position, juste après Romains, avant les Corinthiens[45][46]. Un copiste du deuxième siècle range donc Hébreux parmi les grandes lettres, pas parmi les écrits douteux : à cent ans de l'original, la lettre circule déjà reliée au cœur du corpus. La leçon est décisive contre les datations tardives : un écrit du règne de Domitien ou de Trajan n'aurait pas eu le temps de s'imposer si tôt à côté de Romains dans un recueil aussi soigné.

Les grandes onciales du quatrième siècle

Le Codex Vaticanus, le Codex Sinaiticus et le Codex Alexandrinus, copiés au milieu du quatrième siècle, transmettent la lettre complète en treize chapitres[47]. Le Vaticanus la range à une place singulière, entre Galates et Éphésiens, comme un livre à part dans le corpus[48]. L'Alexandrinus conserve en souscription l'indication d'origine : écrite depuis l'Italie, et plus précisément depuis Rome, ce qui recoupe le salut final de 13, 24[49]. Les variantes entre ces témoins restent mineures et n'affectent aucune doctrine : le texte d'Hébreux compte parmi les mieux établis du Nouveau Testament. Pour l'histoire des manuscrits bibliques, voir Les manuscrits de la Bible et La Vulgate.

Le plus beau grec du Nouveau Testament

Dès les premiers siècles, les commentateurs ont remarqué la pureté de la langue et l'élégance du style : Clément d'Alexandrie et Origène le relèvent, et les modernes confirment[50]. De tous les auteurs du Nouveau Testament, celui d'Hébreux manie le mieux les règles de la langue littéraire grecque de son temps, avec un rythme qui rappelle le parallélisme de la poésie hébraïque. On a compté 168 termes qui n'apparaissent nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament, dont dix inconnus même du grec classique, et un goût marqué pour les mots composés[51]. C'est précisément cette différence de plume avec les autres lettres qui fonda la solution d'Origène : mêmes pensées que Paul, autre main.

Une manière unique de citer l'Écriture

Toutes les citations suivent la Septante, même quand elle s'écarte de l'hébreu massorétique, et l'auteur les introduit presque jamais par le classique Il est écrit, qui ne survient qu'une seule fois, en 10, 7[52]. Sa formule ordinaire donne les paroles de l'Écriture comme la parole même de Dieu, parfois du Christ ou de l'Esprit Saint : le psaume devient une adresse directe du Père au Fils, Jérémie annonce la nouvelle alliance, et le lecteur entend Dieu parler au présent[53]. Cette lecture chrétienne de l'Ancien Testament, où chaque verset prouve la supériorité du Fils, fait d'Hébreux le modèle de l'exégèse typologique que reprendront les Pères. Pour apprendre à lire ainsi, voir Comment lire la Bible catholiquement ?.

Le plan de la lettre, chapitre par chapitre

Vue d'ensemble : démontrer pour exhorter

La lettre se divise en deux grands mouvements entremêlés : une démonstration doctrinale, qui prouve par les Écritures la supériorité de la nouvelle alliance, et une exhortation qui interrompt sans cesse la démonstration pour supplier les lecteurs de tenir ferme[54]. L'auteur le dit lui-même à la fin : il leur envoie une parole d'exhortation, en peu de mots, pour les consoler et les affermir[55]. Le tableau ci-dessous suit les treize chapitres dans l'ordre, avec le nerf de chaque passage.

ChapitresTitreLe nerf du passage
1, 1 à 2, 18Le Fils supérieur aux angesDieu a parlé par son Fils, héritier et créateur ; les anges ne sont que des esprits au service du salut
3, 1 à 4, 13Moïse, Josué et le repos promisMoïse est fidèle comme serviteur, le Christ comme Fils ; le repos du septième jour attend encore le peuple
4, 14 à 5, 10Le grand prêtre compatissantUn grand prêtre pris parmi les hommes, éprouvé sans péché, qui apprit l'obéissance par ses souffrances
5, 11 à 6, 20Secouer la torpeurVous êtes devenus lents à comprendre ; malheur à qui retombe après avoir goûté les dons ; l'espérance comme ancre
7Melkisédek, le prêtre-roiSans père ni mère dans le récit, il bénit Abraham et reçoit sa dîme : figure du sacerdoce éternel du Christ
8, 1 à 10, 18Le sacrifice unique et définitifLe Christ entre une fois pour toutes dans le vrai sanctuaire avec son propre sang ; l'ancienne liturgie n'était qu'une ombre
10, 19 à 11, 40La foi et ses hérosLa définition de la foi, puis la galerie des témoins, d'Abel aux Maccabées, tous morts sans avoir vu l'accomplissement
12, 1 à 13La course et la correctionEntourés de la nuée des témoins, courons ; Dieu corrige ceux qu'il aime comme un père ses fils
12, 14 à 13, 17La vie selon la foiPaix, sainteté, reconnaissance, hospitalité, fidélité des chefs : la morale concrète des derniers temps
13, 18 à 25Envoi et salutationsPriez pour nous, Timothée est libéré, ceux d'Italie vous saluent, la grâce soit avec vous tous

Le Fils supérieur aux anges : 1, 1 à 2, 18

Après l'ouverture solennelle sur Dieu qui a parlé par son Fils, l'auteur aligne sept citations de l'Ancien Testament pour établir que le Fils reçoit un nom supérieur à celui des anges[56]. L'enjeu n'est pas spéculatif : si la Loi, transmise par des anges, obligeait sous peine de châtiment, combien plus le salut annoncé par le Seigneur lui-même[57]. Le chapitre 2 achève en montrant pourquoi le Fils s'est fait inférieur aux anges pour un peu de temps : pour souffrir, mourir, et devenir un grand prêtre miséricordieux, semblable à ses frères en tout excepté le péché[58].

Moïse, Josué et le repos qui demeure : 3, 1 à 4, 13

La comparaison monte d'un degré : Moïse a été trouvé fidèle comme serviteur dans toute la maison de Dieu, tandis que le Christ y règne comme Fils, et cette maison, précise l'auteur, c'est nous, si nous gardons ferme jusqu'au bout l'assurance et la fierté de l'espérance[59]. Ni Moïse ni Josué n'ont donné le vrai repos, puisque David parle encore, bien après eux, d'un aujourd'hui où entrer : Empressons-nous donc d'entrer dans ce repos-là, un repos sabbatique qui demeure pour le peuple de Dieu[60]. La parole de Dieu, vivante et plus coupante qu'une épée à deux tranchants, juge les intentions avant ce grand rendez-vous[61].

Melkisédek, la clé de toute la lettre : le chapitre 7

Au centre de l'édifice se tient une figure mystérieuse, Melkisédek, roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut, qui bénit Abraham au retour du combat et reçoit de lui la dîme du butin[62]. L'auteur scrute le récit de la Genèse : ni père, ni mère, ni généalogie, ni commencement ni fin de vie y sont mentionnés, et le psaume 109 proclame un prêtre pour toujours selon l'ordre de Melkisédek[63]. Donc le sacerdoce lévitique, transmis par le sang et interrompu par la mort, s'efface devant un sacerdoce fondé sur une vie impérissable : Jésus, parce qu'il demeure pour l'éternité, possède un sacerdoce qui ne passe pas, et il est capable de sauver d'une manière définitive ceux qui par lui s'avancent vers Dieu, car il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur[64].

« C'est bien le grand prêtre qu'il nous fallait : saint, innocent, immaculé ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux. Il n'a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d'offrir chaque jour des sacrifices, d'abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l'a fait une fois pour toutes en s'offrant lui-même. » — Lettre aux Hébreux, 7, 26 à 27[65]

Le sacrifice entré une fois pour toutes : 8, 1 à 10, 18

Voici le point capital, dit l'auteur lui-même : nous avons un tel grand prêtre, qui s'est assis à la droite du trône de la Majesté dans les cieux, ministre du vrai sanctuaire, dressé par le Seigneur et non par des hommes[66]. Tout le culte ancien n'en était que l'ombre et l'esquisse : boucs et taureaux dont le sang ne peut enlever les péchés, grand prêtre qui entre une fois l'an dans un sanctuaire fait de main d'homme[67]. Le Christ, lui, est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang, et poussé par l'Esprit éternel, s'est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut, purifiant nos consciences des œuvres mortes[68]. Sa mort rachète même les transgressions commises sous la première alliance : il est le médiateur d'un testament nouveau, et ceux qui sont appelés reçoivent l'héritage éternel promis[69].

La foi et sa nuée de témoins : 10, 19 à 12, 13

La démonstration achevée, l'exhortation reprend ses droits. Puisque nous avons, par le sang de Jésus, un libre accès au sanctuaire, l'auteur exhorte à retenir sans fléchir l'affirmation de l'espérance, car celui qui a promis est fidèle[70]. Suit la définition la plus célèbre de toute la lettre : la foi est une façon de posséder ce que l'on espère, un moyen de connaître des réalités qu'on ne voit pas[71]. Puis défile la galerie des témoins : Abel, Hénoch, Noé, Abraham qui offrit Isaac en croyant à la résurrection, Moïse qui préféra l'injure du Christ aux trésors de l'Égypte, Rahab, Gédéon, David, les prophètes, des femmes qui retrouvèrent leurs morts ressuscités, des torturés qui refusèrent la délivrance pour une meilleure résurrection, des lapidés, des sciés en deux, des errants vêtus de peaux de bêtes, dont le monde n'était pas digne[72].

« Ainsi donc, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit, en particulier du péché qui nous entrave si bien, courons avec endurance l'épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l'origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu. » — Lettre aux Hébreux, 12, 1 à 2[73]

L'image du stade donne le ton de la seconde exhortation : la vie chrétienne est une course d'endurance, arbitrée par la foule des saints qui l'ont déjà remportée[74]. Et si Dieu corrige, c'est qu'il traite ses lecteurs en fils : la correction prouve la filiation, et bien qu'amère sur le moment, elle produit plus tard un fruit de paix et de justice[75].

L'autel des chrétiens et la sortie hors du camp : le chapitre 13

Le dernier chapitre tire les conséquences concrètes : que l'amour fraternel demeure, l'hospitalité, le souvenir des prisonniers, l'honneur du mariage, le contentement sans amour de l'argent, et la fidélité envers les chefs qui veillent sur les âmes et rendront des comptes[76]. Deux versets dominent cette conclusion. D'abord : nous avons, dit l'auteur, un autel auquel n'ont pas le droit de manger ceux qui servent encore la Tente, phrase où les Pères ont reconnu très tôt le sacrifice eucharistique de l'autel chrétien, interdit à qui veut rester sous la Loi[77]. Ensuite : Jésus, voulant sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert sa Passion à l'extérieur des portes de la ville, donc sortons à sa rencontre en dehors de l'enceinte, en supportant l'injure qu'il a subie, car la ville que nous avons ici-bas n'est pas définitive : nous recherchons la ville qui doit venir[78]. L'épître s'achève comme elle a commencé, par un appel à quitter l'ombre pour la réalité.

La théologie d'Hébreux : le Christ prêtre et la foi qui tient

Vrai Dieu et vrai homme, sans rien céder d'un côté

La christologie de la lettre a été justement qualifiée de johannique : le Fils est le rayonnement de la gloire du Père et l'expression parfaite de son être, supérieur aux anges, immuable quand les cieux s'useront comme un habit[79][80]. Et ce même Fils a voulu tout partager de notre condition, hormis le péché, pour payer par sa passion la dette de nos fautes et gagner, jusque dans son humanité sainte, la gloire du trône à la droite du Père[81]. Pleinement Dieu par qui les mondes ont été créés, pleinement homme éprouvé en toutes choses : la lettre tient les deux bouts de la foi de Chalcédoine quatre siècles avant le concile, sans les confondre ni les séparer.

Un sacerdoce pris parmi les hommes, pour les hommes

Le chapitre 5 pose la loi de tout sacerdoce : tout grand prêtre est pris parmi les hommes, établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, capable de compassion parce qu'il partage leur faiblesse[82]. Le Christ remplit cette loi à la perfection, avec une différence qui fonde le sacerdoce chrétien : il n'a pas à offrir pour ses propres péchés, lui le saint et l'innocent, et son offrande unique suffit pour toujours[83]. C'est sur ce passage que l'Église appuie sa doctrine du sacerdoce : tout ce que le sacerdoce de l'ancienne alliance préfigurait trouve son accomplissement dans le Christ, et les prêtres de la nouvelle alliance participent à son sacerdoce unique[84]. Nul ne s'attribue cet honneur, rappelle la lettre avec le psaume : tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré, et tu es prêtre pour toujours selon l'ordre de Melkisédek[85].

« Pendant les jours de sa vie dans la chair, il offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu'il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l'obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. » — Lettre aux Hébreux, 5, 7 à 9[86]

Une fois pour toutes : la fin des sacrifices répétés

Le cœur doctrinal bat dans l'adverbe une fois pour toutes. Les sacrifices anciens se répétaient parce qu'ils étaient impuissants : chaque année, le même rappel des péchés, la même entrée craintive, le même sang étranger[87]. Le sacrifice du Christ ne se répète pas parce qu'il est efficace : entré dans le sanctuaire céleste, il a obtenu une libération définitive, purifié les consciences, ouvert à tous le libre accès[88]. L'Église y reconnaît le fondement de sa messe : non une répétition qui ajouterait à la croix, mais le mémorial qui rend présent l'unique offrande, l'autel chrétien dont parle le chapitre 13[89]. Pour la doctrine du sacrifice eucharistique, voir La présence réelle eucharistique et Pourquoi l'Eucharistie est-elle un sacrifice ?.

La foi qui possède déjà, l'espérance comme ancre

La lettre est aussi le grand traité biblique de la persévérance. La foi y est décrite comme une possession anticipée : posséder déjà ce qu'on espère, connaître déjà ce qu'on ne voit pas[90]. L'espérance, elle, est comparée à une ancre sûre et solide de l'âme, jetée au-delà du voile, là où Jésus est entré en précurseur[91]. Entre les deux, l'avertissement : il est impossible, pour qui a goûté le don céleste puis est retombé, d'être renouvelé une seconde fois pour la conversion, non que la miséricorde manque, mais parce qu'on recrucifie soi-même le Fils en retournant au système qui l'a rejeté[92]. La sévérité du passage, qui troubla les novatiens et fit hésiter Rome, s'éclaire par son but : non désespérer les faibles, mais effrayer les tièdes pour les empêcher de devenir des apostats[93].

Seize siècles avec Hébreux : la lettre des prêtres et des martyrs

Clément, premier témoin, vers 96

À peine trente ans après la datation traditionnelle, la lettre est déjà utilisée et méditée à Rome. Clément de Rome, écrivant aux Corinthiens vers 96, tisse sa lettre de réminiscences d'Hébreux, notamment au chapitre 36 qui reprend le premier chapitre sur le Fils rayonnement de la gloire[94]. Le Pasteur d'Hermas la connaît aussi, et Hippolyte comme Irénée la citent, même sans la tenir pour paulinienne[95]. Une lettre qui serait née à la fin du premier siècle ne pourrait pas être ainsi supposée, méditée et citée à Rome dès 96 : l'usage prouve l'ancienneté, et l'ancienneté confirme la datation haute.

Chrysostome et ses trente-quatre homélies

Le plus ancien commentaire conservé vient de saint Jean Chrysostome : trente-quatre homélies qui suivent la lettre verset par verset, publiées après sa mort d'après les notes du prêtre Constantin d'Antioche[96]. Chrysostome y traite Paul en auteur sans hésiter et y déploie sa lecture pastorale : la sévérité d'Hébreux est un remède, non un arrêt de mort, et les avertissements les plus durs visent à empêcher la chute, non à fermer le retour[97]. Théodoret, Œcumenius et Théophylacte prolongeront cette lecture grecque, mais c'est la voix de l'exilé qui porte le plus loin, et ses homélies restent le premier grand commentaire suivi de la lettre.

Thomas d'Aquin : le sacerdoce du Christ en chaire

Au treizième siècle, saint Thomas d'Aquin commente l'épître verset par verset dans ses leçons sur Paul, conservées par les notes prises par son secrétaire Réiginald de Piperno[98]. Comme pour Romains, sa lecture est doctrinale : la grâce du Christ considérée dans son sacerdoce, l'impuissance des rites anciens, l'efficacité de l'unique offrande. Les éditions modernes, notamment la traduction Larcher, rendent ce commentaire accessible : on y voit le Docteur commun traiter Hébreux en lettre de Paul sans l'ombre d'un doute, et y puiser sa théologie du sacrifice[99].

Trente : la messe et la justification

Le concile de Trente puise largement dans la lettre. Le décret sur le sacrifice de la messe, session XXII, s'appuie sur la figure de Melkisédek et l'unique oblation pour montrer que l'Eucharistie rend présent le sacrifice de la croix sans le redoubler[100]. Le décret sur la justification, session VI, fait écho à la foi d'Abraham du chapitre 11 pour lier la foi vive aux œuvres de la charité[101]. Et le décret sur le sacerdoce, session XXIII, reprend la loi du chapitre 5 : nul ne s'attribue l'honneur du sacerdoce, il faut être appelé comme Aaron, et le Christ lui-même fut appelé par celui qui lui dit qu'il est son Fils[102].

Luther, Apollos et la relégation

La Réforme rouvre le dossier de l'auteur avec une âpreté nouvelle. Luther propose le nom d'Apollos, le Juif alexandrin éloquent d'Éphèse et de Corinthe, dans son commentaire de la Genèse : l'auteur de l'épître, quel qu'il soit, Paul ou, à son avis, Apollos[103]. Dans son Nouveau Testament allemand de 1522, il range Hébreux avec Jacques, Jude et l'Apocalypse en fin de volume, sans numérotation, parmi les écrits qu'il juge de second rang[104]. Calvin, plus réservé, juge très probable que l'auteur soit Luc ou Clément de Rome, sans contester l'autorité de la lettre[105]. L'Église catholique, elle, garde la lettre à sa place, entre Philémon et Jacques, et Trente clôt le débat canonique.

L'Église contemporaine : Vatican II et le Catéchisme

Le concile Vatican II ouvre sa constitution sur la Révélation par les premiers versets de la lettre : Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils[106]. Le Catéchisme de l'Église catholique cite l'épître à ses endroits décisifs : la Révélation achevée dans le Fils, avec He 1, 1 à 2, et le sacerdoce de l'ancienne alliance accompli dans le Christ, avec le chapitre 7[107][108]. Une lettre autrefois contestée en Occident est ainsi devenue l'une des épîtres les plus citées par le magistère du vingtième siècle pour dire qui est le Christ et ce qu'est son sacerdoce.

« Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils. Il a envoyé en effet son Fils, le Verbe éternel qui éclaire tous les hommes, pour qu'il demeurât parmi eux et leur fît connaître les profondeurs de Dieu. » — Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, § 4[109]

Hébreux dans la prière de l'Église

La nuit et le jour de Noël : Dieu nous a parlé par son Fils

À la messe du jour de Noël, après Isaïe et le psaume, l'Église proclame He 1, 1 à 6 sous ce titre : Dieu nous a parlé par son Fils[110]. Devant la crèche, c'est la théologie la plus haute qui est lue au peuple : l'enfant est l'héritier de toutes choses, le rayonnement de la gloire, assis à la droite de la Majesté, supérieur aux anges qui se prosternent devant lui. Aucune autre page du Nouveau Testament ne dit avec autant de densité, en six versets, que le nouveau-né est le Dieu éternel, et c'est pourquoi la liturgie l'a choisie pour le plus grand jour de l'année.

Le Vendredi saint : il apprit l'obéissance

À la célébration de la Passion, entre le Serviteur d'Isaïe et la Passion selon saint Jean, l'Église fait entendre He 4, 14 à 16 et 5, 7 à 9, sous ce titre : Il apprit l'obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel[111]. Le grand prêtre compatissant, le cri et les larmes de Gethsémani, l'exaucement par la résurrection : toute la journée tient dans ces versets, et les fidèles qui viennent adorer la croix entendent que leur sauveur a été éprouvé comme eux en toutes choses[112]. Rarement la liturgie a mieux choisi : le sermon aux Hébreux tentés de faiblir devient le sermon aux chrétiens prosternés devant le bois.

Le dix-neuvième dimanche : Abraham attendait la ville

Le dix-neuvième dimanche du temps ordinaire, année C, propose He 11, 1 à 2 et 8 à 19 en deuxième lecture, sous ce titre : Abraham attendait la ville dont le Seigneur lui-même est le bâtisseur[113]. La foi d'Abraham offrant Isaac, la résurrection crue par avance, la patrie meilleure des cieux : au cœur de l'été, l'Église rappelle que la foi est une marche vers une ville qui vient[114]. Avec Noël et le Vendredi saint, ce sont les trois sommets liturgiques de la lettre, et chacun correspond à l'un de ses trois mystères : le Fils éternel, le prêtre souffrant, les témoins en marche.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Un anonymat érigé en verdict

Une grande partie de l'exégèse contemporaine tient pour acquis que Paul n'est pas l'auteur, et présente ce jugement comme un résultat stable[115]. L'argumentation reprend les vieux constats, l'absence de nom, la différence de style, le verset 2, 3 où l'auteur se range parmi ceux qui ont reçu le salut de seconde main, mais en change le statut : ce qui était chez Origène une distinction entre l'auteur des pensées et la plume du rédacteur devient une exclusion pure et simple de l'Apôtre[116]. Le glissement mérite d'être nommé : les faits n'ont pas changé depuis le troisième siècle, seule leur interprétation a durci, et l'on appelle désormais démontré ce qu'Eusèbe présentait comme discuté. La position catholique garde l'essentiel, l'origine paulinienne des pensées et l'inspiration, sans exiger ce que la tradition elle-même n'a jamais tranché, le nom du secrétaire.

Les datations tardives et leur circularité

Les mêmes écoles placent volontiers la lettre entre 80 et 96, après la ruine du Temple, en lisant le culte décrit au présent comme une fiction littéraire ou un souvenir idéalisé[117]. Mais cette lecture suppose ce qu'elle veut prouver : si l'on a décidé d'avance que nul écrit apostolique ne peut prédire ni précéder la catastrophe de 70, alors tout présent devient un artifice, et la date recule par nécessité de système, non par indice nouveau. Contre cette circularité, trois faits matériels résistent : le papyrus P46 range déjà Hébreux avec les grandes lettres vers 200, Clément de Rome l'utilise vers 96, et aucun manuscrit, aucune citation, aucune liste ancienne ne suppose une Église post-apostolique comme destinataire[118][119]. Une datation qui oblige à traiter le présent du texte en passé de convention, sans un seul témoin externe, est une hypothèse interprétative, pas un résultat.

Qumrân et Melkisédek : un parallèle, pas une source

La découverte du rouleau de Melkisédek à Qumrân, qui présente lui aussi un Melkisédek céleste et libérateur des temps de la fin, a nourri l'idée que l'épître dépendrait des spéculations esséniennes[120]. Le rapprochement est réel et instructif : il prouve que le judaïsme du temps de Jésus méditait déjà la figure du prêtre-roi bien au-delà des deux versets de la Genèse, et que l'argument d'Hébreux 7 s'adressait à des esprits préparés. Mais les spécialistes eux-mêmes reconnaissent qu'aucune preuve ne montre que l'auteur ait connu ce rouleau : il puisait à une tradition commune sur Melkisédek comme figure céleste de rédempteur, et c'est le psaume 109, Écriture reçue de tous, qui fonde sa démonstration, pas un texte de secte[121]. Le parallèle éclaire le milieu, il ne dissout pas l'originalité de la lettre, qui fait du sacerdoce éternel non un ange, mais le Fils incarné et crucifié.

Les fragilités récurrentes des reconstructions

Quatre faiblesses reviennent dans ces reconstructions, et le lecteur catholique doit les connaître pour ce qu'elles sont. D'abord l'argument du silence : l'absence de nom devient une preuve d'origine non paulinienne, alors que les anciens expliquaient déjà cet anonymat par la prudence missionnaire[122]. Ensuite la confusion entre possibilité littéraire et preuve historique : qu'un disciple ait tenu la plume, Luc ou un autre, n'exclut pas Paul, c'est même exactement la solution d'Origène[123]. Puis le présupposé anti-surnaturel : dater après 70 parce qu'un texte d'avant 70 ne pourrait pas parler du Temple au présent sans artifice, c'est décider par principe contre la lecture la plus naturelle[124]. Enfin la mise à l'écart des témoins : Clément, le papyrus P46, l'Orient unanime pèsent moins, dans ces balances, qu'une analyse de style, alors qu'en toute autre matière antique le témoignage externe prime sur les impressions internes. La Commission biblique pontificale, en 1993, a rappelé la juste place des méthodes critiques : indispensables pour éclairer le texte, insuffisantes dès qu'elles se coupent de la Tradition vivante qui l'a transmis[125].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 120 : la liste des 27 livres du Nouveau Testament, dont les quatorze lettres de Paul. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    1 4
  2. L. Fonck, Epistle to the Hebrews, Catholic Encyclopedia, vol. 7, New York, 1910 : les plus anciens manuscrits grecs avant les pastorales, les codex postérieurs en fin du corpus paulinien. newadvent.org.

    2
  3. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546, décret De canonicis Scripturis : canon des Écritures et Vulgate authentique. Denzinger.

    3
  4. Même article : en Orient, la lettre unanimement regardée comme paulinienne, d'Alexandrie à la Mésopotamie, contestée seulement après Arius. newadvent.org.

    5 15
  5. Même article : fragment de Muratori muet, Caïus, Cyprien et ses sept lettres, Tertullien pour Barnabé, abus novatiens et montanistes. newadvent.org.

    6 17 18 95
  6. Même article : synode romain de 382, quatorze lettres sans distinction ; Carthage 397, les treize plus l'unique aux Hébreux ; conviction permanente ensuite. Denzinger, n. 84 et 92.

    7 19
  7. Athanase d'Alexandrie, 39e lettre festale, Pâques 367 : premier document conservé qui énumère exactement les vingt-sept livres reçus. Brakke, Harvard Theological Review.

    8
  8. He 13, 22 : supporter cette parole d'exhortation, en peu de mots. AELF, aelf.org.

    9 55
  9. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : l'épître est l'œuvre de Paul, écrite aux Hébreux en hébreu, et Luc l'a traduite avec soin pour les Grecs. Texte anglais sur newadvent.org : He says that the Epistle to the Hebrews is the work of Paul, and that it was written to the Hebrews in the Hebrew language ; but that Luke translated it carefully and published it for the Greeks.

    10 13 122
  10. Saint Jérôme, Des hommes illustres : l'épître dite aux Hébreux, tenue par beaucoup pour non paulinienne à cause de la différence de style, attribuée selon Tertullien à Barnabé, selon d'autres à Luc ou à Clément. Texte sur newadvent.org.

    11
  11. He 1, 1 à 4 : Dieu a parlé par son Fils, héritier et créateur, rayonnement de sa gloire, assis à la droite de la Majesté. AELF, aelf.org.

    12
  12. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 25 : les pensées de Paul selon les anciens, la forme d'un rédacteur, et qui l'a écrite Dieu seul le sait. Texte anglais sur newadvent.org : But who wrote the epistle, in truth, God knows.

    14 16 116
  13. Même ouvrage : Jérôme garde la lettre dans la Vulgate latine tout en notant l'hésitation de Rome. Texte sur newadvent.org.

    20
  14. Même article : la solution d'Origène jamais surpassée, distinguer l'auteur des pensées et le rédacteur, aucun motif valable contre l'origine paulinienne. newadvent.org.

    21 22 123
  15. He 13, 24 : saluer les chefs et les fidèles ; ceux d'Italie vous saluent. AELF, aelf.org.

    23
  16. Même article : lieu de composition l'Italie, plus précisément Rome selon la souscription de l'Alexandrinus, pendant la première captivité. newadvent.org.

    24 49
  17. He 13, 23 : le frère Timothée libéré, la visite promise avec lui. AELF, aelf.org.

    25
  18. He 10, 32 à 35 : après avoir été illuminés, le grand assaut des souffrances et la spoliation acceptée avec joie. AELF, aelf.org.

    26
  19. He 2, 3 à 4 : le salut annoncé par le Seigneur, confirmé par ceux qui l'ont entendu, avec signes et prodiges. AELF, aelf.org.

    27 36 57
  20. He 9, 1 à 14 : le culte de la première alliance décrit au présent, les sacrifices annuels et le sanctuaire. AELF, aelf.org.

    28
  21. Même article : avant 70 et avant 67, après la mort de Jacques en 62, Paul libre, seconde moitié de 63 ou début de 64, Temple achevé sous Albinus. newadvent.org.

    29 30 32 39 124
  22. He 13, 19 : la demande instamment faite de prier pour que l'auteur soit rendu aux lecteurs. AELF, aelf.org.

    31
  23. Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, 5, 5 à 7, vers 96 : Paul allé jusqu'aux bornes de l'Occident. Sources Chrétiennes.

    33
  24. Même article : des chrétiens issus des Juifs, une communauté précise liée à Timothée, éprouvée et charitable. newadvent.org.

    34 40
  25. He 10, 19 à 39 : le libre accès au sanctuaire par le sang de Jésus, tenir ferme, le souvenir des premiers jours. AELF, aelf.org.

    35 70
  26. He 5, 11 à 14 : devenus paresseux pour écouter, ayant besoin de lait et non de nourriture solide. AELF, aelf.org.

    37
  27. Même article : Jérusalem avec la plus haute probabilité, culte connu de tous par l'offrande quotidienne et le Grand Pardon. newadvent.org.

    38
  28. He 2, 1 : prêter attention à ce qui a été entendu, afin de ne pas se fourvoyer. AELF, aelf.org.

    41
  29. He 6, 4 à 6 : l'impossibilité d'être de nouveau renouvelés pour la conversion après avoir goûté les dons. AELF, aelf.org.

    42 92
  30. Même article : consoler et encourager les fidèles, exhorter à la persévérance, avertir contre le retour au culte mosaïque. newadvent.org.

    43 93
  31. He 4, 14 à 16 : le grand prêtre par excellence, éprouvé sans péché, et le Trône de la grâce. AELF, aelf.org.

    44
  32. Papyrus P46, lettres de Paul copiées entre 175 et 225, feuillets partagés entre Dublin et le Michigan. Comfort, Encountering the Manuscripts, Broadman, 2005.

    45 118
  33. Même papyrus : l'ordre s'ouvre par Romains, suivi d'Hébreux puis des Corinthiens. Comfort, Encountering the Manuscripts, Broadman, 2005.

    46
  34. Codex Vaticanus et Codex Sinaiticus, milieu du quatrième siècle, puis Alexandrinus : Hébreux complet en treize chapitres. Metzger, The Text of the New Testament, Oxford, 1992.

    47
  35. Codex Vaticanus : les lettres pauliniennes comptées en un seul livre, Hébreux placé entre Galates et Éphésiens. Catholic Encyclopedia, Codex Vaticanus, newadvent.org.

    48
  36. Même article : le plus beau style du Nouveau Testament, 168 termes propres, dix inconnus même du grec classique, goût des mots composés. newadvent.org.

    50 51
  37. Même article : citations selon la Septante, Il est écrit une seule fois en 10, 7, paroles données comme la parole même de Dieu. newadvent.org.

    52 53
  38. Même article : démonstration doctrinale entremêlée d'exhortations, du Fils supérieur aux anges jusqu'aux salutations de 13, 18 à 25. newadvent.org.

    54 58
  39. He 1, 5 à 13 : sept citations de l'Ancien Testament pour la supériorité du Fils sur les anges. AELF, aelf.org.

    56
  40. He 3, 5 à 6 : Moïse fidèle comme serviteur dans la maison, le Christ comme Fils, et cette maison c'est nous. AELF, aelf.org.

    59
  41. He 4, 11 : s'empresser d'entrer dans le repos qui demeure pour le peuple de Dieu. AELF, aelf.org.

    60
  42. He 4, 12 à 13 : la parole de Dieu, vivante, plus coupante qu'une épée à deux tranchants, juge des pensées du cœur. AELF, aelf.org.

    61
  43. He 7, 1 à 3 : Melkisédek, roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut, sans père ni mère dans le récit. AELF, aelf.org.

    62
  44. He 7, 15 à 17 : un prêtre pour toujours selon l'ordre de Melkisédek, selon le psaume 109. AELF, aelf.org.

    63
  45. He 7, 24 à 25 : Jésus demeure pour l'éternité, sacerdoce qui ne passe pas, salut définitif et intercession. AELF, aelf.org.

    64
  46. He 7, 26 à 27 : le grand prêtre saint et immaculé, l'offrande unique de lui-même une fois pour toutes. AELF, aelf.org.

    65 83
  47. He 8, 1 à 2 : le point capital, un grand prêtre assis à la droite du trône, ministre du vrai sanctuaire. AELF, aelf.org.

    66
  48. Même article : le sacerdoce du Christ opposé en comparaison exhaustive aux institutions de l'Ancien Testament, expiation complète et définitive. newadvent.org.

    67 87
  49. He 9, 11 à 14 : entré une fois pour toutes avec son propre sang, la victime sans défaut, les consciences purifiées. AELF, aelf.org.

    68 88
  50. He 9, 15 : le médiateur d'une alliance nouvelle, le rachat des transgressions, l'héritage éternel. AELF, aelf.org.

    69
  51. He 11, 1 à 3 : la foi, façon de posséder ce qu'on espère, et les mondes formés par une parole de Dieu. AELF, aelf.org.

    71 90
  52. He 11, 4 à 38 : Abel, Abraham, Moïse, Rahab, David, les prophètes, les torturés et les errants. AELF, aelf.org.

    72
  53. He 12, 1 à 2 : la nuée des témoins, la course d'endurance, les yeux fixés sur Jésus. AELF, aelf.org.

    73
  54. Même article : exhortations à la persévérance dans la foi, répétées sous forme élaborée dans la seconde partie. newadvent.org.

    74
  55. He 12, 5 à 11 : la correction prouve la filiation, amère sur le moment, fruit de paix ensuite. AELF, aelf.org.

    75
  56. He 13, 1 à 17 : l'amour fraternel, l'hospitalité, le mariage, les chefs qui veillent sur les âmes. AELF, aelf.org.

    76
  57. Même article : en 13, 9 et suivants, référence claire au sacrifice eucharistique de l'autel chrétien. newadvent.org.

    77 89
  58. He 13, 12 à 14 : souffert hors des portes, sortir à sa rencontre, la ville qui doit venir. AELF, aelf.org.

    78 114
  59. Même article : christologie johannique, vraie nature divine et vraie nature humaine, gloire acquise par la passion. newadvent.org.

    79 81
  60. He 1, 10 à 13 : le Fils immuable quand les cieux s'useront ; aucun ange ne s'est entendu dire de siéger à la droite. AELF, aelf.org.

    80
  61. He 5, 1 à 2 : tout grand prêtre pris parmi les hommes, établi pour intervenir en faveur des hommes. AELF, aelf.org.

    82
  62. Catéchisme de l'Église catholique, § 1544 : tout ce que le sacerdoce de l'ancienne alliance préfigurait trouve son accomplissement dans le Christ. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    84 108
  63. He 5, 5 à 6 : nul ne s'attribue cet honneur ; tu es mon Fils, tu es prêtre pour toujours selon Melkisédek. AELF, aelf.org.

    85
  64. He 5, 7 à 9 : le grand cri et les larmes, l'obéissance apprise par les souffrances, la cause du salut éternel. AELF, aelf.org.

    86 112
  65. He 6, 19 à 20 : l'espérance comme ancre sûre et solide de l'âme, au-delà du voile où Jésus est entré. AELF, aelf.org.

    91
  66. Même article : la première lettre de Clément aux Corinthiens montre la connaissance du texte, chapitres 9, 12, 17, 36 et 45. newadvent.org.

    94 119
  67. Saint Jean Chrysostome, 34 Homélies sur l'épître aux Hébreux, publiées après sa mort d'après les notes du prêtre Constantin d'Antioche : le plus ancien commentaire conservé. Schaff, Nicene Fathers, first series, vol. 14.

    96 97
  68. Saint Thomas d'Aquin, Commentaire de l'épître aux Hébreux, leçons conservées par les notes de Réiginald de Piperno. Gatiss, Tyndale Bulletin.

    98
  69. Même ouvrage, traduction Fabian Larcher : le Docteur commun traite la lettre en épître de Paul. Édition Aquinas Institute.

    99
  70. Concile de Trente, session XXII, 17 septembre 1562, décret sur le sacrifice de la messe : la figure de Melkisédek et l'unique oblation. Denzinger.

    100
  71. Concile de Trente, session VI, 13 janvier 1547, décret sur la justification : seize chapitres et trente-trois canons. Denzinger.

    101
  72. Concile de Trente, session XXIII, 15 juillet 1563, décret sur le sacrement de l'Ordre : nul ne s'attribue l'honneur, il faut être appelé. Denzinger.

    102
  73. M. Luther, commentaire de Gn 48, 20 : l'auteur de l'épître, quel qu'il soit, Paul ou, à son avis, Apollos. Meyer, Critical and Exegetical Commentary.

    103
  74. Même auteur, Nouveau Testament allemand de 1522 : Hébreux relégué en fin de volume avec Jacques, Jude et l'Apocalypse, sans numérotation. Meyer, Critical and Exegetical Commentary.

    104
  75. J. Calvin, Commentaire de l'épître aux Hébreux, argument sur 13, 23 : très probablement Luc ou Clément de Rome pour auteur. Bibliatodo, commentaire complet de Calvin.

    105
  76. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, § 4, 18 novembre 1965 : Dieu nous a parlé par son Fils, citant He 1, 1 à 2. Texte sur vatican.va.

    106 109
  77. Catéchisme de l'Église catholique, § 65 : Dieu nous a parlé par son Fils, citant He 1, 1 à 2. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    107
  78. Messe du jour de Noël : Is 52, 7 à 10 ; Ps 97 ; He 1, 1 à 6, Dieu nous a parlé par son Fils ; Jn 1, 1 à 18. AELF, aelf.org.

    110
  79. Célébration de la Passion du Vendredi saint : Is 52, 13 à 53, 12 ; He 4, 14 à 16 et 5, 7 à 9 ; Jn 18, 1 à 19, 42. AELF, aelf.org.

    111
  80. Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire, année C : Sg 18, 6 à 9 ; He 11, 1 à 2 et 8 à 19 ; Lc 12, 32 à 48. AELF, aelf.org.

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  81. Une partie de l'exégèse contemporaine tient l'origine non paulinienne pour acquise, à partir des mêmes indices que discutaient déjà les Pères. Carson et Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan, 2005.

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  82. Même courant : datation entre 80 et 96, le culte au présent lu comme fiction littéraire postérieure à 70. Carson et Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan, 2005.

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  83. Rouleau de Melkisédek, grotte 11 de Qumrân : un Melkisédek céleste et libérateur ; aucune preuve que l'auteur d'Hébreux l'ait connu, tradition commune d'un Melkisédek rédempteur. Coutsoumpos, Jesus the High Priest ; 4 Enoch.

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  84. Commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église, 1993 : les méthodes critiques indispensables mais insuffisantes sans la Tradition vivante. Texte sur vatican.va.

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