L'épître aux Romains

La première des lettres de saint Paul, dictée à Tertius à Corinthe en 57-58 : la justification par la foi, le baptême, la vie dans l'Esprit, le dessein de Dieu sur Israël, et seize siècles d'histoire.

Ignispedia

L'épître aux Romains est, dans l'ordre reçu par l'Église, la première des lettres de saint Paul et le sixième livre du Nouveau Testament : seize chapitres où l'Apôtre des nations expose à des chrétiens qu'il n'a pas encore visités tout l'Évangile qu'il prêche, la justification du pécheur par la foi, le baptême qui unit à la mort du Christ, la vie dans l'Esprit et le dessein de Dieu sur Israël et les nations. La tradition l'attribue à saint Paul lui-même, qui la dicta à Tertius à Corinthe pendant l'hiver 57 à 58, au terme de son troisième voyage, et la confia à Phébé, servante de l'Église de Cenchrées, pour la porter à Rome. C'est la plus longue, la plus ordonnée et la plus doctrinale des lettres pauliniennes, celle par qui Augustin se convertit, que Thomas d'Aquin commenta à Naples, sur laquelle le concile de Trente bâtit son décret sur la justification et que Luther voulut retourner contre Rome.

Son plan est limpide : après l'adresse et l'action de grâces vient le thème, l'Évangile puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, puis la démonstration en quatre temps, le péché universel des païens et des Juifs, la justification par la foi illustrée par Abraham, la vie nouvelle du baptême à l'Esprit, le mystère d'Israël, avant la longue exhortation morale et les salutations qui nomment plus de trente chrétiens de Rome. L'article présente d'abord la lettre telle que l'Église la reçoit, sa place dans le canon, son auteur, sa datation, ses destinataires, ses témoins anciens, son texte, son plan détaillé, sa théologie, sa postérité dans la vie de l'Église et sa présence dans la liturgie, puis le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. La synthèse des vingt-sept livres se lit dans Le Nouveau Testament, le récit des voyages de l'Apôtre dans Les Actes des Apôtres, et les quatre évangiles dans L'Évangile selon saint Matthieu, L'Évangile selon saint Marc, L'Évangile selon saint Luc et L'Évangile selon saint Jean.

La place de Romains dans le canon des Écritures

Le sixième livre du Nouveau Testament

Toutes les Bibles catholiques rangent les livres dans le même ordre : les quatre évangiles, les Actes, puis les lettres de Paul en tête desquelles marche Romains, avant les lettres catholiques et l'Apocalypse[1]. Cet ordre n'est pas chronologique, puisque les lettres aux Thessaloniciens sont plus anciennes, il est théologique et volumétrique : la plus longue et la plus fondamentale d'abord, puis les autres par longueur décroissante. Romains occupe donc la place d'honneur du corpus paulinien, comme une porte d'entrée doctrinale avant les lettres de circonstance adressées à Corinthe, à Galatie ou à des pasteurs. Le concile de Trente, session IV, le 8 avril 1546, a fixé solennellement cette liste avec anathème, en recevant la Vulgate comme texte authentique pour la prédication et les disputes[2].

La première des quatorze lettres pauliniennes

Le Nouveau Testament attribue quatorze lettres à Paul, de Romains à Philémon en suivant l'ordre reçu, l'épître aux Hébreux fermant la marche dans la tradition latine[3]. Le tableau ci-dessous résume le corpus tel que l'Église le reçoit, avec les datations classiques admises par la tradition et la critique modérée.

Ce tableau donne le cadre commun du corpus ; chaque lettre aura son article dédié. Romains s'y distingue par trois traits : c'est la seule adressée à une Église que Paul n'a ni fondée ni visitée, la seule qui expose le tout de sa prédication au lieu de régler un différend local, et la plus longue, avec ses 16 chapitres et 433 versets.

LettreDestinatairesDate reçueLieu de rédaction
RomainsL'Église de RomeHiver 57 à 58Corinthe
1 CorinthiensL'Église de CorinthePâques 57Éphèse
2 CorinthiensL'Église de CorintheAutomne 57Macédoine
GalatesLes Églises de GalatieVers 54 à 57Éphèse ou Macédoine
ÉphésiensLes Églises d'AsieVers 61 à 63Rome, première captivité
PhilippiensL'Église de PhilippesVers 61 à 63Rome, première captivité
ColossiensL'Église de ColossesVers 61 à 63Rome, première captivité
1 ThessaloniciensL'Église de ThessaloniqueVers 50 à 51Corinthe
2 ThessaloniciensL'Église de ThessaloniqueVers 50 à 51Corinthe
1 TimothéeTimothée à ÉphèseVers 64 à 67Macédoine
2 TimothéeTimothée à ÉphèseVers 66 à 67Rome, seconde captivité
TiteTite en CrèteVers 64 à 67Grèce ou Asie
PhilémonPhilémon à ColossesVers 61 à 63Rome, première captivité
HébreuxDes judéo-chrétiensVers 60 à 64Italie, selon 13, 24

La plus longue des lettres de Paul

Avec ses 16 chapitres et 433 versets, Romains dépasse nettement 1 Corinthiens, sa suivante en longueur, et représente à elle seule près du septième du corpus paulinien. Cette ampleur n'est pas un hasard de plume : Paul écrit à des inconnus, il ne peut supposer ni leur histoire ni leurs divisions connues de lui, il doit donc tout reprendre depuis le fondement, la révélation de la justice de Dieu, et conduire pas à pas jusqu'aux conseils pratiques et aux salutations personnelles. Les Pères l'ont senti d'instinct : saint Jean Chrysostome y voit la lettre où Paul déploie toute sa doctrine parce qu'il s'adresse à la capitale de l'empire[4], et saint Thomas d'Aquin enseigne que toute la matière des lettres pauliniennes est la grâce du Christ, considérée à Rome en elle-même, avant ses sacrements et ses applications[5].

L'auteur reçu par l'Église : Paul, l'apôtre des nations

Le pharisien devenu témoin du Ressuscité

L'auteur se nomme dès le premier verset : Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être Apôtre, mis à part pour l'Évangile de Dieu[6]. Ce Saul de Tarse, pharisien zélé formé à Jérusalem aux pieds de Gamaliel, persécuteur des disciples jusqu'au chemin de Damas où le Ressuscité le terrassa et l'appela, est devenu l'apôtre des nations, fondateur d'Églises de la Galatie à la Grèce en trois grands voyages racontés par Luc[7]. Quand il écrit aux Romains, il a derrière lui près de vingt-cinq ans de prédication, des flagellations, un naufrage, des prisons, et devant lui le projet de porter l'Évangile jusqu'en Espagne en passant par Rome[8]. Nul autre auteur du Nouveau Testament ne joint une telle autorité missionnaire à une telle formation scripturaire.

Tertius le scribe et Phébé la porteuse

La lettre trahit son mode de fabrication à son dernier chapitre : au milieu des salutations, une voix nouvelle salue les lecteurs, Moi aussi, Tertius, à qui cette lettre a été dictée, je vous salue dans le Seigneur[9]. Paul dictait donc, comme pour les autres grandes lettres où il ajoute seulement de sa main la salutation finale, et Tertius tenait la plume, probablement chez Gaïus, son hôte corinthien, qui salue lui aussi toute l'Église[10]. Quant à la porteuse, Paul la recommande en ouvrant le chapitre : Je vous recommande Phébée, notre sœur, ministre de l'Église qui est à Cencrées, et demande qu'on l'accueille dans le Seigneur comme il convient à des fidèles[11]. Cenchrées, le port oriental de Corinthe sur la mer Égée, est le point d'embarquement naturel vers Rome. Une femme de confiance, chargée de traverser la Méditerranée avec le rouleau le plus précieux du christianisme naissant : le détail éclaire le rôle réel des femmes dans la mission paulinienne, sans rien d'une reconstruction tardive.

Pourquoi écrire à une Église qu'il n'a pas fondée

Paul le dit lui-même avec une franchise qui désarme : il a voulu bien des fois venir à Rome mais en a été empêché, il n'y a pas encore mis les pieds, et il écrit pour annoncer d'avance l'Évangile qu'il prêchera de vive voix, pour préparer sa venue et demander le soutien des Romains vers l'Espagne[12][13]. La lettre est donc à la fois une présentation, Paul se fait connaître de frères qui ne le connaissent que de réputation, un exposé complet, il résume toute sa doctrine pour éviter les malentendus, et une demande, il sollicite prières et aide matérielle pour la collecte de Jérusalem puis la mission d'Occident[14]. C'est ce triple but qui explique le ton : solennel et systématique dans les onze premiers chapitres, chaleureux et concret dans les cinq derniers.

« En effet, je n'ai pas honte de l'Évangile, car il est puissance de Dieu pour le salut de quiconque est devenu croyant, le Juif d'abord, et le païen. Dans cet Évangile se révèle la justice donnée par Dieu, celle qui vient de la foi et conduit à la foi, comme il est écrit : Celui qui est juste par la foi, vivra. » — Épître aux Romains, 1, 16 à 17[15]

Rome et les Romains : à qui Paul écrit

Des chrétiens issus des Juifs et des païens

La communauté romaine n'a été fondée par aucun apôtre en titre : elle est née des Juifs de la diaspora convertis à Jérusalem le jour de la Pentecôte, des commerçants et affranchis qui faisaient la navette entre l'Orient et la capitale, et des païens gagnés un à un[16]. Vers 57, elle compte des judéo-chrétiens revenus d'exil, des pagano-chrétiens majoritaires, des maisonnées entières comme celles d'Aristobule et de Narcisse, et une Église chez Prisca et Aquilas, le couple que Paul avait connu à Corinthe[17]. Paul salue nommément plus de trente personnes, Juifs et Grecs, hommes et femmes, esclaves et libres, preuve d'une communauté nombreuse, mêlée et déjà organisée en plusieurs assemblées de maison[18].

L'édit de Claude et le retour des exilés

L'arrière-plan romain s'éclaire par un fait d'histoire profane solidement attesté : vers 49, l'empereur Claude expulsa de Rome les Juifs qui s'agitaient sans relâche à l'instigation de Chrestus, selon le biographe impérial Suétone[19]. Luc confirme que le couple Aquilas et Priscille venait d'arriver à Corinthe parce que Claude avait ordonné à tous les Juifs de quitter Rome[20]. L'historien Orose date l'édit de la neuvième année de Claude, soit 49[21]. Après la mort de l'empereur en 54, les exilés revinrent peu à peu, retrouvant des communautés où les pagano-chrétiens avaient pris leurs habitudes pendant cinq ans : tensions sur les nourritures, les jours de fête, le vin et la viande, exactement ce que règlent les chapitres 14 et 15 de la lettre. L'archéologie profane éclaire ainsi la théologie : les forts et les faibles de Romains 14 sont des frères que l'histoire impériale a séparés puis réunis[22].

Les forts, les faibles et la charité qui tranche

Que celui qui mange ne méprise pas celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange, car Dieu l'a accueilli, lui aussi[23]. Le conflit romain portait sur les viandes, probablement celles des marchés adossés aux temples, et sur l'observance des jours, sabbats et jeûnes juifs maintenus par les revenants d'exil. Paul refuse de trancher par l'autorité : il demande aux forts, qui savent que rien n'est impur en soi, de renoncer à leur liberté par charité plutôt que de scandaliser les faibles, et aux faibles de ne pas juger les forts[24]. La règle vaut pour tous les siècles : ne détruisez pas pour de la nourriture l'œuvre de Dieu, et tout ce qui ne procède pas de la foi est péché. C'est la première grande charte catholique de la liberté chrétienne tempérée par l'amour du prochain.

Junia, Prisca et les femmes saluées

Sur les trente noms du chapitre 16, neuf sont des femmes : Phébé la porteuse, Prisca nommée avant son mari Aquilas, Marie qui a beaucoup peiné pour vous, Tryphène et Tryphose, Perside la bien-aimée, la mère de Rufus que Paul appelle aussi sa mère, Julie, la sœur de Nérée[25]. Le cas le plus discuté est celui d'Andronicos et Junias, salués comme de ma parenté, compagnons de captivité et apôtres bien connus, chrétiens avant Paul lui-même : la traduction liturgique française y voit deux hommes[26]. L'accusatif grec laisse pourtant hésiter sur le genre du second nom, et saint Jean Chrysostome y lisait une femme, Junia, dont il admirait qu'elle fût jugée digne du titre d'apôtre : l'Église y voit en tout cas un couple missionnaire de premier plan, sans en tirer une thèse sur le ministère ordonné, que le reste du Nouveau Testament réserve aux hommes.

Pourquoi Pierre n'est pas salué

Le silence le plus éloquent de la lettre est une absence : parmi les trente salués, Pierre ne figure pas. Loin d'embarrasser la tradition catholique, ce silence la confirme : en 57, Pierre n'est pas encore à Rome, sa venue appartient à la décennie suivante et son martyre sous Néron aux années 64 à 67, comme l'attestent Clément de Rome, Ignace d'Antioche et toute la mémoire romaine[27]. Paul, qui écrit qu'il évite de bâtir sur un fondement posé par un autre[28], trouve à Rome une Église fondée par des anonymes de la Pentecôte, pas encore affermie par le Prince des Apôtres. Quand les deux colonnes s'y rencontreront quelques années plus tard, la lettre aux Romains aura préparé le terrain.

La datation traditionnelle : Corinthe, hiver 57 à 58

Les indices internes : Gaïus, Éraste et la collecte

Trois détails trahissent Corinthe comme lieu de rédaction. D'abord Gaïus, l'hôte de Paul, salue les Romains : or Paul rappelle aux Corinthiens qu'il n'a baptisé chez eux que Crispus et Gaïus[29]. Ensuite Éraste, le trésorier de la ville, salue aussi : une dalle corinthienne du premier siècle, mise au jour dans les fouilles de l'agora, porte qu'un certain Éraste, devenu édile, pava un parvis à ses frais, et si l'identification avec le chrétien reste débattue, elle illustre au moins le milieu municipal corinthien que la lettre suppose[30]. Enfin Paul annonce qu'il part porter à Jérusalem la collecte des Églises de Macédoine et d'Achaïe avant de venir à Rome : c'est exactement le programme des lettres aux Corinthiens sur la collecte, et le récit des Actes montre Paul quittant la Grèce pour la Judée avec les délégués porteurs des fonds[31][32]. Trois faisceaux convergents, trois fois Corinthe.

Les trois mois de Grèce du livre des Actes

Luc raconte que Paul, après deux ans à Éphèse, traversa la Macédoine, descendit en Grèce et y séjourna trois mois, avant que le complot des Juifs ne le force à repartir par la Macédoine vers Jérusalem pour la Pentecôte[33]. Ces trois mois d'hiver, la navigation étant fermée, correspondent à l'hiver 57 à 58 dans la chronologie reçue, calée sur le proconsulat de Gallion à Corinthe en 51 à 52 et l'édit de Claude en 49[34]. Paul dicte donc aux Romains entre deux traversées, dans l'urgence d'un départ pour Jérusalem où il pressent les chaînes : je vous supplie de lutter avec moi par vos prières, afin que j'échappe aux incrédules de Judée[35]. La lettre est un testament missionnaire écrit entre deux mers fermées par l'hiver.

  1. 49
    L'édit de Claude
    les Juifs expulsés de Rome

    Suétone rapporte l'agitation à l'instigation de Chrestus et l'expulsion ; Aquilas et Priscille gagnent Corinthe et y rencontrent Paul[36][37].

  2. 51 à 52
    Gallion proconsul d'Achaïe
    le repère chronologique de Paul

    L'inscription de Delphes date le proconsulat de Gallion, devant qui Paul comparaît à Corinthe : l'ancre de toute la chronologie paulinienne[38].

  3. 54
    Mort de Claude, retour des exilés
    Rome retrouve ses Juifs

    Néron succède à Claude ; les bannis reviennent et retrouvent une Église romaine devenue majoritairement pagano-chrétienne : les tensions que règlera Romains 14[39].

  4. Hiver 57 à 58
    Paul dicte Romains à Corinthe
    Tertius tient la plume

    Trois mois en Grèce, chez Gaïus, avec Phébé prête à embarquer pour Rome : la lettre aux Romains est écrite[40][41].

  5. 58
    Arrestation à Jérusalem
    la collecte livrée, les chaînes

    Paul remet la collecte, est arrêté au Temple et, après deux ans à Césarée, en appelle à César : le voyage vers Rome commence[42].

  6. 60 à 61
    Paul à Rome
    la lettre devient présence

    Après le naufrage de Malte, Paul arrive au printemps 60 ou 61, assigné à résidence deux ans, prêchant à ceux que sa lettre avait préparés trois ans plus tôt[43].

  7. 64 à 67
    Martyre sous Néron
    Pierre et Paul à Rome

    Après l'incendie de 64, la persécution frappe l'Église romaine ; Pierre et Paul y scellent de leur sang ce que la lettre avait semé[44].

Les témoins anciens de cette datation

Aucun Père ne conteste le cadre : Origène, le premier grand commentateur de l'épître vers 243, la lit comme une lettre de Paul à Rome écrite dans la maturité de l'Apôtre[45]. Eusèbe de Césarée, vers 325, range dans son Histoire ecclésiastique les quatorze lettres de Paul parmi les écrits universellement reçus, Romains en tête[46]. Saint Jérôme, dans son catalogue des hommes illustres de 392, résume la vie de Paul voyage par voyage et situe la lettre dans la séquence corinthienne[47]. La tradition ne connaît donc qu'une date, qu'un lieu et qu'un auteur : ce n'est pas une hypothèse d'école, c'est la mémoire continue de l'Église, des destinataires eux-mêmes jusqu'aux historiens du quatrième siècle.

Le texte et sa transmission : des papyrus à la Vulgate

Le papyrus P46, vers 175 à 225

Le plus ancien témoin des lettres de Paul est un codex de papyrus découvert en Égypte, aujourd'hui partagé entre Dublin et le Michigan : le papyrus P46, copié entre 175 et 225, soit un siècle et quart après la dictée à Tertius[48]. Il contient les lettres pauliniennes dans un ordre qui s'ouvre par Romains, suivi d'Hébreux puis des Corinthiens, preuve que dès la fin du deuxième siècle la lettre aux Romains circulait en tête du corpus[49]. Trente feuillets en sont conservés au Michigan, cinquante-six à Dublin : on y lit l'essentiel de Romains, avec un texte déjà très proche de celui des grandes Bibles du quatrième siècle. Entre la plume de Tertius et ce papyrus, il n'y a guère plus de trois ou quatre copies successives, ce qui laisse peu de place aux remaniements massifs imaginés par certaines reconstructions.

Les grandes onciales du quatrième siècle

Après les papyrus viennent les parchemins impériaux : le Codex Vaticanus et le Codex Sinaiticus, copiés au milieu du quatrième siècle, donnent Romains dans sa forme complète en seize chapitres avec la doxologie finale, suivis par l'Alexandrinus du cinquième siècle[50]. L'accord de ces témoins indépendants, alexandrins pour les deux premiers, byzantins pour d'autres, garantit un texte remarquablement stable : les variantes de Romains sont ponctuelles et sans portée doctrinale, à l'exception du dossier de la doxologie et de la forme courte dont il faut parler. Le lecteur moderne lit donc, au mot près ou presque, ce que lisaient les chrétiens de Rome au temps de Constantin.

La doxologie finale et ses déplacements

Le point délicat de la critique textuelle romaine tient en trois versets : À Celui qui peut vous rendre forts selon mon Évangile qui proclame Jésus Christ... à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus Christ, à lui la gloire pour les siècles[51]. Cette doxologie se lit à la fin du chapitre 16 dans les grandes onciales et la plupart des témoins, mais une partie de la tradition manuscrite la place à la fin du chapitre 14, trois manuscrits l'omettent, et le papyrus P46 la donne après le chapitre 15[52]. L'explication la plus sobre, proposée par les meilleurs manuelistes, est que Paul lui-même aurait fait circuler une édition de travail : la lettre, déjà copiée pour d'autres Églises sans les salutations romaines du chapitre 16, se serait close tantôt au chapitre 14 avec la doxologie, tantôt au chapitre 15, avant que la forme complète en seize chapitres ne s'impose partout[53]. Rien n'y sent la fraude : une lettre apostolique recopiée pour l'édification universelle, exactement comme Paul demandait qu'on échange ses lettres entre Églises[54].

La forme courte en quatorze chapitres et Marcion

Vers 140, l'hérétique Marcion publia son propre recueil paulinien, l'Apostolikon, avec les Galates en tête au lieu de Romains et une forme de Romains amputée des chapitres 15 et 16, sans la doxologie[55]. Origène connaissait cette forme courte et l'attribuait expressément à une mutilation de Marcion, sans invoquer d'autre preuve que la comparaison avec les exemplaires complets des Églises[56]. Tertullien, réfutant Marcion vers 207, commente Romains d'après le texte complet et ne lui connaît pas d'autre forme catholique[57]. Le verdict de la tradition est donc net : la forme courte est une édition hérétique tronquée, non le texte primitif, et les manuscrits qui déplacent la doxologie après le chapitre 14 en gardent simplement la trace liturgique, comme une conclusion de lecture publique.

Quelques témoins omettent la mention de Rome

Une poignée de témoins tardifs omettent les mots à Rome en 1, 7 et 1, 15, comme si la lettre avait circulé sans adresse, en encyclique destinée à toutes les Églises[^omet-rome}. L'argument a nourri l'idée d'une édition universelle primitive, mais il pèse peu : les omissions sont tardives, isolées et contradictoires entre elles, tandis que l'immense majorité des manuscrits, des versions et des Pères adressent la lettre aux Romains, et que le chapitre 16 nomme des chrétiens que Paul ne pouvait saluer qu'en connaissance de cause. La suscription Aux Romains figure d'ailleurs dans les plus anciens témoins, P46 compris. Une lettre dont l'auteur annonce qu'il viendra à Rome, portée par Phébé vers l'ouest, lue à Rome par Clément dès la fin du premier siècle, n'a jamais été une lettre sans destinataires.

Jérôme et la Vulgate latine

C'est dans la traduction de saint Jérôme que l'Occident a appris Romains par cœur : entre 382 et 405, retiré à Bethléem, il révisa les vieilles latines sur le grec et donna la Vulgate, déclarée authentique par Trente pour l'enseignement et la prédication[58][59]. Les formules qui ont fait l'histoire, justus ex fide vivit, ubi abundavit delictum, superabundavit gratia, o altitudo divitiarum, sont entrées dans la mémoire catholique par sa prose[60][61][62]. Les commentaires latins s'enchaînent alors sans rupture : Marius Victorinus vers 360, l'Ambrosiaster romain vers 370, Pélage lui-même vers 405, dont le commentaire, expurgé après sa condamnation, resta lu tout le Moyen Âge[63]. Quand Augustin ouvre le rouleau dans le jardin de Milan, c'est déjà cette latine qu'il entend.

Le plan de la lettre, chapitre par chapitre

Vue d'ensemble : quatre actes et un envoi

La lettre s'ordonne comme une démonstration d'école, annoncée par son thème et close par sa doxologie. Le tableau ci-dessous en donne la charpente, que les sections suivantes détaillent partie par partie.

PartieChapitresContenuMot clef
Adresse et thème1, 1 à 17Salutation, action de grâces, propositioL'Évangile, puissance de Dieu
Le péché universel1, 18 à 3, 20Colère de Dieu sur païens puis JuifsTous ont péché
La justification par la foi3, 21 à 5, 21Foi, Abraham, paix, Adam et ChristLe juste vivra par la foi
La vie nouvelle6 à 8Baptême, Loi, EspritLa vie dans l'Esprit
Le mystère d'Israël9 à 11Élection, chute, réintégrationDieu n'a pas rejeté son peuple
L'exhortation morale12 à 15, 13Charité, autorités, forts et faiblesLe culte raisonnable
Projets et salutations15, 14 à 16, 27Jérusalem, Rome, Espagne, doxologiePortée par Phébé

L'adresse et le thème : 1, 1 à 17

Paul se présente en trois titres, serviteur, appelé, mis à part, résume l'Évangile promis par les prophètes et accompli dans le Fils né de la race de David selon la chair, établi Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de sainteté, par sa résurrection d'entre les morts[64], rend grâces pour la foi des Romains annoncée dans le monde entier, puis énonce son thème comme une fanfare : l'Évangile est puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, où se révèle la justice de Dieu, de foi en foi, selon Habacuc, celui qui est juste par la foi vivra[65]. Tout le reste n'est que le déploiement de ces deux versets, que Luther appelait la porte du paradis.

Le péché du monde païen puis juif : 1, 18 à 3, 20

La démonstration commence par le réquisitoire : la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété[66]. Les païens, qui connaissaient Dieu par la création, ont préféré les idoles, et Dieu les a livrés à leurs désordres, en une gradation terrible qui va de l'idolâtrie aux passions contre nature jusqu'au catalogue de vingt et un vices[67]. Puis le retournement : toi, l'homme qui juges, le Juif fier de la Loi, fais ce que tu condamnes, et la circoncision du cœur vaut mieux que celle de la chair[68]. Le bilan tombe comme un couperet, en mosaïque de psaumes : il n'y a pas de juste, pas même un seul... tous les hommes ont péché, ils sont privés de la gloire de Dieu[69]. Nul ne sera justifié par les œuvres de la Loi : le diagnostic est universel, Juifs et Grecs ensemble sous le péché.

La justification par la foi : 3, 21 à 5, 21

Mais maintenant, le tournant le plus célèbre de la Bible : sans la Loi s'est manifestée la justice de Dieu, attestée par la Loi et les Prophètes, justice de Dieu par la foi en Jésus Christ pour tous ceux qui croient, car tous ont péché et sont justifiés gratuitement par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus[70]. Abraham, père des croyants, fut justifié par la foi avant la circoncision et avant la Loi, et David proclame heureux l'homme à qui Dieu attribue la justice sans les œuvres[71]. Les fruits suivent : justifiés par la foi, nous sommes en paix avec Dieu, l'espérance qui ne déçoit pas, l'amour répandu par l'Esprit, et le parallèle des deux Adams, par un seul homme le péché et la mort, par un seul Homme la grâce surabondante[72][73]. Ce chapitre 5, avec son verset 12 sur l'entrée du péché par un seul homme, fondera toute la doctrine du péché originel[74].

« Nous qui sommes donc devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l'accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l'espérance d'avoir part à la gloire de Dieu. » — Épître aux Romains, 5, 1 à 2[75]

Le baptême et la vie nouvelle : 6 à 8

À l'objection, allons-nous demeurer dans le péché pour que la grâce abonde, Paul répond par le baptême : Ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c'est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts[76]. Le chapitre 7 explore le drame de l'homme sous la Loi, ce moi divisé qui fait le mal qu'il hait, tableau de la conscience déchirée où les Pères ont vu tantôt l'homme sans la grâce, tantôt le croyant en lutte[77]. Puis le sommet, le chapitre 8 : il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus, l'Esprit qui fait crier Abba, Père, les gémissements de la création en attente de la révélation des fils de Dieu, et la chaîne d'or de la prédestination, ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés... appelés... justifiés... glorifiés[78]. Les lectionnaires l'ont retenu : c'est la grande charte de la vie spirituelle.

« J'estime, en effet, qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. En effet, la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. » — Épître aux Romains, 8, 18 à 19[79]

Le mystère d'Israël : 9 à 11

Trois chapitres parmi les plus médités et les plus débattus : Paul, qui donnerait sa vie pour ses frères selon la chair, affirme la fidélité irrévocable de Dieu à Israël tout en expliquant l'incrédulité du plus grand nombre[80]. L'élection est gratuite, comme Jacob préféré à Ésaü avant leur naissance ; le zèle d'Israël est réel mais sans intelligence, cherchant la justice par les œuvres au lieu de la foi ; un Reste subsiste selon l'élection de la grâce, et l'endurcissement partiel durera jusqu'à ce que soit entrée la totalité des nations, après quoi tout Israël sera sauvé[81][82]. La parabole de l'olivier résume tout : les branches incrédules retranchées, les rameaux sauvages des nations greffés, avec l'avertissement aux greffés de ne pas s'enorgueillir, car Dieu peut greffer de nouveau les branches naturelles[83]. L'ensemble s'achève dans la plus belle doxologie de Paul.

« Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? Qui lui a donné en premier et mériterait de recevoir en retour ? Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire pour l'éternité ! Amen. » — Épître aux Romains, 11, 33 à 36[84]

L'exhortation : le culte raisonnable : 12 à 15, 13

Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c'est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte[85]. La morale de Romains découle du dogme comme le fruit de l'arbre : ne pas se conformer au monde présent mais se transformer par le renouvellement de l'intelligence, exercer les charismes dans l'unité du corps, aimer sans hypocrisie, bénir les persécuteurs, vaincre le mal par le bien[86]. Le chapitre 13 règle les devoirs envers les autorités, car il n'y a d'autorité qu'en dépendance de Dieu, avec la limite implicite que les Apôtres formuleront ailleurs, il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, puis ramène tout à l'amour qui accomplit la Loi, et à l'urgence eschatologique, l'heure est déjà venue de sortir de votre sommeil[87]. Les chapitres 14 et 15 règlent le différend des forts et des faibles, déjà éclairé plus haut, et s'achèvent sur l'accueil mutuel comme le Christ nous a accueillis, pour la gloire de Dieu.

Les projets, les salutations, la doxologie : 15, 14 à 16, 27

Paul s'excuse de sa hardiesse, rappelle son ministère d'apôtre des nations, annonce la collecte pour les pauvres de Jérusalem, puis l'itinéraire : Jérusalem d'abord, Rome ensuite en passant, l'Espagne enfin, avec la demande instantes des prières romaines[88]. Le chapitre 16 déploie les salutations, maison par maison, avec deux avertissements, méfiez-vous de ceux qui provoquent divisions et scandales, et la signature de Tertius[89]. La doxologie finale reprend tout : À Celui qui peut vous rendre forts selon mon Évangile qui proclame Jésus Christ, révélation d'un mystère gardé depuis toujours dans le silence... à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus Christ, à lui la gloire pour les siècles. Amen[90]. Une lettre commencée dans la grâce s'achève dans la gloire.

La théologie de Romains : la justice de Dieu révélée

La justification par la foi, cœur de la lettre

Le mot qui porte tout est justification : l'acte gratuit par lequel Dieu rend juste le pécheur qui croit, en lui imputant la justice du Christ et en lui infusant sa grâce[91]. Paul l'établit contre deux erreurs inverses : celle du païen qui s'absout lui-même, et celle du Juif qui compte sur les œuvres de la Loi. En effet, nous estimons que l'homme devient juste par la foi, indépendamment de la pratique de la loi de Moïse[92]. La foi dont il s'agit n'est pas une simple opinion : c'est l'adhésion de tout l'être au Christ, qui opère par la charité et se scelle dans le baptême, comme le montrera la suite. Le Catéchisme reprend la formule paulinienne presque mot pour mot : la justification est à la fois le pardon des péchés et la sanctification intérieure, don gratuit de la Trinité[93]. Toute lecture qui réduit la foi à une confiance sans œuvres, ou les œuvres à un salaire sans grâce, mutile le chapitre 3.

Le péché originel : par un seul homme

Nous savons que par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et que par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché[94]. Ce verset 12 du chapitre 5 est le siège scripturaire de la doctrine du péché originel : le concile de Trente, session V, le 17 juin 1546, y appuie son décret qui définit qu'Adam, par sa désobéissance, a transmis à tout le genre humain non seulement la mort mais le péché lui-même, inhérent à chacun, effacé par le baptême[95]. Le Catéchisme cite le même verset en ouverture de ses paragraphes sur la chute et sa transmission[96].Face aux lectures qui n'y voient qu'une solidarité morale ou une métaphore du mal, l'Église maintient le sens obvie : un acte premier, un premier père, une blessure héritée, et en regard un second Adam dont l'obéissance surabonde où le péché avait abondé[97].

Le baptême : morts et ressuscités avec le Christ

Romains 6 est la grande charte baptismale du Nouveau Testament : le baptême n'y est pas un rite d'adhésion mais une plongée dans la mort du Christ, ensevelissement du vieil homme et naissance à la vie nouvelle[98]. Nous le savons : l'homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que le corps du péché soit réduit à rien, et qu'ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché[99]. La liturgie l'a pris au mot : c'est ce chapitre que l'Église proclame dans la nuit de Pâques, au moment où les catéchumènes descendent dans la fontaine. La conséquence morale est immédiate : que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel, car le baptisé n'est plus sous la Loi mais sous la grâce, ce qui n'autorise pas le relâchement mais l'exige d'autant moins[100].

La vie dans l'Esprit selon le chapitre 8

Si Romains 3 est le cœur dogmatique, Romains 8 est le cœur spirituel : trente-neuf versets : la condamnation abolie, l'Esprit qui vivifie, l'adoption filiale qui fait crier Abba, c'est-à-dire Père, les souffrances du temps présent, la création qui gémit en travail d'enfantement, l'intercession de l'Esprit par des gémissements inexprimables, et la certitude finale que rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur[101]. Les maîtres spirituels y puisent depuis seize siècles : Augustin contre les pélagiens, Thomas dans sa Somme, Thérèse d'Avila dans ses fondations, et jusqu'aux retraites contemporaines. Le verset 28, tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, est l'une des phrases les plus citées de toute la Bible, bréviaire des affligés[102].

« Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour. » — Épître aux Romains, 8, 28[103]

Israël, les nations et l'olivier

Les chapitres 9 à 11 interdisent deux contresens symétriques : le mépris chrétien pour Israël, puisque les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance, et l'orgueil juif de la chair, puisque la promesse passe par l'élection gratuite et la foi[104]. La parabole de l'olivier franc et de l'olivier sauvage donne aux nations greffées leur statut exact : bénéficiaires, non propriétaires, averties que Dieu peut les retrancher comme il a retranché les branches naturelles, et qu'il peut greffer de nouveau celles-ci[105]. L'Église y lit le principe de toute sa relation au peuple juif, formulé par Vatican II : l'Église attend avec les Juifs le jour du Seigneur dans une espérance commune enracinée dans les promesses[106]. Et le mystère final demeure : l'endurcissement d'une partie d'Israël jusqu'à l'entrée de la totalité des nations, puis tout Israël sera sauvé.

Seize siècles avec Romains : l'épître qui fait l'histoire

Clément, Ignace et les premiers échos

La lettre est citée dès la fin du premier siècle : Clément de Rome, écrivant aux Corinthiens vers 96, reprend les thèmes de la justification et de l'obéissance dans des termes qui supposent Romains connu et médité à Rome même[107]. Ignace d'Antioche, conduit au martyre vers 107, adresse aux Romains une lettre qui en prolonge l'esprit jusque dans le vocabulaire de la foi et du martyre[108]. Irénée de Lyon, vers 180, cite l'épître à plusieurs reprises dans son traité Contre les hérésies, notamment sur l'Adam et le Christ et sur la chair sauvée, preuve qu'elle fait déjà autorité contre les gnostiques qui voulaient séparer le Dieu créateur du Père de Jésus[109]. Polycarpe, Athénagore, Théophile d'Antioche la supposent de même : aucune voix ancienne ne l'attribue à un autre que Paul, et aucune ne la conteste.

Origène, premier commentateur systématique

Vers 243, à Césarée, Origène compose le premier grand commentaire suivi de l'épître, quinze livres dont la traduction latine de Rufin, vers 405, a seule survécu[110]. Il y déploie sa triple lecture, corporelle, psychique et spirituelle, et traite en philologue les variantes de son temps, dont la forme courte marcionite qu'il dénonce comme une mutilation[111]. Son influence sera immense, d'Ambroise à Augustin qui le lut avec passion avant de s'en séparer sur la grâce : toute l'exégèse patristique de Romains naît de ce chantier. Le fait mérite d'être pesé : deux siècles après Tertius, la lettre est déjà un classique qu'on commente verset par verset, comme Homère dans les écoles, mais pour la vie éternelle.

Chrysostome et les trente-deux homélies d'Antioche

À Antioche, vers 388, le prêtre Jean Chrysostome prêche sur Romains trente-deux homélies conservées en grec, le plus vaste commentaire patristique grec de l'épître[112]. Bouche d'or, il admire la charité de Paul qui pleure sur Israël, commente la chaîne d'or du chapitre 8 avec des accents que la liturgie byzantine reprend encore, et morigène les riches de la capitale orientale à partir des exhortations du chapitre 12. Son jugement d'ensemble donne le ton de la tradition grecque : Romains est l'épître de la grâce manifestée, où l'Apôtre, écrivant à la ville impériale, déploie toute la doctrine au lieu de corriger un abus particulier. Théodoret de Cyr, Cyrille d'Alexandrie et les caténistes marcheront dans son sillage.

Augustin : le jardin de Milan et le combat pélagien

L'an 386, à Milan, un jeune professeur de rhétorique déchiré entre ses passions et la vérité pleure sous un figuier : une voix d'enfant chante dans la maison voisine, Prends, lis ! Prends, lis ! Il saisit le rouleau de Paul, l'ouvre au hasard et lit : conduisez-vous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches... mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ[113]. C'est Romains 13, 13 à 14, et c'est sa conversion. Augustin ne quittera plus l'épître : commentaire inachevé de 394, réponse à Simplicien sur Romains 9 en 396, traité De l'esprit et de la lettre en 412, et toute la controverse pélagienne bâtie sur Romains 5, la grâce qui prévient et le péché qui se transmet[114]. Par lui, Romains devient la matrice de la théologie occidentale de la grâce, jusqu'au concile d'Orange de 529 qui en scellera l'héritage.

« Aussitôt, en effet, à la fin de cette phrase, comme si une lumière de certitude se fût répandue dans mon cœur, tous les nuages de mon doute furent dissipés. » — Saint Augustin, Confessions, VIII, 12, 29[115]

Thomas d'Aquin : la grâce du Christ en elle-même

À Naples, en 1272 et 1273, saint Thomas d'Aquin commente l'épître aux Romains devant ses étudiants, au terme de sa vie et en parallèle de la Somme[116]. Sa lecture ordonne tout le corpus paulinien : la grâce du Christ y est considérée en elle-même à Rome, dans ses sacrements aux Corinthiens, dans ses effets aux Galates, dans son unité aux Éphésiens[117]. Sur Romains 1, il médite la procession du Verbe ; sur Romains 5, la causalité du péché d'Adam ; sur Romains 8, la filiation adoptive ; sur Romains 13, l'obéissance aux princes tempérée par la loi divine. Le commentaire, recueilli par ses secrétaires dans l'édition Marietti, reste le sommet médiéval de l'exégèse romaine, cité par tous les théologiens de la justification jusqu'à Trente.

Trente : seize chapitres et trente-trois canons

Le 13 janvier 1547, en sa sixième session, le concile de Trente promulgue le décret sur la justification : seize chapitres d'exposé et trente-trois canons frappant d'anathème les erreurs, presque tous tissés de versets de Romains[118]. La session V sur le péché originel, le 17 juin 1546, avait déjà défini la transmission adamique sur Romains 5, 12[119]. Face à la Réforme, les Pères tridentins relisent Paul avec Augustin et Thomas : la justification est gratuite et imméritée, elle vient de la foi, mais cette foi, formée par la charité, justifie en transformant intérieurement, et les bonnes œuvres du justifié méritent la vie éternelle[120]. Le premier canon donne le ton de tout le décret.

« Si quelqu'un dit que l'homme peut être justifié devant Dieu par ses propres œuvres, accomplies par les forces de la nature humaine ou par la Loi, sans la grâce divine par Jésus Christ, qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session VI, canon 1 sur la justification[121]

Luther, Wesley et la postérité protestante

En 1522, dans sa préface à la Bible de septembre, Martin Luther couronne l'épître : elle est à ses yeux le morceau capital du Nouveau Testament et le plus pur Évangile, que tout chrétien devrait savoir par cœur[122]. Sa lecture isole la foi des œuvres et de la charité qui l'informe, contre le sens obvie de Jacques et de Paul lui-même sur la foi opérant par l'amour : c'est le point précis où Trente répondra[123]. Deux siècles plus tard, le 24 mai 1738 à Londres, John Wesley, écoutant lire cette même préface de Luther dans une réunion d'Aldersgate Street, sent son cœur étrangement réchauffé et y date sa conversion évangélique[124]. Jusqu'à Karl Barth, dont le commentaire de 1919 fit de Romains le manifeste de la théologie dialectique, l'épître reste le champ de bataille et le trésor commun des chrétiens séparés.

« Je sentis mon cœur étrangement réchauffé. Je sentis que j'avais confiance dans le Christ, dans le Christ seul, pour le salut. » — John Wesley, Journal, 24 mai 1738[125]

L'Église contemporaine : année paulinienne et dialogue

Du 28 juin 2008 au 29 juin 2009, pour le bimillénaire de la naissance de l'Apôtre, Benoît XVI proclame une Année paulinienne et consacre une série de catéchèses à la justification selon Romains, rappelant que la foi justifie en unissant au Christ, sans jamais dispenser de la charité[126]. Le 31 octobre 1999 à Augsbourg, catholiques et luthériens avaient déjà signé la Déclaration commune sur la justification, qui confesse ensemble, sur la base de Romains 1, 17 et 3, 28, que le pécheur est justifié gratuitement par la foi, les divergences demeurant sur la permanence du péché et le mérite[127]. Et le Catéchisme de 1992 fait de Romains l'épître la plus citée de sa section sur la grâce : près d'une dizaine de paragraphes, de 1987 à 1995, marchent dans les pas de Paul[128].

Romains dans la prière de l'Église

La nuit de Pâques : le baptême proclamé

Chaque année, dans la Vigile pascale, après les lectures de la création et de l'Exode, l'Église fait retentir l'épître : Romains 6, 3 à 11, avant l'alléluia de la résurrection[129]. Des milliers de catéchumènes, dans la nuit même où Paul écrivait que nous avons été mis au tombeau avec le Christ par le baptême, descendent dans la fontaine : la lettre devient sacrement, le commentaire devient naissance. Aucune autre page paulinienne ne reçoit un tel honneur liturgique annuel, qui fait de Romains 6 le texte le plus entendu de tout le corpus, même par ceux qui n'ouvriront jamais la Bible.

L'Avent et le temps ordinaire : une épître de tous les dimanches

Le lectionnaire dominical puise largement dans la lettre : le premier dimanche de l'Avent de l'année A proclame Romains 13, 11 à 14, l'heure est venue de sortir du sommeil ; le deuxième dimanche donne Romains 15, 4 à 13, accueillez-vous les uns les autres ; le quatrième dimanche de l'année B couronne l'attente par la doxologie finale, Romains 16, 25 à 27[130]. Puis, de l'été à l'automne de l'année A, les dimanches suivent la lettre presque en continu : Romains 5 sur la justification, Romains 6 sur le baptême, Romains 8 sur l'Esprit, Romains 12 sur la charité, Romains 13 sur l'amour qui accomplit la Loi, Romains 14 sur les faibles[131]. Le fidèle qui suit la messe dominicale lit Romains chaque année sans le savoir, comme on respire sans compter son souffle.

Occasion liturgiquePassage proclaméPortée
Vigile pascale, épîtreRm 6, 3 à 11Le baptême, mort et résurrection avec le Christ
1er dimanche de l'Avent, année ARm 13, 11 à 14Sortir du sommeil, revêtir le Christ
2e dimanche de l'Avent, année ARm 15, 4 à 13L'accueil mutuel pour la gloire de Dieu
4e dimanche de l'Avent, année BRm 16, 25 à 27Le mystère tenu caché et enfin révélé
Dimanches du temps ordinaire, année ARm 5, 6, 8, 12, 13, 14Justification, Esprit, charité, liberté

Le bréviaire et la mémoire des saints

La Liturgie des Heures fait lire Romains en lecture continue des semaines du temps ordinaire, avec les répons tirés du chapitre 8, et les antiennes mariales de l'Avent empruntent à la doxologie finale[132]. Les saints ont fait le reste : Thérèse d'Avila voulait qu'on lût Romains 8 aux novices tentées de découragement, François de Sales cite Romains 12 à chaque page de l'Introduction à la vie dévote sur la charité ordonnée, et le Curé d'Ars prêchait sur là où le péché s'est multiplié, la grâce a surabondé aux pécheurs qui n'osaient plus revenir[133]. L'épître aux Romains n'est pas seulement un texte qu'on étudie : c'est un texte qu'on prie, depuis les matines des moines jusqu'aux retraites des confirmands.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Une authenticité que même les radicaux ont épargnée

Le paradoxe de Romains, c'est que son authenticité paulinienne n'a presque jamais été contestée, même par les critiques les plus hardies. Quand Ferdinand Christian Baur fonde en 1845 l'école de Tübingen et ne retient comme authentiques que quatre Hauptbriefe, Romains y figure en tête, avec les deux Corinthiens et Galates[134]. Seule l'école hollandaise radicale de la fin du dix-neuvième siècle, avec Loman, Pierson et Van Manen, osa attribuer Romains à un faussaire du deuxième siècle, thèse que Harnack et tous les historiens du canon réfutèrent génération après génération[135]. Le papyrus P46, les citations de Clément et d'Ignace, l'unanimité des Pères : l'édifice critique repose ici sur le roc, et les débats portent sur l'intégrité du texte et son interprétation, non sur son auteur.

L'hypothèse éphésienne du chapitre 16

Une partie de l'exégèse contemporaine propose que le chapitre 16, avec ses salutations, aurait été adressé non à Rome mais à Éphèse : Paul, qui n'a jamais visité Rome, y saluerait trop de connaissances intimes, dont Prisca et Aquilas connus à Corinthe et à Éphèse, et Épénète prémices de l'Asie, la province d'Éphèse[136]. L'hypothèse, popularisée au milieu du vingtième siècle, se heurte à de fortes objections : Prisca et Aquilas, expulsés de Rome par Claude, étaient précisément revenus à Rome après 54, comme leur maison-église l'atteste ; les voyageurs entre Corinthe, Éphèse et Rome expliquent les relations sans changer de destinataires ; et tous les manuscrits sans exception, P46 compris, joignent le chapitre 16 au reste de la lettre aux Romains[137]. Déplacer un chapitre entier sur des vraisemblances, contre l'unanimité des témoins, illustre la méthode à l'œuvre : le possible confondu avec le prouvé.

La Nouvelle Perspective sur Paul

Depuis le livre d'E. P. Sanders en 1977, relayé par James Dunn, qui forgea l'expression en 1982, et par N. T. Wright, une école influente propose de relire Romains non comme une dénonciation du légalisme juif, mais comme un plaidoyer pour l'entrée des nations dans l'alliance sans les marques identitaires, circoncision, nourritures, sabbat[138][139]. L'apport est réel : le judaïsme du premier siècle connaissait la grâce et l'élection, et Paul défend bien l'unité des deux peuples. Mais la thèse, poussée à bout, affadit le réquisitoire des chapitres 1 à 3, où Paul déclare tous les hommes, Juifs compris, pécheurs et perdus sans le Christ, et elle reconstruit le judaïsme ancien à partir de sources rabbiniques postérieures de plus d'un siècle à la lettre[140]. Trente, le Catéchisme et la lecture continue des Pères maintiennent l'essentiel : Romains parle du péché et de la grâce de tout homme, pas seulement d'un conflit d'appartenance communautaire.

Les fragilités récurrentes des reconstructions

Trois limites reviennent comme un refrain dans le dossier romain. D'abord le présupposé anti-surnaturel : quand une reconstruction date un texte après 70 parce qu'il suppose la chute du Temple, ou refuse à Paul une prophétie d'Israël restauré, elle ne prouve rien, elle présuppose que Dieu ne révèle pas l'avenir[141]. Enfin les datations circulaires : on date les Actes tard parce qu'ils seraient légendaires, puis on date Romains sur ces Actes tardifs, puis on s'étonne que la tradition, qui date tôt, contredise le système[142]. Face à cela, la position catholique, rappelée par la Commission biblique pontificale en 1993, accueille les méthodes critiques comme indispensables mais insuffisantes sans la Tradition vivante qui a porté le texte[143]. Pour Romains, cette Tradition est exceptionnellement forte : un auteur nommé dans la lettre, un scribe qui s'y nomme, une porteuse nommée, des destinataires qui ont gardé le rouleau, et vingt siècles de lecteurs unanimes.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 120 : la liste des 27 livres du Nouveau Testament. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    1 3
  2. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546, décret De canonicis Scripturis : canon des Écritures et Vulgate authentique. Denzinger.

    2 59
  3. Saint Jean Chrysostome, 32 Homélies sur l'épître aux Romains, prêchées à Antioche vers 388 : le plus vaste commentaire grec conservé. Patrologie grecque, vol. 60.

    4 112
  4. Saint Thomas d'Aquin, Commentaire de l'épître aux Romains, prologue : la grâce du Christ considérée en elle-même à Rome. Édition Marietti, Turin.

    5 117
  5. Rm 1, 1 à 7 : Paul, serviteur du Christ Jésus, le Fils né de David et établi Fils de Dieu par la résurrection. AELF, aelf.org.

    6 64
  6. Ac 9, 1 à 19 : Saul terrassé sur le chemin de Damas et appelé. AELF, aelf.org.

    7
  7. Rm 15, 14 à 33 : la collecte pour Jérusalem, le passage par Rome, le projet d'Espagne. AELF, aelf.org.

    8 13 14 28 31 35 88
  8. Rm 16, 22 : moi, Tertius, qui ai écrit cette lettre. AELF, aelf.org.

    9 40
  9. Rm 16, 23 : Gaïus mon hôte, Éraste le trésorier de la ville, Quartus. AELF, aelf.org.

    10
  10. Rm 16, 1 à 2 : Phébée, ministre de l'Église de Cencrées, à accueillir comme il convient à des fidèles. AELF, aelf.org.

    11 41
  11. Rm 1, 8 à 15 : la foi des Romains annoncée dans le monde entier ; Paul empêché jusqu'ici de les visiter. AELF, aelf.org.

    12
  12. Rm 1, 16 à 17 : l'Évangile, puissance de Dieu pour le salut ; le juste vivra par la foi, citant Ha 2, 4. AELF, aelf.org.

    15 60 65
  13. Ac 2, 10 : des Juifs de Rome présents à Jérusalem le jour de la Pentecôte. AELF, aelf.org.

    16
  14. Rm 16, 3 à 5 : Prisca et Aquilas, et l'Église qui se réunit chez eux. AELF, aelf.org.

    17
  15. Rm 16 : les salutations, plus de trente noms, l'avertissement contre les diviseurs. AELF, aelf.org.

    18 25 89
  16. Suétone, Vie de Claude, 25, 4 : les Juifs agités à l'instigation de Chrestus, expulsés de Rome. Belles Lettres.

    19 36
  17. Ac 18, 1 à 3 : Aquilas et Priscille arrivés de Rome à cause de l'édit de Claude. AELF, aelf.org.

    20 37
  18. Paul Orose, Histoires contre les païens, VII, 6, 15 : l'édit de la neuvième année de Claude, soit 49. Belles Lettres.

    21 39
  19. Rm 14, 1 à 15, 13 : les forts et les faibles, nourritures et jours ; l'accueil mutuel. AELF, aelf.org.

    22 23 24
  20. Rm 16, 7 : Andronicos et Junias, de ma parenté, compagnons de captivité, apôtres bien connus, chrétiens avant Paul. AELF, aelf.org.

    26
  21. Même lettre, 5, 5 à 7 : Pierre et Paul martyrs à Rome, Paul allé jusqu'aux bornes de l'Occident. Sources Chrétiennes.

    27 44
  22. 1 Co 1, 14 : Paul n'a baptisé à Corinthe que Crispus et Gaïus. AELF, aelf.org.

    29
  23. Rm 16, 23 et la dalle corinthienne du premier siècle nommant un Éraste édile : l'identification reste débattue, le milieu municipal est assuré. Fitzmyer, Romans, Anchor Bible, Doubleday, 1993.

    30
  24. Ac 20, 2 à 3 : Paul séjourne trois mois en Grèce avant de repartir vers Jérusalem. AELF, aelf.org.

    32 33
  25. L'inscription de Delphes date le proconsulat de Gallion en Achaïe en 51 à 52 : l'ancre de la chronologie paulinienne. Fitzmyer, Romans, Anchor Bible, Doubleday, 1993.

    34 38
  26. Ac 21, 15 à 36 : l'arrivée à Jérusalem et l'arrestation au Temple. AELF, aelf.org.

    42
  27. Ac 28, 14 à 31 : l'arrivée à Rome et deux ans de prédication en résidence surveillée. AELF, aelf.org.

    43
  28. Origène, Commentaire de l'épître aux Romains, vers 243, conservé par la traduction latine de Rufin vers 405. Sources Chrétiennes.

    45 110
  29. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 25, vers 325 : les quatorze lettres de Paul parmi les écrits universellement reçus. Sources Chrétiennes.

    46
  30. Saint Jérôme, Des hommes illustres, 5, 392 : la vie de Paul voyage par voyage. Belles Lettres.

    47
  31. Papyrus P46, lettres de Paul copiées entre 175 et 225, feuillets partagés entre Dublin et le Michigan. Comfort, Encountering the Manuscripts, Broadman, 2005.

    48
  32. Même papyrus : l'ordre s'ouvre par Romains, suivi d'Hébreux puis des Corinthiens. Comfort, Encountering the Manuscripts, Broadman, 2005.

    49
  33. Codex Vaticanus et Codex Sinaiticus, milieu du quatrième siècle, puis Alexandrinus : Romains complet en seize chapitres. Metzger, The Text of the New Testament, Oxford, 1992.

    50
  34. Rm 16, 25 à 27 : la doxologie finale, à Dieu unique sage la gloire par Jésus Christ. AELF, aelf.org.

    51 90
  35. La doxologie de Rm 16, 25 à 27 placée après 14, 23 par une partie de la tradition, omise par trois manuscrits, donnée après 15 par P46. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, 1994.

    52 137
  36. L'hypothèse sobre d'une réédition paulinienne pour d'autres Églises, sans les salutations romaines. Carson et Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan, 2005.

    53
  37. Col 4, 16 : que cette lettre soit lue aussi dans l'Église de Laodicée. AELF, aelf.org.

    54
  38. Marcion, Apostolikon, vers 140 : dix lettres pauliniennes, les Galates en tête, Romains sans les chapitres 15 et 16 ni la doxologie. Tertullien, Contre Marcion, V ; Épiphane, Panarion, 42.

    55
  39. Même ouvrage, X, 43 : la forme courte en quatorze chapitres attribuée à la mutilation de Marcion. Sources Chrétiennes.

    56 111
  40. Tertullien, Contre Marcion, V, 13 à 14, vers 207 : réfutation d'après le texte complet de Romains. Sources Chrétiennes.

    57
  41. Saint Jérôme, préfaces à la Vulgate, 382 à 405 : révision des vieilles latines sur le grec, à Bethléem. Belles Lettres.

    58
  42. Rm 5, 20 à 21 : où le péché a abondé, la grâce a surabondé. AELF, aelf.org.

    61 97
  43. Rm 11, 33 à 36 : ô profondeur de la richesse et de la sagesse de Dieu. AELF, aelf.org.

    62 84
  44. Marius Victorinus vers 360, l'Ambrosiaster romain vers 370, Pélage vers 405 : les premiers commentaires latins de Romains. Quasten, Patrology, vol. 4.

    63
  45. Rm 1, 18 à 32 : la colère de Dieu contre l'idolâtrie et les désordres des païens. AELF, aelf.org.

    66 67
  46. Rm 2 : le jugement de Dieu sans acception de personnes ; la circoncision du cœur. AELF, aelf.org.

    68
  47. Rm 3, 9 à 20 : tous sous le péché ; nul justifié par les œuvres de la Loi. AELF, aelf.org.

    69
  48. Rm 3, 21 à 26 : la justice de Dieu manifestée sans la Loi, par la foi en Jésus Christ. AELF, aelf.org.

    70
  49. Rm 4 : Abraham justifié par la foi avant la circoncision ; David et le bonheur du pardon. AELF, aelf.org.

    71
  50. Rm 5, 1 à 2 : justifiés par la foi, en paix avec Dieu, dans l'espérance de la gloire. AELF, aelf.org.

    72 75
  51. Rm 5, 12 : par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort. AELF, aelf.org.

    73 94
  52. Concile de Trente, session V, 17 juin 1546, décret sur le péché originel, fondé sur Rm 5, 12. Denzinger.

    74 95 119
  53. Rm 6, 3 à 4 : baptisés dans le Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés. AELF, aelf.org.

    76 98
  54. Rm 7 : le drame de l'homme sous la Loi, qui fait le mal qu'il hait. AELF, aelf.org.

    77
  55. Rm 8 : plus de condamnation, l'Esprit d'adoption, les gémissements de la création, la chaîne de la prédestination. AELF, aelf.org.

    78 101
  56. Rm 8, 18 à 19 : les souffrances du temps présent et la gloire à révéler. AELF, aelf.org.

    79
  57. Rm 9 : la douleur de Paul pour Israël ; l'élection gratuite, Jacob préféré à Ésaü. AELF, aelf.org.

    80
  58. Rm 10, 9 à 10 : confesser de bouche et croire dans son cœur pour être sauvé. AELF, aelf.org.

    81
  59. Rm 11 : l'olivier, les branches retranchées et les rameaux greffés ; tout Israël sera sauvé. AELF, aelf.org.

    82 83 105
  60. Rm 12, 1 à 2 : offrir vos corps en sacrifice vivant, le culte raisonnable. AELF, aelf.org.

    85
  61. Rm 12 : les charismes, l'amour sans hypocrisie, vaincre le mal par le bien. AELF, aelf.org.

    86
  62. Rm 13, 1 à 7 : les autorités viennent de Dieu ; l'amour accomplit la Loi ; sortir du sommeil. AELF, aelf.org.

    87
  63. Catéchisme de l'Église catholique, § 1992 : la justification nous a été méritée par la Passion du Christ. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    91
  64. Rm 3, 28 : l'homme justifié par la foi, sans les œuvres de la Loi. AELF, aelf.org.

    92
  65. Catéchisme de l'Église catholique, § 1987 à 1995 : la grâce justifie, le pardon et la sanctification intérieure. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    93 128
  66. Catéchisme de l'Église catholique, § 402 à 405 : le péché d'Adam transmis à tout le genre humain, citant Rm 5, 12. Édition Mame-Plon, Paris, 1992.

    96
  67. Rm 6, 6 : notre vieil homme crucifié avec lui pour détruire le corps de péché. AELF, aelf.org.

    99
  68. Rm 6, 14 : vous n'êtes plus sous la Loi mais sous la grâce. AELF, aelf.org.

    100
  69. Rm 8, 28 : tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. AELF, aelf.org.

    102 103
  70. Rm 11, 29 : les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables. AELF, aelf.org.

    104
  71. Concile Vatican II, déclaration Nostra aetate, § 4, 28 octobre 1965 : l'Église attend avec les Juifs le jour du Seigneur. Texte sur vatican.va.

    106
  72. Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, vers 96 : les chapitres 32 à 36 supposent Romains connu et médité à Rome. Sources Chrétiennes.

    107
  73. Ignace d'Antioche, Lettre aux Romains, vers 107, écrite sur la route du martyre. Sources Chrétiennes.

    108
  74. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, vers 180 : citations de Romains contre les gnostiques, notamment sur Adam et le Christ. Sources Chrétiennes.

    109
  75. Saint Augustin, Confessions, VIII, 12, 29 : le jardin de Milan, 386, la lecture de Rm 13, 13 à 14. Bibliothèque augustinienne, vol. 14.

    113
  76. Même auteur, De l'esprit et de la lettre, 412, et la controverse pélagienne bâtie sur Rm 5 : la grâce qui prévient. Bibliothèque augustinienne, vol. 24.

    114
  77. Même passage : quasi luce securitatis infusa cordi meo omnes dubitationis tenebrae diffugerunt ; en anglais, by a light, as it were, of security infused into my heart, all the gloom of doubt vanished away (New Advent). Bibliothèque augustinienne, vol. 14.

    115
  78. Même ouvrage, enseigné à Naples en 1272 et 1273, au terme de la vie de Thomas. Torrell, Initiation à saint Thomas d'Aquin, Cerf, 1993.

    116
  79. Concile de Trente, session VI, 13 janvier 1547, décret sur la justification : seize chapitres et trente-trois canons. Denzinger.

    118
  80. Même décret, chapitres 7 et suivants : la foi formée par la charité justifie en transformant intérieurement. Denzinger.

    120 123
  81. Même décret, canon 1 : anathème à la justification par les œuvres sans la grâce (Denzinger 811).

    121
  82. Martin Luther, Préface à l'épître aux Romains, Bible de septembre, 1522 : Diese Epistel ist das rechte Hauptstück des Neuen Testaments und das allerlauterste Evangelium. Weimarer Ausgabe, Bibel 7.

    122
  83. John Wesley, Journal, 24 mai 1738 : I felt my heart strangely warmed. I felt I did trust in Christ, Christ alone for salvation. Standard Edition.

    124 125
  84. Benoît XVI, catéchèses de l'Année paulinienne, automne 2008 : la justification selon Romains, la foi qui unit au Christ sans dispenser de la charité. Texte sur vatican.va.

    126
  85. Déclaration commune sur la justification, Augsbourg, 31 octobre 1999 : catholiques et luthériens confessent ensemble la justification gratuite par la foi, sur Rm 1, 17 et 3, 28. Texte sur vatican.va.

    127
  86. Missel romain, Vigile pascale : l'épître Rm 6, 3 à 11 proclame le baptême avant l'alléluia. Desclée.

    129
  87. Lectionnaire dominical : Rm 13, 11 à 14 au premier dimanche de l'Avent année A ; Rm 15, 4 à 13 au deuxième ; Rm 16, 25 à 27 au quatrième année B. Desclée.

    130
  88. Même lectionnaire, temps ordinaire année A : Rm 5, 6, 8, 12, 13 et 14 suivis presque en continu l'été et l'automne. Desclée.

    131
  89. Liturgie des Heures, temps ordinaire : Romains en lecture continue, répons tirés du chapitre 8. Desclée.

    132
  90. Thérèse d'Avila, François de Sales, le Curé d'Ars : Romains 8, 12 et 5 dans la prédication des saints. Œuvres complètes, Cerf et éditions diocésaines.

    133
  91. Ferdinand Christian Baur, Paulus, der Apostel Jesu Christi, 1845 : quatre lettres authentiques dont Romains en tête. Stuttgart.

    134
  92. L'école hollandaise radicale, Loman, Pierson, Van Manen, fin du dix-neuvième siècle : l'inauthenticité de toutes les lettres, réfutée par Harnack et l'école historique. Brown, An Introduction to the New Testament, Doubleday, 1997.

    135
  93. L'hypothèse d'un chapitre 16 adressé à Éphèse : les salutations intimes, Prisca et Aquilas, Épénète prémices de l'Asie. Carson et Moo, An Introduction to the New Testament, Zondervan, 2005, à lire avec discernement.

    136
  94. E. P. Sanders, Paul and Palestinian Judaism, 1977 : le judaïsme comme religion de la grâce, la Loi comme marque d'appartenance. Fortress Press.

    138
  95. James D. G. Dunn, conférence Manson Memorial, 1982 : l'expression nouvelle perspective sur Paul, la justification comme intégration des nations. SCM Press.

    139
  96. Les limites : le réquisitoire universel de Rm 1 à 3 affadi, un judaïsme reconstruit sur des sources postérieures d'un siècle. Wright lui-même, What Saint Paul Really Said, Eerdmans, 1997, à discuter ; Trente session VI et Catéchisme 1987 à 1995.

    140
  97. (source introuvable : fragilites}. Ensuite l'argument du silence : Paul ne nomme pas Pierre, donc Pierre n'est pas à Rome ; Paul ne cite pas tel événement, donc il l'ignore, comme si une lettre pastorale devait tout dire[^fragilites)

    141
  98. Le présupposé anti-surnaturel, l'argument du silence et les datations circulaires : les trois fragilités récurrentes des reconstructions tardives.

    142
  99. Commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église, 1993 : les méthodes critiques indispensables mais insuffisantes sans la Tradition vivante. Texte sur vatican.va.

    143