John Wesley (1703-1791)

John Wesley, prêtre anglican d'Oxford devenu fondateur du méthodisme après l'expérience d'Aldersgate Street en 1738. Sa doctrine de l'assurance du salut et de la perfection chrétienne, et sa rupture de 1784 avec l'épiscopat anglican.

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John Wesley (1703-1791) est un prêtre de l'Église d'Angleterre, fellow d'Oxford, devenu le fondateur et l'organisateur infatigable du méthodisme — un mouvement de réveil né à l'intérieur même de l'anglicanisme avant de se constituer, à la toute fin de sa vie, en Église distincte[2]. Sans jamais renoncer formellement à sa qualité de clerc anglican, il parcourt l'Angleterre à cheval pendant un demi-siècle, prêchant en plein air devant des milliers d'auditeurs, organisant ses convertis en « sociétés », « classes » et « bandes » selon une discipline méthodique qui vaudra à ses disciples le sobriquet moqueur de « méthodistes »[3].

Sa théologie — l'arminianisme wesleyen — affirme contre le calvinisme de son ami puis rival George Whitefield que la grâce du Christ est offerte à tout homme et peut être librement acceptée ou refusée, et développe une doctrine originale de l'assurance du salut et de la perfection chrétienne, cette « sanctification entière » par laquelle le croyant peut, dès cette vie, aimer Dieu et son prochain d'un cœur purifié de tout péché volontaire[4]. En 1784, convaincu par ses propres études patristiques que prêtre et évêque partagent au fond la même autorité d'ordination, il ordonne lui-même des ministres pour l'Amérique sans en référer à aucun évêque — geste qui consomme, de fait, la rupture avec la hiérarchie épiscopale anglicane et donne naissance à l'Église méthodiste épiscopale des États-Unis[5].

Mort à Londres le 2 mars 1791 à l'âge de quatre-vingt-sept ans[6], après avoir parcouru, selon les estimations des biographes établies à partir de son Journal, environ deux cent cinquante mille miles à cheval et prêché plus de quarante mille sermons[7], Wesley laisse un mouvement qui compte aujourd'hui plusieurs dizaines de millions de fidèles à travers le monde, de l'Église méthodiste unie américaine aux Églises de sainteté et à une partie du courant pentecôtiste, qui doit à sa doctrine de la perfection chrétienne certains de ses linéaments théologiques[8].

Cet article retrace loyalement la formation, la conversion et l'œuvre de John Wesley, expose sa doctrine et l'organisation du méthodisme, avant d'examiner ce qu'un regard catholique peut reconnaître dans ce parcours — et ce qu'il ne peut recevoir de la rupture de 1784 ni de la théologie wesleyenne du salut.

Une jeunesse façonnée par le presbytère d'Epworth

Samuel et Susanna Wesley, une famille de clercs non-conformistes ralliés à l'Église établie

Epworth Old Rectory, maison natale de John Wesley ; photographie de Peter Church, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

John Wesley naît le 17 juin 1703 (calendrier julien) au presbytère d'Epworth, petite ville du Lincolnshire, quinzième des dix-neuf enfants de Samuel Wesley et de Susanna Wesley, née Annesley[9][10]. Samuel Wesley, recteur d'Epworth, poète à ses heures, descend d'une lignée de ministres non-conformistes qui avaient rejoint l'Église d'Angleterre établie ; Susanna, fille du théologien puritain Samuel Annesley, avait elle-même quitté le non-conformisme pour l'anglicanisme dès l'adolescence[11]. De cette double conversion familiale, Wesley hérite une piété rigoureuse, disciplinée par l'horaire domestique très strict que Susanna impose à ses enfants survivants — sur dix-neuf naissances, seuls dix enfants atteignent l'âge adulte[12].

Susanna Wesley consacre à chacun de ses enfants une heure d'instruction religieuse individuelle par semaine ; elle enseigne elle-même la lecture, l'écriture et le catéchisme, avant l'apprentissage du grec et du latin[13]. John gardera toute sa vie une correspondance suivie avec sa mère, qu'il consultera sur des questions de gouvernement de conscience et de discipline spirituelle jusqu'à la mort de celle-ci en 1742[14].

L'incendie du presbytère (9 février 1709) : « un tison arraché au feu »

Le 9 février 1709, alors que John a cinq ans, le presbytère d'Epworth est détruit par un incendie dont l'origine exacte reste indéterminée[15]. La servante Betty évacue plusieurs enfants, mais John reste isolé à l'étage ; il apparaît à une fenêtre au moment où le toit menace de s'effondrer, et un voisin, monté sur les épaules d'un autre, l'extrait par la fenêtre au moment même où le toit s'effondre sur sa chambre[16]. Bien des années plus tard, dans sa célèbre lettre à John du 24 juillet 1732 sur l'éducation de ses enfants, Susanna évoque encore « cette fatale dispersion » des enfants dans plusieurs familles après l'incendie[17].

Susanna prend alors l'habitude d'appeler John « un tison arraché au feu » (a brand plucked from the burning), en référence à Zacharie 3, 2, convaincue que Dieu l'avait réservé à une mission particulière[18]. Les premières biographies méthodistes retiendront cet épisode comme un signe providentiel annonciateur de la vocation de Wesley[19].

Charterhouse, Christ Church, Lincoln College : la formation d'un fellow d'Oxford

En 1714, John Wesley entre à la Charterhouse School de Londres, puis, en juin 1720, à Christ Church, l'un des collèges les plus prestigieux d'Oxford[20][21]. Il y obtient son diplôme en 1724, est ordonné diacre de l'Église d'Angleterre le 19 septembre 1725, puis élu fellow de Lincoln College le 17 mars 1726 — poste qui lui assure un revenu et un logement à vie tant qu'il demeure célibataire et ordonné[22][23]. Il est ordonné prêtre le 22 septembre 1728[24][25]. Durant ces années, il sert un temps de vicaire auprès de son père à Epworth et Wroot, avant de revenir définitivement à Oxford à l'automne 1729 pour y assumer ses fonctions de tuteur[26][27].

Le Holy Club d'Oxford et la naissance du sobriquet « méthodiste »

Une discipline méthodique de prière, de jeûne et de visite aux prisonniers

Frise synthétique — les débuts de John Wesley, d'Epworth au Holy Club d'Oxford ; infographie originale Ignispedia créée par IA.

À son retour à Oxford en 1729, John Wesley prend la direction d'un petit groupe de prière fondé quelque temps plus tôt par son frère cadet Charles Wesley et quelques autres étudiants[28]. Le groupe s'impose une règle de vie méthodique : communion hebdomadaire, jeûne bihebdomadaire, étude quotidienne des Écritures en grec, visite régulière des prisonniers du château d'Oxford et des malades de la ville, aide aux enfants pauvres[29]. Cette régularité presque monastique — remarquable dans une université du XVIIIᵉ siècle où la pratique religieuse des étudiants s'était largement relâchée — vaut au groupe plusieurs sobriquets railleurs de la part de leurs condisciples : « le Club saint » (Holy Club), les « Sacramentaires », les « Enthousiastes bibliques », et surtout les « Méthodistes », en raison de leur méthode scrupuleuse d'examen de conscience et d'emploi du temps[30]. Ce dernier sobriquet, d'abord moqueur, sera revendiqué par Wesley et ses disciples dans la décennie suivante.

Charles Wesley, George Whitefield et les « Méthodistes d'Oxford »

Le Holy Club ne compte jamais plus d'une vingtaine de membres actifs, mais il rassemble deux figures qui domineront ensuite, aux côtés de John, toute l'histoire du premier méthodisme : Charles Wesley (1707-1788), son frère cadet, futur hymnographe du mouvement — auteur de plusieurs milliers de cantiques dont le célèbre Hark! The Herald Angels Sing —, et George Whitefield (1714-1770), étudiant plus jeune et de condition plus modeste, qui deviendra le prédicateur le plus retentissant du Grand Réveil anglo-américain avant de se séparer théologiquement de Wesley sur la question de la prédestination[31]. Cette communauté de jeunesse oxonienne explique en partie pourquoi la rupture calviniste de 1741 entre Wesley et Whitefield, bien que doctrinalement irréductible, ne rompra jamais tout à fait l'amitié personnelle des deux hommes, comme on le verra plus loin.

L'échec de la mission en Géorgie (1735-1737)

Une mission ordonnée mais improductive

Vue de Savannah en 1734, peu avant la mission de Wesley en Géorgie ; gravure de Pierre Fourdrinier et James Oglethorpe, Wikimedia Commons, domaine public.

Le 14 octobre 1735, John Wesley s'embarque à bord du Simmonds avec son frère Charles pour la colonie naissante de Géorgie, en Amérique du Nord, à l'invitation du gouverneur James Oglethorpe, qui lui confie la charge pastorale de Savannah et la mission auprès des colons et des Amérindiens[32][33]. Le navire touche terre en février 1736[34][35]. Sur place, la rigidité liturgique et disciplinaire de Wesley — insistance sur l'immersion baptismale, refus de communier certains paroissiens jugés indignes, horaires de prière étendus — provoque de vives résistances parmi une population coloniale peu encline à une telle exigence spirituelle[36].

Les Frères moraves rencontrés en mer : « Avez-vous la foi qui sauve ? »

Lors de la traversée, un violent orage manque plusieurs fois de briser le navire ; Wesley est frappé par le calme absolu d'un groupe de Frères moraves présents à bord, qui continuent de chanter des psaumes sans manifester la moindre peur, tandis que lui-même confesse avoir craint la mort[37]. Cette rencontre le marque durablement : elle sera le premier chaînon d'une série de contacts avec la piété morave qui culminera, deux ans plus tard, dans l'expérience d'Aldersgate Street. En Géorgie même, le pasteur morave August Gottlieb Spangenberg interroge Wesley d'une manière qui le déstabilise profondément :

« Mon frère, je dois d'abord vous poser une ou deux questions. Avez-vous en vous-même le témoignage [de l'Esprit] ? L'Esprit de Dieu témoigne-t-il avec votre esprit que vous êtes un enfant de Dieu ? » — August Gottlieb Spangenberg à John Wesley, Savannah, 1736, rapporté dans le Journal de John Wesley[38][39]

Wesley avoue dans son Journal avoir été « surpris » et n'avoir su que répondre — signe, rétrospectivement, qu'il possédait alors une religion de devoirs et de disciplines plus qu'une certitude vécue du pardon reçu[40].

L'affaire Sophia Hopkey et le retour humilié en Angleterre

La mission géorgienne s'achève sur un scandale personnel : Wesley courtise puis rompt sa relation avec une jeune paroissienne, Sophia Hopkey, qui épouse rapidement un autre homme ; lorsque Wesley lui refuse ensuite la communion, invoquant sa conduite, le mari de Sophia porte plainte pour diffamation devant le grand jury de Savannah[41]. Craignant un procès inéquitable, Wesley s'enfuit de la colonie le 2 décembre 1737 (calendrier julien alors en vigueur en Angleterre ; c'est le 22 décembre qu'il s'embarquera à Charleston sur le Samuel pour la traversée du retour) et regagne l'Angleterre au début de 1738, sa mission déclarée un échec par lui-même autant que par ses contemporains[42][43]. C'est dans cet état d'épuisement spirituel et de doute sur la réalité de sa propre foi que Wesley rentre à Londres au printemps 1738.

Aldersgate Street, 24 mai 1738 : « mon cœur fut étrangement réchauffé »

Peter Böhler et le conseil de « prêcher la foi jusqu'à l'avoir »

Parcours spirituel — de l'échec en Géorgie au cœur « étrangement réchauffé » d'Aldersgate ; infographie originale Ignispedia créée par IA.

De retour à Londres, Wesley se lie avec un jeune pasteur morave, Peter Böhler, de passage vers l'Amérique, avec lequel il s'entretient longuement de la nature de la foi salvatrice[44]. Le 4 mars 1738, Wesley, troublé de constater qu'il prêche une foi qu'il n'éprouve pas lui-même avec certitude, demande à Böhler s'il doit cesser de prêcher ; Böhler lui répond par une formule qui deviendra célèbre dans toute l'historiographie méthodiste :

« Prêchez la foi jusqu'à ce que vous l'ayez ; et alors, parce que vous l'aurez, vous prêcherez la foi. » — Peter Böhler à John Wesley, 4 mars 1738, rapporté dans John Wesley, Journal[45][46]

Wesley suit ce conseil dès le lundi suivant, le 6 mars 1738, et commence à prêcher publiquement la doctrine du salut par la seule foi — plusieurs semaines avant de l'éprouver lui-même de façon décisive[47].

Le récit du Journal : « je sentis mon cœur étrangement réchauffé »

Le soir du 24 mai 1738, Wesley se rend, dit-il, « très à contrecœur », à une réunion de piété morave dans Aldersgate Street, à Londres, où quelqu'un lit à haute voix la préface de Martin Luther à l'Épître aux Romains[48]. Son Journal rapporte ce qui s'y produit en des termes restés, depuis, le texte fondateur de toute la spiritualité méthodiste :

« Le soir, je me rendis très à contrecœur à une société dans Aldersgate Street, où l'on lisait la préface de Luther à l'Épître aux Romains. Environ un quart avant neuf heures, tandis qu'il décrivait le changement que Dieu opère dans le cœur par la foi au Christ, je sentis mon cœur étrangement réchauffé. Je sentis que je me confiais au Christ, au Christ seul, pour mon salut ; et une assurance me fut donnée qu'il avait ôté mes péchés, les miens en particulier, et qu'il m'avait sauvé de la loi du péché et de la mort. » — John Wesley, Journal, 24 mai 1738[49][50]

Wesley ajoute avoir alors « commencé à prier de toutes ses forces » pour ceux qui l'avaient maltraité et persécuté, et avoir « témoigné ouvertement, devant tous les assistants », de ce qu'il venait pour la première fois de ressentir dans son cœur[51]. Cette expérience — restée dans la mémoire méthodiste sous le nom d'Aldersgate, commémorée chaque année le 24 mai comme « Aldersgate Day » dans de nombreuses Églises méthodistes du monde — ne constitue pas, aux yeux des historiens du méthodisme, une conversion à proprement parler d'un incroyant à la foi chrétienne, puisque Wesley était déjà prêtre depuis dix ans ; elle marque plutôt le passage d'une religion de devoirs et d'efforts personnels à une certitude vécue, ressentie, du pardon reçu par la seule foi[52].

Le voyage à Herrnhut

Quelques mois après Aldersgate, en août 1738, Wesley entreprend un voyage jusqu'à Herrnhut, en Saxe, siège de la communauté morave fondée par le comte Nikolaus von Zinzendorf, afin d'y observer de près la vie spirituelle de ce mouvement qui l'avait si profondément marqué[53][54]. Il en revient édifié par certains aspects de la piété morave, mais déjà critique sur plusieurs points de doctrine et de discipline qu'il jugera, dans les mois suivants, dangereusement quiétistes — germe d'une rupture consommée en juillet 1740 : exclu de la chapelle de Fetter Lane le 16 juillet, Wesley se retire de la société le 20[55].

La prédication en plein air et la naissance du méthodisme organisé (1739-1744)

Bristol, avril 1739 : Whitefield entraîne Wesley hors des églises

Carte-frise — prédication en plein air, sociétés, classes, circuits et conférence dans le méthodisme naissant ; infographie originale Ignispedia créée par IA.

De retour d'Allemagne, Wesley constate que la plupart des chaires paroissiales anglicanes lui sont désormais fermées, ses prédications enflammées sur la nouvelle naissance et l'assurance du salut inquiétant le clergé établi[56]. C'est George Whitefield, déjà rompu depuis février 1739 à la prédication en plein air devant les mineurs de Kingswood, près de Bristol, qui convainc Wesley de franchir ce pas qu'il juge d'abord « presque un péché », tant l'usage voulait que la prédication demeurât cantonnée aux édifices consacrés[57]. Le 2 avril 1739, Wesley prêche pour la première fois en plein champ, près de St Philip's Marsh, à Bristol, devant environ trois mille personnes ; il notera dans son Journal avoir eu peine à se « réconcilier avec cette façon si étrange de prêcher en plein champ »[58][59]. Cette réticence initiale surmontée, la prédication en plein air devient dès lors la méthode missionnaire caractéristique de tout le ministère de Wesley, qui prêchera ainsi plusieurs dizaines de milliers de fois au cours des cinquante années suivantes.

« Je regarde le monde entier comme ma paroisse »

Cette pratique irrégulière — prêcher dans des paroisses dont il n'a pas la charge canonique — lui vaut de vifs reproches, notamment de son ancien ami James Hervey, qui lui demande comment il peut justifier, « sur des principes catholiques [c'est-à-dire universels] », d'empiéter ainsi sur le ministère d'autres pasteurs[60]. Wesley répond dans une lettre restée célèbre :

« Je regarde le monde entier comme ma paroisse ; c'est-à-dire que, en quelque partie de celui-ci que je me trouve, je juge convenable, juste et de mon devoir impérieux d'annoncer, à tous ceux qui veulent l'entendre, la bonne nouvelle du salut. » — John Wesley, lettre à James Hervey datée du 20 mars 1739 selon l'édition Telford[61][62]

Ne détenant lui-même aucune paroisse propre, Wesley y explique que se limiter aux frontières paroissiales reviendrait, pour lui, à devoir cesser purement et simplement de prêcher n'importe où en terre chrétienne — ce qu'aucune ordonnance humaine, estime-t-il, ne saurait légitimement lui imposer contre son devoir de proclamer l'Évangile[63].

Sociétés, classes, bandes : l'architecture du mouvement

Dès 1739, Wesley organise ses convertis de Bristol et de Londres en « sociétés » (societies), puis fait bâtir à Bristol le premier lieu de culte propre du mouvement, la New Room, avant d'ouvrir à Londres une ancienne fonderie de canons désaffectée, The Foundry, comme centre de son ministère londonien[64]. En 1742, il instaure le système des « classes » (classes) : chaque société est subdivisée en groupes d'une douzaine de membres environ, confiés à un « chef de classe » chargé de recueillir chaque semaine une modeste contribution et de veiller à la conduite spirituelle de chacun[65][66]. Des groupes plus restreints et plus exigeants, les « bandes » (bands), rassemblent ensuite ceux qui recherchent un accompagnement plus intense vers la perfection chrétienne. Plusieurs sociétés voisines forment un « circuit », parcouru par des prédicateurs itinérants, laïcs pour la plupart, que Wesley autorise à prêcher à partir de 1741-1742, après le précédent de Thomas Maxfield (voir plus loin), malgré leur absence d'ordination — innovation qui suscite en son temps une vive controverse au sein même du clergé anglican sympathisant du réveil[67].

NiveauCompositionFonction
Société (society)Ensemble des membres méthodistes d'une localitéCulte commun, prédication, discipline générale
Classe (class)Environ douze membres, sous un chef de classe laïcCollecte hebdomadaire, examen mutuel de conduite
Bande (band)Petit groupe volontaire, homogène par sexe et étatRecherche intensive de la sanctification entière
CircuitPlusieurs sociétés d'une même régionTournée régulière des prédicateurs itinérants
Conférence annuelleEnsemble des prédicateurs autorisésGouvernement doctrinal et disciplinaire du mouvement

La première Conférence de 1744

En 1744, Wesley réunit à Londres la première Conférence méthodiste, qui rassemble six ministres anglicans — les deux frères Wesley compris — et quatre prédicateurs laïcs, afin de statuer en commun sur la doctrine et la discipline du mouvement[68]. Cette assemblée annuelle deviendra l'organe de gouvernement permanent du méthodisme, dont les décisions — les Minutes of Conference — feront progressivement office de règle commune, jusqu'à la Deed of Declaration de 1784 qui leur donnera un statut juridique formel, comme on le verra plus loin.

  1. 17 juin 1703
    Naissance à Epworth

    John Wesley naît au presbytère d'Epworth, quinzième enfant de Samuel et Susanna Wesley.

  2. 9 février 1709
    L'incendie du presbytère

    Sauvé in extremis d'un incendie, il devient pour sa mère « un tison arraché au feu ».

  3. 1729
    Le Holy Club d'Oxford

    Wesley prend la tête du groupe de piété méthodique fondé par son frère Charles.

  4. 1735-1737
    La mission de Géorgie

    Mission pastorale ratée à Savannah ; affaire Sophia Hopkey ; fuite de la colonie.

  5. 24 mai 1738
    Aldersgate Street

    « Mon cœur fut étrangement réchauffé » : l'assurance du salut par la seule foi.

  6. 2 avril 1739
    Première prédication en plein air à Bristol

    Sous l'impulsion de Whitefield, Wesley prêche en plein champ devant trois mille personnes.

  7. 1739
    Le sermon Free Grace

    Rupture théologique avec Whitefield sur la prédestination calviniste.

  8. 1742
    Le système des classes

    Les sociétés méthodistes sont subdivisées en classes hebdomadaires de douze membres.

  9. 1744
    Première Conférence méthodiste

    Wesley réunit à Londres six ministres anglicans (les deux Wesley compris) et quatre prédicateurs laïcs.

  10. 1766
    A Plain Account of Christian Perfection

    Wesley publie la synthèse de sa doctrine de la sanctification entière.

  11. 1784
    La Deed of Declaration et les ordinations pour l'Amérique

    Wesley ordonne lui-même Coke, Whatcoat et Vasey, rompant de fait avec l'épiscopat anglican.

  12. 2 mars 1791
    Mort de John Wesley

    Wesley meurt à Londres en répétant : « Le meilleur, c'est que Dieu est avec nous. »

La rupture avec George Whitefield sur la grâce et la prédestination

Le sermon Free Grace (1739)

George Whitefield, prédicateur du Grand Réveil et chef de file du méthodisme calviniste ; gravure de W. H. Gibbs, National Library of Wales / Wikimedia Commons, domaine public.

Dès 1739, la collaboration missionnaire entre Wesley et Whitefield se double d'un désaccord théologique de fond. Whitefield, formé dans la tradition calviniste, prêche la prédestination absolue : Dieu aurait décrété de toute éternité le salut des uns et la damnation des autres, indépendamment de tout mérite ou démérite prévu[69]. Wesley publie alors, sous le titre Free Grace, un sermon prêché à Bristol qui attaque frontalement cette doctrine :

« Si cela est ainsi, alors toute prédication est vaine. Elle est inutile pour ceux qui sont élus : car ils seront infailliblement sauvés, que l'on prêche ou non. Elle est également inutile pour ceux qui ne sont pas élus : car ils ne peuvent en aucune façon être sauvés. » — John Wesley, Free Grace: A Sermon Preached at Bristol, Bristol, 1739[70][71]

Pour Wesley, la doctrine calviniste d'une élection inconditionnelle rend, par une logique implacable, toute exhortation morale et toute prédication missionnaire radicalement inutiles — puisque le sort éternel de chaque auditeur serait déjà scellé sans considération de sa réponse à l'appel évangélique[72].

Arminianisme wesleyen contre calvinisme : deux méthodismes

Comparaison doctrinale — Wesley et Whitefield face à la grâce, à l'élection et à la persévérance ; infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ce désaccord, loin de rester une querelle académique, divise durablement le mouvement méthodiste en deux branches distinctes : le méthodisme wesleyen, arminien, centré sur Wesley, et le méthodisme calviniste, regroupé autour de Whitefield et de la comtesse douairière Selina Hastings de Huntingdon, qui finance de nombreuses chapelles calvinistes en Angleterre et au Pays de Galles[73]. La controverse rebondit avec virulence dans les années 1770, lorsque Augustus Toplady — auteur du célèbre cantique Rock of Ages — publie contre Wesley des pamphlets d'une extrême dureté, l'accusant notamment de plagiat théologique et de dérive vers le pélagianisme[74]. Le tableau suivant résume les points de désaccord principaux :

Point de doctrineWesley (arminianisme)Whitefield (calvinisme)
ÉlectionConditionnelle, fondée sur la prescience divine de la libre réponse de foiInconditionnelle, décrétée de toute éternité indépendamment du mérite prévu
Portée de l'expiationUniverselle : le Christ est mort pour tous les hommes sans exceptionLimitée : le Christ est mort seulement pour les élus
GrâceRésistible : l'homme peut librement accueillir ou repousser la grâce prévenanteIrrésistible : la grâce efficace opère infailliblement le salut de l'élu
Persévérance finalePossible chute de la grâce reçue, d'où l'exhortation continuelle à la vigilancePersévérance certaine et finale des élus une fois régénérés

Une amitié préservée malgré la rupture doctrinale

Malgré la sévérité de leurs échanges publics, Wesley et Whitefield ne rompent jamais totalement leurs relations personnelles : les deux hommes continuent de s'écrire, de se rencontrer et de collaborer ponctuellement jusqu'à la mort de Whitefield en 1770, année où Wesley accepte de prononcer lui-même son sermon funèbre, malgré leurs désaccords théologiques jamais résolus[75]. Ce contraste entre l'intransigeance doctrinale et la charité personnelle demeure, dans l'historiographie méthodiste, l'un des traits les plus souvent cités du caractère de Wesley.

La doctrine de la perfection chrétienne

Une sanctification entière, non une impeccabilité

Schéma doctrinal — justification, nouvelle naissance et sanctification entière dans la théologie de Wesley ; infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au-delà de l'assurance du salut reçue à Aldersgate, Wesley développe, dès les années 1740 et jusqu'à la synthèse qu'il en donne dans A Plain Account of Christian Perfection (Bristol, 1766), une doctrine originale de la perfection chrétienne, entendue comme la possibilité, pour le croyant justifié, d'atteindre dès cette vie un état de sanctification entière — un cœur rempli d'un amour de Dieu et du prochain qui exclut tout péché volontaire délibéré[76]. Cette perfection, précise Wesley avec insistance contre ses détracteurs, n'implique nullement l'exemption des erreurs de jugement, des infirmités corporelles ni des tentations :

« Le fait d'aimer Dieu de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son âme et de toute sa force implique qu'aucune disposition contraire à l'amour ne demeure dans l'âme, et que toutes les pensées, paroles et actions sont dirigées par un amour pur. » — John Wesley, A Plain Account of Christian Perfection, Bristol, William Pine, 1766, § 19[77][78]

À la question qu'il se pose lui-même dans ce même traité — « Affirmez-vous que cette perfection exclut toutes les infirmités, l'ignorance et l'erreur ? » —, Wesley répond sans détour : « J'affirme continuellement le contraire, et je l'ai toujours fait[79][80]. » Les erreurs de jugement, précise-t-il, procèdent de la condition de l'âme « demeurant dans la chair et le sang », non du péché lui-même[81]. Cette distinction, souvent mal comprise par ses contemporains comme par certains historiens ultérieurs, écarte toute prétention de Wesley à une impeccabilité absolue : il s'agit d'un amour pur régnant dans le cœur, non d'une infaillibilité pratique de la conduite.

L'assurance du salut et le témoignage de l'Esprit

Corrélativement à la perfection chrétienne, Wesley enseigne que le croyant justifié peut recevoir, par le « témoignage de l'Esprit » (witness of the Spirit), une conviction intérieure et directe de son état de grâce — doctrine directement héritée de son expérience d'Aldersgate et considérée par la Catholic Encyclopedia comme l'une des « doctrines distinctives du méthodisme »[82]. Cette assurance, insiste Wesley, ne relève pas d'une présomption orgueilleuse mais d'une expérience vécue, comparable en un sens à celle que rapportent les premiers chrétiens du Nouveau Testament ; elle s'accompagne néanmoins, dans sa théologie, de la possibilité réelle d'une chute ultérieure de la grâce reçue, contrairement à la persévérance finale certaine enseignée par le calvinisme whitefieldien.

L'organisation d'une Église dans l'Église (1740-1784)

L'exclusion des sacrements anglicans et les prédicateurs laïcs (1741-1742)

Au fil des années 1740, plusieurs paroisses anglicanes ferment leurs portes à Wesley et à ses disciples, et certains évêques leur refusent l'accès aux sacrements paroissiaux ordinaires, jugeant leur zèle « enthousiaste » perturbateur du bon ordre ecclésiastique[83]. Le précédent décisif est celui de Thomas Maxfield : en 1741, celui-ci se met à prêcher de sa propre initiative au sein des sociétés méthodistes, sans l'aval de Wesley, d'abord réticent ; après l'avoir entendu et examiné, Wesley l'autorise à continuer et lui confie la charge de la Foundery en 1742[84][85]. C'est à partir de ce précédent, en 1741-1742, que Wesley autorise plus largement des laïcs sans ordination à prêcher, brisant ainsi une convention essentielle du gouvernement ecclésiastique anglican qui réserve la prédication au seul clergé ordonné[86].

La lecture de Lord King (1746) : prêtre et évêque, une même autorité d'ordination ?

En 1746, la lecture d'un ouvrage de l'historien anglican Peter King (Lord King), An Enquiry into the Constitution, Discipline, Unity and Worship of the Primitive Church, convainc Wesley que, dans l'Église des tout premiers siècles, prêtres et évêques constituaient un seul et même ordre, l'épiscopat n'étant qu'une fonction de préséance et non un troisième degré sacramentel distinct[87][88]. Cette conviction, mûrie pendant près de quatre décennies, deviendra le fondement théologique que Wesley invoquera en 1784 pour justifier des ordinations qu'aucun évêque anglican ne consent alors à accorder à ses prédicateurs américains.

La Deed of Declaration de 1784 et le « Cent légal »

En 1784, Wesley fait enregistrer légalement auprès de la Haute Cour de Chancellerie une Deed of Declaration qui définit juridiquement la Conférence méthodiste comme une assemblée de cent prédicateurs nommément désignés — le « Cent légal » (Legal Hundred) — habilités à gouverner le mouvement après sa mort et à disposer de ses chapelles[89][90]. Ce document, destiné à garantir la survie institutionnelle du méthodisme après la disparition de son fondateur, prépare directement la rupture organisationnelle qui survient la même année outre-Atlantique.

1784 : Wesley ordonne lui-même Coke, Whatcoat et Vasey pour l'Amérique

Thomas Coke, ordonné surintendant par Wesley en 1784 pour l'Amérique ; portrait ancien, Wikimedia Commons, domaine public.

La perte de l'Église d'Angleterre en Amérique après l'indépendance des treize colonies (1783) laisse les sociétés méthodistes américaines sans aucun clergé habilité à célébrer les sacrements, les ministres anglicans ayant en grande partie fui vers le Canada ou l'Angleterre[91]. Wesley sollicite en vain l'évêque de Londres pour qu'il ordonne un ou plusieurs ministres et un surintendant destinés à l'Amérique ; devant ce refus, et fort de sa conviction tirée de la lecture de Lord King, Wesley franchit le pas décisif :

« Sur le refus de l'évêque de Londres d'ordonner deux ministres et un surintendant pour l'Amérique, Wesley, convaincu qu'évêque et prêtre jouissaient de droits égaux [d'ordination], accomplit lui-même l'ordination (1784). » — The Catholic Encyclopedia, résumé de l'ordination de 1784[92][93]

Les 1er et 2 septembre 1784, à Bristol, Wesley, assisté des presbytres anglicans Thomas Coke et James Creighton avec lesquels il forme un presbyterium, ordonne Richard Whatcoat et Thomas Vasey diacres le 1er septembre, puis anciens (presbytres) le 2 septembre ; le même 2 septembre, il met à part (set apart) Thomas Coke, docteur en droit civil et déjà presbytre anglican, comme « surintendant » des sociétés méthodistes d'Amérique[94]. Coke reçoit mandat de conférer à son tour l'ordination de surintendant à Francis Asbury, déjà actif comme prédicateur laïc en Amérique[95]. Ce geste, accompli par un simple prêtre sans la participation d'aucun évêque, rompt de fait la chaîne de la succession épiscopale historique que revendiquait jusqu'alors le méthodisme naissant à l'intérieur de l'anglicanisme.

La Conférence de Noël à Baltimore et la naissance de l'Église méthodiste épiscopale

En décembre 1784, Thomas Coke et Francis Asbury président à Baltimore la Conférence de Noël (Christmas Conference), qui organise formellement l'Église méthodiste épiscopale (Methodist Episcopal Church) des États-Unis[96], dotée de ses propres surintendants — rapidement appelés « évêques » malgré les réticences initiales de Wesley lui-même devant ce titre, qu'il juge prématuré et excessif pour une fonction qu'il continue de considérer comme équivalente à celle de presbytre[97]. Wesley proteste vivement, dans une lettre ultérieure à Asbury, contre l'usage du titre d'« évêque », qu'il juge contraire à l'esprit d'humilité du mouvement ; sa protestation reste sans effet durable, et le titre s'impose définitivement dans le méthodisme américain[98]. En Angleterre même, Wesley continue, jusqu'à sa mort, à se déclarer membre fidèle de l'Église d'Angleterre, mais la rupture organisationnelle de 1784 rend cette fidélité de plus en plus formelle : ses successeurs constitueront, dès 1795, une Église méthodiste britannique pleinement autonome de l'anglicanisme.

Wesley face à l'Église catholique romaine

La lettre à un catholique romain (1749) : « penser différemment mais aimer de la même façon »

Synthèse visuelle — reconnaître le zèle évangélique de Wesley et discerner les points doctrinaux en tension avec la foi catholique ; infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le 18 juillet 1749, alors qu'il séjourne à Dublin dans un climat de fortes tensions confessionnelles entre protestants et catholiques irlandais soumis aux lois pénales (Penal Laws), Wesley publie une Lettre à un catholique romain dans laquelle il déplore les préjugés réciproques nourris par les deux communautés :

« Vous avez entendu dix mille récits nous concernant, nous que l'on appelle communément protestants, dont, si vous en croyez seulement un sur mille, vous devez avoir une très mauvaise opinion de nous. Mais cela est tout à fait contraire à la règle de Notre Seigneur : "Ne jugez point, afin de n'être point jugés." » — John Wesley, A Letter to a Roman Catholic, Dublin, 18 juillet 1749[99][100]

Wesley y énumère ensuite un ensemble de croyances qu'il estime communes aux deux confessions — la Trinité, l'incarnation rédemptrice du Christ, sa mort et sa résurrection, le jugement dernier, le pardon des péchés par la repentance et la foi — avant de conclure par un appel à la charité pratique :

« Nous devrions, sans ces disputes sans fin sur les opinions, nous encourager mutuellement à l'amour et aux bonnes œuvres. » — John Wesley, A Letter to a Roman Catholic, Dublin, 18 juillet 1749[101][102]

Une lettre pastorale, non un traité théologique

Il faut noter que cette lettre, de facture délibérément irénique, n'aborde directement aucune des controverses doctrinales de fond qui séparent Wesley du catholicisme romain — ni la transsubstantiation eucharistique, ni le purgatoire, ni l'invocation des saints, ni la primauté pontificale ne s'y trouvent discutés ni réfutés[103]. Wesley y poursuit un but pastoral précis et circonstanciel : apaiser des tensions confessionnelles concrètes en Irlande, non exposer une théologie comparée systématique. Sur le fond doctrinal, Wesley demeure d'ailleurs, dans ses sermons et ses écrits polémiques contemporains contre le jacobitisme, très critique de plusieurs positions catholiques romaines classiques ; cette lettre de 1749 ne doit donc pas être surinterprétée comme une reconnaissance doctrinale, mais elle témoigne d'une authentique recherche de charité fraternelle malgré le désaccord — attitude suffisamment rare, dans l'Angleterre et l'Irlande du XVIIIᵉ siècle marquées par les lois pénales anticatholiques, pour mériter d'être honnêtement relevée.

L'engagement social : esclavage, prisons, pauvres

Thoughts Upon Slavery (1774)

William Wilberforce, destinataire de la dernière lettre connue de Wesley contre l'esclavage ; portrait par Anton Hickel, Wikimedia Commons, domaine public.

En 1774, Wesley publie un court traité, Thoughts Upon Slavery, dans lequel il dénonce sans détour la traite négrière transatlantique et la condition faite aux esclaves dans les colonies britanniques[104]. Deux ans plus tôt, il avait déjà consigné dans son Journal, à la lecture d'un ouvrage d'un quaker contre la traite, sa formule restée célèbre : « cette somme exécrable de toutes les infamies, communément appelée la traite des esclaves »[105][106]. Le traité de 1774, l'un des réquisitoires abolitionnistes les plus lus de son temps parmi le clergé anglais, contribue à répandre dans les milieux évangéliques britanniques une conscience abolitionniste qui influencera directement la génération suivante, celle de William Wilberforce et du mouvement des « Clapham Saints ».

La dernière lettre à William Wilberforce (24 février 1791)

Six jours avant sa mort, alors que le jeune député William Wilberforce traverse une période de découragement dans son combat parlementaire pour l'abolition de la traite, Wesley lui adresse, le 24 février 1791, ce qui restera sa dernière lettre connue[107] :

« Si Dieu est pour vous, qui peut être contre vous ? Tous ceux-là réunis sont-ils plus forts que Dieu ? Oh, ne vous lassez pas de bien faire ! Continuez, au nom de Dieu et dans la puissance de sa force, jusqu'à ce que même l'esclavage américain — le plus vil qui ait jamais vu le soleil — s'évanouisse devant elle. » — John Wesley, lettre à William Wilberforce, 24 février 1791[108][109]

Cette dernière missive, rédigée alors que Wesley pouvait à peine tenir sa plume, est aujourd'hui considérée par les historiens du mouvement abolitionniste britannique comme un symbole de la continuité entre le premier méthodisme et l'abolitionnisme évangélique qui triomphera légalement en 1807 puis en 1833[110].

Les dernières années et la mort (1791)

Une popularité nationale retrouvée

Wesley's Chapel, City Road, centre londonien du méthodisme wesleyen ; photographie de Kim Traynor, Geograph / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

Dans les années 1780, l'ancien prédicateur honni des chaires paroissiales devient, de son vivant même, l'une des figures religieuses les plus respectées d'Angleterre : ses tournées de prédication, désormais accueillies avec déférence dans de nombreuses villes qui l'avaient autrefois chassé à coups de pierres, attirent des foules considérables jusque dans son grand âge[111]. Il continue de prêcher presque quotidiennement, de superviser sa correspondance abondante et de diriger la Conférence annuelle jusqu'à quelques mois de sa mort.

« Le meilleur, c'est que Dieu est avec nous »

John Wesley meurt à Londres le 2 mars 1791, à l'âge de quatre-vingt-sept ans, entouré de plusieurs amis auxquels il aurait répété, en serrant leurs mains : « Adieu, adieu[112] ». Rassemblant ses dernières forces, il aurait alors levé le bras en signe de triomphe et répété d'une voix affaiblie mais assurée :

« Le meilleur, c'est que Dieu est avec nous ! » — Derniers mots attribués à John Wesley, Londres, 2 mars 1791[113][114]

Il est inhumé dans un caveau à l'arrière de la Wesley's Chapel de City Road, à Londres, qu'il avait lui-même fait construire en 1778 comme centre de son ministère londonien après la fermeture de la Foundry[115][116].

L'héritage mondial du méthodisme

Charles Wesley et les hymnes du réveil

Carte synthétique — diffusion mondiale du méthodisme et héritages issus du réveil wesleyen ; infographie originale Ignispedia créée par IA.

Aux côtés de John, son frère Charles Wesley compose plusieurs milliers de cantiques qui deviennent le vecteur populaire le plus efficace de la doctrine méthodiste — la théologie du mouvement s'est, selon un mot souvent répété par les historiens du méthodisme, autant diffusée « en étant chantée qu'en étant prêchée ». L'œuvre hymnographique et la biographie propre de Charles Wesley font l'objet d'un article Ignispedia distinct, Charles Wesley (1707-1788), auquel on renverra pour approfondir cette dimension du premier méthodisme.

Expansion aux États-Unis et dans le monde

L'Église méthodiste épiscopale née en 1784 connaît, sous l'impulsion missionnaire de Francis Asbury, une expansion fulgurante sur le territoire américain au tournant du XIXᵉ siècle, portée notamment par le système des « circuit riders », prédicateurs itinérants à cheval qui évangélisent les zones rurales de la frontière américaine[117]. Le méthodisme britannique, définitivement séparé de l'Église d'Angleterre en 1795, essaime à son tour dans l'ensemble de l'Empire britannique — Afrique australe, Inde, Australie, Antilles — tandis que des missions méthodistes américaines s'implantent en Corée dès la fin du XIXᵉ siècle, où elles connaîtront une croissance particulièrement importante au siècle suivant. On estime aujourd'hui à plusieurs dizaines de millions le nombre de fidèles rattachés directement ou indirectement à l'héritage wesleyen, en comptant l'Église méthodiste unie, les nombreuses Églises méthodistes nationales issues de scissions et de fusions successives, ainsi que les Églises du « mouvement de sainteté » (Holiness movement) nées au XIXᵉ siècle directement de la doctrine wesleyenne de la perfection chrétienne, qui influencera à son tour, par ce canal, une partie de la théologie pentecôtiste naissante au début du XXᵉ siècle.

Le regard catholique sur John Wesley et le méthodisme

Ce que l'on peut reconnaître de juste dans le témoignage de Wesley

Frise explicative — les ordinations de 1784 et la question catholique de la succession apostolique ; infographie originale Ignispedia créée par IA.

Une lecture catholique honnête de la vie de John Wesley ne peut ignorer ce qu'elle porte d'authentiquement évangélique. Son zèle inlassable pour l'évangélisation des pauvres et des classes populaires laissées à l'abandon par une partie du clergé anglican de son temps, sa discipline personnelle de prière et de jeûne héritée du Holy Club, son insistance sur la nécessité d'une conversion réelle du cœur et non d'une religion seulement extérieure, son combat contre l'esclavage jusque dans ses derniers jours, son souci constant des prisonniers et des malades : tout cela relève d'une exigence évangélique de charité que l'Église catholique reconnaît et honore chez de nombreux réformateurs non-catholiques, sans pour autant les canoniser doctrinalement[118]. Sa Lettre à un catholique romain de 1749, en un temps de vives persécutions anticatholiques en Irlande, témoigne en outre d'une charité fraternelle réelle envers des catholiques qu'une grande partie de ses contemporains protestants traitaient alors avec un mépris ouvertement hostile — attitude que le Concile Vatican II saluera, deux siècles plus tard, comme l'un des fondements possibles du dialogue œcuménique entre chrétiens séparés[119].

Pourquoi l'auto-ordination de 1784 rompt la succession apostolique

Le point où la trajectoire de Wesley s'écarte le plus gravement de l'ecclésiologie catholique concerne les ordinations de 1784. Convaincu par sa seule lecture de Lord King que prêtre et évêque partagent une autorité d'ordination identique, Wesley ordonne Coke, Whatcoat et Vasey de sa propre autorité de simple presbytre, sans aucune participation épiscopale ni aucun mandat reçu d'un évêque en communion avec la succession apostolique historique[120]. Or l'Église catholique enseigne, à la suite d'une tradition remontant aux Pères apostoliques, que l'épiscopat constitue le degré plénier du sacrement de l'Ordre, auquel seul appartient le pouvoir d'ordonner validement de nouveaux évêques et prêtres, par la transmission ininterrompue de l'imposition des mains reçue des Apôtres eux-mêmes[121]. Le Concile de Trente, exactement deux siècles avant le geste de Wesley, avait déjà défini solennellement cette hiérarchie :

« Si quelqu'un dit qu'il n'y a pas, dans l'Église catholique, une hiérarchie instituée par une disposition divine, laquelle se compose des évêques, des prêtres et des ministres, qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, XXIIIᵉ session (15 juillet 1563), Doctrine sur le sacrement de l'Ordre, canon 6, Denzinger-Hünermann, n° 1776[122]

Un presbytre, si sincère et si zélé soit-il dans sa conviction personnelle, ne peut donc, du seul fait d'une étude patristique menée en privé, s'attribuer à lui-même un pouvoir d'ordination episcopal que l'Église a toujours réservé à ceux qui l'ont eux-mêmes reçu par la chaîne ininterrompue de la succession apostolique[123]. C'est sur un point analogue que l'Église catholique, dans sa décision Apostolicae Curae de 1896 relative aux ordinations anglicanes, a déclaré nulles les ordinations conférées selon l'Ordinal réformé du XVIᵉ siècle, pour défaut de forme et d'intention dans le rite lui-même[124] ; le cas méthodiste — où aucun évêque, fût-il anglican, n'intervient dans les ordinations de 1784 — présente, par analogie, la même difficulté structurelle, portée ici à un degré plus radical encore.

Pourquoi l'assurance du salut heurte la doctrine catholique de Trente

La doctrine wesleyenne du « témoignage de l'Esprit » — cette conviction intérieure, reçue à Aldersgate, que le croyant peut savoir avec certitude que ses péchés lui sont pardonnés — se heurte directement à un enseignement précis du Concile de Trente, prononcé près de deux siècles avant la naissance de Wesley contre une revendication protestante déjà répandue de son temps :

« Si quelqu'un dit qu'il est nécessaire, pour obtenir la rémission des péchés, que chacun croie avec certitude et sans aucune hésitation procédant de sa propre faiblesse et de sa propre indisposition, que ses péchés lui sont pardonnés, qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, VIᵉ session (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 13, Denzinger-Hünermann, n° 1563[125]

L'Église catholique enseigne ainsi qu'à l'exception d'une révélation spéciale, nul ne peut savoir avec une certitude de foi absolue, excluant toute possibilité d'erreur, qu'il se trouve actuellement en état de grâce — non par scepticisme sur la miséricorde divine, mais par un juste et humble discernement des limites de la connaissance qu'un homme peut avoir de son propre cœur, sujet à l'illusion comme à l'auto-tromperie[126]. Cette différence ne réduit en rien la sincérité de l'expérience vécue par Wesley à Aldersgate ; elle situe seulement cette expérience — que la théologie catholique reconnaîtrait volontiers comme une grâce réelle de consolation spirituelle — dans l'ordre d'une certitude morale et d'une espérance confiante, non dans celui d'une certitude de foi proprement dogmatique sur l'état futur de son âme.

La perfection chrétienne face à la doctrine catholique de la grâce sanctifiante

Sur la question de la perfection chrétienne, l'écart entre Wesley et le catholicisme est en réalité moins tranché que sur les deux points précédents. La doctrine catholique de la grâce sanctifiante, développée notamment par saint Thomas d'Aquin et reprise par tout l'enseignement postérieur de l'Église, admet elle aussi qu'un chrétien peut, par la coopération à la grâce, progresser jusqu'à un état de charité très élevé, capable en un sens d'exclure tout péché mortel délibéré et de faire tendre l'âme vers la perfection évangélique commandée par le Christ lui-même : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48)[127]. La différence essentielle tient à ce que la théologie catholique n'assigne à cette perfection aucun instant précis, repérable expérientiellement, où elle serait définitivement acquise et pourrait être proclamée comme telle par le sujet lui-même ; elle insiste au contraire sur l'humilité et la vigilance perpétuelle qu'exige tout progrès spirituel véritable, y compris chez les plus grands saints, jusqu'à la mort. La sanctification, pour l'Église catholique, demeure toujours un don gratuit de Dieu à recevoir et à faire fructifier, jamais un état que l'on pourrait s'attribuer soi-même comme une possession assurée.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. World Methodist Council, page « About Us » — « The World Methodist Council is made up of 80 Methodist, Wesleyan and related Uniting and United Churches representing over 80 million members in 138 countries » (« le Conseil méthodiste mondial rassemble 80 Églises méthodistes, wesleyennes et unies apparentées, représentant plus de 80 millions de membres dans 138 pays »), page consultée et re-fetchee le 4 octobre 2026 (worldmethodistcouncil.org/about-us/). Chiffre auto-déclaré par l'organisation elle-même ; les estimations indépendantes retiennent une fourchette plus basse — d'où la formulation prudente (« plusieurs dizaines de millions ») conservée dans le corps du présent article.

    1
  2. The Catholic Encyclopedia, vol. X, New York, Robert Appleton Company, 1911, art. « Methodism » — biographie sommaire de John Wesley (naissance à Epworth le 17 juin 1703, ordination diaconale puis presbytérale, mission de Géorgie, organisation des premières sociétés méthodistes en 1739, système des classes de 1742, première conférence de 1744, exclusion des sacrements et institution des prédicateurs laïcs, ordination de Coke, Whatcoat et Vasey en 1784 après le refus de l'évêque de Londres), exposé de la doctrine méthodiste (justification par la foi accompagnée des bonnes œuvres, témoignage de l'Esprit, perfection chrétienne comprise comme exclusion de toute offense volontaire contre Dieu tout en admettant la croissance dans la grâce, deux sacrements reconnus), remarque sur le caractère pratique plutôt que dogmatique de la religion méthodiste expliquant l'absence de credo formel. Texte intégral : newadvent.org/cathen/10237b.htm.

    2 4 5 22 24 28 30 36 42 64 65 67 82 86 91 92 120
  3. « John Wesley », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 puis re-fetche le 4 octobre 2026 — synthèse chronologique générale, utilisée ici seulement en complément des sources primaires et du Dictionary of National Biography pour les points non datés au jour près ; la page y estime le mouvement méthodiste mondial à 75 millions d'adhérents dans plus de 130 pays (« the Methodist movement numbers 75 million adherents in more than 130 countries »). URL : en.wikipedia.org/wiki/John_Wesley.

    3 8 9 11 19 20 26 29 32 34 37 38 40 41 53 57 58 74 83 87 89 95 97 98 111 115 117
  4. « Wesley, John (1703-1791) », in Dictionary of National Biography, 1885-1900, vol. 60 — biographie de référence vérifiée point par point pour la chronologie fine : naissance à Epworth le 17 juin 1703, quinzième enfant ; admission à Charterhouse le 28 janvier 1713-1714 ; élu scholar de Christ Church le 24 juin 1720, immatriculé le 18 juillet ; B.A. 1724 ; ordonné diacre le 19 septembre 1725 puis prêtre le 22 septembre 1728 par l'évêque Potter ; élu fellow de Lincoln College le 17 mars 1726 ; retour à Lincoln le 22 novembre 1729 ; embarquement pour la Géorgie sur le Simmonds à Gravesend le 14 octobre 1735, arrivée à Savannah le 6 février 1735-1736, interdiction de quitter la colonie le 2 décembre 1737 (départ le soir même), embarquement à Charlestown le 22 décembre 1737, débarquement à Deal le 1er février 1737-1738 ; Herrnhut atteint le 1er août 1738, retour à Londres le 16 septembre ; première prédication en plein air le lundi 2 avril 1739 devant environ trois mille personnes (d'après le Journal) ; exclusion de la chapelle de Fetter Lane le 16 juillet 1740 puis retrait de la société le 20 juillet ; class-meetings commencées à Bristol le 15 février 1741-1742 puis étendues à Londres le 25 mars ; lecture de Peter King le 20 janvier 1745-1746 ; résumé contre Toplady en mars 1770 ; Deed of Declaration passé le 28 février 1784 et enregistré à la Chancellerie ; dernier sermon le 23 février 1791, dernière lettre (à Wilberforce) le lendemain ; mort le 2 mars 1791 à la chapel-house de City Road, inhumé le 9 mars dans un caveau à l'arrière de la chapelle. Texte : en.wikisource.org/wiki/Wesley,John(DNB00).

    6 10 21 23 25 27 33 35 43 54 55 59 66 88 90 107 116
  5. Estimations reprises par l'ensemble des biographes à partir du Journal : la Schaff-Herzog Encyclopedia (art. « Wesley, John », repris sur CCEL) parle de « more than 250,000 miles » parcourus et de « more than 40,000 » prédications ; Christianity Today (« 1738 — John & Charles Wesley Experience Conversions ») : « It is estimated that he rode over 250,000 miles on horseback and preached over 40,000 sermons » ; Stephen Tomkins (cité par The Gospel Coalition) donne, comme « estimations conservatrices », « he rode 250,000 miles [...] and preached more than 40,000 sermons ». Textes : ccel.org/s/schaff/encyc12/htm/iii.xi.xvi.htm ; christianitytoday.com/history/issues/issue-28/1738-john-charles-wesley-experience-conversions.

    7
  6. « Susanna Wesley », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — biographie de Susanna Wesley née Annesley, fille du théologien puritain Samuel Annesley, conversion à l'anglicanisme dans l'adolescence, dix-neuf naissances dont dix enfants parvenus à l'âge adulte, méthode pédagogique et religieuse rigoureuse (heure hebdomadaire individuelle par enfant), correspondance suivie avec John Wesley jusqu'à sa mort en 1742. URL : en.wikipedia.org/wiki/Susanna_Wesley.

    12 13 14
  7. « Shaped by tragedy and grace: Wesley's rescue from fire », The United Methodist Church (umc.org), consulté en juillet 2026 — récit de l'incendie du presbytère d'Epworth le 9 février 1709 : la servante Betty évacue les petits enfants mais John reste à l'étage, et un voisin monté sur les épaules d'un autre l'extrait par la fenêtre au moment où le toit s'effondre sur sa chambre ; expression de Susanna Wesley qualifiant son fils de « tison arraché au feu » (Zacharie 3, 2). La page n'indique aucune origine criminelle de l'incendie. Récit détaillé concordant : John Telford, John Wesley the Methodist, ch. II (« The Epworth Household ») — « Bettie, the maid, and five younger children were in the nursery ». URL : umc.org/en/content/shaped-by-tragedy-and-grace-wesleys-rescue-from-fire.

    15 16 18
  8. Susanna Wesley, lettre à John Wesley, Epworth, 24 juillet 1732 — lettre sur les méthodes d'éducation de ses enfants (« According to your desire, I have collected the principal rules I observed in educating my family »), reproduite dans le Journal de John Wesley et in extenso dans Eliza Clarke, Susanna Wesley (1886), ch. 5. Seule mention de l'incendie de 1709 dans cette lettre : « that fatal dispersion of them after the fire into several families » (« cette fatale dispersion [des enfants] après l'incendie dans plusieurs familles »). Édition de référence : Charles Wallace Jr. (éd.), Susanna Wesley: The Complete Writings, Oxford University Press, 1997. Texte : en.wikisource.org/wiki/Susanna_Wesley_(Clarke_1886)/Chapter_5.

    17
  9. « George Whitefield », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — biographie de George Whitefield (1714-1770), membre du Holy Club d'Oxford, prédicateur en plein air dès février 1739 à Kingswood près de Bristol, chef de file du méthodisme calviniste avec la comtesse Selina Hastings de Huntingdon, rupture théologique avec Wesley sur la prédestination en 1741, relations personnelles maintenues malgré la rupture doctrinale, mort en 1770 avec sermon funèbre prononcé par Wesley lui-même. URL : en.wikipedia.org/wiki/George_Whitefield.

    31 73 75
  10. Sauf mention contraire, les citations d'originaux de langue anglaise sont rendues ici dans une traduction française propre à cet article ; le texte anglais original figure dans la source indiquée en note.

    39 46 50 62 71 78 80 93 100 102 106 109 114
  11. « What Really Happened at Aldersgate », WesleyScholar.com, et John Wesley, Journal, entrées du 4 et du 6 mars 1738, consultés en juillet 2026 — rencontre avec le pasteur morave Peter Böhler, dialogue du 4 mars 1738 sur la nécessité de cesser ou non de prêcher faute de foi assurée, conseil de Böhler : « Preach faith till you have it; and then, because you have it, you will preach faith », reprise de la prédication par Wesley dès le 6 mars 1738. URL : wesleyscholar.com/wesleys-warmed-heart-at-aldersgate-what-really-happened/.

    44 45 47
  12. John Wesley, The Journal of the Rev. John Wesley, A.M., entrée du 24 mai 1738, Christian Classics Ethereal Library, texte intégral en ligne — récit de l'expérience d'Aldersgate Street : lecture de la préface de Luther à l'Épître aux Romains dans une société morave, « I felt my heart strangely warmed. I felt I did trust in Christ, Christ alone, for salvation; and an assurance was given me that He had taken away my sins, even mine, and saved me from the law of sin and death. » Texte : ccel.org/ccel/wesley/journal.vi.ii.xvi.html.

    48 49 51
  13. « Holy Spirit moments: Learning from Wesley at Aldersgate », The United Methodist Church (umc.org), consulté en juillet 2026 — analyse historique de l'expérience d'Aldersgate comme passage d'une religion de devoirs à une certitude vécue du pardon, et non comme conversion d'un incroyant, Wesley étant déjà prêtre depuis dix ans ; commémoration annuelle du 24 mai comme « Aldersgate Day » dans le méthodisme mondial ; contexte de la fermeture progressive des chaires anglicanes à la prédication de Wesley après 1738. URL : umc.org/en/content/holy-spirit-moments-learning-from-wesley-at-aldersgate.

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  14. John Wesley, lettre à James Hervey datée du 20 mars 1739, in The Letters of the Rev. John Wesley, A.M., éd. John Telford, Epworth Press, Londres, vol. I — attribution et date selon l'édition Telford ; reproche de Hervey sur l'empiétement de Wesley dans des paroisses dont il n'a pas la charge canonique ; réponse de Wesley : « I look upon all the world as my parish; thus far I mean, that in whatever part of it I am I judge it meet, right, and my bounden duty to declare, unto all that are willing to hear, the glad tidings of salvation. » La littérature critique signale une attribution discutée (variante : lettre à John Clayton du 28 mars 1739 ; formule reprise dans le Journal au 11 juin 1739). Texte accessible via Wesley Center Online, The Letters of John Wesley: 1739. URL : wesley.nnu.edu/john-wesley/the-letters-of-john-wesley/wesleys-letters-1739/.

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  15. Minutes de la première Conférence méthodiste, Foundry de Londres, 25-30 juin 1744 — six ministres ordonnés de l'Église d'Angleterre (John et Charles Wesley, John Hodges, Henry Piers, Samuel Taylor, John Meriton) et quatre prédicateurs laïcs. Composition confirmée par le bureau de la Conférence méthodiste britannique (« six clergymen — including John and Charles Wesley — and four lay preachers », manuel de la Conférence 2013, methodist.org.uk) et par Thomas B. Neely, History of the Origin and Development of the Governing Conference in Methodism.

    68
  16. John Wesley, Free Grace: A Sermon Preached at Bristol, Bristol, 1739 — sermon prêché à Bristol contre la doctrine calviniste de la prédestination inconditionnelle, texte intégral conservé dans l'Evans Early American Imprint Collection (University of Michigan Library) : « But if this be so, then is all preaching vain. It is needless to them that are elected: for they, whether with preaching or without, will infallibly be saved. It is useless to them that are not elected: for they cannot possibly be saved. » Texte : quod.lib.umich.edu/e/evans/N03929.0001.001.

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  17. John Wesley, A Plain Account of Christian Perfection, as Believed and Taught by the Reverend Mr. John Wesley, from the Year 1725 to the Year 1765, Bristol, William Pine, 1766, § 19 (forme questions-réponses) — définition de la perfection chrétienne comme amour de Dieu et du prochain excluant toute disposition contraire à l'amour, sans exclure les infirmités, l'ignorance ni les erreurs de jugement : « Do you affirm that this perfection excludes all infirmities, ignorance, and mistake? I continually affirm quite the contrary, and always have done so. » Texte intégral : Wesley Center Online et Christian Classics Ethereal Library, ccel.org/ccel/wesley/perfection.html.

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  18. « Maxfield, Thomas (d. 1784) », in Dictionary of National Biography, 1885-1900, vol. 37 — lettre de John Wesley du 21 avril 1741 (« I am not clear that brother Maxfield should not expound at Greyhound Lane ; nor can I as yet do without him », Works, vol. XII, cf. Tyerman, vol. I, p. 369-370) marquant son hésitation initiale, puis charge de la Foundery confiée à Maxfield en 1742. Texte : en.wikisource.org/wiki/Maxfield,Thomas(d.1784)_(DNB00).

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  19. « Thomas Maxfield (Methodist) », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en octobre 2026 — converti à Bristol en 1739, chef de bande à la Foundery en 1740 ; en 1742, Wesley lui confie la charge de la Foundery avec pour consigne de prier et de conseiller, Maxfield passe alors à la prédication, suscitant des plaintes auprès de Wesley ; après l'intervention apaisante de Susanna Wesley et après avoir entendu Maxfield lui-même, Wesley tranche en sa faveur et l'autorise à prêcher. URL : en.wikipedia.org/wiki/Thomas_Maxfield_(Methodist).

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  20. Richard Whatcoat, Journal, entrées des 1er et 2 septembre 1784, cité in Phoebus, Life of Whatcoat, p. 17, et repris par le Wesley Center Online : « September 1, 1784, Rev. John Wesley, Thomas Coke, and James Creighton, presbyters of the Church of England, formed a Presbytery and ordained Richard Whatcoat and Thomas Vasey deacons, and on September 2, by the same hands, etc., Richard Whatcoat and Thomas Vasey were ordained elders, and Thomas Coke, LL.D., was ordained superintendent for the Church of God under our care in North America. » Texte : wesley.nnu.edu/john-wesley/john-wesley-the-methodist/chapter-xvi-the-work-beyond-the-sea/.

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  21. « Methodist Church — Overview », New Georgia Encyclopedia — la Methodist Episcopal Church est formellement organisée lors de la « Christmas Conference » tenue à Baltimore du 24 décembre 1784 au 2 janvier 1785, avec Thomas Coke et Francis Asbury comme surintendants. Confirme Christianity Today (« Coke ordained Asbury at the famous Baltimore "Christmas Conference" of 1784 »). URL : georgiaencyclopedia.org/articles/arts-culture/methodist-church-overview/.

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  22. John Wesley, A Letter to a Roman Catholic, Dublin, 18 juillet 1749 — lettre pastorale rédigée dans le contexte des tensions confessionnelles irlandaises sous les lois pénales anticatholiques, énumération d'un noyau de croyances communes (Trinité, incarnation, rédemption, jugement dernier, pardon des péchés), appel final : « We ought, without this endless jangling about opinions, to provoke one another to love and to good works » (la célèbre formule « though we cannot think alike, may we not love alike? may we not be of one heart, though we are not of one opinion? » appartient au sermon n° 39, Catholic Spirit, et non à cette lettre). Texte intégral accessible via Wesley Center Online, The Works of John Wesley, et reproduction en anglais moderne sur newstartdiscipleship.com/post/a-letter-to-a-roman-catholic-john-wesley-modern-english.

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  23. John Wesley, Thoughts Upon Slavery, Londres, 1774 — réfutation de l'esclavage au nom du droit naturel (« I absolutely deny all slaveholding to be consistent with any degree of natural justice »), avec adresses successives aux capitaines négriers, aux marchands et aux planteurs des colonies. La formule « execrable sum of all villainies » ne figure pas dans ce traité (vérifié sur le texte intégral). Texte intégral : Evans Early American Imprint Collection, n° N10870 (University of Michigan Library, quod.lib.umich.edu/e/evans/N10870.0001.001) ; Documenting the American South, UNC (docsouth.unc.edu/church/wesley/wesley.html) ; WesleyScholar.com (PDF du texte de 1774).

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  24. John Wesley, Journal, entrée du 12 février 1772 : « In returning I read a very different book, published by an honest Quaker, on that execrable sum of all villainies, commonly called the Slave-trade. » (un auteur quaker). C'est de cette entrée du Journal — et non du traité de 1774 — que vient la formule célèbre.

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  25. John Wesley, lettre à William Wilberforce, 24 février 1791, in The Letters of the Rev. John Wesley, A.M., éd. John Telford, vol. VIII, Epworth Press, Londres, 1931 — dernière lettre connue de Wesley, rédigée six jours avant sa mort : « O be not weary of well doing. Go on, in the name of God and in the power of His might, till even American slavery (the vilest that ever saw the sun) shall vanish away before it. » Texte accessible via Wesley Center Online, The Letters of John Wesley: 1791, et Christianity Today, « Wesley to Wilberforce » (1983).

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  26. « The Holy Triumph of John Wesley in His Dying », The Museum of Methodism & John Wesley's House (wesleysheritage.org.uk), et The Wesley Center Online, chapitre « The Passing of John Wesley », consultés en juillet 2026 — récit de la mort de Wesley le 2 mars 1791 : adieux répétés à ses amis rassemblés, dernières paroles répétées à deux reprises d'une voix affaiblie : « The best of all is, God is with us! » Texte : wesleysheritage.org.uk/object/the-holy-triumph-of-john-wesley-in-his-dying/ ; wesley.nnu.edu/john-wesley/john-wesley-the-methodist/chapter-xix-the-passing-of-john-wesley/.

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  27. Catéchisme de l'Église catholique, § 819 — sur les éléments de sanctification et de vérité présents chez les frères chrétiens séparés de la pleine communion catholique, appartenant par droit à l'unique Église du Christ et poussant vers l'unité catholique.

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  28. Concile Vatican II, Décret Unitatis Redintegratio sur l'œcuménisme, 21 novembre 1964, n° 3 — reconnaissance des éléments ecclésiaux authentiques (Écriture, vie de grâce, foi, espérance, charité) présents chez les communautés issues de la Réforme, tout en maintenant que la plénitude des moyens de salut ne subsiste que dans l'Église catholique.

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  29. Catéchisme de l'Église catholique, § 1576 — le sacrement de l'Ordre étant celui du ministère apostolique, il revient aux évêques, successeurs des Apôtres, de transmettre le don de l'Esprit et la lignée apostolique (cf. aussi Code de droit canonique, can. 1012 : le ministre de l'ordination sacrée est l'évêque consacré).

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  30. Concile de Trente, XXIIIᵉ session (15 juillet 1563), Doctrine et canons sur le sacrement de l'Ordre, canon 6 — Denzinger-Hünermann, n° 1776 : condamne quiconque nie l'existence, dans l'Église catholique, d'une hiérarchie d'institution divine composée des évêques, des prêtres et des ministres. Texte : Symboles et définitions de la foi catholique (Denzinger), Paris, Cerf.

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  31. Léon XIII, lettre apostolique Apostolicae Curae, 13 septembre 1896 — les ordinations conférées selon l'Ordinal anglican réformé sont déclarées « absolument nulles et entièrement vaines » pour défaut de forme et d'intention du rite (texte sur vatican.va ; cf. article Ignispedia « Pape Léon XIII », section Apostolicae Curae).

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  32. Concile de Trente, VIᵉ session (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 13 — Denzinger-Hünermann, n° 1563 : condamne quiconque affirme qu'il est nécessaire, pour obtenir la rémission des péchés, de croire avec certitude et sans aucune hésitation procédant de sa propre faiblesse que ses péchés sont pardonnés. Texte : Symboles et définitions de la foi catholique (Denzinger), Paris, Cerf.

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  33. Catéchisme de l'Église catholique, § 2005 — la grâce, appartenant à l'ordre surnaturel, échappe à notre expérience et ne peut être connue que par la foi ; nul ne peut donc se fonder sur ses sentiments ou sur ses œuvres pour conclure qu'il est justifié et sauvé — et, hormis le cas d'une révélation spéciale, savoir avec une certitude de foi qu'il est en état de grâce (cf. Concile de Trente, VIᵉ session, ch. 9).

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  34. Catéchisme de l'Église catholique, § 2013, citant Matthieu 5, 48 — « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » : tous les fidèles sont appelés à la perfection de la charité par un progrès continuel de la grâce sanctifiante, chacun selon ses propres forces et sa condition de vie.

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