Le pélagianisme est l'hérésie du Vᵉ siècle qui nie la transmission du péché originel et la nécessité intérieure de la grâce : l'homme naîtrait dans l'état d'Adam avant la chute, doté d'une volonté intacte et suffisante, capable par ses seules forces d'éviter tout péché et de mériter le ciel — la grâce n'étant qu'un secours extérieur : la loi, l'exemple du Christ, le pardon des fautes passées[1].
Cette doctrine, prêchée à Rome par le moine Pélage puis systématisée par son disciple Célestius, provoqua entre 411 et 418 la plus grande controverse doctrinale de l'Occident latin depuis la crise arienne : six thèses condamnées à Carthage (411), acquittement surprise à Diospolis (415), double condamnation africaine confirmée par Rome (416-417), revirement du pape saint Zosime, intervention de l'empereur Honorius et, le 1ᵉʳ mai 418, les huit canons du concile de Carthage — la première définition massive de la doctrine catholique de la grâce[2].
L'enjeu dépassait une querelle d'école : si l'homme peut se sauver seul, le Christ n'est plus vraiment Sauveur, son sacrifice n'est plus nécessaire, et la prière même — « pardonne-nous nos offenses » — devient un mensonge. C'est contre Pélage que saint Augustin forgea la théologie catholique du péché originel et de la grâce, et c'est à cette controverse que l'Église doit les textes qu'elle cite encore : Carthage (418), Éphèse (431), Orange (529), Trente (1546-1547)[3].
La vie du fondateur et le récit détaillé du procès en sept actes sont traités dans l'article Pélage ; la doctrine atténuée qui suivit — le premier pas vers Dieu viendrait-il de l'homme seul ? — relève de l'article semi-pélagianisme ; la doctrine positive de la grâce est exposée dans Qu'est-ce que la grâce actuelle ? et Qu'est-ce que la grâce sanctifiante ?, et celle du péché originel dans le jardin d'Éden et le péché originel. Le présent dossier s'en tient à l'hérésie elle-même : ce qu'elle affirme, par quels textes l'Église l'a réfutée, et pourquoi elle ne meurt jamais.
Ce que le pélagianisme affirme : quatre thèses condamnées
Autrement dit : imaginez un athlète à qui l'on affirme qu'il peut courir un marathon sans eau, sans entraînement reçu, sans coach — par la seule énergie de ses jambes, parce que « la nature l'a bien fait ». Le pélagianisme applique ce raisonnement au salut : Dieu nous a créés capables, Il nous a donné la loi comme carte du parcours et le Christ comme coureur modèle — le reste ne dépend que de nous. L'image séduit ; elle vide la Croix de sa nécessité[4].
L'homme naît intact : la volonté suffit
Première thèse, la matrice de toutes les autres : la volonté humaine n'a pas été blessée par la faute d'Adam. Chaque homme naît dans l'état exact d'Adam avant sa chute, avec une liberté entière et une capacité naturelle suffisante pour observer tous les commandements. Le péché d'Adam n'a nui qu'à Adam lui-même ; il n'a rien transmis à sa descendance — ni culpabilité, ni blessure, ni inclination affaiblie[5].
La conséquence suit implacablement : puisqu'un commandement divin ne saurait exiger l'impossible — Dieu ne commanderait pas ce que l'homme ne peut accomplir —, l'homme peut en principe éviter tout péché, vivre une vie entière sans faute, et plusieurs justes avant le Christ y seraient d'ailleurs parvenus[6].
« Chaque fois que j'ai à parler d'instruction morale et de conduite d'une vie sainte, j'ai coutume de montrer d'abord la force et la qualité de la nature humaine, et de faire voir ce qu'elle est capable d'accomplir. » — Pélage, Lettre à Démétriade, chap. 2[7]
Une grâce réduite à un secours extérieur
Deuxième thèse : la grâce existe, mais seulement comme aide extérieure. Pélage et ses disciples reconnaissent trois dons de Dieu : la nature elle-même (le libre arbitre créé bon), la loi et la doctrine qui éclairent l'intelligence, et le pardon des péchés passés joint à l'exemple du Christ qui stimule la volonté. Ce que la doctrine catholique appelle la grâce intérieure — le secours actuel par lequel Dieu touche le cœur, inspire la bonne volonté et donne la force d'accomplir le bien — est nié comme nécessaire : l'homme peut vouloir et accomplir le bien salutaire par ses seules forces naturelles[8].
Dans son De libero arbitrio (416), Pélage concéda du bout des lèvres une sorte de grâce intérieure — une illumination de l'esprit par les sermons et la lecture de la Bible — mais en précisant qu'elle servait seulement à faciliter l'accomplissement du bien, non à le rendre possible[9]. La nuance est tout le débat : pour l'Église, sans la grâce, le bien salutaire est non pas seulement plus difficile, mais absolument impossible — c'est le canon 5 de Carthage (418)[10].
Le péché originel nié ou vidé de son sens
Troisième thèse, la plus tranchante, formulée par Célestius : il n'y a pas de péché transmis par génération. Adam aurait été créé mortel — il serait mort même sans pécher. Les enfants qui naissent sont dans le même état qu'Adam avant sa chute. La mort de tous les hommes ne vient pas du péché d'Adam, pas plus que la résurrection de tous ne vient du Christ — chaque destin se joue individuellement[11].
Célestius, sommé à Carthage (411) de se rétracter, répondit que l'héritage du péché d'Adam était une question ouverte, une matière d'opinion libre où la négation n'était pas une hérésie[12]. Le synode ne le suivit pas : ses six thèses furent condamnées, et l'ordination presbytérale qu'il briguait lui fut refusée[13].
Sur le baptême des petits enfants, les pélagiens se divisaient : tous admettaient qu'il fallait les baptiser « selon la même formule que les adultes », mais non pour les laver d'une culpabilité originelle réelle — seulement pour leur ouvrir l'entrée du royaume de Dieu. Les enfants morts sans baptême seraient exclus du royaume, mais non de la vie éternelle : une distinction inédite, sans fondement dans la Tradition, qui créait deux destins posthumes là où l'Église n'en connaît qu'un[14].
« Dieu commande, donc l'homme peut » : l'argument qui séduisit Rome
Quatrième thèse, le nerf apologétique du système : Dieu est juste ; Il ne commanderait pas ce que l'homme ne peut accomplir ; donc l'homme peut accomplir tout ce qui lui est commandé. L'argument, d'apparence irréfutable, fit le succès de Pélage dans les cercles ascétiques de l'aristocratie romaine : il flattait l'exigence morale et disculpait Dieu de toute responsabilité dans le mal[15].
Saint Augustin retourna l'argument en montrant ce qu'il présuppose : que la nature actuelle de l'homme est identique à la nature créée. Or c'est précisément ce que la Révélation dément — l'homme est blessé, et c'est pour cela qu'il lui faut un Sauveur, non un simple modèle. Commander n'implique pas que le sujet puisse obéir seul : un médecin ordonne au paralytique de marcher, non parce que le malade le peut, mais pour lui révéler qu'il a besoin d'être guéri[16].
| Ce que le pélagianisme affirme | Ce que l'Église tient |
|---|---|
| L'homme naît dans l'état d'Adam avant la chute | L'homme naît privé de la sainteté originelle, avec une nature blessée (CEC 402-405) |
| La volonté seule suffit à éviter tout péché | Sans la grâce, accomplir le bien salutaire est absolument impossible (Carthage 418, can. 5) |
| La grâce n'est qu'un secours extérieur (loi, exemple, pardon) | La grâce est un secours intérieur qui éclaire l'esprit et fortifie la volonté (Carthage 418, can. 4) |
| Le péché d'Adam n'a nui qu'à lui-même | Par un seul homme le péché est entré dans le monde (Rm 5, 12 ; Carthage 418, can. 1-2) |
| Le baptême des enfants n'efface aucune faute réelle | Les nouveau-nés doivent être baptisés à cause du péché originel (Carthage 418, can. 2) |
| Des hommes sans péché ont existé, même avant le Christ | Tous ont péché, tous ont besoin du Sauveur — les saints eux-mêmes se confessent pécheurs (Carthage 418, can. 6-8) |
D'où venait la doctrine : trois hommes et une racine grecque
Le récit complet de la vie de Pélage et du procès en sept actes se trouve dans l'article Pélage : on n'en retient ici que l'ossature doctrinale — qui a formulé quoi, et d'où venait l'idée.
Pélage, le moraliste ; Célestius, le systématicien
Pélage (v. 354-après 418), moine laïc venu des îles Britanniques et installé à Rome depuis le pontificat d'Anastase Iᵉʳ (398-401), n'était pas d'abord un théoricien : c'était un directeur ascétique qui prêchait l'exigence morale à l'élite chrétienne. Ses maximes pratiques — tu peux vivre saintement, ta nature en est capable — séduisaient ; elles restaient ambiguës, et Pélage sut toujours, devant les tribunaux, les formuler en termes acceptables[17].
C'est son disciple Célestius, juriste romain converti à la vie monastique, qui transforma ces maximes en théories tranchantes, notamment sur le péché originel nié explicitement. Fait capital et souvent estompé : ce fut Célestius, et non Pélage, qui fut condamné nommément le premier — le maître prêchait une exigence ambiguë, le disciple en tirait les conséquences dogmatiques radicales[18].
Les six thèses condamnées à Carthage (411)
Quand Célestius, arrivé à Carthage en 411, demanda l'ordination presbytérale, le diacre Paulin de Milan déposa contre lui un mémoire relevant six propositions — peut-être extraites littéralement de son ouvrage perdu Contre la transmission du péché — comme hérétiques. Les voici, dans leur teneur[19] :
| N° | La thèse de Célestius (411) | Le concile qui la réfute |
|---|---|---|
| 1 | Même s'il n'avait pas péché, Adam serait mort | Carthage 418, can. 1 : la mort vient du péché, non d'une nécessité physique |
| 2 | Le péché d'Adam n'a nui qu'à lui seul, pas au genre humain | Carthage 418, can. 1-2 : le péché originel se transmet ; les nouveau-nés sont baptisés à cause de lui |
| 3 | Les nouveau-nés sont dans l'état d'Adam avant sa chute | Carthage 418, can. 2 : le baptême des enfants suppose une faute à effacer |
| 4 | Ni la mort d'Adam ni la résurrection du Christ ne se transmettent à tous | Rm 5, 12-21 ; Carthage 418, can. 1-2 : Adam et le Christ, deux têtes d'humanité |
| 5 | La Loi mosaïque conduit au ciel aussi bien que l'Évangile | Carthage 418, can. 3-5 : sans la grâce du Christ, nul ne peut éviter le péché |
| 6 | Avant le Christ, il y eut des hommes sans péché | Carthage 418, can. 6-8 : les saints eux-mêmes se confessent pécheurs en vérité |
Célestius refusa de se rétracter, fit appel au pape sans donner suite, et partit pour Éphèse où il se fit ordonner prêtre : la condamnation africaine le suivrait jusqu'en Orient[20].
Julien d'Éclane, le dialecticien qui reprit le flambeau
Après 418, le pélagianisme trouva un chef d'une autre trempe que le moraliste Pélage : Julien, évêque d'Éclane en Apulie, l'un des dix-huit évêques italiens qui refusèrent de signer la Tractoria de Zosime. Instruit, philosophe, dialecticien redoutable, il déplaça le débat : ce n'est plus la volonté qu'il exalte, c'est la bonté de la nature créée — le mariage, la concupiscence, la chair — contre l'Augustin qu'il accuse de manichéisme, de mépriser la création sous couleur de la défendre[21].
Réfugié en Cilicie chez Théodore de Mopsueste, il rédigea ses grands ouvrages (Contre Turbantius en 4 livres, puis À Florus en 8 livres), auxquels Augustin répondit jusqu'à sa mort (Contre Julien en 6 livres, puis l'Opus imperfectum resté inachevé)[22]. Sa tentative de récupérer son siège en 439, feignant le repentir, fut courageusement déjouée par le pape saint Sixte III[23].
La racine grecque : Théodore de Mopsueste
L'erreur n'était pas née de rien. En Orient, où l'on insistait fortement sur la liberté contre le fatalisme ambiant et où la doctrine de la grâce restait vague, certains Grecs accentuaient la peine du péché originel plus que la coulpe — et Théodore de Mopsueste alla jusqu'à nier la culpabilité originelle et le caractère pénal de la mort corporelle[24]. Pélage, helléniste formé au contact des Grecs, absorba cette unilatéralité sans s'en rendre compte. Théodore accueillit d'ailleurs Julien en exil en Cilicie — et sa mémoire fut condamnée avec les Trois Chapitres au concile de Constantinople II (553)[25].
L'étincelle : « Donne ce que Tu commandes »
Vers 405, à Rome, on lisait les Confessions d'Augustin dans une réunion où se trouvait Pélage. Quand on arriva au passage où l'évêque d'Hippone prie : « Donne ce que Tu commandes, et commande ce que Tu veux » (Da quod iubes et iube quod vis), Pélage, en présence d'un évêque, ne put le supporter : il s'emporta et disputa presque avec celui qui avait cité la phrase[26].
« Donne ce que Tu commandes, et commande ce que Tu veux. » — Saint Augustin, Confessions, X, 29[27]
Tout le différend est dans cette colère : si Dieu doit donner ce qu'Il commande, alors l'homme ne le possède pas par nature — et tout le système pélagien s'effondre. Augustin lui-même rappellera l'incident plus de vingt ans après, dans le De dono perseverantiae (428-429) : ses paroles romaines, écrites avant même que l'hérésie n'existât, contenaient déjà toute la réfutation[28].
Le procès en sept actes : comment l'Église trancha (411-431)
Le récit circonstancié — personnages, rebondissements, pièces de procédure — appartient à l'article Pélage. On ne retient ici que la valeur doctrinale de chaque étape : ce que chaque jugement a fixé pour la foi.
| Acte | Date | Ce qui s'est joué | Portée doctrinale |
|---|---|---|---|
| 1. Carthage contre Célestius | 411 | Six thèses condamnées, ordination refusée | Première délimitation officielle : la négation du péché transmis est déjà intolérable |
| 2. Jérusalem puis Diospolis | juillet et déc. 415 | Pélage, sans accusateur présent, se disculpe en jouant sur les mots (secours de Dieu = simple grâce de la création) | L'Orient parle deux fois sans voir l'erreur : preuve que l'ambiguïté protège l'hérésie, non qu'elle l'absout |
| 3. Carthage (67 évêques) et Milève (59 évêques) | automne 416 | Double rejet des doctrines + recours au Siège apostolique | L'Afrique unie demande à Rome l'autorité suprême |
| 4. Saint Innocent Iᵉʳ répond | 27 janv. 417 | Le pape confirme les deux conciles | « Deux synodes ont écrit au Siège apostolique, les réponses sont venues : la cause est finie » — la formule d'Augustin (sermon 131), trop optimiste |
| 5. Saint Zosime hésite puis tranche | 417-418 | D'abord favorable aux justifications de Pélage et Célestius, le pape se ravise devant la supplique africaine (nov. 417) | Le Siège apostolique exigea finalement la confession explicite de la grâce intérieure : seule compte la foi professée clairement |
| 6. Honorius puis Carthage plénier | 30 avril et 1ᵉʳ mai 418 | Rescrit impérial bannissant les pélagiens, puis ~200 évêques promulguant les huit canons | Le bras séculier appuie, mais c'est le concile qui définit : la doctrine catholique de la grâce est fixée |
| 7. Tractoria et Éphèse | 418 puis 431 | Zosime impose la condamnation à tous les évêques (18 refusent, dont Julien) ; Éphèse renouvelle la condamnation pour tout l'Orient | L'hérésie est condamnée par l'Église universelle, en Occident comme en Orient |
Deux leçons doctrinales se dégagent. D'abord, l'affaire Diospolis : un tribunal peut acquitter un hérétique quand l'accusé dissimule sa pensée sous des formules pieuses — l'acquittement de 415 ne prouva jamais l'orthodoxie de Pélage, seulement son habileté[29]. Ensuite, l'épisode Zosime : le pape, par sens de la justice, refusa de frapper avant conviction entière — et quand les Africains exigèrent la confession explicite de la grâce intérieure pour toute pensée, parole et œuvre salutaire, il trancha avec sa Tractoria, citant abondamment les œuvres mêmes des accusés[30].
Les huit canons de Carthage (418), un par un
Le 1ᵉʳ mai 418, dans la basilique de Faustus à Carthage, environ deux cents évêques sous la présidence d'Aurèle promulguèrent les canons qui, à l'exception du dernier, devinrent des articles de foi obligatoires pour l'Église universelle (Denzinger-Hünermann 101-108)[31]. Certains manuscrits y joignent un neuvième canon, contre tout « lieu intermédiaire » pour les enfants morts sans baptême[32].
| Canon | L'hérésie visée | Ce que l'Église définit |
|---|---|---|
| 1 | Adam serait mort même sans pécher | La mort est venue à Adam non par nécessité physique, mais par le péché |
| 2 | Les nouveau-nés sont sans faute à laver | Les nouveau-nés doivent être baptisés à cause du péché originel |
| 3 | La grâce ne servirait qu'au pardon du passé | La grâce justifiante donne le pardon des péchés passés et le secours pour éviter les péchés futurs |
| 4 | La grâce ne ferait que révéler la loi | La grâce du Christ donne la connaissance des commandements et la force de les vouloir et de les accomplir |
| 5 | Avec la grâce, le bien serait seulement plus facile | Sans la grâce de Dieu, accomplir le bien n'est pas seulement plus difficile : c'est absolument impossible |
| 6 | Dire « je suis pécheur » ne serait qu'humilité | C'est en vérité, non par humilité, que nous devons nous confesser pécheurs |
| 7 | Le « pardonne-nous » du Notre Père ne vaudrait que pour autrui | Les saints rapportent la demande « Pardonne-nous nos offenses » à eux-mêmes aussi, pas seulement aux autres |
| 8 | Ce serait une formule d'humilité, non de vérité | Les saints prononcent cette supplication en vérité, non par simple humilité |
Les trois premiers groupes visent chacun un pilier du système : les canons 1-2 abattent la négation du péché originel, les canons 3-5 la grâce extérieure, les canons 6-8 l'impeccabilité prétendue — en prenant pour pierre de touche la prière même de l'Église : si les saints eux-mêmes demandent pardon en vérité, nul n'est sans péché, et tous ont besoin du Sauveur[33].
Saint Augustin réfute : six arguments qui demeurent
Face au donatisme, Augustin avait défendu l'unité de l'Église ; face à Pélage, il forgea ce qui lui valut le titre de Doctor gratiae. Ses traités anti-pélagiens s'échelonnent de 412 à 430 — une vingtaine d'ouvrages, dont les principaux forment encore l'arsenal catholique[34] :
| Ouvrage | Date | Cible |
|---|---|---|
| Des mérites et de la rémission des péchés (3 livres) | 412 | Existence du péché originel, nécessité du baptême des enfants |
| De l'esprit et de la lettre | 412 | La grâce intérieure (spiritus) contre la grâce extérieure de la loi (littera) |
| De la perfection de la justice de l'homme | 414-415 | Impossibilité d'une vie entièrement sans péché |
| De la nature et de la grâce | 415 | Réponse au De natura de Pélage |
| Actes du procès de Pélage | 417 | Compte rendu de Diospolis, pièces en main |
| De la grâce du Christ et du péché originel | 418 | Bilan de toute la controverse |
| Des noces et de la concupiscence (2 livres) | 419 | Réponse à Julien : le mariage est bon, la concupiscence est blessée |
| Contre Julien (6 livres) + Contre deux lettres des pélagiens (4 livres) | 421-422 | Réfutation point par point du dialecticien |
| L'ouvrage inachevé contre Julien | 427-430 | Réponse phrase à phrase au À Florus, interrompue par la mort |
L'Écriture contre Pélage : le dossier paulinien
Augustin ne raisonne pas dans le vide : il aligne les textes que les pélagiens ne purent jamais expliquer.
« Par un seul homme, le péché est entré dans le monde » (Rm 5, 12). Le parallèle Adam-Christ structure toute l'épître : comme tous meurent en Adam, tous revivent dans le Christ. Si la mort ne se transmet pas, la résurrection ne se transmet pas non plus — et le baptême des enfants devient un rite vide[35].
« Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? » (1 Co 4, 7). La question foudroie la thèse centrale : si la bonne volonté venait de la seule nature, l'homme posséderait par lui-même ce qu'il a en réalité reçu. Tout don excellent descend d'en haut — y compris le vouloir lui-même[36].
« Sans Moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5) et « Dieu produit en vous le vouloir et le faire » (Ph 2, 13). Non pas : sans Moi, vous ferez plus difficilement — mais : vous ne pouvez rien. Et ce n'est pas seulement l'action que Dieu produit, c'est le vouloir lui-même[37].
Le cri des petits enfants et la prière des saints
Deux preuves par les faits, plus fortes que les syllogismes. D'abord le baptême des petits enfants : l'Église universelle baptise des nouveau-nés qui n'ont commis aucun péché personnel. Si rien n'était à remettre, le rite serait un simulacre — et l'Église entière se tromperait depuis les apôtres[38].
Augustin retourne la question aux pélagiens : qu'ils expliquent pourquoi l'on baptise les petits enfants, s'ils n'ont rien à se faire remettre[39].
Ensuite le Notre Père : l'Église fait dire à tous, saints compris, « pardonne-nous nos offenses ». Si les parfaits pouvaient vivre sans péché, les saints mentiraient en priant — chaque jour, dans chaque messe. Les canons 6 à 8 de Carthage scellent cet argument : les saints parlent en vérité[40].
Contre Julien : défendre la nature sans nier la blessure
Julien accusait Augustin de manichéisme : faire du mal une substance, mépriser le mariage et la chair. La réponse, notamment dans le Des noces et de la concupiscence, distingue ce que Julien confond : le mariage est bon comme institution divine, la fécondité est bonne, le corps est bon — mais la concupiscence qui désordonne l'usage de ces biens est la blessure transmise, que la grâce guérit sans détruire la nature[41].
La réponse tient en une formule : la nature humaine, créée bonne par le Dieu bon, a été viciée par le péché ; malade, elle a besoin d'un médecin[42].
Ce que l'Église tient désormais : de Carthage au Catéchisme
Le Catéchisme reprend Carthage mot pour mot
Quatorze siècles plus tard, le Catéchisme de l'Église catholique n'a rien retiré aux huit canons : l'homme naît avec une nature blessée et privée de la sainteté originelle (CEC 402-405) ; le baptême des petits enfants efface une faute réellement transmise (CEC 403, 405) ; la justification vient de la grâce de Dieu, et l'homme ne peut rien sans elle pour son salut (CEC 1996-2011)[43]. Les développements positifs appartiennent aux articles voisins — le péché originel, la grâce actuelle, la grâce sanctifiante — mais la colonne vertébrale est inchangée depuis le 1ᵉʳ mai 418[44].
Trente : le double verrou (1546-1547)
Face à la Réforme, le concile de Trente resserra le double verrou. La session V (1546), par son décret sur le péché originel, définit la transmission par propagation et la nécessité du baptême des enfants — Carthage canonisé pour l'âge moderne[45]. La session VI (1547), par son décret sur la justification, frappe d'anathème, dès son premier canon, quiconque prétend que l'homme peut être justifié par ses propres œuvres, accomplies par ses forces naturelles ou par la doctrine de la loi, sans la grâce divine par Jésus-Christ[46]. C'est la thèse n° 5 de Célestius — la Loi suffit — condamnée une seconde fois, mille cent trente ans après[47].
Orange (529) : le complément, pas le redoublement
Après Éphèse, le pélagianisme franc couva encore en Gaule et en Bretagne. La question qui restait — le tout premier mouvement vers Dieu vient-il de l'homme seul, que la grâce viendrait ensuite seconder ? — releva d'une doctrine atténuée que l'histoire nomma semi-pélagianisme : elle fut tranchée par le deuxième concile d'Orange (529), qui affirma que même le commencement de la foi est un don de la grâce prévenante[48]. Tout le dossier — Jean Cassien, Fauste de Riez, saint Prosper d'Aquitaine, les 25 canons d'Orange — appartient à l'article semi-pélagianisme : on ne le redouble pas ici[49].
Le pélagianisme ne meurt jamais : survivances et résurgences
Les derniers foyers antiques : Gaule, Bretagne, Irlande
Condamné en Orient comme en Occident, le pélagianisme couva plutôt qu'il ne mourut. Ses centres furent la Gaule et la Bretagne : vers 429, un synode tenu probablement à Troyes dut sévir contre les pélagiens et envoya saint Germain d'Auxerre et saint Loup de Troyes combattre l'hérésie outre-Manche, où elle recevait l'appui de deux disciples de Pélage, Agricola et Fastidius[50]. Près d'un siècle plus tard, le Pays de Galles en était encore le foyer : saint David de Menevia participa en 519 au synode de Brefy dirigé contre les pélagiens locaux[51]. En Irlande, le Commentaire sur saint Paul de Pélage resta longtemps en usage, comme l'attestent de nombreuses citations insulaires[52]. Même à Rome, vers 440, le Liber Praedestinatus porte encore la marque du pélagianisme authentique[53].
La tentation permanente : se sauver soi-même
Mais l'histoire des foyers importe moins que la leçon : le pélagianisme est la tentation permanente du christianisme — croire que l'homme se sauve par ses propres forces, que la sainteté est un palmarès d'efforts, que la grâce n'est qu'un décor. Chaque époque l'habille à sa mode : morale sans Sauveur, techniques de perfection, christianisme réduit à l'éthique[54].
Le pape François, dans Gaudete et Exsultate (2018), a donné à cette résurgence son nom officiel : « le pélagianisme actuel » (§§ 47-62). Le pouvoir que les gnostiques attribuaient à l'intelligence, certains l'attribuent désormais à la volonté et à l'effort personnel : on oublie qu'« il n'est pas question de l'homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Rm 9, 16)[55].
Ceux qui épousent cette mentalité pélagienne ou semi-pélagienne, bien qu'ils parlent de la grâce de Dieu dans des discours édulcorés, « en définitive font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu'ils observent des normes déterminées ou parce qu'ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique ». — Pape François, Gaudete et Exsultate, § 49[56]
« Que le Seigneur délivre l'Église des nouvelles formes de gnosticisme et de pélagianisme qui l'affublent et l'entravent sur le chemin de la sainteté ! » — Pape François, Gaudete et Exsultate, § 62[57]
Chronologie synthétique
| Date | Événement |
|---|---|
| v. 354 | Naissance de Pélage dans les îles Britanniques |
| 398-411 | Pélage prêche l'exigence ascétique à Rome ; vers 405, l'incident du « Donne ce que Tu commandes » |
| 410 | Sac de Rome par Alaric ; Pélage et Célestius gagnent l'Afrique |
| 411 | Célestius brigue l'ordination à Carthage : mémoire de Paulin de Milan, six thèses condamnées |
| 412 | Augustin entre en lice : Des mérites et de la rémission, De l'esprit et de la lettre |
| 413-414 | Pélage écrit la Lettre à Démétriade ; les Definitiones de Célestius circulent en Sicile |
| juillet 415 | Concile de Jérusalem (Jean de Jérusalem) : renvoi aux Latins, silence imposé |
| déc. 415 | Synode de Diospolis (14 évêques) : Pélage acquitté en l'absence de ses accusateurs |
| automne 416 | Conciles de Carthage (67 évêques) et de Milève (59 évêques) : double condamnation + recours à Rome |
| 27 janv. 417 | Saint Innocent Iᵉʳ confirme : « la cause est finie » |
| 12 mars 417 | Mort d'Innocent Iᵉʳ ; saint Zosime lui succède |
| 417 | Célestius à Rome (confession de foi) ; Zosime écrit en sa faveur aux Africains |
| nov. 417 | Synode de Carthage : supplique à Zosime, exiger la confession de la grâce intérieure |
| 21 mars 418 | Zosime temporise et transmet les dossiers |
| 30 avril 418 | Rescrit de l'empereur Honorius (Ravenne) : bannissement des pélagiens |
| 1ᵉʳ mai 418 | Concile plénier de Carthage (~200 évêques) : les huit canons |
| été 418 | Epistula Tractoria de Zosime : condamnation universelle ; 18 évêques italiens refusent, dont Julien d'Éclane |
| 419-428 | Duel Augustin-Julien : traités et contre-traités jusqu'à la mort d'Augustin (430) |
| 429 | Julien et Célestius chez Nestorius à Constantinople ; Commonitorium de Marius Mercator ; bannissement par Théodose II (430) |
| 431 | Concile œcuménique d'Éphèse : condamnation renouvelée pour tout l'Orient |
| 439 | Julien tente de recouvrer son siège ; saint Sixte III refuse |
| v. 440-519 | Derniers foyers : Liber Praedestinatus à Rome, synode de Brefy au Pays de Galles |
| 529 | Deuxième concile d'Orange contre les prolongements semi-pélagiens (voir semi-pélagianisme) |
| 1546-1547 | Trente, sessions V et VI : le double verrou moderne |
| 2018 | François dénonce « le pélagianisme actuel » (Gaudete et Exsultate, §§ 47-62) |
Pour aller plus loin
- Pélage — la vie du fondateur et le récit circonstancié du procès en sept actes
- Le semi-pélagianisme — Cassien, Fauste de Riez, Prosper d'Aquitaine et le concile d'Orange (529)
- Saint Augustin d'Hippone — le Doctor gratiae et son combat contre les deux grandes hérésies africaines
- Le donatisme (311-411) — l'autre controverse d'Augustin : l'unité de l'Église et la validité des sacrements
- Qu'est-ce que la grâce actuelle ? — la doctrine positive du secours intérieur
- Les hérésies des premiers siècles — le panorama : du gnosticisme au docétisme, du marcionisme à l'arianisme
- Joseph Pohle, Catholic Encyclopedia (1913), Pelagius and Pelagianism — texte intégral sur newadvent.org
- Saint Augustin, traités anti-pélagiens — Patrologie latine, t. 44-45
- Pape François, Gaudete et Exsultate (19 mars 2018), §§ 47-62 — vatican.va
- Hefele, Histoire des conciles, t. II — le récit conciliaire de référence (Carthage, Diospolis, Éphèse)
Notes et références
Joseph Pohle, Catholic Encyclopedia (1913), « Pelagius and Pelagianism » (newadvent.org/cathen/11604a.htm), introduction : le pélagianisme désigne l'hérésie du Vᵉ siècle qui nia le péché originel aussi bien que la grâce chrétienne (which denied original sin as well as Christian grace).
1Joseph Pohle, ibid. : le 1ᵉʳ mai 418, en présence de 200 évêques, le concile de Carthage marqua de nouveau le pélagianisme comme hérésie — la première définition massive de la doctrine catholique de la grâce.
2Joseph Pohle, ibid. : c'est par l'intervention de saint Augustin et de l'Église que la clarté fut faite sur le péché originel et la grâce, et que fut donnée la première impulsion au développement de ces dogmes — repris à Éphèse (431), Orange (529) et Trente (1546-1547).
3Pélage, Lettre à Démétriade, chap. 2 (P.L., XXX, 15-45), via Joseph Pohle, ibid. : « Chaque fois que j'ai à parler d'instruction morale et de conduite d'une vie sainte, j'ai coutume de montrer d'abord la force et la qualité de la nature humaine. »
4 7Joseph Pohle, ibid., thèses de Célestius n° 1-2 : même sans pécher Adam serait mort ; le péché d'Adam n'a nui qu'à lui seul, non au genre humain.
5Joseph Pohle, ibid., thèse de Célestius n° 6 : même avant la venue du Christ, il y eut des hommes sans péché.
6Joseph Pohle, ibid. : les pélagiens réduisaient la grâce à un secours extérieur — loi, exemple, pardon — et niaient la nécessité d'un secours intérieur pour tout acte salutaire.
8Joseph Pohle, ibid. : dans son De libero arbitrio (416), Pélage admettait une illumination intérieure de l'esprit, mais seulement pour faciliter les œuvres salutaires, non pour les rendre possibles.
9Concile de Carthage (1ᵉʳ mai 418), can. 5 (Denzinger-Hünermann 105), via Joseph Pohle, ibid. : sans la grâce de Dieu, accomplir le bien n'est pas seulement plus difficile, mais absolument impossible.
10Joseph Pohle, ibid. : les six thèses relevées par Paulin de Milan contre Célestius — peut-être des extraits littéraux de son ouvrage perdu Contre la transmission du péché — et condamnées au synode de Carthage (411).
11 19Joseph Pohle, ibid. : Célestius refusa de se rétracter, alléguant que l'héritage du péché d'Adam était une question ouverte et que sa négation n'était donc pas une hérésie.
12Joseph Pohle, ibid. : Célestius fut non seulement exclu de l'ordination, mais ses six thèses furent condamnées.
13Joseph Pohle, ibid. : Pélage accordait que les enfants doivent être baptisés selon la même formule que les adultes, non pour effacer une coulpe originelle réelle, mais pour leur assurer l'entrée dans le royaume de Dieu — les non-baptisés exclus du royaume, mais non de la vie éternelle.
14Joseph Pohle, ibid. : l'argument pélagien fondamental — Dieu ne commanderait pas ce que l'homme ne peut accomplir — et son succès dans les cercles ascétiques romains.
15Saint Augustin, raisonnement repris contre les pélagiens : le commandement révèle la maladie pour conduire au médecin, il ne prouve pas la santé.
16Joseph Pohle, ibid. : Pélage jouissait à Rome d'une réputation d'austérité ; saint Augustin l'appela même homme saint (vir sanctus) ; ses maximes pratiques ambiguës lui permirent de se disculper devant les tribunaux.
17Joseph Pohle, ibid. : Célestius, juriste de noble extraction, converti à l'ascétisme, transforma en principes théoriques les maximes pratiques apprises de Pélage ; Augustin le dit bavard, obstiné et franc.
18Joseph Pohle, ibid. : après sa condamnation, Célestius partit pour Éphèse en Asie Mineure, où il fut ordonné prêtre.
20Joseph Pohle, ibid. : Julien d'Éclane, premier des dix-huit évêques italiens exilés pour refus de signer la Tractoria, prit la tête des pélagiens et accusa Augustin de vues manichéennes (damnator nuptiarum).
21Joseph Pohle, ibid. : Julien publia ses Quatre livres à Turbantius (419-420) puis ses Huit livres à Florus (après 421) ; Augustin répondit par le Contre Julien (421-422) et l'Opus imperfectum (achevé jusqu'au livre VI).
22Saint Prosper d'Aquitaine, Chronique, ad ann. 439 (P.L., LI, 598), via Joseph Pohle, ibid. : Julien, feignant le repentir, tenta de recouvrer son ancien évêché — projet que Sixte III (432-440) déjoua courageusement.
23Joseph Pohle, ibid. : les Grecs, même saint Jean Chrysostome, accentuaient la peine plus que la coulpe ; Théodore de Mopsueste alla jusqu'à nier la culpabilité originelle et le caractère pénal de la mort corporelle.
24Joseph Pohle, ibid. : Julien trouva refuge en Cilicie auprès de Théodore de Mopsueste ; la mémoire de Théodore fut condamnée avec les Trois Chapitres (Constantinople II, 553).
25Saint Augustin, De dono perseverantiae, XX, 53 (428-429) : ses paroles des Confessions — « Donne ce que Tu commandes, et commande ce que Tu veux » —, citées à Rome vers 405 en présence de Pélage, que celui-ci ne put supporter et contredit avec agitation.
26 28Saint Augustin, Confessions, X, 29 (Da quod iubes et iube quod vis).
27Joseph Pohle, ibid., d'après saint Augustin, Actes du procès de Pélage (P.L., XLIV, 319 sqq.) : à Diospolis (déc. 415), Pélage s'exonéra en affirmant exiger le secours de Dieu — n'entendant par là que la grâce de la création — et en rejetant sur Célestius les doctrines mises en cause ; le synode ne put que le renvoyer acquitté.
29Joseph Pohle, ibid. : Zosime transmit à l'Afrique tous les dossiers (rescrit du 21 mars 418), puis, reçus les actes de Carthage, adressa à tous les évêques sa Tractoria (418), exigeant la condamnation du pélagianisme — sous peine de déposition et de bannissement en cas de refus.
30Joseph Pohle, ibid. : le 1ᵉʳ mai 418, en présence de 200 évêques, le concile de Carthage marqua de nouveau le pélagianisme comme hérésie en huit (ou neuf) canons (Denzinger, Enchiridion, 10ᵉ éd., 1908, 101-108).
31Joseph Pohle, ibid., note 3 : certains manuscrits portent un neuvième canon — les enfants morts sans baptême n'accèdent à aucun lieu intermédiaire, la non-réception du baptême excluant à la fois du royaume des cieux et de la vie éternelle.
32Joseph Pohle, ibid., résumé des canons : la mort vient du péché ; les nouveau-nés sont baptisés à cause du péché originel ; la grâce justifiante aide à éviter les péchés futurs ; elle donne connaissance et force ; sans elle le bien est absolument impossible ; les saints se confessent pécheurs en vérité et disent le Pardonne-nous pour eux-mêmes.
33Joseph Pohle, ibid. : de 412 (Des mérites, De l'esprit et de la lettre) à 428 (Des hérésies, dernier chapitre) et aux derniers écrits avant sa mort (430), Augustin n'a cessé de combattre le pélagianisme puis le semi-pélagianisme.
34Saint Paul, Épître aux Romains, 5, 12 : « Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé dans tous les hommes. »
35Saint Paul, Première épître aux Corinthiens, 4, 7 : « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? »
36Évangile selon saint Jean, 15, 5 : « Sans Moi, vous ne pouvez rien faire » ; cf. saint Paul, Épître aux Philippiens, 2, 13 : « Dieu produit en vous le vouloir et le faire. »
37Saint Augustin, argument repris dans le Des mérites et de la rémission des péchés (412) : si les nouveau-nés n'avaient rien à se faire remettre, leur baptême universel serait un simulacre.
38 39Joseph Pohle, ibid. : les canons 6-8 de Carthage (418) scellent l'argument du Pardonne-nous nos offenses — les saints le rapportent à eux-mêmes et le prononcent en vérité, non par humilité.
40Joseph Pohle, ibid. : au début de 419, Augustin adressa au comte Valérien son apologie Des noces et de la concupiscence (P.L., XLIV, 413 sqq.) contre l'accusation de mépris manichéen du mariage.
41Saint Augustin, formule reprise contre Julien d'Éclane : la nature créée bonne, viciée par le péché, malade, a besoin d'un médecin.
42Catéchisme de l'Église catholique, §§ 396-409 (la chute et le péché originel) et §§ 1996-2011 (la justification et la grâce) — vatican.va.
43 44Concile de Trente, session V (1546), décret sur le péché originel : transmission par propagation et nécessité du baptême des petits enfants.
45Concile de Trente, session VI (1547), décret sur la justification, can. 1 : anathème à qui prétend que l'homme peut être justifié par ses propres œuvres, accomplies par ses forces naturelles ou par la doctrine de la loi, sans la grâce divine par Jésus-Christ.
46 47Joseph Pohle, ibid. : ce ne fut qu'au deuxième synode d'Orange (529) que le pélagianisme rendit son dernier souffle en Occident — ses décisions visant les prolongements semi-pélagiens ; voir l'article semi-pélagianisme.
48 49Joseph Pohle, ibid. : vers 429, un synode tenu probablement à Troyes dut sévir contre les pélagiens et envoya Germain d'Auxerre et Loup de Troyes en Bretagne, où l'hérésie recevait l'appui d'Agricola et de Fastidius, disciples de Pélage.
50Joseph Pohle, ibid. : saint David de Menevia participa en 519 au synode de Brefy contre les pélagiens du Pays de Galles, puis convoqua lui-même un synode contre eux comme primat de Cambrie.
51Joseph Pohle, ibid., d'après H. Zimmer et Caspari : le Commentaire sur saint Paul de Pélage resta longtemps en usage en Irlande.
52Joseph Pohle, ibid., d'après von Schubert : le Liber Praedestinatus, écrit vers 440 peut-être à Rome même, porte la marque non du semi-pélagianisme mais du pélagianisme authentique.
53Joseph Pohle, ibid., conclusion doctrinale : l'intervention d'Augustin et de l'Église donna la première impulsion au développement des dogmes du péché originel et de la grâce.
54Pape François, Gaudete et Exsultate (19 mars 2018), § 48 (vatican.va) : le pouvoir que les gnostiques attribuaient à l'intelligence, certains l'attribuèrent à la volonté humaine et à l'effort personnel — « il n'est pas question de l'homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Rm 9, 16).
55Pape François, ibid., § 49 : ceux qui épousent cette mentalité pélagienne ou semi-pélagienne, bien qu'ils parlent de la grâce de Dieu dans des discours édulcorés, « en définitive font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu'ils observent des normes déterminées ou parce qu'ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique ».
56Pape François, ibid., § 62 : « Que le Seigneur délivre l'Église des nouvelles formes de gnosticisme et de pélagianisme qui l'affublent et l'entravent sur le chemin de la sainteté ! »
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