Le mariage est, dans l'Église catholique, l'un des sept sacrements : l'alliance par laquelle un homme et une femme se donnent et se reçoivent l'un l'autre pour la vie, et que le Christ a élevée à la dignité de signe efficace de sa grâce[1]. Il n'est donc pas seulement un contrat social, ni un simple sentiment : c'est une réalité voulue par le Créateur dès le commencement (Gn 1-2), confirmée par Jésus et transfigurée par lui en image vivante de son union avec l'Église[2].
Le Code de droit canonique en donne la définition de référence : « L'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement »[3]. Cette phrase condense tout : une alliance (et non un simple contrat), entre un homme et une femme, ordonnée à deux fins inséparables (le bien des époux et la transmission de la vie), et — entre baptisés — un sacrement.
L'originalité du sacrement de mariage tient à trois traits qui le distinguent des six autres. D'abord, sa matière préexiste à la grâce : le mariage est d'abord une institution naturelle, gravée dans la nature humaine, que le Christ n'a pas créée mais assumée et élevée. Ensuite, ce ne sont pas le prêtre ou le diacre qui confèrent le sacrement, mais les époux eux-mêmes, l'un à l'autre, par leur consentement[4]. Enfin, le mariage chrétien est l'un des deux sacrements « au service de la communion et de la mission » (avec l'ordre) : il ne sanctifie pas d'abord celui qui le reçoit pour lui-même, mais le tourne vers le service d'autrui — le conjoint, les enfants, l'Église[5].
Cet article présente le mariage comme sacrement : son fondement biblique, son institution, son signe (consentement, matière, forme, ministres), ses effets, ses biens, ses propriétés d'unité et d'indissolubilité, ses conditions de validité et sa célébration liturgique. Pour le détail de l'indissolubilité et la réponse aux objections, voir Que dit l'Église sur le mariage sacramentel ? ; pour la nullité, Que dit l'Église sur l'annulation de mariage ? ; pour la situation des divorcés remariés, Un divorcé remarié peut-il communier ?.
Qu'est-ce que le sacrement de mariage ?
Le Catéchisme ouvre son exposé par une définition qui sert de boussole à tout le reste :
« L'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1601[6]
Une réalité naturelle élevée à la dignité de sacrement
Le mariage n'est pas une invention de l'Église ni une convention purement culturelle. Il appartient à ce que la théologie appelle le droit naturel : l'union stable et féconde de l'homme et de la femme se retrouve, sous des formes diverses, dans toutes les civilisations, parce qu'elle est inscrite dans la nature même de la personne créée « homme et femme » (Gn 1, 27)[7]. Le concile Vatican II la décrit comme une « communauté intime de vie et d'amour conjugal », fondée par le Créateur et régie par ses lois, qui s'établit par le consentement personnel irrévocable des époux[8].
Le Christ n'a donc pas créé le mariage : il l'a trouvé blessé par le péché et l'a restauré dans sa pureté première, puis élevé à la dignité de sacrement de la Nouvelle Alliance. C'est pourquoi le mariage des baptisés est à la fois pleinement humain — un lien d'amour, d'engagement et de fécondité — et pleinement surnaturel : un canal de la grâce du Christ[9].
Mariage naturel et mariage sacramentel
La distinction est capitale et souvent ignorée. Entre deux personnes non baptisées, ou entre un baptisé et un non-baptisé, il existe un vrai mariage naturel, valide et obligatoire devant Dieu. Mais le mariage-sacrement au sens strict n'existe qu'entre deux baptisés : pour eux, l'Église enseigne qu'il y a identité entre le contrat et le sacrement, c'est-à-dire qu'un mariage validement contracté entre deux baptisés est, par le fait même, un sacrement — il n'y a pas de mariage purement « civil » qui serait sacramentalisé ensuite par une bénédiction[10]. Léon XIII l'a affirmé contre les partisans du mariage purement civil :
« Il ne peut exister entre chrétiens de vrai mariage qui ne soit par le fait même un sacrement. » — Léon XIII, encyclique Arcanum Divinae Sapientiae, 10 février 1880[11]
Sa place parmi les sept sacrements
Le mariage est rangé, dans la théologie classique, parmi les sacrements au service de la communion : il ne vise pas d'abord le salut personnel de celui qui le reçoit, mais l'édification du Peuple de Dieu par le don de soi au conjoint et aux enfants[12]. Comme le baptême et la confirmation, il suppose la foi et l'état de grâce pour être reçu fructueusement ; mais, à la différence de l'Eucharistie ou de la confession qui se reçoivent plusieurs fois, son lien est perpétuel : il ne peut être contracté à nouveau tant que le conjoint est en vie (le veuvage, lui, rend un nouveau mariage possible). Sa validité, comme celle de tout sacrement, dépend d'une matière, d'une forme, d'un ministre et de l'intention requise — quatre éléments traités par les articles voisins La validité des sacrements, La matière et la forme, Le ministre et L'intention du ministre.
Le mariage dans l'Écriture : du jardin aux noces de l'Agneau
La doctrine catholique du mariage ne repose pas sur un verset isolé, mais sur une trame biblique continue, qui va de la création au Royaume. L'Écriture présente l'union de l'homme et de la femme comme le premier don de Dieu et comme l'image privilégiée de son alliance avec son peuple.
Au commencement : l'institution dans la création
Les deux premiers chapitres de la Genèse fondent toute la théologie du mariage. Dieu crée l'homme « à son image […] homme et femme il les créa » (Gn 1, 27) et leur confie la fécondité : « Soyez féconds, multipliez-vous » (Gn 1, 28)[13]. Le second récit insiste sur la complémentarité et l'unité :
« C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et il s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. » — Genèse 2, 24[14]
Cette « une seule chair » est la clé de toute la suite : elle dit l'unité indissoluble du couple, antérieure au péché, voulue par le Créateur lui-même. Le Catéchisme y voit le fondement de l'unité et de l'indissolubilité du mariage[15].
Le Christ rétablit le dessein originel
Interrogé sur la répudiation que Moïse avait tolérée, Jésus renvoie précisément à ce dessein des origines. Le Catéchisme résume :
« Dans sa prédication, Jésus a enseigné sans équivoque le sens originel de l'union de l'homme et de la femme, telle que le Créateur l'a voulue au commencement. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1614[16]
À ceux qui invoquent Moïse, le Christ oppose l'intention divine première et en tire la conséquence :
« Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. » — Jésus, selon Matthieu 19, 6[17]
La tolérance mosaïque de la répudiation était une concession « à cause de la dureté de vos cœurs » ; « mais au commencement, il n'en était pas ainsi » (Mt 19, 8). Jésus restaure donc l'indissolubilité originelle, que développera l'article Que dit l'Église sur le mariage sacramentel ?.
Les noces de Cana : le premier signe
Ce n'est pas un hasard si le premier miracle public de Jésus, « le commencement des signes », a lieu à un repas de noces (Jn 2, 1-11)[18]. La tradition de l'Église y a toujours vu une confirmation de la bonté du mariage et l'annonce de sa transformation : à Cana, l'eau changée en vin préfigure la grâce nouvelle dont le Christ va combler l'union des époux[19]. Saint Jean place ce signe au seuil de tout l'Évangile, comme pour dire que l'œuvre du Christ s'ouvre sur des noces et s'achèvera sur les « noces de l'Agneau » (Ap 19, 9).
Le grand mystère : le Christ et l'Église
C'est saint Paul qui révèle le sens le plus profond du mariage chrétien. En reprenant Gn 2, 24, il y lit l'image de l'union du Christ et de l'Église :
« "Voilà pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un." Ce mystère est grand : je le dis par rapport au Christ et à l'Église. » — Saint Paul, Lettre aux Éphésiens 5, 31-32[20]
Le mariage devient ainsi un signe sacré : l'amour fidèle, total et fécond des époux rend visible l'amour avec lequel le Christ s'est livré pour son Église. Le Catéchisme tire de là la dignité propre du sacrement : « Toute la vie chrétienne porte la marque de l'amour sponsal du Christ et de l'Église »[21]. C'est pourquoi l'infidélité, le divorce ou le refus de la fécondité ne sont pas seulement des manquements humains : ils défigurent un signe de l'Alliance.
L'enseignement de saint Paul sur la fidélité
Aux Corinthiens, Paul transmet, non comme une opinion mais comme un précepte du Seigneur, l'interdiction de rompre le lien :
« À ceux qui sont mariés, je prescris, non pas moi, mais le Seigneur : que la femme ne se sépare pas de son mari […] et que le mari ne répudie pas sa femme. » — Saint Paul, Première lettre aux Corinthiens 7, 10-11[22]
Paul reconnaît aussi la valeur du mariage comme chemin de sainteté, distinct mais non inférieur en dignité au célibat consacré : chacun reçoit « son propre don » (1 Co 7, 7). Le mariage et le célibat ne s'opposent donc pas — ils sont deux vocations complémentaires, comme le détaille Comment discerner sa vocation ?.
L'institution du sacrement : de la création à la Nouvelle Alliance
Si le mariage existe dès la création, sa dignité sacramentelle a été reconnue et définie progressivement par l'Église, à mesure que la réflexion théologique mûrissait et que des objections — gnostiques, cathares, puis protestantes — la contraignaient à préciser sa foi.
L'enseignement des Pères et la théologie médiévale
Dès les premiers siècles, les Pères défendent la bonté du mariage contre les courants qui méprisaient le corps et la procréation (gnostiques, manichéens, encratistes). Saint Augustin (354-430) forge la doctrine décisive des trois biens du mariage — la descendance, la fidélité et le caractère sacré du lien — qui structurera toute la théologie occidentale[23]. Au XIIᵉ et XIIIᵉ siècle, Pierre Lombard puis saint Thomas d'Aquin intègrent fermement le mariage dans la liste des sept sacrements, en analysant son signe, sa matière et sa forme[24]. Contre les Cathares, qui condamnaient le mariage comme une œuvre mauvaise, le concile de Vérone (1184) et le IVᵉ concile du Latran (1215) en réaffirment la sainteté.
Florence et Trente : les définitions dogmatiques
Le concile de Florence, dans le Décret pour les Arméniens (1439), énumère officiellement le mariage parmi les sept sacrements et reprend la doctrine augustinienne des trois biens, en précisant que la cause efficiente du mariage est ordinairement le consentement mutuel exprimé par des paroles de présent[25].
Face aux réformateurs protestants — qui niaient la sacramentalité du mariage et admettaient le divorce —, le concile de Trente tranche solennellement lors de sa session XXIV (11 novembre 1563). Son premier canon définit comme dogme que le mariage est « vraiment et proprement l'un des sept sacrements de la Loi évangélique, institué par le Christ Seigneur », frappant d'anathème quiconque le nie[26]. Son septième canon définit l'indissolubilité : le lien n'est rompu ni par l'adultère, ni par aucune autre cause, et l'Église ne se trompe pas en l'enseignant[27]. Le même concile, par le décret Tametsi, impose pour la première fois une forme canonique obligatoire (échange des consentements devant le curé et deux témoins) pour mettre fin aux mariages clandestins[28].
- vers 397-401Saint Augustin — les trois biens
Dans De bono coniugali et De Genesi ad litteram, Augustin défend la bonté du mariage contre les manichéens et formule la doctrine des trois biens : proles, fides, sacramentum.
- vers 1150-1273La théologie scolastique
Pierre Lombard (Sentences, vers 1150) puis saint Thomas d'Aquin fixent le mariage dans la liste des sept sacrements et en analysent matière, forme et effets.
- 1184 et 1215Contre les Cathares
Le concile de Vérone puis le IVᵉ concile du Latran réaffirment la sainteté du mariage face au dualisme cathare qui le condamnait.
- 1439Concile de Florence
Le Décret pour les Arméniens compte officiellement le mariage parmi les sept sacrements et reprend les trois biens augustiniens.
- 11 novembre 1563Concile de Trente, session XXIV
Définition dogmatique de la sacramentalité (can. 1) et de l'indissolubilité (can. 7) ; le décret Tametsi impose la forme canonique.
- 10 février 1880Léon XIII — Arcanum
Contre le mariage civil, Léon XIII réaffirme qu'entre chrétiens contrat et sacrement sont inséparables.
- 31 décembre 1930Pie XI — Casti Connubii
Synthèse moderne de la doctrine ; condamnation de la contraception et réaffirmation des trois biens.
- 7 décembre 1965Vatican II — Gaudium et Spes 47-52
Le mariage présenté comme « communauté intime de vie et d'amour conjugal » ; approfondissement personnaliste sans rupture doctrinale.
- 22 novembre 1981Jean-Paul II — Familiaris Consortio
Grande exhortation sur la famille ; articulation de la fidélité doctrinale et de la sollicitude pastorale.
- 25 janvier 1983Code de droit canonique
Les canons 1055-1165 organisent tout le droit du mariage à partir de la définition du can. 1055.
Le signe sacramentel : consentement, matière, forme et ministres
Tout sacrement est un signe sensible institué par le Christ pour signifier et produire la grâce. Pour le mariage, ce signe présente une structure particulière qui le distingue des six autres et qui en fait un cas d'école pour la théologie de la matière et de la forme.
Le consentement, cœur du sacrement
Ce qui « fait » le mariage, ce n'est ni la consommation, ni la bénédiction, ni la fête : c'est le consentement des époux, c'est-à-dire l'acte de la volonté par lequel « l'homme et la femme se donnent et se reçoivent mutuellement »[29]. Le Code est formel :
« C'est le consentement des parties légitimement manifesté entre personnes juridiquement capables qui fait le mariage ; ce consentement ne peut être suppléé par aucune puissance humaine. » — Code de droit canonique (1983), canon 1057 § 1[30]
De là découle une conséquence immense : un mariage est valide ou nul selon la qualité du consentement donné le jour des noces. C'est pourquoi les procédures de nullité examinent toujours, non pas l'échec ultérieur du couple, mais l'existence d'un vrai consentement à l'origine.
Qui sont les ministres du sacrement ?
C'est ici que le mariage est unique. Dans la tradition latine, les ministres ne sont pas le prêtre ou le diacre, mais les époux eux-mêmes :
« Selon la tradition latine, ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du Christ, se confèrent mutuellement le sacrement du Mariage en exprimant devant l'Église leur consentement. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1623[31]
Le prêtre ou le diacre n'« administre » donc pas le sacrement au sens propre : il reçoit le consentement des époux au nom de l'Église et donne la bénédiction. Il est le témoin qualifié dont la présence garantit la validité de la forme canonique. Cette particularité éclaire les articles voisins Le ministre ordinaire et extraordinaire et L'intention du ministre : dans le mariage, l'intention de « faire ce que fait l'Église » est requise des époux eux-mêmes. La tradition orientale présente les choses autrement : elle voit dans le prêtre, par la prière de couronnement (stephanôsis), le ministre qui bénit et scelle l'union — sans pour autant nier le rôle du consentement.
Matière et forme du mariage
Comment appliquer au mariage la grille classique « matière et forme » ? La théologie a longuement débattu, et la réponse la plus communément admise est élégante : le consentement est à la fois matière et forme du sacrement. Plus précisément, la matière est le don mutuel que les époux font d'eux-mêmes (la remise réciproque des droits sur leur personne en vue de la communauté conjugale), et la forme est l'acceptation mutuelle de ce don, exprimée par les paroles ou les signes du consentement[32]. Les paroles « Je te reçois pour épouse / pour époux » portent ainsi à la fois la matière (ce qui est donné) et la forme (l'acceptation qui la spécifie). Pour les baptisés, ce signe humain est, par institution du Christ, le véhicule de la grâce sacramentelle.
La forme canonique : devant qui se marie-t-on ?
Depuis le décret Tametsi de Trente (1563), confirmé par le Code de 1983, les catholiques sont tenus à une forme canonique : pour être valide, leur mariage doit normalement être célébré « devant l'Ordinaire du lieu ou le curé, ou un prêtre ou un diacre délégué par l'un d'eux, ainsi que devant deux témoins »[33]. Cette exigence n'est pas une formalité bureaucratique : elle protège le caractère public et ecclésial du mariage, évite les unions clandestines et garantit que le consentement a bien été échangé. Un catholique qui se marie sans cette forme, et sans dispense, contracte un mariage invalide — point essentiel pour comprendre certaines déclarations de nullité pour « défaut de forme ».
Les effets du sacrement : le lien et la grâce
Comme tout sacrement, le mariage produit ce qu'il signifie. Ses effets sont de deux ordres : un lien objectif et une grâce intérieure.
Le lien matrimonial
Du consentement valide naît aussitôt une réalité qui ne dépend plus de la volonté des époux :
« Du mariage valide naît entre les conjoints un lien de par sa nature perpétuel et exclusif ; de plus, dans le mariage chrétien, les époux sont fortifiés et comme consacrés par un sacrement spécial. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1638[34]
Ce lien est scellé par Dieu lui-même : « Le consentement par lequel les époux se donnent et s'accueillent mutuellement est scellé par Dieu lui-même », de sorte que « le mariage conclu et consommé entre baptisés ne peut jamais être dissous »[35]. Le droit en tire la norme la plus dense de toute la législation de l'Église :
« Le mariage conclu et consommé ne peut être dissous par aucune puissance humaine ni pour aucune cause, sauf la mort. » — Code de droit canonique (1983), canon 1141[36]
C'est ce lien — et non l'état affectif du couple — qui demeure même lorsque la vie commune devient impossible. L'Église peut alors admettre une séparation des corps, mais le lien subsiste[37].
La grâce propre du sacrement
Le mariage n'est pas qu'un statut juridique : il donne une grâce spécifique, ajustée à la vie des époux.
« Cette grâce propre du sacrement du Mariage est destinée à perfectionner l'amour des conjoints, à fortifier leur unité indissoluble. Par cette grâce, "ils s'aident mutuellement à se sanctifier dans la vie conjugale". » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1641[38]
La source de cette grâce est le Christ lui-même : « Le Christ est la source de cette grâce », lui qui « demeure avec eux » et leur donne « de se suivre à sa suite, de se charger de leur croix »[39]. Concrètement, cette grâce soutient la fidélité dans la durée, féconde la patience et le pardon mutuels, et fait du foyer une « Église domestique »[40]. Le sacrement de mariage n'est donc pas reçu seulement le jour des noces : c'est une grâce permanente, dans laquelle les époux puisent chaque jour.
Les biens et les fins du mariage
Pour décrire ce à quoi le mariage est ordonné, l'Église a hérité de saint Augustin une triple analyse — les biens — et formule en termes modernes les fins de l'union.
Les trois biens selon saint Augustin
Augustin résume la bonté du mariage en trois mots, repris par tout l'enseignement postérieur et solennellement cités par Pie XI :
« Voilà tous les biens qui font que le mariage est bon : les enfants, la foi conjugale, le sacrement. » — Saint Augustin, cité par Pie XI, encyclique Casti Connubii, 31 décembre 1930[41]
Le tableau suivant en précise le sens. Il se lit ainsi : chaque « bien » désigne à la fois une valeur que le mariage protège et un devoir qu'il engage.
| Bien augustinien | Terme latin | Ce qu'il désigne |
|---|---|---|
| Les enfants | proles | L'ouverture à la procréation et à l'éducation des enfants ; la fécondité du couple |
| La foi conjugale | fides | La fidélité exclusive et la chasteté mutuelle des époux |
| Le sacrement | sacramentum | L'indissolubilité du lien, signe stable de l'union du Christ et de l'Église |
Lecture du tableau : ces trois biens ne sont pas des conditions extérieures, mais les dimensions internes de tout vrai mariage. Les exclure positivement par un acte de volonté au moment du consentement rend le mariage nul — par exemple en refusant d'emblée toute fidélité, toute fécondité, ou en se réservant le droit de divorcer.
Les deux fins inséparables
Le langage contemporain, repris par le Code et par Vatican II, parle de deux fins ordonnées l'une à l'autre : le bien des conjoints (bonum coniugum) et la génération et l'éducation des enfants[42]. Longtemps présentées de manière hiérarchique (fin « primaire » et fin « secondaire »), elles sont aujourd'hui affirmées comme inséparables : l'amour des époux est ordonné à la vie, et la transmission de la vie s'épanouit dans l'amour. C'est cette unité que protège l'enseignement de l'Église sur la régulation des naissances, développé dans Que dit l'Église sur la contraception ? : on ne peut séparer volontairement les deux significations de l'acte conjugal, unitive et procréatrice, sans blesser le mariage lui-même.
Les propriétés essentielles : unité et indissolubilité
Le canon 1056 énonce : « Les propriétés essentielles du mariage sont l'unité et l'indissolubilité ; dans le mariage chrétien, elles acquièrent une solidité particulière en raison du sacrement »[43]. Ces deux propriétés ne sont pas des idéaux facultatifs : elles appartiennent à l'essence du mariage, et leur exclusion volontaire le rend nul.
L'unité : un seul homme, une seule femme
L'unité exclut la polygamie. Parce que le mariage rend les deux époux « une seule chair » (Gn 2, 24) et qu'il signifie l'union du Christ avec l'unique Église, il ne peut unir qu'un seul homme et une seule femme[44]. L'Ancien Testament tolérait la polygamie des patriarches ; mais, comme la répudiation, c'était une concession à la dureté des cœurs, et « au commencement il n'en était pas ainsi ». Le Christ rétablit la monogamie originelle comme norme absolue.
L'indissolubilité : ce que Dieu a uni
L'indissolubilité signifie que le lien matrimonial dure jusqu'à la mort : aucun pouvoir humain ne peut le rompre. Elle découle directement de la parole du Christ (« que l'homme ne sépare pas », Mt 19, 6) et a été définie comme dogme par le canon 7 de Trente[45]. L'argumentation complète, les objections et la pastorale des situations douloureuses sont déployées dans l'article dédié Que dit l'Église sur le mariage sacramentel ? et, pour les divorcés remariés, dans Un divorcé remarié peut-il communier ?.
Le mariage « ratifié et consommé » : une indissolubilité absolue
Le droit distingue des degrés d'indissolubilité selon que le mariage est seulement ratifié (ratum : conclu validement entre baptisés mais non consommé) ou ratifié et consommé (ratum et consummatum). Un mariage seulement ratifié peut, dans des cas rares, être dissous par le Pape (dispense super rato) ou par la profession religieuse solennelle. Mais un mariage sacramentel valide et consommé est absolument indissoluble : « aucune puissance humaine ni aucune cause, sauf la mort » ne peut le défaire (can. 1141)[46]. C'est le sommet de l'indissolubilité, parce qu'il réalise pleinement l'image de l'union irrévocable du Christ et de l'Église.
Conditions de validité : consentement, capacité et forme
Pour qu'un mariage soit valide, trois conditions doivent être réunies : un consentement véritable, la capacité des contractants (absence d'empêchement), et le respect de la forme canonique. Le défaut de l'un des trois rend le mariage nul — c'est-à-dire inexistant dès l'origine, ce qui est l'objet d'une déclaration de nullité.
Un consentement libre et éclairé
Le consentement doit être libre (sans contrainte ni crainte grave), éclairé (sans erreur sur la personne ou sur une qualité essentielle), et complet (sans exclusion d'une propriété ou d'un bien essentiel du mariage). Sont nuls, par exemple : le mariage extorqué par la peur, celui où l'un des époux exclut d'emblée la fidélité ou la fécondité (« simulation »), ou celui contracté par une personne incapable d'assumer les obligations essentielles pour une cause psychique grave[47]. Le consentement est un acte personnel et actuel : on ne peut se marier ni par procuration sans mandat spécial, ni « pour voir ».
Les empêchements dirimants
Le Code énumère douze empêchements dirimants qui rendent une personne incapable de contracter validement, tant qu'une dispense n'est pas accordée. Le tableau ci-dessous les présente : il faut le lire comme la liste des situations où, même avec un consentement parfait, le mariage serait nul.
| Empêchement | Canon | En clair |
|---|---|---|
| Âge insuffisant | 1083 | Avant 16 ans (homme) ou 14 ans (femme) accomplis |
| Impuissance antérieure et perpétuelle | 1084 | Incapacité d'accomplir l'acte conjugal |
| Lien antérieur | 1085 | Être déjà lié par un mariage valide |
| Disparité de culte | 1086 | Entre un catholique et un non-baptisé (dispensable) |
| Ordre sacré | 1087 | Avoir reçu le diaconat ou la prêtrise |
| Vœu public perpétuel de chasteté | 1088 | Religieux profès |
| Rapt | 1089 | Femme enlevée en vue du mariage |
| Crime | 1090 | Meurtre du conjoint en vue d'épouser l'autre |
| Consanguinité | 1091 | Parenté proche en ligne directe ou collatérale |
| Affinité | 1092 | Alliance en ligne directe |
| Honnêteté publique | 1093 | Issue d'un concubinage ou d'un mariage invalide |
| Parenté légale (adoption) | 1094 | Liens créés par l'adoption |
Plusieurs de ces empêchements (disparité de culte, consanguinité collatérale éloignée, âge…) sont dispensables par l'autorité compétente ; d'autres, comme le lien antérieur, ne le sont jamais tant que le premier lien subsiste.
Quand le mariage est-il nul ?
Une déclaration de nullité n'est pas un « divorce catholique ». Elle constate qu'en raison d'un défaut de consentement, d'un empêchement ou d'un vice de forme, il n'y a jamais eu de mariage sacramentel valide, malgré les apparences. Toute la procédure, ses motifs et les réformes du pape François en 2015 sont exposés dans Que dit l'Église sur l'annulation de mariage ?.
Le mariage avec un non-baptisé et les unions mixtes
Tous les mariages ne mettent pas en présence deux baptisés. L'Église a élaboré un droit nuancé pour les unions impliquant un non-chrétien ou un chrétien non catholique.
Mariages mixtes et disparité de culte
On appelle mariage mixte l'union d'un catholique avec un baptisé non catholique (orthodoxe, protestant), et disparité de culte l'union d'un catholique avec un non-baptisé. Le premier requiert une permission, la seconde une dispense de l'empêchement (can. 1086) : dans les deux cas, le conjoint catholique doit promettre de garder sa foi et de faire son possible pour que les enfants soient baptisés et élevés dans l'Église catholique[48]. Le mariage entre un catholique et un non-baptisé, validement dispensé, est un vrai mariage naturel, mais non un sacrement, faute du baptême des deux parties.
Le privilège paulin et le privilège pétrinien
Pour protéger la foi du conjoint converti, l'Église connaît deux dissolutions exceptionnelles d'un mariage non sacramentel. Le privilège paulin (fondé sur 1 Co 7, 12-15) permet de dissoudre le mariage de deux non-baptisés lorsque l'un se convertit et reçoit le baptême, si l'autre refuse la vie commune pacifique[49]. Le privilège pétrinien (ou « privilège de la foi ») désigne la dissolution, accordée par le Pape, d'un mariage entre un baptisé et un non-baptisé, en faveur de la foi. Ces dispositions ne contredisent pas l'indissolubilité : elles ne touchent jamais un mariage sacramentel consommé, qui demeure absolument indissoluble.
La célébration liturgique du mariage
Le mariage des chrétiens, parce qu'il est un acte de culte et un signe public, se célèbre dans la liturgie de l'Église.
Le rite latin
Dans l'Église latine, le mariage est ordinairement célébré au cours de la messe, en raison du lien entre tout sacrement et le mystère pascal du Christ[50]. Le cœur du rite est l'échange des consentements, reçu par le prêtre ou le diacre au nom de l'Église, suivi de la bénédiction nuptiale et de la remise des alliances, signe de fidélité. La célébration eucharistique qui l'entoure manifeste que les époux scellent leur don dans le don que le Christ fait de lui-même.
La tradition orientale et le couronnement
Les Églises orientales catholiques célèbrent le mariage par le rite du couronnement (stephanôsis) : les époux reçoivent sur la tête des couronnes, signe de la grâce de l'Esprit Saint et de la dignité royale de leur union, « comme des martyrs » appelés à un amour qui se donne[51]. Cette diversité de rites exprime une même foi : c'est toujours le Christ qui, par l'Esprit, scelle l'alliance des époux.
Vivre le sacrement : défis et grandeur
Le mariage chrétien est aujourd'hui contesté de l'extérieur et fragilisé de l'intérieur. L'Église ne répond pas par le découragement, mais en rappelant la grandeur du sacrement et la grâce qui l'accompagne.
Mariage et ouverture à la vie
Parce que la fécondité (proles) est un bien essentiel, l'Église enseigne que les époux ne peuvent séparer volontairement les deux significations de l'acte conjugal, l'union et la procréation. Cela fonde son enseignement sur la régulation naturelle des naissances et son refus de la contraception artificielle (voir Que dit l'Église sur la contraception ?) comme de la fécondation in vitro, qui dissocie la procréation de l'union des époux. Ce n'est pas un mépris du désir d'enfant, mais une défense de la logique du don qui structure le mariage.
Le divorce et les nouvelles unions
Le divorce civil ne rompt pas le lien sacramentel : aux yeux de l'Église, l'époux validement marié reste lié. Cela explique la situation, souvent douloureuse, des divorcés remariés, à qui l'Église offre un chemin d'accompagnement détaillé dans Un divorcé remarié peut-il communier ?. Loin d'être une condamnation, cette discipline est le revers d'une bonne nouvelle : le lien que Dieu a noué est plus solide que les défaillances humaines.
Le « mariage » entre personnes de même sexe
Parce que le mariage est par nature l'union d'un homme et d'une femme (can. 1055) ordonnée à la fécondité, l'Église ne peut reconnaître comme mariage une union entre deux personnes du même sexe : il ne s'agit pas d'un jugement sur les personnes, mais de la nature objective de l'institution telle que le Créateur l'a voulue. Cette question, qui touche aussi le respect dû à toute personne, est traitée plus largement dans L'Église est-elle homophobe ?.
Une vocation à la sainteté
Le sacrement de mariage est, comme le rappelle Vatican II, un véritable chemin de sainteté : les époux « s'aident mutuellement à se sanctifier » (CEC 1641) et deviennent, par leur amour fidèle et fécond, un signe vivant de l'Évangile. Le foyer est appelé à être une « Église domestique », premier lieu où la foi se transmet et où la charité s'apprend[52]. La grâce du sacrement, reçue une fois mais agissante toujours, est la force qui rend possible ce qui dépasse les seules ressources humaines : aimer « comme le Christ a aimé l'Église » (Ep 5, 25).
Ce qu'il faut retenir
- Le mariage est l'un des sept sacrements : une réalité naturelle, voulue par le Créateur, que le Christ a restaurée et élevée à la dignité de signe efficace de la grâce[53].
- Entre deux baptisés, contrat et sacrement sont inséparables : tout vrai mariage chrétien est, par le fait même, un sacrement[54].
- Ce qui fait le mariage, c'est le consentement des époux ; ils en sont, dans la tradition latine, les ministres, le prêtre ou le diacre étant témoin qualifié de l'Église[55].
- Le sacrement produit un lien perpétuel et exclusif scellé par Dieu, et une grâce propre qui perfectionne l'amour des époux et les sanctifie[56][57].
- Ses biens (les enfants, la fidélité, le caractère sacré) et ses propriétés (unité et indissolubilité) appartiennent à son essence ; les exclure volontairement rend le mariage nul.
- Un mariage sacramentel, valide et consommé est absolument indissoluble : aucune puissance humaine ne peut le rompre[58].
Pour aller plus loin
- Que dit l'Église sur le mariage sacramentel ? — pourquoi le mariage chrétien est indissoluble.
- Que dit l'Église sur l'annulation de mariage ? — la déclaration de nullité, ses motifs et sa procédure.
- Un divorcé remarié peut-il communier ? — la discipline eucharistique et les chemins offerts.
- Comment discerner sa vocation ? — mariage, sacerdoce, vie consacrée.
- Que dit l'Église sur la contraception ? — l'ouverture à la vie et la régulation des naissances.
- Le baptême · L'Eucharistie · L'ordre — les autres sacrements.
- Le Code de droit canonique de 1983 — le droit du mariage (canons 1055-1165).
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 1601 : « L'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement. » Texte sur vatican.va.
1 6 53Saint Paul, Lettre aux Éphésiens 5, 25-32 : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église et s'est livré pour elle […]. Ce mystère est grand : je le dis par rapport au Christ et à l'Église. » Traduction Bible de Jérusalem. Fondement scripturaire du mariage comme signe de l'union du Christ et de l'Église.
2 20Code de droit canonique (1983), canon 1055 § 1 : définition canonique du mariage comme alliance entre un homme et une femme ordonnée au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, élevée entre baptisés à la dignité de sacrement ; § 2 : entre baptisés, il ne peut y avoir de contrat matrimonial valide qui ne soit par le fait même un sacrement.
3 42Catéchisme de l'Église catholique, § 1623 : « Selon la tradition latine, ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du Christ, se confèrent mutuellement le sacrement du Mariage en exprimant devant l'Église leur consentement. » Texte sur vatican.va.
4 31 55Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1533-1535 : l'ordre et le mariage sont « deux sacrements au service de la communion », ordonnés au salut d'autrui et à l'édification du Peuple de Dieu.
5 12Genèse 1, 27-28 : « Dieu créa l'homme à son image […] homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre. » Traduction Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf.
7 13Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, § 48 : le mariage y est décrit comme une « communauté intime de vie et d'amour conjugal, fondée par le Créateur et structurée par ses lois », qui s'établit par le consentement personnel irrévocable des époux. Texte sur vatican.va.
8Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1659-1660 : le mariage, institution du Créateur, a été élevé par le Christ à la dignité de sacrement entre baptisés ; il signifie l'union du Christ et de l'Église.
9Léon XIII, encyclique Arcanum Divinae Sapientiae, 10 février 1880, sur le mariage chrétien : entre chrétiens, il ne peut exister de vrai mariage qui ne soit par le fait même un sacrement ; condamnation du « mariage civil » conçu comme indépendant du sacrement. Cf. Casti Connubii (1930), qui la reprend.
10 11 54Genèse 2, 24 : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. » Traduction Bible de Jérusalem. Verset repris par le Christ (Mt 19, 5) et par saint Paul (Ep 5, 31).
14Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1602-1605 : l'Écriture s'ouvre (Gn 1-2) et s'achève (Ap 19 ; 21) sur le thème nuptial ; « les deux ne feront plus qu'une seule chair » fonde l'unité et l'indissolubilité.
15Catéchisme de l'Église catholique, § 1614 : « Dans sa prédication, Jésus a enseigné sans équivoque le sens originel de l'union de l'homme et de la femme, telle que le Créateur l'a voulue au commencement […]. » Texte sur vatican.va.
16Évangile selon saint Matthieu 19, 4-8 : « N'avez-vous pas lu que le Créateur, dès l'origine, les fit homme et femme […] ? Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. […] Moïse, en raison de la dureté de vos cœurs, vous a permis de répudier vos femmes ; mais au commencement il n'en était pas ainsi. » Traduction Bible de Jérusalem. Cf. Mc 10, 2-12.
17Évangile selon saint Jean 2, 1-11 : les noces de Cana, « le commencement des signes » de Jésus. La tradition (cf. CEC 1613) y voit la confirmation de la bonté du mariage et l'annonce de son élévation sacramentelle.
18Catéchisme de l'Église catholique, § 1613 : « Sur le seuil de sa vie publique, Jésus accomplit son premier signe — à la demande de sa Mère — lors d'un repas de noces. L'Église attache une grande importance à la présence de Jésus aux noces de Cana. Elle y voit la confirmation que le mariage est une chose bonne, et l'annonce que désormais le mariage sera un signe efficace de la présence du Christ. »
19Catéchisme de l'Église catholique, § 1617 : « Toute la vie chrétienne porte la marque de l'amour sponsal du Christ et de l'Église. […] Le mariage des baptisés devient ainsi le symbole réel de la nouvelle et éternelle Alliance scellée dans le sang du Christ. » Texte sur vatican.va.
21Saint Paul, Première lettre aux Corinthiens 7, 10-11 : « À ceux qui sont mariés, je prescris, non pas moi, mais le Seigneur : que la femme ne se sépare pas de son mari — au cas où elle s'en séparerait, qu'elle reste sans se remarier ou qu'elle se réconcilie avec son mari — et que le mari ne répudie pas sa femme. » Traduction Bible de Jérusalem. Cf. 1 Co 7, 7 sur le mariage et le célibat comme dons distincts.
22Saint Augustin, De bono coniugali (vers 401) et De Genesi ad litteram, IX : exposé classique des trois biens du mariage (proles, fides, sacramentum), écrit contre les manichéens et les courants qui méprisaient la procréation. Repris par saint Thomas et par tout l'enseignement magistériel ultérieur.
23Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Supplément (compilé d'après le commentaire des Sentences), questions 42-49, sur le mariage comme sacrement : analyse du consentement comme cause efficiente, et de la matière et de la forme du sacrement (le don et l'acceptation mutuels exprimés par les paroles de présent).
24 32Concile de Florence, Décret pour les Arméniens (Bulle Exsultate Deo, 22 novembre 1439), Denzinger-Schönmetzer 1327 : énumération des sept sacrements, dont le mariage ; reprise des trois biens augustiniens ; la cause efficiente du mariage est ordinairement le consentement mutuel exprimé par des paroles de présent.
25Concile de Trente, session XXIV (11 novembre 1563), Canons sur le sacrement de mariage, canon 1 (Denzinger-Schönmetzer 1801) : définition dogmatique que le mariage est vraiment et proprement l'un des sept sacrements de la Loi évangélique, institué par le Christ ; anathème contre quiconque le nie.
26Concile de Trente, session XXIV (11 novembre 1563), canon 7 (Denzinger-Schönmetzer 1807) : définition dogmatique de l'indissolubilité ; le lien n'est rompu ni par l'adultère ni par aucune autre cause, et l'Église ne se trompe pas en l'enseignant, conformément à Mt 5, 32 ; Mt 19, 9 ; Mc 10, 11-12 ; Lc 16, 18 ; 1 Co 7, 11.
27 45Concile de Trente, session XXIV (11 novembre 1563), décret de réforme Tametsi (chap. 1, De reformatione matrimonii) : pour mettre fin aux mariages clandestins, le concile impose pour la première fois une forme canonique obligatoire — échange des consentements devant le curé propre et deux ou trois témoins. Discipline reprise et précisée par le Code de 1983 (can. 1108).
28Code de droit canonique (1983), canon 1057 § 1 : « C'est le consentement des parties légitimement manifesté entre personnes juridiquement capables qui fait le mariage ; ce consentement ne peut être suppléé par aucune puissance humaine. » § 2 : le consentement est l'acte de la volonté par lequel l'homme et la femme se donnent et se reçoivent mutuellement.
29 30Code de droit canonique (1983), canon 1108 § 1 : ne sont valides que les mariages contractés devant l'Ordinaire du lieu ou le curé, ou un prêtre ou un diacre délégué par l'un d'eux, ainsi que devant deux témoins. C'est la « forme canonique » obligatoire, héritée de Tametsi.
33Catéchisme de l'Église catholique, § 1638 : « Du mariage valide naît entre les conjoints un lien de par sa nature perpétuel et exclusif ; de plus, dans le mariage chrétien, les époux sont fortifiés et comme consacrés par un sacrement spécial pour les devoirs et la dignité de leur état. » Texte sur vatican.va.
34 56Catéchisme de l'Église catholique, § 1639 : « Le consentement par lequel les époux se donnent et s'accueillent mutuellement est scellé par Dieu lui-même. […] De leur alliance "naît, même devant la société, une institution stable, de par l'ordre divin". »
35Code de droit canonique (1983), canon 1141 : « Le mariage conclu et consommé ne peut être dissous par aucune puissance humaine ni pour aucune cause, sauf la mort. » Norme de l'indissolubilité absolue du mariage ratum et consummatum.
36 46 58Catéchisme de l'Église catholique, § 1649 : l'Église admet, pour des causes graves, la séparation physique des époux (séparation de corps), mais le lien du mariage demeure indissoluble (cf. Code de droit canonique, can. 1151-1155).
37Catéchisme de l'Église catholique, § 1641 : « Cette grâce propre du sacrement du Mariage est destinée à perfectionner l'amour des conjoints, à fortifier leur unité indissoluble. Par cette grâce, ils s'aident mutuellement à se sanctifier dans la vie conjugale et dans l'accueil et l'éducation des enfants. » Texte sur vatican.va.
38 57Catéchisme de l'Église catholique, § 1642 : « Le Christ est la source de cette grâce. […] Il demeure avec eux, il leur donne la force de le suivre en prenant leur croix, de se relever après leurs chutes, de se pardonner mutuellement, de porter les uns les fardeaux des autres. »
39Catéchisme de l'Église catholique, § 1666 : « Le foyer chrétien est le lieu où les enfants reçoivent la première annonce de la foi. C'est pourquoi la maison familiale est appelée à juste titre "Église domestique", communauté de grâce et de prière, école des vertus humaines et de la charité chrétienne. »
40 52Pie XI, encyclique Casti Connubii, 31 décembre 1930, citant saint Augustin (De Genesi ad litteram, IX, 7 ; De bono coniugali) : « Tous ces biens — les enfants, la foi conjugale, le sacrement — font que le mariage est bon. » L'encyclique développe ensuite chacun des trois biens et condamne explicitement la contraception. Texte sur vatican.va.
41Code de droit canonique (1983), canon 1056 : « Les propriétés essentielles du mariage sont l'unité et l'indissolubilité qui, dans le mariage chrétien, en raison du sacrement, acquièrent une solidité particulière. »
43Catéchisme de l'Église catholique, § 1644-1645 : l'amour des époux exige de soi l'unité et l'indissolubilité ; la polygamie est contraire à l'égale dignité personnelle de l'homme et de la femme et à l'unité du mariage qui signifie l'union unique du Christ et de l'Église.
44Code de droit canonique (1983), canon 1095 : sont incapables de contracter mariage ceux qui sont privés de l'usage suffisant de la raison, ceux qui souffrent d'un grave défaut de discernement sur les droits et devoirs essentiels, et ceux qui ne peuvent en assumer les obligations pour des causes de nature psychique. Cf. can. 1101 sur la simulation (exclusion d'un élément essentiel).
47Code de droit canonique (1983), canons 1124-1125 : le mariage mixte requiert la permission de l'autorité compétente ; le conjoint catholique doit déclarer qu'il est prêt à écarter les dangers de défection de la foi et promettre de faire son possible pour que les enfants soient baptisés et éduqués dans l'Église catholique.
48Code de droit canonique (1983), canons 1143-1147 : le « privilège paulin » (fondé sur 1 Co 7, 12-15) permet la dissolution du mariage de deux non-baptisés en faveur de la foi de celui qui reçoit le baptême, si l'autre partie refuse de cohabiter pacifiquement. Le « privilège pétrinien » ou privilège de la foi est une dissolution accordée par le Pape.
49Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1621-1622 : dans le rite latin, le mariage entre deux fidèles catholiques se célèbre normalement au cours de la sainte Messe, en raison du lien de tous les sacrements avec le Mystère pascal du Christ.
50Catéchisme de l'Église catholique, § 1623 (note sur les traditions orientales) : dans les liturgies orientales, le ministre du sacrement est le prêtre (ou l'évêque) qui, après avoir reçu le consentement mutuel des époux, les couronne successivement en signe de l'alliance matrimoniale.
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