Que dit l'Église sur le mariage sacramentel ?

L'enseignement catholique sur le mariage sacramentel : pourquoi le mariage des baptisés est un sacrement et non un simple contrat, ses quatre propriétés (unité, fidélité, fécondité, indissolubilité), pourquoi le lien est indissoluble, la grâce qu'il donne, et les réponses de l'Église aux objections (amour mort, annulation, divorcés remariés).

Ignispedia

À la question « Que dit l'Église sur le mariage sacramentel ? », la réponse catholique tient en une affirmation dense : le mariage de deux baptisés n'est pas d'abord un contrat, ni un simple sentiment, mais une alliance que le Christ a élevée à la dignité de sacrement, c'est-à-dire de signe efficace de sa grâce[1]. Et parce qu'il rend visible l'union indéfectible du Christ et de son Église, ce mariage porte une propriété qui déroute le monde d'aujourd'hui : il est indissoluble. « Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas » (Mt 19, 6)[2].

Cet article expose ce que l'Église dit du mariage sacramentel : pourquoi il est un sacrement et non un contrat ordinaire, quelles propriétés il possède, pourquoi le lien qu'il noue ne peut être rompu, quelle grâce il donne aux époux, et comment l'Église répond aux objections que cet enseignement suscite — de la souffrance des couples séparés à la question des divorcés remariés. Pour le fonctionnement sacramentel détaillé (matière, forme, ministres, empêchements, célébration), on se reportera à l'article complémentaire Le sacrement de mariage ; pour la déclaration de nullité, à Que dit l'Église sur l'annulation de mariage ?.

Le mariage sacramentel, en une réponse

Trois affirmations résument tout l'enseignement de l'Église, et il faut les tenir ensemble pour ne pas caricaturer sa doctrine.

Infographie originale Ignispedia créée par IA

D'abord, le mariage est naturellement bon : il n'est pas une invention de l'Église, mais une réalité inscrite par le Créateur dans la nature humaine, « homme et femme » (Gn 1, 27). L'union stable et féconde de l'homme et de la femme existe dans toutes les civilisations parce qu'elle répond à ce que nous sommes[3].

Ensuite, entre deux baptisés, cette réalité naturelle est élevée au rang de sacrement. Le Christ ne s'est pas contenté de bénir le mariage : il l'a fait entrer dans son œuvre de salut, au point qu'il devient un canal de sa grâce et un signe vivant de son amour pour l'Église[4]. C'est pourquoi le Code de droit canonique enseigne qu'entre baptisés, « il ne peut y avoir de contrat matrimonial valide qui ne soit par le fait même un sacrement »[5].

Enfin, ce sacrement possède des propriétés qui l'engagent tout entier : il est un, fidèle, ouvert à la vie, et indissoluble. Ces propriétés ne sont pas des idéaux facultatifs à atteindre peu à peu : elles appartiennent à l'essence même du mariage, et les exclure au moment du consentement le rendrait nul[6].

L'ensemble de la doctrine catholique sur le mariage — sur la contraception, le divorce, l'annulation, les divorcés remariés — découle logiquement de ces trois affirmations. On ne peut en comprendre une seule sans les tenir toutes.

Pourquoi le mariage des baptisés est-il un sacrement ?

Beaucoup de catholiques eux-mêmes seraient en peine d'expliquer pourquoi leur mariage est un sacrement, et non seulement une belle cérémonie. La réponse de l'Église est précise et lumineuse.

Plus qu'un contrat : une alliance

Le vocabulaire de l'Église a évolué, et ce déplacement est riche de sens. Pendant des siècles, la théologie a parlé de contrat matrimonial ; le Code de 1983 et le concile Vatican II préfèrent le mot d'alliance (foedus)[7]. Un contrat échange des biens ou des services ; une alliance engage des personnes dans un don réciproque et total. Le mariage n'est pas un échange de droits qu'on pourrait résilier, mais le don de soi à un autre « pour toute la vie ».

« L'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1601[8]

Ce que « fait » ce mariage, ce n'est ni la fête, ni la bénédiction, ni même la consommation, mais le consentement des époux : l'acte de la volonté par lequel ils « se donnent et se reçoivent mutuellement »[9]. Ce point, développé dans Le sacrement de mariage, éclaire toute la suite : c'est la qualité de ce don au jour des noces qui rend le mariage valide — et c'est son absence, et non l'échec ultérieur du couple, qu'examinent les procédures de nullité.

Le « grand mystère » : le Christ et l'Église

Giotto, Les Noces de Cana, 1304–1306, chapelle des Scrovegni à Padoue. Wikimedia Commons, domaine public.

Pourquoi une simple union humaine devient-elle « sacrement » ? Parce que le Christ a voulu qu'elle signifie et rende présent son propre amour. C'est saint Paul qui révèle ce sens le plus profond, en relisant la parole de la Genèse sur « une seule chair » :

« Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église et s'est livré pour elle […]. "Voilà pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un." Ce mystère est grand : je le dis par rapport au Christ et à l'Église. » — Saint Paul, Lettre aux Éphésiens 5, 25-32[10]

L'amour fidèle, total et fécond des époux devient ainsi une icône vivante de la manière dont le Christ s'est donné pour son Église. Le Catéchisme en tire la dignité propre du sacrement : « Toute la vie chrétienne porte la marque de l'amour sponsal du Christ et de l'Église »[11]. Ce n'est pas un hasard si le premier signe public de Jésus, « le commencement des signes », eut lieu à un repas de noces, à Cana : l'eau changée en vin y préfigure la grâce nouvelle dont il vient combler l'union des époux[12].

De là découle une conséquence que le monde ne perçoit plus : l'infidélité, le divorce ou le refus volontaire de la fécondité ne sont pas seulement des manquements humains — ils défigurent un signe de l'Alliance de Dieu.

Contrat et sacrement sont inséparables

Une erreur fréquente consiste à imaginer deux étages : un mariage civil (le « contrat ») que la bénédiction de l'Église viendrait ensuite « sacraliser ». La doctrine catholique refuse cette dissociation. Entre deux baptisés, il n'y a pas de mariage valide qui ne soit, par le fait même, un sacrement. Léon XIII l'a affirmé avec force contre les partisans du mariage purement civil :

« Il ne peut exister entre chrétiens de vrai mariage qui ne soit par le fait même un sacrement. » — Léon XIII, encyclique Arcanum Divinae Sapientiae, 10 février 1880[13]

Cela ne veut pas dire que le mariage civil soit sans valeur juridique dans la société ; cela signifie que, pour deux baptisés, le lien réel devant Dieu est indivisiblement naturel et sacramentel. On ne peut vouloir l'un sans l'autre.

Ce que le mariage sacramentel n'est pas

Pour dissiper les malentendus, il est utile de dire aussi ce que l'Église ne dit pas. Le sacrement de mariage n'est pas une récompense pour couples parfaits, ni un certificat de réussite affective. Il n'est pas non plus une garantie magique contre les crises : la grâce donnée n'annule ni la liberté ni les épreuves. Enfin, il n'est pas un simple rite décoratif que l'on ajoute à une union déjà scellée ailleurs. Le mariage sacramentel est une réalité vivante et permanente : un lien objectif et une grâce reçue une fois, mais agissante tous les jours.

Ce que l'Église affirme : les quatre traits du mariage sacramentel

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Quand l'Église décrit le mariage sacramentel, elle en énonce quatre traits inséparables. Le canon 1056 en retient deux comme propriétés essentielles — l'unité et l'indissolubilité — mais la tradition, à la suite de saint Augustin, en dégage aussi la fidélité et la fécondité comme des biens constitutifs[14]. On peut les lire comme les quatre exigences internes de tout vrai mariage.

L'unité : un seul homme, une seule femme

L'unité exclut la polygamie. Parce que le mariage rend les deux époux « une seule chair » (Gn 2, 24) et qu'il signifie l'union du Christ avec l'unique Église, il ne peut unir qu'un seul homme et une seule femme[15]. L'Ancien Testament a toléré la polygamie des patriarches ; mais, comme la répudiation, c'était une concession à la dureté des cœurs, et « au commencement il n'en était pas ainsi » (Mt 19, 8)[16]. Le Christ rétablit la monogamie originelle comme norme absolue.

La fidélité : un amour exclusif

« L'amour conjugal exige des époux, de par sa nature même, une fidélité inviolable. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1646[17]

Cette fidélité n'est pas un poids arbitraire ajouté à l'amour : elle en est la vérité. Un amour qui se donnerait « à condition de » ou « pour un temps » ne serait pas encore l'amour total que le mariage engage. Le Catéchisme en indique la source la plus profonde :

« Le motif le plus profond [de cette fidélité] se trouve dans la fidélité de Dieu à son alliance, du Christ à son Église. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1647[18]

La fécondité : l'ouverture à la vie

Le mariage est « ordonné par son caractère naturel […] à la génération et à l'éducation des enfants »[19]. La fécondité n'est pas une clause secondaire : elle est un bien du mariage, ce que saint Augustin appelait la proles. C'est pourquoi les époux ne peuvent pas séparer volontairement les deux significations de l'acte conjugal — l'union et la procréation —, ce qui fonde l'enseignement de l'Église exposé dans Que dit l'Église sur la contraception ? et Que dit l'Église sur la fécondation in vitro ?. Ce n'est pas un mépris du désir légitime d'espacer les naissances, mais la défense de la logique du don qui structure tout le mariage.

L'indissolubilité : le lien qui demeure

L'indissolubilité signifie que le lien matrimonial dure jusqu'à la mort : aucun pouvoir humain ne peut le rompre. C'est la propriété la plus contestée aujourd'hui, et celle qui mérite qu'on s'y arrête longuement — car elle condense toute la logique du mariage sacramentel. Le tableau suivant récapitule les quatre traits avant d'y venir.

TraitCe qu'il affirmeCe qu'il exclutRacine
UnitéUn seul homme, une seule femmeLa polygamieGn 2, 24 ; CEC 1644
Fidélité (fides)Un amour exclusif et durableL'adultère, l'infidélitéCEC 1646-1647
Fécondité (proles)L'ouverture à la transmission de la vieLe refus volontaire de la vieCIC 1055
Indissolubilité (sacramentum)Un lien qui dure jusqu'à la mortLe divorce dissolvant le lienMt 19, 6 ; CIC 1141

Lecture du tableau : les trois derniers traits recouvrent les « trois biens » de saint Augustin (proles, fides, sacramentum), et les deux premières colonnes de la ligne « indissolubilité » sont l'objet propre de cet article.

Pourquoi le mariage sacramentel est-il indissoluble ?

C'est la question qui heurte le plus la sensibilité contemporaine : de quel droit l'Église prétend-elle qu'un mariage ne peut jamais être défait, même quand tout semble mort ? La réponse catholique ne repose pas sur une rigueur juridique, mais sur une parole et sur ce qu'elle signifie.

La parole du Christ

L'indissolubilité n'est pas une invention cléricale : elle vient directement de Jésus. Interrogé sur la répudiation que Moïse avait tolérée, le Christ ne discute pas de casuistique — il renvoie au dessein du Créateur :

« Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. » — Jésus, selon Matthieu 19, 6[20]

La tolérance mosaïque de la répudiation, explique-t-il, n'était qu'une concession « à cause de la dureté de vos cœurs ; mais au commencement il n'en était pas ainsi » (Mt 19, 8). Jésus restaure donc l'indissolubilité originelle, celle du jardin, antérieure au péché. Et saint Paul transmet cette exigence non comme une opinion, mais comme un précepte du Seigneur :

« À ceux qui sont mariés, je prescris, non pas moi, mais le Seigneur : que la femme ne se sépare pas de son mari […] et que le mari ne répudie pas sa femme. » — Saint Paul, Première lettre aux Corinthiens 7, 10-11[21]

Le fondement : l'alliance de Dieu

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Pourquoi cette exigence, si difficile ? Parce que le mariage chrétien signifie quelque chose de plus grand que lui. Si l'union des époux est l'image de l'union du Christ et de l'Église (Ep 5), alors elle doit en avoir la propriété décisive : l'irrévocabilité. Le Christ ne reprend pas son Alliance, ne divorce pas de son Épouse ; l'amour des époux, pour être un vrai signe, doit refléter cette fidélité indéfectible[22]. C'est le sens du mot latin sacramentum dans la doctrine augustinienne des trois biens : le mariage est le signe stable d'une union qui ne se défait pas.

Le Catéchisme dit alors une chose remarquable : ce n'est pas seulement la volonté des époux qui les lie, c'est Dieu lui-même :

« Le consentement par lequel les époux se donnent et s'accueillent mutuellement est scellé par Dieu lui-même. […] De leur alliance naît, même devant la société, une institution stable, de par l'ordre divin. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1639[23]

C'est pourquoi le lien, une fois noué, ne dépend plus des seuls époux : il devient une réalité objective, scellée par Dieu, qu'aucune décision humaine ne peut annuler.

La définition dogmatique

Face aux réformateurs protestants du XVIe siècle, qui admettaient le divorce, l'Église a défini solennellement l'indissolubilité comme un dogme de foi. Le concile de Trente, dans sa session XXIV (11 novembre 1563), a promulgué deux canons décisifs :

« Si quelqu'un dit que le mariage n'est pas vraiment et proprement l'un des sept sacrements de la Loi évangélique, institué par le Christ Seigneur […] : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session XXIV, canon 1[24]

« Si quelqu'un dit que l'Église est dans l'erreur lorsqu'elle a enseigné et enseigne que le lien du mariage ne peut être dissous à cause de l'adultère de l'un des conjoints […] : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session XXIV, canon 7[25]

Le droit de l'Église traduit ce dogme dans la norme la plus dense de toute sa législation :

« Le mariage conclu et consommé ne peut être dissous par aucune puissance humaine ni pour aucune cause, sauf la mort. » — Code de droit canonique (1983), canon 1141[26]

« Ratifié et consommé » : le sommet de l'indissolubilité

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Ici, une distinction technique évite bien des malentendus. Tous les mariages ne sont pas indissolubles au même degré :

  • Un mariage naturel (entre non-baptisés) peut, dans des cas graves et pour protéger la foi d'un converti, être dissous par le privilège paulin ou le privilège pétrinien.
  • Un mariage ratifié mais non consommé (ratum sed non consummatum) — validement conclu entre baptisés mais non suivi de l'union des corps — peut, exceptionnellement, être dissous par le Pape (dispense super rato).
  • Mais un mariage sacramentel, valide et consommé (ratum et consummatum) est absolument indissoluble : « aucune puissance humaine ni aucune cause, sauf la mort » ne peut le défaire (can. 1141)[27].

Ces exceptions ne contredisent nullement l'indissolubilité : elles ne touchent jamais le sommet, le mariage sacramentel consommé, qui réalise pleinement l'image de l'union irrévocable du Christ et de l'Église. Le détail juridique de ces cas est traité dans Le sacrement de mariage.

L'indissolubilité, une bonne nouvelle et non un fardeau

Il serait faux de présenter l'indissolubilité comme une prison. Jean-Paul II en fait au contraire un témoignage dont le monde a besoin :

« De nos jours, témoigner de la valeur inestimable de l'indissolubilité du mariage et de la fidélité conjugale est, pour les époux chrétiens, un des devoirs les plus importants et les plus pressants. » — Jean-Paul II, exhortation Familiaris Consortio, § 20[28]

Vue ainsi, l'indissolubilité est le revers d'une promesse : le lien que Dieu a noué est plus solide que les défaillances humaines. Elle donne aux époux la sécurité d'un amour qui ne sera pas repris au premier orage, et elle offre aux enfants la stabilité d'un foyer qui ne se négocie pas. Ce que le monde perçoit comme une contrainte, la foi le reçoit comme une libération : ne pas avoir à re-mériter chaque jour d'être aimé.

« Mais alors… » : les questions que tout le monde pose

L'enseignement sur l'indissolubilité suscite immanquablement des objections, souvent chargées de souffrance réelle. L'Église ne les esquive pas ; elle y répond avec fermeté doctrinale et tendresse pastorale.

« Et si l'amour est mort ? »

C'est l'objection la plus fréquente. Mais elle repose sur une confusion : elle réduit le mariage à un sentiment. Or le consentement échangé n'a pas promis un état affectif — impossible à garantir — mais un don de la personne. Le lien ne repose donc pas sur la permanence de l'émotion, mais sur la parole donnée et scellée par Dieu[29]. C'est précisément là que la grâce du sacrement intervient : elle est donnée pour aimer « comme le Christ a aimé l'Église » (Ep 5, 25), c'est-à-dire y compris lorsque le sentiment fléchit. L'Église ne demande pas aux époux de ressentir toujours, mais de rester fidèles à ce qu'ils ont librement voulu — et elle promet la force pour le faire.

« L'annulation, n'est-ce pas un divorce catholique déguisé ? »

Non, et la nuance est capitale. Le divorce prétend défaire un mariage qui existe ; la déclaration de nullité constate qu'en raison d'un défaut de consentement, d'un empêchement ou d'un vice de forme, il n'y a jamais eu de mariage sacramentel valide, malgré les apparences. Le premier dissout un lien ; la seconde reconnaît qu'aucun lien valide n'a été noué. La procédure, ses motifs et les réformes du pape François (2015) sont exposés dans Que dit l'Église sur l'annulation de mariage ?. Ce n'est donc pas une échappatoire, mais un jugement sur la vérité du consentement initial.

« Que deviennent les divorcés remariés ? »

Infographie originale Ignispedia créée par IA

Le divorce civil ne rompt pas le lien sacramentel : aux yeux de l'Église, l'époux validement marié reste lié. C'est pourquoi une personne divorcée qui contracte une nouvelle union civile se trouve dans une situation objectivement contraire au premier lien, et ne peut, en règle générale, être admise à la communion eucharistique[30]. Mais — et c'est essentiel — ces personnes ne sont pas exclues de l'Église :

« Qu'ils sachent que l'Église, en tant que Mère, les aime, alors même qu'ils apparaissent comme éloignés d'elle. » — Jean-Paul II, exhortation Familiaris Consortio, § 84[31]

L'Église les invite à participer à la vie chrétienne, à écouter la Parole, à prier, à élever leurs enfants dans la foi. Toute la question de l'accompagnement, de la discipline eucharistique et des chemins ouverts par Amoris Laetitia est traitée dans Un catholique divorcé-remarié peut-il communier ? et Un catholique peut-il divorcer ?. La discipline n'est pas une condamnation des personnes : elle est le revers d'une bonne nouvelle, la fidélité de Dieu à un lien qu'il a lui-même scellé.

« Un mariage à l'église “pour faire plaisir”, est-il valide ? »

La question touche au consentement. Le mariage suppose que les époux veuillent réellement ce que l'Église veut : une union une, fidèle, féconde et indissoluble. Si l'un des deux exclut positivement l'une de ces propriétés — par exemple en se réservant intérieurement le droit de divorcer, ou en refusant d'emblée toute fécondité —, il y a « simulation », et le mariage peut être nul malgré la cérémonie[32]. Se marier religieusement « pour la photo », sans aucune intention de s'engager vraiment, n'est donc pas anodin. En revanche, la faiblesse de la foi n'invalide pas à elle seule le mariage : il suffit que les époux baptisés veuillent un vrai mariage naturel, avec ses propriétés, pour que le sacrement soit réel.

« L'Église n'est-elle pas dure avec les couples qui souffrent ? »

L'accusation de dureté méconnaît l'intention de l'Église. Maintenir l'indissolubilité, ce n'est pas ignorer la souffrance : l'Église admet la séparation des corps quand la vie commune devient impossible (violence, danger pour les enfants), tout en enseignant que le lien demeure[33]. Elle demande aux prêtres une « sollicitude attentive » envers les personnes blessées, et elle refuse de traiter quiconque comme un cas désespéré. Sa fermeté sur le lien et sa tendresse sur les personnes ne se contredisent pas : c'est parce que le mariage est un si grand bien qu'elle le défend, et parce que les personnes sont aimées de Dieu qu'elle les accompagne.

La grâce du sacrement : ce que Dieu donne aux époux

Infographie originale Ignispedia créée par IA

On a beaucoup parlé du lien et de l'indissolubilité ; il faut dire maintenant le cadeau. Car le mariage sacramentel ne se réduit pas à une obligation : il donne une grâce, une force réelle, sans laquelle l'idéal serait écrasant.

Une grâce permanente

« Cette grâce propre du sacrement du Mariage est destinée à perfectionner l'amour des conjoints, à fortifier leur unité indissoluble. Par cette grâce, ils s'aident mutuellement à se sanctifier dans la vie conjugale. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1641[34]

Cette grâce n'est pas reçue une seule fois, le jour des noces, puis épuisée : elle est permanente. Le Christ « demeure avec eux » et leur donne la force « de le suivre en prenant leur croix, de se relever après leurs chutes, de se pardonner mutuellement, de porter les uns les fardeaux des autres »[35]. Les époux peuvent y puiser chaque jour, comme à une source qui ne tarit pas.

Un chemin de sainteté

Le mariage n'est pas un pis-aller pour ceux qui ne seraient pas appelés à « mieux ». Il est une vocation à part entière, un véritable chemin de sainteté, au même titre que le sacerdoce ou la vie consacrée (voir Comment discerner sa vocation ?). Par leur amour fidèle et fécond, les époux deviennent un signe vivant de l'Évangile, et leur foyer est appelé à être une « Église domestique » :

« Le foyer chrétien est le lieu où les enfants reçoivent la première annonce de la foi. C'est pourquoi la maison familiale est appelée à juste titre "Église domestique", communauté de grâce et de prière, école des vertus humaines et de la charité chrétienne. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1666[36]

Cette dignité du mariage n'est pas une théorie : elle se vérifie dans des vies concrètes. Quand les quatre voyantes de Garabandal fondèrent chacune un foyer au lieu d'entrer en religion, certains s'en étonnèrent ; Don José Ramón, curé de Barro et témoin des événements, leur répondit : « N'oubliez pas que le mariage est aussi et surtout un sacrement »[37]. (Sur ces apparitions, jamais approuvées par l'évêché de Santander et dont la doctrine n'a jamais été condamnée, voir Garabandal.)

Le témoignage des époux fidèles

Dans un monde qui doute que l'amour puisse durer, les couples fidèles — y compris ceux qui, abandonnés, choisissent de ne pas contracter une nouvelle union — rendent un témoignage précieux :

« Le prix du témoignage des époux abandonnés par leur conjoint qui, grâce à leur foi et à leur espérance chrétiennes, n'ont pas contracté une nouvelle union : ils rendent ainsi un authentique témoignage de fidélité dont le monde d'aujourd'hui a tant besoin. » — Jean-Paul II, exhortation Familiaris Consortio, § 20[38]

L'indissolubilité vécue devient alors une prédication silencieuse.

Le mariage sacramentel face aux défis d'aujourd'hui

Le mariage chrétien est aujourd'hui contesté de l'extérieur et fragilisé de l'intérieur. L'Église ne répond pas par le découragement, mais en rappelant la grandeur du sacrement.

La « mentalité contractuelle »

La culture dominante conçoit l'union comme un contrat révisable, maintenu tant qu'il « rapporte » du bonheur, résilié dès qu'il coûte. Cette mentalité contractuelle est l'exact contraire de l'alliance : elle transforme le conjoint en fournisseur de satisfactions et le mariage en marché. L'Église oppose à cette logique celle du don : on ne se donne pas « à l'essai », et un amour vrai ne pose pas de clause de sortie. C'est pourquoi elle tient tant à l'indissolubilité — non par rigidité, mais parce qu'elle protège la nature même de l'amour.

Cohabitation, mariage civil, mariage religieux

Beaucoup de couples vivent aujourd'hui une progression : cohabitation, puis mariage civil, puis — parfois — mariage religieux. L'Église accueille ces personnes sans les juger, mais elle rappelle une vérité : ce qui fait le mariage sacramentel n'est ni la vie commune, ni le contrat civil, mais le consentement échangé devant l'Église entre baptisés. Elle invite donc à un chemin, sans confondre les étapes. La préparation au mariage, loin d'être une formalité, est le lieu où l'on vérifie que les futurs époux veulent bien ce qu'ils vont promettre.

L'ouverture à la vie

Enfin, parce que la fécondité est un bien essentiel du mariage, l'Église enseigne que les époux ne peuvent séparer volontairement l'union et la procréation. Cela fonde son enseignement sur la régulation naturelle des naissances et son refus de la contraception artificielle comme de la fécondation in vitro, qui dissocie la procréation de l'union des époux. Ces questions sont développées dans Que dit l'Église sur la contraception ? et Que dit l'Église sur la fécondation in vitro ?. Là encore, ce n'est pas un mépris du désir d'enfant, mais la fidélité à la logique du don.

En résumé : ce que dit l'Église en six points

Infographie originale Ignispedia créée par IA
  • Le mariage des baptisés n'est pas un simple contrat, mais une alliance élevée à la dignité de sacrement par le Christ[39].
  • Il signifie et rend présente l'union du Christ et de l'Église : « Ce mystère est grand » (Ep 5, 32)[40].
  • Entre deux baptisés, contrat et sacrement sont inséparables : tout vrai mariage chrétien est, par le fait même, un sacrement[41].
  • Ses propriétés — unité, fidélité, fécondité, indissolubilité — appartiennent à son essence ; les exclure volontairement le rend nul[42].
  • Un mariage sacramentel, valide et consommé est absolument indissoluble : « aucune puissance humaine ni aucune cause, sauf la mort » (can. 1141)[43].
  • L'indissolubilité s'accompagne d'une grâce permanente et d'un accompagnement pastoral des couples blessés : fermeté sur le lien, tendresse sur les personnes[44].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1601 : « L'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement. » Texte sur vatican.va.

    1 8 39
  2. Évangile selon saint Matthieu 19, 4-8 : « N'avez-vous pas lu que le Créateur, dès l'origine, les fit homme et femme […] ? Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. […] Moïse, en raison de la dureté de vos cœurs, vous a permis de répudier vos femmes ; mais au commencement il n'en était pas ainsi. » Traduction Bible de Jérusalem. Cf. Mc 10, 2-12.

    2 16 20
  3. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1603-1605 : le mariage n'est pas une institution purement humaine ; « la vocation au mariage est inscrite dans la nature même de l'homme et de la femme, tels qu'ils sont sortis de la main du Créateur ». L'Écriture s'ouvre (Gn 1-2) et s'achève (Ap 19 ; 21) sur le thème nuptial.

    3
  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 1617 : « Toute la vie chrétienne porte la marque de l'amour sponsal du Christ et de l'Église. […] Le mariage des baptisés devient ainsi le symbole réel de la nouvelle et éternelle Alliance scellée dans le sang du Christ. » Texte sur vatican.va.

    4 11
  5. Code de droit canonique (1983), canon 1055 : § 1, définition du mariage comme alliance (foedus) entre un homme et une femme, ordonnée au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, élevée entre baptisés à la dignité de sacrement ; § 2 : « entre baptisés, il ne peut y avoir de contrat matrimonial valide qui ne soit par le fait même un sacrement. »

    5 7 19
  6. Code de droit canonique (1983), canon 1056 : « Les propriétés essentielles du mariage sont l'unité et l'indissolubilité qui, dans le mariage chrétien, en raison du sacrement, acquièrent une solidité particulière. »

    6 42
  7. Code de droit canonique (1983), canon 1057 § 1 : « C'est le consentement des parties légitimement manifesté entre personnes juridiquement capables qui fait le mariage ; ce consentement ne peut être suppléé par aucune puissance humaine. » § 2 : le consentement est l'acte de la volonté par lequel l'homme et la femme se donnent et se reçoivent mutuellement.

    9
  8. Saint Paul, Lettre aux Éphésiens 5, 25-32 : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église et s'est livré pour elle […]. Ce mystère est grand : je le dis par rapport au Christ et à l'Église. » Traduction Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf. Fondement scripturaire du mariage comme signe de l'union du Christ et de l'Église.

    10 40
  9. Évangile selon saint Jean 2, 1-11 : les noces de Cana, « le commencement des signes » de Jésus. La tradition (cf. CEC 1613) y voit la confirmation de la bonté du mariage et l'annonce de son élévation sacramentelle.

    12
  10. Léon XIII, encyclique Arcanum Divinae Sapientiae, 10 février 1880, sur le mariage chrétien : entre chrétiens, il ne peut exister de vrai mariage qui ne soit par le fait même un sacrement ; condamnation du « mariage civil » conçu comme indépendant du sacrement. Reprise par Casti Connubii (1930).

    13 41
  11. Pie XI, encyclique Casti Connubii, 31 décembre 1930, citant saint Augustin (De bono coniugali ; De Genesi ad litteram, IX, 7) : « Tous ces biens — les enfants, la foi conjugale, le sacrement — font que le mariage est bon. » Doctrine des trois biens (proles, fides, sacramentum). Texte sur vatican.va.

    14
  12. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1644-1645 : l'amour des époux exige de soi l'unité et l'indissolubilité ; la polygamie est contraire à l'égale dignité personnelle de l'homme et de la femme et à l'unité du mariage qui signifie l'union unique du Christ et de l'Église.

    15
  13. Catéchisme de l'Église catholique, § 1646 : « L'amour conjugal exige des époux, de par sa nature même, une fidélité inviolable. Ceci est la conséquence du don d'eux-mêmes que se font les époux. » Texte sur vatican.va.

    17
  14. Catéchisme de l'Église catholique, § 1647 : « Le motif le plus profond [de cette fidélité] se trouve dans la fidélité de Dieu à son alliance, du Christ à son Église. » Par le sacrement, les époux sont rendus capables de représenter cette fidélité et d'en témoigner.

    18 22
  15. Saint Paul, Première lettre aux Corinthiens 7, 10-11 : « À ceux qui sont mariés, je prescris, non pas moi, mais le Seigneur : que la femme ne se sépare pas de son mari — au cas où elle s'en séparerait, qu'elle reste sans se remarier ou qu'elle se réconcilie avec son mari — et que le mari ne répudie pas sa femme. » Traduction Bible de Jérusalem.

    21
  16. Catéchisme de l'Église catholique, § 1639 : « Le consentement par lequel les époux se donnent et s'accueillent mutuellement est scellé par Dieu lui-même. De leur alliance "naît, même devant la société, une institution stable, de par l'ordre divin". » Le lien qui en résulte ne dépend plus de l'arbitraire des époux.

    23 29
  17. Concile de Trente, session XXIV (11 novembre 1563), Canons sur le sacrement de mariage, canon 1 (Denzinger-Schönmetzer 1801) : définition dogmatique que le mariage est vraiment et proprement l'un des sept sacrements de la Loi évangélique, institué par le Christ ; anathème contre quiconque le nie.

    24
  18. Concile de Trente, session XXIV (11 novembre 1563), canon 7 (Denzinger-Schönmetzer 1807) : définition dogmatique de l'indissolubilité ; contre ceux qui prétendent que l'Église se trompe en enseignant que le lien du mariage ne peut être rompu à cause de l'adultère. Conforme à Mt 5, 32 ; Mt 19, 9 ; Mc 10, 11-12 ; Lc 16, 18 ; 1 Co 7, 11.

    25
  19. Code de droit canonique (1983), canon 1141 : « Le mariage conclu et consommé ne peut être dissous par aucune puissance humaine ni pour aucune cause, sauf la mort. » Norme de l'indissolubilité absolue du mariage ratum et consummatum.

    26 27 43
  20. Jean-Paul II, exhortation apostolique Familiaris Consortio, 22 novembre 1981, § 20 : « De nos jours, témoigner de la valeur inestimable de l'indissolubilité du mariage et de la fidélité conjugale est, pour les époux chrétiens, un des devoirs les plus importants et les plus pressants. » Le paragraphe salue aussi « le prix du témoignage des époux abandonnés par leur conjoint qui […] n'ont pas contracté une nouvelle union ». Texte sur vatican.va.

    28 38
  21. Jean-Paul II, Familiaris Consortio, § 84 (« Les divorcés remariés ») : l'Église réaffirme sa pratique de ne pas admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés dont la situation contredit objectivement le lien indissoluble, mais elle exhorte à ne pas se considérer comme séparés de l'Église et à participer à sa vie : « Qu'ils sachent que l'Église, en tant que Mère, les aime, alors même qu'ils apparaissent comme éloignés d'elle. » Texte sur vatican.va.

    30 31 44
  22. Code de droit canonique (1983), canon 1101 : § 1, on présume que le consentement intérieur est conforme aux paroles échangées ; § 2 : « mais si l'une des parties ou les deux excluent par un acte positif de la volonté le mariage lui-même, ou un de ses éléments essentiels, ou une de ses propriétés essentielles, elles contractent invalidement. » C'est la « simulation ».

    32
  23. Catéchisme de l'Église catholique, § 1649 : l'Église admet, pour des causes graves, la séparation physique des époux (séparation de corps), mais le lien du mariage demeure indissoluble (cf. Code de droit canonique, can. 1151-1155).

    33
  24. Catéchisme de l'Église catholique, § 1641 : « Cette grâce propre du sacrement du Mariage est destinée à perfectionner l'amour des conjoints, à fortifier leur unité indissoluble. Par cette grâce, ils s'aident mutuellement à se sanctifier dans la vie conjugale et dans l'accueil et l'éducation des enfants. » Texte sur vatican.va.

    34
  25. Catéchisme de l'Église catholique, § 1642 : « Le Christ est la source de cette grâce. […] Il demeure avec eux, il leur donne la force de le suivre en prenant leur croix, de se relever après leurs chutes, de se pardonner mutuellement, de porter les uns les fardeaux des autres. »

    35
  26. Catéchisme de l'Église catholique, § 1666 : « Le foyer chrétien est le lieu où les enfants reçoivent la première annonce de la foi. C'est pourquoi la maison familiale est appelée à juste titre "Église domestique", communauté de grâce et de prière, école des vertus humaines et de la charité chrétienne. »

    36
  27. R.P. Eusebio García de Pesquera, Garabandal — Faits et dates, Éditions Résiac, 1992, p. 150 : parole rapportée de Don José Ramón, curé de Barro, adressée aux personnes qui s'étonnaient que les quatre voyantes se soient mariées au lieu d'entrer en religion — « N'oubliez pas que le mariage est aussi et surtout un sacrement ».

    37