Les noces de Cana

À Cana de Galilée, Jésus change l'eau en vin à la demande de Marie : son premier signe, qui manifeste sa gloire et suscite la foi. Récit, six jarres, Femme et Heure, théologie des Pères, liturgie et débat historico-critique.

Ignispedia

À un mariage de village, en Galilée, le vin vient à manquer. La Mère de Jésus le signale à son Fils, les serviteurs remplissent six jarres d'eau, et l'eau devient un vin excellent : tel est, selon le quatrième évangile, le commencement des signes par lesquels Jésus manifeste sa gloire[1]. L'événement tient en onze versets (Jn 2, 1-11), mais il porte toute la théologie johannique : l'Heure qui vient, les noces de Dieu avec son peuple, l'eau de la Loi devenue le vin de l'Évangile.

L'Église accorde à cette page une place unique : elle y voit la confirmation de la bonté du mariage[2], l'annonce de l'Eucharistie[3], la première manifestation de l'intercession de Marie[4] et le deuxième mystère lumineux du Rosaire[5]. Seul Jean raconte le signe, mais aucun témoin ancien ne doute du fait : c'est à partir de la tradition reçue, défendue par ses témoins, que cet article l'expose, avant d'examiner en fin de parcours ce que propose l'exégèse moderne, avec ses limites.

Le dossier en une page : le premier signe en huit moments

Le récit se lit d'un trait. Huit moments, du troisième jour à la foi des disciples :

MomentVersetsCe qui se passe
Le cadreJn 2, 1-2« Le troisième jour », un mariage à Cana de Galilée ; la Mère de Jésus est là, Jésus et ses disciples sont invités[6][7]
Le manqueJn 2, 3On manque de vin ; Marie dit à Jésus : « Ils n'ont pas de vin »[8]
La réponseJn 2, 4« Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue »[9]
La consigneJn 2, 5Marie dit aux serviteurs : « Tout ce qu'il vous dira, faites-le »[10]
Les jarresJn 2, 6-7Six jarres de pierre pour les purifications, remplies d'eau jusqu'au bord[11][12]
Le serviceJn 2, 8-9On porte l'eau au maître du repas : elle est devenue du vin, les serviteurs le savent, lui non[13][14]
Le constatJn 2, 10« Tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant »[15]
Le fruitJn 2, 11Commencement des signes, gloire manifestée, foi des disciples[16]

Puis Jésus descend à Capharnaüm avec sa Mère, ses frères et ses disciples pour quelques jours, avant de monter à Jérusalem pour la Pâque[17]. Le signe ouvre ainsi la vie publique : noces, Capharnaüm, Temple, comme trois coups frappés à la porte d'Israël.

Le récit verset par verset : ce que dit Jean, mot à mot

« Le troisième jour » : une date qui est déjà une théologie

« Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée »[18]. Dans l'Ancien Testament, le troisième jour est le temps de la théophanie : au Sinaï, « le matin du troisième jour, il y eut tonnerres et éclairs, et le Seigneur descendit dans le feu » (Ex 19, 16-18)[19]. Benoît XVI y voit en même temps la préfiguration de la théophanie décisive de l'histoire, la Résurrection du Christ au troisième jour : à Cana, Dieu commence à se révéler en portant à leur accomplissement les promesses anciennes[20].

« Ils n'ont pas de vin » : le regard de Marie

Marie est nommée avant Jésus, et l'évangéliste suggère que le Fils et ses disciples furent invités à cause de sa présence à la fête[21]. Saint Josemaria Escriva note la leçon de cette discrétion :

« Notre Dame était l'invitée d'une de ces noces villageoises bruyantes, entourée de foules venues de plusieurs villages. Mais elle fut la seule à remarquer que le vin manquait. [...] La grandeur de Dieu vit au niveau des choses ordinaires. » (Saint Josemaria Escriva, Quand le Christ passe, n. 141, cité d'après opusdei.org)[22]

Jean est le seul évangéliste à raconter Cana, et le seul à avoir compris l'importance de la présence de Marie « au début de la vie publique du Seigneur »[23]. Le Catéchisme lit dans ce regard l'origine de la prière d'intercession : à Cana, « la mère de Jésus prie son fils pour les besoins d'un repas de noces »[24].

« Femme, que me veux-tu ? » : le verset le plus discuté

La réponse de Jésus déroute : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue »[25]. Le mot « Femme » n'est ni un mépris ni une distance froide : Jésus l'emploiera de nouveau, du haut de la Croix, en confiant sa Mère au disciple bien-aimé[26]. Quant à l'« Heure », elle désigne dans tout le quatrième évangile la glorification du Fils, qui rassemble la Croix, la Résurrection et sa présence dans le monde par la parole et les sacrements[27]. Trois grandes lectures patristiques et magistérielles éclairent ce verset (voir la section dédiée plus bas) : Augustin y entend la distinction du Dieu qui agit et de l'homme né de Marie, avec l'annonce de l'heure de la Croix[28] ; Chrysostome y voit le Maître des saisons qui agit à l'heure convenable et qui honorera sa Mère en agissant quand même[29] ; Jean-Paul II y lit un refus apparent que la foi de Marie traverse, provoquant le premier signe[30].

« Tout ce qu'il vous dira, faites-le » : la dernière parole de Marie dans l'Évangile

La réponse de Marie à la réponse de Jésus est un acte de foi pur : sans discuter, elle dit aux serviteurs : « Tout ce qu'il vous dira, faites-le »[31]. Ce sont les dernières paroles que l'Évangile met sur ses lèvres avant la Croix, et Jean-Paul II en fait « la grande recommandation que la Mère adresse à l'Église de tous les temps », le fond marial de tous les mystères de lumière[32]. Marie redit continuellement à tous les hommes ce qu'elle disait à Cana[33].

Les six jarres : la Loi qui attend le vin

« Il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, c'est-à-dire environ cent litres »[34]. Six jarres de pierre, destinées aux ablutions : le décor est celui de la Loi observée avec soin, mais qui ne désaltère pas. Jésus les fait remplir « jusqu'au bord »[35] : la mesure sera comble, et le total avoisine le demi-millier de litres, une surabondance que Benoît XVI appelle la « gloire » de Dieu, son don sans mesure[36].

« Tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant » : le sceau du signe

Le maître du repas, qui ne sait pas d'où vient ce vin, appelle le marié et s'étonne : on sert d'ordinaire le bon vin d'abord, puis le moins bon quand les convives ont bien bu ; ici, le meilleur vient en dernier[37]. Chrysostome écarte d'avance le soupçon moderne d'un banquet d'ivrognes incapables de juger : l'évangéliste fait témoigner le maître du repas, l'homme le plus sobre de la fête, qui n'avait encore rien goûté[38]. Le signe est authentifié par un témoin désintéressé, qui ignore même d'où vient ce qu'il loue.

« Il manifesta sa gloire » : le but du signe

« Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui »[39]. Le mot « commencement » (en grec, archè) donne au récit son rang : premier des signes, matrice de tous les autres. La gloire manifestée n'est pas un éclat qui éblouit, c'est la générosité débordante de Dieu :

« Le signe de Dieu, c'est la générosité débordante. Nous la voyons dans la multiplication des pains, et surtout au centre de l'histoire du salut, dans le fait qu'il se dépense sans compter pour sa créature. Cette largesse est sa gloire. » (Benoît XVI, Jésus de Nazareth, t. 1, cité d'après opusdei.org)[40]

Quand et où : la chronologie et le lieu

La semaine inaugurale : quatre jours qui mènent à Cana

Le « troisième jour » se compte dans la suite des jours que Jean a datés depuis le témoignage du Baptiste : un premier jour (« Voici l'Agneau de Dieu »), un lendemain (les deux premiers disciples suivent Jésus), un troisième jour (Philippe et Nathanaël sont appelés), puis « le troisième jour » des noces[41]. Benoît XVI note que le rattachement exact reste discuté, et que c'est justement ce qui montre l'intention de l'évangéliste : donner une référence temporelle symbolique, clef de lecture de l'événement[42].

  1. Jour 1
    Voici l'Agneau de Dieu

    Au bord du Jourdain, Jean-Baptiste désigne Jésus à deux de ses disciples, qui le suivent. Voir Saint Jean-Baptiste.

  2. Lendemain
    Les premiers disciples

    André amène Simon-Pierre ; Jésus demeure avec eux. Le petit groupe se forme autour du Maître.

  3. Jour suivant
    Philippe et Nathanaël

    Jésus appelle Philippe, qui amène Nathanaël de Cana. Le lendemain, Jésus part pour la Galilée.

  4. Le troisième jour
    Les noces de Cana

    Le premier signe : l'eau changée en vin, la gloire manifestée, la foi des disciples. La vie publique commence.

  5. Ensuite
    Capharnaüm, puis Jérusalem

    Quelques jours à Capharnaüm avec sa Mère et ses disciples, puis la montée à Jérusalem pour la Pâque[43].

Deux Cana pour un miracle : Kafr Kanna ou Khirbet Qana ?

Deux sites galiléens se partagent la mémoire de Cana, et l'honnêteté impose de présenter les deux :

SiteSituationArgumentsStatut actuel
Kafr KannaEnviron 6 km au nord-est de Nazareth, sur la route de TibériadeTradition pèlerine qui remonte au moins au VIIIe siècle ; église du temps des Croisades, aujourd'hui aux mains des franciscains qui y ont bâti une grande église neuve, avec des fouilles sous ses murs[44] ; fontaine du village d'où l'eau du miracle aurait été puiséeLieu du pèlerinage vivant : les couples y renouvellent leurs vœux de mariage, dans un sanctuaire gardé par la Custodie de Terre Sainte depuis trois siècles[45]
Khirbet QanaEnviron 12 km au nord-ouest de Nazareth, sur une colline dominant la vallée de Beth NetofaNom qui conserve « Cana » (« les ruines de Cana ») ; village juif à l'époque du Christ, avec des traces d'un lieu de culte chrétien ancien ; tradition longtemps majoritaire avant le XVIIe siècle ; fouilles de Douglas Edwards depuis 1998, poursuivies par Tom McCollough, qui y voient des indices probants[46]Site archéologique inhabité, signalé par les pèlerins dès le XIIe siècle

Flavius Josèphe mentionne un village nommé Cana en Galilée (Vie, 16), sans qu'on puisse trancher entre les deux sites par son seul témoignage[47]. L'Église n'a pas tranché non plus : la foi des pèlerins vit à Kafr Kanna, tandis que la recherche continue à Khirbet Qana. Les deux positions restent défendables, et aucune ne conditionne la vérité du récit : l'évangéliste situe Cana en Galilée, près de Nazareth et au-dessus de Capharnaüm, ce que les deux sites vérifient[48].

Le cadre : des noces juives et un maître du repas

En Israël, les noces duraient sept jours de fête (voir les noces de Samson, Jg 14, 12)[49]. Toute la parenté et le village participaient, d'où l'importance du vin et la honte d'en manquer : Marie, en signalant le manque, épargne aux mariés une humiliation publique. Le « maître du repas » (en grec, architriklinos) est l'ordonnateur du banquet, chargé de l'ordre et du service : c'est à lui, sobre et compétent, que Jésus fait porter le vin nouveau[50]. Les jarres de pierre, insensibles aux impuretés selon la coutume juive, servaient aux ablutions des convives : l'instrument de la purification rituelle devient l'instrument du don messianique.

Pourquoi ce « Femme » et cette « Heure » : la grande question et ses réponses

La réponse de saint Augustin : le Dieu qui agit n'est pas né de Marie

Augustin prêche contre les manichéens, qui se servaient du « Femme, que me veux-tu ? » pour nier que Jésus soit né de la Vierge : si Jean écrit à la fois que « la mère de Jésus était là » et que Jésus lui répond ainsi, il faut croire les deux ensemble, et chercher le sens au lieu de mutiler le texte[51]. Le sens tient dans la distinction des natures : selon qu'il est Dieu, le Christ n'a pas de mère ; selon qu'il est homme, Marie est sa Mère. Or le miracle qu'elle demande sera fait selon la nature divine, non selon la faiblesse née d'elle :

« Ce qui en moi fait un miracle n'est pas né de toi, tu n'as pas donné naissance à ma nature divine. Mais parce que ma faiblesse est née de toi, je te reconnaîtrai quand cette faiblesse sera pendue à la croix. » (Saint Augustin, Tractatus in Ioannem 8, 9, traduction française ; original en note)[52]

« Mon heure n'est pas encore venue », c'est donc l'heure où il la reconnaîtra : l'heure de la Croix, quand il dira de nouveau « Femme », en confiant sa Mère au disciple[53]. Augustin écarte du même geste l'objection des astrologues, qui voulaient soumettre le Christ au destin : celui qui dit « j'ai le pouvoir de donner ma vie et de la reprendre » (Jn 10, 18) ne subit aucune heure, il la choisit[54]. L'heure viendra non par nécessité, mais par volonté.

La réponse de saint Jean Chrysostome : le Maître des saisons qui honore sa Mère

Chrysostome rapproche tous les emplois johanniques de l'« heure » (Jn 7, 30 ; 8, 20 ; 17, 1) pour en donner une seule explication : le Christ n'est pas soumis à la nécessité des saisons, lui qui en est le Créateur ; il fait chaque chose à sa saison convenable, sans tout mélanger[55]. À Cana, l'heure n'est pas venue parce que Jésus n'est pas encore manifesté : ni les disciples, ni sa Mère, ni les convives ne le connaissent comme ils devraient, et ceux qui manquent de vin ne sont même pas encore venus le lui demander :

« Je n'aurais pas dû l'apprendre de toi ; tu es ma Mère, et tu rends le miracle suspect. Ce sont ceux qui manquaient de vin qui auraient dû venir me supplier. » (Saint Jean Chrysostome, Homélie 22 sur saint Jean, traduction française ; original en note)[56]

Pourquoi agit-il alors, après ce refus ? Pour trois raisons : prouver qu'il n'est soumis à aucune heure, puisqu'il agit avant l'heure dite ; ne pas contredire ni couvrir de honte celle qui l'a porté, devant tant de monde ; ne pas paraître impuissant, puisque Marie amène déjà les serviteurs[57]. Comme avec la Cananéenne, à qui il dit d'abord non avant de guérir sa fille, le Christ se laisse fléchir par la persévérance : ceux qui persévèrent, même indignes, se rendent dignes de recevoir.

La réponse de Jean-Paul II : un refus apparent traversé par la foi

Jean-Paul II reconnaît que la réponse « paraît s'entendre comme un refus », avec son affirmation tranchante : « Mon heure n'est pas encore arrivée »[58]. Mais Marie ne se retire pas : elle dit aux serviteurs « Tout ce qu'il vous dira, faites-le », et Jésus fait remplir les jarres. Dans l'Évangile de Jean, l'« Heure » signifie le moment fixé par le Père où le Fils accomplit son œuvre et doit être glorifié (Jn 7, 30 ; 8, 20 ; 12, 23.27 ; 13, 1 ; 17, 1 ; 19, 27)[59]. Et voici le fruit : « À Cana, grâce à l'intercession de Marie et à l'obéissance des serviteurs, Jésus inaugure son heure »[60]. La foi de Marie provoque le premier signe et contribue à susciter la foi des disciples : loin d'être écartée, la Mère est associée à l'inauguration de l'Heure qu'elle semblait devancer.

La théologie de Cana : ce que les noces révèlent

Le mariage confirmé : le Christ y est chez lui

En venant aux noces où il est invité, le Seigneur atteste que le mariage est son institution : il répond d'avance à ceux qui, selon saint Paul, « interdisent le mariage » en prétendant qu'il est mauvais (1 Tm 4, 3)[61]. Augustin ajoute que l'époux de Cana, à qui l'on dit « tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant », représente le Seigneur lui-même, et que le bon vin gardé pour la fin, c'est l'Évangile, que le Christ a gardé jusqu'à maintenant[62]. Le Catéchisme reprend la même lecture en une formule dense :

« Au seuil de sa vie publique, Jésus opère son premier signe, à la demande de sa Mère, lors d'une fête de mariage (cf. Jn 2, 1-11). L'Église accorde une grande importance à la présence de Jésus aux noces de Cana. Elle y voit la confirmation de la bonté du mariage et l'annonce que désormais le mariage sera un signe efficace de la présence du Christ. » (Catéchisme de l'Église catholique, § 1613)[63]

Sur le sacrement lui-même, voir Le mariage. Le premier acte public du Christ n'est ni une prédication ni un exorcisme : c'est la bénédiction d'un mariage par sa présence et par un don.

L'eau et le vin : la Loi qui devient Évangile

Augustin déploie le sens caché du signe : l'eau, c'est la prophétie et l'Écriture ancienne quand le Christ n'y est pas compris ; elle paraît fade, comme l'avoue quiconque lit les prophètes sans y voir le Christ[64]. Quand le Seigneur ouvre l'intelligence, comme aux disciples d'Emmaüs, l'eau devient vin : ce qui était insipide enivre désormais. Et le geste précis compte : s'il avait fait vider les jarres pour y verser un autre vin, il aurait semblé rejeter l'Ancien Testament ; en changeant l'eau elle-même, il montre que l'Ancienne Écriture vient aussi de lui, puisque c'est sur son ordre que les jarres ont été remplies[65]. Faustus de Riez, au Ve siècle, prêche dans le même sens pour l'Épiphanie :

« Par l'action du Christ en Galilée, le vin est fait : la loi se retire et la grâce prend sa place, les ombres s'effacent et la vérité devient présente. Le vin de l'alliance ancienne était bon, mais celui de la nouvelle est meilleur : il a la saveur de la vie. » (Faustus de Riez, Sermon 5 sur l'Épiphanie, traduction française d'après opusdei.org)[66]

Les six jarres et les six âges : toute l'histoire attendait

Pourquoi six jarres ? Parce que, dit Augustin, la Loi s'étend depuis le commencement du monde, et que depuis Adam jusqu'au temps présent se comptent six âges, le sixième étant celui où l'Évangile renouvelle notre esprit : Adam à Noé, Noé à Abraham, Abraham à David (selon la généalogie de Mt 1, 17), David à l'exil de Babylone, l'exil à Jean-Baptiste, et Jean-Baptiste à la fin du monde[67]. Les six jarres figurent ces six âges, qui ne sont pas restés sans prophétie : chaque époque a porté une annonce du Christ pour toutes les nations, Adam figure de celui qui devait venir, Noé et l'arche, Abraham et le bois d'Isaac, David et les psaumes, Daniel et la pierre devenue montagne, Jean-Baptiste et les pierres changées en enfants d'Abraham[68]. Les prophéties sont accomplies, les jarres sont pleines ; pour que l'eau devienne vin, il faut comprendre le Christ dans toute la prophétie. Quant aux « deux ou trois mesures » de chaque jarre, Augustin y lit la Trinité : quand le Père et le Fils sont nommés, l'Esprit, qui est l'amour mutuel des deux, s'entend avec eux ; quand on dit trois, la Trinité s'exprime, comme dans l'ordre du baptême (Mt 28, 19)[69].

Les noces de Dieu avec son peuple : de l'Exode à l'Apocalypse

Cana n'est pas un miracle isolé : il s'inscrit dans la grande image nuptiale qui traverse toute l'Écriture. L'alliance du Sinaï est déjà une alliance d'époux, et les prophètes annoncent le festin des derniers temps où coulera le vin nouveau (Is 25, 6 ; Jl 4, 18 ; Am 9, 13)[70]. Isaïe promet à Jérusalem la joie de l'épousée (Is 62, 4-5), texte que la liturgie fait lire le même dimanche que Cana[71]. Jésus se désigne comme l'Époux dont la présence suspend le jeûne (Mc 2, 19), il raconte le Royaume en noces royales (Mt 22, 1-14), et l'Apocalypse s'achève sur les noces de l'Agneau (Ap 19, 7-9), vers lesquelles toute l'Écriture marche depuis la Genèse[72]. Benoît XVI relie ces fils : le cadre des noces devient l'image qui pointe au-delà d'elle-même vers l'heure messianique, « l'heure du festin de Dieu avec son peuple a commencé dans la venue de Jésus », et la promesse des derniers jours entre dans le présent[73].

Cana annonce l'Eucharistie : le vin nouveau du Royaume

Le signe de Cana regarde vers la Cène : « Le signe de l'eau changée en vin à Cana annonce déjà l'Heure de la glorification de Jésus. Il manifeste l'accomplissement du repas des noces dans le Royaume du Père, où les fidèles boiront le vin nouveau devenu le Sang du Christ »[74]. L'eau des purifications, changée en vin de fête, préfigure le vin de la coupe, changé en Sang de l'alliance : à Cana comme au Cénacle, c'est la même Heure qui s'annonce, et le même Époux qui donne. Voir La Cène.

Marie à Cana : prière, intercession, médiation

Cana est l'Évangile de Marie autant que celui du vin. Le Catéchisme y voit le modèle de sa prière : « À Cana, la mère de Jésus prie son fils pour les besoins d'un repas de noces, signe d'un autre Repas, celui des noces de l'Agneau », et c'est au pied de la Croix qu'elle sera exaucée « comme la Femme, la nouvelle Ève »[75]. Jean-Paul II déploie cette lecture : à Cana se dessine « la maternité nouvelle selon l'esprit », c'est-à-dire « la sollicitude de Marie pour les hommes », qui va au-devant de tous leurs besoins[76]. Le besoin paraît minime, « Ils n'ont pas de vin », mais il a valeur de symbole : secourir la pauvreté humaine, c'est l'introduire dans le rayonnement de la mission messianique[77].

« Marie se situe entre son Fils et les hommes dans la réalité de leurs privations, de leur pauvreté et de leurs souffrances. Elle se place au milieu, c'est-à-dire qu'elle agit en médiatrice non pas de l'extérieur, mais à sa place de mère. [...] Sa médiation a donc un caractère d'intercession : Marie intercède pour les hommes. » (Saint Jean-Paul II, Redemptoris Mater, n. 21)[78]

Cette médiation ne fait pas concurrence à l'unique Médiateur : elle en découle et y ramène, comme l'a défini le Concile, et Cana en est « la première annonce », tout orientée vers le Christ[79]. L'efficacité de cette intercession est montrée par l'Évangile lui-même : « Aux noces de Cana, l'Évangile montre précisément l'efficacité de l'intercession de Marie qui se fait auprès de Jésus le porte-parole des besoins de l'humanité »[80].

Les témoins anciens : qui a écrit Jean, quand, et d'où on le sait

Un article rangé dans une famille biblique doit dire qui a écrit, quand, et d'où on le sait. La position traditionnelle vient d'abord, portée par ses témoins ; les hypothèses tardives sont examinées ensuite, en fin d'article.

Saint Irénée : l'Apôtre à Éphèse

Le témoin décisif est saint Irénée de Lyon, formé par saint Polycarpe, qui avait lui-même connu l'apôtre Jean : « Jean, le disciple du Seigneur, qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui-même un Évangile pendant son séjour à Éphèse, en Asie »[81]. La chaîne ne compte que deux maillons entre l'Apôtre et le témoin : Jean enseigne Polycarpe, Polycarpe enseigne Irénée, qui écrit vers 180. Aucune voix ancienne, même hérétique, ne propose un autre auteur au quatrième évangile.

Clément, Muratori, le canon : la réception unanime

Clément d'Alexandrie, rapporté par Eusèbe, précise l'ordre et le caractère de l'œuvre : les évangiles généalogiques furent écrits les premiers, et « en dernier, Jean, voyant que les faits extérieurs avaient été mis en lumière dans les évangiles, composé, à la demande de ses proches et inspiré par l'Esprit, un évangile spirituel »[82]. Le Fragment de Muratori, plus ancienne liste romaine des Écritures (fin du IIe siècle), reçoit Jean en quatrième évangile[83]. Les conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397) fixent le canon pour l'Église latine, quatre évangiles inclus, et le concile de Trente (session IV, 1546) reçoit les Livres saints « en entier avec toutes leurs parties »[84].

TémoinDateCe qu'il atteste sur Jean
Saint Irénée (via Polycarpe)Vers 180Jean l'Apôtre publie l'Évangile à Éphèse[85]
Clément d'Alexandrie (via Eusèbe)Fin IIe s.Jean écrit le dernier, un « évangile spirituel », inspiré par l'Esprit[86]
Fragment de MuratoriFin IIe s.Jean reçu comme quatrième évangile à Rome[87]
Conciles d'Hippone et Carthage393 et 397Canon des Écritures fixé, quatre évangiles inclus[88]
Concile de Trente, session IV1546Livres saints reçus en entier, avec toutes leurs parties[89]

Datation traditionnelle : Éphèse, fin du premier siècle

La tradition place la rédaction à Éphèse, où Jean termine sa vie, dans les dernières années du premier siècle : après les Synoptiques, dont il suppose les faits connus pour en donner le sens spirituel[90]. Cette datation s'accorde avec la mémoire des Églises d'Asie, avec le ministère éphésien de l'Apôtre et avec la profondeur théologique d'une œuvre de vieillesse apostolique. Sur l'auteur lui-même, voir Saint Jean l'Évangéliste, et sur les trois premiers évangiles, voir Les évangiles synoptiques.

L'Église célèbre Cana : Épiphanie, dimanche, Rosaire

Les trois mystères de l'Épiphanie

Dans l'ancienne liturgie, Cana appartient à la fête de l'Épiphanie avec les mages et le baptême : trois manifestations du même Christ. L'antienne du Magnificat des secondes Vêpres, « Tribus miraculis », les chante ensemble : aujourd'hui l'étoile conduit les mages à la crèche, aujourd'hui l'eau est changée en vin aux noces, aujourd'hui le Christ veut être baptisé par Jean dans le Jourdain[91]. Le rite romain traditionnel garde la trace de cette unité : au deuxième dimanche après l'Épiphanie, l'évangile de la messe est Jn 2, 1-11[92].

Le deuxième dimanche du temps ordinaire (année C)

Le lectionnaire actuel fait lire Cana le 2e dimanche du temps ordinaire de l'année C, avec Isaïe 62, 1-5 en première lecture (Jérusalem épousée, joie de l'époux) et 1 Corinthiens 12, 4-11 en deuxième lecture (la diversité des dons dans l'unité de l'Esprit)[93]. La liturgie unit ainsi les noces de Cana, les noces de Jérusalem et les noces de l'Église : un même dimanche pour un même mystère. Voir Épiphanie (6 janvier) et Baptême du Seigneur.

Le deuxième mystère lumineux

Jean-Paul II a inscrit Cana dans le Rosaire : deuxième mystère lumineux, « son auto-révélation aux noces de Cana », où « le Christ, changeant l'eau en vin, ouvre le cœur des disciples à la foi grâce à l'intervention de Marie, la première des croyantes »[94]. La recommandation de Marie accompagne tout le parcours du Christ :

« La révélation donnée par le Père au Baptême est sur les lèvres de Marie à Cana et devient la grande recommandation que la Mère adresse à l'Église de tous les temps : Faites tout ce qu'il vous dira. C'est une recommandation qui nous fait entrer dans les paroles et dans les signes du Christ, constituant le fond marial de tous les mystères de lumière. » (Saint Jean-Paul II, Rosarium Virginis Mariae, n. 21)[95] À l'exception de Cana, Marie n'apparaît dans ces mystères qu'en arrière-plan : Cana est son mystère en propre.

Kafr Kanna aujourd'hui : les époux en pèlerinage

À Kafr Kanna, l'église franciscaine des Noces accueille les pèlerins et surtout les couples, qui y renouvellent leurs vœux de mariage là où le Christ a béni des noces[96]. La fête du miracle s'y célèbre avec les couples : les paroles de Marie, « Tout ce qu'il vous dira, faites-le », y deviennent une promesse d'époux. Les deux jarres anciennes montrées dans l'église grecque voisine rappellent la piété populaire, même si leur authenticité reste douteuse aux yeux des historiens[97].

Cana est-il vraiment arrivé : l'historicité du signe

Ce que le récit lui-même donne comme garanties

Le récit de Jean porte des marques d'enracinement que n'invente pas une légende tardive. D'abord la précision matérielle : six jarres de pierre, deux à trois mesures chacune, un maître du repas qui goûte, des serviteurs qui savent, un marié qu'on appelle, puis une descente à Capharnaüm avec la Mère, les frères et les disciples[98][99][100]. Ensuite les attaches johanniques : Nathanaël, l'un des Douze, est de Cana (Jn 21, 2), et c'est à Cana que Jésus accomplira son second signe, la guérison à distance du fils du fonctionnaire royal (Jn 4, 46-54)[101]. Enfin l'absence d'intérêt apologétique visible : le signe ne prouve rien contre un adversaire précis, ne fonde aucune institution, ne flatte aucune communauté ; il manifeste la gloire devant les seuls disciples, dans un village sans importance.

Le silence des Synoptiques n'est pas une objection

Cana n'est raconté que par Jean, comme la résurrection de Lazare ou le lavement des pieds : les Synoptiques ignorent aussi ces pages sans que personne n'en conclue qu'elles sont inventées. Clément d'Alexandrie donne la raison de cette complémentarité : Jean écrit le dernier, quand « les faits extérieurs ont été mis en lumière », pour composer un évangile spirituel[102]. Le quatrième évangile comble ce que les trois premiers n'avaient pas raconté, en particulier les débuts en Galilée et les fêtes à Jérusalem. Exiger que chaque fait soit attesté deux fois, c'est exiger des évangélistes ce qu'aucun témoin antique ne fait : raconter tous la même chose.

La foi des premières générations

Aucune voix ancienne, orthodoxe ou hérétique, ne met en doute le miracle de Cana : les manichéens eux-mêmes, que combat Augustin, discutent le sens du « Femme » sans nier le vin[103]. La fête de l'Épiphanie chante le miracle dès les premiers siècles, Faustus de Riez le prêche au Ve siècle[104], et la tradition pèlerine garde le lieu depuis au moins le VIIIe siècle[105]. Une invention tardive, forgée loin des faits, n'aurait laissé ni cette unanimité ni cette liturgie.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Les hypothèses courantes sur Cana

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire Cana autrement que comme un fait. Rudolf Bultmann, en 1941, suggère que l'évangile de Jean repose en partie sur un recueil antérieur de miracles, un hypothétique « évangile des signes » qui aurait circulé avant 70 et que l'évangéliste aurait intégré à son œuvre[106]. Dans cette lecture, le récit de Cana appartiendrait à une collection de sept signes, retravaillée par la communauté johannique pour exprimer sa foi, plutôt qu'au souvenir direct d'un événement. D'autres y ajoutent une datation tardive du quatrième évangile (vers 90-100, voire au IIe siècle pour les positions extrêmes), l'absence de parallèle synoptique comme indice de composition, et une lecture exclusivement symbolique : l'eau et le vin ne raconteraient que le passage de la Loi à l'Évangile, sans fait à l'origine[107].

Quatre limites de méthode

Première limite : une source sans aucun manuscrit. L'« évangile des signes » n'existe dans aucune bibliothèque, aucun papyrus, aucune citation antique : c'est une reconstruction à partir du texte même qu'elle prétend expliquer. On découpe dans Jean ce qui ressemble à un récit de miracle, on baptise le découpage « source », puis on explique Jean par la source : la démonstration tourne en rond. Une hypothèse interprétative, même ingénieuse, n'est pas une découverte.

Deuxième limite : le paradoxe de la datation précoce. Bultmann fait circuler sa source avant 70, soit à moins de quarante ans des faits, dans la génération des témoins. Plus on rapproche le récit des événements, moins l'invention devient vraisemblable : une source précoce rapproche de Cana au lieu d'en éloigner. L'hypothèse, prise au sérieux, affaiblit la thèse qu'elle voulait servir.

Troisième limite : le symbole n'exclut pas le fait. Que Cana signifie le passage de la Loi à l'Évangile, les Pères l'ont dit les premiers, avec plus de profondeur que les modernes[108]. Mais Augustin, Chrysostome et Faustus commentent un fait qui signifie, non un symbole qui remplace : le sens spirituel couronne l'histoire au lieu de la dissoudre. Opposer le symbole au fait, c'est imposer au texte un dilemme que ni l'évangéliste ni ses premiers lecteurs n'ont connu.

Quatrième limite : le présupposé anti-miraculeux. Quand l'historien décide d'avance que l'eau ne peut pas devenir vin, il ne reste que deux issues, la légende pieuse ou le symbole pur, et la conclusion est contenue dans la prémisse. Le catholique n'a pas à accepter ce point de départ : celui qui a fait le vin dans les vignes chaque année peut le faire dans les jarres un jour donné, comme le prêche Augustin dès le Ve siècle[109].

Pourquoi la position traditionnelle reste défendable

Face à ces fragilités, la chaîne traditionnelle tient par sa continuité : Irénée vers 180 par Polycarpe, Clément à la fin du siècle, la liste romaine de Muratori, puis les conciles[110][111][112][113]. Aucune voix ancienne ne propose un autre auteur au quatrième évangile ni un autre commencement aux signes : Cana ouvre la série dans tous les manuscrits, sans variante ni concurrence. Et le détail du récit, jarres, mesures, maître du repas, Capharnaüm, résiste à l'hypothèse d'une composition abstraite : on n'invente pas un témoin sobre qui ignore ce qu'il loue[114]. Le catholique reste donc parfaitement libre de tenir que Jean l'Apôtre, à Éphèse, a raconté le premier signe de son Maître, et que l'eau est vraiment devenue vin.

Pour aller plus loin

Notes

Notes et références

  1. Évangile selon saint Jean, 2, 11, AELF : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »

    1 16 39
  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 1613 (vatican.va) : « Au seuil de sa vie publique, Jésus opère son premier signe, à la demande de sa Mère, lors d'une fête de mariage (cf. Jn 2, 1-11). L'Église accorde une grande importance à la présence de Jésus aux noces de Cana. Elle y voit la confirmation de la bonté du mariage et l'annonce que désormais le mariage sera un signe efficace de la présence du Christ. »

    2 63
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 1335 (vatican.va) : « Le signe de l'eau changée en vin à Cana (cf. Jn 2, 11) annonce déjà l'Heure de la glorification de Jésus. Il manifeste l'accomplissement du repas des noces dans le Royaume du Père, où les fidèles boiront le vin nouveau (cf. Mc 14, 25) devenu le Sang du Christ. »

    3 74
  4. Saint Jean-Paul II, Rosarium Virginis Mariae (16 octobre 2002), n. 16, « Supplier le Christ avec Marie » (vatican.va) : « Aux noces de Cana, l'Évangile montre précisément l'efficacité de l'intercession de Marie qui se fait auprès de Jésus le porte-parole des besoins de l'humanité : "Ils n'ont plus de vin" (Jn 2, 3). »

    4 80
  5. Saint Jean-Paul II, Rosarium Virginis Mariae, n. 21 (vatican.va) : Cana, deuxième mystère lumineux, « son auto-révélation aux noces de Cana » ; « Le début des signes à Cana est un mystère de lumière (cf. Jn 2, 1-12), au moment où le Christ, changeant l'eau en vin, ouvre le cœur des disciples à la foi grâce à l'intervention de Marie, la première des croyantes » ; « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jn 2, 5), « grande recommandation que la Mère adresse à l'Église de tous les temps », « fond marial de tous les mystères de lumière ».

    5 32 94 95
  6. Évangile selon saint Jean, 2, 1, traduction liturgique AELF (aelf.org) : « Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. »

    6 18
  7. Évangile selon saint Jean, 2, 2, AELF : « Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. »

    7
  8. Évangile selon saint Jean, 2, 3, AELF : « Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : Ils n'ont pas de vin. »

    8
  9. Évangile selon saint Jean, 2, 4, AELF : « Jésus lui répond : Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue. »

    9 25
  10. Évangile selon saint Jean, 2, 5, AELF : « Sa mère dit à ceux qui servaient : Tout ce qu'il vous dira, faites-le. »

    10 31
  11. Évangile selon saint Jean, 2, 6, AELF : « Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c'est-à-dire environ cent litres). »

    11 34 98
  12. Évangile selon saint Jean, 2, 7, AELF : « Jésus dit à ceux qui servaient : Remplissez d'eau les jarres. Et ils les remplirent jusqu'au bord. »

    12 35
  13. Évangile selon saint Jean, 2, 8, AELF : « Il leur dit : Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. Ils lui en portèrent. »

    13
  14. Évangile selon saint Jean, 2, 9, AELF : « Et celui-ci goûta l'eau changée en vin. Il ne savait pas d'où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l'eau. Alors le maître du repas appelle le marié »

    14 99
  15. Évangile selon saint Jean, 2, 10, AELF : « et lui dit : Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant. »

    15 37
  16. Évangile selon saint Jean, 2, 12, AELF : « Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils demeurèrent là-bas quelques jours. »

    17 43 100
  17. Livre de l'Exode, 19, 16-18 : le matin du troisième jour, tonnerres et éclairs sur le Sinaï, et le Seigneur descend dans le feu ; le troisième jour comme temps de la théophanie.

    19
  18. Benoît XVI, Jésus de Nazareth, t. 1, p. 250-251 (édition anglaise ; cité d'après la page « Wedding Feast at Cana » d'opusdei.org) : le rattachement exact du « troisième jour » reste discuté, ce qui montre que l'évangéliste vise une référence temporelle symbolique, clef de lecture ; le troisième jour est le temps de la théophanie (Ex 19, 16-18) et préfigure la Résurrection.

    20 42
  19. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Mater (25 mars 1987), n. 21 (vatican.va) : « On pourrait déduire du texte que Jésus et ses disciples furent invités avec Marie, en quelque sorte à cause de la présence de cette dernière à la fête : le Fils semble invité à cause de la Mère. »

    21
  20. Saint Josemaria Escriva, Quand le Christ passe (Christ Is Passing By), n. 141 (cité d'après opusdei.org) : Marie « fut la seule à remarquer que le vin manquait » ; « la grandeur de Dieu vit au niveau des choses ordinaires » ; Jean, seul à raconter Cana, « a compris l'importance » de la présence de Marie au début de la vie publique.

    22 23
  21. Catéchisme de l'Église catholique, § 2618 (vatican.va) : « L'Evangile nous révèle comment Marie prie et intercède dans la foi : à Cana (cf. Jn 2, 1-12) la mère de Jésus prie son fils pour les besoins d'un repas de noces, signe d'un autre Repas, celui des noces de l'Agneau donnant son Corps et son Sang à la demande de l'Église, son Epouse. Et c'est à l'heure de la nouvelle Alliance, au pied de la Croix (cf. Jn 19, 25-27), que Marie est exaucée comme la Femme, la nouvelle Eve, la véritable "mère des vivants". »

    24 75
  22. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Mater, n. 23-24 : récit de Jn 19, 25-27 cité (« Femme, voici ton fils »), et : « il avait aussi employé le même mot pour s'adresser à elle à Cana (cf. Jn 2, 4) ».

    26
  23. Benoît XVI, Jésus de Nazareth, t. 1, p. 251-252 (cité d'après opusdei.org) : l'« heure » désigne la glorification de Jésus, qui rassemble sa Croix, sa Résurrection et sa présence dans le monde par la parole et les sacrements ; l'heure commence au moment de la Croix, quand les agneaux pascals sont immolés.

    27
  24. Saint Augustin, Tractatus in Ioannem 8, 9 (newadvent.org/fathers/1701008.htm). Original : « That in me which works a miracle was not born of you, you gave not birth to my divine nature ; but because my weakness was born of you, I will recognize you at the time when that same weakness shall hang upon the cross. [...] Mine hour is not yet come ; for in that hour I will acknowledge you, when the weakness of which you are the mother comes to hang on the cross. » Puis, sur la Croix : « Woman, behold your son » (Jn 19, 26).

    28 52 53
  25. Saint Jean Chrysostome, Homélie 22 sur saint Jean, sur Jn 2, 4 (newadvent.org/fathers/240122.htm). Trois raisons d'agir malgré le refus : prouver qu'il n'est soumis à aucune heure, honorer sa Mère devant tous, ne pas paraître impuissant ; rapprochement avec la Cananéenne (Mt 15, 26-28).

    29 57
  26. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Mater, n. 21 : « À Cana, grâce à l'intercession de Marie et à l'obéissance des serviteurs, Jésus inaugure "son heure". [...] sa foi en provoque le premier "signe" et contribue à susciter la foi des disciples. »

    30 60
  27. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Mater, n. 46 : « Marie redit continuellement à tous les hommes ce qu'elle disait à Cana de Galilée : "Tout ce qu'il vous dira, faites-le". »

    33
  28. Benoît XVI, Jésus de Nazareth, t. 1, p. 252 (cité d'après opusdei.org) : environ 520 litres de vin pour une fête privée ; le signe de Dieu, c'est la générosité débordante, visible dans la multiplication des pains et au centre de l'histoire du salut ; cette surabondance est sa « gloire ».

    36 40
  29. Saint Jean Chrysostome, Homélie 22 sur saint Jean : l'évangéliste ne fait pas témoigner les convives, mais le maître du repas, l'homme le plus sobre de la fête, qui n'avait encore rien goûté ; le Seigneur dit « portez-en au maître du repas », non « versez aux convives ».

    38 50 114
  30. La suite des jours en Jn 1, 19-2, 1 : témoignage du Baptiste (Jn 1, 19-28), « le lendemain » (Jn 1, 29 et 1, 35), le jour de l'appel de Philippe et Nathanaël suivi du départ pour la Galilée (Jn 1, 43), puis « le troisième jour » des noces (Jn 2, 1).

    41
  31. Catholic Encyclopedia, article « Cana » (newadvent.org/cathen/03226a.htm) : Cana mentionnée trois fois par Jean (2 ; 4, 46 ; 21, 2), jamais par les Synoptiques ; tradition de Kefr Kenna remontant au moins au VIIIe siècle ; église des Croisades aujourd'hui aux franciscains, grande église neuve et fouilles ; église grecque voisine avec deux jarres dont l'authenticité est douteuse ; fontaine du village.

    44 48 97 105
  32. Sanctuaire du premier miracle à Kafr Kanna, sous la garde des franciscains de la Custodie de Terre Sainte, présents à Cana depuis trois siècles ; les couples pèlerins y renouvellent leurs vœux de mariage.

    45 96
  33. Site de Khirbet Qana, à une douzaine de kilomètres au nord-ouest de Nazareth : fouilles de Douglas Edwards depuis 1998, poursuivies par Tom McCollough, avec des indices d'un lieu de culte chrétien ancien ; pèlerins signalés dès le XIIe siècle ; tradition longtemps majoritaire avant le XVIIe siècle.

    46
  34. Flavius Josèphe, Vie, 16 : mention d'un village nommé Cana en Galilée (cité d'après les dictionnaires bibliques anglophones).

    47
  35. Les noces duraient sept jours de fête en Israël (voir les noces de Samson, Jg 14, 12).

    49
  36. Saint Augustin, Tractatus in Ioannem 8, 5-7 : contre les manichéens qui nient la maternité de Marie à partir du « Femme » ; Jean dit les deux choses ensemble (« la mère de Jésus était là » et la réponse), il faut croire les deux et chercher le sens au lieu de mutiler le texte.

    51 103
  37. Saint Augustin, Tractatus in Ioannem 8, 10-12 : contre les astrologues qui soumettaient le Christ au destin ; « J'ai le pouvoir de donner ma vie et de la reprendre » (Jn 10, 18) ; l'heure viendra « non par nécessité, mais par volonté, non par condition, mais par puissance ».

    54
  38. Saint Jean Chrysostome, Homélie 22 sur saint Jean (newadvent.org/fathers/240122.htm). Original : « Christ did not say, Mine hour is not yet come, as being subject to the necessity of seasons, or the observance of an hour ; how can He be so, who is Maker of seasons, and Creator of the times and the ages ? » Rapprochement de Jn 7, 30 ; 8, 20 ; 17, 1.

    55
  39. Saint Jean Chrysostome, Homélie 22 sur saint Jean. Original : « I ought not to have been told it from you ; you are My mother, and renderest the miracle suspicious. They who wanted the wine should have come and besought Me. »

    56
  40. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Mater, n. 21 : la réponse « paraît s'entendre comme un refus (surtout si l'on considère, plus que la question, l'affirmation tranchante : Mon heure n'est pas encore arrivée) » ; cette « heure » signifie « le moment fixé par le Père où le Fils accomplit son œuvre et doit être glorifié (cf. Jn 7, 30 ; 8, 20 ; 12, 23. 27 ; 13, 1 ; 17, 1 ; 19, 27) ».

    58 59
  41. Saint Augustin, Tractatus in Ioannem 9, 2 (newadvent.org/fathers/1701009.htm) : en venant aux noces, le Seigneur atteste que le mariage est son institution, contre ceux qui interdisent le mariage (1 Tm 4, 3) ; l'époux à qui l'on dit « tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant » représente le Seigneur ; le bon vin gardé, c'est l'Évangile.

    61 62
  42. Saint Augustin, Tractatus in Ioannem 9, 3-5 : l'eau, c'est la prophétie sans le Christ (voile de 2 Co 3, 14-16) ; en changeant l'eau elle-même au lieu de la remplacer, le Christ montre que l'Ancien Testament vient aussi de lui ; l'eau devient vin quand il ouvre l'intelligence des Écritures, comme à Emmaüs.

    64 65 108
  43. Faustus de Riez (Ve siècle), Sermon 5 sur l'Épiphanie (cité d'après la page « Wedding Feast at Cana » d'opusdei.org) : troisième jour et noces de la confession trinitaire ; l'eau du baptême change l'homme de l'intérieur ; « la loi se retire et la grâce prend sa place », le vin nouveau de l'Évangile a « la saveur de la vie ».

    66 104
  44. Saint Augustin, Tractatus in Ioannem 9, 6 : les six jarres figurent les six âges, d'Adam à Noé, de Noé à Abraham, d'Abraham à David (Mt 1, 17), de David à l'exil de Babylone, de l'exil à Jean-Baptiste, et de Jean-Baptiste à la fin du monde ; le sixième âge est celui du renouvellement par l'Évangile.

    67
  45. Saint Augustin, Tractatus in Ioannem 9, 10-16 : chaque âge porte une prophétie du Christ pour toutes les nations (Adam et Ève selon Ep 5, 31-32 ; Noé et l'arche ; Abraham et Isaac portant le bois ; David et les psaumes ; Daniel et la pierre de Dn 2, 34-35 ; Jean-Baptiste et les pierres changées en enfants d'Abraham, Mt 3, 9).

    68
  46. Saint Augustin, Tractatus in Ioannem 9, 7-8 : « deux ou trois mesures » figurent la Trinité ; quand le Père et le Fils sont nommés, l'Esprit s'entend avec eux ; quand on dit trois, elle s'exprime (Mt 28, 19 : baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit).

    69
  47. Le festin eschatologique (Is 25, 6), le vin nouveau des derniers temps (Jl 4, 18 ; Am 9, 13), les noces royales du Royaume (Mt 22, 1-14), les noces de l'Agneau (Ap 19, 7-9).

    70
  48. Livre d'Isaïe, 62, 4-5 : Jérusalem appelée « Ma-Préférence », et « comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu » ; première lecture du dimanche où l'Église lit Cana.

    71
  49. Catéchisme de l'Église catholique, § 1612 (vatican.va, dans la même section) : l'alliance nuptiale de Dieu avec Israël a préparé l'alliance nouvelle où le Fils « s'est uni d'une certaine façon toute l'humanité sauvée par lui », préparant « les noces de l'Agneau » (Ap 19, 7. 9).

    72
  50. Benoît XVI, Jésus de Nazareth, t. 1, p. 252-253 (cité d'après opusdei.org) : les noces deviennent l'image de l'heure messianique, « l'heure du festin de Dieu avec son peuple a commencé dans la venue de Jésus » ; lien avec Mc 2, 19 (l'Époux au milieu des siens) ; l'eau des purifications devenue vin montre l'accomplissement intérieur de la Loi.

    73
  51. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Mater, n. 21 : à Cana « se dessine ce qui se manifeste concrètement comme la maternité nouvelle selon l'esprit et non selon la chair, c'est-à-dire la sollicitude de Marie pour les hommes, le fait qu'elle va au-devant de toute la gamme de leurs besoins ».

    76
  52. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Mater, n. 21 : « Il y a donc une médiation : Marie se situe entre son Fils et les hommes dans la réalité de leurs privations, de leur pauvreté et de leurs souffrances. [...] Sa médiation a donc un caractère d'intercession : Marie "intercède" pour les hommes. Non seulement cela : en tant que Mère, elle désire aussi que se manifeste la puissance messianique de son Fils. »

    77 78
  53. Saint Jean-Paul II, Redemptoris Mater, n. 22 : Cana présente « comme une première annonce de la médiation de Marie, tout orientée vers le Christ et tendue vers la révélation de sa puissance salvifique », selon Lumen Gentium 60-62 (l'unique médiation du Christ, 1 Tm 2, 5).

    79
  54. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, éd. Ante-Nicene Fathers I, texte anglais sur newadvent.org : « Matthew also issued a written Gospel among the Hebrews in their own dialect, while Peter and Paul were preaching at Rome [...] Afterwards, John, the disciple of the Lord, who also had leaned upon His breast, did himself publish a Gospel during his residence at Ephesus in Asia. »

    81 85 110
  55. Clément d'Alexandrie, Hypotyposes, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14, 7 (newadvent.org/fathers/250106.htm). Texte anglais vérifié : « last of all, John, perceiving that the external facts had been made plain in the Gospel, being urged by his friends, and inspired by the Spirit, composed a spiritual Gospel ».

    82 86 102 111
  56. Fragment de Muratori, fin du IIe siècle (Rome) : plus ancienne liste latine des écrits du Nouveau Testament ; elle reçoit les quatre Évangiles (Luc nommé troisième, Jean quatrième).

    83 87 112
  57. Conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397) : fixation du canon des Écritures pour l'Église latine, quatre Évangiles inclus ; confirmé par le concile de Trente, session IV (1546), qui reçoit les Livres saints « en entier avec toutes leurs parties ».

    84 88 89 113
  58. Datation traditionnelle : Éphèse, fin du premier siècle, après les Synoptiques ; d'après Irénée (séjour éphésien de Jean) et Clément (Jean écrit le dernier) ; mémoire constante des Églises d'Asie.

    90
  59. Antienne « Tribus miraculis » du Magnificat des secondes Vêpres de l'Épiphanie : ce jour orné de trois miracles, l'étoile conduit les mages, l'eau devient vin aux noces, le Christ est baptisé dans le Jourdain.

    91
  60. Missel romain traditionnel, deuxième dimanche après l'Épiphanie : l'évangile de la messe est Jn 2, 1-11.

    92
  61. Lectionnaire romain actuel, 2e dimanche du temps ordinaire, année C : première lecture Is 62, 1-5, deuxième lecture 1 Co 12, 4-11, évangile Jn 2, 1-11.

    93
  62. Nathanaël de Cana (Jn 21, 2), compté parmi les Douze comme Barthélemy ; second signe accompli à Cana, la guérison du fils du fonctionnaire royal (Jn 4, 46-54).

    101
  63. Rudolf Bultmann, hypothèse de l'« évangile des signes » (Semeia-Quelle) formulée en 1941 : un recueil antérieur de miracles, circulant avant 70, intégrant les sept signes des chapitres 1 à 12 de Jean, dont Cana.

    106
  64. Datations proposées par une partie de l'exégèse contemporaine : quatrième évangile vers 90-100, parfois au IIe siècle ; récit de Cana lu comme une composition de la communauté johannique, sans souvenir direct à l'origine.

    107
  65. Saint Augustin, Tractatus in Ioannem 8, 1 et 9, 1 : celui qui fit le vin à Cana fait le vin chaque année dans les vignes ; les œuvres quotidiennes de Dieu dans la création, devenues ordinaires par leur retour, sont plus grandes que le signe des jarres.

    109