La pauvreté n'est pas, pour l'Église, un simple problème économique à résoudre ni un thème parmi d'autres de la vie sociale : elle est un lieu où le Christ se laisse reconnaître, et le pauvre est l'objet d'un « amour de préférence » qui, selon le Catéchisme, accompagne l'Église « depuis les origines »[1]. C'est pourquoi le souci des pauvres traverse toute la doctrine sociale, depuis les prophètes d'Israël jusqu'à Evangelii Gaudium, sous le nom devenu classique d'« option préférentielle pour les pauvres ».
Mais le mot pauvreté est piégé : il recouvre des réalités opposées. Il y a la misère qui écrase et qu'il faut combattre ; il y a la pauvreté de condition, simple sobriété d'une vie sans superflu ; il y a la pauvreté évangélique librement embrassée par amour du Christ ; et il y a la pauvreté de cœur que les Béatitudes proclament bienheureuse. Confondre ces sens conduit aux pires contresens — soit canoniser la misère comme si elle était sainte, soit mépriser le pauvre réel au nom d'une spiritualité désincarnée. Cet article distingue ces sens, puis traite la pauvreté comme thème de la doctrine sociale : le regard de l'Écriture et des Pères, la naissance et le sens exact de l'option préférentielle, le lien entre misère, justice et « structures de péché », et enfin la profondeur spirituelle du pauvre comme visage du Christ.
Plusieurs aspects voisins ont leur article propre, vers lesquels on renvoie sans les redoubler : la pauvreté évangélique comme conseil et chemin spirituel, ce qu'en disent les saints et les erreurs fréquentes à son sujet ; la destination universelle des biens et la propriété privée ; la solidarité, le salaire juste, le bien commun et la dignité de la personne humaine.
De quelle pauvreté parle-t-on ? Un mot, quatre réalités
La première erreur, en parlant de pauvreté, est de croire qu'on parle d'une seule chose. La langue française use d'un mot unique là où la tradition spirituelle et sociale distingue soigneusement plusieurs réalités, dont certaines sont des maux à abolir et d'autres des biens à rechercher. Sans cette distinction, tout le discours de l'Église devient incompréhensible : on lui fait dire à la fois qu'il faut vaincre la pauvreté et qu'il faut l'aimer, ce qui paraît contradictoire tant qu'on n'a pas vu qu'il ne s'agit pas de la même pauvreté.
La misère : un mal contre lequel il faut lutter
La misère — la privation des biens nécessaires à une vie digne : pain, toit, soin, travail, éducation, sécurité — n'est jamais présentée par l'Église comme un bien. Elle est un mal, conséquence du péché du monde, qui défigure l'image de Dieu dans l'homme. Le Catéchisme parle de « la misère humaine sous ses formes multiples » — « le dénuement matériel, l'oppression injuste, les maladies physiques et psychiques, et enfin la mort » — comme du « signe manifeste de la condition native de faiblesse où l'homme se trouve depuis le premier péché »[2]. Loin de la sacraliser, l'Église affirme avoir « sans cesse travaillé à les soulager, les défendre et les libérer »[3].
« Une telle économie tue. Il n'est pas possible que le fait qu'une personne âgée réduite à vivre dans la rue meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en bourse en soit une. » — Pape François, Evangelii Gaudium, n° 53[4]
Combattre la misère n'est donc pas une option facultative ni un simple programme politique : c'est une exigence de l'Évangile. C'est pour cela que l'Église a couvert le monde d'hôpitaux, d'orphelinats, de soupes populaires et d'œuvres de bienfaisance, et qu'elle juge sévèrement toute organisation sociale qui produit ou tolère délibérément la misère.
La pauvreté de condition : la sobriété de la vie ordinaire
À distinguer de la misère, il y a la pauvreté de condition : la vie modeste, sans luxe ni superflu, qui fut et reste celle de la majorité des hommes. Elle n'est pas en soi un mal — le Christ lui-même l'a choisie, naissant dans une étable et vivant du travail de ses mains. Une vie sobre, libre du superflu, peut même être un terrain favorable à la vie intérieure. Le danger n'apparaît que lorsque cette pauvreté de condition bascule dans la misère, c'est-à-dire lorsque manque le nécessaire. L'Église ne demande pas l'égalité matérielle absolue, mais que personne ne manque du nécessaire et que tous aient accès aux biens requis par leur dignité.
La pauvreté évangélique : un manque librement choisi par amour
La pauvreté évangélique est d'un tout autre ordre : ce n'est pas un manque subi, mais un dépouillement librement choisi par amour du Christ, jusqu'au vœu de pauvreté dans la vie religieuse. Elle est l'objet d'un article propre — Comment grandir dans la pauvreté évangélique — et l'on y renvoie pour son sens, ses degrés et sa pratique. On notera seulement ici le paradoxe fécond : celui qui choisit la pauvreté par amour devient souvent le plus ardent défenseur de ceux qui la subissent. François d'Assise, dépouillé de tout, embrasse le lépreux ; Vincent de Paul, libre des richesses, organise le secours des galériens et des enfants abandonnés. La pauvreté choisie rend libre pour servir la pauvreté subie.
La pauvreté de cœur : la béatitude
Enfin, la pauvreté de cœur — la « pauvreté en esprit » — est la disposition intérieure de celui qui ne met pas sa sécurité dans les biens, mais dans Dieu seul. C'est elle que la première Béatitude proclame bienheureuse :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » — Évangile selon saint Matthieu 5, 3[5]
Cette pauvreté de cœur peut habiter un riche détaché comme un pauvre révolté peut en être dépourvu : elle est affaire de rapport intérieur aux biens, non de compte en banque. Pour son chemin pratique, voir Comment grandir dans le détachement.
| Sens du mot « pauvreté » | Ce que c'est | Valeur | Réponse de l'Église |
|---|---|---|---|
| La misère | Privation du nécessaire (faim, sans-abri, exclusion) | Un mal à abolir | Justice et charité : soulager, défendre, libérer |
| La pauvreté de condition | Vie sobre, sans superflu | Neutre, voire favorable | Veiller à ce qu'elle ne sombre pas dans la misère |
| La pauvreté évangélique | Dépouillement librement choisi par amour | Un bien, un conseil | Admirer, encourager, protéger (vie consacrée) |
| La pauvreté de cœur | Détachement intérieur, sécurité en Dieu | Une béatitude | Proposer à tous, riches et pauvres |
« Heureux, vous les pauvres » : éviter le contresens
Un piège d'interprétation guette ici. Saint Luc écrit : « Heureux, vous les pauvres »[6], tandis que saint Matthieu précise : « Heureux les pauvres de cœur »[7]. Faut-il conclure que la misère elle-même est béatifiante, ou au contraire que seule compte une disposition spirituelle désincarnée ? Ni l'un ni l'autre. La tradition catholique tient les deux versets ensemble : le pauvre réel, concret, est aimé de Dieu et destinataire privilégié de l'Évangile (Luc) ; mais ce qui sauve n'est pas la privation matérielle comme telle, c'est la pauvreté de cœur qui s'ouvre à Dieu (Matthieu). Le pauvre est bienheureux non parce qu'il manque de pain — Dieu veut qu'il ne manque pas du nécessaire — mais parce que sa pauvreté l'incline à attendre tout de Dieu. Mépriser le pauvre réel au nom de la « pauvreté en esprit », ou sacraliser la misère au nom de la béatitude, sont deux trahisons symétriques de l'Évangile.
Le regard de l'Écriture sur le pauvre
L'attention au pauvre n'est pas une invention moderne ni une mode politique : elle est inscrite au cœur de la Révélation, de la Loi de Moïse aux Évangiles. Le Dieu de la Bible se présente constamment comme le défenseur du faible contre le fort.
L'Ancien Testament : Dieu défenseur de l'opprimé
Dès la Loi, Israël reçoit l'ordre de protéger « la veuve, l'orphelin et l'étranger » — les trois figures du sans-défense — et de ne pas exploiter le pauvre. La Loi institue le glanage (laisser aux pauvres ce qui reste après la moisson), l'année sabbatique et le jubilé (remise des dettes, libération des esclaves, restitution des terres), qui inscrivent dans la structure sociale d'Israël un mécanisme régulier contre l'appauvrissement durable[8]. Les prophètes — Amos, Isaïe, Jérémie — font du traitement des pauvres le critère même de la fidélité à Dieu : un culte qui s'accompagne de l'injustice envers le pauvre est en horreur au Seigneur[9]. De ce terreau naît la figure des anawim, les « pauvres de Yahvé » : ceux qui, dépouillés de tout appui humain, n'attendent leur salut que de Dieu — Marie, dans le Magnificat, en est la voix accomplie.
Le Christ pauvre et l'Évangile annoncé aux pauvres
Le Christ inaugure sa mission à la synagogue de Nazareth en s'appliquant la prophétie d'Isaïe :
« L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu'ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés. » — Évangile selon saint Luc 4, 18[10]
Lui-même choisit la pauvreté : il naît dans une mangeoire, n'a « pas où reposer la tête » (Mt 8, 20), et meurt dépouillé de ses vêtements. Saint Paul en tire la loi du don : le Christ, « lui qui est riche, il s'est fait pauvre », afin que nous devenions riches par sa pauvreté[11]. Le Catéchisme résume : l'amour de l'Église pour les pauvres « s'inspire de l'Évangile des Béatitudes, de la pauvreté de Jésus et de son attention aux pauvres »[12].
Le Jugement dernier : le pauvre, critère du salut
Nulle part le lien entre le pauvre et le Christ n'est plus radical que dans le discours sur le Jugement dernier. Les élus et les damnés sont séparés sur un seul critère : ce qu'ils ont fait, ou non, au plus petit.
« Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » — Évangile selon saint Matthieu 25, 40[13]
Ce verset est le fondement de toute la doctrine de l'amour des pauvres : le pauvre n'est pas seulement un objet de pitié, il est le sacrement du Christ, sa présence cachée. C'est « à ce qu'ils auront fait pour les pauvres que Jésus Christ reconnaîtra ses élus »[14].
Lazare et le mauvais riche : l'aveuglement de l'abondance
La parabole de Lazare (Lc 16, 19-31) met en scène, non un riche cruel, mais un riche distrait : il ne maltraite pas Lazare, il ne le voit pas. Le pauvre gît à sa porte, couvert d'ulcères[15], et l'abondance a rendu le riche aveugle. Le renversement est saisissant : dans l'Évangile, le pauvre a un nom — Lazare — et le riche reste anonyme. Aux yeux de Dieu, c'est le pauvre méprisé qui a une identité éternelle. La parabole avertit que le péché contre le pauvre est souvent un péché d'omission : non ce qu'on lui fait, mais ce qu'on ne voit pas.
« Des pauvres, vous en aurez toujours » : ni fatalisme ni alibi
Une parole du Christ est souvent détournée en alibi : « Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours »[16]. On en tire parfois un fatalisme commode : à quoi bon lutter, la pauvreté est inévitable. C'est un contresens. Le Christ cite ici le Deutéronome, où la même constatation — « le malheureux ne disparaîtra pas de ce pays » — débouche immédiatement sur un ordre : « tu ouvriras tout grand ta main pour ton frère quand il est, dans ton pays, pauvre et malheureux »[17]. La permanence du pauvre n'est pas une excuse à l'inaction, c'est la garantie d'une occasion permanente d'aimer. Tant qu'il y aura des pauvres, il y aura un lieu où servir le Christ.
L'amour des pauvres dans la Tradition de l'Église
L'amour des pauvres « fait partie de la tradition constante » de l'Église[18]. Loin d'être une nouveauté du XXᵉ siècle, il s'enracine dans les Pères, les diacres des premiers siècles et l'immense cohorte des saints de la charité.
Les Pères : la justice avant la charité
Les Pères de l'Église ont sur les biens un langage d'une vigueur que l'on oublie souvent. Pour eux, donner au pauvre n'est pas d'abord une générosité, c'est une restitution. Saint Jean Chrysostome le dit sans détour :
« Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c'est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs. » — Saint Jean Chrysostome, cité par le Catéchisme, § 2446[19]
Saint Grégoire le Grand abonde : « Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne leur faisons point de largesses personnelles, mais leur rendons ce qui est à eux. Nous remplissons bien plus un devoir de justice que nous n'accomplissons un acte de charité. »[20] Saint Ambroise et saint Basile tiennent le même langage sur le superflu dû au pauvre. Ce socle patristique — qui relève en propre de la destination universelle des biens — fonde une vérité que la doctrine sociale répétera : il faut d'abord satisfaire à la justice avant d'offrir comme charité ce qui est déjà dû[21].
Les diacres et « les trésors de l'Église »
Dès les Actes des Apôtres, le service des pauvres (le « service des tables ») est si essentiel qu'on institue pour lui les sept premiers diacres (Ac 6). Trois siècles plus tard, l'archidiacre saint Laurent († 258), sommé par le préfet de Rome de livrer les « trésors de l'Église », rassemble les pauvres, les infirmes et les estropiés et déclare : « Voici les trésors de l'Église. » La tradition voit dans ce geste l'expression la plus pure de la conviction chrétienne : la vraie richesse de l'Église, ce sont ses pauvres[22].
Les saints de la charité
À travers les siècles, des fondateurs et des saints ont organisé le secours du pauvre à une échelle inouïe : saint Basile et son Basiliade (l'un des premiers grands ensembles hospitaliers) ; saint Jean de Dieu et les Frères hospitaliers ; saint Camille de Lellis auprès des malades ; saint Vincent de Paul († 1660), « apôtre de la charité », organisant les Confréries, les Filles de la Charité, le secours des Enfants trouvés et des galériens ; sainte Jeanne Jugan et les Petites Sœurs des pauvres ; sainte Teresa de Calcutta († 1997) ramassant les mourants dans les rues de Calcutta pour qu'ils puissent mourir entourés d'amour et de soins, avec dignité. Cette histoire vivante de la charité organisée donne corps à ce que la doctrine énonce ensuite en principes — et l'on en trouve le détail dans l'article La charité de l'Église.
La pauvreté dans la doctrine sociale : l'option préférentielle pour les pauvres
La doctrine sociale moderne a donné à cet héritage millénaire un nom et une formulation précise : l'option préférentielle pour les pauvres. L'expression est récente, mais elle ne fait que nommer une constante évangélique.
Naissance d'une expression
La formule naît en Amérique latine. La conférence de l'épiscopat latino-américain (CELAM) à Medellín (1968) appelle l'Église à donner « la préférence effective aux secteurs les plus pauvres » ; c'est à Puebla (1979), en présence de Jean-Paul II, que la formule « option préférentielle pour les pauvres » est consacrée[23]. Jean-Paul II la reprend, la purifie de toute lecture idéologique et l'intègre dans le magistère universel, notamment dans Sollicitudo Rei Socialis (1987). Il s'agit donc d'une expression née d'un terrain pastoral concret, puis assumée et clarifiée par le magistère central — un mouvement comparable à celui qu'a connu le mot « solidarité ».
Le sens exact : une priorité dans la charité, non une idéologie
Le risque, avec une telle formule, était double : soit la diluer en slogan, soit la durcir en lutte des classes. Jean-Paul II en a donné la définition de référence, qui écarte les deux dérives :
« Il s'agit de l'option ou amour préférentiel pour les pauvres. C'est là une option, ou une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne, dont témoigne toute la tradition de l'Église. » — Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 42[24]
Trois précisions sont décisives. D'abord, c'est une option, non une exclusion : aimer préférentiellement le pauvre ne signifie pas haïr le riche, mais reconnaître que le plus démuni a une urgence que la charité ne peut ignorer. Ensuite, c'est une priorité dans la charité, non un programme partisan : elle ne s'identifie à aucun parti, à aucune révolution. Enfin, elle « témoigne de toute la tradition de l'Église » : ce n'est pas une concession à l'air du temps, mais l'explicitation de l'Évangile lui-même.
Le Catéchisme : l'amour de préférence
Le Catéchisme consacre une section entière à « l'amour des pauvres » (§ 2443-2449). Il y enracine l'option préférentielle dans la compassion du Christ pour la misère :
« La misère humaine […] a attiré la compassion du Christ Sauveur qui a voulu la prendre sur lui et s'identifier aux "plus petits d'entre ses frères". C'est pourquoi ceux qu'elle accable sont l'objet d'un amour de préférence de la part de l'Église. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2448[25]
Le Catéchisme précise aussitôt les exigences concrètes : les œuvres de miséricorde corporelles (nourrir, vêtir, accueillir, visiter), le devoir de l'aumône, et l'avertissement contre « l'amour immodéré des richesses ou leur usage égoïste »[26].
Le Compendium : une sollicitude qui découle de la destination des biens
Le Compendium de la doctrine sociale de l'Église (2004) rattache l'option préférentielle au principe de la destination universelle des biens : « Le principe de la destination universelle des biens requiert d'accorder une sollicitude particulière aux pauvres, à ceux qui se trouvent dans des situations de marginalité. »[27] L'option pour les pauvres y est présentée comme une « forme spéciale de priorité » dans l'exercice de la charité, qui « concerne la vie de chaque chrétien » et s'étend aux « nouvelles pauvretés » — solitude, drogue, perte du sens — autant qu'à la pauvreté matérielle[28].
Le pape François : une « catégorie théologique » et une « Église pauvre pour les pauvres »
Le pape François a donné à ce thème une intensité nouvelle. Dans Evangelii Gaudium (2013), il affirme le lien indissoluble de la foi et des pauvres — « les pauvres sont les destinataires privilégiés de l'Évangile »[29] — et il pousse l'option préférentielle jusqu'à sa racine surnaturelle :
« Pour l'Église, l'option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d'être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. […] C'est pourquoi je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner. » — Pape François, Evangelii Gaudium, n° 198[30]
L'option pour les pauvres n'est donc pas, dans la pensée catholique, une posture sociologique : elle est théologique, parce que dans le pauvre c'est « un reflet de Jésus-Christ » qui se donne à reconnaître. Le pauvre n'est pas seulement celui que l'on aide ; il est aussi celui qui évangélise, par qui Dieu communique « une mystérieuse sagesse ».
| Étape | Date | Apport sur la pauvreté |
|---|---|---|
| Rerum Novarum (Léon XIII) | 1891 | L'État doit avoir « une sollicitude particulière » pour les faibles et les indigents[31] |
| Mater et Magistra (Jean XXIII) | 1961 | Le développement doit profiter à tous, écart riches/pauvres à réduire |
| Conférence de Medellín (CELAM) | 1968 | Préférence effective pour « les secteurs les plus pauvres » |
| Octogesima Adveniens (Paul VI) | 1971 | « Option préférentielle » en germe ; appel à l'action pour la justice[32] |
| Conférence de Puebla (CELAM) | 1979 | Consécration de la formule « option préférentielle pour les pauvres » |
| Sollicitudo Rei Socialis (Jean-Paul II) | 1987 | Définition magistérielle de référence (n° 42) ; « structures de péché » |
| Catéchisme de l'Église catholique | 1992 | « L'amour des pauvres » (§ 2443-2449) ; « amour de préférence » |
| Compendium de la doctrine sociale | 2004 | Synthèse (§ 182-184) rattachée à la destination universelle des biens |
| Evangelii Gaudium (François) | 2013 | Option pour les pauvres comme « catégorie théologique » ; « Église pauvre pour les pauvres » |
La boussole catholique : ni théologie de la libération marxisée, ni réduction sociologique
L'option préférentielle a été, au XXᵉ siècle, l'objet d'une bataille d'interprétation. Une certaine théologie de la libération a voulu la lire à travers la grille marxiste de la lutte des classes, faisant du pauvre une « classe » en lutte et de l'Évangile un programme révolutionnaire. Le magistère a répondu avec netteté : les deux Instructions de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Libertatis Nuntius (1984) et Libertatis Conscientia (1986), ont salué le souci authentique des pauvres tout en condamnant l'emprunt à « des concepts empruntés à diverses courants de la pensée marxiste »[33]. L'option pour les pauvres n'est ni une idéologie de combat, ni, à l'inverse, une simple cause humanitaire vidée de Dieu. Elle est théologique et spirituelle avant d'être sociale : on aime le pauvre parce qu'on y voit le Christ, et c'est cette charité — non la haine du riche — qui transforme aussi les structures injustes.
Misère, justice et « structures de péché »
L'amour des pauvres ne se réduit pas au soulagement individuel de la misère ; il interroge aussi les structures qui la produisent. Sur ce point, la doctrine sociale tient ensemble deux exigences que l'on oppose souvent à tort : la charité et la justice.
Le cri du pauvre et le devoir de justice
L'aumône soulage la misère présente, mais elle ne suffit pas si l'organisation sociale elle-même fabrique des pauvres. Le Catéchisme, citant le concile, met en garde : « Il faut satisfaire d'abord aux exigences de la justice, de peur que l'on n'offre comme don de la charité ce qui est déjà dû en justice. »[34] Autrement dit, on ne peut se donner bonne conscience par quelques dons tout en maintenant un salaire injuste ou en privant les travailleurs de leurs droits. La charité est l'âme de la justice, mais elle ne la remplace pas.
Les « structures de péché »
Jean-Paul II a forgé, dans Sollicitudo Rei Socialis, la notion de « structures de péché » : des mécanismes économiques, politiques et culturels qui, nés de péchés personnels (la « soif exclusive du profit » et la « soif du pouvoir »), finissent par s'enraciner et produire la misère presque automatiquement, en « conditionnant la conduite des hommes »[35]. Cette notion est précieuse parce qu'elle évite deux erreurs symétriques : croire que la pauvreté n'a que des causes individuelles (il suffirait que les pauvres travaillent), ou croire qu'elle n'a que des causes structurelles (il suffirait de changer le système). Le péché du monde est personnel ET structurel ; et l'on ne réforme les structures qu'en convertissant aussi les cœurs.
Les nouvelles pauvretés
La pauvreté ne se mesure pas qu'en revenus. Le Compendium et les papes récents insistent sur les « nouvelles pauvretés » : la solitude des personnes âgées, l'exclusion, la perte du sens, les dépendances, le déracinement des migrants, la précarité affective et spirituelle des sociétés d'abondance. « On considère l'être humain en lui-même comme un bien de consommation, qu'on peut utiliser et ensuite jeter », dénonce François en parlant de la « culture du déchet »[36]. Une société peut être matériellement riche et spirituellement misérable. L'option pour les pauvres concerne donc aussi ces formes invisibles de dénuement — sans jamais oublier, prévient l'Église, que la misère matérielle reste le premier scandale à combattre.
La pauvreté, lieu théologique : le Christ dans le pauvre
Tout ce qui précède culmine dans une affirmation que la sociologie ne peut pas faire et que seule la foi ose : le pauvre est un lieu théologique, c'est-à-dire un lieu où Dieu se révèle. Ce n'est pas une métaphore pieuse, mais la conséquence directe de Matthieu 25.
Reconnaître le visage du Christ
Servir le pauvre, ce n'est pas seulement faire le bien : c'est rencontrer le Christ. La grande tradition mystique de la charité — de saint Martin partageant son manteau avec un mendiant qui se révèle être le Christ, jusqu'à Mère Teresa voyant en chaque mourant « Jésus sous le visage affligeant du pauvre » — repose tout entière sur cette identification. C'est pourquoi l'Église refuse de réduire le service du pauvre à de la philanthropie : la philanthropie aide un semblable ; la charité chrétienne adore le Christ caché dans le plus petit.
Évangéliser et se laisser évangéliser par les pauvres
Le pauvre n'est pas seulement destinataire de l'Évangile ; il en est aussi, mystérieusement, le maître. « Ils ont beaucoup à nous enseigner », écrit François[37]. Le pauvre, dépouillé des sécurités humaines, enseigne au riche la vérité de sa propre fragilité, l'urgence de l'essentiel, et la béatitude de ne rien posséder qui ne vienne de Dieu. C'est en ce sens que l'option pour les pauvres n'appauvrit pas l'Église : elle l'évangélise. Une Église qui s'éloigne des pauvres s'éloigne du Christ ; une Église qui les sert se laisse convertir par eux.
De l'aumône à la conversion du regard
La réponse concrète à la pauvreté reste, pour chaque chrétien, l'éventail des œuvres de miséricorde et la pratique de l'aumône — non comme un geste de supériorité, mais comme une restitution et une rencontre. Pour le chemin pratique du don, voir Comment grandir dans l'aumône ; pour la doctrine d'ensemble sur l'argent et les richesses, voir Que dit l'Église sur l'argent ?. L'essentiel n'est pas seulement de donner, mais de convertir son regard : cesser, comme le riche de la parabole, de ne pas voir Lazare à sa porte.
La pauvreté et la vie dans la Divine Volonté
La spiritualité de la Divine Volonté transmise à Luisa Piccarreta (1865-1947) jette une lumière intérieure sur l'amour des pauvres. Vivre dans la Volonté divine, c'est entrer dans le regard même du Christ, qui ne voit jamais un pauvre comme un étranger mais comme un frère à servir et un visage à aimer. L'âme qui vit dans le Fiat ne possède plus rien « en propre » : elle reçoit tout comme don du Père et n'use des biens que comme d'un dépôt confié pour le bien de tous. La racine la plus profonde de l'amour des pauvres n'est donc pas seulement le devoir de justice ni même la compassion, mais la communion : dans la Volonté divine, le bien d'un seul est le bien de tous, et nul ne peut s'enrichir tandis que son frère manque du nécessaire, car ils ne font qu'un dans l'unique Volonté de Dieu. Jésus le dit à Luisa en ces termes :
« Ainsi, celle qui vit dans notre Vouloir fait toute chose, les embrasse tous et Nous donne tout. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 36, 6 août 1938[38]
C'est l'accomplissement intérieur de ce que la doctrine sociale appelle, dans l'ordre des structures, l'option préférentielle pour les pauvres : non plus seulement préférer le pauvre, mais ne faire qu'un avec lui dans le Cœur du Christ.
Pour aller plus loin
- Comment grandir dans la pauvreté évangélique — la pauvreté librement choisie comme conseil et chemin spirituel.
- Que disent les saints sur la pauvreté évangélique — le florilège des maîtres spirituels.
- Les erreurs fréquentes concernant la pauvreté évangélique — les contresens à éviter.
- La destination universelle des biens — le principe d'où découle la sollicitude pour les pauvres ; le socle patristique du « superflu dû au pauvre ».
- La propriété privée selon l'Église — droit réel mais subordonné à la destination commune des biens.
- La solidarité — le principe qui porte la responsabilité de tous envers tous.
- Le salaire juste — la justice due au travailleur, condition pour ne pas fabriquer de pauvres.
- Le bien commun et la dignité de la personne humaine — le cadre où s'inscrit tout le souci du pauvre.
- La charité politique — la charité « sociale » qui réforme aussi les structures.
- Comment grandir dans l'aumône et Que dit l'Église sur l'argent ? — la pratique concrète et la doctrine sur les richesses.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 2448 : « Sous ses formes multiples — dénuement matériel, oppression injuste, maladies physiques et psychiques, et enfin la mort — la misère humaine est le signe manifeste de la condition native de faiblesse où l'homme se trouve depuis le premier péché et du besoin de salut. C'est pourquoi elle a attiré la compassion du Christ Sauveur qui a voulu la prendre sur lui et s'identifier aux "plus petits d'entre ses frères". » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.
1 2Catéchisme de l'Église catholique, § 2448 (suite) : ceux que la misère accable « sont l'objet d'un amour de préférence de la part de l'Église qui, depuis les origines, en dépit des défaillances de beaucoup de ses membres, n'a cessé de travailler à les soulager, les défendre et les libérer ».
3Pape François, Evangelii Gaudium, 24 novembre 2013, n° 53 : « Une telle économie tue. » Texte officiel français, vatican.va.
4Évangile selon saint Matthieu 5, 3, traduction liturgique officielle (AELF) : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. »
5 7Évangile selon saint Luc 6, 20, traduction liturgique officielle (AELF) : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. »
6Sur la protection législative du pauvre dans l'Ancien Testament : le glanage (Lv 19, 9-10 ; Dt 24, 19-21), l'année sabbatique et la remise des dettes tous les sept ans (Dt 15, 1-11, confirmé sur le texte AELF), le jubilé (Lv 25).
8Sur le culte vidé de justice, thème classique de la prédication prophétique : Amos 5, 21-24 (« Je hais, je méprise vos fêtes […] Mais que le droit coule comme de l'eau ») ; Isaïe 1, 11-17 (« Cessez de faire le mal […] cherchez la justice ») ; Jérémie 22, 13-16 (rendre justice au pauvre et à l'indigent, « n'est-ce pas cela, me connaître ? »). Le traitement du pauvre y est le critère de la fidélité à l'Alliance.
9Évangile selon saint Luc 4, 18, traduction liturgique officielle (AELF) : « L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu'ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés. » Citation d'Isaïe 61, 1-2.
10Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 8, 9, traduction liturgique officielle (AELF) : « Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s'est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. »
11Catéchisme de l'Église catholique, § 2444 : « L'amour de l'Église pour les pauvres […] fait partie de sa tradition constante (cf. CA 57). Il s'inspire de l'Évangile des béatitudes (cf. Lc 6, 20-22), de la pauvreté de Jésus (cf. Mt 8, 20) et de son attention aux pauvres (cf. Mc 12, 41-44). »
12Évangile selon saint Matthieu 25, 40, traduction liturgique officielle (AELF) : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » Discours sur le Jugement dernier (Mt 25, 31-46).
13Catéchisme de l'Église catholique, § 2443 : « C'est à ce qu'ils auront fait pour les pauvres que Jésus Christ reconnaîtra ses élus (cf. Mt 25, 31-36). Lorsque "la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres" (Mt 11, 5 ; cf. Lc 4, 18), c'est le signe de la présence du Christ. »
14Évangile selon saint Luc 16, 19-20, traduction liturgique officielle (AELF) : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d'ulcères. » Parabole de Lazare et du mauvais riche (Lc 16, 19-31).
15Évangile selon saint Matthieu 26, 11, traduction liturgique officielle (AELF) : « Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. » Parallèle en Mc 14, 7 et Jn 12, 8.
16Deutéronome 15, 11, traduction liturgique officielle (AELF) : « Certes, le malheureux ne disparaîtra pas de ce pays. Aussi je te donne ce commandement : tu ouvriras tout grand ta main pour ton frère quand il est, dans ton pays, pauvre et malheureux. » Verset inséré dans la législation de l'année sabbatique et de la remise des dettes (Dt 15, 1-11). Le Christ le cite en Mt 26, 11 ; il fonde le devoir, non le fatalisme.
17Catéchisme de l'Église catholique, § 2444, citant saint Jean-Paul II, Centesimus Annus (1991), n° 57 : « L'amour de l'Église pour les pauvres […] fait partie de sa tradition constante. »
18Catéchisme de l'Église catholique, § 2446, citant saint Jean Chrysostome, Homélie sur Lazare, 1, 6 (PG 48, 992D) : « Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c'est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs. »
19Catéchisme de l'Église catholique, § 2446, citant saint Grégoire le Grand, Regula pastoralis, 3, 21 : « Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne leur faisons point de largesses personnelles, mais leur rendons ce qui est à eux. Nous remplissons bien plus un devoir de justice que nous n'accomplissons un acte de charité. »
20Catéchisme de l'Église catholique, § 2446, citant le décret conciliaire Apostolicam Actuositatem (Vatican II), n° 8 : « Il faut satisfaire d'abord aux exigences de la justice, de peur que l'on n'offre comme don de la charité ce qui est déjà dû en justice. »
21 34Sur saint Laurent († 258), diacre de Rome sous le pape saint Sixte II, sommé de livrer les trésors de l'Église : présentant les pauvres qu'il avait rassemblés, il déclare qu'ils sont les vrais trésors de l'Église. Épisode rapporté par saint Ambroise de Milan, De officiis ministrorum, livre II, chap. 28, qui commente : « Quels trésors plus précieux Jésus possède-t-il que ceux en qui il aime à se montrer ? » Récit de la tradition hagiographique ancienne ; les détails narratifs (dialogue exact, délai de trois jours) varient selon les versions transmises.
22Sur l'origine de la formule : la II^e Conférence générale de l'épiscopat latino-américain (CELAM), réunie à Medellín (Colombie) en 1968, appelle déjà à une priorité effective en faveur des secteurs les plus pauvres. C'est la III^e Conférence, réunie à Puebla (Mexique) en 1979 en présence de Jean-Paul II, qui consacre pour la première fois l'expression explicite « opción preferencial por los pobres » — « option préférentielle pour les pauvres ». La formule est ensuite reprise, purifiée de toute lecture idéologique et intégrée au magistère universel par Jean-Paul II, notamment dans Sollicitudo Rei Socialis (1987).
23Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, 30 décembre 1987, n° 42 : « Il s'agit de l'option ou amour préférentiel pour les pauvres. C'est là une option, ou une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne, dont témoigne toute la tradition de l'Église. » Texte officiel français, vatican.va.
24Catéchisme de l'Église catholique, § 2448 : « la misère humaine […] a attiré la compassion du Christ Sauveur qui a voulu la prendre sur lui et s'identifier aux "plus petits d'entre ses frères". C'est pourquoi ceux qu'elle accable sont l'objet d'un amour de préférence de la part de l'Église. »
25Catéchisme de l'Église catholique, § 2445 : « L'amour des pauvres est incompatible avec l'amour immodéré des richesses ou leur usage égoïste », citant Jc 5, 1-6.
26Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, Libreria Editrice Vaticana, 2004, n° 182 : « Le principe de la destination universelle des biens requiert d'accorder une sollicitude particulière aux pauvres, à ceux qui se trouvent dans des situations de marginalité et, en tout cas, aux personnes dont les conditions de vie entravent une croissance appropriée. »
27Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 182-184 : l'option ou amour préférentiel pour les pauvres est confirmé au n° 182 comme une « forme spéciale de priorité » dans l'exercice de la charité chrétienne ; les numéros suivants en développent la portée concrète, qui concerne la vie de chaque chrétien et s'étend aux multiples formes de pauvreté, matérielles et nouvelles (solitude, marginalité, privation de sens).
28Pape François, Evangelii Gaudium, n° 48 : « Aujourd'hui et toujours, "les pauvres sont les destinataires privilégiés de l'Évangile" » ; « il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres. Ne les laissons jamais seuls. »
29Pape François, Evangelii Gaudium, n° 198 : « Pour l'Église, l'option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d'être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. […] C'est pourquoi je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner. » Texte officiel français, vatican.va.
30Léon XIII, Rerum Novarum, 15 mai 1891, texte officiel français (vatican.va) : « La classe riche se fait comme un rempart de ses richesses et a moins besoin de la tutelle publique. La classe indigente, au contraire, sans richesses pour la mettre à couvert des injustices, compte surtout sur la protection de l'État. L'État doit donc entourer de soin et d'une sollicitude toute particulière les travailleurs qui appartiennent à la classe pauvre en général. »
31Saint Paul VI, Octogesima Adveniens, lettre apostolique du 14 mai 1971 pour le 80^e anniversaire de Rerum Novarum, n° 23, texte officiel français (vatican.va) : « L'Évangile, en nous enseignant la charité, nous apprend le respect privilégié des pauvres et leur situation particulière dans la société. » Ce texte est reconnu comme l'un des germes directs de la formule ultérieure d'« option préférentielle pour les pauvres ».
32Congrégation pour la doctrine de la foi, Libertatis Nuntius (Instruction sur quelques aspects de la « théologie de la libération »), 6 août 1984, avant-propos, texte officiel français (vatican.va) : l'Instruction vise « certaines formes de théologie de la libération qui recourent, d'une manière insuffisamment critique, à des concepts empruntés à divers courants de la pensée marxiste ». Complétée par Libertatis Conscientia (Instruction sur la liberté chrétienne et la libération), 22 mars 1986, qui reconnaît le souci légitime des pauvres tout en poursuivant la mise en garde contre l'emprunt de catégories marxistes (lutte des classes érigée en loi de l'histoire).
33Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 36-37 : les « structures de péché » sont enracinées dans le péché personnel — la « soif exclusive du profit » et la « soif du pouvoir » — et, une fois en place, « se renforcent, se répandent et deviennent source d'autres péchés, conditionnant la conduite des hommes ».
35Pape François, Evangelii Gaudium, n° 53 : « On considère l'être humain en lui-même comme un bien de consommation, qu'on peut utiliser et ensuite jeter. Nous avons mis en route la culture du "déchet". »
36Pape François, Evangelii Gaudium, n° 198 : « Ils ont beaucoup à nous enseigner. […] nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux […] et aussi à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux. »
37Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 36, 6 août 1938 (entrée 36-23) : « Ainsi, celle qui vit dans notre Vouloir fait toute chose, les embrasse tous et Nous donne tout. » Édition française Lumen Luminis (diffusion privée), t. 36, p. 115. Voir aussi, dans le même sens, tome 20, 23 septembre 1926 : « C'est pourquoi, en tout ce que tu fais, Je te fais agir pour toutes, les embrasser toutes, compenser au nom de tous leurs actes » (même édition, t. 20, p. 13). Ces deux passages sont également relayés, dans une traduction légèrement différente, par le R.P. Joseph L. Iannuzzi, Les 70 Questions-Réponses (recueil français des questions-réponses publiées sur ltdw.org, repérage par question) : premier passage à la question 11, second passage à la question 46, note 5.
38