L'écologie est devenue l'une des grandes questions morales du début du XXIᵉ siècle. Pour un catholique, elle n'est ni une mode importée, ni une cause étrangère à la foi, ni un terrain à abandonner aux militants : c'est un lieu propre de la doctrine sociale de l'Église, exposé pour la première fois à grande échelle par Jean-Paul II en 1990, codifié dans le chapitre X du Compendium de la doctrine sociale (2004), puis porté en encyclique sociale par Laudato si' (24 mai 2015) et complété par l'exhortation Laudate Deum (4 octobre 2023).
La position catholique tient en quelques convictions fermes. La terre est une création, donc un don ; l'homme en est le gardien responsable, non le propriétaire ; les ressources sont destinées à toute l'humanité, présente et à venir ; les pauvres sont les premières victimes des désordres écologiques ; et la crise environnementale n'est jamais seulement environnementale — elle révèle une relation malade à Dieu, à soi, aux autres et au monde[1][2].
Mais l'Église refuse aussi tout ce qui, sous couvert d'écologie, défigure la foi : la divinisation de la nature, le malthusianisme qui présente l'enfant comme un problème écologique, la technocratie verte qui prétend tout contrôler des corps et des familles, l'écologie comme religion de substitution, quand le discours vert prend une forme quasi religieuse sans le Dieu de l'Évangile[3], et l'incohérence d'une lutte pour les baleines qui méprise l'embryon humain ou les pauvres[4][5].
Cet article expose donc, dans l'ordre : la base biblique, le magistère catholique sur l'écologie (de Jean-Paul II à François), le cœur de la position — l'écologie intégrale — ce que l'écologie voit juste, les dérives idéologiques quand elle devient une idole, et la conversion écologique chrétienne dans laquelle s'inscrit la sobriété catholique.
Une question chrétienne avant d'être moderne
L'écologie chrétienne n'a pas commencé avec le pape François en 2015. La conscience que la création est un don, et l'homme un gardien responsable, traverse toute la tradition catholique. Le Cantique des créatures, composé par saint François d'Assise fin 1224 – début 1225 à la chapelle Saint-Damien d'Assise, est une louange exaltée du Créateur à travers ses œuvres : frère Soleil, sœur Lune, frère Vent, sœur Eau, frère Feu, sœur Terre[6]. Il est l'un des plus anciens textes en italien vernaculaire et reste, huit siècles plus tard, la matrice spirituelle de toute écologie catholique authentique.
« Très-Haut, tout-puissant, bon Seigneur, à toi sont les louanges, la gloire et l'honneur et toute bénédiction. À toi seul, Très-Haut, ils conviennent et nul homme n'est digne de te nommer. Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, par qui tu nous donnes le jour, la lumière : il est beau, rayonnant d'une grande splendeur, et de toi, Très-Haut, il nous offre le symbole. » — Saint François d'Assise, Cantique des créatures, Saint-Damien, fin 1224 – début 1225[7]
L'écologie n'est donc pas pour le catholique une cause récente importée de l'extérieur. Elle est une réception de cette tradition, à laquelle Jean-Paul II a donné un statut magistériel officiel en proclamant saint François d'Assise patron céleste des écologistes par la lettre apostolique Inter sanctos du 29 novembre 1979[8]. Avant cette proclamation, il y avait des intuitions et des saints ; depuis, il existe une véritable doctrine catholique de l'écologie, construite par paliers en quatre décennies.
Le fondement biblique : la terre est un don, l'homme un intendant
Avant d'examiner ce que l'Église enseigne sur la crise écologique contemporaine, il faut revenir au socle qui rend possible cet enseignement : la vision biblique de la création. C'est ce socle qui distingue la position catholique à la fois du paganisme sacralisant la nature et du matérialisme la réduisant à un stock de ressources.
Une création qui « était bonne »
Le récit de la Genèse répète sept fois, à mesure que Dieu déploie son œuvre, que « cela était bon » (Gn 1,4.10.12.18.21.25), puis culmine en « cela était très bon » (Gn 1,31) après la création de l'homme et de la femme[9]. Cette litanie n'est pas un détail littéraire. Elle affirme que le monde matériel est intrinsèquement bon, voulu pour lui-même par Dieu avant tout usage humain. C'est déjà une critique radicale du matérialisme utilitariste (la matière n'est pas un simple stock) et du dualisme spiritualiste (la matière n'est pas un mal à fuir). Le Compendium de la doctrine sociale le résume ainsi :
« La foi d'Israël vit dans le temps et dans l'espace de ce monde, perçu non pas comme un milieu hostile ou comme un mal dont il faut se libérer, mais plutôt comme le don même de Dieu, le lieu et le projet qu'il confie à la conduite responsable et au travail de l'homme. La nature, œuvre de l'action créatrice divine, n'est pas une concurrente dangereuse. » — Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, 2004, § 451[10]
« Cultiver et garder » le jardin (Gn 2,15)
Le texte central pour l'écologie chrétienne est le verset de la seconde page de la Bible : « Le Seigneur Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder » (Gn 2,15). Les deux verbes hébreux sont décisifs et non substituables. Le verbe traduit par cultiver (en hébreu ʿabad) signifie travailler, transformer, rendre fécond, tirer de la terre ce qu'elle peut donner. Le verbe traduit par garder (en hébreu shamar) signifie protéger, surveiller, ne pas détruire, transmettre[11]. L'homme biblique n'est ni le maître absolu, ni un simple visiteur : il est à la fois travailleur et veilleur. Laudato si' insiste explicitement sur cette double dimension :
« Alors que "cultiver" signifie labourer, défricher ou travailler, "garder" signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l'être humain et la nature. Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder. » — Pape François, Laudato si', 24 mai 2015, § 67[12]
Une « domination » mesurée, jamais absolue
Le verset Gn 1,28 — « remplissez la terre et soumettez-la, dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux » — a été accusé, depuis Lynn White Jr. en 1967, d'avoir fondé l'arrogance écologique de la civilisation occidentale[13]. C'est une accusation à laquelle l'Église a explicitement répondu. Laudato si' affirme nettement :
« Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. [...] Ce n'est pas une interprétation correcte de la Bible, comme la comprend l'Église. S'il est vrai que, parfois, nous les chrétiens avons mal interprété les Écritures, nous devons rejeter aujourd'hui avec force que, du fait d'avoir été créés à l'image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures. » — Pape François, Laudato si', § 67[14]
Le Catéchisme tranche de la même manière : la domination accordée par le Créateur à l'homme « n'est pas absolue ; elle est mesurée par le souci de la qualité de la vie du prochain, y compris des générations à venir ; elle exige un respect religieux de l'intégrité de la création »[15]. Jean-Paul II disait déjà en 1991 que l'homme ne doit pas « disposer arbitrairement de la terre, en la soumettant sans mesure à sa volonté, comme si elle n'avait pas une forme et une destination antérieures que Dieu lui a données, que l'homme peut développer mais qu'il ne doit pas trahir »[16]. La domination biblique est donc une gérance, en latin ministerium — l'homme est intendant, pas propriétaire.
Le Christ, Seigneur et serviteur de la création
L'écologie chrétienne ne s'arrête pas à la Genèse. Le Nouveau Testament prolonge et accomplit la vision créationnelle. Jésus parle de la nature à travers ses paraboles, regarde les oiseaux du ciel et les lis des champs (Mt 6,26-30), apaise la tempête (Mc 4,39), nourrit les foules à partir du peu (Mt 14,13-21). La Pâque elle-même est cosmique : les ténèbres couvrent la terre, le voile du Temple se déchire, la terre tremble (Mt 27,45.51) — la création participe au drame du Fils de Dieu rejeté[17]. Saint Paul l'enseigne en termes décisifs :
« La création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l'enfantement. [...] Elle aussi sera libérée de l'esclavage de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. » — Saint Paul, Lettre aux Romains, 8, 22[18]
Et l'Apocalypse achève la révélation par la promesse d'un « ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21,1) — non pas la destruction du monde, mais sa transfiguration[19]. Cette eschatologie chrétienne est centrale pour distinguer l'espérance catholique du catastrophisme écologiste. Le chrétien ne pense pas qu'il sauve la terre par ses seules politiques publiques ; il ne pense pas non plus qu'elle est condamnée. Il sait qu'elle sera transfigurée, et que cette espérance ne dispense pas de la cultiver, de la garder, et de la transmettre.
Un magistère continu et précis sur l'écologie
L'enseignement de l'Église sur l'écologie n'est pas une improvisation contemporaine. Il s'est construit en couches successives, dans une stricte continuité doctrinale, depuis Paul VI jusqu'à François. Le tableau ci-dessous donne les grands moments de cette construction.
| Année | Auteur | Texte | Apport principal |
|---|---|---|---|
| 1971 | Paul VI | Octogesima adveniens, § 21 | Premier signal magistériel : l'exploitation inconsidérée crée « un risque dramatique » pour la nature[20] |
| 1979 | Jean-Paul II | Lettre apostolique Inter sanctos | Saint François d'Assise proclamé patron des écologistes[21] |
| 1987 | Jean-Paul II | Sollicitudo rei socialis, § 34 | Trois principes : respect des êtres, limites des ressources, dignité humaine[22] |
| 1989 | Jean-Paul II | Message Journée mondiale de la Paix 1990 | « La paix avec Dieu créateur, la paix avec toute la création »[23] |
| 1991 | Jean-Paul II | Centesimus annus, § 37-38 | L'« écologie humaine » nommée pour la première fois[24] |
| 2004 | Conseil pontifical Justice et Paix | Compendium, chap. X | Synthèse magistérielle complète, §§ 451-487[25] |
| 2009 | Benoît XVI | Caritas in veritate, § 48-51 | L'écologie humaine élargie à l'environnement[26] |
| 2011 | Benoît XVI | Discours au Bundestag, 22 sept. | « L'homme aussi possède une nature »[27] |
| 2015 | François | Laudato si' | Encyclique sociale dédiée — écologie intégrale[28] |
| 2023 | François | Laudate Deum | Exhortation apostolique de suite — huit ans après[29] |
Sollicitudo rei socialis (1987) : trois principes décisifs
Le premier texte magistériel à formuler une doctrine écologique articulée est l'encyclique sociale Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II, signée le 30 décembre 1987. Son paragraphe 34 pose trois principes qui structureront tous les textes suivants. Premier principe : on ne peut pas utiliser les êtres, vivants ou inanimés, « comme on le veut, en fonction de ses propres besoins économiques » — il faut tenir compte de la nature de chaque être et de ses liens mutuels dans un système ordonné, le cosmos. Deuxième principe : les ressources naturelles sont limitées, certaines ne sont pas renouvelables, et les utiliser comme inépuisables compromet leur disponibilité pour les générations futures. Troisième principe : l'industrialisation incontrôlée produit une pollution aux graves conséquences sanitaires[30]. Ces trois principes, formulés il y a quatre décennies, restent la grille catholique de lecture de la crise écologique.
Le message de paix de 1990 : la création comme problème moral
Pour la Journée mondiale de la Paix du 1ᵉʳ janvier 1990, Jean-Paul II consacre un message entier à l'écologie, intitulé « La paix avec Dieu Créateur, la paix avec toute la création ». C'est la première fois qu'un pape donne à la question écologique le statut d'un enjeu de paix mondiale. Son § 6 est intitulé « La crise écologique : un problème moral » : aucune réponse purement technique ne suffit[31]. Jean-Paul II y dénonce l'hédonisme et la consommation sans frein (§ 13) — avant que François ne nomme la « culture du déchet » —, et appelle à une conversion authentique dans la façon de penser et dans le comportement. Le message est aussi notable parce qu'il n'isole pas l'écologie de la défense de la vie humaine : la même logique d'irresponsabilité menace les écosystèmes et les embryons.
Centesimus annus (1991) : l'écologie humaine
Quatre ans plus tard, dans l'encyclique sociale Centesimus annus (1ᵉʳ mai 1991), Jean-Paul II forge un concept qui sera repris par Benoît XVI puis par François : l'écologie humaine. Le paragraphe 37 dénonce la « destruction irrationnelle de l'environnement naturel » et le paragraphe 38 ouvre un champ neuf :
« On s'engage trop peu dans la sauvegarde des conditions morales d'une authentique "écologie humaine". Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme, qui doit en faire usage dans le respect de l'intention primitive, bonne, dans laquelle elle lui a été donnée, mais l'homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même, et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté. » — Saint Jean-Paul II, encyclique Centesimus annus, 1ᵉʳ mai 1991, § 38[32]
L'idée est fondatrice : la défense de la nature et la défense de la nature humaine ne peuvent pas être séparées. Une civilisation qui détruit son environnement détruit aussi, par la même logique de domination irresponsable, la famille, le corps, la dignité de la personne.
Le Catéchisme (1992-1997) : §§ 2415-2418
Le Catéchisme de l'Église catholique, publié en 1992 puis dans son édition définitive en 1997, codifie la question dans quatre paragraphes très denses inscrits sous le septième commandement (« Tu ne voleras pas »). Le § 2415 demande « le respect de l'intégrité de la création », rappelle que les animaux, plantes et êtres inanimés sont « naturellement destinés au bien commun de l'humanité passée, présente et future », et précise que la domination donnée à l'homme n'est pas absolue[33]. Le § 2416 rappelle la bienveillance due aux animaux, et cite l'exemple de saint François d'Assise et de saint Philippe Néri. Le § 2417 légitime l'usage des animaux pour la nourriture, le vêtement, les travaux, et les expérimentations médicales « dans des limites raisonnables ». Le § 2418 ferme rigoureusement la porte aux dérives sentimentalistes : « Il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies. Il est également indigne de dépenser pour eux des sommes qui devraient en priorité soulager la misère des hommes. On peut aimer les animaux ; on ne saurait détourner vers eux l'affection due aux seules personnes. »[34]
Benoît XVI : Caritas in veritate et le Bundestag
Benoît XVI prolonge l'enseignement en deux étapes. D'abord dans l'encyclique sociale Caritas in veritate (29 juin 2009), où les paragraphes 48 à 51 développent l'idée d'une écologie intégrale avant la lettre. Le pape y affirme que « le livre de la nature est unique et indivisible, qu'il s'agisse de l'environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral. Les devoirs que nous avons vis-à-vis de l'environnement sont liés aux devoirs que nous avons envers la personne considérée en elle-même et dans sa relation avec les autres. »[35]
Puis, dans un discours retentissant au Bundestag allemand le 22 septembre 2011, Benoît XVI reconnaît la légitimité du mouvement écologique des années 1970 — « un cri qui aspirait à l'air frais » — mais en élargit immédiatement la portée :
« L'importance de l'écologie est désormais indiscutée. Nous devons écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence. Je voudrais cependant aborder avec force un point qui, aujourd'hui comme hier, me semble-t-il, est largement négligé : il existe aussi une écologie de l'homme. L'homme aussi possède une nature qu'il doit respecter et qu'il ne peut manipuler à volonté. » — Benoît XVI, discours au Bundestag, Reichstag, Berlin, 22 septembre 2011[36]
Cette phrase est devenue centrale dans le débat catholique sur l'écologie. Elle pose la limite ontologique que toute écologie chrétienne doit reconnaître : on ne peut pas défendre la forêt amazonienne en niant la nature sexuée du corps humain, ni la biodiversité en cautionnant l'avortement.
Laudato si' (2015) : l'encyclique sociale du XXIᵉ siècle
Signée le 24 mai 2015 (solennité de la Pentecôte) et publiée le 18 juin 2015, Laudato si' est la première encyclique sociale du pape François entièrement consacrée à l'écologie — « Loué sois-tu », en référence au Cantique des créatures de saint François d'Assise. Le texte fait 246 paragraphes, six chapitres[37].
Trois idées-forces structurent l'encyclique. Première idée : l'écologie intégrale. La crise environnementale n'est pas isolable d'une crise sociale, culturelle, anthropologique et spirituelle — « il n'y a pas deux crises séparées, l'une environnementale et l'autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale »[38]. Deuxième idée : la clameur de la terre et la clameur des pauvres sont indissociables. Troisième idée : le paradigme technocratique est la racine spirituelle de la crise — une manière de comprendre la réalité qui réduit le monde à un objet de manipulation et qui contamine l'économie, la politique, et même les relations humaines[39].
Laudate Deum (2023) : huit ans plus tard, l'aggravation
Le 4 octobre 2023 — jour de la fête de saint François d'Assise — François publie une exhortation apostolique brève (73 paragraphes) intitulée Laudate Deum, « Louez Dieu ». Le texte est inhabituel : il constate, huit ans après Laudato si', que les réactions des États et des consciences sont insuffisantes, et il intervient explicitement dans le débat scientifique pour réfuter le négationnisme climatique[40].
« je me rends compte au fil du temps que nos réactions sont insuffisantes alors que le monde qui nous accueille s'effrite et s'approche peut-être d'un point de rupture. » — Pape François, Laudate Deum, 4 octobre 2023, § 2[41]
Laudate Deum ferme aussi explicitement la porte au mauvais anthropocentrisme tout en refusant le biocentrisme égalitariste : « La vision judéo-chrétienne du cosmos défend la valeur particulière et centrale de l'être humain au milieu du concert merveilleux de tous les êtres, mais aujourd'hui nous sommes obligés de reconnaître que seul un "anthropocentrisme situé" est possible » — la vie humaine, précise le pape, est « incompréhensible et insoutenable sans les autres créatures »[42]. La phrase finale du document est devenue célèbre : « Un être humain qui prétend prendre la place de Dieu devient le pire danger pour lui-même. »[43]
Le Compendium de la doctrine sociale (2004)
Pour le rédacteur catholique, le texte de référence le plus complet reste le chapitre X du Compendium de la doctrine sociale de l'Église, publié par le Conseil pontifical Justice et Paix en 2004. Il couvre, en trente-sept paragraphes très denses (§§ 451-487), les aspects bibliques, le rapport homme-univers, la crise, la responsabilité commune, les biotechnologies, et le partage des biens[44]. C'est le socle doctrinal sur lequel Laudato si' s'appuiera onze ans plus tard.
L'écologie intégrale : le cœur de la position catholique
Le concept central que François propose en 2015 est celui d'écologie intégrale. Il ne s'agit pas d'un slogan, mais d'une thèse précise : la crise écologique, la crise sociale, la crise familiale, la crise culturelle et la crise spirituelle ne sont pas des problèmes parallèles à traiter séparément — elles sont les facettes d'une même crise de la relation à Dieu, à soi, aux autres et au monde.
Tout est lié
L'expression tout est lié revient comme un refrain dans Laudato si'. Elle ne signifie pas un panthéisme cosmique où tout serait équivalent à tout, mais une interdépendance réelle que la science contemporaine, l'économie, la sociologie et l'anthropologie confirment chacune à leur manière.
« Étant donné que tout est intimement lié, et que les problèmes actuels requièrent un regard qui tienne compte de tous les aspects de la crise mondiale, je propose à présent que nous nous arrêtions pour penser aux diverses composantes d'une écologie intégrale, qui a clairement des dimensions humaines et sociales. » — Pape François, Laudato si', § 137[45]
L'écologie intégrale a une conséquence morale concrète et exigeante : on ne peut pas être cohérent en défendant la nature contre les pollueurs si on méprise simultanément les pauvres, les enfants à naître, les personnes âgées ou les personnes handicapées. Inversement, on ne peut pas se réclamer de la défense de la vie humaine si on traite la planète comme un stock à exploiter sans mesure. C'est une thèse exigeante des deux côtés du débat politique habituel.
La clameur de la terre et la clameur des pauvres
L'idée la plus reprise de Laudato si' — au point qu'elle a donné son nom à un programme d'action permanent du Vatican, la Laudato Si' Action Platform lancée en 2021 — est cette double clameur. Ce ne sont pas deux causes séparées : ce sont deux versants d'une même réalité, parce que les dégâts environnementaux frappent toujours d'abord les plus faibles.
« Aujourd'hui, nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu'une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l'environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » — Pape François, Laudato si', § 49[46]
Le pape va plus loin dans le même paragraphe : il dénonce explicitement les analyses « biaisées » d'un certain discours « vert » qui ignore les pauvres réels parce qu'il est pensé « dans des zones urbaines isolées, sans contact direct avec les problèmes des exclus ». C'est une critique frontale de l'écologie de salon, signée par le pape lui-même.
L'écologie humaine : respecter sa propre nature
L'écologie intégrale ne s'arrête pas à la défense des écosystèmes ; elle inclut l'écologie humaine, c'est-à-dire le respect de la nature de l'homme. Le paragraphe 155 de Laudato si' reprend explicitement Benoît XVI :
« L'écologie humaine implique aussi quelque chose de très profond : la relation de la vie de l'être humain avec la loi morale inscrite dans sa propre nature [...]. L'acceptation de son propre corps comme don de Dieu est nécessaire pour accueillir et pour accepter le monde tout entier comme don du Père et maison commune ; tandis qu'une logique de domination sur son propre corps devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création. » — Pape François, Laudato si', § 155[47]
Cette phrase fait le pont entre l'écologie environnementale et l'anthropologie catholique. Refuser son corps reçu — sa féminité ou sa masculinité — relève d'une même logique que refuser les rythmes de la création. Inversement, recevoir son corps comme un don, c'est s'ouvrir à recevoir le monde comme un don.
Les générations futures
L'écologie intégrale a une dimension intergénérationnelle. Le Compendium insistait déjà sur la « responsabilité que les générations présentes ont envers les générations à venir »[48]. Laudato si' radicalise la formulation :
« On ne peut plus parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle. [...] Si la terre nous est donnée, nous ne pouvons plus penser seulement selon un critère utilitariste d'efficacité et de productivité pour le bénéfice individuel. » — Pape François, Laudato si', § 159[49]
C'est une critique morale frontale du court-termisme financier et politique : épuiser aujourd'hui des ressources non-renouvelables au nom du profit immédiat est, pour la doctrine sociale catholique, une injustice envers ceux qui ne sont pas encore nés.
Un anthropocentrisme bien ordonné
L'écologie intégrale catholique maintient la primauté de la personne humaine sur les autres créatures, mais la situe dans un ordre. Elle refuse à la fois le biocentrisme égalitariste (qui mettrait l'homme sur le même plan que les autres vivants) et l'anthropocentrisme dévié (qui ferait de l'homme un dominateur absolu, sans devoirs). Le Compendium est très explicite :
« Une conception correcte de l'environnement ne peut pas, d'une part, réduire de manière utilitariste la nature à un simple objet de manipulation et d'exploitation, et elle ne doit pas, d'autre part, l'absolutiser et la faire prévaloir sur la personne humaine au plan de la dignité. Dans ce dernier cas, on en arrive à diviniser la nature ou la terre, comme on peut facilement le constater dans certains mouvements écologiques. » — Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium, 2004, § 463[50]
C'est la clé de lecture catholique de l'écologie : refuser les deux excès symétriques, et tenir un anthropocentrisme situé, où l'homme garde sa dignité unique mais accepte ses limites de créature.
Ce que l'écologie voit juste
Avant d'examiner les dérives possibles, il faut reconnaître honnêtement ce que le mouvement écologique contemporain a apporté à la conscience commune et que l'Église confirme.
Les ressources ne sont pas infinies
Le premier point juste de la sensibilité écologique est de rappeler une évidence longtemps oubliée par l'optimisme industriel : la planète est finie. Certaines ressources — eau douce, sols arables, minéraux, hydrocarbures, biodiversité — ne se renouvellent pas, ou se renouvellent à un rythme incompatible avec celui de leur exploitation contemporaine. Jean-Paul II l'avait formulé dès 1987 dans Sollicitudo rei socialis § 34, en parlant explicitement du « caractère limité » des ressources et du danger de les utiliser « comme inépuisables »[51]. Cette intuition est devenue le sens commun de l'écologie, et il n'y a aucune raison pour un catholique de la refuser.
Les pauvres paient le prix les premiers
Le second point juste est celui de la justice intergénérationnelle et géographique. Les désordres environnementaux frappent d'abord les plus faibles : populations vivant sur des terres soumises à l'érosion et à la désertification, communautés indigènes dépendantes des écosystèmes locaux, habitants des banlieues polluées des grandes villes du Sud, populations exposées aux conflits armés pour les ressources[52]. Cette observation est documentée par les grandes évaluations internationales : le GIEC constate que les incidences négatives du changement climatique frappent de manière disproportionnée les populations les plus pauvres et les plus vulnérables[53], et la Banque mondiale estime que le dérèglement climatique pourrait contraindre jusqu'à 216 millions de personnes à migrer à l'intérieur de leur propre pays d'ici 2050[54]. L'Église catholique en a fait une conviction doctrinale officielle — le Compendium affirme que la crise environnementale actuelle « frappe particulièrement les plus pauvres » (§ 482)[55].
Le consumérisme rend l'homme moins libre
Le troisième point juste est anthropologique. La consommation compulsive, loin d'être un signe de liberté, est souvent une servitude déguisée. Romano Guardini, cité par Laudato si', observait dès la première moitié du XXᵉ siècle ce que le pape François reprend mot pour mot dans l'encyclique :
« L'homme accepte les choses usuelles et les formes de la vie telles qu'elles lui sont imposées par les plans rationnels et les produits normalisés de la machine, et, dans l'ensemble, il le fait avec l'impression que tout cela est raisonnable et juste. » — Romano Guardini, La fin des temps modernes, cité par Laudato si' § 203[56]
Le marché contemporain pousse à un consumérisme obsessif qui occupe le cœur et ferme le regard. La sobriété chrétienne, loin d'être une décroissance triste, est une libération intérieure vis-à-vis de cette servitude — un thème que toute la tradition spirituelle catholique, de saint Benoît à sainte Thérèse de Lisieux, n'a cessé de proposer comme un chemin de joie.
La nature ne se réduit pas à un objet d'usage
Le quatrième point juste est métaphysique. La sensibilité écologique contemporaine, même chez ceux qui ne croient pas en Dieu, retrouve l'intuition que la nature n'est pas un simple stock, qu'elle a une beauté, un ordre, une grandeur qui débordent toute évaluation purement marchande. C'est exactement ce que la tradition chrétienne enseigne depuis toujours : la création est une épiphanie de Dieu, à contempler avant d'être à exploiter.
« L'ensemble de l'univers, avec ses relations multiples, révèle mieux l'inépuisable richesse de Dieu. » — Pape François, Laudato si', 24 mai 2015, § 86[57]
Un climat qui n'est plus l'arrière-plan neutre du monde
Enfin, le cinquième point juste est scientifique. Le climat, longtemps considéré comme un arrière-plan stable des affaires humaines, s'est révélé être un système modifié par l'activité humaine. Le Compendium de la doctrine sociale affirme dès 2004 que « le climat est un bien qu'il faut protéger »[58]. Laudate Deum (2023) va plus loin en intervenant directement dans le débat scientifique pour réfuter le négationnisme :
« On ne peut plus douter de l'origine humaine — anthropique — du changement climatique. Voyons pourquoi. La concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, qui provoque le réchauffement climatique, était stable jusqu'au XIXᵉ siècle [...]. Au cours des cinquante dernières années, cette augmentation s'est nettement accélérée. » — Pape François, Laudate Deum, § 11[59]
Un catholique n'a pas l'obligation d'adhérer à toute prévision climatique précise (l'Église n'a pas de compétence scientifique), mais il n'a pas non plus de motif religieux pour s'aligner sur le négationnisme. La position magistérielle officielle, depuis 2015 et confirmée en 2023, prend acte du consensus scientifique majoritaire sur l'origine humaine du réchauffement.
Quand l'écologie devient une idole
Reconnaître ce que l'écologie voit juste n'empêche pas — au contraire, exige — de discerner ses dérives. L'écologie n'est pas un absolu. Quand elle prétend devenir une vision totale du réel, elle devient une idéologie, et parfois même une idolâtrie. C'est ce que l'Église, dans le sillage du Compendium et de Laudato si', dénonce avec une fermeté insuffisamment connue.
Le paganisme vert : diviniser la terre
La première dérive est la divinisation de la nature, ce que le Compendium de la doctrine sociale appelle explicitement « diviniser la nature ou la terre »[60]. Cette tentation prend des formes diverses : romantisme cosmique, néo-druidisme, célébration d'une Pachamama ou Mère-Terre comme entité sacrée, néo-paganisme assumé. Le Magistère y est opposé sans ambiguïté. Laudato si' précise :
« Cela ne suppose pas non plus une divinisation de la terre qui nous priverait de l'appel à collaborer avec elle et à protéger sa fragilité. Ces conceptions finiraient par créer de nouveaux déséquilibres pour échapper à la réalité qui nous interpelle. » — Pape François, Laudato si', § 90[61]
Le Compendium ajoute que le Magistère s'oppose à l'écocentrisme et au biocentrisme, dont la logique « se propose d'éliminer la différence ontologique et axiologique entre l'homme et les autres êtres vivants, en considérant la biosphère comme une unité biotique de valeur indifférenciée »[62]. La création mérite respect, contemplation et soin ; elle ne mérite pas l'adoration, qui est due à Dieu seul. Quand on déifie la nature, on perd à la fois Dieu et la nature : Dieu, parce qu'on Le confond avec son œuvre ; la nature, parce qu'on attend d'elle ce qu'elle ne peut pas donner.
Le malthusianisme : faire de l'enfant un problème
La seconde dérive — historiquement la plus structurée — est le malthusianisme : la thèse que la croissance démographique est responsable des désordres écologiques et qu'il faut donc réduire la natalité, parfois par la contrainte. Cette thèse, formulée à l'origine par Thomas Malthus en 1798, est devenue dans la seconde moitié du XXᵉ siècle un cadre dominant des politiques internationales de « santé reproductive ». Jean-Paul II y répondait déjà dans Centesimus annus. Laudato si' tranche frontalement :
« Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. [...] La croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire. Accuser l'augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. » — Pape François, Laudato si', § 50[63]
La logique catholique est rigoureuse : si le problème est le consumérisme d'une minorité riche, il n'est pas réglé en supprimant les enfants d'une majorité pauvre. Une société qui jette un tiers de sa nourriture[64] ne devient pas vertueuse en accusant les berceaux. Et le Compendium précise que la thèse malthusienne ne doit pas « servir de prétexte à des choix politiques et économiques peu conformes à la dignité de la personne humaine »[65]. Cette position est l'une des lignes rouges non-négociables d'une écologie catholique authentique.
La technocratie verte : prétendre tout contrôler
La troisième dérive est plus subtile et plus contemporaine. C'est la technocratie verte : sous prétexte de sauver la planète, on prétend tout contrôler des comportements, des corps, des familles, des naissances, par un pouvoir bureaucratique centralisé. Laudato si' y consacre un développement entier (paragraphes 101-114) sous le nom de paradigme technocratique. C'est, pour le pape François, la racine spirituelle de la crise écologique, et non sa solution.
« Le paradigme technocratique tend aussi à exercer son emprise sur l'économie et la politique. L'économie assume tout le développement technologique en fonction du profit, sans prêter attention à d'éventuelles conséquences négatives pour l'être humain. [...] Le moment est venu de prêter de nouveau attention à la réalité avec les limites qu'elle impose. » — Pape François, Laudato si', §§ 109 et 116[66]
L'idée est subtile : la même mentalité qui prétend transformer la nature sans limite par la technique est celle qui, sous d'autres habits, prétend ensuite la sauver par plus de technique encore — Laudato si' § 111 dénonce les solutions « purement techniques » aux problèmes écologiques. Au passage, le pape signale les risques d'un projet géoingénieural mondial où une élite déciderait pour tous, sans démocratie, sans subsidiarité, et au mépris des cultures locales.
L'écologie comme religion de substitution
La quatrième dérive est celle d'une écologie qui devient une religion de substitution : quand le discours vert adopte les formes du religieux — culpabilisation permanente, eschatologie sans rédemption, dogmes indiscutables, dévots et hérétiques — sans le Dieu de l'Évangile, il produit une anxiété sans espérance chez ceux qu'il prétend mobiliser. Le respect de la créature découle de la foi en un Créateur bon ; il n'a besoin ni d'une vision catastrophique du monde, ni d'un clergé vert. C'est aussi l'analyse du philosophe Pascal Bruckner, non catholique, dans Le Fanatisme de l'Apocalypse (2011)[67]. L'Église ne juge pas la sincérité des personnes ; elle observe que cette dynamique imite des structures religieuses sans en porter l'espérance.
L'instrumentalisation de la cause écologique
La cinquième dérive est sociologique : la cause écologique peut être instrumentalisée — utilisée comme un instrument de pouvoir, de profit ou d'image, sans la sobriété qu'elle prêche. Le pape François lui-même met en garde contre un certain discours « vert » pensé « dans des zones urbaines isolées, sans contact direct avec les problèmes des exclus »[68]. Et les faits donnent à cette mise en garde une matière concrète : les sommets climatiques eux-mêmes offrent régulièrement le contraste entre les appels à la sobriété et les moyens déployés pour s'y rendre — à la COP28 de Dubaï, en décembre 2023, la presse britannique a relevé que plusieurs dirigeants, dont le Premier ministre Rishi Sunak, le ministre des Affaires étrangères David Cameron et le roi Charles III, s'y sont rendus chacun dans un avion distinct[69], tandis qu'une étude de l'University College de Londres relevait que des centaines de délégués rejoignaient le sommet en jet privé, avec des émissions par passager environ dix fois supérieures à celles d'un vol commercial[70].
Cette observation n'est pas un argument contre l'écologie ; c'est un argument contre l'instrumentalisation de l'écologie. La position catholique demande aux écologistes la même chose qu'à tout autre acteur public : la cohérence entre le discours et la vie. Le cardinal australien George Pell, dans une interview au Financial Times en 2015, avait formulé une autre limite : l'Église « n'a pas d'expertise particulière en matière scientifique » et « n'a reçu du Seigneur aucun mandat pour se prononcer sur les questions scientifiques »[71]. C'est un rappel utile : une encyclique sociale ne tranche pas une question physique ; elle pose un cadre moral et oriente un discernement.
Le refus du corps reçu
La sixième dérive, plus rare mais grave, est celle qui prétend défendre la nature tout en niant la nature humaine : refuser le corps sexué reçu, présenter la maternité comme un fardeau écologique, faire de l'humanité elle-même un problème pour la planète. Benoît XVI au Bundestag et François en Laudato si' § 155 répondent à cette tentation par le même argument : on ne peut pas accepter le monde comme don si on rejette son propre corps comme don[72]. L'écologie chrétienne est, par construction, une écologie qui respecte la nature jusque dans la nature humaine elle-même.
La défense de la création ne peut pas exclure l'enfant à naître
Une thèse précise mérite d'être isolée, parce qu'elle est l'un des points les plus distinctifs de l'écologie catholique et l'un des plus controversés dans l'opinion contemporaine : la défense de la création est inséparable de la défense de la vie humaine, dès la conception. Laudato si' le formule sans détour au paragraphe 120 :
« Puisque tout est lié, la défense de la nature n'est pas compatible non plus avec la justification de l'avortement. Un chemin éducatif pour accueillir les personnes faibles de notre entourage, qui parfois dérangent et sont inopportunes, ne semble pas praticable si l'on ne protège pas l'embryon humain, même si sa venue cause de la gêne et des difficultés. » — Pape François, Laudato si', § 120[73]
C'est l'un des passages les moins commentés par les écologistes séculiers, et les plus retentissants pour la cohérence catholique. La logique est claire : si l'on accepte que certaines vies sont « inopportunes » et peuvent être supprimées, on a accepté le principe qui justifie ensuite toute culture du déchet. Le paragraphe 117 de la même encyclique enchaîne : « Quand on ne reconnaît pas, dans la réalité même, la valeur d'un pauvre, d'un embryon humain, d'une personne vivant une situation de handicap — pour prendre seulement quelques exemples — on écoutera difficilement les cris de la nature elle-même »[74].
C'est aussi pourquoi, dans le tableau du magistère, l'écologie n'est jamais traitée à l'écart de la défense de la vie. Le tableau ci-dessous explicite quelques cohérences éthiques que l'écologie intégrale impose et qui sont souvent absentes des discours politiques.
| Dimension | Position cohérente | Incohérence courante |
|---|---|---|
| Pauvres et déchets | Lutter contre le gaspillage qui appauvrit les pauvres | Sauver la planète en abandonnant les pauvres réels |
| Enfant à naître | Défendre l'embryon comme création confiée | Défendre les baleines et financer l'avortement |
| Personnes âgées | Honorer la vie jusqu'à son terme naturel | Soulager la planète par l'euthanasie « volontaire » |
| Corps sexué | Recevoir le corps comme don | Prétendre sauver la nature en niant la nature humaine |
| Travailleurs lointains | Voir qui paie nos importations | Acheter à bas prix au coût de l'esclavage moderne |
| Générations futures | Transmettre une terre habitable | Endetter et épuiser pour le confort immédiat |
Cette grille n'est pas une opinion personnelle du rédacteur : c'est la traduction concrète des paragraphes 117 à 122 de Laudato si', du § 155, et des §§ 463 à 484 du Compendium de la doctrine sociale.
Une conversion écologique chrétienne
L'écologie catholique ne se limite pas à une posture critique. Elle propose un chemin positif, à la fois personnel, communautaire et politique, que Laudato si' appelle la « conversion écologique ».
Une sobriété libre, pas une décroissance triste
Le premier élément de cette conversion est la sobriété. Mais elle est très précisément distincte de l'austérité culpabilisée. Le pape François l'appelle une « sobriété libre » ou « sobriété joyeuse » :
« La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n'est pas moins de vie, ce n'est pas une basse intensité de vie, mais tout le contraire ; car, en réalité, ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu'ils n'ont pas, et qui font l'expérience de ce qu'est valoriser chaque personne et chaque chose. » — Pape François, Laudato si', § 223[75]
La sobriété chrétienne est une libération, parce qu'elle libère du désir compulsif d'acheter, accumuler, remplacer. Elle ouvre à la vraie qualité de vie : présence, gratitude, contemplation, relations vraies. Elle s'enracine dans une longue tradition spirituelle catholique — saint Benoît, saint François, sainte Thérèse de Lisieux — qui voit dans la simplicité non une privation, mais une plénitude.
Contempler, remercier, transmettre
Le second élément est la contemplation : apprendre à voir la création autrement que comme un stock. C'est ce que le Cantique des créatures de saint François enseigne, et que Laudato si' reprend dans toute sa dernière partie. Le chrétien, devant un coucher de soleil, un fleuve, une forêt, un visage, ne calcule pas un coût ni un usage — il loue Dieu, comme l'indique le titre même de Laudate Deum.
« La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C'est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas. » — Pape François, Laudato si', § 222[76]
S'ajoute à la contemplation la gratitude — recevoir le monde comme un don, et non comme un droit — et la transmission — penser aux générations qui viendront, comme une obligation de justice et non de sentimentalité.
Une espérance qui n'est pas catastrophiste
Le troisième élément est l'espérance. C'est ce qui distingue radicalement la conversion écologique chrétienne du catastrophisme apocalyptique séculier. Le chrétien sait que le monde sera transfiguré, que la création « sera libérée de l'esclavage de la corruption » (Rm 8,21), que Dieu fera « toutes choses nouvelles » (Ap 21,5). Il n'attend pas la fin du monde par la planète elle-même ; il l'attend par le Christ, et son action présente est éclairée par cette eschatologie de transfiguration.
Cette espérance a aussi un versant intra-historique : avant l'achèvement définitif, ce que les chrétiens attendent n'est pas d'abord la fin du monde, mais la fin d'un âge — la transition vers une ère de paix dans l'histoire elle-même, le septième millénaire comme un jour de repos à l'image de la semaine de la Création, le Royaume de la Divine Volonté vécu sur la terre comme au Ciel, selon la demande du Notre Père[77]. Un règne d'abord intérieur — dans les cœurs — et sans aucune date fixée : c'est ce qui le distingue du millénarisme, que l'Église a rejeté « même sous sa forme atténuée ».
« L'univers se déploie en Dieu, qui le remplit tout entier. Il y a donc une mystique dans une feuille, dans un chemin, dans la rosée, dans le visage du pauvre. L'idéal n'est pas seulement de passer de l'extérieur à l'intérieur pour découvrir l'action de Dieu dans l'âme, mais aussi d'arriver à le trouver en toute chose. » — Pape François, Laudato si', § 233[78]
L'espérance chrétienne n'est ni illusion ni passivité. Elle est ce qui empêche à la fois l'effondrement intérieur (le « deuil écologique » que diagnostiquent aujourd'hui les psychologues) et la fuite cynique (le négationnisme protecteur). Elle est ce qui permet d'agir sans panique et sans désespoir.
Action concrète et silence intérieur
Le quatrième élément, peut-être le plus négligé, est le lien entre action concrète et silence intérieur. Laudato si' se conclut sur une longue méditation spirituelle (paragraphes 216-246) où le pape François montre que sans conversion intérieure, aucune réforme structurelle ne tient. Mais il ajoute aussitôt que sans conversion structurelle — politique, économique, juridique — la conversion intérieure reste isolée. Les deux sont indissociables.
Concrètement, une conversion écologique catholique inclut : la simplification de la consommation, le choix de produits locaux et justes, la réduction des déchets, le soin du logement et du quartier, l'engagement politique et associatif pour la justice environnementale, la défense des plus vulnérables (enfants à naître, pauvres, personnes âgées, travailleurs migrants), une prière quotidienne qui louange Dieu pour la création, un rythme hebdomadaire ordonné par le dimanche, et la transmission aux enfants d'un rapport non-consumériste au monde. Laudato si' détaille ces aspects dans ses paragraphes 211 à 215, en insistant sur la valeur des gestes « qui peuvent paraître insignifiants »[79].
Le saint François du XXIᵉ siècle : un modèle pour aujourd'hui
L'écologie catholique a un patron officiel : saint François d'Assise, proclamé tel par Jean-Paul II en 1979. C'est un choix significatif. François n'est pas un théoricien, ni un militant : c'est un mystique qui a découvert la création comme louange. Sa vie radicalement pauvre — il a renoncé à l'héritage paternel pour épouser « Dame Pauvreté » — illustre concrètement la sobriété joyeuse. Son Cantique des créatures montre que la nature, loin d'être une menace ou un objet, peut être un chemin vers Dieu quand elle est reçue dans la louange.
Laudato si' le présente sans détour comme la figure-source de toute écologie chrétienne authentique :
« Je crois que François est l'exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d'une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité. [...] En lui, on voit jusqu'à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l'engagement pour la société et la paix intérieure. » — Pape François, Laudato si', § 10[80]
François parlait aux animaux, mais il ne les divinisait pas ; il vénérait la création, mais il adorait le Créateur ; il vivait dans la pauvreté volontaire, mais sans haine du monde ni amertume contre lui-même. C'est précisément cet équilibre vivant que la spiritualité catholique propose comme modèle, contre les deux extrêmes du paganisme vert et du matérialisme désenchanté.
Conclusion : prendre l'écologie au sérieux sans en faire une religion
L'écologie est une question chrétienne authentique. La position catholique n'est pas une posture de prudence frileuse, mais une doctrine articulée, construite en quatre décennies de magistère, sourcée dans la Genèse, le Catéchisme, le Compendium et deux encycliques sociales majeures. Elle tient ensemble ce que les idéologies séparent.
Elle prend la création au sérieux parce qu'elle est un don. Elle prend les pauvres au sérieux parce qu'ils sont l'image de Dieu. Elle prend les générations futures au sérieux parce qu'elles existeront. Elle prend l'enfant à naître au sérieux parce qu'il est déjà. Elle prend le corps sexué au sérieux parce qu'il est donné. Elle prend le climat au sérieux parce qu'il est l'arrière-plan partagé de la vie humaine.
Mais elle refuse, avec la même fermeté, ce qui défigure cette intuition. Elle refuse la divinisation de la terre, parce que Dieu seul est Dieu. Elle refuse le malthusianisme, parce que l'enfant n'est jamais un problème. Elle refuse la technocratie verte, parce que la liberté humaine n'est pas un obstacle à supprimer. Elle refuse l'écologie comme religion de substitution, parce que la vraie religion donne la paix et non l'angoisse. Elle refuse l'instrumentalisation de la cause écologique, parce que la doctrine sociale exige la cohérence des vies. Elle refuse le refus du corps reçu, parce que l'écologie commence par accepter ce qui est donné.
La bonne écologie ne dit pas : « l'homme est le problème ». Elle dit : l'homme pécheur peut abîmer le monde, mais l'homme converti peut le cultiver, le garder, le transmettre, et s'en servir pour louer Dieu. C'est exactement le programme du Cantique des créatures, écrit il y a huit cents ans, et c'est exactement le programme de Laudato si', signé il y a dix ans. La continuité entre les deux est la signature catholique de la question écologique.
« Loué sois-tu, mon Seigneur. » — Saint François d'Assise, Cantique des créatures, fin 1224 – début 1225[81]
Pour aller plus loin
- Faut-il être de droite ou de gauche ? — discerner les questions politiques sans s'enfermer dans un camp.
- Que penser de l'avortement ? — pourquoi la défense de la création ne peut pas exclure l'enfant à naître.
- Que penser de l'euthanasie ? — la dignité de la vie humaine jusqu'à son terme naturel.
- Le mal et la souffrance — cadre chrétien sur les désordres du monde.
- L'amour infini de Dieu dans la création — la dimension contemplative de la création comme don.
Notes et références
Pape François, encyclique Laudato si', 24 mai 2015, § 49 — « Aujourd'hui, nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu'une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l'environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » Texte intégral : vatican.va.
1 46 68Pape François, Laudato si', § 139 — « Il n'y a pas deux crises séparées, l'une environnementale et l'autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. »
2 38Pascal Bruckner, Le Fanatisme de l'Apocalypse — Sauver la Terre, punir l'Homme, Paris, Grasset, 2011. Auteur non-catholique, mais analyse de la « religion séculière » du catastrophisme écologique qui converge avec la critique catholique d'une écologie devenue idolâtrie.
3 67Pape François, Laudato si', § 91 — « L'incohérence est évidente de la part de celui qui lutte contre le trafic d'animaux en voie d'extinction mais qui reste complètement indifférent face à la traite des personnes, se désintéresse des pauvres, ou s'emploie à détruire un autre être humain qui lui déplaît. »
4Pape François, Laudato si', § 120 — « Puisque tout est lié, la défense de la nature n'est pas compatible non plus avec la justification de l'avortement. »
5 73Saint François d'Assise, Cantique des créatures (ou Cantique de Frère Soleil), composé en dialecte ombrien à la chapelle de Saint-Damien, Assise : le corps du cantique fin 1224, la strophe du pardon (pour réconcilier l'évêque et le podestat d'Assise) ajoutée au début de 1225. Texte critique italien et traductions françaises dans François d'Assise — Écrits, éd. Théophile Desbonnets et Damien Vorreux, Sources chrétiennes n° 285, Paris, Cerf, 1981 ; voir aussi la traduction officielle de l'Église catholique en France pour le huitième centenaire (2024-2025). Le cantique est l'un des plus anciens textes en italien vernaculaire.
6 7 81Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Inter sanctos, 29 novembre 1979 — saint François d'Assise est proclamé « patron céleste des écologistes ». Texte latin sur vatican.va (rubrique des lettres apostoliques), AAS 71 (1979), 1509-1510. Jean-Paul II la cite lui-même comme « lettre apostolique Inter Sanctos » dans son message pour la Journée mondiale de la Paix 1990.
8 21Bible, Genèse 1, 1–2, 25 — les deux récits de la création (Gn 1 et Gn 2), reçus par la Tradition comme l'œuvre de Moïse, auteur du Pentateuque (Commission Biblique Pontificale, réponse du 27 juin 1906, De mosaica authentia Pentateuchi ; cf. Jn 5, 46). Sur l'importance du « cela était bon » sept fois répété, voir notamment Joseph Ratzinger, Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, Paris, Fayard, 1995 (traduction de Im Anfang schuf Gott, Munich, 1986), pp. 51-63.
9Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, Libreria Editrice Vaticana, 2004, § 451. Édition française : Cerf/Bayard/Fleurus-Mame, 2005, 530 p. Texte intégral en ligne sur vatican.va.
10Pape François, Laudato si', § 67 — « Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. [...] Nous devons rejeter aujourd'hui avec force que, du fait d'avoir été créés à l'image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures. »
11 12 14Lynn White Jr., The Historical Roots of Our Ecologic Crisis, in Science, vol. 155, n° 3767, 10 mars 1967, pp. 1203-1207. L'article a accusé la lecture occidentale chrétienne de la Genèse d'avoir fondé l'arrogance écologique de la modernité industrielle. Laudato si' y répond explicitement, sans le nommer, au § 67.
13Catéchisme de l'Église catholique, édition définitive de 1997, § 2415 — « Le septième commandement demande le respect de l'intégrité de la création. [...] L'usage des ressources minérales, végétales et animales de l'univers ne peut être détaché du respect des exigences morales. La domination accordée par le Créateur à l'homme sur les êtres inanimés et les autres vivants n'est pas absolue ; elle est mesurée par le souci de la qualité de la vie du prochain, y compris des générations à venir ; elle exige un respect religieux de l'intégrité de la création. »
15 33Saint Jean-Paul II, encyclique Centesimus annus, 1ᵉʳ mai 1991, § 37 — « L'homme [...] croit pouvoir disposer arbitrairement de la terre, en la soumettant sans réserve à sa volonté, comme si elle n'avait pas une forme et une destination antérieures que Dieu lui a données, que l'homme peut développer mais qu'il ne doit pas trahir. » AAS 83 (1991), 793-867.
16 24Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, 2004, § 454 — sur la Pâque cosmique : « la nature même participe au drame du Fils de Dieu rejeté et à la victoire de la Résurrection ».
17Saint Paul, Lettre aux Romains, 8, 19-23 (Bible de Jérusalem, Paris, Cerf, 1998). La création toute entière gémit dans les douleurs de l'enfantement. Cf. Compendium DSE, § 455.
18Apocalypse, 21, 1-5 — « Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle. » Sur la transfiguration cosmique plutôt que la destruction, cf. Joseph Ratzinger, Eschatologie. La mort et la vie éternelle, Paris, Téqui, 1979 (1977 original allemand).
19Saint Paul VI, lettre apostolique Octogesima adveniens, 14 mai 1971, § 21 — première intervention magistérielle majeure sur la question écologique : « Par une exploitation inconsidérée de la nature, [l'homme] risque de la détruire et d'être à son tour la victime de cette dégradation. » AAS 63 (1971), 401-441.
20Saint Jean-Paul II, encyclique Sollicitudo rei socialis, 30 décembre 1987, § 34 — trois considérations sur le cosmos, le caractère limité des ressources et la pollution. AAS 80 (1988), 513-586.
22 30 51Saint Jean-Paul II, message pour la XXIIIᵉ Journée mondiale de la Paix, 1ᵉʳ janvier 1990, « La paix avec Dieu Créateur, la paix avec toute la création ». Texte daté du 8 décembre 1989. AAS 82 (1990), 147-156. Le message est le premier document pontifical entièrement consacré à l'écologie.
23 31Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, 2004, chapitre X « Sauvegarder l'environnement », §§ 451-487 — synthèse magistérielle complète : aspects bibliques, homme et univers, crise homme-environnement, responsabilité commune (biens collectifs, biotechnologies, partage des biens, sobriété).
25 44Benoît XVI, encyclique Caritas in veritate, 29 juin 2009, §§ 48-51 — développement de l'idée d'écologie intégrale et de la responsabilité environnementale. AAS 101 (2009), 641-709.
26Benoît XVI, discours au Bundestag (Reichstag), Berlin, 22 septembre 2011 — « Il existe aussi une écologie de l'homme. L'homme aussi possède une nature qu'il doit respecter et qu'il ne peut manipuler à volonté. » Texte intégral sur vatican.va. Le discours est l'un des plus importants de Benoît XVI sur les fondements du droit naturel.
27 36Pape François, encyclique Laudato si' — sur la sauvegarde de la maison commune, datée du 24 mai 2015 et publiée le 18 juin 2015, Libreria Editrice Vaticana, 246 paragraphes en six chapitres. Édition française : Médiaspaul/Bayard/Cerf/Mame, Paris, 2015, 192 p. Texte intégral sur vatican.va.
28 37Pape François, exhortation apostolique Laudate Deum — À toutes les personnes de bonne volonté sur la crise climatique, 4 octobre 2023, Libreria Editrice Vaticana, 73 paragraphes. Édition française : Cerf, Paris, 2023, 64 p. Texte intégral sur vatican.va.
29 40Saint Jean-Paul II, Centesimus annus, § 38 — premier emploi magistériel de l'expression « écologie humaine ». AAS 83 (1991), 841.
32Catéchisme de l'Église catholique, § 2418 — « Il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies. Il est également indigne de dépenser pour eux des sommes qui devraient en priorité soulager la misère des hommes. On peut aimer les animaux ; on ne saurait détourner vers eux l'affection due aux seules personnes. »
34Benoît XVI, Caritas in veritate, § 51 — « Le livre de la nature est unique et indivisible, qu'il s'agisse de l'environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral. »
35Pape François, Laudato si', §§ 101-114 — le paradigme technocratique. « Il ne sert à rien de décrire les symptômes de la crise écologique, si nous n'en reconnaissons pas la racine humaine. »
39Pape François, Laudate Deum, § 2 — « je me rends compte au fil du temps que nos réactions sont insuffisantes alors que le monde qui nous accueille s'effrite et s'approche peut-être d'un point de rupture ».
41Pape François, Laudate Deum, § 67 — « seul un "anthropocentrisme situé" est possible. Autrement dit, reconnaître que la vie humaine est incompréhensible et insoutenable sans les autres créatures ».
42Pape François, Laudate Deum, § 73 — « Un être humain qui prétend prendre la place de Dieu devient le pire danger pour lui-même. »
43Pape François, Laudato si', § 137 — ouverture du chapitre IV sur l'écologie intégrale.
45Pape François, Laudato si', § 155 — l'écologie humaine et le corps reçu comme don. Le paragraphe cite explicitement le discours de Benoît XVI au Bundestag de 2011.
47 72Compendium DSE, 2004, § 467 — responsabilité envers les générations à venir.
48Pape François, Laudato si', § 159 — « On ne peut plus parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle. »
49Compendium DSE, 2004, § 463 — « Une conception correcte de l'environnement ne peut pas, d'une part, réduire de manière utilitariste la nature à un simple objet de manipulation et d'exploitation, et elle ne doit pas, d'autre part, l'absolutiser et la faire prévaloir sur la personne humaine au plan de la dignité. Dans ce dernier cas, on en arrive à diviniser la nature ou la terre, comme on peut facilement le constater dans certains mouvements écologiques. » Le paragraphe cite et critique explicitement l'écocentrisme et le biocentrisme.
50 60 62Compendium DSE, 2004, § 482 — « La crise environnementale actuelle frappe particulièrement les plus pauvres. »
52 55GIEC, Changements climatiques 2022 : conséquences, adaptation et vulnérabilité — Résumé à l'intention des décideurs, contribution du Groupe de travail II au sixième rapport d'évaluation, OMM/PNUE, février 2022 — les incidences négatives du changement climatique sont inégalement réparties et touchent de manière disproportionnée les populations les plus vulnérables et les plus pauvres.
53Banque mondiale, Groundswell, 2ᵉ partie : Agir face aux migrations climatiques internes, Washington, septembre 2021 — jusqu'à 216 millions de personnes pourraient être contraintes de migrer à l'intérieur de leur propre pays d'ici 2050 dans six régions du monde si rien n'est fait.
54Romano Guardini, Das Ende der Neuzeit, 1ʳᵉ éd. Würzburg, Werkbund-Verlag, 1950 (9ᵉ éd. 1965 — c'est cette édition que cite Laudato si' au § 203) ; trad. fr. La fin des temps modernes, Paris, Seuil, 1952. Cité par Laudato si' § 203, qui s'appuie largement sur Guardini pour la critique anthropologique de la modernité technique.
56Pape François, Laudato si', 24 mai 2015, § 86 — « L'ensemble de l'univers, avec ses relations multiples, révèle mieux l'inépuisable richesse de Dieu. » Le paragraphe cite saint Thomas d'Aquin (Somme théologique, I, q. 47, a. 1) : la multiplicité des créatures provient « de l'intention du premier agent », car « une seule créature ne saurait suffire à [...] représenter comme il convient » la bonté divine.
57Compendium DSE, 2004, § 470 — « Le climat est un bien qu'il faut protéger. »
58Pape François, Laudate Deum, §§ 11-12 — sur l'origine anthropique du changement climatique.
59Pape François, Laudato si', § 90 — refus explicite de la divinisation de la terre comme nouvelle dérive.
61Pape François, Laudato si', § 50 — réfutation magistérielle de la thèse malthusienne.
63 64Compendium DSE, 2004, § 483 — la croissance démographique est compatible avec un développement intégral et solidaire ; les politiques démographiques ne doivent jamais devenir un prétexte à des choix « peu conformes à la dignité de la personne humaine ».
65Pape François, Laudato si', §§ 109 et 116 — sur l'emprise du paradigme technocratique sur l'économie et la politique (§ 109), et l'attention à la réalité avec les limites qu'elle impose (§ 116).
66Sur les avions distincts de Rishi Sunak, David Cameron et Charles III à la COP28 de Dubaï (30 novembre – 12 décembre 2023), fait confirmé par Downing Street et relevé par la presse britannique début décembre 2023 ; voir notamment Liz Wolfe, « World Leaders Took Private Jets to Cop28 Climate Conference », Reason, 4 décembre 2023. Les totaux de vols privés avancés variant selon les sources, aucun chiffre global n'est retenu ici.
69Carole Roberts, Simon Chin-Yee, Richard Taylor, Mark Maslin et al., Navigating the Climate Conferences : Comparing the Carbon Footprint of Private Jet Travel and Other Modes of Transport to COP28, pré-publication, University College de Londres, 2023 — un trajet en jet privé vers la COP28 y émet en moyenne dix fois plus de CO₂e par passager qu'un vol commercial ; synthèse grand public dans The Conversation (repris par phys.org), décembre 2023.
70Cardinal George Pell (préfet du Secrétariat pour l'économie du Vatican à l'époque), interview au Financial Times, 16-17 juillet 2015 — « The Church has got no mandate from the Lord to pronounce on scientific matters » ; « no particular expertise in science » ; « We believe in the autonomy of science. » Propos relayés le 17 juillet 2015 par The Tablet, Religion News Service et cath.ch.
71Pape François, Laudato si', § 117 — « Quand on ne reconnaît pas, dans la réalité même, la valeur d'un pauvre, d'un embryon humain, d'une personne vivant une situation de handicap [...] on écoutera difficilement les cris de la nature elle-même. »
74Pape François, Laudato si', § 223 — la sobriété libératrice. « Moins est plus ».
75Pape François, Laudato si', § 222 — la sobriété chrétienne comme retour à la simplicité.
76Sur la distinction entre la fin d'un âge et la fin du monde, cf. CEC, n° 673-677 — le n° 676 rejette le millénarisme « même sous sa forme atténuée ». L'espérance d'une ère de paix intra-historique — triomphe du Cœur Immaculé annoncé à Fatima le 13 juillet 1917 (« À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera »), septième millénaire comme jour de repos à l'image de la semaine de la Création, Royaume de la Divine Volonté demandé dans le Notre Père et révélé à Luisa Piccarreta — est un règne d'abord intérieur, dans les cœurs, et ne fixe aucune date (Mt 24, 36).
77Pape François, Laudato si', § 233 — « il y a une mystique dans une feuille, dans un chemin, dans la rosée, dans le visage du pauvre ». Cité aussi dans Laudate Deum § 65.
78Pape François, Laudato si', §§ 211-215 — les gestes quotidiens de la conversion écologique.
79Pape François, Laudato si', § 10 — saint François d'Assise, exemple d'écologie intégrale vécue avec joie.
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