La paix

Dans la doctrine sociale de l'Église, la paix n'est pas seulement l'absence de guerre : elle est « la tranquillité de l'ordre » (saint Augustin), œuvre de la justice et effet de la charité, don du Christ « notre paix » et tâche permanente confiée aux artisans de paix.

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La paix n'est pas, dans la doctrine sociale de l'Église, un simple silence des armes ni une trêve fragile entre des forces hostiles. Elle est une valeur positive et une tâche permanente : le fruit d'un ordre juste, l'effet de la charité, le reflet terrestre de la paix que le Christ a donnée à son Église. Le Catéchisme la définit d'un mot : « La paix n'est pas seulement absence de guerre […]. Elle est "tranquillité de l'ordre". Elle est œuvre de la justice et effet de la charité »[1].

Cette définition, héritée de saint Augustin et reprise par le concile Vatican II, commande toute la pensée catholique sur la paix. Elle interdit deux réductions opposées : croire que la paix se ramène à l'absence de conflit — une « paix » de cimetière ou d'oppression peut être sans guerre —, et croire qu'elle se construit par la seule force ou le seul équilibre de la terreur. La vraie paix suppose la justice, le respect de la dignité de chaque personne, la vérité des rapports humains et, à son sommet, l'amour.

Cet article traite la paix en tant que valeur et principe de la doctrine sociale : sa définition positive, ses racines bibliques, le développement du magistère social qui en a fait l'un de ses thèmes majeurs au XXᵉ siècle, ses conditions concrètes, ses contrefaçons et son enracinement spirituel. Les sujets connexes — la guerre juste, la course aux armements, la destination universelle des biens, la solidarité, la charité politique ou le totalitarisme — sont renvoyés à leurs articles propres.

Qu'est-ce que la paix ? Une définition positive

Les trois degrés de la paix selon le Catéchisme (§ 2304). Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La tentation constante, quand on parle de paix, est de la définir négativement : la paix, ce serait quand il n'y a pas la guerre. L'Église refuse résolument cette définition. Le concile Vatican II l'énonce avec netteté dans Gaudium et Spes : la paix « n'est pas une pure absence de guerre », elle ne se réduit ni à « l'équilibre des forces adverses » ni à une « domination despotique »[2].

Plus que l'absence de guerre

Une absence de guerre peut recouvrir une injustice massive. Un peuple écrasé sous une tyrannie ne connaît pas la guerre, mais il ne connaît pas non plus la paix : il subit l'ordre imposé par la peur. C'est pourquoi le Catéchisme précise immédiatement ce que la paix exige positivement :

« La paix ne peut s'obtenir sur terre sans la sauvegarde des biens des personnes, la libre communication entre les êtres humains, le respect de la dignité des personnes et des peuples, la pratique assidue de la fraternité. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2304[3]

La paix authentique est donc liée à un faisceau de réalités : la sécurité des personnes et de leurs biens, la liberté de communication et de relation, le respect de la dignité de chacun et des peuples, et l'exercice quotidien de la fraternité. Là où ces réalités manquent, fût-ce dans le silence des armes, la paix n'est pas encore là.

« La tranquillité de l'ordre » (saint Augustin)

La formule la plus dense, reprise par le Catéchisme, vient de saint Augustin. Dans La Cité de Dieu, l'évêque d'Hippone passe en revue tous les degrés de la création — le corps, l'âme, la maison, la cité, jusqu'à la cité céleste — et montre que chacun possède sa paix propre dans l'ordre qui lui convient. Il résume alors toutes ces paix en une seule définition : « Pax omnium rerum tranquillitas ordinis », la tranquillité de l'ordre[4].

Cette définition est décisive : la paix n'est pas l'absence de mouvement ni l'uniformité, mais l'ordre — c'est-à-dire la juste disposition des êtres selon leur nature et leur fin. Or l'ordre suppose la justice, qui rend à chacun son dû, et la charité, qui unit. La paix augustinienne n'est donc jamais un calme neutre : elle est un ordre bon, voulu par Dieu, à recevoir et à construire.

Œuvre de la justice, effet de la charité

De là découle la double formule qui structure toute la doctrine sociale de la paix : la paix est « œuvre de la justice » et « effet de la charité »[5]. Les deux versets bibliques sous-jacents sont constants dans le magistère. D'abord Isaïe : « Le fruit de la justice sera la paix » — opus iustitiae pax[6]. Ensuite la charité, qui « va bien au-delà de ce que la justice peut apporter »[7].

Cette articulation interdit deux erreurs symétriques. Réduire la paix à la justice seule conduit à une paix froide, juridique, vite reprise par la rancune ; on l'a vu après bien des traités qui, en « faisant justice », semaient la guerre suivante. Réduire la paix à un sentiment d'amour, en sautant l'exigence de justice, conduit à une fausse réconciliation qui couvre l'injustice. La paix catholique tient les deux : la justice pose les fondations, la charité achève l'édifice.

NiveauCe que la paix n'est pasCe que la paix est
Définition minimaleAbsence de guerre, trêve, statu quo arméSauvegarde des biens et de la dignité des personnes
FondementÉquilibre de la terreur, dominationOrdre juste voulu par Dieu (tranquillitas ordinis)
MoteurCalcul d'intérêts, rapport de forcesJustice (opus iustitiae pax) et charité
Sommet—Don du Christ, « notre paix » (Ep 2, 14)

Les racines bibliques : le shalom et le Christ « notre paix »

Le shalom biblique désigne une paix pleine : alliance, justice, sécurité, fraternité et salut. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La doctrine sociale de la paix ne tombe pas du ciel des idées : elle s'enracine dans l'Écriture, où la paix — l'hébreu shalom — est l'un des grands noms du salut.

Shalom : plénitude, alliance et salut

Le mot hébreu shalom ne signifie pas d'abord l'absence de conflit, mais la plénitude : l'intégrité d'un être, l'achèvement d'une œuvre, la santé, la prospérité, la justice rétablie, l'harmonie des relations. Saluer quelqu'un par shalom, c'est lui souhaiter la totalité des biens de Dieu. Dans l'Ancien Testament, la paix est un don de Dieu lié à l'Alliance : elle accompagne la fidélité au Seigneur et fait défaut quand le peuple s'en détourne[8].

Les prophètes annoncent une paix messianique universelle, où la justice et la paix s'embrassent (Ps 85, 11) et où les armes elles-mêmes seront transformées en instruments de vie :

« De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des serpes. Jamais nation contre nation ne lèvera l'épée ; ils n'apprendront plus la guerre. » — Isaïe 2, 4[9]

Cette espérance culmine dans la figure de l'enfant promis, dont l'un des noms est « Prince-de-la-Paix » (Is 9, 5)[10]. Le Catéchisme y rattache directement le Christ : « La paix terrestre est image et fruit de la paix du Christ, le "Prince de la paix" messianique »[11].

Le Christ, Prince de la paix

Le Nouveau Testament accomplit cette annonce d'une manière inattendue : la paix n'est plus seulement promise, elle est une personne. Saint Paul l'affirme avec force aux Éphésiens, à propos de la réconciliation entre Juifs et païens dans le Christ :

« C'est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine. » — Saint Paul, Lettre aux Éphésiens 2, 14[12]

Le Catéchisme commente : « Par le sang de sa croix, il a "tué la haine dans sa propre chair", il a réconcilié avec Dieu les hommes et fait de son Église le sacrement de l'unité du genre humain et de son union avec Dieu »[13]. La paix du Christ n'est donc pas une technique diplomatique : elle jaillit de la Croix, où la haine est vaincue par le don de soi. C'est pourquoi le Ressuscité salue ses disciples par ces mots, et c'est une paix qu'il distingue de toute paix mondaine :

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. » — Jésus, Évangile selon saint Jean 14, 27[14]

« Heureux les artisans de paix »

Entre le don reçu et la tâche à accomplir, l'Évangile place la béatitude des artisans de paix. La paix n'est pas seulement à recevoir passivement : elle se fabrique, elle s'ouvrage, et ceux qui s'y emploient sont déclarés fils de Dieu :

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » — Jésus, Évangile selon saint Matthieu 5, 9[15]

Le mot grec eirènopoioi — « faiseurs de paix » — dit bien qu'il s'agit d'un travail, non d'un tempérament pacifique. Le Catéchisme conclut sa section sur la sauvegarde de la paix par cette même béatitude[16], faisant d'elle le ressort spirituel de tout l'engagement chrétien pour la paix.

La paix dans le développement du magistère social

Sept jalons du magistère social sur la paix, de 1891 à 2020. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La paix est devenue, au XXᵉ siècle, l'un des grands axes de la doctrine sociale de l'Église. Le traumatisme des deux guerres mondiales, la menace nucléaire et la décolonisation ont conduit les papes à approfondir une théologie sociale de la paix dont les jalons forment une véritable tradition cohérente.

Léon XIII et la paix par la justice sociale

Dès Rerum Novarum (1891), en traitant la question ouvrière, Léon XIII pose un principe qui vaudra pour la paix internationale comme pour la paix sociale : une société divisée par l'injustice ne peut être en paix. La concorde entre les classes ne s'obtient pas par la lutte mais par le respect des droits de chacun et l'amitié sociale[17]. C'est déjà l'idée que la paix est œuvre de la justice — appliquée d'abord au monde du travail.

Pacem in Terris : les quatre piliers (Jean XXIII)

Jean XXIII signe Pacem in Terris le 9 avril 1963. Photo Keystone-France, domaine public, via Wikimedia Commons.

Le grand texte de référence est l'encyclique Pacem in Terris (« La paix sur la terre »), promulguée par saint Jean XXIII le 11 avril 1963, quelques mois après la crise des missiles de Cuba et peu avant sa mort. Première encyclique adressée « à tous les hommes de bonne volonté » et non aux seuls catholiques, elle énonce que la paix repose sur quatre piliers : la vérité, la justice, l'amour et la liberté[18].

Les quatre piliers de la paix selon Pacem in Terris. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« La paix sur la terre, objet du profond désir de l'humanité de tous les temps, ne peut se fonder ni s'affermir que dans le respect absolu de l'ordre établi par Dieu. » — Saint Jean XXIII, Pacem in Terris, n° 1[19]

L'encyclique tire de la dignité de la personne tout un édifice de droits et de devoirs, et appelle à fonder l'autorité internationale sur le droit plutôt que sur la force. Elle reste la charte magistérielle de la paix, citée par tous les papes suivants.

Gaudium et Spes 78 : la définition conciliaire

Le concile Vatican II reprend et fixe la doctrine dans la constitution pastorale Gaudium et Spes (1965), dont le n° 78 donne la définition devenue classique :

« La paix n'est pas une pure absence de guerre et elle ne se borne pas seulement à assurer l'équilibre des forces adverses ; elle ne provient pas non plus d'une domination despotique, mais c'est en toute vérité qu'on la définit "œuvre de la justice" (Is 32, 17). » — Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 78[20]

Le concile ajoute qu'elle est « le fruit d'un ordre inscrit dans la société humaine par son divin fondateur, et qui doit être réalisé par des hommes sans cesse assoiffés d'une justice plus parfaite », et qu'elle est aussi « le fruit de l'amour, qui va bien au-delà de ce que la justice peut apporter »[21]. La paix n'est donc « jamais acquise une fois pour toutes, mais sans cesse à construire »[22].

Paul VI : « le développement, nouveau nom de la paix »

Saint Paul VI déplace l'accent vers le développement des peuples. Dans Populorum Progressio (1967), il forge une formule restée célèbre, qui lie indissociablement la paix à la justice économique entre les nations :

« Le développement est le nouveau nom de la paix. […] Si le développement est le nouveau nom de la paix, qui ne voudrait y travailler de toutes ses forces ? » — Saint Paul VI, Populorum Progressio, n° 87[23]

C'est lui aussi qui institue, en 1967, la Journée mondiale de la paix, célébrée chaque 1er janvier depuis le 1er janvier 1968, occasion d'un message annuel du pape sur un thème de paix[24]. Le thème qu'il choisit pour 1972 résume toute la doctrine : « Si tu veux la paix, travaille pour la justice »[25].

Jean-Paul II : « Opus solidaritatis pax »

Saint Jean-Paul II, témoin du totalitarisme et artisan de la chute pacifique du communisme à l'Est, ajoute un maillon décisif. Dans Sollicitudo Rei Socialis (1987), il définit la paix comme le fruit de la solidarité :

« La paix comme fruit de la solidarité […]. La devise du pontificat de mon vénéré prédécesseur Pie XII était : "Opus iustitiae pax", la paix comme fruit de la justice. Aujourd'hui on pourrait dire, avec la même exactitude […] : "Opus solidaritatis pax", la paix comme fruit de la solidarité. » — Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, n° 39[26]

Dans ses messages pour la Journée mondiale de la paix, il développe la triade qui restera attachée à son enseignement : « Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon »[27]. La paix exige ainsi non seulement de rendre justice, mais de rompre la spirale de la vengeance par le pardon — sans lequel aucune réconciliation durable n'est possible.

Benoît XVI et François : vérité, fraternité, paix « artisanale »

Benoît XVI rappelle que la paix se fonde sur la vérité de l'homme et sur le lien indissociable de la charité et de la justice (Caritas in Veritate, 2009)[28]. Le pape François, dans Fratelli Tutti (2020), insiste sur la fraternité universelle et sur le caractère « artisanal » de la paix : elle ne se décrète pas d'en haut, elle se construit patiemment, personne après personne, par le dialogue et la rencontre :

« La paix sociale est laborieuse, artisanale. […] Tous nous pouvons collaborer, comme des artisans de paix, à cette œuvre. » — Pape François, Fratelli Tutti, n° 217-225[29]

Les conditions concrètes de la paix

Cinq conditions concrètes pour construire la paix. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Si la paix est œuvre de la justice et effet de la charité, elle ne se construit pas par des vœux mais par des conditions précises, que le magistère a constamment énumérées.

Justice et respect des droits

La première condition est la justice, c'est-à-dire le respect effectif des droits et l'accomplissement des devoirs. Le Catéchisme énumère parmi les causes structurelles de guerre « les injustices, les inégalités excessives d'ordre économique ou social, l'envie, la méfiance et l'orgueil qui sévissent entre les hommes et les nations »[30]. Inversement : « Tout ce qui est fait pour vaincre ces désordres contribue à édifier la paix et à éviter la guerre »[31]. La paix se construit donc en amont, par la justice sociale, le salaire juste, la destination universelle des biens et la lutte contre la misère.

Vérité et désarmement des cœurs

La deuxième condition est la vérité : sans rapports véridiques, la confiance s'effondre et la paix devient impossible. La course aux armements, traitée en détail dans l'article dédié à la course aux armements, est dénoncée par le Catéchisme comme « une plaie extrêmement grave de l'humanité » qui « lèse les pauvres d'une manière intolérable »[32] : accumuler les armes pour assurer la paix par la dissuasion est « une manière paradoxale » qui, loin d'éliminer les causes de guerre, « risque de les aggraver »[33]. La vraie sécurité passe par le désarmement des armes et, plus profondément, par le désarmement des cœurs.

Pardon et réconciliation

La troisième condition, proprement chrétienne, est le pardon. La justice seule, livrée à elle-même, peut nourrir le ressentiment et appeler la vengeance. Jean-Paul II l'a martelé : « il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon »[34]. Le pardon ne supprime pas l'exigence de justice ni de réparation, mais il brise le cycle où chaque offense en appelle une autre, et rend possible une réconciliation véritable. C'est ici que la charité dépasse la justice sans la nier.

Le développement et le bien commun

La quatrième condition est le développement intégral et la poursuite du bien commun, national et international. Selon la formule de Paul VI, « le développement est le nouveau nom de la paix »[35] : une humanité où des peuples entiers sont privés du nécessaire ne peut être durablement en paix. La paix mondiale appelle ainsi une solidarité entre les nations et une autorité internationale au service du bien commun universel, comme le demandait déjà Pacem in Terris[36].

Les contrefaçons de la paix

La paix de domination opposée à l'ordre juste vivifié par la charité. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Parce que tout le monde se réclame de la paix — y compris les tyrans et les agresseurs —, l'Église distingue soigneusement la paix véritable de ses imitations.

La fausse paix de la domination

La première contrefaçon est la paix imposée par la force, l'ordre du plus fort ou l'équilibre de la terreur. Gaudium et Spes la récuse explicitement : la paix ne provient pas « d'une domination despotique »[37]. La Pax romana des empires, la « paix » des régimes totalitaires qui font taire toute contestation, ne sont pas la paix mais sa caricature : un ordre sans justice, donc sans véritable tranquillité de l'ordre.

La fausse paix qui couvre l'injustice

La deuxième contrefaçon est la fausse réconciliation : on appelle « paix » le fait de fermer les yeux sur une injustice durable, de demander aux victimes de se taire au nom de la concorde. C'est la paix dénoncée par le prophète Jérémie : « Ils disent : "Paix ! Paix !" et il n'y a pas de paix » (Jr 6, 14)[38]. Une paix qui sacrifie la justice n'est qu'un sursis.

Ni belliciste, ni pacifiste désarmé

Entre deux excès, la doctrine catholique tient une voie de crête. Contre le bellicisme, elle rappelle que la guerre est toujours un échec et que la paix est la norme. Contre un pacifisme qui abdiquerait toute défense de la justice et livrerait les innocents à l'agresseur, elle maintient le droit et le devoir de légitime défense, strictement encadré par les conditions de la guerre juste[39]. Refuser de défendre l'innocent au nom de la paix n'est pas la paix : c'est l'abandon. La vraie paix n'est ni la guerre facile ni la passivité, mais l'ordre juste activement protégé.

La paix, don de Dieu et tâche de l'homme

La paix se reçoit du Christ et se bâtit par la justice, le pardon et la solidarité. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La doctrine sociale, en bonne théologie, ne sépare jamais l'effort humain de la grâce. La paix est à la fois une tâche confiée aux hommes et un don que Dieu seul peut accomplir pleinement.

Prière, conversion et eucharistie

Le Catéchisme rappelle que, « à cause des maux et des injustices qu'entraîne toute guerre, l'Église presse instamment chacun de prier et d'agir » pour la paix[40]. La paix se demande dans la prière — « De la famine, de la peste et de la guerre, délivre-nous, Seigneur »[41] — et se reçoit dans la liturgie, où chaque eucharistie offre le geste de paix avant la communion, signe que la paix du Christ précède et fonde la paix des hommes. Elle suppose aussi la conversion des cœurs : « Dans la mesure où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre menace », mais « dans la mesure où, unis dans l'amour, les hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence »[42].

La paix de la Divine Volonté

Au plus profond, la paix est le fruit de l'âme rendue à l'ordre de Dieu. La spiritualité de la Divine Volonté, transmise à Luisa Piccarreta (1865-1947), rejoint exactement la définition augustinienne : la paix est la tranquillité de l'ordre, et le désordre du monde naît de la volonté humaine arrachée à la Volonté divine. Jésus le lui enseigne en des termes qui font écho, presque mot pour mot, à la formule augustinienne reprise par le Catéchisme :

« La paix met toutes les passions en ordre. […] La pureté d'intention règle et corrige les vertus elles-mêmes, y compris l'obéissance. Elle est comme un maestro qui dirige la musique spirituelle de l'âme. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 5, 11 mai 1903[43]

Quand l'âme dit son fiat et laisse le règne de Dieu « venir sur la terre comme au Ciel », l'ordre originel se rétablit en elle, et de cet ordre intérieur peut rayonner une paix qui n'est pas « à la manière du monde ». Ainsi la paix sociale, sommet de la doctrine, plonge ses racines dans la paix du cœur réconcilié avec Dieu — car, selon la parole de saint Augustin que l'Église n'a cessé de méditer, notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en Lui[44].

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » — Jésus, Évangile selon saint Matthieu 5, 9[45]

Pour aller plus loin

Articles connexes — Pour les questions voisines traitées dans leurs articles propres : la guerre juste, la course aux armements, le bien commun, la solidarité, la subsidiarité, la dignité de la personne humaine, la destination universelle des biens, la charité politique, le totalitarisme, le communisme et la mondialisation.

Sources magistérielles principales — Catéchisme de l'Église catholique, § 2302-2317 (« La sauvegarde de la paix ») ; concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 77-90 ; Jean XXIII, Pacem in Terris (1963) ; Paul VI, Populorum Progressio (1967) ; Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis (1987) ; Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église (2004), ch. XI « La promotion de la paix » ; Pape François, Fratelli Tutti (2020).

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 2304 : « La paix n'est pas seulement absence de guerre et elle ne se borne pas à assurer l'équilibre des forces adverses. La paix ne peut s'obtenir sur terre sans la sauvegarde des biens des personnes, la libre communication entre les êtres humains, le respect de la dignité des personnes et des peuples, la pratique assidue de la fraternité. Elle est "tranquillité de l'ordre" (S. Augustin, civ. 19, 13). Elle est œuvre de la justice (cf. Is 32, 17) et effet de la charité (cf. GS 78, §§ 1-2). »

    1
  2. Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n° 78 : « La paix n'est pas une pure absence de guerre et elle ne se borne pas seulement à assurer l'équilibre des forces adverses ; elle ne provient pas non plus d'une domination despotique, mais c'est en toute vérité qu'on la définit "œuvre de la justice" (Is 32, 17). »

    2
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 2304, sur les conditions positives de la paix (sauvegarde des biens des personnes, libre communication, respect de la dignité, pratique de la fraternité).

    3
  4. Saint Augustin, La Cité de Dieu (De Civitate Dei), livre XIX, ch. 13 : la définition de la paix comme « Pax omnium rerum tranquillitas ordinis », la tranquillité de l'ordre, conclut le chapitre qui passe en revue tous les degrés de la paix créée (corps, âme, maison, cité, cité céleste). Le CEC § 2304 renvoie à ce passage (référence canonique : civ. 19, 13) ; le CEC lui-même rend la formule par « tranquillité de l'ordre ».

    4
  5. Catéchisme de l'Église catholique, § 2304 : la paix est « œuvre de la justice (cf. Is 32, 17) et effet de la charité ».

    5
  6. Isaïe 32, 17 : « Le fruit de la justice sera la paix » (Vulgate : « et erit opus iustitiae pax »). Source du célèbre adage opus iustitiae pax, devise de Pie XII.

    6
  7. Gaudium et Spes, n° 78 : la paix est aussi « le fruit de l'amour, qui va bien au-delà de ce que la justice peut apporter ».

    7
  8. Sur le sens biblique du shalom comme plénitude, intégrité, salut et don de l'Alliance : Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Cerf, article « Paix » ; le Compendium de la doctrine sociale de l'Église, Conseil pontifical Justice et Paix, 2004, ch. XI, I (« Aspects bibliques »), n° 488-490, développe la même notion.

    8
  9. Isaïe 2, 4, traduction liturgique officielle (AELF). Vision de la paix messianique universelle ; passage repris au CEC § 2317 (cf. GS 78, § 6).

    9
  10. Isaïe 9, 5 (Vg 9, 6), traduction liturgique officielle (AELF) : l'un des noms de l'enfant promis est « Prince-de-la-Paix ».

    10
  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 2305 : « La paix terrestre est image et fruit de la paix du Christ, le "Prince de la paix" messianique (Is 9, 5). »

    11
  12. Saint Paul, Lettre aux Éphésiens 2, 14, traduction liturgique officielle (AELF) : « C'est lui, le Christ, qui est notre paix. »

    12
  13. Catéchisme de l'Église catholique, § 2305 : « Par le sang de sa croix, il a "tué la haine dans sa propre chair" (Ep 2, 16 ; cf. Col 1, 20-22), il a réconcilié avec Dieu les hommes et fait de son Église le sacrement de l'unité du genre humain et de son union avec Dieu. "Il est notre paix" (Ep 2, 14). Il déclare "bienheureux les artisans de paix" (Mt 5, 9). »

    13
  14. Évangile selon saint Jean 14, 27, traduction liturgique officielle (AELF) : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. »

    14
  15. Évangile selon saint Matthieu 5, 9, traduction liturgique officielle (AELF), septième béatitude. Le grec eirènopoioi désigne les « faiseurs de paix », ceux qui œuvrent activement à la paix.

    15
  16. Catéchisme de l'Église catholique, § 2330 (En bref) : « "Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu" (Mt 5, 9). »

    16
  17. Léon XIII, Rerum Novarum, 15 mai 1891, n° 19 : l'image du corps humain, dont les membres divers s'accordent en un tout harmonieux, illustre que le capital et le travail ont besoin l'un de l'autre — « l'accord mutuel produit la beauté du bon ordre, tandis que le conflit perpétuel engendre nécessairement la confusion et une sauvage barbarie » (trad. d'après l'édition numérotée de vatican.va).

    17
  18. Saint Jean XXIII, Pacem in Terris, 11 avril 1963 : la paix repose sur quatre exigences — la vérité, la justice, l'amour (charité) et la liberté. L'encyclique est la première adressée « à tous les hommes de bonne volonté ».

    18
  19. Saint Jean XXIII, Pacem in Terris, 11 avril 1963, n° 1, traduction française officielle : « La paix sur la terre, objet du profond désir de l'humanité de tous les temps, ne peut se fonder ni s'affermir que dans le respect absolu de l'ordre établi par Dieu. » Texte intégral vérifié sur vatican.va.

    19
  20. Gaudium et Spes, n° 78, première partie : définition négative et positive de la paix comme « œuvre de la justice ».

    20
  21. Gaudium et Spes, n° 78 : la paix est « le fruit d'un ordre inscrit dans la société humaine par son divin fondateur, et qui doit être mené à réalisation par des hommes sans cesse assoiffés d'une justice plus parfaite », et « le fruit de l'amour ». Formulation reprise par Jean-Paul II, message pour la Journée mondiale de la paix 2002, n° 2.

    21
  22. Gaudium et Spes, n° 78 : « comme les exigences du bien commun changent au cours du temps, la paix n'est jamais chose acquise une fois pour toutes, mais sans cesse à construire ».

    22
  23. Saint Paul VI, Populorum Progressio, 26 mars 1967, n° 87 : « Le développement est le nouveau nom de la paix. […] Si le développement est le nouveau nom de la paix, qui ne voudrait y travailler de toutes ses forces ? »

    23
  24. La Journée mondiale de la paix a été instituée par saint Paul VI en 1967 et célébrée pour la première fois le 1er janvier 1968 ; elle donne lieu chaque année à un message du pape. Date et institution confirmées par les archives des messages pour la paix (Vatican.va).

    24
  25. Saint Paul VI, message pour la Vᵉ Journée mondiale de la paix, 1er janvier 1972, sur le thème « Si tu veux la paix, travaille pour la justice ».

    25
  26. Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, 30 décembre 1987, n° 39 : « Opus solidaritatis pax, la paix comme fruit de la solidarité », en écho à la devise Opus iustitiae pax de Pie XII.

    26
  27. Saint Jean-Paul II, message pour la XXXVᵉ Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2002 : « Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon. »

    27
  28. Benoît XVI, Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 6 : « La charité dépasse la justice […] mais elle n'existe jamais sans la justice » ; la justice est « inséparable de la charité », elle lui est « intrinsèque ». Fondement de l'articulation entre vérité, charité et paix développée dans l'encyclique.

    28
  29. Pape François, Fratelli Tutti, 3 octobre 2020, n° 217-225, sur la paix « artisanale », la fraternité et le dialogue social. « La paix sociale est laborieuse, artisanale » (cf. n° 217-218).

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  30. Catéchisme de l'Église catholique, § 2317 : « Les injustices, les inégalités excessives d'ordre économique ou social, l'envie, la méfiance et l'orgueil qui sévissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. »

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  31. Catéchisme de l'Église catholique, § 2317 : « Tout ce qui est fait pour vaincre ces désordres contribue à édifier la paix et à éviter la guerre. »

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  32. Catéchisme de l'Église catholique, § 2329, citant Gaudium et Spes n° 81, § 3 : « La course aux armements est une plaie extrêmement grave de l'humanité et lèse les pauvres d'une manière intolérable. »

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  33. Catéchisme de l'Église catholique, § 2315 : l'accumulation des armes comme moyen de dissuasion « n'assure pas la paix » et, « loin d'éliminer les causes de guerre, risque de les aggraver ».

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  34. Saint Jean-Paul II, message pour la XXXVᵉ Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2002 : développement de la nécessité du pardon pour une paix durable, sans suppression de l'exigence de justice.

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  35. Saint Paul VI, Populorum Progressio, n° 87 : reprise de la formule « le développement est le nouveau nom de la paix » appliquée aux relations entre les nations.

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  36. Saint Jean XXIII, Pacem in Terris (1963), 4ᵉ partie, n° 137 : « C'est […] l'ordre moral lui-même qui exige la constitution d'une autorité publique de compétence universelle » ; n° 138 : cet organisme doit être « constitué par un accord unanime et non pas imposé par la force ».

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  37. Gaudium et Spes, n° 78 : la paix « ne provient pas […] d'une domination despotique ».

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  38. Jérémie 6, 14 (cf. 8, 11), traduction liturgique officielle (AELF) : « Ils disent : "Paix ! Paix !" et il n'y a pas de paix. » Dénonciation prophétique de la fausse paix.

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  39. Catéchisme de l'Église catholique, § 2308-2309 : tant que subsiste le risque de guerre et faute d'autorité internationale compétente, le droit de légitime défense ne peut être dénié aux gouvernements, sous les strictes conditions de la doctrine dite de la « guerre juste ».

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  40. Catéchisme de l'Église catholique, § 2307 : « À cause des maux et des injustices qu'entraîne toute guerre, l'Église presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bonté divine nous libère de l'antique servitude de la guerre. »

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  41. Catéchisme de l'Église catholique, § 2327 : « L'Église prie : "De la famine, de la peste et de la guerre, délivre-nous, Seigneur." »

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  42. Catéchisme de l'Église catholique, § 2317, citant Gaudium et Spes n° 78, § 6 : « Dans la mesure où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre menace […]. Mais dans la mesure où, unis dans l'amour, les hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence. »

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  43. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 5, 11 mai 1903 : « La paix met toutes les passions en ordre. Mais qu'est-ce qui triomphe de tout, établit le bien complet dans l'âme et sanctifie tout ? C'est la pureté d'intention […]. La pureté d'intention règle et corrige les vertus elles-mêmes, y compris l'obéissance. Elle est comme un maestro qui dirige la musique spirituelle de l'âme. »

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  44. Saint Augustin, Confessions, livre I, ch. 1 : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi » (« fecisti nos ad te et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te »). Fondement intérieur de la paix.

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  45. Évangile selon saint Matthieu 5, 9, traduction liturgique officielle (AELF), septième béatitude.

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