Le communisme désigne à la fois une doctrine — le matérialisme athée hérité de Karl Marx (1818-1883) et de Friedrich Engels — et les régimes politiques qui s'en sont réclamés au XXᵉ siècle, de l'Union soviétique à la Chine de Mao. Pour la doctrine sociale de l'Église, il ne s'agit pas d'un simple programme économique discutable parmi d'autres : c'est une conception complète de l'homme et du monde qui nie Dieu, réduit la personne à un rouage de la collectivité, supprime la propriété privée et fait de la lutte des classes la loi de l'histoire.
C'est pourquoi l'Église, qui dénonce aussi les excès du capitalisme et du libéralisme économique, a porté contre le communisme un jugement à part, d'une sévérité unique. Dès 1846, Pie IX le dénonce ; en 1878, Léon XIII parle de cette « peste mortelle » ; en 1937, Pie XI déclare dans Divini Redemptoris que le communisme est « intrinsèquement pervers »[1]. Le Catéchisme de l'Église catholique résume : l'Église « a rejeté les idéologies totalitaires et athées associées, dans les temps modernes, au "communisme" ou au "socialisme" »[2].
Cette condamnation ne vise pas les pauvres que le communisme prétend défendre, ni l'aspiration à la justice qui l'a souvent porté. Elle vise une erreur sur l'homme. Jean-Paul II, témoin direct de l'effondrement du bloc soviétique en 1989, l'a formulé avec netteté : « L'erreur fondamentale du « socialisme » est de caractère anthropologique »[3]. Comprendre le rejet catholique du communisme, c'est donc d'abord comprendre ce que l'Église affirme sur la dignité de la personne humaine créée à l'image de Dieu.
Qu'est-ce que le communisme ?
Avant d'examiner pourquoi l'Église le condamne, il faut décrire honnêtement ce que le communisme prétend être. Le mot recouvre des réalités diverses : un idéal ancien de mise en commun des biens, une philosophie de l'histoire élaborée au XIXᵉ siècle, et des régimes concrets qui ont gouverné, au XXᵉ siècle, des centaines de millions d'hommes.
Du partage évangélique au communisme moderne
L'idée de mettre les biens en commun n'est pas née avec Marx, et elle n'est pas mauvaise en soi. Les Actes des Apôtres décrivent la première communauté chrétienne de Jérusalem où « ils avaient tout en commun » et où « personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre »[4]. De grands ordres religieux vivent depuis des siècles une communauté volontaire des biens, fondée sur la pauvreté évangélique librement choisie. Mais cette communion-là est un don d'amour, embrassé dans la liberté et ordonné à Dieu : elle n'a rien à voir avec une abolition imposée par la force au nom d'une philosophie sans Dieu.
Le communisme moderne est tout autre chose. Il naît au XIXᵉ siècle, dans le sillage de la révolution industrielle et de la misère ouvrière, comme mouvement révolutionnaire visant à renverser l'ordre social par la suppression de la propriété et l'instauration d'une société sans classes. Sa charte de naissance est le Manifeste du parti communiste publié à Londres en février 1848 par Karl Marx et Friedrich Engels, qui s'ouvre sur une formule devenue célèbre — « Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme » — et se clôt sur l'appel : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »[5].
Le marxisme : matérialisme dialectique et lutte des classes
Pour comprendre le communisme tel que l'Église l'a jugé, il faut saisir le marxisme, son armature philosophique. Trois thèses en forment le noyau.
Le matérialisme : il n'existe que la matière
La première thèse est le matérialisme. Pour Marx, qui reprend la philosophie de Hegel en l'inversant — la matière, et non l'Esprit, y devient le principe de tout —, rien n'existe que la matière et ses transformations ; il n'y a ni Dieu, ni âme, ni esprit autonome. La pensée, la religion, le droit, la morale ne sont que des reflets des conditions économiques : les idées forment, dit-il, une « superstructure » déterminée par l'infrastructure, c'est-à-dire par la production matérielle. Pie XI résume exactement cette doctrine dans Divini Redemptoris :
« Cette doctrine enseigne qu'il n'existe qu'une seule réalité, la matière, avec ses forces aveugles […]. Dans une telle doctrine, c'est évident, il n'y a plus de place pour l'idée de Dieu. »[6] — Pie XI, Divini Redemptoris, 19 mars 1937
La dialectique : l'histoire comme conflit
La deuxième thèse est la dialectique appliquée à l'histoire. Pour le marxisme, l'histoire humaine est le récit d'une lutte permanente entre classes sociales aux intérêts opposés : maîtres et esclaves, seigneurs et serfs, bourgeois et prolétaires. Cette lutte n'est pas un accident regrettable mais le moteur même du progrès historique, qui doit conduire nécessairement à la victoire du prolétariat, à la « dictature du prolétariat », puis à une société sans classes ni État. La lutte des classes est ainsi érigée en loi scientifique de l'histoire.
Le collectivisme : abolir la propriété privée
La troisième thèse est le collectivisme : la racine de toute aliénation serait la propriété privée des moyens de production. La supprimer — par la révolution, puis par la collectivisation imposée — libérerait l'homme. « Les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule unique : abolition de la propriété privée », écrivent Marx et Engels[7].
Communisme et socialisme : quelle différence ?
On confond souvent communisme et socialisme, et les pères du marxisme employaient parfois les deux mots indifféremment. Le magistère a pourtant maintenu une distinction utile. Le socialisme désigne une famille plus large de doctrines visant la collectivisation ou un fort contrôle social de l'économie ; certaines de ses variantes, modérées et réformistes, renoncent à la violence révolutionnaire et à l'athéisme militant. Le communisme en est la forme radicale, révolutionnaire et résolument athée : il veut l'abolition complète de la propriété, la dictature du prolétariat et l'élimination de la religion.
Pie XI, dans Quadragesimo Anno (1931), distingue précisément les deux : il décrit un socialisme « mitigé » qui s'adoucit parfois au point de se rapprocher des justes revendications chrétiennes, mais maintient que, même atténué, le socialisme reste incompatible avec la doctrine catholique, parce qu'il conçoit la société humaine « d'une façon profondément étrangère à la vérité chrétienne »[8]. Le présent article traite spécifiquement de la forme communiste ; pour la critique du socialisme comme tel, voir l'article dédié.
Les régimes communistes du XXᵉ siècle
La doctrine est devenue pouvoir d'État avec la révolution bolchevique d'octobre 1917 en Russie, conduite par Lénine, puis l'instauration de l'Union soviétique (1922)[9]. Au fil du siècle, des régimes communistes se sont établis en Europe de l'Est après 1945, en Chine (1949) sous Mao Zedong, en Corée du Nord, au Vietnam, à Cuba, au Cambodge, et ailleurs. Tous ont mis en œuvre, à des degrés divers, les trois thèses marxistes : parti unique, collectivisation forcée, athéisme d'État et persécution des religions. C'est cette mise en œuvre concrète — et non seulement la théorie — qui a confirmé aux yeux de l'Église la gravité de l'erreur communiste[10].
Pourquoi l'Église a-t-elle condamné le communisme ?
Une objection revient sans cesse : l'Église n'aurait condamné le communisme que pour défendre les riches et ses propres biens. C'est un contresens. Le cœur du désaccord n'est pas économique mais anthropologique et théologique : le communisme repose sur une fausse conception de Dieu, de l'homme et de la société. Voici les cinq racines de la condamnation.
L'athéisme matérialiste : nier Dieu, c'est défigurer l'homme
La première et la plus profonde raison est l'athéisme. Le communisme n'est pas neutre en matière religieuse : il est, par principe, antireligieux. Marx tenait la religion pour une illusion consolatrice au service de l'oppression — « l'opium du peuple » — destinée à disparaître avec la société de classes. Pie XI cite cette formule pour en montrer la conséquence : le communisme « est par sa nature antireligieux et considère la religion comme "l'opium du peuple" »[11].
Or, pour l'Église, nier Dieu n'est pas un détail philosophique : c'est saper le fondement même de la dignité humaine. Si l'homme n'est qu'un produit de la matière, il perd sa valeur sacrée d'image de Dieu et son éternité. Jean-Paul II remonte à cette racine :
« Si on se demande ensuite d'où naît cette conception erronée de la nature de la personne […], il faut répondre que la première cause en est l'athéisme. […] La négation de Dieu prive la personne de ses racines et, en conséquence, incite à réorganiser l'ordre social sans tenir compte de la dignité et de la responsabilité de la personne. »[12] — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1er mai 1991
La négation de la personne et de l'âme spirituelle
De l'athéisme matérialiste découle la deuxième erreur : la dissolution de la personne. Là où l'Évangile voit en chaque homme un sujet unique, doté d'une âme spirituelle immortelle, libre et responsable devant Dieu, le communisme ne voit qu'un élément de la collectivité, une fonction de la classe sociale. La personne est subordonnée au groupe, à l'État, à l'avenir radieux promis. C'est l'analyse centrale de Jean-Paul II :
« L'erreur fondamentale du « socialisme » est de caractère anthropologique. En effet, il considère l'individu comme un simple élément, une molécule de l'organisme social […]. L'homme est ainsi réduit à un ensemble de relations sociales, et c'est alors que disparaît le concept de personne comme sujet autonome de décision morale. »[13] — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1er mai 1991
Cette négation a des conséquences pratiques terribles : si l'individu n'est qu'un moyen au service de l'Histoire, son sacrifice au nom du progrès collectif devient justifiable. La dignité inviolable de la personne — premier principe de la doctrine sociale — est ici radicalement niée.
L'abolition de la propriété privée
La troisième racine touche à la propriété privée. Le communisme veut l'abolir entièrement ; l'Église enseigne au contraire qu'un droit naturel à la propriété appartient à la personne et à la famille, comme condition de la liberté et de la responsabilité. Pie XI décrit la doctrine communiste sans ménagement :
« On n'accorde aux individus aucun droit de propriété sur les ressources naturelles ou sur les moyens de production […]. Voilà précisément pourquoi ce genre de propriété privée devra être radicalement détruit. »[14] — Pie XI, Divini Redemptoris, 19 mars 1937
Dès Rerum Novarum (1891), Léon XIII avait réfuté le remède socialiste : prétendre guérir la misère ouvrière en supprimant la propriété privée est « souverainement injuste » et nuirait d'abord aux travailleurs eux-mêmes, qu'on priverait de la liberté de disposer de leur salaire et de toute espérance d'améliorer leur sort[15]. L'Église ne défend pas pour autant une propriété absolue et égoïste : elle la subordonne à la destination universelle des biens, selon laquelle les biens de la création sont destinés à tous. Le développement complet de ce point relève des articles dédiés.
La lutte des classes érigée en loi de l'histoire
La quatrième erreur est la lutte des classes posée comme principe permanent. L'Église reconnaît l'existence réelle des conflits sociaux et la légitimité de défendre les droits des travailleurs — elle l'a fait avec force dès Rerum Novarum. Mais elle refuse de faire de l'antagonisme et de la haine la loi structurelle de la société. Là où le marxisme veut dresser une classe contre une autre jusqu'à la victoire totale[16], la doctrine sociale prône la recherche du bien commun, la justice et la solidarité entre tous les membres du corps social. La concorde, non la guerre civile permanente, est la voie chrétienne.
Le collectivisme totalitaire
La cinquième racine est la dérive totalitaire. En concentrant entre les mains de l'État toute la propriété, toute l'économie et tout le pouvoir, et en niant l'autonomie des personnes et des corps intermédiaires (familles, associations, Églises : tout ce qui s'interpose entre l'individu et l'État), le communisme prépare un pouvoir sans contre-poids[17]. Il viole le principe de subsidiarité et tend, par sa logique même, vers le totalitarisme. L'expérience du XXᵉ siècle l'a tragiquement vérifié : tous les régimes communistes ont été des régimes de parti unique, de police politique et de contrôle total de la vie sociale et religieuse.
Objection : les crimes sont-ils ceux des hommes, et non de la doctrine ?
Reste l'objection la plus forte contre ce jugement. Elle dit : Marx n'a jamais gouverné ; les crimes — la terreur rouge, le Goulag, les famines organisées, les purges — sont l'œuvre de Lénine, de Staline, de Mao, qui ont trahi ou dévoyé la pensée de Marx. Condamner la doctrine pour les crimes des régimes serait donc injuste : un marxisme fidèle à lui-même, démocratique et humaniste, resterait possible. L'objection mérite d'être prise au sérieux : tous les marxistes n'ont pas été des bourreaux, et tous les crimes commis sous un drapeau rouge n'ont pas la même cause.
Mais l'Église répond que l'erreur est dans les principes mêmes, non dans leurs seuls exécutants. C'est le sens du « intrinsèquement pervers » de Pie XI : le mal n'est pas un accident de parcours, il est inscrit dans une doctrine qui nie Dieu, dissout la personne dans la collectivité et fait de la violence de classe le moteur de l'histoire[18]. Jean-Paul II ajoute que cette erreur anthropologique est commune à tous les régimes qui appliquent la doctrine, quels que soient leurs dirigeants : dès lors que l'homme est réduit à une « molécule de l'organisme social », son sacrifice au nom de l'Histoire devient justifiable, à Moscou comme à Pékin[19]. L'histoire a tranché : parmi les régimes marxistes parvenus durablement au pouvoir au XXᵉ siècle et documentés par les historiens — de l'URSS à la Chine maoïste, de l'Europe de l'Est au Cambodge khmer rouge — aucun n'a fonctionné durablement sans le parti unique, la police politique et la persécution religieuse[20] — parce que ce n'étaient pas des dérives, mais les conséquences.
Deux siècles de condamnations magistérielles
Le rejet catholique du communisme n'est ni tardif ni improvisé : il forme une ligne magistérielle continue depuis le milieu du XIXᵉ siècle. La voici dans son déroulement.
Pie IX et le Syllabus : les premières alarmes
La toute première condamnation pontificale du communisme est l'œuvre de Pie IX, dès le début de son pontificat. Dans l'encyclique Qui Pluribus du 9 novembre 1846, il dénonce « cette doctrine néfaste qu'on nomme le communisme, radicalement contraire au droit naturel lui-même » — une doctrine qui, si elle s'imposait, bouleverserait de fond en comble les droits, les biens et la société tout entière[21]. Le Syllabus de 1864 (le catalogue des erreurs modernes, annexé à l'encyclique Quanta Cura) range ensuite le socialisme et le communisme parmi les erreurs condamnées par le Saint-Siège[22].
Léon XIII : la « peste mortelle » et Rerum Novarum
Léon XIII consacre au sujet l'une de ses premières interventions sociales, Quod Apostolici Muneris, du 28 décembre 1878 — sa toute première encyclique, Inscrutabili Dei consilio, datait du 21 avril 1878, et c'est Rerum Novarum (1891) qui sera communément tenue pour la première grande encyclique sociale. Il y dénonce la secte de ces hommes qui se nomment « socialistes, communistes et nihilistes » comme les visages d'une même erreur, et qualifie cette dernière de peste mortelle :
« Cette peste mortelle qui se glisse à travers les membres les plus intimes de la société humaine et qui la conduit à sa perte. »[23] — Léon XIII, Quod Apostolici Muneris, 28 décembre 1878
Treize ans plus tard, dans la grande charte de la doctrine sociale, Rerum Novarum (15 mai 1891), il déploie l'argumentaire positif : contre le remède collectiviste, il défend la propriété privée, le juste salaire, le droit d'association, et la concorde entre les classes. C'est en répondant à la question ouvrière que l'Église coupe l'herbe sous le pied du communisme, en montrant qu'on peut être du côté des pauvres sans détruire la liberté ni nier Dieu.
Pie XI : le communisme « intrinsèquement pervers »
Le sommet de la condamnation est l'encyclique Divini Redemptoris, publiée par Pie XI le 19 mars 1937, en pleine montée des totalitarismes et alors que la guerre civile espagnole ensanglante l'Europe. Le pape y analyse le « communisme bolchevique et athée », dénonce ses ravages, et formule la sentence la plus solennelle :
« Le communisme est intrinsèquement pervers, et l'on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne. »[24] — Pie XI, Divini Redemptoris, 19 mars 1937
L'expression « intrinsèquement pervers » est forte : elle signifie que le mal n'est pas dans tel ou tel abus accidentel du communisme, mais dans ses principes mêmes. Six ans plus tôt, Quadragesimo Anno (1931) avait déjà décrit ce communisme qui poursuit, « non pas en secret et par des voies détournées, mais ouvertement, au grand jour et par tous les moyens, même les plus violents », un double objectif : « une lutte des classes implacable et la disparition complète de la propriété privée »[25].
Pie XII et le décret de 1949
Après la Seconde Guerre mondiale, l'expansion du communisme en Europe de l'Est et la persécution ouverte de l'Église — arrestation du cardinal Mindszenty en Hongrie, procès truqués, fermeture des séminaires — conduisent Pie XII à une mesure canonique exceptionnelle. Le décret du Saint-Office (le dicastère romain gardien de la doctrine) du 1er juillet 1949 répondait à quatre questions précises : il était interdit aux catholiques de s'inscrire au parti communiste ou de le favoriser, d'éditer, de diffuser ou même de lire ses écrits, et ceux qui le faisaient ne pouvaient être admis aux sacrements. La quatrième réponse était la plus grave : elle déclarait apostats — c'est-à-dire renégats de la foi — les fidèles concernés :
« Les fidèles qui professent la doctrine matérialiste et antichrétienne des communistes […] encourent de plein droit l'excommunication spécialement réservée au Saint-Siège », comme apostats de la foi.[26] — Décret du Saint-Office, 1er juillet 1949
Cette peine propre du décret n'est plus en vigueur aujourd'hui : le Code de droit canonique de 1983 a abrogé les lois pénales du Siège apostolique non reprises dans le Code (can. 6, § 1, 3°) ; professer une doctrine matérialiste et athée relève désormais de l'apostasie, frappée d'excommunication latae sententiae non réservée (can. 1364, § 1).
Voici, rassemblée, la chronologie de cette ligne magistérielle :
- 9 novembre 1846Pie IX — Qui Pluribus
Première condamnation pontificale : le communisme, « doctrine néfaste », est déclaré « radicalement contraire au droit naturel lui-même ».
- 8 décembre 1864Syllabus de Pie IX
Le communisme et le socialisme rangés parmi les erreurs modernes condamnées.
- 28 décembre 1878Léon XIII — Quod Apostolici Muneris
La secte des « socialistes, communistes et nihilistes » dénoncée comme une même « peste mortelle ».
- 15 mai 1891Léon XIII — Rerum Novarum
Réfutation du remède collectiviste et fondation positive de la doctrine sociale : propriété, juste salaire, concorde.
- 15 mai 1931Pie XI — Quadragesimo Anno
Le communisme décrit comme prônant la lutte des classes et l'abolition de la propriété « par tous les moyens, même les plus violents ».
- 19 mars 1937Pie XI — Divini Redemptoris
Le communisme déclaré « intrinsèquement pervers » ; toute collaboration exclue pour qui veut sauver la civilisation chrétienne.
- 1er juillet 1949Pie XII — Décret du Saint-Office
Excommunication des fidèles qui professaient la doctrine communiste, en pleine persécution de l'Église à l'Est (peine propre abrogée en 1983).
- 1er mai 1991Jean-Paul II — Centesimus Annus
Après la chute du Mur, diagnostic d'une erreur « de caractère anthropologique » qui a fait s'effondrer le communisme.
Le communisme à l'épreuve des faits : la persécution
Une doctrine se juge aussi à ses fruits. Le XXᵉ siècle a fourni une expérience grandeur nature du communisme au pouvoir, et le bilan humain comme le sort réservé à l'Église ont confirmé, tragiquement, la gravité du diagnostic magistériel.
Le « Livre noir » : un bilan humain
Publié en 1997 sous la direction de l'historien Stéphane Courtois, Le Livre noir du communisme a tenté un premier bilan global des victimes des régimes communistes — par exécutions, déportations, famines organisées (comme la grande famine soviétique de 1932-1933 ou le Grand Bond en avant chinois) et travail forcé[27]. L'introduction de Courtois avance un total de l'ordre d'une centaine de millions de morts ; la préface de l'historien Martin Malia à l'édition américaine (1999) reprend le total estimé par les contributeurs, entre 85 et 100 millions. Ces chiffres ont été contestés dès 1997 par deux des coauteurs eux-mêmes, Nicolas Werth et Jean-Louis Margolin, qui tiraient de leurs études une fourchette de 65 à 93 millions. Les chiffres exacts restent débattus entre historiens, mais l'ordre de grandeur — sans précédent — illustre où conduit une idéologie qui subordonne entièrement la personne à la collectivité et à l'Histoire.
L'Église persécutée : du Mexique à la Chine
Partout où il s'est installé, le communisme a cherché à éradiquer ou à asservir l'Église, conformément à son athéisme de principe — y compris par une Église clandestine qui refusa de se soumettre. Quelques jalons :
- En Russie soviétique, dès les années 1920-1930 : fermeture des églises, exécution de prêtres et d'évêques, persécution systématique des croyants[28].
- Au Mexique, la persécution anticléricale du régime révolutionnaire des années 1920 (lois Calles, 1926) — un État anticlérical mais non communiste au sens strict, le Parti communiste mexicain étant lui-même interdit — provoque la guerre des Cristeros (1926-1929) et fait de nombreux martyrs, comme le bienheureux prêtre Miguel Pro, fusillé en 1927[29].
- En Espagne, pendant la guerre civile (1936-1939), la terreur révolutionnaire d'inspiration marxiste et anarchiste massacre des milliers de prêtres, religieux et fidèles ; plus de 2 200 martyrs espagnols du XXᵉ siècle ont depuis été béatifiés, dont 11 canonisés[30].
- En Europe de l'Est après 1945 : emprisonnement ou internement de figures comme le cardinal Mindszenty (Hongrie, arrêté en 1948), l'archevêque Stepinac (Croatie, condamné en 1946), l'archevêque Beran (Prague, détenu de 1949 à 1963 puis exilé, créé cardinal en 1965 seulement) et le cardinal Wyszyński (Pologne, interné de 1953 à 1956)[31].
- En Chine : mise au pas de l'Église par l'Association patriotique des catholiques chinois, contrôlée par le Parti, et persécution des fidèles attachés à Rome ; l'accord provisoire entre le Saint-Siège et la Chine sur la nomination des évêques (22 septembre 2018, prolongé le 22 octobre 2024 pour quatre ans) : les nominations effectuées dans le cadre de cet accord le sont en communion avec le pape, tandis que les restrictions persistent[32].
Les martyrs du XXᵉ siècle
Saint Jean-Paul II, qui avait connu de l'intérieur le régime communiste polonais, a tenu à ce que le grand Jubilé de l'an 2000 fasse mémoire des martyrs du XXᵉ siècle : lors de la commémoration œcuménique des témoins de la foi au Colisée, le 7 mai 2000, il a rappelé que ce siècle avait compté, peut-être plus encore que les débuts du christianisme, une multitude de témoins de la foi au milieu de souffrances souvent héroïques — beaucoup ayant refusé de se plier au culte des idoles du siècle, communisme, nazisme, idolâtrie de l'État ou de la race[33]. Beaucoup sont ainsi tombés sous des régimes communistes. Leur témoignage donne à la condamnation doctrinale sa chair : ils ont préféré mourir plutôt que de renier le Christ devant une idéologie qui exigeait l'âme tout entière. Ce sang versé est, paradoxalement, l'une des réponses les plus éloquentes à la prétention communiste de rendre la religion inutile.
L'Église face au monde communiste : condamner l'erreur, aimer les personnes
La fermeté doctrinale n'a jamais signifié, chez les papes, le mépris des personnes ni le refus de tout dialogue prudent. Le magistère a maintenu une distinction délicate mais décisive entre l'erreur, qu'il faut rejeter, et les hommes, qu'il faut aimer et chercher à gagner.
Distinguer la doctrine et les mouvements
Jean XXIII a formulé ce discernement dans Pacem in Terris (1963). Il distingue les fausses doctrines philosophiques, qui une fois fixées ne changent plus, des mouvements historiques concrets nés de ces doctrines, qui peuvent évoluer, se modifier, et contenir parfois des éléments positifs :
« On ne peut identifier de fausses théories philosophiques sur la nature, l'origine et la finalité du monde et de l'homme, avec des mouvements historiques fondés dans un but économique, social, culturel ou politique. »[34] — Saint Jean XXIII, Pacem in Terris, 11 avril 1963
Cette distinction n'atténue en rien la condamnation de la doctrine athée ; elle ouvre la possibilité de contacts prudents et d'une collaboration sur des points concrets (la paix, le désarmement, la justice), là où des chrétiens et des hommes de bonne volonté peuvent agir ensemble sans cautionner l'idéologie.
Gaudium et Spes et l'athéisme systématique
Le concile Vatican II, dans la constitution Gaudium et Spes (1965), traite longuement de l'athéisme moderne, dont il analyse l'athéisme « systématique » — celui qui attend la libération de l'homme surtout de sa libération économique et sociale, et voit dans la religion un obstacle. Le Concile le rejette comme contraire à la raison et à la dignité humaine, tout en invitant les chrétiens à examiner la part de responsabilité qui leur incombe quand un témoignage déficient a pu pousser certains à l'incroyance[35]. La méthode conciliaire est constante : réfuter l'erreur, comprendre ses causes, et tendre la main à l'athée comme à un frère à aimer.
La tentation marxiste chez les chrétiens
Dans les années 1960-1970, une partie du monde catholique a été tentée d'emprunter au marxisme ses outils d'analyse sociale, jugés efficaces pour dénoncer l'injustice. Paul VI, dans Octogesima Adveniens (1971), met en garde : il serait « illusoire et dangereux » d'oublier le lien intime qui unit le marxisme comme analyse et le marxisme comme idéologie totalitaire ; on n'adopte pas impunément un instrument forgé par une philosophie qui nie Dieu et la personne[36].
C'est l'enjeu des débats sur la théologie de la libération en Amérique latine. La Congrégation pour la doctrine de la foi, dans l'instruction Libertatis Nuntius (1984), distingue l'option authentique pour les pauvres — pleinement évangélique — de l'emprunt acritique à l'analyse marxiste (lutte des classes, matérialisme), qui pervertit cette option en la soumettant à une idéologie athée[37]. Deux ans plus tard, Libertatis Conscientia (1986) en développe le versant positif : la véritable libération chrétienne est intégrale, spirituelle autant que sociale.
1989 : la chute et son diagnostic
L'effondrement des régimes communistes d'Europe de l'Est en 1989 — symbolisé par la chute du mur de Berlin — et la dissolution de l'URSS en 1991 ont semblé donner raison à l'Église. Mais Jean-Paul II s'est gardé de tout triomphalisme : il a voulu en comprendre les causes pour en tirer la leçon.
Centesimus Annus : la racine anthropologique de l'échec
Dans Centesimus Annus (1991), Jean-Paul II identifie plusieurs causes de la chute : l'inefficacité économique du système — qu'il interprète moins comme un problème technique que comme la conséquence de la violation des droits humains —, mais surtout un vide spirituel :
« La cause véritable de ces nouveautés est le vide spirituel provoqué par l'athéisme, qui a laissé les jeunes générations démunies d'orientations. »[38] — Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1er mai 1991
Autrement dit, le communisme s'est effondré d'abord parce qu'il s'était trompé sur l'homme. En lui refusant Dieu, la liberté et la transcendance, il avait construit un système qui ne pouvait, à terme, ni nourrir ni faire vivre des hommes.
Ni collectivisme ni capitalisme sans âme
La chute du communisme ne signifie pas, pour l'Église, la victoire automatique du capitalisme libéral. Jean-Paul II avait dénoncé, dès Sollicitudo Rei Socialis (1987), les deux blocs — le collectivisme marxiste à l'Est et le capitalisme libéral à l'Ouest — comme deux conceptions imparfaites et deux « impérialismes » possibles[39]. Et le Catéchisme tient les deux bouts :
« L'Église a rejeté les idéologies totalitaires et athées associées, dans les temps modernes, au "communisme" ou au "socialisme". Par ailleurs, elle a récusé dans la pratique du "capitalisme" l'individualisme et le primat absolu de la loi du marché sur le travail humain. »[40] — Catéchisme de l'Église catholique, n° 2425
Le rejet du communisme n'est donc pas l'adhésion à un libéralisme sans frein : la doctrine sociale de l'Église n'est pas une « troisième voie » entre le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste — elle « constitue une catégorie en soi », qui relève de la théologie morale[41]. Sur les limites de l'autre bloc, voir les articles consacrés au capitalisme et au libéralisme économique.
Ce que le communisme cherchait, ce que l'Évangile offre vraiment
Pour conclure avec justesse, il faut reconnaître ce qu'il y avait de réel dans le grief communiste. Le communisme est né d'un scandale véritable : la misère ouvrière du XIXᵉ siècle, l'exploitation, l'écart criant entre l'opulence de quelques-uns et la détresse de la multitude. L'aspiration à l'égalité et à la justice qui l'a souvent porté est, en elle-même, légitime et même évangélique. L'erreur n'est pas dans l'indignation devant l'injustice ; elle est dans le remède — l'athéisme, la violence, la négation de la personne — qui a fait pire que le mal.
À cette attente, l'Évangile répond autrement, et mieux. Là où le communisme promet une fraternité sans Père, l'Église annonce une fraternité enracinée en Dieu : les hommes sont frères parce qu'ils ont un même Père. Là où il prêche la haine de classe, le Christ prêche l'amour, jusqu'aux ennemis. Là où il diffère le bonheur à un avenir terrestre toujours repoussé, l'Évangile offre dès maintenant la dignité d'enfant de Dieu et l'espérance de la vie éternelle. Le souci des pauvres, que le marxisme a confisqué, est d'abord chrétien :
« Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »[42] — Évangile selon saint Matthieu 25, 40
La réponse catholique à la question sociale n'est pas un compromis tiède entre deux idéologies, mais une vision positive : la dignité de chaque personne, la destination universelle des biens, le bien commun, la subsidiarité et la solidarité. C'est en vivant pleinement cette doctrine — et la charité qui la couronne — que les chrétiens répondent vraiment au cri de justice que le communisme a si cruellement déçu.
Pour aller plus loin
- L'Église clandestine sous le communisme (1917-1991) — la vie et le martyre des catholiques restés fidèles à Rome sous la persécution.
- La propriété privée selon l'Église — le droit naturel que le communisme veut abolir, et ses limites.
- La destination universelle des biens — le principe qui ordonne la propriété au bien de tous.
- Le totalitarisme — la dérive politique vers laquelle tend le collectivisme communiste.
- Le socialisme et ses limites — la famille doctrinale dont le communisme est la forme radicale.
- Le capitalisme et ses limites et Le libéralisme économique — l'autre bloc, également critiqué par l'Église.
- La dignité de la personne humaine, Le bien commun, La subsidiarité et La solidarité — les quatre principes permanents de la doctrine sociale.
Notes et références
Pie XI, Divini Redemptoris (sur le communisme athée), 19 mars 1937, n° 58, texte officiel français sur vatican.va : « Le communisme est intrinsèquement pervers, et l'on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne. »
1 18 24Catéchisme de l'Église catholique, n° 2425, texte officiel sur vatican.va : « L'Église a rejeté les idéologies totalitaires et athées associées, dans les temps modernes, au "communisme" ou au "socialisme". Par ailleurs, elle a récusé dans la pratique du "capitalisme" l'individualisme et le primat absolu de la loi du marché sur le travail humain […]. »
2 40Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1er mai 1991, n° 13, texte officiel français sur vatican.va : « l'erreur fondamentale du "socialisme" est de caractère anthropologique. En effet, il considère l'individu comme un simple élément, une molécule de l'organisme social […]. L'homme est ainsi réduit à un ensemble de relations sociales, et c'est alors que disparaît le concept de personne comme sujet autonome de décision morale […]. »
3 13 19Actes des Apôtres 4, 32, traduction liturgique officielle (AELF) : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. » Cf. Ac 2, 44-45.
4Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, édition originale, Londres, février 1848 : phrase d'ouverture du chapitre I (« Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme ») et mot d'ordre final du chapitre IV (« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »). Traduction française : version courante reprise par Marxists Internet Archive.
5Pie XI, Divini Redemptoris, 19 mars 1937, n° 9, sur le matérialisme évolutionniste et dialectique du communisme : « il n'existe qu'une seule réalité, la matière, avec ses forces aveugles […]. Dans une telle doctrine, c'est évident, il n'y a plus de place pour l'idée de Dieu. »
6Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, édition originale, Londres, février 1848, chapitre II (« Prolétaires et communistes »). Texte allemand : « In diesem Sinn können die Kommunisten ihre Theorie in dem einen Ausdruck: Aufhebung des Privateigentums, zusammenfassen. » Traduction française (version courante reprise par Marxists Internet Archive) : « En ce sens, les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule unique : abolition de la propriété privée. »
7Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931 : le socialisme, même « mitigé », « conçoit la société humaine d'une façon profondément étrangère à la vérité chrétienne », et « Socialisme religieux, socialisme chrétien : ce sont là des termes contradictoires ; personne ne peut être en même temps bon catholique et vrai socialiste » (latin : Socialismus religiosus, socialismus christianus pugnantia dicunt: nemo potest simul catholicus probus esse et veri nominis socialista). Traduction française courante (celle reprise dans nos articles voisins ; vatican.va ne propose pas de version française — vérifié le 4 octobre 2026 : la page /fr/ existe mais son corps est vide, seules les versions anglaise, espagnole, italienne, latine et portugaise y sont proposées) : n° 126 et 128, soit les n° 117-118 et 120 des versions anglaise et italienne sur vatican.va (vérifié le 4 octobre 2026 : n° 112 et 120 vérifiés mot à mot en anglais et en italien, n° 117-118 vérifié en anglais).
8Révolution d'octobre 1917 et fondation de l'URSS en 1922 : jalons universellement documentés de l'histoire du XXᵉ siècle ; sur la persécution religieuse qui suivit en Russie, voir Pie XI, Divini Redemptoris, 19 mars 1937, n° 19 (texte officiel français sur vatican.va : « Là où le communisme a pu s'affirmer et dominer […], il s'est efforcé par tous les moyens de détruire […] la civilisation et la religion chrétiennes jusque dans leurs fondements »).
9Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931 : une fois parvenu au pouvoir, le communisme y déploie une cruauté et une inhumanité sans mesure (n° 112 de la numérotation anglaise et italienne sur vatican.va, n° 120 de la traduction française courante ; voir note qa-communisme).
10Pie XI, Divini Redemptoris, 19 mars 1937, n° 22, texte officiel français sur vatican.va : le communisme « est par sa nature antireligieux et considère la religion comme "l'opium du peuple" ».
11Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1er mai 1991, n° 13, texte officiel français sur vatican.va : « Si on se demande ensuite d'où naît cette conception erronée de la nature de la personne humaine et de la personnalité de la société, il faut répondre que la première cause en est l'athéisme. […] La négation de Dieu prive la personne de ses racines et, en conséquence, incite à réorganiser l'ordre social sans tenir compte de la dignité et de la responsabilité de la personne. »
12Pie XI, Divini Redemptoris, 19 mars 1937, n° 10, sur l'abolition de la propriété privée, texte officiel français sur vatican.va : « On n'accorde aux individus aucun droit de propriété sur les ressources naturelles ou sur les moyens de production, parce qu'ils sont l'origine d'autres biens, et que leur possession entraînerait la domination d'un homme sur l'autre. Voilà précisément pourquoi ce genre de propriété privée devra être radicalement détruit […]. »
14Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931, sur la lutte des classes comme objectif affiché du communisme (voir note qa-communisme).
16Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1er mai 1991, n° 13 : la négation de la personne comme sujet autonome de décision morale (voir note ca-13) fonde la critique du collectivisme, qui subordonne entièrement le bien de chacun au fonctionnement du mécanisme économique et social.
17Par pays, dans Stéphane Courtois (dir.), Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression, Paris, Robert Laffont, 1997 (846 p.) : URSS — Nicolas Werth, 1re partie, « Un État contre son peuple », p. 41-295 de l'édition originale (p. 45-313 de la rééd. Bouquins, 1998) ; Europe de l'Est — Andrzej Paczkowski, section Pologne, p. 397-428, et Karel Bartošek, section Europe centrale et du Sud-Est (3e partie) ; Chine maoïste — Jean-Louis Margolin, chap. « Chine : une longue marche dans la nuit » (p. 641-772 de la rééd. Pocket) ; Cambodge khmer rouge — J.-L. Margolin, section Cambodge (éd. américaine Harvard University Press, 1999, p. 633).
20Bienheureux Pie IX, Qui Pluribus, 9 novembre 1846. Formulation française reprise de Pie XI, Divini Redemptoris, 19 mars 1937, n° 4, texte officiel français sur vatican.va, qui cite ce passage : « cette doctrine néfaste qu'on nomme le communisme, radicalement contraire au droit naturel lui-même ; pareille doctrine, une fois admise, serait la ruine complète de tous les droits, des institutions, des propriétés et de la société humaine elle-même ». Texte italien officiel sur vatican.va — seule langue proposée en ligne pour ce document (vérifié le 4 octobre 2026) : « la nefanda dottrina del Comunismo, come dicono, massimamente avversa allo stesso diritto naturale » ; traduction anglaise courante (papalencyclicals.net, § 16, juste avant le § 17) : « the unspeakable doctrine of Communism, as it is called, a doctrine most opposed to the very natural law ». Texte latin non mis en ligne par vatican.va ; dans les répertoires consultés du Denzinger-Hünermann, aucun numéro ne recueille ce passage.
21Bienheureux Pie IX, Syllabus annexé à l'encyclique Quanta Cura, 8 décembre 1864, section IV (« Socialisme, communisme, sociétés secrètes, sociétés bibliques, sociétés clérico-libérales »). Cette section ne formule pas de proposition numérotée propre : elle renvoie aux condamnations déjà prononcées dans Qui Pluribus (1846), l'allocution Quibus Quantisque (1849), Noscitis et Nobiscum (1849), l'allocution Singulari Quadam (1854) et Quanto Conficiamur Moerore (1863).
22Léon XIII, Quod Apostolici Muneris, 28 décembre 1878, texte français sur vatican.va : « Dès le commencement de notre Pontificat, Nous n'avons pas négligé […] de signaler cette peste mortelle qui se glisse à travers les membres les plus intimes de la société humaine et qui la conduit à sa perte ». Le pape y dénonce « la secte de ces hommes qui s'appellent diversement […] socialistes, communistes et nihilistes » (des hommes, et non des doctrines abstraites). Première encyclique de Léon XIII : Inscrutabili Dei consilio, 21 avril 1878 ; Rerum Novarum (15 mai 1891) est communément tenue pour sa première grande encyclique sociale.
23Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931, sur le communisme qui poursuit, « non pas en secret et par des voies détournées, mais ouvertement, au grand jour et par tous les moyens, même les plus violents », « une lutte des classes implacable et la disparition complète de la propriété privée » (latin : acerrimam inter classes luctationem, plenamque dominii privati exstinctionem). Traduction française courante (celle reprise dans nos articles voisins ; vatican.va ne propose pas de version française — voir note qa-120) : n° 120, soit le n° 112 des versions anglaise et italienne sur vatican.va (passage vérifié mot à mot dans la version anglaise le 4 octobre 2026).
25Suprême Sacrée Congrégation du Saint-Office, Décret contre le communisme (Decretum contra communismum), donné à Rome le 1er juillet 1949 (décision du 28 juin, approuvée par Pie XII le 30 juin), publié dans les Acta Apostolicae Sedis (AAS 41, 1949, p. 334). Texte latin des quatre questions et réponses : « 1. utrum licitum sit partibus communistarum nomen dare vel eisdem favorem praestare ; 2. utrum licitum sit edere, propagare vel legere libros, periodica, diaria vel folia, quae doctrinae vel actioni communistarum patrocinantur, vel in eis scribere ; 3. utrum christifideles, qui actus de quibus in nn. 1 et 2 scienter et libere posuerint, ad Sacramenta admitti possint ; 4. utrum christifideles, qui communistarum doctrinam materialisticam et antichristianam profitentur, et in primis qui eam defendunt vel propagant, ipso facto, tamquam apostatae a fide catholica, incurrant in excommunicationem speciali modo Sedi Apostolicae reservatam. Ad 1. Negative […] ; Ad 2. Negative […] ; Ad 3. Negative […] ; Ad 4. Affirmative. » (Traduction française : celle de l'article.) Statut actuel : cette peine propre n'est plus en vigueur — Code de droit canonique de 1983, can. 6, § 1, 3° (abrogation des lois pénales du Siège apostolique non reprises dans le Code) ; l'apostasie relève du can. 1364, § 1 (excommunication latae sententiae non réservée).
26Stéphane Courtois (dir.), Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression, Robert Laffont, Paris, 1997 : dans son introduction, Courtois avance un total de l'ordre d'une centaine de millions de morts. La fourchette de 85 à 100 millions reprend le total estimé par les contributeurs, cité par l'historien Martin Malia dans sa préface à l'édition américaine (Harvard University Press, 1999). Nicolas Werth et Jean-Louis Margolin, coauteurs de l'ouvrage, ont contesté ce chiffrage dans leur tribune « Communisme : retour à l'histoire » (Le Monde, 14 novembre 1997), tirant de leurs études une fourchette de 65 à 93 millions.
27Sur la persécution en Russie soviétique, voir Pie XI, Divini Redemptoris, 19 mars 1937, n° 19, texte officiel français sur vatican.va : « Evêques et prêtres ont été bannis, condamnés aux travaux forcés, fusillés et mis à mort de façon inhumaine ; de simples laïques, pour avoir défendu la religion, ont été suspectés, malmenés, poursuivis et traînés en prison et devant les tribunaux. » (Le n° 20 décrit de même les « horreurs du communisme en Espagne ».)
28Lois Calles (1926) et guerre des Cristeros (1926-1929) ; bienheureux Miguel Pro, prêtre jésuite fusillé à Mexico en 1927 (béatifié par Jean-Paul II en 1988). Sur le caractère non communiste du régime : État révolutionnaire anticlérical issu de la Constitution de 1917 ; le Parti communiste mexicain, fondé en 1919, avait lui-même été mis hors la loi en 1925 par le gouvernement Calles (thèse d'histoire : Alejandra Díaz-Pizarro Perdomo, Everything is School : Exchanges Between the Mexican Communist Party and Cardenista Socialist Education, 1934-1940, Department of History, Columbia University, avril 2025, d'après Manuel Márquez Fuentes et Octavio Rodríguez Araujo, El Partido Comunista Mexicano (en el período de la Internacional Comunista, 1919-1943), 2e éd., Ediciones El Caballito, Mexico, 1981 : « the party had been illegal since 1925 »). Le rapprochement avec le communisme persécuteur s'appuie sur Pie XI lui-même, Divini Redemptoris, 19 mars 1937, n° 19 : « Là où le communisme a pu s'affirmer et dominer — et ici Nous songeons avec une particulière affection paternelle aux peuples de la Russie et du Mexique —, il s'est efforcé par tous les moyens de détruire […] la civilisation et la religion chrétiennes jusque dans leurs fondements ».
29Guerre civile espagnole (1936-1939). Chiffres : après la béatification de 124 martyrs de Jaén le 13 décembre 2025 (109 prêtres, 14 laïcs, une clarisse), le nombre de martyrs espagnols du XXᵉ siècle reconnus par l'Église s'élève à 2 254, dont 11 canonisés (Nicolás de Cárdenas, ACI Prensa/CNA repris par le National Catholic Register, 12 décembre 2025).
30Cardinal József Mindszenty, archevêque d'Esztergom, arrêté le 26 décembre 1948 et condamné en 1949 ; archevêque Alojzije Stepinac de Zagreb, condamné à seize ans de prison en octobre 1946 (créé cardinal en 1952) ; archevêque Josef Beran de Prague, détenu par le régime communiste de 1949 à 1963 puis exilé à Rome en février 1965, créé cardinal par Paul VI le 22 février 1965 ; cardinal Stefan Wyszyński, primat de Pologne, interné de 1953 à 1956. Notices biographiques : The Cardinals of the Holy Roman Church (dir. S. Miranda), vérifiées le 4 octobre 2026 — Mindszenty : https://cardinals.fiu.edu/bios1946.htm#Mindszenty (condamné à la prison à vie par le régime communiste, mars 1949 ; sur l'arrestation après la prise de pouvoir de 1948, voir aussi EWTN, https://ewtn.co.uk/article-hungarian-cardinal-tortured-by-communists-remembered-50-years-after-his-death/) ; Stepinac : https://cardinals.fiu.edu/bios1953.htm#Stepinac (arrêté en septembre 1946, condamné à seize ans de prison le 11 octobre 1946) ; Wyszyński : https://cardinals.fiu.edu/bios1953.htm#Wyszynski (emprisonné par le régime, 1953-26 octobre 1956) ; Beran : https://cardinals.fiu.edu/bios1965.htm#Beran (emprisonné 1949-1963).
31Accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine sur la nomination des évêques, signé le 22 septembre 2018 puis prolongé tous les deux ans, et le 22 octobre 2024 pour quatre ans (jusqu'en 2028 ; communiqués du Bureau de presse du Saint-Siège). Des évêques ont depuis été nommés en communion avec le pape Léon XIV dans le cadre de cet accord : dépêche CNA « Pope Confirms Second Chinese Bishop in a Week Under Vatican-Beijing Agreement », Vatican, 30 juillet 2026 (ordination de Mgr Francis Xavier Duan Yongkun comme évêque coadjuteur de Bameng, nommé par Léon XIV le 15 juin). URL : https://www.ncregister.com/cna/pope-leo-china-bishop-vatican. Sur les restrictions persistantes : 2025 USCIRF Annual Report de la Commission américaine pour la liberté religieuse internationale (rapport annuel 2025), qui recommande de désigner à nouveau la Chine parmi les « pays particulièrement préoccupants » et documente notamment la détention et la disparition forcée de membres du clergé catholique clandestin refusant l'organisation officielle. URL : https://www.uscirf.gov/sites/default/files/2025-03/2025%20USCIRF%20Annual%20Report.pdf.
32Saint Jean-Paul II, commémoration œcuménique des témoins de la foi du XXᵉ siècle, Colisée, 7 mai 2000 (événement du grand Jubilé ; le passage ci-dessus est une paraphrase, la page française de l'homélie n'ayant pu être revérifiée mot à mot sur vatican.va en séance). Point d'appui magistériel vérifié : Tertio Millennio Adveniente, 10 novembre 1994, n° 37, texte officiel français sur vatican.va (vérifié en séance) : « Au terme du deuxième millénaire, l'Église est devenue à nouveau une Église de martyrs » — ce n° 37 n'emploie pas la formule « siècle des martyrs ».
33Saint Jean XXIII, Pacem in Terris, 11 avril 1963, n° 159 : distinction entre les « fausses théories philosophiques sur la nature, l'origine et la finalité du monde et de l'homme » et les « mouvements historiques » nés de ces doctrines, lesquels peuvent évoluer et contenir des éléments positifs et dignes d'approbation. Texte officiel sur vatican.va.
34Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n° 19-21, sur les formes et les racines de l'athéisme moderne, l'athéisme « systématique » qui attend la libération de l'homme de sa seule émancipation économique et sociale, et le rejet de l'athéisme par l'Église, jointe à un examen de la responsabilité des croyants.
35Saint Paul VI, lettre apostolique Octogesima Adveniens, 14 mai 1971, n° 34 (texte officiel français sur vatican.va) : « Il serait illusoire et dangereux d'en arriver à oublier le lien intime qui [unit radicalement les divers aspects du marxisme], d'accepter les éléments de l'analyse marxiste sans reconnaître leurs rapports avec l'idéologie, d'entrer dans la pratique de la lutte des classes […] en négligeant de percevoir le type de société totalitaire et violente à laquelle conduit ce processus. »
36Congrégation pour la doctrine de la foi, instruction Libertatis Nuntius sur quelques aspects de la « théologie de la libération », 6 août 1984 : critique de l'emprunt acritique à l'analyse marxiste (lutte des classes, matérialisme) tout en réaffirmant l'option authentique pour les pauvres. Complétée par Libertatis Conscientia, 22 mars 1986.
37Saint Jean-Paul II, Centesimus Annus, 1er mai 1991, n° 24, texte officiel français sur vatican.va : « Comme deuxième facteur de crise, il y a bien certainement l'inefficacité du système économique, qu'il ne faut pas considérer seulement comme un problème technique mais plutôt comme une conséquence de la violation des droits humains à l'initiative, à la propriété et à la liberté dans le domaine économique. […] La cause véritable de ces nouveautés est le vide spirituel provoqué par l'athéisme qui a laissé les jeunes générations démunies d'orientations […]. » (Au n° 23, le facteur décisif de la chute est « la violation des droits du travail », illustrée par les mouvements polonais de la Solidarité.)
38Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, 30 décembre 1987, n° 20-21 : critique des « deux blocs » — collectivisme marxiste à l'Est et capitalisme libéral à l'Ouest — et de la tendance à l'« impérialisme » ou au « néo-colonialisme » qui les accompagne de part et d'autre. Texte officiel sur vatican.va.
39Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, 30 décembre 1987, n° 41, texte officiel français sur vatican.va : « La doctrine sociale de l'Église n'est pas une "troisième voie" entre le capitalisme libéral et le collectivisme marxiste, ni une autre possibilité parmi les solutions moins radicalement marquées : elle constitue une catégorie en soi. […] elle n'entre pas dans le domaine de l'idéologie mais dans celui de la théologie et particulièrement de la théologie morale. »
41Évangile selon saint Matthieu 25, 40, traduction liturgique officielle (AELF), discours sur le Jugement dernier : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. »
42