Le problème de l'athéisme et de la zététique

L'athéisme militant prétend être l'option neutre par défaut. En réalité, affirmer que Dieu n'existe pas est une croyance, qui porte sa charge de la preuve et conduit souvent à un scientisme auto-réfutant.

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La zététique désigne, dans le monde francophone contemporain, une démarche de pensée critique appliquée aux affirmations dites extraordinaires : paranormal, pseudo-sciences, médecines parallèles, miracles allégués, théories du complot. Comme méthode, elle apprend à vérifier les sources, repérer les sophismes, exiger des protocoles propres et suspendre son jugement quand les preuves manquent. L'Église catholique n'a rien à craindre de cet esprit critique : elle le pratique depuis des siècles, dans ses procès canoniques, ses commissions médicales et ses enquêtes sur les apparitions[1].

Le problème commence lorsque la zététique cesse d'être une méthode et devient une métaphysique implicite. La thèse implicite est alors : « seul ce qui est mesurable par les sciences expérimentales mérite d'être tenu pour vrai ». Cette position porte un nom — le scientisme — et elle n'a rien à voir avec la science elle-même. Elle est un acte de foi philosophique, qui se réfute lui-même : aucune expérience scientifique ne peut prouver que seule la science délivre une connaissance objective[2].

Cet article répond à une difficulté précise. Un catholique peut-il être agnostique ? Peut-il être croyant ? Doit-il l'être ? Et surtout : l'athéisme positif — la croyance que Dieu n'existe pas — est-il rationnellement défendable, ou est-il aussi une foi, à rebours ? En épistémologie, croire que Dieu n'existe pas est une affirmation positive sur la réalité et porte donc une charge de la preuve que la plupart des athées militants refusent d'assumer[3].

Le présent dossier s'appuie principalement sur l'ouvrage de l'apologète Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique (MDN Productions, Paris, décembre 2023 — diffusion Salvator —, 254 p.), réponse argumentée au livre athée Dieu, la contre-enquête de Thomas Durand (Humensciences, 2022, 360 p.)[4][5]. Il s'appuie également sur Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves (Guy Trédaniel, 2021, 576 p.), enquête sur ce que la cosmologie, la thermodynamique et la logique disent — et ne disent pas — de la question de Dieu[6]. Il convoque les sources philosophiques contemporaines (Graham Oppy, Paul Draper, Robin Le Poidevin, Alvin Plantinga, J. L. Mackie), magistérielles (Vatican I, Pie XII, Jean-Paul II, CEC) et patristiques (saint Augustin, saint Anselme, saint Thomas d'Aquin).

La méthode de Thomas Durand : psychanalyse et caricature

Avant d'examiner les arguments épistémologiques, il faut nommer la méthode de discussion de la zététique militante. Lavagna la résume en deux points dès l'ouverture du livre :

« La méthode argumentative de beaucoup de zététiciens face aux théistes tient en deux points : (1) psychanalyser le croyant en présupposant qu'il croit en Dieu à cause d'un besoin inconscient de réconfort, de consolation existentielle ; (2) caricaturer les arguments théistes pour pouvoir mieux les réfuter — bref, "attaquer des épouvantails". » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 17[7]

La caricature du christianisme

La méthode apparaît à l'état pur dans la définition que Durand recopie du mythiste Richard Carrier :

« Chrétienté : croyance selon laquelle un zombie juif cosmique peut vous faire vivre éternellement si vous mangez symboliquement sa chair et lui promettez télépathiquement de l'accepter comme votre maître ; ainsi il pourra retirer une force maléfique présente dans votre âme depuis qu'une femme fabriquée à partir d'une côte s'est laissée convaincre par un serpent doué de parole de manger le fruit d'un arbre magique. […] Un chrétien est bel et bien quelqu'un qui croit en un scénario de cette nature. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 348-349[8]

Cette définition n'est pas une analyse : c'est une moquerie. Aucun théologien chrétien n'a jamais formulé la foi en ces termes. C'est ce que la philosophie analytique appelle un argument de l'homme de paille : on remplace la position adverse par une caricature, on réfute la caricature, et l'on croit avoir réfuté la position adverse. La critique porte ici sur les thèses et les procédés — caricature, moquerie, procès d'intention —, non sur les personnes : on ne juge ni les dispositions ni la culture supposées des auteurs, on réfute leurs arguments pièces à l'appui, conformément à la charité et à la règle ignatienne qui demande de sauver d'abord la proposition du prochain plutôt que de la condamner[9].

Le sophisme génétique : juger une croyance par son origine

Le procédé psychanalytique consiste à juger une croyance non sur son contenu mais sur son origine supposée (psychologique, sociologique, culturelle). C'est ce que la logique classique appelle le sophisme génétique. Exemples typiques chez Durand :

« On peut croire en Dieu pour de multiples raisons : par tradition, par émotion, en réponse à une angoisse existentielle, par sensibilité à une certaine esthétique de l'univers, pour donner un sens à la vie, par le sentiment d'une poésie à l'œuvre dans le cosmos…, mais ces motivations ne reposent pas sur des preuves rationnelles de l'existence de Dieu. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 262[10]

L'argument ne touche jamais à la question débattue. Que l'on croie en Dieu pour de bonnes ou de mauvaises raisons, cela ne dit rien de l'existence de Dieu. Lavagna répond :

Sophisme génétique. Juger une croyance par son origine psychologique supposée ne répond pas à la vraie question : cette croyance est-elle fondée par des raisons et des preuves ? Illustration originale Ignispedia créée par IA.

« Ce n'est pas parce que quelqu'un croit en Dieu pour de mauvaises raisons que Dieu n'existe pas. La vérité ou la fausseté d'une croyance ne dépend en aucun cas de l'origine de la croyance en question. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 18[11]

Le retournement symétrique

Le caractère sophistique du procédé apparaît immédiatement par retournement. On peut dire à Durand, mot pour mot :

« On peut être athée pour de multiples raisons : par tradition, par émotion, en réponse à une rébellion existentielle contre l'autorité de Dieu, ou tout simplement par refus de regarder en face la réalité de son péché ; mais ces motivations ne reposent pas sur des preuves rationnelles de l'inexistence de Dieu. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 18[12]

L'argument se retourne parfaitement. Aucune des deux versions n'est un véritable argument sur l'existence ou l'inexistence de Dieu : ce sont des analyses psychologiques qui n'ont pas leur place dans une démonstration métaphysique. « Ping-pong stérile », conclut Lavagna[13].

Le réconfort consolateur ne prouve rien

Durand argumente aussi par le caractère « consolant » de la foi :

« Quelle est la rhétorique du monothéisme ? Elle consiste à poser l'existence d'un Dieu tout-puissant qui aime le (vrai) croyant, qui veille sur lui, qui veut son bien et qui va le récompenser. […] C'est l'idée la plus réconfortante, la plus consolatrice qui puisse être. La religion s'adapte comme un gant à l'esprit humain, à nos biais, nos attentes, nos motivations, angoisses et aspirations. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 47-48[14]

L'argument suppose silencieusement que le réconfort apporté par une croyance prouverait sa fausseté. Mais c'est exactement l'inverse qui peut être vrai : on peut très bien refuser une vérité parce qu'elle nous dérange. « Le fait qu'une idée soit réconfortante ou consolatrice n'implique pas qu'elle soit fausse », répond Lavagna[15]. Et — argument décisif — « si Dieu existe, alors il n'est pas totalement improbable qu'il ait créé des êtres humains avec ce désir de le connaître. Il n'y a rien d'invraisemblable au fait que Dieu nous ait "façonnés" pour combler nos aspirations les plus profondes »[16]. C'est précisément ce qu'Augustin formulait au IVᵉ siècle :

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi. » — Saint Augustin, Confessions, livre I, ch. 1, § 1[17]

Le christianisme n'est d'ailleurs pas particulièrement « confortable » : il appelle à porter sa croix, à pardonner ses ennemis, à se renoncer soi-même, à craindre le jugement particulier, à accepter la souffrance comme rédemptrice. Ce n'est pas le profil d'une illusion conçue pour rassurer[18].

Définir les termes : athéisme, agnosticisme, zététique

Une grande partie des discussions athéo-théistes échouent dès l'entrée parce qu'on ne s'entend pas sur les mots. Trois confusions sont systématiquement entretenues dans la littérature zététique militante : confusion entre l'athéisme classique et la simple non-croyance, confusion entre l'agnosticisme épistémique et épistémologique, et confusion entre la zététique-méthode et la zététique-métaphysique.

L'athéisme classique : une affirmation, pas une absence

Graham Oppy (né en 1960), philosophe athée australien, professeur à Monash University. Considéré comme l'un des chefs de file mondiaux de l'athéisme philosophique, il défend la définition classique : « L'athéisme est la croyance selon laquelle il n'existe aucun dieu. » Photo : JhOrdanPrado15, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

En philosophie de la religion, la définition reçue depuis l'Antiquité est limpide. Le théisme est la position selon laquelle Dieu existe ; l'athéisme est la position selon laquelle Dieu n'existe pas. Les deux sont des affirmations positives sur le réel, donc deux propositions qui peuvent être vraies ou fausses, défendues ou réfutées[19].

Cette définition n'est pas un piège tendu par les théistes. Elle est la définition standard chez les philosophes athées de premier plan. Le philosophe Graham Oppy (Monash University), considéré comme l'un des chefs de file mondiaux de l'athéisme philosophique contemporain, l'explicite sans détour :

« L'athéisme est la croyance selon laquelle il n'existe aucun dieu. » — Graham Oppy, Arguing About Gods, Cambridge University Press, 2006, ch. 1[20]

Paul Draper, philosophe athée de l'Université Purdue et auteur de l'article de référence Atheism and Agnosticism dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy, écrit exactement la même chose, dans un dictionnaire de référence universitaire neutre :

« En philosophie, et plus spécifiquement dans la philosophie de la religion, le terme "athéisme" est utilisé pour désigner la proposition selon laquelle Dieu n'existe pas. Ainsi, pour être athée d'après cette définition, il ne suffit pas de suspendre son jugement sur l'existence d'un Dieu. Il faut nier que Dieu existe. » — Paul Draper, Atheism and Agnosticism, Stanford Encyclopedia of Philosophy[21]

Robin Le Poidevin, philosophe athée britannique, va dans le même sens : « Un athée est celui qui nie l'existence d'un créateur personnel et transcendant de l'univers, plutôt que celui qui vit simplement sa vie sans référence à un tel être. »[22] John L. Schellenberg, athée également, écrit que l'athée n'est pas simplement quelqu'un qui « n'accepte pas le théisme », c'est quelqu'un qui « s'y oppose, qui affirme qu'il n'y a pas de Dieu »[23]. William L. Rowe, athée, l'écrit dans la Concise Routledge Encyclopedia of Philosophy : « L'athéisme est la position qui affirme la non-existence de Dieu. Il propose une incrédulité positive plutôt qu'une simple suspension de croyance. »[24]

La redéfinition militante du Nouvel athéisme

Depuis les années 2000, et particulièrement à la suite du Nouvel athéisme anglo-saxon (Richard Dawkins, Sam Harris, Christopher Hitchens, Daniel Dennett), une redéfinition militante s'est imposée. L'athéisme y est présenté comme une simple absence de croyance en Dieu — au même titre que ne pas croire aux licornes ou au monstre du spaghetti volant. En France, cette redéfinition est portée par les figures de la zététique militante, notamment Durand :

« On peut tout à fait être athée en l'absence de toute croyance positive en l'inexistence de Dieu. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 24[25]

L'enjeu de cette redéfinition n'est pas innocent. Lavagna l'expose en note de bas de page :

« La raison qui pousse Thomas Durand à donner cette définition est qu'elle lui permet de n'avoir pas à justifier ou à argumenter en faveur de l'inexistence de Dieu, et d'imposer l'athéisme comme un présupposé par défaut. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 47, note 38[26]

Pourquoi cette redéfinition est philosophiquement intenable

L'argument décisif est de pure logique. Si l'athéisme se réduisait à une absence de croyance en Dieu, alors :

  • les plantes, les cailloux, les atomes seraient tous athées, puisqu'ils sont sans croyance en Dieu ; on aurait alors plus de 10⁸⁰ athées dans l'univers, ce qui n'a aucun sens ;
  • les bébés, les personnes dans le coma, les personnes atteintes d'un handicap mental profond seraient athées, puisqu'ils n'ont pas de croyance positive en Dieu ;
  • un grave accident de voiture pourrait transformer un théiste en athée en lui faisant perdre la mémoire ;
  • un agnostique qui estime à 50 % la probabilité que Dieu existe serait athée — alors qu'il n'a précisément pas tranché ;
  • un croyant qui parie pour Dieu à la manière de Pascal, prie chaque jour et va à la messe, mais reste intellectuellement hésitant sur la probabilité de Son existence, serait athée selon cette définition[27].

L'autre raison décisive est la symétrie philosophique. Si le théisme est l'affirmation que Dieu existe, alors l'athéisme doit être, par symétrie, l'affirmation que Dieu n'existe pas. Tous les -ismes en philosophie sont des prises de position, pas des absences de position. Marxisme, libéralisme, matérialisme, idéalisme — tous désignent une thèse défendue, pas un état mental vide[28].

Conséquence pratique majeure : si l'athéisme était une simple absence de croyance, il ne pourrait pas y avoir d'argument contre lui. Lavagna le dit avec force :

« Si l'athéisme est défini comme "l'état mental de l'absence de croyance en Dieu", alors il ne peut exister aucun argument contre l'athéisme en principe, car les arguments ne peuvent s'attaquer qu'aux affirmations portant sur la réalité. […] Un argument en faveur de la proposition "Dieu existe" ne serait plus un argument contre l'athéisme, ce qui n'a pas de sens. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 50[29]

L'agnosticisme épistémique vs épistémologique

Il existe en revanche un terme parfaitement défini pour celui qui n'affirme ni que Dieu existe, ni qu'Il n'existe pas : c'est l'agnostique. La philosophie distingue deux variantes :

Type d'agnosticismeAffirmation centraleStatut
Épistémologique« Il est impossible de savoir si Dieu existe ou non. »Refuse a priori toute tentative de preuve. Position kantienne forte.
Épistémique« La probabilité que Dieu existe me semble à peu près égale à la probabilité qu'Il n'existe pas. »Suspension momentanée du jugement, ouverte aux arguments.

L'attitude rationnelle de quelqu'un qui ne sait pas est l'agnosticisme épistémique, et non l'athéisme négatif qu'on essaie de faire passer pour neutre[30]. « L'agnostique épistémique soutient que la proposition Dieu existe a à peu près autant de chances d'être vraie que la proposition Dieu n'existe pas », précise Lavagna[31].

Le bilan terminologique

Lavagna récapitule en trois lignes le glossaire propre :

  1. Un théiste est quelqu'un qui affirme la proposition « Dieu existe ».
  2. Un athée est quelqu'un qui affirme la proposition « Dieu n'existe pas ».
  3. Un agnostique est quelqu'un qui affirme la proposition « Je ne sais pas si Dieu existe »[32].

C'est cette taxonomie, partagée par les dictionnaires philosophiques de référence, que cet article retient.

La zététique : étymologie, histoire, ambivalence

Le mot zététique vient du grec ζητητικός (zêtêtikos), « apte à chercher », et de ζητεῖν (zêtein), « chercher, enquêter ». Il désigne d'abord, dans l'Antiquité grecque, l'attitude des sceptiques pyrrhoniens — Pyrrhon d'Élis, Sextus Empiricus — qui revendiquaient une enquête perpétuelle plutôt qu'une adhésion définitive à un dogme[33].

Le mot a été repris à l'époque moderne, puis francisé dans les années 1990 par le physicien Henri Broch, professeur à l'Université de Nice-Sophia Antipolis, qui définit la zététique comme « l'art du doute » et qui crée le Laboratoire de zététique (1998). L'Observatoire zététique, créé en 2003 à Grenoble, popularise cette démarche en l'assimilant explicitement à « la pensée critique » et au « scepticisme méthodologique »[34].

Trois remarques s'imposent ici :

  1. La zététique n'est pas une école philosophique unifiée. Elle réunit des athées militants (Thomas Durand, Henri Broch sur certains points), des sceptiques de bonne foi, des chercheurs en sciences cognitives (Richard Monvoisin) et des simples citoyens curieux. Toutes ces personnes ne tirent pas les mêmes conclusions métaphysiques.
  2. La zététique-méthode — outils de l'esprit critique, vérification des sources, identification des biais cognitifs — est compatible avec n'importe quelle métaphysique (catholique comprise).
  3. La zététique-métaphysique — l'idée implicite que tout ce qui n'est pas mesurable n'existe pas — est en revanche une thèse philosophique précise (scientisme + naturalisme), qui doit être défendue rationnellement et qui ne va pas de soi.

C'est cette dernière qui pose problème, et c'est elle que cet article vise à déconstruire.

Les degrés de preuve : une hiérarchie que le scientisme aplatit

Une confusion alimente une bonne partie du débat athéo-théiste : l'idée qu'il n'existerait qu'un seul type de preuve valable — la preuve expérimentale, reproductible en laboratoire — et que tout le reste (l'histoire, le témoignage, la philosophie, la métaphysique) serait affaire d'opinion. Cette confusion n'est pas propre à la zététique militante ; on la retrouve, à front renversé, chez certains apologètes trop pressés de faire de la science un tribunal qui prouverait Dieu comme on prouve un théorème. Bolloré et Bonnassies, dans Dieu, la science, les preuves, ouvrent pourtant leur ouvrage par une mise en garde méthodologique précieuse, largement ignorée par la suite de leur propre démonstration.

Cinq régimes de preuve, cinq niveaux d'exigence

Une démonstration mathématique porte sur des objets abstraits entièrement définis ; sa certitude est absolue, une fois les axiomes acceptés. Mais dès qu'on quitte ce terrain pour le monde réel, la nature de la preuve change de statut :

« Dans le domaine réel au contraire, un raisonnement juste appliqué à des données justes ne conduit pas nécessairement à une conclusion exacte [...] il faudrait pouvoir appliquer un raisonnement juste à la totalité des données ou paramètres intervenant dans le problème. Or, dans le monde réel, la réalité ne nous est jamais entièrement connue. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 40[35]

« Non absolu » ne veut pas dire arbitraire : la science atteint des degrés de confiance extrêmement élevés. Mais une donnée manquante peut suffire à inverser une conclusion pourtant logiquement construite :

« Comme on le voit dans cette histoire tragique, une seule information manquante, donc non prise en compte dans le raisonnement, a conduit à un résultat exactement inverse de celui auquel le raisonnement initial avait abouti. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 42[36]

Régime de preuveNature de la certitudeExemple
Démonstration formelleAbsolue, conditionnelle aux axiomesThéorème de Pythagore
Observation directeTrès haute, mais révisable par de nouvelles donnéesDétection du fond diffus cosmologique
Modélisation testéeHaute si les prédictions risquées se confirmentPrévisions de la relativité générale
Expérimentation répétableHaute, bornée au protocolePhysique de laboratoire
Témoignage humainVariable, de nulle à très forteSources historiques, dépositions

Un modèle scientifique gagne en autorité lorsqu'il prédit avec succès des faits qu'on n'attendait pas :

« Si le modèle correspond au réel, le niveau de la preuve s'en trouve grandement renforcé, surtout si le modèle prévoit des conséquences inattendues qui se révèlent ensuite exactes. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 42-43[37]

Un modèle réfuté n'est pas nécessairement une erreur totale, mais une approximation dépassée par un modèle plus englobant :

« Ultérieurement, la théorie de la gravitation de Newton a été remplacée par la théorie de la Relativité d'Einstein, mais cela ne signifie pas que la théorie de Newton était fausse. On est simplement passé d'une bonne approximation du réel à une théorie, plus élaborée, donnant une vision et une approximation encore plus proches de la réalité. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 44[38]

Enfin, le témoignage humain — que le doute méthodique radical voudrait disqualifier par principe (voir plus bas) — a une force variable selon des critères contrôlables, ni nulle par défaut ni automatiquement recevable :

« On voit donc que la valeur d'une preuve issue de témoignages est excessivement variable en fonction du nombre et de la qualité des témoins. Selon les cas, la valeur d'une preuve résultant de témoignages peut aller de nulle à très forte. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 50[39]

Le fond diffus cosmologique : une prédiction risquée qui a payé

L'exemple le plus pédagogique d'une preuve scientifique bien construite reste la découverte, en 1964, du rayonnement fossile prédit par la théorie du Big Bang chaud. Arno Penzias et Robert Wilson, deux radioastronomes des laboratoires Bell, cherchaient à éliminer un bruit de fond parasite dans leur antenne — ils ignoraient tout de la prédiction cosmologique correspondante :

« Penzias et Wilson, sans en avoir la moindre idée et sans l'avoir cherché, venaient en fait de découvrir la présence résiduelle du signal électromagnétique émis lors du Big Bang. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 91-92[40]

Le cas est pédagogiquement complet : une prédiction théorique antérieure (Gamow, Alpher, Herman), une détection indépendante par des chercheurs qui ne la cherchaient pas, l'élimination méthodique des causes instrumentales possibles, puis la convergence de plusieurs équipes. C'est un bien meilleur exemple de méthode scientifique que les déclarations générales sur « la Science » dont se contente la zététique militante — et un rappel que le modèle standard du Big Bang, aujourd'hui solidement corroboré, l'est devenu précisément par ce type de prédiction risquée confirmée[41].

La zététique-méthode a un noyau de vérité

Pour discuter honnêtement, il faut reconnaître ce que la démarche critique a de juste. Refuser ce noyau de vérité serait commettre l'inverse de l'erreur scientiste : se boucher les oreilles devant un argument valide sous prétexte qu'il vient d'un camp adverse. L'apologétique catholique sérieuse ne procède jamais ainsi.

L'esprit critique légitime

Sextus Empiricus (vers 160-210), médecin et philosophe sceptique. La zététique moderne reprend le vocabulaire grec de l'enquête sceptique, mais elle perd parfois la prudence pyrrhonienne : Sextus suspend le jugement, là où le scientisme moderne affirme une métaphysique matérialiste. Gravure : Wikimedia Commons, domaine public.

La zététique apprend, à juste titre, à :

  • vérifier les sources d'une affirmation extraordinaire avant d'y adhérer ;
  • identifier les biais cognitifs (biais de confirmation, post hoc ergo propter hoc, biais de disponibilité, effet Forer/Barnum) ;
  • repérer les sophismes (ad hominem, homme de paille, faux dilemme, appel à la nature, appel à l'autorité illégitime) ;
  • exiger des protocoles expérimentaux propres pour les affirmations testables (médecines alternatives, télépathie, divination, voyance).

Sur tous ces points, l'attitude catholique authentique converge avec l'attitude zététique. La superstition, la crédulité naïve, les charlatans, les pseudo-médiums, les faux prophètes, les guérisseurs frauduleux, les sectes : tout cela est combattu par l'Église elle-même, et depuis longtemps[42].

L'Église pratique le discernement critique depuis des siècles

Loin de céder à la crédulité, l'Église catholique a inventé certaines des procédures de discernement les plus rigoureuses au monde. Quelques exemples :

  • Le Bureau Médical de Lourdes, fondé en 1883, examine chaque guérison déclarée avec une rigueur dont saint Pie X a demandé en 1905 l'examen scientifique systématique. L'examen médical s'apprécie à l'aune des sept critères classiques dits de Lambertini (Benoît XIV, De Servorum Dei Beatificatione, 1734-1738) : maladie grave et difficile à guérir, maladie non parvenue à son dernier stade, inefficacité des médicaments, guérison soudaine et instantanée, guérison parfaite, sans évacuation notable ni crise préalable, sans récidive[43].
  • Le Comité Médical International de Lourdes (CMIL), créé en 1947 comme comité national puis devenu international en 1954, réunit une vingtaine de médecins de toutes spécialités et ne transmet un dossier à l'évêque que s'ils jugent la guérison certaine, durable et médicalement inexplicable[44].
  • Dans une cause de canonisation, la fonction historique du Promotor Fidei (« avocat du diable ») consistait précisément à défendre la position sceptique et à chercher toutes les raisons de douter du dossier — fonction rattachée à la Congrégation des Rites, instituée en janvier 1588 dans la réorganisation de la Curie par Sixte-Quint (constitution Immensa Aeterni Dei, qui crée les congrégations romaines et confie les causes des saints à celle des Rites). Depuis la réforme de Jean-Paul II (constitution Divinus Perfectionis Magister, 25 janvier 1983), le procès en forme contradictoire a disparu : le Promotor Fidei n'y tient plus le rôle d'opposant systématique[45].
  • Les commissions d'enquête diocésaines sur les apparitions appliquent les Normes pour procéder au discernement de présumés phénomènes surnaturels du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (17 mai 2024, en vigueur le 19 mai 2024, solennité de la Pentecôte), qui remplacent les normes de 1978. L'Église ne déclare normalement plus le caractère surnaturel d'un phénomène : l'issue favorable ordinaire est un nihil obstat (« rien ne s'oppose » : sans exprimer de certitude sur l'authenticité surnaturelle, de nombreux signes de l'action de l'Esprit Saint sont reconnus), et six conclusions sont possibles : nihil obstat (« rien ne s'oppose »), prae oculis habeatur (« à garder sous les yeux » : des signes positifs existent, mais des confusions ou risques exigent de l'évêque un discernement attentif et un dialogue), curatur (« qu'il soit pris en charge » : sans encourager le phénomène déjà répandu, l'évêque en réoriente les aspects spirituels et pastoraux), sub mandato (« sous mandat » : la direction pastorale du lieu est confiée à l'évêque diocésain), prohibetur et obstruatur (« interdit et à empêcher » : l'adhésion au phénomène n'est pas autorisée), declaratio de non supernaturalitate (« déclaration de non-surnaturalité », l'Église tranche que le phénomène n'est pas surnaturel)[46]. Pour tout dossier examiné depuis 2024, seule une décision datée — normalement un nihil obstat — fait foi ; à défaut, l'Église n'a pas tranché.

Voir Les miracles de Lourdes et Le discernement des phénomènes surnaturels.

Le bon scepticisme et le mauvais scepticisme

La distinction décisive, exposée par Lavagna, sépare deux types de scepticisme :

Bon et mauvais scepticisme. Le bon scepticisme vérifie, suspend quand il le faut, suit les preuves. Le mauvais scepticisme refuse par principe, exige l'impossible et maquille son préjugé. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

« Il existe un bon scepticisme et un mauvais scepticisme. Le bon scepticisme s'interdit de tout croire sur parole et cherche de bonnes raisons de croire dans la limite du raisonnable. Le mauvais scepticisme, au contraire, doute d'absolument tout. Il rejette toute forme de certitude en général. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 25[47]

Bon scepticisme (méthodique)Mauvais scepticisme (radical)
Suspendre son jugement quand les preuves manquentRefuser par principe toute conclusion certaine
Demander des arguments pour les affirmations extraordinairesRefuser par principe toute affirmation extraordinaire
Vérifier les sourcesDisqualifier par avance toute source non scientifique
Examiner chaque dossier sur ses mérites propresTrancher l'affaire avant l'examen au nom d'une métaphysique implicite
Compatible avec catholicisme, judaïsme, science, philosophieIncompatible avec toute affirmation positive sur le réel — y compris la science

Quand une idéologie dicte d'avance ses conclusions

L'histoire des sciences du XXᵉ siècle offre un avertissement que la zététique devrait prendre au sérieux : une doctrine peut décider à l'avance quelles conclusions scientifiques sont admissibles, puis persécuter ceux qui obtiennent le mauvais résultat. C'est exactement le danger que la démarche critique authentique prétend combattre — et c'est pourtant ce que produit, structurellement, tout dogmatisme métaphysique appliqué à la science.

En Union soviétique, le matérialisme dialectique officiel exigeait un univers éternel et sans commencement ; plusieurs physiciens favorables à un modèle d'univers en expansion en ont payé le prix professionnel ou personnel, dans le climat plus large des purges staliniennes[48]. En Allemagne nazie, la campagne de Philipp Lenard et Johannes Stark contre la « physique juive » — dont la relativité d'Einstein — a conduit à l'exclusion de savants comme Max Born, James Franck ou Lise Meitner, et à la destruction de l'école mathématique de Göttingen[49]. Lors d'un banquet vers 1934, le ministre nazi de l'Éducation Bernhard Rust demande au mathématicien David Hilbert comment se portent les mathématiques à Göttingen « maintenant qu'elles sont libérées de l'influence juive » ; Hilbert répond froidement :

« Les mathématiques à Göttingen ? Il n'y en a plus vraiment. » (traduction ; original anglais : « Mathematics in Göttingen? There is really none any more. ») — David Hilbert, propos rapportés par sa biographe Constance Reid, repris en seconde main par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 156[50]

Ces deux épisodes doivent être lus avec prudence historique : l'antisémitisme racial et la mise au pas institutionnelle sont les causes centrales de la persécution nazie des savants, non un simple différend cosmologique, et les procès staliniens s'inscrivent dans un contexte politique plus large que le seul rejet du Big Bang. Mais le principe qu'ils illustrent reste valide et directement transposable à la question qui occupe cet article : une communauté qui décide d'avance, au nom d'une métaphysique, quelles conclusions sont admissibles n'exerce plus la méthode scientifique — elle la subordonne. C'est précisément ce que la zététique-métaphysique fait au scientisme lorsqu'elle exclut a priori toute conclusion qui sortirait du cadre matérialiste, avant même d'avoir examiné le dossier.

Le christianisme et la science partagent le bon scepticisme. La zététique-méthode partage le bon scepticisme. La zététique-métaphysique, en revanche, glisse vers le mauvais scepticisme, qui ne peut pas tenir comme épistémologie complète, ainsi que nous allons le montrer.

L'épistémologie zététicienne se réfute elle-même

Quatre problèmes structurels minent l'épistémologie zététique militante : le doute méthodique radical (qui se sape lui-même), le scientisme (auto-réfutant), la négation de la vérité absolue (contradictoire), et la méfiance systématique du témoignage humain (impraticable).

Le doute méthodique radical : « il faut douter de tout »

L'épistémologie de la zététique militante s'auto-définit comme l'art de douter de tout. Durand l'écrit explicitement :

« Je plaide pour la démarche sceptique, celle qui nous prévient qu'il est présomptueux et téméraire d'accepter de croire ce qui n'est pas étayé avec de bons arguments. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 14[51]

Et plus loin, en version radicale :

« D'un certain point de vue extrêmement sceptique, on peut considérer qu'il n'est pas possible de prouver que le monde existe réellement. On peut imaginer que l'univers n'est rien d'autre qu'un décor fictif, une sorte de matrice. On peut imaginer que rien n'existe, que l'univers soit mental… » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 347[52]

La règle pratique qu'il en tire : « Pour atteindre une relative certitude de la véracité de X, on doit commencer par douter de X »[53]. Elle a quelque chose de séduisant — on la croirait empruntée à Descartes — mais elle est, littéralement appliquée, indéfendable.

Devons-nous vraiment commencer par douter du fait que 1 + 1 = 2 avant d'en être certains ? Du principe de non-contradiction ? De l'amour de nos parents pour nous ? De l'existence du monde extérieur ? Du fait qu'il soit immoral de torturer un nourrisson pour le plaisir ? Tout doute commence par une certitude minimale : la fiabilité de la logique, de la mémoire, du langage. On ne peut pas douter de tout, parce qu'on ne peut pas douter avec rien.

« À partir du moment où l'on doute de tout, il n'y a plus aucun moyen de vivre normalement et de construire une pensée solide, car son fondement peut toujours être remis en question. Pour sortir de cette impasse, il faut donc nécessairement admettre qu'à la base de la connaissance, il existe des évidences données par la lumière naturelle de la raison. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 21[54]

Le scepticisme total se détruit lui-même

L'objection est connue depuis l'Antiquité. Si l'on affirme « il faut douter de tout », alors il faut aussi douter de cette affirmation elle-même. Mais alors elle perd son autorité. Le scepticisme total est, en logique, une thèse performativement contradictoire : elle se sape elle-même.

Saint Augustin, qui avait été pendant neuf ans manichéen sceptique, formule la réfutation classique :

« Si je me trompe, je suis. » — Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XI, ch. 26[55]

Le simple fait de douter présuppose un sujet qui doute, et un sujet qui doute existe — il y a donc au moins une chose certaine, l'existence du sujet pensant. Descartes reprendra cette idée 1 200 ans plus tard.

Le scientisme dissimulé : « seule la science »

Durand ne cache pas son présupposé scientiste :

« La méthode scientifique est la seule démarche dont nous disposons pour produire une connaissance objective, c'est-à-dire une connaissance qui reste vraie quelle que soit la culture, l'époque, l'humeur ou l'idéologie de l'individu. […] Les théories scientifiques constituent par conséquent le nec plus ultra de la connaissance objective. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 38-39[56]

Le scientisme se réfute lui-même. L'affirmation « seule la science délivre une connaissance objective » n'est pas une conclusion de laboratoire : c'est une thèse philosophique, donc invalidée par son propre critère. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

L'objection est connue depuis le Cercle de Vienne des années 1920 (Moritz Schlick, Otto Neurath, Rudolf Carnap, A. J. Ayer). Le positivisme logique soutenait, sur le modèle du principe de vérification, qu'un énoncé n'a de sens que s'il est vérifiable par l'expérience. En mots simples : d'après cette règle, une phrase ne voudrait dire quelque chose que si l'on peut dire quelle expérience permettrait de la vérifier. Ce principe a connu un succès considérable jusque dans les années 1950, avant d'être réfuté par les philosophes des sciences eux-mêmes (Karl Popper, Willard Van Orman Quine, Hilary Putnam, Thomas Kuhn)[57].

La raison de cet échec est simple : le principe de vérification est lui-même invérifiable. Lavagna l'écrit avec netteté :

« L'affirmation "la méthode scientifique est la seule démarche dont nous disposons pour produire une connaissance objective" est une affirmation de type… philosophique ! Aucune méthode scientifique ne pourra jamais vérifier cette affirmation. Par conséquent, l'assertion de Thomas Durand est auto-réfutée. Elle implique logiquement sa propre fausseté. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 22[58]

Tous les domaines exclus par le scientisme

Si l'on prend au sérieux la thèse scientiste, on doit rejeter comme non objectif ce qui suit :

DomaineExemple de vérité connueMéthode scientifique applicable ?
MathématiquesThéorème de Pythagore, théorème de FermatNon : les sciences expérimentales présupposent les mathématiques pour fonctionner.
LogiquePrincipe de non-contradiction (A ≠ non-A)Non : la science présuppose la logique.
Métaphysique« De rien ne sort rien », « il existe quelque chose »Non : ces vérités sont connues par analyse conceptuelle.
Éthique« Il est immoral de torturer un enfant pour le plaisir »Non : la science décrit ce qui est, pas ce qui doit être.
Esthétique« La Pietà de Michel-Ange est belle »Non : la beauté n'est pas un objet mesurable.
Histoire« Napoléon a existé » ; « Le concile de Nicée a eu lieu en 325 »Partiellement, par triangulation de sources et témoignages.
Relation interpersonnelle« Mes parents m'aiment »Non : l'amour n'est pas un objet scientifique.
Présupposés de la scienceRéalité du monde extérieur, fiabilité de la perception, régularité des loisNon : ces vérités sont préalables à toute science.

Lavagna résume :

« La thèse vérificationniste de Thomas Durand aboutit à l'exclusion de toutes les vérités conceptuelles — logiques, mathématiques, morales et philosophiques —, puisque celles-ci ne sauraient être "testées". Une telle épistémologie mène inéluctablement à un véritable suicide de la raison. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 30[59]

Karl Popper et la falsifiabilité : un critère mal compris

Karl Popper (1902-1994), philosophe des sciences. Il a posé le critère de falsifiabilité dans Logik der Forschung (1934), mais n'a jamais soutenu que tout ce qui n'est pas falsifiable est dénué de sens — au contraire, il tenait la métaphysique pour parfaitement légitime. Photo : LSE Library, Wikimedia Commons / Flickr Commons, no known copyright restrictions.

Karl Popper a proposé en 1934 le critère de falsifiabilité comme ligne de démarcation entre science et non-science : une théorie scientifique doit pouvoir entrer en conflit avec une observation possible[60]. En mots simples : une théorie n'est scientifique que si l'on peut dire à l'avance quelle observation imaginable la contredirait — si rien ne pourrait jamais la mettre en tort, ce n'est pas de la science. Cette intuition est précieuse — elle distingue la physique d'Einstein (qui pouvait être réfutée par l'observation des éclipses) de certaines pseudo-sciences (qui peuvent toujours réinterpréter les faits gênants). Mais Popper n'a jamais soutenu que tout ce qui n'est pas falsifiable expérimentalement est faux ou irrationnel :

« J'estimais donc que si une théorie se révèle non scientifique, ou "métaphysique" (comme on peut dire), elle ne s'en trouve pas pour autant dénuée d'importance, insignifiante, "dépourvue de sens" ou "absurde". » (traduction ; original anglais : « I thus felt that if a theory is found to be nonscientific, or "metaphysical" (as we might say), it is not thereby found to be unimportant, or insignificant, or "meaningless," or "nonsensical." ») — Karl Popper, « Science as Falsification », conférence de 1953 publiée dans Conjectures and Refutations, Routledge, 1963[61]

Popper distinguait ainsi la science empirique d'autres modes de connaissance rationnelle : une théorie non réfutable n'est pas dénuée de sens, elle ne peut seulement pas se prévaloir d'une confirmation empirique au sens scientifique. C'est précisément ce que la zététique militante refuse d'entendre.

La négation de la vérité absolue

Durand passe ensuite à une thèse encore plus radicale :

« Il est prudent de ne jamais prétendre posséder une vérité absolue sur quelque sujet que ce soit. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 58[62]

L'objection doit être prise au mot : Durand ne nie pas ici qu'il existe des vérités absolues, il juge imprudent de prétendre en posséder — c'est une restriction épistémique, pas une négation ontologique. Mais érigée en règle universelle (« sur quelque sujet que ce soit »), cette prudence se retourne contre elle-même : ou bien elle se prétend vraie absolument, et elle s'exclut ; ou bien elle n'est qu'un conseil de méthode, et elle n'interdit rien. De plus, nous possédons bel et bien, sans imprudence, des vérités absolues : les théorèmes mathématiques, les lois de la logique (principe de non-contradiction — une chose ne peut pas être vraie et fausse en même temps —, loi de contraposition — si « A implique B » est vrai, alors « non-B implique non-A » est vrai aussi), les vérités métaphysiques (« j'existe », « il existe quelque chose »), les vérités morales (« torturer un nourrisson pour le plaisir est immoral »). Lavagna en donne une liste raisonnée par type[63].

La méfiance systématique du témoignage humain

La grande majorité de nos connaissances quotidiennes repose sur le témoignage humain : date de naissance, théorèmes que nous ne savons pas démontrer nous-mêmes, faits historiques, diagnostic médical, plans architecturaux, horaires SNCF, fiabilité du parachute du moniteur. Sans la confiance dans le témoignage d'autrui, la vie ordinaire devient impossible[64].

L'épistémologie contemporaine du témoignage (Coady, Lackey, Audi, Plantinga, Swinburne) reconnaît un principe de crédibilité par défaut : à moins d'avoir des raisons spécifiques d'en douter, nous devons accorder un degré raisonnable de confiance au témoignage d'autrui. C'est ainsi que nous savons que Napoléon a existé, que Paul de Tarse s'est converti, que le concile de Nicée a eu lieu en 325, que la Terre tourne autour du Soleil[65].

Aimé Michel précise l'enjeu pour les phénomènes non reproductibles : si de tels phénomènes existent, exclure tout fait connu par le seul témoignage empêcherait de les découvrir — « jamais nous ne serons avertis de notre erreur ». Dans cette hypothèse, leurs effets observables peuvent faire l'objet d'études scientifiques, tandis que la connaissance de l'événement lui-même reste tributaire des témoins. Michel ajoute que son argument vaut aussi pour les phénomènes qui ne sont pas encore reproductibles. Il réclame des témoins compétents et d'opinions opposées : son raisonnement justifie l'enquête, sans établir à lui seul l'authenticité d'un miracle particulier[66].

« Si l'on appliquait le scepticisme extrémiste de la zététique, il faudrait toujours commencer par douter du témoignage qui nous est donné par principe, sauf si vous avez des preuves qu'il est fiable. Cela aboutirait à l'écroulement de la quasi-totalité de nos connaissances, au point de rendre la vie simplement impossible à vivre, tant la confiance est au cœur de nos connaissances quotidiennes. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 27[67]

La charge de la preuve : la zététique refuse la sienne

Si l'athéisme est l'affirmation que Dieu n'existe pas, alors il porte une charge de la preuve. C'est un principe d'épistémologie élémentaire, valable dans toute discipline : la charge de la preuve incombe à celui qui affirme quelque chose[68]. Cela vaut au tribunal, en science, en métaphysique, en théologie.

« Je n'ai pas à prouver mon athéisme » : une stratégie rhétorique

La stratégie zététique militante consiste précisément à se soustraire à cette charge. En redéfinissant l'athéisme comme une absence de croyance, l'athée se présente comme l'observateur neutre qui « attend des preuves », tandis que le théiste serait l'affirmant maladroit qui « doit prouver son cas ». C'est une présentation rhétoriquement habile, mais un renversement indu de la charge de la preuve. Le ton péremptoire de Durand est révélateur :

« Il est rationnel d'admettre que la science procède à la mise en lumière de la vérité ; il est inintelligent, c'est-à-dire littéralement stupide, de s'opposer à cette idée. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022[69]

Cette virulence — « inintelligent, littéralement stupide » — masque une faiblesse argumentative : rapprochée de la thèse de la p. 38-39 (« la seule démarche [...] pour produire une connaissance objective »), elle revient à affirmer que seule la science met la vérité en lumière — précisément la thèse philosophique massive qui ne s'auto-démontre pas (voir plus haut, § Le scientisme dissimulé).

La charge de la preuve est symétrique

La charge de la preuve, symétrique. Affirmer « Dieu existe » engage à donner des arguments. Affirmer « Dieu n'existe pas » engage à donner des arguments. Seul l'agnostique épistémique honnête est dispensé. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

En logique, le principe est simple. Quand A affirme X et que B nie X, les deux portent une charge de preuve dès lors qu'ils défendent une position positive[70] :

  • « Dieu existe » → présenter des arguments en faveur de cette affirmation ;
  • « Dieu n'existe pas » → également présenter des arguments en faveur de cette affirmation ;
  • « Je ne sais pas » → dispense légitime ; c'est la position agnostique authentique.

Le théiste accepte sa charge : il propose l'argument cosmologique, l'argument de la contingence, le réglage fin de l'univers, l'argument moral, l'argument de la conscience, l'argument historique de la Résurrection — voir Les preuves de l'existence de Dieu, Le fine tuning cosmologique, L'argument de la contingence. L'athée fervent, lui, n'accepte pas la sienne. C'est la source d'une grande partie des malentendus.

Le faux argument de l'« alicornisme »

Une rhétorique zététique classique consiste à comparer Dieu à des licornes :

« On admet généralement sans mal qu'un non-spécialiste des licornes ou des visites extraterrestres est parfaitement légitime pour évaluer la question de leur existence, pour peu qu'il prenne soin de s'assurer de la définition du phénomène avant d'en juger. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 25[71]

Durand pousse même la comparaison jusqu'au monstre en spaghettis volant :

« Le pastafarisme raconte que l'univers a été créé par le Monstre de Spaghetti Volant après une soirée trop arrosée. […] On peut même défendre l'idée que le pastafarisme a un avantage sur les autres religions : il considère que son Dieu a le sens de l'humour, ce qui le rend plus proche de la perfection. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 59-60[72]

L'argument est fragile pour trois raisons. Premièrement, il dévalorise le concept de Dieu par caricature : Dieu, dans le théisme classique, n'est pas un objet fini parmi les objets du monde, mais la cause incausée transcendante de tout l'être. Il n'y a strictement aucun parallèle avec des licornes ou des théières en orbite. Deuxièmement, il traite à parts égales un concept qui n'est défendu sérieusement par personne (les licornes) et un concept qui est défendu depuis 2 500 ans par les plus grands philosophes : Platon, Aristote, Plotin, Augustin, Anselme, Thomas d'Aquin, Descartes, Leibniz, Pascal, Kierkegaard, Newman, Plantinga, Swinburne, Craig, van Inwagen. Troisièmement, il fait porter à l'athée une charge de la preuve qu'il refuse d'accepter : lorsqu'on affirme positivement « Dieu n'existe pas », on doit donner des raisons — sans quoi on est dans la croyance gratuite.

« Sommes-nous tous athées ? » : l'analogie du célibataire

Variante populaire chez les zététiciens, reprise par Durand :

« Parmi les dizaines de milliers de divinités adorées au cours de l'histoire, les monothéistes ne sont séparés des athées que par un unique et dernier dieu. Beaucoup de monothéistes considéreraient comme absurde qu'on les appelle "athées". De même, celui qui ne croit pas à l'existence des licornes n'apprécierait pas d'être étiqueté "alicorniste" ou "amonokériste". » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 228-229[73]

L'objection plaît, mais elle est faiblement construite. Lavagna répond par une analogie limpide :

« Ce serait comme si un homme célibataire disait à un homme marié : "Toi aussi, tu es célibataire à l'égard de toutes les autres femmes. Moi, je suis juste célibataire à l'égard d'une femme de plus." Cela n'a pas de sens. Ou bien on est célibataire, ou bien on ne l'est pas. De même, ou bien on est athée, ou bien on ne l'est pas. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 54[74]

Il y a en outre une différence ontologique majeure entre le Dieu du théisme classique (être nécessaire, immatériel, créateur transcendant) et les divinités du panthéon grec ou hindou (êtres contingents, anthropomorphes, finis, situés dans l'espace). Comparer les deux, c'est commettre une autre catégorie d'erreur. Mettre sur le même plan l'être le plus parfait qu'on puisse concevoir et des créatures contingentes aux attributs anthropomorphiques relève, selon Lavagna, d'une erreur de catégorie[75].

« Le triangle à seize côtés »

Durand affirme qu'on ne peut pas plus prouver l'inexistence de Dieu que celle d'un objet farfelu :

« Pourrait-on statuer sur l'existence d'un triangle à seize côtés invisibles situé hors de l'espace-temps et férocement amoureux de toutes les fourchettes mélomanes ascendant Capricorne ? Sûrement pas. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 241[76]

L'analogie est trompeuse parce que l'objet inventé est intérieurement contradictoire :

  • on peut démontrer l'inexistence d'un triangle à seize côtés : par définition géométrique, un triangle a trois côtés ;
  • on peut démontrer l'inexistence d'une forme géométrique située hors de l'espace (la géométrie présuppose un espace) ;
  • une fourchette mélomane est une contradiction interne (la fourchette n'a pas de système nerveux susceptible de mélomanie).

Aucun de ces critères ne s'applique au concept classique de Dieu, qui n'est ni intérieurement contradictoire, ni nié par les sciences. « On pourrait tout à fait statuer sur sa fausseté, si le concept était illogique. Mais il est impossible de démontrer son incohérence interne », conclut Lavagna[77].

« Aucune preuve » et « preuves insuffisantes » ne sont pas la même thèse

Une bonne partie des débats sur l'existence de Dieu tourne à vide pour une raison purement lexicale. Bolloré et Bonnassies le formulent avec une netteté qui mérite d'être conservée telle quelle :

« Il pourra éventuellement considérer que les preuves présentées ici ne suffisent pas pour le faire changer d'avis, mais il est difficile de soutenir qu'il n'en existe pas. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 498[78]

En français courant, « preuve » peut désigner un argument, un indice ou une donnée convergente ; en un sens strict, il désigne une démonstration contraignante. Quand un zététicien répète « il n'y a aucune preuve », il faut demander lequel des deux sens il vise : s'il veut dire qu'aucun argument public n'existe, l'affirmation est fausse — il en existe des dizaines, discutés depuis vingt-cinq siècles par les plus grands philosophes. S'il veut dire qu'aucun de ces arguments ne le contraint rationnellement à changer d'avis, c'est une position recevable, mais ce n'est plus la même affirmation, et elle doit être formulée comme telle.

Réfuter un argument ne prouve pas la thèse contraire

Symétriquement, montrer qu'un argument théiste particulier échoue ne prouve pas l'athéisme — pas plus que montrer qu'une objection athée échoue ne prouve le théisme. Les auteurs de Dieu, la science, les preuves le reconnaissent eux-mêmes à propos d'une objection matérialiste qu'ils examinent :

« Ce raisonnement ne se veut pas une preuve directe de l'inexistence de Dieu, mais la réfutation d'une preuve de son existence — quoique, par un saut peu justifié, il débouche ensuite sur la conclusion de l'inexistence de Dieu. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 510[79]

C'est une règle qui devrait discipliner tout le débat : la charge de la preuve suit la proposition effectivement affirmée, et non le camp qui parle en dernier. Le théiste qui affirme « Dieu existe » porte une charge ; l'athée propositionnel qui affirme « Dieu n'existe pas » en porte une aussi ; l'agnostique qui suspend son jugement n'a de charge que pour ses propres affirmations supplémentaires (impossibilité, incohérence, absence totale d'indices)[80].

Un faisceau cumulatif s'audite, il ne s'empile pas

L'idée d'un faisceau convergent de preuves indépendantes est méthodologiquement solide — elle a déjà été rencontrée plus haut avec le Catéchisme et Swinburne. Mais elle est parfois invoquée avec une exigence à sens unique :

« Car si, en logique, une seule preuve valable suffit à valider une thèse, à l'inverse, pour démontrer qu'une thèse est fausse [...], il est nécessaire de prouver que toutes les preuves avancées sont fausses. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 517[81]

Cette formule renverse indûment le fardeau : pour montrer qu'un dossier de dix arguments ne démontre pas sa conclusion, l'adversaire n'a pas besoin de prouver faux chacun des dix faits mentionnés — il suffit de montrer que chaque ligne argumentative comporte au moins une prémisse insuffisamment établie ou une inférence qui ne suit pas nécessairement. Un faisceau réellement cumulatif ne l'est d'ailleurs que si ses branches sont véritablement indépendantes : la cosmologie, le réglage fin, l'intelligibilité mathématique et l'expérience morale ne sont pas quatre preuves totalement séparées si elles reposent, en partie, sur les mêmes prémisses métaphysiques sous-jacentes. Un faisceau honnête s'audite branche par branche ; il ne s'empile pas pour impressionner.

La foi catholique : confusion entre confiance et crédulité

La zététique militante et le Nouvel athéisme partagent une définition de la foi qui ne correspond ni à ce que le christianisme appelle foi, ni à ce que les philosophes appellent croyance rationnelle.

La définition athée de la foi

Pour Durand, la foi serait littéralement une crédulité aveugle :

« Avoir la foi a certainement un aspect romanesque, romantique, esthétique, c'est espérer au-delà du raisonnable qu'une idée impossible à prouver finalement, d'une manière ou d'une autre, vaincra. […] C'est se ranger du côté de toutes les superstitions, de la pensée magique, de l'obstination contre les faits, du rejet de la méthode, des galimatias gouroutisants, des promesses démagogues et des élans intégristes, c'est se livrer corps et biens au bon vouloir de cyniques manipulateurs ou de sincères illuminés dont la ferveur ne saurait remplacer la prudence, l'autocritique, le goût d'argumenter les pour et les contres. […] D'un point de vue épistémique, la foi n'est pas une vertu, pas plus qu'elle n'est un avantage pour examiner le monde de manière objective, efficace et rationnelle. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 337[82]

C'est une définition caricaturale que les théologiens chrétiens n'ont jamais reconnue. Elle confond foi théologale et crédulité.

La foi catholique comme acte de confiance raisonnée

Saint Thomas d'Aquin (1225-1274). Dans la Somme théologique IIᵃ-IIᵃᵉ, q. 2, a. 2, il analyse un seul et même acte de foi sous trois aspects : croire Dieu (credere Deo), croire à Dieu (credere Deum), croire en Dieu (credere in Deum). La foi authentique n'est jamais une croyance aveugle ; c'est un acte rationnellement justifié sous la motion de la grâce. Peinture : Carlo Crivelli, Wikimedia Commons, domaine public.

Pour exposer la doctrine, Lavagna propose une tripartition pédagogique commode en trois sens du mot foi (p. 37, n. 25 — référence donnée sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé)[83] :

SensDéfinitionExemple
Foi relationnelleConfiance qu'on a en quelqu'un« J'ai foi en toi, mon fils. »
Foi doctrinaleAdhésion à un contenu doctrinal« Je crois aux articles du Credo. »
Foi théologaleVertu surnaturelle qui adhère à la vérité divine sous la motion de la grâce« Je crois en Dieu un et trin, révélé en Jésus-Christ. »

Saint Thomas, lui, ne divise pas la foi en ces trois sens : dans la Somme théologique (IIᵃ-IIᵃᵉ, q. 2, a. 2), il analyse un seul et même acte de foi selon trois rapports à son objet — croire Dieu (credere Deo : adhérer à la Vérité première comme au motif formel de l'assentiment), croire à Dieu (credere Deum : tenir pour vrai l'objet proposé, Dieu et ce qu'Il révèle), croire en Dieu (credere in Deum : tendre vers Dieu comme vers sa fin, sous la motion de la volonté)[84].

« La foi est un acte de l'intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIᵃ-IIᵃᵉ, q. 2, a. 9, corp.[85]

Aucune de ces trois acceptions n'est « croire sans aucune raison ce qui est affirmé par quelqu'un qui parle sans savoir ». La foi catholique authentique a toujours été comprise comme un acte rationnellement justifié, fondé sur des motifs de crédibilité extérieurs (miracles, prophéties, transformation des apôtres, sainteté des saints, fécondité historique de l'Église) qui rendent l'adhésion raisonnable même avant le don intérieur de la grâce. C'est l'enseignement solennel du concile Vatican I, dans la constitution dogmatique Dei Filius (24 avril 1870) :

« Pour que cependant l'hommage de notre foi fût conforme à la raison, Dieu a voulu que des secours extérieurs de sa révélation fussent joints aux secours intérieurs de l'Esprit-Saint, à savoir des faits divins, et avant tout les miracles et les prophéties, qui montrant éclatamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont les signes très certains de la révélation divine, accommodés à l'intelligence de tous. » — Concile Vatican I, Dei Filius, ch. 3, De Fide, 24 avril 1870 (Denzinger 3009)[86]

L'analogie du parachute (Timothy McGrew)

L'épistémologue Timothy McGrew (Western Michigan University) propose une analogie limpide reprise par Lavagna :

« Vous vous apprêtez à sauter en parachute depuis un avion avec un moniteur. La probabilité que vous vous en sortiez est très haute. Rationnellement, vous savez que vous avez 99,99 % de chances d'atterrir sain et sauf. Mais avant de vous jeter de l'avion, il vous faut quand même cet "acte de foi" en la qualité du moniteur et de son matériel. Cette analogie démontre bien qu'avoir la foi, ce n'est pas croire aveuglément. C'est plutôt un acte de confiance et d'espérance qui, pour être sérieux, doit être fondé rationnellement. » — Matthieu Lavagna (rapportant Timothy McGrew), Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 36[87]

L'analogie éclaire un point précis — et seulement lui : des motifs de crédibilité extérieurs peuvent rendre raisonnable un acte de confiance qui reste libre. Elle ne dit pas tout de la foi théologale : dans celle-ci, le motif formel de l'assentiment n'est pas la fiabilité du moniteur, mais l'autorité de Dieu qui révèle, reçue sous la motion de la grâce (cf. Vatican I, cité plus haut). Le croyant ne saute donc pas dans le vide aveuglément ; il a des raisons solides (philosophiques, historiques, expérientielles) qui rendent l'acte de confiance rationnellement justifié — mais il reste, en bout de course, un acte de confiance, de remise de soi.

La foi théologale reste libre, même devant les preuves

Une objection zététique fréquente :

« Si Dieu se révèle au croyant, lui apparaît, lui parle, il n'est plus question d'épargner sa liberté de ne pas croire. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 173[88]

Cela montre une confusion entre savoir que quelqu'un existe et croire en lui. La théologie chrétienne affirme :

« Tu crois qu'il y a un seul Dieu ? Tu fais bien. Les démons aussi le croient, et ils tremblent. » — Saint Jacques, Épître, 2, 19[89]

Les démons ne doutent pas de l'existence de Dieu — ils le savent mieux que nous. Pourtant, ils refusent la foi théologale, qui n'est pas un assentiment intellectuel forcé, mais un acte libre de remise de soi. C'est pourquoi le concile Vatican I anathématise l'idée selon laquelle la foi serait nécessitée par la raison :

« Si quelqu'un dit que l'assentiment de la foi chrétienne n'est pas libre, mais qu'il est produit nécessairement par les arguments de la raison humaine [...], qu'il soit anathème. » — Concile Vatican I, Dei Filius, canons sur la foi, 3 (Denzinger 3035)[90]

L'argument zététique selon lequel les preuves détruiraient la foi tombe à plat : les preuves rendent la foi raisonnable, mais la foi reste un acte libre de la volonté, qui peut être refusé.

Croire n'empêche pas de comprendre

Autre confusion zététique :

« Croire empêche de comprendre pourquoi l'on croit. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 310[91]

Cette affirmation est factuellement fausse. Saint Anselme, au XIᵉ siècle, formulait le programme inverse — fides quaerens intellectum, la foi cherchant l'intelligence[92]. Saint Thomas d'Aquin, au XIIIᵉ siècle, distinguait dans la Somme contre les Gentils les « vérités de raison » (accessibles à la philosophie naturelle) et les « vérités révélées » (qui dépassent la raison sans la contredire), montrant comment les deux peuvent coexister harmonieusement[93].

L'histoire de la théologie chrétienne — depuis les Pères apologètes du IIᵉ siècle (Justin, Athénagore) jusqu'à Newman et Garrigou-Lagrange — est celle d'une foi qui cherche à comprendre, qui demande des raisons, qui argumente, qui démontre. Ce n'est pas l'inverse.

Confusion entre savoir et croyance

Le savoir = croyance vraie et justifiée. Définition issue de Platon (Théétète), tenue depuis le contre-exemple d'Edmund Gettier (1963) pour nécessaire mais pas toujours suffisante. Toute connaissance, même mathématique ou scientifique, est d'abord une croyance ; ce qui la distingue, c'est sa justification rationnelle. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Une autre confusion zététique consiste à opposer la croyance (présumée subjective et irrationnelle) au savoir (présumé objectif et scientifique). Les philosophes définissent :

TermeDéfinition philosophique standard
Croyance (belief)Adhésion de l'intellect à une proposition tenue pour vraie.
Croyance vraieCroyance dont le contenu correspond à la réalité.
Savoir / Connaissance (knowledge)Croyance vraie et justifiée.

Cette définition est attribuée à Platon (Théétète) et reste, depuis l'article fondateur d'Edmund Gettier en 1963, la base de l'épistémologie analytique contemporaine[94]. En mots simples : Gettier a montré par des contre-exemples qu'une croyance peut être vraie et justifiée par accident, sans être un vrai savoir — la définition de Platon est donc nécessaire, mais pas toujours suffisante. Conséquence directe : même les vérités les plus certaines sont des croyances justifiées. « 1 + 1 = 2 » est une croyance — mais c'est une croyance vraie et justifiée, donc un savoir. « Napoléon a existé » est une croyance — mais c'est un savoir, fondé sur des sources historiques convergentes. Je sais est une espèce particulière du genre je crois[95]. La croyance religieuse n'est donc pas, par essence, du côté de la subjectivité molle.

Ne pas croire parce qu'on n'a jamais vu

Une objection zététique courante :

« Je défends une position humble qui consiste à dire qu'en l'absence de preuves objectives, il n'est pas raisonnable de "croire" en l'existence d'une entité que personne n'a vue. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 23-24[96]

L'argument paraît raisonnable. Il ne l'est pas.

Dieu est invisible par nature

Le théisme classique définit Dieu comme immatériel, transcendant, non spatial. Il n'est pas un objet du monde, ni une entité parmi d'autres entités. Il est la cause incausée de toute existence finie[97]. Dès lors, exiger de Le voir avec les yeux du corps, c'est commettre une catégorie d'erreur (category mistake) : on demande à un objet immatériel de répondre aux critères d'un objet matériel. C'est aussi absurde que demander la couleur de la racine carrée de 2.

Beaucoup de réalités importantes ne se voient pas

Si l'on n'acceptait que les réalités visibles, il faudrait rejeter :

  • l'amour (personne ne l'a jamais vu) ;
  • l'amitié, la justice, la vérité ;
  • les vertus, les valeurs morales ;
  • les lois mathématiques ;
  • les lois physiques elles-mêmes (on observe leurs effets, jamais elles-mêmes).

L'argument « je ne crois qu'à ce que je vois » ne tient pas à l'examen : appliqué avec conséquence, il obligerait à rejeter des réalités que son propre défenseur admet — l'amour, la justice, les lois mathématiques.

Les preuves de l'existence de Dieu : des arguments convergents

Le Catéchisme de l'Église catholique précise comment doit être comprise la connaissance de Dieu par la raison naturelle :

« Créé à l'image de Dieu, appelé à connaître et à aimer Dieu, l'homme qui cherche Dieu découvre certaines "voies" pour accéder à la connaissance de Dieu. On les appelle aussi "preuves de l'existence de Dieu", non pas dans le sens des preuves que cherchent les sciences naturelles, mais dans le sens d'"arguments convergents et convaincants" qui permettent d'atteindre à de vraies certitudes. Ces "voies" pour approcher Dieu ont pour point de départ la création : le monde matériel et la personne humaine. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 31[98]

Le mot-clé est convergents. La force du dossier théiste ne tient pas à une preuve unique foudroyante (qui serait formellement invérifiable au sens étroit du terme), mais à la convergence cumulative de plusieurs arguments indépendants : contingence, causalité, fine-tuning, ordre mathématique, conscience, libre arbitre, expérience morale, expérience religieuse, témoignages historiques de la Résurrection. Voir Les preuves de l'existence de Dieu — synthèse.

Le concept de Dieu est très précisément défini

Durand affirme par ailleurs que le concept de Dieu serait flou :

« "Définissez-moi ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j'y crois." Seulement voilà, cette définition n'est toujours pas au point et le dialogue sérieux que l'on pourrait avoir, afin de mettre à l'épreuve ce concept omniprésent, ne peut pas avoir lieu. » — Thomas Durand (citant Einstein détourné), Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 343[99]

Lavagna répond :

« Le concept de Dieu fait partie des mieux définis qui soient. Depuis des siècles, tous les philosophes, athées ou théistes, s'accordent sur un portrait-robot parfaitement stable : Dieu est défini comme étant la cause première de tout ce qui n'est pas lui, cause unique, transcendante — c'est-à-dire distincte de l'Univers —, immatérielle, intelligente, éternelle. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 31[100]

La tradition philosophique distingue trois familles de définitions :

Type de définitionAttributs inclusRéférence
MinimalisteCause incausée, immatérielle, éternelle, non spatiale, intelligente, créatriceDéfinition voltairienne, Aristote
MaximalisteTous les précédents + omnipotence, omniscience, bonté absolueSaint Anselme, Proslogion
ThomisteMaximaliste + nécessité métaphysique, simplicité, ipsum esse subsistensSaint Thomas, Somme théologique I, q. 3

Saint Anselme, dans le Proslogion (1077-1078), donne une formule devenue classique :

« Dieu est ce dont rien de plus grand ne peut être pensé. » — Saint Anselme de Cantorbéry, Proslogion, ch. 2[101]

Saint Thomas d'Aquin montre comment cet « être parfait » peut aussi être appelé ipsum esse subsistens — l'acte pur d'être subsistant par soi[102]. En mots simples : Dieu n'a pas l'existence comme les créatures l'ont reçue ; Il est l'Existence même, qui existe par soi sans l'avoir reçue de personne.

Le verrouillage existentiel : « aucun fait ne me convaincrait »

Au-delà des objections argumentatives, l'athéisme militant souffre d'un trait psychologique souvent occulté : un verrouillage a priori qui rend la position immunisée contre tout fait nouveau. Plusieurs athées de premier plan l'ont avoué publiquement.

L'aveu de Thomas Nagel

Thomas Nagel (né en 1937), philosophe athée et professeur émérite à la New York University. Dans The Last Word (Oxford UP, 1997), il avoue avec une honnêteté rare son désir que Dieu n'existe pas et reconnaît que cette crainte alimente une grande part du scientisme contemporain. Photo : Nagelt, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le philosophe Thomas Nagel (Université de New York), l'un des athées les plus respectés du XXᵉ siècle, écrit avec une honnêteté rare — passage repris textuellement par Lavagna comme pièce centrale :

« Je parle d'expérience, étant moi-même sujet à cette peur : je souhaite que l'athéisme soit vrai, et je suis mal à l'aise de voir que quelques-unes des personnes les plus intelligentes et mieux informées que je connaisse croient en Dieu. Ce n'est pas seulement que je ne crois pas en Dieu, et que j'espère ne pas me tromper. C'est que j'espère qu'il n'y a pas de Dieu ! Je ne veux pas qu'il y ait un Dieu : je ne veux pas que l'Univers soit comme ça. Mon intuition est d'ailleurs que cette crainte est responsable d'une grande part du scientisme et du réductionnisme de notre temps. » — Thomas Nagel, The Last Word, Oxford University Press, 1997, p. 130-131[103]

L'aveu n'est pas une réfutation philosophique de l'athéisme — Nagel reste athée. Mais il désarme la prétention zététique à représenter la pure raison neutre. Si l'un des plus grands athées contemporains reconnaît un désir que Dieu n'existe pas, la zététique militante ne peut plus revendiquer le monopole de l'objectivité.

George Wald : « Il n'y a pas de troisième position »

Plus radical encore, le biologiste George Wald (1906-1997), professeur à Harvard et lauréat du prix Nobel de médecine 1967, écrivait en 1954 dans le Scientific American :

« Le point de vue raisonnable était de croire à la génération spontanée ; la seule alternative était de croire à un acte unique et premier de création surnaturelle. Il n'y a pas de troisième position. […] Il suffit de contempler l'ampleur de la tâche pour concéder que la génération spontanée d'un organisme vivant est impossible. Et pourtant nous voici — le résultat, je crois, de la génération spontanée. » (traduction) — George Wald, « The Origin of Life », Scientific American, août 1954, p. 48[104]

L'aveu est sobre et établi sur pièce : face à son propre dilemme, Wald retient l'hypothèse dont il vient lui-même d'établir l'invraisemblance. (La version élargie de ce propos, parfois attribuée à une intervention au congrès de Bombay en janvier 1986, n'a pas été retrouvée sur pièce : elle n'est pas reprise ici.) Ce n'est pas un argument contre l'athéisme — mais c'est la fin de la prétention zététique à être une épistémologie de pure raison.

Un tel verrouillage a priori — refuser d'avance tout fait qui contredirait l'athéisme — serait l'exact opposé de la prétention zététique à « suivre les preuves où elles mènent ». L'Évangile décrivait déjà cette fermeture deux mille ans plus tôt :

« Ils ne se laisseront pas persuader quand bien même quelqu'un ressusciterait des morts. » — Évangile selon saint Luc, 16, 31[105]

Deux cas documentés, pas un verdict universel

À partir de ces deux aveux écrits, Lavagna formule, dans la section « Le problème de l'incroyance raisonnable » (Les travers de la zététique, Salvator, 2023), l'hypothèse suivante : face à la convergence des arguments rationnels en faveur du théisme et à la masse de miracles documentés (Lourdes, Fátima, Calanda, Pierre de Rudder, Francis Pascal, Bruce Van Natta, miracles eucharistiques), la persistance dans l'athéisme s'expliquerait, selon lui, soit par un examen insuffisant des arguments, soit par une méconnaissance des dossiers, soit par une résistance volontaire de la volonté — les cas Nagel et Wald illustrant ce troisième cas[106].

Cette hypothèse ne remplace jamais l'examen des arguments : elle ne prouve rien sur l'existence de Dieu, et elle ne décrit légitimement que des cas documentés par aveu écrit — Nagel et Wald. L'étendre, sans un tel aveu explicite, à tout interlocuteur athée persistant reviendrait à psychanalyser sa croyance exactement comme Durand psychanalyse la foi du croyant — le même procédé que cet article vient de qualifier de sophisme génétique. Elle reste donc légitime comme description de cas documentés, jamais comme verdict universel projeté sur un interlocuteur qui n'a manifesté aucune résistance de ce type.

Pascal, deux siècles plus tôt, avait formulé exactement la même intuition :

« Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. » — Blaise Pascal, Pensées, fragment 430 Brunschvicg[107]

Le miracle de Fátima : un cas test pour la zététique

Le miracle du soleil de Fátima (13 octobre 1917) constitue un cas d'école pour la zététique militante : si une méthode honnête n'arrive pas à l'examiner sans préjugé, elle révèle ses limites. Lavagna y consacre toute une annexe (p. 186-202).

Les faits historiques attestés

Les trois bergers de Fátima : Lucia dos Santos (10 ans), François Marto (9 ans) et Jacinthe Marto (7 ans), photographiés en 1917. Analphabètes, ils annoncent trois mois à l'avance le miracle public du 13 octobre 1917. Photo : auteur inconnu, Wikimedia Commons, domaine public.

Trois petits bergers analphabètes — Lucia dos Santos (10 ans), François Marto (9 ans) et Jacinthe Marto (7 ans) — annoncent trois mois à l'avance un signe spectaculaire qui aura lieu le 13 octobre 1917 à Cova da Iria, près du village de Fátima au Portugal. Cette annonce antérieure au 13 octobre est documentée par les interrogatoires des enfants conservés et publiés dans la Documentação Crítica de Fátima (Santuário de Fátima, 2013), dont ceux menés par le Dr Manuel Nunes Formigão dès le 27 septembre 1917[108].

Le 13 octobre, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont sur place — les estimations varient, le plus souvent entre 30 000 et 70 000 — dont des journalistes et des curieux hostiles au catholicisme. Parmi eux, Avelino de Almeida, rédacteur en chef du grand quotidien libéral O Século, qui s'était montré ironique à l'égard des apparitions et était venu pour « démonter Fátima ». Au moment fixé, le soleil semble « danser », change de couleurs, paraît tomber sur la foule. Les vêtements et le sol détrempés par la pluie matinale sèchent, au dire des témoins, en quelques minutes. Le phénomène est rapporté aussi à plusieurs kilomètres à la ronde, notamment à Alburitel. O Século publie le récit de l'événement le 15 octobre sous la plume du même Almeida, qui rapporte ce qu'il déclare avoir vu[109].

Les sept hypothèses examinées

Durand, conformément à sa méthode, refuse d'examiner sérieusement le dossier. Il oscille entre hallucination collective, persistance rétinienne et même hypothèse extraterrestre[110]. Lavagna énumère sobrement les sept hypothèses possibles et montre que toutes les hypothèses naturalistes échouent simultanément[111] :

HypothèseDifficulté décisive
Mensonge collectifImpossible avec 30 000-70 000 témoins dont anticléricaux ; aucune contre-version dans les journaux libéraux
Déplacement orbital du soleilAurait dévasté le système solaire et laissé des traces orbitales mesurables
Phénomène météorologique inconnuN'explique pas la prédiction trois mois à l'avance ni le séchage instantané
Éclipse solaireAurait été détectée à l'observatoire de Lisbonne ; chute de température, or il y eut réchauffement
Hallucination collectiveSceptiques anticléricaux sur place ; phénomène aussi rapporté à Alburitel, à 18 km de Fátima
Persistance rétinienneDevrait se produire à chaque coucher de soleil ; Plateau a perdu la vue après 25 s, pas Fátima
Extraterrestres déguisés en ViergeAd hoc et métaphysiquement plus coûteux qu'un miracle marial
Fátima et les hypothèses ad hoc. Le refus préalable du miracle oblige à empiler des explications fragiles, alors que le rasoir d'Occam favorise l'explication la plus unifiante. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Cas particulièrement révélateur : Durand préfère soutenir l'hypothèse des extraterrestres plutôt qu'un miracle marial. Il cite la thèse du contre-amiral Pinon selon qui « l'aspect virginal du phénomène serait un camouflage délibéré de leur part [des extraterrestres] » et conclut explicitement :

« S'il fallait parier sur ces deux possibilités à l'exclusion de toute autre — ou bien la Vierge ou bien les extraterrestres —, les zététiciens, les sceptiques et la majorité des rationalistes prendraient l'option extraterrestre. » — Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 205[112]

Préférer des extraterrestres déguisés en Vierge sur les bergers illettrés à la simple hypothèse mariale n'est plus du rationalisme : c'est l'aveu d'un présupposé matérialiste qui rend toute conclusion surnaturelle impossible a priori.

Le coût épistémique du refus

Refuser le miracle de Fátima oblige donc à empiler des hypothèses ad hoc dont chacune est moins probable que l'hypothèse mariale. C'est exactement l'inverse de la méthode du rasoir d'Occam, que la zététique prétend pourtant pratiquer.

« Toutes les explications alternatives qu'il propose sont ad hoc et peu crédibles. Son scientisme et son matérialisme l'empêchent de considérer une seule seconde qu'il puisse y avoir une hypothèse unificatrice qui puisse rendre compte simplement de l'ensemble des faits : un miracle réalisé par Marie, en vue de la conversion des cœurs. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 202[113]

La méthode d'enquête : trois distinctions que la zététique brouille

Trois règles d'enquête, tirées de l'examen du même dossier par Bolloré et Bonnassies, méritent d'être explicitées séparément, car elles disciplinent aussi bien l'excès sceptique que l'excès apologétique.

Une annonce consignée avant l'événement pèse plus qu'une concordance constatée après coup. Les trois bergers annoncent le prodige trois mois à l'avance, et cette annonce est mise par écrit par des tiers avant le 13 octobre[114]. Bolloré et Bonnassies résument le critère en une phrase : « Il a été annoncé longtemps à l'avance »[115]. Ce critère n'a de valeur que si le texte annoncé est suffisamment précis et son antériorité authentifiée — ce qui est le cas ici, mais qui doit toujours être vérifié dossier par dossier, et non supposé.

Il faut séparer le noyau factuel de son explication causale. Des journaux hostiles au catholicisme, présents à Fátima précisément pour démonter le phénomène, rapportent eux aussi qu'« il s'est bien produit un événement majeur que tout le monde a vu, même s'il reste à savoir lequel et à en déterminer la cause »[116]. C'est la distinction la plus solide de tout le dossier : des sources idéologiquement opposées peuvent converger sur ce qui a été observé tout en divergeant sur sa cause. L'enquête doit établir séparément l'un et l'autre — et une accumulation d'articles de presse reprenant la même dépêche ne vaut pas autant que plusieurs témoignages réellement indépendants.

Des hypothèses concurrentes ne s'additionnent pas comme si elles formaient une seule preuve. Empiler fraude, persistance rétinienne, hallucination et phénomène météorologique inconnu — quatre explications par ailleurs largement incompatibles entre elles — n'augmente pas leur probabilité cumulée[117]. Une vraie « hallucination collective » au sens psychiatrique strict — un dérèglement identique et simultané chez des dizaines de milliers de cerveaux différents, sans stimulus extérieur objectif — est, de fait, à peu près impossible à défendre[118]. Mais cela ne suffit pas à éliminer, en un seul geste, une illusion perceptive fondée sur un stimulus commun, une contagion attentionnelle ou une reconstruction mémorielle convergente : ce sont des hypothèses distinctes, que l'article se doit de nommer séparément plutôt que de les regrouper sous une même étiquette floue de « hallucination ».

Pour le dossier complet : voir Notre-Dame de Fatima — les apparitions de 1917 et Le discernement des phénomènes surnaturels.

Rigueur symétrique : les travers de l'apologétique elle-même

Une encyclopédie catholique qui dénonce les sophismes de la zététique militante ne peut se permettre de tolérer les mêmes sophismes chez ses propres alliés. Or Dieu, la science, les preuves — ouvrage précieux par la masse de données et de citations qu'il rassemble — commet lui-même, à plusieurs reprises, exactement les erreurs qu'il reproche à l'adversaire. Les signaler ici n'affaiblit pas le dossier théiste : cela le renforce, en distinguant ce qui tient d'un examen rigoureux et ce qui relève de la rhétorique.

Le faux dilemme symétrique

Le zététicien qui réduit tout à « explication naturelle ou crédulité » commet un faux dilemme. Mais l'apologète qui réduit une singularité étonnante à « hasard ou révélation » commet la même erreur, en sens inverse :

« Il n'existe cependant pas beaucoup d'espace entre les deux explications possibles : celle qui voit là le fruit du seul hasard et celle qui y reconnaît une révélation divine. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 328[119]

Entre le pur hasard et la révélation directe, il existe pourtant tout un espace d'hypothèses intermédiaires — évolution culturelle, emprunts, sélection rétrospective des faits marquants, combinaison de causes naturelles et de providence ordinaire — qu'il faut examiner avant de les écarter, non contourner par un dilemme à deux branches. La règle est symétrique : ni le zététicien ni l'apologète n'ont le droit de réduire l'espace des explications à deux cases pour forcer la conclusion qu'ils préfèrent.

Les probabilités rhétoriques : cinq questions avant de céder à un chiffre

Affirmer qu'un enchaînement de faits se situe « en dehors de toutes les probabilités raisonnablement imaginables »[120] est un procédé rhétorique fréquent des deux côtés du débat — chez le zététicien qui déclare un miracle statistiquement impossible sans jamais calculer quoi que ce soit, comme chez l'apologète ébloui par une coïncidence frappante. Pour qu'une improbabilité devienne un argument, cinq conditions doivent être précisées :

Question à poserCe qu'elle vérifie
Quel est l'espace d'échantillonnage exact ?Sans lui, aucun dénominateur n'est calculable
Quel est le taux de base de référence ?Un événement rare peut être fréquent dans son contexte propre
Les critères ont-ils été fixés avant ou après l'observation ?La sélection rétrospective gonfle artificiellement l'improbabilité
Les faits comptés sont-ils réellement indépendants ?Des faits corrélés ne se multiplient pas comme des faits indépendants
Improbable sous quelle hypothèse ?Un même fait peut être probable sous une hypothèse et rare sous une autre

Sans ces précisions, un sentiment d'étonnement se travestit en calcul. Cette exigence ne dissout pas l'argument du réglage fin cosmologique, correctement formalisé par les cosmologistes eux-mêmes — voir Le fine tuning cosmologique — mais elle interdit d'en imiter la forme sans en avoir la rigueur.

Le témoignage hostile a de la valeur — mais pas « forcément » plus que les autres

« Cette thèse est intenable, car la réalité historique de Jésus est très bien établie, ne serait-ce que par les mentions qu'en font ses nombreux détracteurs. Et les témoignages hostiles ont forcément plus de valeur probante que ceux de ses fidèles. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 363[121]

Un témoignage hostile est précieux lorsque son auteur concède un fait contraire à son propre intérêt ou à son propre programme : cela réduit l'hypothèse d'une collusion ou d'une propagande concertée. Mais l'hostilité ne garantit en soi ni la compétence, ni l'accès direct aux faits, ni l'indépendance de la source par rapport à ses propres rumeurs. Sa valeur probante dépend de la proximité du témoin, de la chaîne de transmission, de la précision du récit et de sa corroboration par d'autres sources — pas de la seule hostilité déclarée de son auteur.

Martyre, sincérité, compétence, vérité : trois notions à ne pas confondre

« Je crois les témoins qui se font égorger. » — Blaise Pascal, Pensées, liasse sur les miracles (formulation reprise par Bolloré et Bonnassies, p. 392 ; la numérotation des fragments varie selon les éditions — Brunschvicg, Lafuma, Sellier —, aucun numéro n'est donc donné ici)[122]

Accepter la mort pour un témoignage établit fortement la sincérité du témoin — surtout s'il était en position de savoir qu'il avait lui-même fabriqué le récit. Cela n'établit pas, à soi seul, sa compétence (a-t-il correctement perçu et rapporté les faits ?), ni la vérité complète de son interprétation. La formule est mémorisable en trois temps : le martyre atteste la sincérité ; la proximité atteste la compétence ; la corroboration atteste la vérité du fait. Confondre les trois transforme un indice réel en preuve qu'il ne suffit pas, à lui seul, à porter.

La morale et l'évolution : une généalogie n'est pas un verdict

Le biologiste Michael Ruse propose une explication purement évolutive de notre sens moral :

« La moralité, ou plus exactement notre croyance dans la moralité, n'est rien d'autre qu'une adaptation mise en place pour réaliser nos fins reproductives. » — Michael Ruse, cité par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 473[123]

Le « ou plus exactement » est révélateur : la sélection naturelle peut proposer une généalogie de notre croyance morale sans démontrer que l'objet de cette croyance est illusoire — c'est exactement l'erreur du sophisme génétique déjà rencontré chez Durand, appliquée cette fois à la morale plutôt qu'à la foi. Mais l'apologète commet le sophisme inverse en présentant la question comme un dilemme fermé :

« Il n'existe ici que deux possibilités : soit vous croyez qu'il existe un bien et un mal absolus et alors vous êtes obligé de croire en Dieu, soit vous refusez d'y croire et vous devez, par cohérence, assumer votre matérialisme darwinien et tout ce qui va avec. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 474[124]

Le théisme offre un fondement ontologique solide à l'objectivité morale — voir La réponse au mal et à la souffrance — mais l'existence de réalismes moraux non théistes, même fragiles, doit être présentée loyalement avant d'être critiquée, non écartée par un dilemme à deux branches présenté comme exhaustif.

Le naturalisme méthodologique vs métaphysique

Une distinction cruciale, souvent négligée par la zététique militante, sépare deux thèses qu'il faut bien distinguer :

Naturalisme méthodologiqueNaturalisme métaphysique
Règle de travail scientifique : on cherche des causes naturelles dans le monde naturel.Thèse philosophique : il n'existe rien d'autre que la nature ; pas de Dieu, pas d'âme, pas de surnaturel.
Compatible avec tout théisme, agnosticisme et athéisme.Une métaphysique parmi d'autres ; doit être démontrée.
Pratiquée par Mendel, Lemaître, Pasteur, Stensen, Larrea, Plantinga, Polkinghorne.Pratiquée par Dawkins, Dennett, Krauss, Stenger.
Deux naturalismes à ne pas confondre. Le naturalisme méthodologique est une règle de travail scientifique, compatible avec n'importe quelle métaphysique. Le naturalisme métaphysique est une thèse philosophique forte qui exige sa propre démonstration. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

La méthode naturaliste est légitime en laboratoire — un biologiste ne fait pas appel à Dieu pour expliquer une réaction chimique. Mais la méthode naturaliste ne démontre pas le naturalisme métaphysique[125]. Confondre les deux est l'erreur centrale du scientisme zététique. Le succès incontestable de la méthode naturaliste dans un domaine limité (les phénomènes répétables, mesurables, dans le monde physique) ne donne aucune justification pour prétendre que rien n'existe au-delà de ce domaine.

C'est exactement comme un physicien qui dirait : « Mon détecteur ne capte que les ondes électromagnétiques. Donc seules les ondes électromagnétiques existent. » L'argument est manifestement absurde. La méthode définit ce qu'elle peut détecter ; elle n'épuise pas ce qui existe.

Comme l'écrit le philosophe Alvin Plantinga dans Where the Conflict Really Lies (Oxford UP, 2011), « le véritable conflit n'est pas entre la science et la religion, mais entre la science et le naturalisme métaphysique »[126]. La science suppose en effet la fiabilité de la raison humaine — fiabilité que le naturalisme métaphysique, paradoxalement, ne peut pas garantir, puisqu'il fait dépendre nos facultés cognitives d'un processus évolutif aveugle dont le but n'est pas la vérité mais la survie.

Le Big Bang nourrit l'argument cosmologique, il ne mesure pas la création

L'erreur symétrique la plus fréquente chez les apologètes du Big Bang consiste à confondre un modèle cosmologique très solidement corroboré avec une observation directe de l'acte créateur. Le modèle standard décrit un état primordial extrêmement chaud et dense, en expansion depuis environ 13,8 milliards d'années[127] ; c'est un résultat de physique, pas une mesure du néant. Le prêtre-physicien Georges Lemaître, qui proposa dès 1931 l'hypothèse de l'« atome primitif », avait lui-même pris soin de séparer le calcul cosmologique de tout procès d'intention théologique :

« Nous pouvons concevoir que l'espace a commencé avec l'atome primitif et que le commencement de l'espace a marqué le commencement du temps. » — Georges Lemaître, cité par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 88[128]

Le Big Bang rend sérieuse et pressante la question philosophique d'un commencement de l'univers — c'est un apport réel à l'argument cosmologique du Kalam. Mais il ne prouve pas, en lui-même, une création ex nihilo au sens théologique : la singularité initiale marque avant tout la limite d'application des équations de la relativité générale, non une observation du néant absolu. Certains physiciens, du reste, ont explicitement avoué que leur résistance au modèle tenait à une gêne philosophique assumée plutôt qu'à un désaccord empirique :

« Philosophiquement, je trouve répugnante la notion d'un commencement à l'ordre présent de la nature. » — Arthur Eddington, cité par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 88[129]

L'aveu d'Eddington vaut dans les deux sens : il montre qu'un savant peut distinguer lui-même son objection philosophique d'une réfutation empirique — ce qui devrait inciter à la même prudence l'apologète pressé de transformer un modèle cosmologique en démonstration de la Genèse.

Le même principe de prudence s'applique à l'argument, plus ancien, tiré de l'efficacité inexpliquée des mathématiques à décrire le monde physique — de Wigner à Paul Davies. Bolloré et Bonnassies résument le raisonnement en une inférence directe :

« Si le monde n'a pas été conçu par une intelligence, l'applicabilité des mathématiques est une coïncidence. [...] Or, il est très improbable que l'applicabilité des mathématiques soit une coïncidence. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 487[130]

Le fait à expliquer est réel et philosophiquement sérieux ; mais l'inférence saute une étape en présentant coïncidence et intelligence créatrice comme les deux seules options, sans mentionner les positions concurrentes (nécessité nomologique, réalisme mathématique non théiste, sélection anthropique) qu'il faudrait d'abord écarter. Un fait à expliquer reste un fait à expliquer, pas encore une démonstration. Le même excès de confiance guette l'argument de la contingence lorsqu'il glisse trop vite d'un état physique antérieur à l'existence de la totalité :

« En renvoyant ainsi de cause en cause à l'infini, nous n'expliquons pas l'existence de l'Univers ; nous expliquons seulement ses transformations. » — Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 489[131]

La distinction est décisive et doit structurer tout usage sérieux de l'argument de la contingence : expliquer un état de l'univers par un état antérieur, aussi loin qu'on remonte la chaîne, ne répond jamais à la question de savoir pourquoi il existe une totalité plutôt que rien. Cela n'établit pas encore que cette question a une réponse causale personnelle ; cela interdit seulement de prétendre qu'une régression d'états physiques l'a déjà résolue — dans un sens comme dans l'autre.

L'athéisme positif est aussi une croyance — et exige donc une preuve

Nous revenons ici au cœur du dossier. Si l'athéisme est l'affirmation que Dieu n'existe pas, alors c'est une croyance — une thèse positive sur la réalité — qui doit être défendue par des arguments. Quels sont les arguments des athées militants ?

Le problème logique du mal : désamorcé par Plantinga

Alvin Plantinga (né en 1932), philosophe analytique américain. Sa Free Will Defense dans God, Freedom, and Evil (1974) a conduit les principaux philosophes, y compris athées, à reconnaître que le problème logique du mal ne démontre pas l'incohérence du théisme. Photo : Wikimedia Commons, domaine public.

L'argument athée le plus connu est l'argument logique du mal : si Dieu était omnipotent, omniscient et bon, il n'y aurait pas de mal dans le monde. Or il y a du mal. Donc Dieu n'existe pas.

Cet argument a été définitivement réfuté par le philosophe Alvin Plantinga (Université de Notre-Dame) dans God, Freedom, and Evil (1974), via la défense du libre arbitre : Dieu peut avoir des raisons moralement suffisantes de permettre le mal — par exemple pour préserver la liberté humaine, condition de l'amour véritable[132]. Même les athées de premier plan le reconnaissent désormais. J. L. Mackie, qui avait défendu la version logique du problème, finit par concéder :

« Nous pouvons admettre que le problème du mal ne démontre pas, après tout, que les doctrines centrales du théisme sont logiquement incohérentes entre elles. » — J. L. Mackie (philosophe athée), The Miracle of Theism, Oxford University Press, 1982, p. 154[133]

William Rowe, autre athée de référence, écrit dans le même sens :

« Certains philosophes ont soutenu que l'existence du mal est logiquement incompatible avec l'existence du Dieu théiste. Personne, je crois, n'a réussi à établir une affirmation aussi extravagante. » — William Rowe (philosophe athée), cité dans Lavagna, p. 62[134]

William P. Alston conclut : « Il est désormais admis presque unanimement que le problème logique du mal est réfuté. »[135] La version évidentielle (qui pose des questions sérieuses) demeure, mais elle est compatible avec l'existence de Dieu : voir La réponse au mal et à la souffrance et Amour, liberté, mal et enfer.

Le silence de Dieu (argument du hiddenness)

John L. Schellenberg propose l'argument du « hiddenness » : si Dieu existait et nous aimait, Il se manifesterait clairement à tous, et il n'y aurait pas d'incroyants sincères. Or il y a des incroyants sincères. Donc Dieu n'existe pas[136]. Là encore, l'argument est largement répondu par la théologie catholique : Dieu se manifeste à mesure que l'homme se rend disponible, et préserve la liberté de la foi (cf. Vatican I) ; la « cachette » divine est elle-même un effet de la délicatesse de Dieu vis-à-vis de notre liberté.

Lavagna répond précisément en pointant la faille logique de l'argument : il faudrait « un être humain rationnel, bien renseigné et de bonne volonté qui ne soit pas amené à croire en Dieu tout au long de sa vie »[137], or la prémisse devient empiriquement difficile à tenir une fois admises la corruption de la volonté et la résistance affective devant Dieu mises en lumière par Nagel et Wald.

Les autres arguments athées sont faibles ou inopérants

Le reste du dossier athée se résume souvent à :

  • des objections au modèle biblique de la création (qui supposent une lecture fondamentaliste que le catholicisme classique ne défend pas — voir Adam et Ève, historicité) ;
  • des objections morales (qui supposent un standard moral objectif… qui ne tient pas dans le matérialisme strict — cf. le dilemme d'Euthyphron retourné contre lui-même) ;
  • des objections sociologiques (qui sont des sophismes génétiques) ;
  • des objections psychologiques freudiennes (déjà désamorcées plus haut).

Une fois ces objections désamorcées, l'athéisme positif ne dispose plus d'aucun argument décisif. Il devient une simple préférence intellectuelle. C'est cela qui le ramène au rang de croyance — au sens fort du mot.

Le dilemme final de l'athée militant

« On ne peut pas dire des choses comme "l'athéisme est vrai" ou "l'athéisme est faux", car une absence de croyance ne reflète aucun contenu propositionnel portant sur la réalité, mais un simple état psychologique dans lequel se trouve une personne. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 50[138]

Athéisme positif. L'agnosticisme suspend le jugement ; le théisme et l'athéisme positif affirment chacun une thèse sur le réel et doivent donc fournir des raisons. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Si l'athée veut maintenir que sa position est vraie (et non un état mental subjectif), il doit accepter qu'elle est une croyance et qu'elle exige donc un fondement. C'est précisément ce que les zététiciens militants refusent. Ils veulent à la fois :

  • présenter leur position comme la seule rationnelle (donc comme une vérité) ;
  • ne pas avoir à la justifier (en la présentant comme une simple absence de croyance).

C'est intellectuellement intenable. Tôt ou tard, l'athéisme militant doit choisir : ou bien il s'assume comme affirmation positive et accepte la charge de la preuve ; ou bien il s'effondre dans le simple agnosticisme épistémique.

Que dit l'Église catholique ?

L'Église catholique a abordé ces questions à plusieurs reprises au cours des derniers siècles, avec une remarquable cohérence.

Vatican I (1870) : Dieu peut être connu par la raison naturelle

Ouverture du Concile Vatican I dans la basilique Saint-Pierre, 8 décembre 1869. Le concile promulgue le 24 avril 1870 la constitution dogmatique Dei Filius, qui définit la possibilité de la connaissance rationnelle de Dieu. Gravure : Karl Benzinger, Wikimedia Commons, domaine public.

Le concile Vatican I affirme solennellement la possibilité de connaître Dieu par les lumières de la raison, avant tout don de la foi :

« La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées. » — Concile Vatican I, Dei Filius, ch. 2, De Revelatione, 24 avril 1870 (Denzinger 3004)[139]

Cette affirmation est dogmatique. Elle signifie que la rationalité de la foi n'est pas une opinion catholique, mais une vérité de foi : la raison humaine est capable, en théorie, d'arriver à Dieu sans intervention extérieure. Cela n'est pas une concession au rationalisme ; c'est une défense de la raison contre le fidéisme.

Pie XII (1950) : Humani Generis

Le pape Pie XII confirme cet enseignement dans l'encyclique Humani Generis (12 août 1950) :

« Bien plus, l'esprit humain peut éprouver parfois des difficultés à formuler un simple jugement certain de "crédibilité" au sujet de la foi catholique, encore que Dieu ait disposé un grand nombre de signes extérieurs éclatants qui nous permettent de prouver, de façon certaine, l'origine divine de la religion chrétienne avec les seules lumières naturelles de notre raison. » — Pape Pie XII, Humani Generis, 12 août 1950, § 2 (texte officiel vatican.va, vérifié sur pièce)[140]

L'enseignement est limpide : non seulement la raison peut connaître l'existence de Dieu, mais elle peut aussi reconnaître la crédibilité de la révélation chrétienne par l'examen rationnel des signes (miracles, prophéties, témoignages, sainteté, fécondité historique).

Jean-Paul II (1998) : Fides et Ratio

Saint Jean-Paul II (1920-2005), auteur de l'encyclique Fides et Ratio (14 septembre 1998), texte magistériel majeur sur la complémentarité de la foi et de la raison. Photo : Quirinale.it, Wikimedia Commons, licence Attribution.

L'encyclique Fides et Ratio (14 septembre 1998) est probablement le texte magistériel le plus important du XXᵉ siècle sur la question. Saint Jean-Paul II y défend la légitimité de la raison naturelle contre les fidéismes, la légitimité de la foi contre le scientisme et le rationalisme étroit, et leur complémentarité : la foi enrichit la raison, et la raison purifie la foi. L'incipit est devenu célèbre :

« La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité. » — Saint Jean-Paul II, Fides et Ratio, incipit, 14 septembre 1998[141]

Et le pape critique précisément la raison réduite au donné expérimental — un passage qui aurait pu être écrit pour la zététique militante française d'aujourd'hui :

« Cette conception philosophique se refuse à admettre comme valables des formes de connaissance différentes de celles qui sont le propre des sciences positives, renvoyant au domaine de la pure imagination la connaissance religieuse et théologique, aussi bien que le savoir éthique et esthétique. […] On doit malheureusement constater que le scientisme considère comme relevant de l'irrationnel ou de l'imaginaire ce qui touche à la question du sens de la vie. » — Saint Jean-Paul II, Fides et Ratio, § 88, 14 septembre 1998 (texte officiel vatican.va, vérifié sur pièce)[142]

Cette critique ne vise pas la science — qui est légitime et précieuse — mais la prétention philosophique du scientisme à occuper tout l'espace du savoir.

Catéchisme de l'Église catholique : §§ 156-159

Le Catéchisme synthétise l'enseignement traditionnel sur l'harmonie entre foi et raison :

« Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l'esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 159 (citant Vatican I, Dei Filius, DS 3017)[143]

La conclusion magistérielle est nette : il n'y a pas, ne peut pas y avoir, et n'y aura jamais de véritable conflit entre la science vraie et la foi catholique authentique. Tous les conflits apparents proviennent soit d'une mauvaise compréhension de la science (catholiques qui tirent de la Bible des thèses scientifiques qu'elle ne soutient pas), soit d'une mauvaise compréhension de la foi (athées qui caricaturent ce que l'Église enseigne réellement).

Synthèse : ce que la zététique a de juste, ce qu'elle a de faux

AspectZététique-méthode (à conserver)Zététique-métaphysique (à rejeter)
Pensée critiqueVérifier les sources, repérer les biais—
ScepticismeBon scepticisme méthodiqueMauvais scepticisme dogmatique
Charge de la preuveDemander des raisons à toute affirmationRefuser sa propre charge en redéfinissant l'athéisme
Méthode scientifiqueNaturalisme méthodologiqueNaturalisme métaphysique scientiste
FoiRefus de la crédulité naïveConfusion foi / crédulité aveugle
DouteSuspension provisoire du jugementDoute radical auto-réfutant
ConnaissancesOuverture à toute connaissance fondéeRéduction au mesurable empirique
Témoignage humainConfiance critiqueMéfiance systématique inviable
Définition de DieuDemander clarté conceptuelleCaricature en triangle à seize côtés
Rapport à l'ÉgliseRecouvrement avec le discernement ecclésialIncompatibilité de fond avec la foi
Synthèse. La zététique-méthode est utile et compatible avec la foi catholique ; la zététique-métaphysique est un scientisme philosophique qui doit être défendu comme tel et qui se contredit lui-même. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

La zététique-méthode est non seulement compatible avec le catholicisme : elle en est une alliée objective quand elle combat les charlatans, les superstitions, les pseudo-sciences. La zététique-métaphysique, en revanche, n'est pas une démarche scientifique : c'est une philosophie particulière (scientisme + naturalisme métaphysique + nouvel athéisme) qui doit être défendue rationnellement comme telle et qui ne peut pas se cacher derrière l'autorité de la science.

Conclusion : un athéisme assumé devient une foi

Que retenir de tout cela ?

L'athéisme militant, lorsqu'il est conséquent avec lui-même, est une affirmation positive sur le réel — Dieu n'existe pas — qui porte la même charge de la preuve que n'importe quelle thèse philosophique. Affirmer « Dieu n'existe pas » est aussi engageant qu'affirmer « Dieu existe ». Aucune des deux thèses n'est l'option neutre par défaut. La seule position neutre est l'agnosticisme épistémique honnête, qui dit « je ne sais pas, examinons les arguments ».

Le catholique authentique, lui, ne refuse pas le doute méthodique — il l'accueille. Il vérifie ses sources, examine les objections, accepte la science vraie, refuse la superstition. Mais il refuse en revanche le doute dogmatique : le mauvais scepticisme qui interdit par avance toute conclusion qui sortirait du cadre matérialiste.

« La réalité n'est pas binaire. Même s'il n'existait aucune preuve absolue et définitive de l'existence de Dieu, la présence d'un faisceau de preuves convergentes et indépendantes suffirait à faire admettre à l'homme rationnel que le théisme est beaucoup plus probable que l'athéisme. » — Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 46[144]

Saint Pierre, dans sa première épître, donne le programme apologétique de toujours :

« Soyez toujours prêts à rendre raison de l'espérance qui est en vous, devant tous ceux qui vous le demandent — mais avec douceur et respect. » — Saint Pierre, 1ʳᵉ épître, 3, 15-16[145]

La foi catholique demande des raisons, elle en donne. Elle ne se réduit jamais à un saut dans le vide ; elle est une connaissance plus haute que l'expérience naturelle mais qui ne la contredit pas. C'est exactement le contraire d'une crédulité naïve. Le christianisme ne demande pas au lecteur de croire sans raisons : il lui demande d'examiner les raisons, sérieusement, sans préjugé, et de répondre librement à l'appel du Dieu qui se révèle.

Saint Augustin formule la disposition de cœur que l'argumentation seule ne peut produire, mais sans laquelle elle reste inopérante :

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi. » — Saint Augustin, Confessions, livre I, ch. 1[146]

Pour aller plus loin

Sources principales

  • Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique — Réponse au livre de Thomas Durand « Dieu, la contre-enquête », MDN Productions / Salvator, Paris, décembre 2023, 254 p.
  • Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, Paris, 2022, 360 p.
  • Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves — L'aube d'une révolution, Guy Trédaniel éditeur, Paris, 2021, 576 p., ISBN 978-2-8132-2585-6.
  • Concile Vatican I, Dei Filius — Constitution dogmatique sur la foi catholique, 24 avril 1870.
  • Pape Pie XII, encyclique Humani Generis, 12 août 1950.
  • Saint Jean-Paul II, encyclique Fides et Ratio, 14 septembre 1998.
  • Catéchisme de l'Église catholique, §§ 31, 36, 156-159, 2110-2117.
  • Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Iᵃ q. 2 ; IIᵃ-IIᵃᵉ q. 2 ; Summa contra Gentiles, livre I.
  • Saint Augustin, Confessions, livre I ; De Civitate Dei, livre XI ; Contra Academicos.
  • Saint Anselme de Cantorbéry, Proslogion, ch. 2-4.
  • Blaise Pascal, Pensées, fragments 418, 430 (Brunschvicg).
  • Alvin Plantinga, God, Freedom, and Evil, Eerdmans, 1974 ; Where the Conflict Really Lies, Oxford UP, 2011.
  • Paul Draper, Atheism and Agnosticism, Stanford Encyclopedia of Philosophy.
  • Graham Oppy, Arguing About Gods, Cambridge UP, 2006.
  • Richard Swinburne, The Existence of God, 2ᵉ éd., Oxford UP, 2004 ; Is There a God?, Oxford UP, 1996 (trad. fr. Y a-t-il un Dieu ?, Ithaque, 2009).
  • Karl Popper, Logik der Forschung, 1934 (trad. La logique de la découverte scientifique, Payot, 1973) ; « Science as Falsification » (1953), in Conjectures and Refutations, Routledge, 1963.
  • Edward Feser, The Last Superstition: A Refutation of the New Atheism, St. Augustine's Press, 2008.
  • Thomas Nagel, The Last Word, Oxford University Press, 1997.

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 159 (vérifié sur pièce) : citation de Vatican I (DS 3017) et de Gaudium et Spes §36, §2 — la foi et la raison ne peuvent jamais entrer en véritable conflit, parce que toutes deux remontent au même Dieu.

    1 143
  2. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique — Réponse au livre de Thomas Durand "Dieu, la contre-enquête", MDN Productions / Salvator, Paris, décembre 2023, section « Une profession de foi scientiste en contradiction avec le monde réel », p. 22.

    2 58
  3. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 18 et passim : « La charge de la preuve incombe toujours à celui qui affirme quelque chose. »

    3 68 70
  4. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique — Réponse au livre de Thomas Durand "Dieu, la contre-enquête", MDN Productions / Salvator, Paris, dépôt légal décembre 2023, 254 p. Ouvrage de référence sur lequel s'appuie une grande partie de cet article. Diffusion Salvator, 103 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris. Les renvois paginés à cet ouvrage sont donnés d'après l'édition MDN Productions (dépôt légal décembre 2023, 254 p.) et restent proposés sous réserve de confirmation sur l'exemplaire imprimé.

    4
  5. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, Paris, 2022, 360 p. Ouvrage athée de référence dans la mouvance zététique francophone, auquel répond le livre de Lavagna ci-dessus (l'épithète de best-seller, non vérifiée sur pièce, n'est pas reprise). L'ouvrage n'ayant pu être consulté sur pièce, la pagination totale (360 p.) comme les renvois paginés restent donnés sous réserve de confirmation sur l'exemplaire imprimé ; une partie d'entre eux est corroborée indirectement par les citations de pages que Lavagna lui-même donne (p. 23-24, 24, 38-39, 45, 47, 47-48, 58, 59-60, 173, 205, 215-216, 228-229, 233, 241, 262, 310, 337, 343, 347, 348-349).

    5
  6. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves — L'aube d'une révolution, Guy Trédaniel éditeur, Paris, 2021, 576 p., ISBN 978-2-8132-2585-6. Édition de référence de tous les renvois paginés du présent article : l'édition imprimée (ISBN ci-dessus). Les pages restent proposées sous réserve de confirmation sur l'exemplaire imprimé — l'édition numérique, d'ISBN différent, pagine différemment — ; les citations de tiers reprises par cet ouvrage sont signalées à leur vrai degré (seconde main explicite) au fil du présent article.

    6
  7. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, Remarque préliminaire sur la méthode de Thomas Durand, p. 17 (page donnée sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé). Lavagna précise en note : « Soyons clairs, nous n'accusons pas Thomas Durand de mal représenter l'argument adverse intentionnellement. [...] Ces attaques d'homme de paille peuvent résulter simplement d'un manque de culture philosophique et d'étude du sujet. »

    7
  8. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 348-349. Durand reprend explicitement cette définition du mythiste Richard Carrier.

    8
  9. Cf. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 14 (page donnée sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé) : jugement sur les procédés du Nouvel athéisme, reformulé ici sans généralisation sur les personnes, conformément à la charité et à la règle de saint Ignace.

    9
  10. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 262.

    10
  11. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « L'angoisse existentielle », p. 17-18.

    11
  12. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « L'angoisse existentielle », p. 18-19 (pages données sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé).

    12 13
  13. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 47-48.

    14
  14. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Dieu, une idée réconfortante et consolatrice ? », p. 20.

    15 16
  15. Saint Augustin d'Hippone, Confessions, livre I, ch. 1, § 1 : « Fecisti nos ad te, Domine, et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te. » Édition de référence : Œuvres de saint Augustin, BA 13-14, Bibliothèque augustinienne, Paris, Études Augustiniennes, trad. E. Tréhorel et G. Bouissou, 1962. Texte original latin : « Fecisti nos ad te, Domine, et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te. »

    17 146
  16. Clive Staples Lewis, Mere Christianity, Geoffrey Bles, Londres, 1952 ; trad. fr. Le Christianisme tout simplement, Marabout, 2007, ch. « We Have Cause to Be Uneasy ». Lewis y montre que le christianisme appelle d'abord à un examen honnête et exigeant, non au confort psychologique.

    18
  17. Paul Draper, Atheism and Agnosticism, Stanford Encyclopedia of Philosophy, première publication 2017, révision 2022. Article de référence universitaire rédigé par un philosophe athée de Purdue University. URL : https://plato.stanford.edu/entries/atheism-agnosticism/.

    19 21
  18. Graham Oppy, professeur à Monash University, Arguing About Gods, Cambridge University Press, 2006, ch. 1, où Oppy défend la définition philosophique standard de l'athéisme (« l'athéisme est la croyance selon laquelle il n'existe aucun dieu ») ; voir aussi Atheism and Agnosticism, Cambridge UP, 2018 (ouvrage non consulté sur pièce : chapitre et formulation donnés sous réserve).

    20
  19. Robin Le Poidevin, Arguing for Atheism: An Introduction to the Philosophy of Religion, Routledge, Londres, 1996, p. 1 (ouvrage non consulté sur pièce : page et formulation données sous réserve). Le Poidevin est professeur de philosophie à l'Université de Leeds et athée déclaré.

    22
  20. John L. Schellenberg, Progressive Atheism: How Moral Evolution Changes the God Debate, Bloomsbury Academic, Londres, 2019, p. 5 (ouvrage non consulté sur pièce : page et citations anglaises données sous réserve) : « in philosophy, the atheist is not just someone who doesn't accept theism, but more strongly someone who opposes it » — soit « the denial of theism, the claim that there is no God » (définition reprise par la Stanford Encyclopedia of Philosophy, art. Atheism and Agnosticism). Schellenberg est l'auteur de l'argument athée du « divine hiddenness ».

    23
  21. William L. Rowe, entrée « Atheism », in Edward Craig (éd.), Concise Routledge Encyclopedia of Philosophy, Routledge, 2000, p. 62-63.

    24
  22. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 24 et p. 233 : redéfinition de l'athéisme comme « absence de croyance positive ».

    25
  23. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 47, note de bas de page n° 38.

    26
  24. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « L'athéisme n'est pas une absence de croyance », p. 47-50.

    27 28 29 138
  25. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « L'erreur de l'analogie des jarres », p. 51 : distinction entre agnosticisme épistémique et agnosticisme épistémologique. Voir aussi Robin Le Poidevin, Agnosticism: A Very Short Introduction, Oxford University Press, 2010, p. 8.

    30 31
  26. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Bilan des définitions », p. 53.

    32
  27. Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Sextus Empiricus » (auteur : Benjamin Morison), section « 1. Life and Works ». Sextus Empiricus (vers 160-210 ap. J.-C.) est notre principale source pour le scepticisme pyrrhonien antique, à travers ses Esquisses pyrrhoniennes et Contre les mathématiciens.

    33
  28. Observatoire zététique, page de présentation « La zététique », sections « Étymologie » et « Qu'est-ce que la zététique ». L'OZ a été créé à Grenoble en 2003. Le Laboratoire de zététique d'Henri Broch (Université de Nice-Sophia Antipolis) date de 1998. La datation précise de la francisation du terme par Broch (« années 1990 ») n'a pas été vérifiée sur pièce : elle reste donnée sous réserve.

    34
  29. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 40.

    35
  30. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 42.

    36
  31. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 42-43.

    37
  32. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 44.

    38
  33. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 50.

    39
  34. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 91-92, sur la détection du fond diffus cosmologique par Arno Penzias et Robert Wilson en 1964 aux laboratoires Bell.

    40
  35. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 103 : « Le modèle standard du Big Bang est attesté par toute une série d'observations probantes et les cosmologistes sont unanimes pour en accepter les grandes lignes. »

    41 127
  36. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2110-2117, « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face » : condamnation explicite de la superstition, de la divination, de la magie, de l'astrologie, de la voyance, du spiritisme.

    42
  37. Cardinal Prospero Lambertini (futur Benoît XIV), De Servorum Dei Beatificatione et Beatorum Canonizatione, Bologne, 1734-1738, 4 volumes, livre IV, ch. VIII, n° 2 (cf. Yves Chiron, Enquête sur les miracles de Lourdes ; dates 1734-1738 corroborées) : les sept critères authentiques sont la gravité et l'incurabilité, le stade non terminal, l'inefficacité des remèdes, la soudaineté et l'instantanéité, la perfection, l'absence d'évacuation ou de crise préalable, et l'absence de récidive.

    43
  38. Le Comité Médical International de Lourdes (CMIL) a été créé en 1947 à l'initiative de Mgr Pierre-Marie Théas, évêque de Tarbes et Lourdes, d'abord comme Comité médical national (vingtaine de membres français), devenu international en 1954 (cf. Yves Chiron, Enquête sur les miracles de Lourdes ; séquence 1947/1954 corroborée). Composé d'une vingtaine de médecins de toutes spécialités, il ne transmet un dossier à l'évêque que s'ils jugent la guérison certaine, durable et médicalement inexplicable.

    44
  39. La Congrégation des Rites, à qui la préparation des canonisations est confiée, est instituée en janvier 1588 dans le cadre de la réorganisation de la Curie par Sixte-Quint (constitution Immensa Aeterni Dei : quinze congrégations permanentes, dont celle des Rites et cérémonies). La réforme de Jean-Paul II — constitution apostolique Divinus Perfectionis Magister, 25 janvier 1983, et normes d'application du 7 février 1983 — supprime le procès en forme contradictoire : le rôle d'opposant systématique du Promotor Fidei appartient à l'office historique, non à la procédure en vigueur.

    45
  40. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Normes pour procéder au discernement de présumés phénomènes surnaturels, 17 mai 2024 (en vigueur le 19 mai 2024), qui remplacent les normes de 1978 : six conclusions possibles (§ 16-22 : nihil obstat, prae oculis habeatur, curatur, sub mandato, prohibetur et obstruatur, declaratio de non supernaturalitate), et en règle ni l'évêque, ni les conférences épiscopales, ni le Dicastère ne déclarent l'origine surnaturelle (§ 23). Libellés et gloses ci-dessus alignés mot à mot sur le texte officiel (vérifié sur pièce).

    46
  41. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Un mot sur le scepticisme en général », p. 25.

    47
  42. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, chapitre 6, p. 94-121, sur l'opposition du matérialisme dialectique soviétique aux cosmologies non stationnaires et les persécutions subies par plusieurs physiciens (Friedmann, Landau, Bronstein, Fock, Sakharov). Le récit du livre reste romancé sur plusieurs points ; seul le principe général — une doctrine d'État peut décider d'avance des conclusions scientifiques admissibles — est retenu ici, à confronter aux travaux historiques spécialisés pour le détail des cas individuels.

    48
  43. Faits standard de l'historiographie des sciences sous le nazisme, repris ici en seconde main explicite d'après M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 156 et suiv. (pages sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé) : campagne Deutsche Physik de Philipp Lenard et Johannes Stark contre la relativité qualifiée de « physique juive » ; à Göttingen, Max Born privé de sa chaire en 1933 et James Franck démissionnaire par protestation en 1933 ; Lise Meitner, en poste à Berlin (et non à Göttingen), contrainte à l'exil en 1938 ; effondrement de l'école mathématique de Göttingen. Précision : comme le rappelle le corps du texte, la cause centrale est la persécution raciale et la mise au pas institutionnelle, non un différend cosmologique ; pour le détail des cas individuels, voir les travaux historiques spécialisés, non consultés sur pièce dans cette session.

    49
  44. Anecdote rapportée par Constance Reid, Hilbert, Springer, 1970 (rééd. 1996), p. 205 (source primaire non consultée sur pièce : récit donné ici en seconde main explicite) : lors d'un banquet officiel en 1934, le ministre nazi de l'Éducation Bernhard Rust demande à Hilbert comment vont les mathématiques à Göttingen « libérées de l'influence juive » ; réponse : « Mathematics in Göttingen? There is really none any more. » (traduction française dans le corps du texte). Reprise en seconde main par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 156 (cité sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé : « Un soir de 1934, invité à un banquet officiel en présence de Bernhard Rust [...] "Les mathématiques à Göttingen ? Quelles mathématiques ?" »).

    50
  45. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 14.

    51
  46. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 347.

    52
  47. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 47 : « Pour atteindre une relative certitude de la véracité de X, on doit commencer par douter de X. »

    53
  48. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « L'ultra-scepticisme par principe : le doute méthodique », p. 20-21.

    54
  49. Saint Augustin d'Hippone, De Civitate Dei contra Paganos (La Cité de Dieu), livre XI, ch. 26 : « Si fallor, sum » — « Si je me trompe, je suis. » Préfigure le cogito cartésien. Édition latine : Sancti Aurelii Augustini Opera omnia, Migne, Patrologia Latina, t. 41.

    55
  50. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 38-39 : profession de foi scientiste explicite.

    56
  51. Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Vienna Circle » (auteur : Thomas Uebel), première publication 2006, révision 2020. L'article retrace la naissance du positivisme logique dans les années 1920 et ses critiques par Popper, Quine, Putnam, Kuhn dans les années 1950-1960.

    57
  52. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Profession de foi vérificationniste et positivisme logique », p. 30.

    59
  53. Karl Popper, Logik der Forschung, Verlag von Julius Springer, Vienne, 1934 ; trad. fr. La logique de la découverte scientifique, Payot, 1973. Popper y introduit la Falsifizierbarkeit (falsifiabilité) comme critère de démarcation entre science empirique et autres formes de connaissance.

    60
  54. Karl Popper, « Science as Falsification » (conférence donnée en 1953, publiée dans Conjectures and Refutations: The Growth of Scientific Knowledge, Routledge, Londres, 1963) : la falsifiabilité y est posée comme critère de démarcation entre science empirique et autres formes de connaissance — non comme critère du sens. Une théorie métaphysique n'est donc ni dénuée d'importance, ni insignifiante, ni « meaningless ».

    61
  55. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 58.

    62
  56. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Négation de la vérité absolue » et « Un mot sur le scepticisme en général », p. 24-26 : énumération raisonnée des certitudes par type (mathématiques, logiques, métaphysiques, relationnelles, morales, historiques, scientifiques).

    63
  57. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « L'importance du témoignage humain », p. 26-27.

    64 67
  58. Richard Swinburne, The Existence of God, 2ᵉ éd., Oxford University Press, 2004, ch. 13, « The Argument from Religious Experience », et défense du « principe de crédulité » et du « principe de témoignage ». Voir aussi Richard Swinburne, Y a-t-il un Dieu ?, Ithaque, 2009, p. 124.

    65
  59. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, nouvelle édition revue et corrigée, Paris, Albin Michel, 1986, p. 150. Voir aussi p. 149 pour l'exigence de témoins compétents et d'opinions opposées, et p. 151 pour la distinction entre phénomènes non reproductibles et phénomènes pas encore reproductibles.

    66
  60. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, passage rapporté par Lavagna comme exemple du ton péremptoire qui caractérise la zététique militante (page non vérifiée sur l'exemplaire imprimé de Durand : citation donnée ici en seconde main explicite, sous réserve). Le mot « seule » ne figure pas dans ce passage : il explicite la thèse de la p. 38-39, citée plus haut sous [^durand-scientisme], à laquelle chaque critique du présent article est ainsi rattachée à sa formulation.

    69
  61. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 25.

    71
  62. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 59-60.

    72
  63. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 228-229.

    73
  64. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Sommes-nous tous athées ? », p. 53-54.

    74 75
  65. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 241.

    76
  66. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Dieu versus un "triangle à seize côtés" », p. 54-55.

    77
  67. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 498.

    78
  68. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 510.

    79
  69. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 499 : « Il est exact que c'est à celui qui affirme quelque chose de prouver la véracité de ses dires [...]. »

    80
  70. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 517.

    81
  71. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 337.

    82
  72. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 37, n. 25 (référence donnée sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé : tripartition pédagogique de l'auteur — foi relationnelle, doctrinale, théologale — à ne pas confondre avec la distinction thomasienne de IIᵃ-IIᵃᵉ, q. 2, a. 2).

    83
  73. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIᵃ-IIᵃᵉ, question 2, articles 1-10 — et en particulier l'article 2, « s'il convient de distinguer croire Dieu, croire à Dieu et croire en Dieu » : un seul acte de foi, trois rapports à l'objet (texte vérifié sur pièce : newadvent.org, Summa, II-II, q. 2, a. 2). Édition de référence : Leonine, Rome, 1882 et suivantes ; édition française : Somme théologique, Cerf, 1985 et suivantes.

    84
  74. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIᵃ-IIᵃᵉ, question 2, article 9, corpus articuli. Édition Leonine, t. 8. Cité aussi dans Catéchisme de l'Église catholique, § 155.

    85
  75. Concile Vatican I, constitution dogmatique Dei Filius, chapitre 3 « De Fide », 24 avril 1870. Texte canonique : Denzinger-Hünermann, Enchiridion Symbolorum, § 3009.

    86
  76. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Erreur sur la notion de "foi" », p. 36. Analogie de Timothy McGrew, professeur de philosophie à Western Michigan University, spécialiste de l'épistémologie du témoignage et de l'approche bayésienne de la rationalité religieuse.

    87
  77. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 173.

    88
  78. Saint Jacques, Épître catholique, 2, 19. Traduction Bible de Jérusalem, éd. du Cerf.

    89
  79. Concile Vatican I, Dei Filius, canons sur la foi (cf. Denzinger-Hünermann, § 3035 ; texte latin conforme à Dei Filius, numéro du canon et référence DS donnés sous réserve de vérification sur l'édition imprimée du Denzinger) : « Si quis dixerit assensum fidei christianae non esse liberum, sed argumentis humanae rationis necessario produci, anathema sit. »

    90
  80. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 310.

    91
  81. Saint Anselme de Cantorbéry, Proslogion seu Alloquium de Dei existentia, abbaye du Bec, 1077-1078, ch. 2 : « id quo nihil maius cogitari possit ». Édition latine de référence : S. Anselmi Cantuariensis archiepiscopi opera omnia, éd. F. S. Schmitt, Edinburgh, 1946-1961, vol. I, p. 101. Édition française : Proslogion, trad. M. Corbin, Cerf, 1986.

    92 101
  82. Saint Thomas d'Aquin, Summa contra Gentiles, livre I, ch. 3, « Quomodo veritas divinorum sit manifestanda ». Édition Leonine, vol. 13-15. Édition française : Somme contre les Gentils, GF Flammarion, 1999.

    93
  83. Edmund L. Gettier, Is Justified True Belief Knowledge?, Analysis, vol. 23, n° 6, juin 1963, p. 121-123. Article fondateur de l'épistémologie analytique contemporaine, montrant que la définition platonicienne « croyance vraie et justifiée » est nécessaire mais peut, dans des cas marginaux, ne pas être suffisante.

    94
  84. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Erreur sur la distinction croyance / savoir », p. 39-41.

    95
  85. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 23-24.

    96
  86. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Comment définir Dieu ? », p. 31-32 et distinction définitions minimaliste / maximaliste / thomiste.

    97 100
  87. Catéchisme de l'Église catholique, § 31 (texte officiel français vatican.va, vérifié sur pièce : l'ordre des phrases et la formulation « On les appelle aussi… » sont rétablis d'après l'original). Édition typique latine Catechismus Catholicae Ecclesiae, Libreria Editrice Vaticana, 1997.

    98
  88. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 343.

    99
  89. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Iᵃ, q. 3, a. 4 : « Utrum in Deo sit idem essentia et esse » — Dieu est l'acte pur d'être subsistant par soi (ipsum esse subsistens).

    102
  90. Thomas Nagel, The Last Word, Oxford University Press, Oxford / New York, 1997, p. 130-131. Nagel est professeur émérite de philosophie à la New York University et l'un des athées les plus respectés du XXᵉ siècle. Texte original anglais : « I am talking about something much deeper — namely, the fear of religion itself. I speak from experience, being strongly subject to this fear myself: I want atheism to be true and am made uneasy by the fact that some of the most intelligent and well-informed people I know are religious believers. It isn't just that I don't believe in God and, naturally, hope that I'm right in my belief. It's that I hope there is no God! I don't want there to be a God; I don't want the universe to be like that. My guess is that this cosmic authority problem is not a rare condition and that it is responsible for much of the scientism and reductionism of our time. » Cité aussi par Lavagna, p. 44 et p. 208 (pagination et texte anglais donnés sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé).

    103
  91. George Wald, « The Origin of Life », Scientific American, vol. 191, n° 2, août 1954, p. 48. Texte original anglais : « The reasonable view was to believe in spontaneous generation; the only alternative, to believe in a single, primary act of supernatural creation. There is no third position. […] One has only to contemplate the magnitude of this task to concede that the spontaneous generation of a living organism is impossible. Yet here we are as a result, I believe, of spontaneous generation. » (traduction française dans le corps du texte). Wald (1906-1997), prix Nobel de médecine 1967, professeur à Harvard. La formulation élargie parfois attribuée à une intervention au congrès de Bombay (janvier 1986) n'a pas été établie sur pièce et n'est pas reprise.

    104
  92. Évangile selon saint Luc, 16, 31, parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare. Traduction Bible de Jérusalem.

    105
  93. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Le problème de l'incroyance raisonnable », p. 209 (page donnée sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé). Seuls les cas Nagel et Wald, avoués par écrit par leurs auteurs, sont repris ici ; aucune extension à tout athée persistant.

    106
  94. Blaise Pascal, Pensées, fragment 430 (édition Brunschvicg) / fragment 149 (édition Lafuma). Édition de référence : Pensées, éd. Philippe Sellier, Garnier, 1976 et rééd. successives ; éd. Lafuma, Seuil, L'Intégrale, 1963.

    107
  95. Interrogatoires des enfants conservés dans la Documentação Crítica de Fátima — Seleção de documentos (1917-1930), Santuário de Fátima, Fátima, 2013 (référence citée sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé) : le Dr Manuel Nunes Formigão (professeur au séminaire de Santarém) interroge les voyants pour la première fois le 27 septembre 1917 — « Fê-lo pela primeira vez em 27 de setembro de 1917 (doc. 10, p. 52-61) » — soit avant le miracle du 13 octobre.

    108 114
  96. Avelino de Almeida, « Como o Sol Bailou ao Meio Dia em Fátima », O Século, Lisbonne, 15 octobre 1917. Almeida, journaliste du quotidien libéral qui s'était montré ironique envers les apparitions, y rapporte le phénomène dont il déclare avoir été témoin.

    109
  97. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 200-216 (ouvrage non consulté sur pièce : pages données sous réserve). Voir notamment p. 204-205 où Durand reprend l'hypothèse extraterrestre du contre-amiral Pinon comme plus crédible que l'hypothèse mariale, et p. 215-216 sur la persistance rétinienne (en référence à Joseph Plateau — épisode rapporté par Durand, source primaire non consultée sur pièce).

    110
  98. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Annexe : le miracle de Fátima », Bilan, p. 202.

    111 113
  99. Thomas Durand, Dieu, la contre-enquête, Humensciences, 2022, p. 205. Lavagna commente p. 201-202 : « On ne saurait dire si cette suggestion prête à rire ou à pleurer, et c'est un comble que Thomas Durand la reprenne en lui donnant un tel crédit. »

    112
  100. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 430.

    115
  101. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 454.

    116
  102. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 455.

    117
  103. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 462 : « C'est pourquoi les vraies "hallucinations collectives" sont a priori médicalement et logiquement impossibles : elles supposeraient que les mêmes dérèglements se produisent de manière identique et simultanée dans des cerveaux différents, en l'absence de toute cause extérieure objective. »

    118
  104. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 328.

    119
  105. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 426 : « [...] se situe "en dehors de toutes les probabilités raisonnablement imaginables". »

    120
  106. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 363.

    121
  107. Blaise Pascal, Pensées, liasse sur les miracles : « Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger. » Dans l'édition Brunschvicg, le n° 620 correspond à un autre fragment (sur l'avantage du peuple juif) : aucun numéro n'est donc donné ici, la numérotation variant selon les éditions. Repris en seconde main par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 392 (page sous réserve de vérification sur l'exemplaire imprimé).

    122
  108. Michael Ruse, cité par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 473. Citation secondaire ; l'œuvre originale de Ruse doit être consultée directement pour toute reprise ultérieure.

    123
  109. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 474.

    124
  110. Alvin Plantinga, Where the Conflict Really Lies: Science, Religion, and Naturalism, Oxford University Press, New York, 2011. Plantinga y montre que le véritable conflit n'est pas entre la science et la religion, mais entre la science et le naturalisme métaphysique.

    125 126
  111. Georges Lemaître, cité par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 88.

    128
  112. Arthur Eddington, cité par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 88. Citation secondaire ; le texte original d'Eddington doit être consulté directement pour toute reprise ultérieure.

    129
  113. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 487.

    130
  114. Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, Dieu, la science, les preuves, Guy Trédaniel, 2021, p. 489.

    131
  115. Alvin Plantinga, God, Freedom, and Evil, William B. Eerdmans, Grand Rapids (Michigan), 1974. Réfutation classique du problème logique du mal par la « Free Will Defense ».

    132
  116. John L. Mackie, The Miracle of Theism: Arguments for and against the Existence of God, Oxford University Press, 1982, p. 154 (ouvrage non consulté sur pièce : page et texte anglais donnés sous réserve). Concession explicite de l'un des plus grands athées philosophiques du XXᵉ siècle à la défense de Plantinga. Texte original anglais : « We can concede that the problem of evil does not, after all, show that the central doctrines of theism are logically inconsistent with one another. »

    133
  117. William L. Rowe, philosophe athée de Purdue University, cité par Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 62. Rowe est l'auteur de la version évidentielle du problème du mal et reconnaît que la version logique n'a pas été établie.

    134
  118. William P. Alston, philosophe de la religion, cité par Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, p. 62 : « Il est désormais admis presque unanimement que le problème logique du mal est réfuté. » Alston était professeur émérite à Syracuse University.

    135
  119. John L. Schellenberg, The Hiddenness Argument: Philosophy's New Challenge to Belief in God, Oxford University Press, 2015 (ouvrage non consulté sur pièce). Présentation systématique de l'argument athée du « divine hiddenness ».

    136
  120. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « Le problème de l'incroyance raisonnable », p. 207-209.

    137
  121. Concile Vatican I, Dei Filius, chapitre 2, « De Revelatione ». Denzinger-Hünermann § 3004 — possibilité dogmatique de la connaissance naturelle de Dieu.

    139
  122. Pape Pie XII, encyclique Humani Generis, 12 août 1950, § 2. Texte officiel sur vatican.va : https://www.vatican.va/content/pius-xii/fr/encyclicals/documents/hf_p-xii_enc_12081950_humani-generis.html. Confirmation magistérielle de la doctrine de Vatican I sur la connaissance naturelle de Dieu.

    140
  123. Saint Jean-Paul II, encyclique Fides et Ratio, 14 septembre 1998, incipit. Texte officiel sur vatican.va : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_14091998_fides-et-ratio.html.

    141
  124. Saint Jean-Paul II, Fides et Ratio, § 88, « Le scientisme ».

    142
  125. Matthieu Lavagna, Les travers de la zététique, Salvator, 2023, section « L'exigence démesurée de "preuves définitives" », p. 46. Lavagna y reprend la méthode bayésienne défendue notamment par Richard Swinburne dans The Existence of God (Oxford UP, 2004) : la convergence des preuves indépendantes (contingence, kalam, fine-tuning, conscience, morale, miracles, témoignages historiques) suffit à rendre le théisme plus probable que l'athéisme, même en l'absence d'une preuve unique et absolue.

    144
  126. Saint Pierre, Première épître, 3, 15-16. Traduction Bible Liturgique pour le sens, mise en regard de la TOB et de la Crampon. Le verset constitue le programme apologétique fondamental de la chrétienté.

    145