Qu'est-ce qu'un miracle ?

Distinct du prodige, du fait inexpliqué et de la coïncidence, le miracle est — dans la théologie catholique — un fait sensoriel extraordinaire opéré par Dieu au-delà des forces de toute la nature créée, porteur d'un signe religieux et vérifiable par une enquête rigoureuse.

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Un miracle n'est pas simplement un fait extraordinaire, un phénomène inexpliqué par la science d'aujourd'hui, ou une coïncidence heureuse interprétée après coup comme une bénédiction. Dans la tradition catholique, le mot désigne quelque chose de précis et d'exigeant : un fait perceptible, extraordinaire, opéré par Dieu directement ou instrumentalement, qui dépasse l'ordre de toute la nature créée et porte valeur de signe religieux. Il n'est ni un spectacle, ni un prodige magique, ni une lacune de notre connaissance actuelle.

Cette définition a mis des siècles à se préciser. Elle part du vocabulaire trilingue de la Bible — hébreu, grec, latin —, se clarifie sous la plume de saint Augustin au IVe siècle, s'articule de manière systématique chez saint Thomas d'Aquin au XIIIe siècle, et reçoit une définition magistérielle solide au Concile Vatican I (1870). Le Catéchisme de l'Église catholique de 1992 l'intègre dans un cadre christologique et pastoral, et les nouvelles normes du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (2024) précisent les critères de discernement pratique. À chaque époque, le problème central est le même : comment distinguer le miracle authentique du prodige trompeur, de la coïncidence, de l'illusion ou du pur fait médical inexpliqué ?

La question touche à la foi, à la raison, à l'histoire et à la méthode. Elle rencontre aussi les objections philosophiques modernes — notamment celle de David Hume au XVIIIe siècle — et appelle une apologétique rigoureuse. Cet article examine la définition catholique du miracle dans toutes ses dimensions : scripturaire, patristique, scolastique, magistérielle et apologétique.

Le vocabulaire biblique : signe, prodige, puissance

Les trois mots grecs du Nouveau Testament

Les auteurs du Nouveau Testament utilisent trois termes grecs distincts pour désigner ce que nous appelons « miracles ». Ils ne se font pas concurrence : chaque terme éclaire une dimension différente du même phénomène.

Σημεῖον (sèmeion), traduit par « signe », est le terme le plus johannique. Il désigne le miracle en tant qu'il révèle une mission ou une réalité divine[1]. Jean parle explicitement de « ces signes écrits pour que vous croyiez » (Jn 20, 31). Le signe pointe au-delà de lui-même : il ne vaut pas pour ce qu'il est en lui-même, mais pour ce qu'il signifie — la présence du Royaume, la mission du Christ, la miséricorde de Dieu. C'est pourquoi certains miracles sont accomplis par Jésus comme signes d'une réalité plus profonde, et non pour la seule utilité de ceux qu'ils secourent[2].

Τέρας (téras), traduit par « prodige » ou « merveille », exprime l'effet que l'événement produit sur le spectateur[3]. Il souligne le côté saisissant, l'étonnement, l'admiration provoqués chez le témoin. Ce terme apparaît toujours associé à sèmeion dans les Actes des Apôtres (Ac 2, 22 ; 4, 30 ; 5, 12), comme si un seul mot ne suffisait pas à dire toute la réalité : le prodige étonne, mais le signe instruit.

Δύναμις (dunamis), traduit par « puissance » ou « œuvre de puissance », met l'accent sur la force divine à l'œuvre[4]. Ce terme, qui donne en latin virtus et potentia, insiste sur l'énergie surnaturelle déployée, sur la maîtrise absolue de Dieu sur les causes naturelles. Saint Paul l'emploie fréquemment (1 Co 12, 10 ; Ga 3, 5 ; He 2, 4) pour désigner le charisme des miracles comme don de l'Esprit Saint.

Ces trois termes sont complémentaires. La tradition théologique retiendra qu'un vrai miracle est à la fois téras (il étonne), sèmeion (il signifie) et dunamis (il manifeste la puissance divine)[5].

« Dans les miracles, il y a deux choses à distinguer : l'action elle-même qui dépasse les forces de la nature — c'est ce qui fait donner aux miracles le nom de vertus — ; et le but des miracles, qui est de manifester quelque réalité surnaturelle — à ce point de vue, on les appelle généralement des signes ; mais à cause de leur excellence, on les nomme prodiges, en tant qu'ils produisent quelque chose au loin. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 178, a. 1, resp. ad 3[6]

Miracle, prodige, merveille : pourquoi la distinction compte

Dans le langage courant, miracle, prodige, merveille ou phénomène extraordinaire sont employés comme des synonymes. La théologie catholique, elle, les distingue avec précision[7].

Ce galvaudage n'est pas propre à notre époque médiatique. Dès 1606, le lexicographe Jean Nicot distinguait déjà l'emploi religieux du mot de son usage figuré : un miracle véritable est « un cas, lequel advenu ravit en admiration ceux qui le voyent ou en oyent le recit, pour en estre la cause du tout, et purement divine, et non des naturelles »[8] — tandis que l'usage courant, déjà qualifié « par abusion » par Nicot lui-même, applique le mot à toute chose surprenante sans référence à une cause divine.

  • Un prodige (du latin prodigium, portentum) est un événement saisissant, étonnant, frappant — mais il n'a pas, en lui-même, de signification religieuse. Un illusionniste fait des prodiges ; les magiciens de Pharaon en font (Ex 7, 11-12) ; les faux christs et faux prophètes en feront même avant la fin (Mt 24, 24 ; 2 Th 2, 9). Le prodige peut être démoniaque, technique, psychologique ou simplement rare. L'étonnement seul ne fait pas le miracle.
  • Une merveille désigne ce qui suscite l'admiration esthétique ou spirituelle, sans être nécessairement surnaturel : la beauté d'un coucher de soleil, la naissance d'un enfant, la conversion soudaine d'un grand pécheur peuvent être appelés des « merveilles » sans relever du miracle au sens technique.
  • Le miracle au sens propre est un prodige signifiant : un événement extraordinaire qui dépasse les forces de toute la nature créée et qui porte un sens religieux clair, intelligible, en cohérence avec la foi de l'Église. Sans ces deux dimensions réunies, il n'y a pas miracle au sens canonique[9].

Cette distinction n'est pas une finesse de juriste : elle est la barrière contre deux dérives constantes. D'un côté, prendre tout prodige pour un miracle (crédulité, manipulation, illuminisme, faux mystiques) ; de l'autre, refuser le nom de miracle à ce qui réunit pourtant toutes les conditions (rationalisme, scepticisme méthodique, refus moderniste). L'Église catholique, en parlant de « miracle » avec parcimonie, garde au mot son tranchant.

Le vocabulaire hébraïque dans l'Ancien Testament

L'Ancien Testament emploie lui aussi trois termes principaux pour les interventions extraordinaires de Dieu. ÔTH (אוֹת) désigne le signe, la marque, l'indice d'un message ou d'une mission — souvent une intervention météorologique, cosmique ou médicale qui accrédite un prophète ou confirme une promesse (Ex 4, 8-9 ; Es 7, 14)[10]. MÔPHET (מוֹפֵת) désigne le prodige au sens fort, l'événement spectaculaire et bouleversant qui inaugure une nouvelle étape de l'histoire sainte — notamment lors de la sortie d'Égypte (Dt 26, 8 ; Ex 11, 10). NIFLAÔTH (נִפְלָאוֹת) désigne les merveilles divines au sens large, terme qui revient souvent dans la prière psalmodique (Ps 77, 12 ; 86, 10 ; 98, 1) pour célébrer la toute-puissance de Dieu agissant dans l'histoire.

La Septante — traduction grecque de l'Ancien Testament — traduit généralement môphet par téras et ôth par sèmeion, établissant ainsi un pont lexical entre l'héritage hébreu et la rédaction néotestamentaire[11]. Cette continuité n'est pas fortuite : les évangélistes perçoivent les miracles de Jésus comme l'accomplissement des prodiges promis par les prophètes (Is 35, 5-6 ; Is 61, 1 ; Lc 7, 22).

La première définition occidentale : saint Augustin

« Miraculum voco... » : la formule fondatrice

Saint Augustin, docteur de l'Église, par Philippe de Champaigne, XVIIe siècle. Sa définition large du miracle devient le point de départ de la tradition occidentale. Image : Wikimedia Commons, domaine public.

C'est saint Augustin (354-430) qui donne la première définition explicite du miracle dans la tradition théologique occidentale. Dans son traité De Utilitate Credendi, écrit vers 391 pour inviter son ami Honorat à revenir à la foi catholique, il formule[12] :

« J'appelle miracle tout ce qui est ardu ou insolite et paraît au-delà de l'espérance ou de la capacité de celui qui en est le témoin étonné. » — Saint Augustin, De Utilitate Credendi, XVI, 34, vers 391[13]

La définition augustinienne est large : elle met l'accent sur la réaction subjective du témoin — l'étonnement, l'admiration — plus que sur une structure ontologique précise. Elle inclut provisoirement tout ce qui dépasse les habitudes d'un observateur donné, même si cet événement est objectivement explicable pour un homme plus instruit. Cette définition large sera ultérieurement précisée et durcit par Thomas d'Aquin.

Le miracle dans la Cité de Dieu

Dans la Cité de Dieu (XXI, 8), saint Augustin revient sur le miracle pour en préciser la nature par rapport à l'ordre naturel. Il est le premier à formuler clairement la distinction entre ce qui va contre la nature (un cadavre qui ne se décompose pas) et ce qui va simplement au-delà de l'ordre naturel connu[14].

« Ce que nous appelons contre nature, ce n'est pas contre la nature au sens absolu, c'est contre la nature telle que nous la connaissons. » — Saint Augustin, De Civitate Dei, XXI, 8[15]

Cette formule est capitale : elle anticipe la réponse catholique à l'objection humienne de « violation des lois de la nature ». Pour Augustin, Dieu n'agit jamais contre sa propre création — il agit au-delà de l'ordre naturel ordinaire, selon une loi supérieure et cachée. La nature est la volonté habituelle de Dieu ; le miracle est sa volonté libre en dehors de l'habitude.

Augustin insiste aussi sur la dimension historique des miracles. Dans la Cité de Dieu, il consacre plusieurs livres aux miracles qui accompagnent la croissance de l'Église dans l'Empire romain — guérisons, conversions, phénomènes inexplicables autour des reliques des martyrs — et il distingue soigneusement les vrais miracles des prestiges des démons[16].

Contra naturam ou praeter naturam ?

La distinction centrale dans la pensée augustinienne est celle entre contra naturam (contre la nature) et praeter naturam (en dehors de l'ordre de la nature). Augustin préfère nettement la deuxième formulation, car le miracle n'est pas une négation de la création, mais une action de Dieu qui transcende les lois qu'il a lui-même établies[17]. Cette nuance sera décisive pour Thomas d'Aquin et, plus tard, pour la réponse apologétique à Hume.

La création comme miracle permanent

Au-delà du miracle ponctuel, saint Augustin développe une intuition restée célèbre : le gouvernement ordinaire de la création est en lui-même un miracle perpétuel, plus grand que les miracles spectaculaires accomplis par Jésus. Dans son Tractatus in Iohannem 24, commentant la multiplication des pains, il s'exclame[18] :

« La multiplication des pains, par laquelle cinq mille hommes ont été rassasiés, est un miracle. Et pourtant personne ne s'étonne de voir tous les jours, dans toute la terre, le grain multiplié à partir de quelques semences. Ce qui s'est fait pour quelques-uns devait étonner ; mais ce qui se fait pour tous reste sans admiration, non parce que cela serait moindre, mais parce que cela est habituel. » — Saint Augustin, Tractatus in Iohannem, 24, 1, vers 416-418[19]

Cette thèse — reprise par Bossuet, Newman et plus tard par Chesterton — déplace radicalement la perspective. Le vrai problème n'est pas « pourquoi Dieu accomplit-il quelques miracles ? », mais « comment se fait-il que toute la nature, à chaque instant, soit déjà l'œuvre d'une puissance qui la maintient dans l'être ? ». Le miracle local apparaît alors comme une rupture de routine : il rappelle, en un point, que la nature entière est suspendue à un acte divin perpétuel. Cette ligne sera centrale chez saint Thomas (la création comme acte continuel, creatio continua) et fournit à l'apologétique catholique une réponse décisive à l'objection rationaliste : ce qui demanderait un miracle n'est pas qu'il y ait parfois des miracles, mais qu'il y ait quelque chose plutôt que rien.

La synthèse scolastique : saint Thomas d'Aquin

Miracle et admiration : la définition thomiste

Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) reprend et développe systématiquement la définition augustinienne dans la Somme Théologique (Ia, q. 105, a. 7). Sa définition est plus précise :

« Le mot miracle vient du mot admiration. L'admiration surgit quand se manifestent des effets dont la cause demeure cachée. Ainsi l'admiration surgit quand on voit une éclipse de soleil et qu'on en ignore la cause. Or la cause d'un effet apparent à tous peut être connue de certains et ignorée d'autres : ainsi une éclipse étonne l'ignorant, non l'astronome. Mais le miracle est un événement qui suscite pleinement l'admiration parce que sa cause est entièrement cachée à tous. Et cette cause, c'est Dieu. Aussi les actions que Dieu fait en dehors des causes connues de nous sont-elles appelées des miracles. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 105, a. 7, réponse[20]

La précision thomiste est décisive : la cause du miracle est entièrement cachée à tous, non seulement à tel ou tel observateur mal informé. Le miracle n'est pas une simple lacune épistémologique individuelle : c'est un fait dont aucune cause naturelle créée ne peut rendre compte. L'astronome comprend l'éclipse ; personne ne « comprend » naturellement comment un aveugle-né recouvre instantanément la vue (Jn 9).

Les trois ordres de miracles

Dans le même article (Ia, q. 105, a. 8), Thomas établit une classification tripartite des miracles selon la manière dont ils dépassent la puissance naturelle. Cette classification est restée normative dans la théologie catholique jusqu'au XXe siècle[21] :

OrdreDescriptionExemples
Premier ordre (supra naturam)Ce que la nature ne peut pas produire, ni d'une façon ni d'une autreDeux corps dans le même lieu, glorification du corps, Incarnation
Deuxième ordre (praeter naturam quant au sujet)Ce que la nature peut produire, mais pas dans ce sujet ou dans cet étatRésurrection d'un mort, guérison d'un aveugle-né
Troisième ordre (praeter modum)Ce que la nature peut produire, mais pas de cette façon ou dans cet ordreGuérison instantanée sans remède, pluie soudaine à une prière
Schéma explicatif original — les trois ordres thomistes du miracle : supra naturam, praeter naturam quant au sujet et praeter modum. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Rien ne peut être appelé miracle si on le réfère à la puissance divine, car tout ce qui est produit par Dieu, comparé à sa puissance, est infime. Mais on qualifie de miracle un événement par comparaison avec la puissance de la nature qu'il dépasse. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 105, a. 8, réponse[22]

Ce tableau révèle une logique importante : la résurrection des morts appartient au deuxième ordre, non au premier, car la nature peut produire la vie — mais pas dans un cadavre déjà mort. La guérison instantanée de la fièvre appartient au troisième ordre — le moins spectaculaire des trois — car c'est un effet que la nature peut produire, mais pas de cette manière (instantanément, sans remède, à la demande de Dieu). Cette gradation évite d'exiger le même niveau de preuve pour toutes les catégories.

Causes instrumentales : les saints comme instruments de Dieu

Pour Thomas d'Aquin, les miracles réalisés par les saints ne viennent pas d'une puissance propre à ces derniers, mais de Dieu seul, qui se sert d'eux comme d'instruments[23]. Personne, saint ou ange, ne peut faire un vrai miracle par sa propre force, parce que le miracle dépasse par définition l'ordre de toute la nature créée. Saint Grégoire le Grand l'exprime ainsi, cité par Thomas :

« Les saints font des miracles tantôt d'autorité (ex potestate), tantôt par la prière (ex prece). Dans les deux cas, c'est Dieu qui est l'auteur principal, et qui se sert instrumentalement de leur mouvement intérieur, de leur parole ou d'un acte extérieur. » — Saint Grégoire le Grand, Dialogues, II, 30, cité par saint Thomas, IIa-IIae, q. 178, a. 1[24]

« D'autorité » ne signifie pas ici une puissance propre : Thomas précise que le saint agit alors sans prière préalable exprimée — comme Pierre face à Ananie et Saphire (Ac 5, 4-9) — mais toujours comme un instrument mû par Dieu, au même titre que le miracle obtenu par la prière, comme Pierre ressuscitant Tabitha (Ac 9, 40).

Cette doctrine de la causalité instrumentale est fondamentale : elle explique pourquoi l'Église peut reconnaître des miracles attribués à des saints ou à des reliques (par exemple, la résurrection d'un mort au contact du tombeau d'Elisée, 2 R 13, 21), sans prétendre que ces saints ou ces objets possèdent un pouvoir intrinsèque surnaturel.

Le magistère : de Vatican I au Catéchisme actuel

Vatican I, Dei Filius (1870) : les miracles comme motifs de crédibilité

Assemblée du Concile Vatican I à Rome en 1870. Dei Filius inscrit les miracles parmi les motifs extérieurs de crédibilité de la Révélation. Image : Wikimedia Commons, domaine public.

Le Concile Vatican I, dans sa constitution dogmatique Dei Filius (24 avril 1870), traite des miracles dans le cadre de la révélation et de la foi. C'est la première définition magistérielle systématique de la fonction des miracles dans l'économie de la foi[25]. Le Concile affirme :

« Afin que l'hommage de notre foi soit conforme à la raison, Dieu a voulu que les secours intérieurs du Saint-Esprit soient accompagnés des preuves extérieures de sa Révélation. Ainsi les miracles du Christ et des saints, les prophéties, la propagation et la sainteté de l'Église, sa fécondité et sa stabilité sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l'intelligence de tous, des motifs de crédibilité qui montrent que l'assentiment de la foi n'est nullement un mouvement aveugle de l'esprit. » — Concile Vatican I, Dei Filius, ch. 3, DS 3009 (1870)[26]

La formule « adaptés à l'intelligence de tous » est capitale : le miracle n'est pas réservé aux théologiens ou aux mystiques. C'est un fait public, perceptible, vérifiable, qui parle à n'importe quel être raisonnable de bonne volonté. Vatican I pose les miracles comme un pont entre la raison et la foi — non pas un substitut à la raison, mais un signe qui invite la raison à s'ouvrir au surnaturel.

Vatican I répond ici directement au rationalisme ambiant du XIXe siècle, qui niait la possibilité même des miracles au nom des lois de la nature. Le Concile ne se contente pas d'affirmer que les miracles ont eu lieu ; il affirme qu'ils sont possibles, qu'ils appartiennent à l'ordre providentiel de la Révélation, et que les nier revient à mutiler le sens du rapport de Dieu à sa création[27].

Le Catéchisme de l'Église catholique (1992)

Le Catéchisme de 1992 intègre la doctrine des miracles dans une perspective christologique et pascale. Il distingue soigneusement la fonction des miracles de Jésus[28] :

« Jésus accompagne ses paroles de nombreux miracles, prodiges et signes (Ac 2, 22) qui manifestent que le Royaume est présent en lui. Ils attestent que Jésus est le Messie annoncé. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 547[29]

« Les signes opérés par Jésus témoignent que le Père l'a envoyé. Ils invitent à croire en lui. À ceux qui s'adressent à lui avec foi, il accorde ce qu'ils demandent. Les miracles fortifient la foi en celui qui fait les œuvres de son Père. Mais ils peuvent aussi être occasion de chute. Ils ne veulent pas satisfaire la curiosité et les désirs magiques. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 548[30]

Cette formulation du CEC souligne le lien indissociable entre miracle et foi : le miracle n'est pas une démonstration mécanique de la puissance divine qui s'imposerait à la raison. Il appelle la foi, la renforce, mais ne la remplace pas. Il peut aussi devenir « occasion de chute » — Jésus est accusé par certains de faire ses miracles au nom de Béelzébul (Mc 3, 22).

Les normes du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (2024)

Le 17 mai 2024, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié de nouvelles Normes pour le discernement des phénomènes surnaturels présumés[31], qui remplacent les normes de 1978. Ces normes introduisent plusieurs changements significatifs :

  • L'évêque diocésain reste l'acteur principal du discernement, mais sous contrôle plus étroit du Dicastère.
  • Six conclusions graduées sont prévues : Nihil obstat ; Prae oculis habeatur ; Curatur ; Sub mandato ; Prohibetur et obstruatur ; Declaratio de non supernaturalitate. Même le nihil obstat, la plus favorable, n'affirme pas le caractère surnaturel du phénomène : il constate seulement qu'on ne trouve aucun obstacle à la dévotion et que des fruits spirituels positifs sont discernés.
  • L'accent est mis sur les fruits spirituels comme critère principal : conversions, retour aux sacrements, prière accrue, réconciliation — plus que sur la seule vérification des faits extraordinaires.
  • Les risques de manipulation financière, de déviance doctrinale ou d'influence psychologique abusive doivent être explicitement évalués.

Ces normes illustrent la sagesse constante de l'Église : l'affirmation forte de la possibilité des miracles va de pair avec une méthodologie exigeante de vérification.

Les miracles du Christ : paradigme évangélique

Les trois dimensions complémentaires

Caravage, L'Incrédulité de saint Thomas (vers 1601-1602). La foi chrétienne ne fuit pas le réel sensible : elle s'appuie sur des signes vus, touchés et transmis. Image : Wikimedia Commons, domaine public.

Les miracles de Jésus sont le modèle de référence pour toute la théologie catholique du miracle. Ils présentent simultanément les trois dimensions bibliques : ce sont des signes (ils révèlent la mission messianique), des prodiges (ils suscitent l'admiration des témoins) et des puissances (ils manifestent la toute-puissance divine)[32].

Le fait est structurel, non anecdotique : selon l'ordre de grandeur avancé par le P. Raniero Cantalamessa, environ un tiers des évangiles synoptiques est consacré aux guérisons et exorcismes accomplis par Jésus au cours de sa vie publique, au point qu'il est impossible d'en proposer une lecture purement symbolique sans bouleverser la cohérence même du texte évangélique[33].

« Les œuvres que je fais au nom de mon Père, elles témoignent de moi. » — Jésus, Jean 10, 25[34]

L'Évangile de Jean organise son récit autour de sept signes majeurs, choisis pour leur valeur symbolique et théologique : transformation de l'eau en vin à Cana (Jn 2), guérison du fils d'un officier royal (Jn 4), guérison d'un paralysé (Jn 5), multiplication des pains (Jn 6), marche sur les eaux (Jn 6), guérison d'un aveugle-né (Jn 9), résurrection de Lazare (Jn 11)[35]. Cette sélection n'est pas exhaustive — Jean précise qu'« il y a encore beaucoup d'autres signes » (Jn 20, 30) — mais elle illustre que les miracles n'ont pas été choisis arbitrairement : ils forment un discours cohérent sur l'identité du Christ.

Le refus du miracle-spectacle

L'Évangile souligne avec insistance que Jésus refuse le miracle-spectacle, le miracle demandé pour tester ou forcer la foi. Il repousse la tentation au désert de se jeter du Temple pour être sauvé par les anges (Mt 4, 5-7 ; Lc 4, 9-12). Il ne fait pas de miracles à Nazareth à cause de l'incrédulité des habitants (Mc 6, 5-6). Il s'indigne de ceux qui réclament un signe du ciel pour croire (Mc 8, 11-12)[36].

« Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe ; il ne lui sera donné d'autre signe que le signe de Jonas. » — Jésus, Matthieu 16, 4[37]

Ce refus est théologiquement cohérent avec la définition du miracle comme signe : un signe n'impose pas sa conclusion, il l'invite. La foi reste un acte libre. Le miracle, précisément parce qu'il est un signe et non une démonstration mécanique, peut toujours être refusé par qui ne veut pas voir[38].

La résurrection : le miracle fondateur

Au-delà de tous les autres miracles, la Résurrection du Christ est présentée par le Nouveau Testament comme le miracle fondateur de la foi chrétienne. Saint Paul l'exprime sans ambiguïté :

« Si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est notre foi. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 15, 17[39]

La Résurrection n'est pas un miracle parmi d'autres : elle est le signe qui donne sens à tous les autres. Elle appartient au premier ordre des miracles thomistes (supra naturam) : la nature ne peut ramener un mort à la vie glorieuse. Elle est aussi le fondement de toute la proclamation apostolique — les Actes des Apôtres font de la Résurrection le cœur de l'annonce (Ac 2, 24 ; 3, 15 ; 4, 10 ; 10, 40)[40].

Le défi de David Hume et la réponse catholique

Le présupposé rationaliste : « le miracle ne peut pas arriver »

Avant Hume, c'est Baruch Spinoza (1632-1677) qui pose le verrou rationaliste classique. Dans son Traité théologico-politique (1670), au chapitre VI consacré aux miracles, il défend une thèse radicale[41] :

« Rien n'arrive dans la nature qui contredise ses lois universelles ; rien non plus qui ne s'accorde avec elles, ou qui n'en découle. […] Un miracle, soit qu'il contredise la nature, soit qu'il ne puisse en suivre, est une pure absurdité. » — Baruch Spinoza, Tractatus Theologico-Politicus, ch. VI, 1670[42]

Pour Spinoza, comme plus tard pour Voltaire, d'Holbach, Renan ou Bultmann, le verdict est posé a priori, avant toute enquête : puisque la nature est régie par des lois nécessaires et que Dieu, s'il existe, se confond avec ces lois (panthéisme spinoziste) ou ne saurait y déroger (rationalisme déiste), un miracle est par définition impossible. Tout récit de miracle est donc nécessairement faux : il faut chercher derrière une fraude, une illusion, un mythe, une projection psychologique ou une métaphore.

Ce point est central pour comprendre le débat : le rationaliste classique ne réfute pas les miracles, il les exclut. Il ne dit pas « j'ai examiné les meilleurs cas et ils s'expliquent » — il dit « quelle que soit la force des témoignages, la conclusion est connue d'avance ». C'est exactement ce que reproche Joseph Ratzinger dans Jésus de Nazareth lorsqu'il critique l'a priori historiciste qui décide avant d'ouvrir l'Évangile que les miracles n'ont pas pu avoir lieu[43]. L'objection contemporaine la plus honnête doit donc commencer par admettre qu'elle est métaphysique, non pas empirique : c'est une décision sur ce que peut être le monde, pas un bilan de ce qui s'y est observé.

L'argument huméen

David Hume (1711-1776), peint par Allan Ramsay. Sa critique des miracles dans l'Enquête sur l'entendement humain demeure l'objection moderne classique. Image : Wikimedia Commons, domaine public.

Le philosophe écossais David Hume (1711-1776) est l'auteur de la critique philosophique la plus influente contre la crédibilité des miracles. Dans la Section X de son Enquête sur l'entendement humain (1748), il donne cette définition[44] :

« Un miracle peut être défini avec précision comme une transgression d'une loi de la nature par une volition particulière de la Divinité, ou par l'interposition d'un agent invisible. » — David Hume, An Enquiry Concerning Human Understanding, Section X, 1748[45]

Son argument contre la crédibilité des témoignages de miracles est double. Premièrement, la preuve contre un miracle est toujours maximale, car elle s'appuie sur l'expérience uniforme de la nature : les lois naturelles ont été confirmées par des millions d'observations, tandis que le miracle repose sur quelques témoignages. Deuxièmement, le témoignage humain est faillible et soumis à des biais (goût du merveilleux, crédulité, intérêt de groupe)[46]. Conclusion : la probabilité que le témoignage soit faux est toujours plus grande que la probabilité que le miracle soit réel.

Les limites de l'argument huméen

L'argument de Hume repose sur deux présupposés fragiles, signalés notamment par C. S. Lewis dans son ouvrage Miracles (1947)[47] et par des philosophes contemporains comme Alvin Plantinga[48].

Premier présupposé : l'expérience est « uniforme ». Mais l'uniformité de l'expérience n'est elle-même fondée que si l'on exclut a priori les miracles du corpus observationnel. C'est une pétition de principe : on dit que les miracles sont impossibles parce que l'expérience ne les confirme pas, mais on a déjà exclu les témoignages de miracles au nom de l'impossibilité des miracles.

« Si Dieu existe, les miracles ne sont pas seulement possibles, ils sont prévisibles en certains contextes. Refuser d'envisager cette possibilité avant même d'examiner les témoignages, c'est laisser la métaphysique décider avant l'enquête. » — C. S. Lewis, Miracles, ch. XIII, 1947, trad. fr.[49]

Deuxième présupposé : le miracle est une violation des lois de la nature. Mais la formulation thomiste est plus précise : Dieu n'agit pas contre les lois qu'il a créées, il agit au-delà de l'ordre des causes secondes. Comme l'écrit Lewis dans son célèbre exemple : si Dieu crée miraculeusement les conditions d'une grossesse hors des voies ordinaires, toutes les lois naturelles — biologiques, physiologiques, embryologiques — reprennent aussitôt leurs droits. Le miracle n'abolit pas la nature ; il la transcende ponctuellement[50].

Troisième limite : l'argument de Hume prouve trop. Si les témoignages multiples, concordants, vérifiables de faits extraordinaires étaient toujours à écarter au profit de l'hypothèse d'erreur, on devrait également douter de bien des faits historiques ou médicaux rares que Hume lui-même acceptait sans difficulté[51].

La réponse théologique positive

La réponse catholique n'est pas seulement défensive. Elle affirme positivement que les miracles sont connaissables à travers un triple critère : la constatation rigoureuse du fait, l'exclusion méthodique des causes naturelles connues, et le discernement du signe religieux qu'il porte. L'Église n'a jamais demandé de croire sur parole : elle a institué des procédures d'enquête (Lambertini au XVIIIe siècle, Bureau médical de Lourdes depuis 1883, nouvelles normes DDF de 2024) précisément pour distinguer le miracle authentique de toute simulation, illusion ou explication naturelle inconnue[52].

Trois niveaux à ne pas confondre

Schéma explicatif original — un fait étonnant ou actuellement inexpliqué n'est pas encore, par lui-même, un miracle au sens catholique. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La confusion entre ces trois niveaux est la source de la plupart des erreurs pratiques, tant dans la direction vers la crédulité que vers le scepticisme[53] :

L'étonnant

Un événement est étonnant dès qu'il sort du cours ordinaire des choses ou qu'il surprend l'observateur. Une guérison rapide de cancer après chimiothérapie intensive peut être étonnante — et susciter une gratitude sincère — sans être miraculeuse au sens strict. La nature humaine est surprenante ; le corps, en certaines circonstances, peut dépasser nos pronostics médicaux courants. L'étonnant ne prouve pas le surnaturel.

L'inexpliqué

Un événement est inexpliqué quand les moyens médicaux, scientifiques ou historiques actuels ne peuvent pas en rendre compte. L'inexplicabilité est toujours provisoire : une maladie inexpliquée aujourd'hui peut recevoir son explication demain avec l'avancée des connaissances. C'est pourquoi le Bureau médical de Lourdes s'exprime soigneusement en termes de « guérison actuellement inexplicable dans l'état des connaissances médicales »[54] — formule délibérément ouverte, qui ne préjuge pas de l'avenir.

« L'absence d'explication scientifique n'est pas l'affirmation du surnaturel. C'est la constatation d'une lacune — peut-être provisoire — dans notre connaissance. » — Formulaire du Bureau médical de Lourdes, procédure officielle de reconnaissance[55]

Un exemple récent illustre bien cette prudence méthodologique. Entre 1996 et 1998, à Mourão, au Portugal, des milliers de fidèles crurent voir le visage du Christ se former sur une hostie exposée. L'archevêché d'Évora ouvrit une enquête scientifique : des experts établirent que le phénomène résultait d'un effet de réfraction de la lumière sur des figures incrustées dans l'ostensoir lui-même[56]. L'épisode ne discrédite ni la piété des témoins ni la légitimité de l'enquête ; il montre au contraire que le réflexe catholique correct devant l'inexpliqué n'est ni le déni sceptique ni la proclamation hâtive, mais l'expertise patiente.

Le miraculeux au sens propre

« Qu'est-ce en effet que le miracle proprement dit ? C'est un fait accompli en dehors des lois de toute la nature créée ; un fait que Dieu seul peut produire, et qui montre clairement l'intervention libre et extraordinaire de la toute-puissance divine ; un fait qui, par sa nature même, est un signe très certain, accommodé à toute intelligence, de l'origine divine de la doctrine révélée en faveur de laquelle il témoigne. » — Réginald Garrigou-Lagrange et Benoît-Marie Lavaud, « Les circonstances de la stigmatisation », Études carmélitaines, mystiques et missionnaires, octobre 1936[57]

Un événement est miraculeux au sens propre quand il réunit plusieurs conditions[58] : (1) le fait est solidement établi et les témoignages sont fiables ; (2) les causes naturelles connues, y compris les plus rares, ont été sérieusement exclues ; (3) l'événement présente les caractères d'une intervention divine : soudaineté, complétude, durabilité, cohérence avec la prière, contexte de foi ; (4) l'événement porte un sens religieux cohérent — il appelle à la foi, à la conversion, à la reconnaissance de Dieu ; (5) l'évêque compétent et/ou le Dicastère pour la Doctrine de la Foi en reconnaissent le caractère surnaturel. C'est à l'Église, au terme d'une enquête rigoureuse, de porter ce jugement — non au médecin, ni au journaliste, ni au fidèle enthousiaste.

Le surnaturel n'est pas toujours le miraculeux

Une dernière distinction, plus fine, complète ce triptyque. Tout ce qui est surnaturel n'est pas nécessairement miraculeux au sens technique défini plus haut — et pourtant cela peut constituer, pour l'Église, un signe authentique digne de considération :

« [Il faut] faire la distinction entre miracle et surnaturel, celui-ci n'étant pas nécessairement miraculeux et pourtant susceptible de constituer un signe. » — Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 296[59]

Deux cas concrets éclairent cette nuance. Le 13 octobre 1917, environ 70 000 personnes rassemblées à Fatima assistent au phénomène solaire resté célèbre sous le nom de « miracle du soleil » ; or ce phénomène, en tant que tel, n'a jamais fait l'objet d'un jugement canonique formel qui le qualifierait juridiquement de miracle — sans que cela retire rien à sa force de signe collectif, reconnue dans l'ensemble du dossier de Fatima[60]. À Syracuse, en Sicile, une statuette de la Vierge pleure des larmes du 29 août au 1er septembre 1953 ; l'enquête diocésaine conclut avec certitude qu'on ne peut mettre en doute le fait du versement des larmes[61], mais Mgr Ettore Baranzini rappelle aussitôt : « C'est le propre du miracle d'être exceptionnel, et il faut qu'il soit sérieusement constaté »[62] — un fait matériel authentifié n'entraîne donc pas automatiquement, cas par cas, la qualification canonique de chaque guérison qui lui est ensuite attribuée.

L'enquête ecclésiale : de 993 à Lourdes

Deux accentuations chrétiennes : Orient et Occident

Avant de devenir une procédure, le miracle a d'abord été reçu différemment par les deux grandes traditions chrétiennes. Les Pères grecs et syriaques y voient avant tout le rayonnement d'une présence : le miracle n'est pas un accident dans les lois naturelles, mais la manifestation de Dieu parmi les hommes[63].

« Selon les Pères, le miracle ne peut qu'être conçu comme le rayonnement de l'épiphanie de Dieu parmi les hommes. Loin d'être un accident des lois naturelles, il montre la présence personnelle et puissante de Dieu parmi nous. » — Razvan Andrei Ionescu, art. « Miracle (chez les Pères grecs et syriaques) »[64]

Cette sensibilité orientale culmine dans une conviction spirituelle qui rejoint, plus loin dans cet article, l'avertissement de saint François d'Assise et de saint Jean de la Croix contre l'attachement au prodige : le plus grand miracle chrétien n'est pas le signe spectaculaire, mais la conversion du cœur[65].

L'Occident latin, sans jamais renier cette dimension de présence, développe à partir du haut Moyen Âge un souci distinct : celui de la preuve. Trois questions s'y superposent progressivement — un fait s'est-il produit ? relève-t-il d'une cause naturelle connue ? porte-t-il un sens religieux assez clair pour engager le jugement de l'Église ? C'est cette exigence probatoire, typiquement latine, qui donne naissance à la longue histoire institutionnelle retracée ci-dessous.

Les jalons institutionnels avant Lambertini

  1. 993
    Jean XV canonise Ulrich d'Augsbourg

    Premier jalon vers une procédure pontificale : le pape inscrit un miracle d'intercession post mortem dans un cadre canonique naissant[66].

  2. 1088
    La règle du témoin oculaire

    Sous Urbain II, l'Église exige qu'un miracle soit attesté par un témoin l'ayant vu de ses propres yeux avant toute inscription au canon des saints[67].

  3. 3-4 décembre 1563
    Concile de Trente, session XXV

    En cas d'abus grave, l'évêque doit consulter le métropolitain et sa province ecclésiastique, sans décision nouvelle sans en référer à Rome[68].

  4. 22 janvier 1588
    Sixte Quint codifie la procédure

    La constitution Immensa aeterni Dei introduit l'interrogation des témoins qualifiés, la critique des témoignages et la demande d'un avis médical[69].

  5. 24 mars 1656
    La Sainte-Épine de Marguerite Périer

    La nièce de Pascal, pensionnaire à Port-Royal, est déclarée guérie d'une fistule après contact avec une relique de la Couronne d'épines ; deux chirurgiens royaux attestent la guérison[70].

  6. 1734-1738
    Lambertini systématise les critères

    Le futur Benoît XIV publie De Servorum Dei Beatificatione et Beatorum Canonizatione, qui codifie sept critères toujours en usage aujourd'hui[71].

Dès 993, le pape Jean XV canonise Ulrich d'Augsbourg : Joachim Bouflet y voit le premier jalon d'une procédure pontificale appelée à se développer sur plusieurs siècles, et l'inscription durable du miracle d'intercession post mortem dans un cadre canonique[72]. Un siècle plus tard, sous le pontificat d'Urbain II, l'Église pose une exigence qui commande toute la suite : nul miracle ne peut être retenu pour l'inscription au canon des saints sans le témoignage direct de quelqu'un qui l'a vu de ses propres yeux[73]. Cette règle du témoin oculaire, antérieure de plusieurs siècles à toute expertise médicale moderne, montre que l'exigence de preuve n'est pas un raffinement du XIXe siècle : elle est constitutive de la démarche catholique depuis le XIe siècle.

Le concile de Trente, dans sa session XXV des 3-4 décembre 1563, resserre encore le contrôle : en cas de doute ou d'abus sur un miracle allégué, l'évêque local doit consulter le métropolitain et les évêques de sa province, sans qu'aucune décision nouvelle ne puisse être prise sans en référer au pontife romain[74]. Le pas décisif est franchi en 1588 : la constitution Immensa aeterni Dei de Sixte Quint introduit pour la première fois, de façon systématique, les trois piliers de toute enquête moderne — interrogation de témoins qualifiés, critique méthodique des témoignages, et demande d'un avis médical[75]. Ce dernier point est capital : l'expertise médicale d'un fait de guérison précède ainsi de près de trois siècles l'ouverture du Bureau médical de Lourdes.

L'épisode de la Sainte-Épine, en 1656, illustre concrètement cette procédure avant même Lambertini. Le 24 mars, Marguerite Périer, nièce de Blaise Pascal et pensionnaire à l'abbaye de Port-Royal, est déclarée guérie d'une fistule lacrymale chronique après le contact d'une relique de la Couronne d'épines. Deux chirurgiens de renom l'examinent : Guillard, chirurgien d'Anne d'Autriche, d'abord incrédule, et Félix, premier chirurgien du roi ; tous deux attestent la disparition de la fistule[76]. L'épisode nourrira la réflexion de Pascal sur la fonction apologétique du miracle, dans un climat marqué par la controverse janséniste — et démontre, plus d'un siècle avant Lourdes, que l'enquête médicale et le débat théologique sur un miracle allégué vont naturellement de pair dans la tradition catholique.

Les sept critères historiques de Lambertini

Schéma explicatif original — de Lambertini à Lourdes, le médecin constate l'inexplicabilité et l'Église discerne le signe religieux. Infographie originale Ignispedia créée par IA.
Le cardinal Prospero Lambertini (1675-1758), futur pape Benoît XIV, peint par Giuseppe Maria Crespi. Auteur du traité qui codifie les critères de reconnaissance des miracles. Image : Wikimedia Commons, domaine public.

Les critères académiques d'une guérison miraculeuse ont été systématisés par le cardinal Prospero Lambertini (1675-1758), futur pape Benoît XIV, dans son traité monumental De Servorum Dei Beatificatione et Beatorum Canonizatione (1734-1738)[77]. Ce traité, fruit d'une longue pratique des procès de béatification et de canonisation, établit sept conditions cumulatives pour reconnaître une guérison comme miraculeuse[78] :

  1. La maladie doit être grave et difficile, sinon impossible à guérir par les moyens ordinaires.
  2. Elle ne doit pas être arrivée à son stade terminal, où une amélioration spontanée resterait plausible.
  3. Aucun traitement efficace n'a été employé, ou celui qui l'a été ne peut expliquer la guérison.
  4. La guérison doit être soudaine et instantanée.
  5. Elle doit être parfaite : la maladie éradiquée ne doit plus se manifester.
  6. Elle ne doit pas avoir été précédée d'une crise ou d'une évacuation notable qui l'annoncerait par des voies naturelles.
  7. Aucune rechute ne doit survenir dans la durée.

« La guérison doit être soudaine et instantanée [...] la maladie éradiquée ne doit plus se manifester. » — Critères de Lambertini, cités par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 189[79]

Ces sept critères, en vigueur depuis le XVIIIe siècle dans la procédure canonique, demeurent la base sur laquelle repose la pratique actuelle de l'Église. Ils n'ont pas été remplacés mais reformulés en langage médical contemporain par le Bureau médical de Lourdes et le CMIL — soudaineté, complétude, durabilité, absence de traitement causal, absence de convalescence — qui reprennent chacun, sous une autre terminologie, l'une des sept exigences lambertiniennes (cf. tableau plus bas).

Miracle et sainteté : l'ordre des preuves

Pourquoi l'Église exige-t-elle un tel luxe de précautions ? Parce que le miracle n'est jamais, dans une cause de canonisation, une preuve autosuffisante : il vient confirmer une sainteté déjà établie par ailleurs, jamais la remplacer.

« Ils sont tel un sceau divin qui confirme la sainteté d'un serviteur de Dieu dont l'intercession a été invoquée. » — Jean-Paul II, « Les miracles sont des messages et signes d'un Dieu qui est Amour », L'Osservatore romano, 26 décembre 1987[80]

Bouflet résume la logique de fond : le saint thaumaturge n'est pas saint parce qu'il guérit ; il guérit parce qu'il est uni à Dieu[81]. Un miracle d'intercession post mortem ne vaut comme signe de sainteté qu'après l'examen préalable des vertus héroïques du serviteur de Dieu — jamais avant, jamais à sa place.

Cette hiérarchie explique aussi pourquoi certains phénomènes extraordinaires, même spectaculaires, ne comptent pas comme miracles canoniques dans une cause de béatification. Les stigmates en sont l'exemple le plus net :

« On ne juge pas de la sainteté d'un sujet par sa stigmatisation, mais bien plutôt de sa stigmatisation par sa sainteté, ou ses œuvres de sainteté [...]. » — Pierre Adnès, art. « Stigmates », Dictionnaire de spiritualité[82]

Il en va de même pour la lévitation, phénomène préternaturel qui a longtemps fasciné les biographes de saints sans jamais entrer dans la liste des preuves recevables : l'étude classique d'Herbert Thurston recensait plus de deux cents cas allégués de lévitation, mais jugeait les preuves sérieuses pour un tiers seulement d'entre eux — et rappelait que, quelle que soit leur solidité documentaire, ces cas ne peuvent de toute façon pas être comptés parmi les miracles requis pour une béatification ou une canonisation[83]. Stigmates, lévitation, extases, parfums de sainteté : ces phénomènes relèvent du préternaturel — ce qui dépasse les forces de l'homme sans dépasser celles de toute nature créée — et non du miraculeux au sens strict, qui seul entre dans le dossier probatoire d'une cause de canonisation[84].

Le double examen : de la consulta medica aux normes de 1983

La procédure de reconnaissance des miracles dans les causes de canonisation connaît une dernière refonte majeure au XXe siècle. Le 28 octobre 1946, Pie XII crée la consulta medica, un collège d'experts médicaux permanent chargé d'examiner les guérisons alléguées dans les procès de béatification et de canonisation — instaurant ainsi un double examen structurel, médical puis théologique, de tout fait extraordinaire soumis à Rome[85]. Paul VI réorganise les dicastères compétents en 1969, et Jean-Paul II précise à son tour les règles de la procédure en 1983, dans le cadre de la nouvelle législation sur les causes des saints[86]. Ce double examen — un collège médical qui atteste l'inexplicabilité, une commission théologique qui discerne la valeur de signe — restera le modèle sur lequel s'alignera, quelques décennies plus tard, le dispositif propre à Lourdes.

Le Bureau médical de Lourdes

La Grotte de Massabielle à Lourdes, lieu des apparitions de 1858 et point de départ du Bureau des constatations médicales fondé en 1883. Image : Wikimedia Commons.

Tout part d'un mandement épiscopal. Le 18 janvier 1862, Mgr Bertrand-Sévère Laurence, évêque de Tarbes, reconnaît officiellement l'authenticité des apparitions de la Grotte de Massabielle ; sa décision s'appuie en partie sur les guérisons déjà constatées : « L'apparition est divine, puisque les guérisons portent un cachet divin »[87]. Sur près de quarante guérisons alléguées dans les premières années, vingt-neuf dossiers sont soumis à une commission d'enquête ; le chanoine Henri Vergez, chargé de l'instruction, n'en retient d'abord que neuf, puis sept, comme suffisamment documentés pour appuyer le jugement épiscopal[88]. Ce tri sévère, dès l'origine, dément l'image d'une reconnaissance complaisante : sur vingt-neuf cas soumis, moins d'un quart franchit le premier filtre.

Fondé en 1883 par le Dr Georges-Fernand Dunot de Saint-Maclou à la demande du père Rémi Sempé, le Bureau des constatations médicales de Lourdes est le premier organisme au monde d'évaluation médicale collégiale des guérisons présumées miraculeuses[89]. Sa formation est en réalité progressive : des certificats médicaux sont exigés dès 1880, un pavillon de constatation est construit en 1884, et le Bureau s'installe durablement sous les arcades du Rosaire en 1893[90]. Saint-Maclou tient à l'ouvrir à tout médecin présent sur place, quelles que soient ses convictions religieuses — un protocole d'indépendance qui reste la marque de fabrique du Bureau jusqu'à aujourd'hui[91].

La prudence institutionnelle se renforce encore sous Pie X. En 1904, le pape met en garde le docteur Boissarie, alors président du Bureau : « Le mot de "miracle" ne doit pas être prononcé à la légère »[92]. Dès novembre 1905, les guérisons de Lourdes sont soumises à de véritables procès canoniques diocésains, l'évêque du lieu d'origine du guéri devenant seul compétent pour la reconnaissance officielle — principe déjà énoncé par Trente en 1563 et que Lourdes met désormais en pratique de façon systématique[93]. L'entre-deux-guerres illustre la sévérité durable de ce filtre : 609 dossiers sont ouverts, et 228 guérisons seulement sont retenues comme certaines, définitives et inexplicables — sans que toutes reçoivent pour autant une proclamation canonique de miracle. Le docteur Vallet formule alors la répartition des rôles restée classique : aux médecins de reconnaître si telle personne est passée instantanément de l'état de maladie à l'état de santé, sans emploi de médicaments, sans convalescence ; aux théologiens d'apprécier si ce changement revêt ou non un caractère miraculeux[94].

Il a reçu plus de 7 300 cas déclarés depuis 1858 ; sur ce total, 72 guérisons ont été officiellement reconnues miracles par l'Église, la 72e ayant été proclamée le 16 avril 2025[95]. En 2008, au moment où Bouflet publiait son enquête, le compte s'élevait à environ un millier de guérisons alléguées depuis 1946, une trentaine seulement déclarées inexpliquées par le CMIL, et vingt-sept proclamées miraculeuses sur soixante-sept miracles reconnus au total depuis l'origine du sanctuaire — des chiffres qui mesurent, à chaque étape historique, l'ampleur de la sélection plutôt qu'une quelconque facilité de reconnaissance[96].

Le processus actuel comprend trois étapes[97] :

  1. Examen par le Bureau des constatations médicales de Lourdes : présentation de la documentation médicale complète ; examen par un groupe de médecins bénévoles de toutes nationalités et religions ; conclusion sur le caractère « actuellement inexplicable ».
  2. Transmission au Comité médical international de Lourdes (CMIL) : créé en 1947 puis internationalisé en 1954, il étudie les cas retenus et rend un avis sur l'inexplicabilité médicale par vote à la majorité qualifiée (2/3) ; depuis 1975, il peut aussi rouvrir et réexaminer d'anciennes conclusions à la lumière de nouvelles connaissances médicales[98].
  3. Investigation diocésaine et prononcé de l'évêque : le dossier médical est transmis au diocèse d'origine du guéri. Une commission diocésaine, associant théologiens et médecins, examine le signe religieux et l'absence de causes naturelles. L'évêque prononce ou non la reconnaissance officielle.

Ce processus dure en moyenne dix à quinze ans[99]. Il illustre la rigueur épistémologique de l'Église : ni précipitation, ni refus a priori. Signe de cette prudence persistante, une catégorie pastorale intermédiaire a même été discutée en 2006-2007 : plusieurs personnes ayant bénéficié d'une guérison jugée inexpliquée, sans que le dossier ait franchi toutes les étapes de la reconnaissance canonique, se sont vu proposer de témoigner localement d'une « grâce de guérison inexpliquée » — sans que ce témoignage n'équivaille à la proclamation d'un miracle au sens plein[100].

L'approche de la Communauté de l'Emmanuel et le ministère contemporain de la prière pour la guérison

À côté du circuit canonique long (Lambertini → Bureau médical de Lourdes → CMIL → évêque), la deuxième moitié du XXᵉ siècle a vu se développer dans l'Église catholique un ministère plus ordinaire de prière pour la guérison, particulièrement assumé par la Communauté de l'Emmanuel (fondée à Paris en 1972 par Pierre Goursat et Martine Laffitte-Catta), par le Renouveau charismatique catholique en général, ainsi que par des ordres religieux comme les Béatitudes, Verbe de Vie ou Chemin Neuf[101].

Ce ministère ordinaire ne doit cependant pas être confondu, sur le plan théologique, avec le miracle canoniquement reconnu décrit plus haut. En 2000, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le rappelle sans ambiguïté :

« Le "charisme de guérison" [...] ne fait pas partie de ces phénomènes thaumaturgiques. » — Joseph Ratzinger et Tarcisio Bertone, Instruction sur les prières pour obtenir de Dieu la guérison, Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 14 septembre 2000, § 5[102]

Autrement dit, une grâce de guérison reçue dans la prière — même réelle, même bouleversante pour la personne concernée — n'équivaut pas par elle-même à un miracle au sens canonique défini plus haut, et n'a pas vocation à suivre la même procédure d'authentification publique. C'est pourquoi les responsables de ce ministère insistent sur la nécessité de ne jamais annoncer prématurément une guérison comme miraculeuse :

« Ne soyez pas tenté de voir le miracle là où il n'y a pas miracle. » — Mgr Talamas, cité par René Laurentin, Miracle à El Paso ?, Desclée de Brouwer, 1981[103]

Il faut vérifier la durée de la guérison dans le temps, écarter une rechute ultérieure, et se souvenir que la guérison du cœur vaut toujours plus que la seule guérison physique[104].

L'enseignement constant de la Communauté de l'Emmanuel — visible dans les sessions Charisma annuelles à Paray-le-Monial et dans le service Béthanie d'accompagnement des personnes en souffrance — tient en quelques règles simples, totalement en phase avec la doctrine catholique :

  • Dieu peut encore guérir aujourd'hui, et il le fait : guérisons physiques, guérisons intérieures (mémoires blessées), libérations spirituelles. Refuser cela par principe, c'est céder au rationalisme moderne. Pierre Goursat le rappelait sans cesse : « Le Christ est le même hier, aujourd'hui et pour les siècles. »[105]
  • Le miracle n'est jamais dû : aucune technique, aucune intensité de prière, aucune sainteté humaine ne contraint Dieu. Le ministère de prière demande, il n'arrache pas.
  • La vraie guérison va toujours vers la conversion, pas vers la satisfaction d'un besoin. Un retour à l'Eucharistie, une réconciliation familiale, une libération du péché valent plus qu'une guérison corporelle isolée.
  • Discernement obligatoire : toute prière pour la guérison se fait dans la communion ecclésiale, jamais en privé absolu, jamais contre l'avis médical, jamais en concurrence des sacrements. Tout phénomène extraordinaire signalé est soumis au discernement du prêtre référent puis, le cas échéant, à l'évêque.

Cette pratique pastorale réconcilie, sans les confondre, la prière confiante de l'Évangile (Mt 7, 7 ; Mc 11, 24 ; Jc 5, 14-15) et la rigueur d'enquête héritée de Lambertini. Elle illustre que, dans la vie ordinaire de l'Église, le miracle n'est pas une bizarrerie rare réservée à Lourdes : c'est l'horizon attendu d'une foi qui demande à Dieu ce qu'il a promis, sans confondre la promesse avec un contrat.

Critères d'une guérison « médicalement inexplicable »

Pour qu'une guérison soit jugée « médicalement inexplicable » par le Bureau, elle doit remplir l'ensemble des conditions suivantes[106] :

CritèreDescription
Maladie établieDiagnostic exact, documenté, de réalité prouvée
Pronostic défavorableMaladie grave ou terminale au moment de la guérison
Traitement inadéquatLe remède éventuellement prescrit ne peut expliquer la guérison
SoudainetéLa guérison est subite, non progressive
ComplétudeLa guérison est totale, sans résidu pathologique
DurabilitéLa guérison persiste dans le temps (suivi pluriannuel requis)
Inexplicabilité actuelleAucune explication médicale connue n'est suffisante

Ces critères montrent clairement que la démarche catholique n'exige pas l'impossible : elle n'affirme pas que le médecin prouve le miracle, mais qu'il atteste l'inexplicabilité dans l'état de la science. Le jugement du caractère surnaturel appartient à l'Église.

Au-delà des guérisons : les miracles techniques

Toutes les causes de canonisation ne portent pas sur des guérisons corporelles. Multiplication d'un aliment, préservation inexpliquée d'un objet ou d'un lieu, phénomène physique inexplicable : ces cas, plus rares, requièrent une expertise différente. Comme le rappelle Michele Di Ruberto, longtemps rapporteur général à la Congrégation pour les causes des saints :

« L'examen ne revient pas aux médecins, mais à un conseil d'experts techniques. » — Michele Di Ruberto, « La necessità dei miracoli », 30 Giorni nella Chiesa e nel mondo, mars 2004[107]

Selon la nature exacte du fait allégué, ce collège d'experts peut réunir des ingénieurs, des chimistes, des physiciens ou des restaurateurs d'art — la logique de fond restant identique à celle du Bureau médical de Lourdes : constater rigoureusement l'inexplicabilité du fait dans l'état des connaissances, avant que l'Église ne se prononce sur sa valeur de signe.

Pellevoisin : un modèle de double enquête

Schéma explicatif original — les cinq étapes du double examen ecclésial : dossier médical, bureau médical, CMIL, commission diocésaine, évêque. Infographie originale Ignispedia créée par IA.
La chapelle des Apparitions du sanctuaire Notre-Dame de Miséricorde à Pellevoisin, où Estelle Faguette reçut les apparitions de 1876. Image : Wikimedia Commons.

L'apparition mariale de Pellevoisin (1876), reçue par Estelle Faguette, offre un exemple particulièrement clair de cette logique en deux temps — constat médical, puis discernement théologique distinct. Les rapports médicaux concluent que la guérison d'Estelle a été :

« soudaine, c'est-à-dire sans convalescence, totale, durable. » — Rapports médicaux cités dans l'ordonnance de Mgr Paul Vignancour, archevêque de Bourges, 8 septembre 1983[108]

Mais cette constatation médicale ne suffit pas, à elle seule, à qualifier l'événement de miracle religieux. La commission théologique diocésaine doit examiner séparément :

« la valeur de signe de cette guérison. » — Ordonnance de Mgr Paul Vignancour, 8 septembre 1983[109]

Ce dédoublement — d'un côté l'inexplicabilité médicale, de l'autre la signification religieuse — est précisément la structure que Sixte Quint avait esquissée en 1588 et que Lourdes systématisera à plus grande échelle : aucune guérison, si spectaculaire soit-elle, n'est automatiquement un miracle tant que l'Église n'en a pas discerné le sens.

Le juste milieu catholique face aux miracles

Les deux dérives symétriques à éviter

L'attitude catholique sur les miracles est exigeante précisément parce qu'elle refuse les deux pentes faciles. Il faut nommer ces dérives, qui se renvoient l'une l'autre comme deux miroirs déformants[110] :

DériveMécanismeConséquence pastorale
Crédulité illuministeAccueillir tout récit extraordinaire comme un signe de Dieu, sans enquête, par enthousiasme religieux ou besoin de sensationnelMultiplication de fausses dévotions, déception au premier examen sérieux, scandale chez les non-croyants, fragilité d'une foi assise sur l'émotion
Rationalisme modernisteRefuser a priori tout fait surnaturel, traiter chaque miracle comme une légende ou un symbole, vider l'Évangile de sa dimension de puissanceAffaiblissement du Credo, perte du sens du Royaume comme réalité présente, christianisme réduit à une morale ou à une herméneutique

L'Église refuse les deux pentes : la crédulité parce qu'elle déshonore la vérité, le rationalisme parce qu'il étouffe la liberté de Dieu. C'est pourquoi le discernement catholique demande à la fois beaucoup de foi et beaucoup d'enquête — non pas comme un compromis tiède, mais comme la double exigence d'un même amour de la vérité.

Ni crédulité ni scepticisme

La tradition catholique défend simultanément deux positions qui peuvent paraître en tension : d'une part, la possibilité et la réalité des miracles — l'Église croit fermement que Dieu agit encore dans l'histoire par des interventions extraordinaires, et refuse tout rationalisme qui nierait a priori le surnaturel[111] ; d'autre part, une méthode d'enquête rigoureuse qui ne cède ni à l'enthousiasme immédiat, ni à la crédulité populaire, ni à l'exploitation des fidèles[112].

Ce double équilibre est lui-même doctrinal. Nier les miracles, c'est nier la toute-puissance de Dieu sur sa création. Mais accréditer trop vite n'importe quel récit extraordinaire, c'est exposer les fidèles à des illusions, à des manipulations et à une foi fragile fondée sur l'émotionnel plutôt que sur la vérité. Le père de famille de l'Évangile exprime parfaitement cette tension lorsqu'il dit au Christ : « Je crois, Seigneur, viens au secours de mon peu de foi ! » (Mc 9, 24)[113].

Le miracle ne supprime pas la liberté

Un principe constant dans l'enseignement de l'Église : le miracle invite à la foi, il ne la contraint pas. Ce principe découle directement du respect de la liberté humaine par Dieu. Jésus lui-même, malgré des miracles « si évidents », est rejeté par certains et accusé par d'autres d'agir par les démons (Mc 3, 22)[114]. Le miracle est une invitation, un appel, un signe — jamais une preuve qui s'imposerait mécaniquement à l'esprit[115].

« Je ne vous oblige pas à croire à mes manifestations de miséricorde à force de miracles. Même durant ma vie mortelle — tu le lis dans l'Évangile — la condition pour obtenir mes grâces était toujours la même : "Peux-tu croire ? À celui qui croit, tout est possible !" » — Jésus à la vénérable sœur Consolata Betrone (1903-1946), Jésus parle au monde, Éditions Parvis, 1994, p. 22[116]

Miracles et vie spirituelle

Giotto, Saint François recevant les stigmates (vers 1295-1300). Les miracles des saints sont de vrais signes, mais non le sommet de la sainteté : la charité et la Croix demeurent premières. Image : Wikimedia Commons, domaine public.

Dans la tradition mystique catholique, les miracles — même ceux accomplis par les saints — ne sont pas le sommet de la vie spirituelle. Les grands maîtres spirituels mettent en garde contre l'attachement excessif aux phénomènes extraordinaires. Saint François d'Assise avertit dans ses Admonitions[117] :

« Serais-tu le plus beau et le plus riche des hommes, et ferais-tu même des miracles au point de chasser les démons, tout cela peut se retourner contre toi. Ce dont nous pouvons tirer gloire, c'est de nos faiblesses. C'est de notre part quotidienne à la sainte Croix de notre Seigneur Jésus-Christ. » — Saint François d'Assise, Admonitions, 5, 5-8[118]

Saint Jean de la Croix rappelle que l'âme ne doit pas s'appuyer sur les grâces extraordinaires — visions, locutions, miracles — mais sur la foi nue et la croix[119]. Le miracle est un signe pour les non-croyants ou pour des moments de grâce spéciaux ; il n'est pas le régime ordinaire de la vie chrétienne, qui se joue dans la foi humble, la charité concrète et la persévérance dans les épreuves.

Pour aller plus loin


Notes et références

  1. Évangile de Jean, 20, 30-31 : « Jésus a opéré, devant ses disciples, encore beaucoup d'autres signes qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu. »

    1 35
  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 548 : « Les signes opérés par Jésus témoignent que le Père l'a envoyé. Ils invitent à croire en lui. Ils ne veulent pas satisfaire la curiosité et les désirs magiques. »

    2 30 38 114
  3. Actes des Apôtres, 2, 22 : « Jésus de Nazareth, homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes » (andra apodedeigmenon apo tou theou eis hymas dynamesin kai terasin kai sèmeiois).

    3
  4. Marc, 6, 4-5 : « Jésus leur dit : Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie. Et là il ne pouvait faire aucune puissance (dunamis). »

    4
  5. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 178, a. 1, resp. : « L'opération des miracles fait partie des dons gratuits ou charismes. »

    5 9 23 24 115
  6. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 178, a. 1, ad 3, éd. Revue des Jeunes, Paris, 1936.

    6
  7. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 547-549, éd. Mame/Plon, Paris, 1992.

    7 28
  8. Jean Nicot, Thresor de la langue françoyse, tant ancienne que moderne, Paris, 1606, art. « Miracle » ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles. Du Moyen Âge à nos jours, Éditions du Seuil, Paris, 2008, p. 10.

    8
  9. René Vuilleumier, art. « Miracle — vocabulaire biblique », Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Brepols, Turnhout, 2002, p. 848-852.

    10
  10. Fernand Prat, La théologie de saint Paul, t. II, Beauchesne, Paris, 5e éd., 1923, p. 134-136.

    11
  11. Saint Augustin, De Utilitate Credendi, XVI, 34, vers 391. Trad. lat. : « Miraculum voco quidquid arduum aut insolitum supra spem vel facultatem mirantis apparet. » Édition : Œuvres de saint Augustin, Bibliothèque augustinienne, Desclée de Brouwer, Paris, 1951.

    12 13
  12. Saint Augustin, De Civitate Dei, XXI, 8. Trad. fr. : Gustave Bardy, La Cité de Dieu, Bibliothèque augustinienne n°37, Desclée de Brouwer, Paris, 1960.

    14 15
  13. Saint Augustin, De Civitate Dei, X, 12 : « Nous avons des milliers de martyrs mis à mort pour la foi au Christ, et l'on a vu leurs tombes accomplir des miracles. »

    16
  14. Sur la distinction contra naturam / praeter naturam chez Augustin, voir C. Kannengiesser, art. « Miracle », dans Dictionnaire de spiritualité, t. X, Beauchesne, Paris, 1980, col. 1274-1283.

    17
  15. Saint Augustin, Tractatus in Iohannem, 24, 1 (commentaire de Jean 6, 1-14), vers 416-418. Trad. fr. Marie-François Berrouard, Homélies sur l'évangile de saint Jean XVII-XXXIII, Bibliothèque augustinienne n°72, Études Augustiniennes / Desclée de Brouwer, Paris, 1988, p. 411-413. Texte latin : « Miraculum quippe Domini nostri Iesu Christi quo de quinque panibus quinque millia hominum saturavit, non mirantur omnes, quibus omnia in saeculo cotidiano cursu peraguntur. […] Sed quia consuetudine vilescunt, non requirimus rationem. » Sur la reprise de cette thèse, voir John Henry Newman, Two Essays on Biblical and on Ecclesiastical Miracles, Longmans, Londres, 1870 ; G. K. Chesterton, Orthodoxy, John Lane, Londres, 1908, ch. IV.

    18 19
  16. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 105, a. 7, resp., trad. M.-D. Philippe, Éditions du Cerf, Paris, 1984. Texte latin : Summa Theologiae, Prima Pars, éd. Leonina (Opera Omnia, t. 5), Rome, 1889.

    20
  17. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 105, a. 8, resp.

    21 22
  18. Concile Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, 24 avril 1870, ch. 3. Texte latin in H. Denzinger et A. Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, 36e éd., Herder, Fribourg, 1973, DS 3008-3010.

    25
  19. DS 3009 : « Ut nihilominus fidei nostrae obsequium rationi consentaneum esset, voluit Deus cum internis Spiritus Sancti auxiliis externa iungi revelationis suae argumenta, facta scilicet divina, atque imprimis miracula et prophetias. »

    26
  20. Concile Vatican I, Dei Filius, can. 3-4 (DS 3033-3034) : anathème contre quiconque dirait que les miracles sont impossibles, ou que leur récit doit être réduit à des fables et des mythes.

    27 111
  21. Catéchisme de l'Église catholique, § 547.

    29
  22. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Norms for Proceeding in the Discernment of Alleged Supernatural Phenomena, 17 mai 2024. Texte officiel sur vatican.va.

    31 58 112
  23. Jean, 5, 36 : « Les œuvres que je fais témoignent de moi que le Père m'a envoyé. »

    32
  24. Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, homélie du 27 janvier 2008 commentant Matthieu 4, 12-23 ; citée par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 27-28.

    33
  25. Jean, 10, 25.

    34
  26. Marc, 8, 11-12 : « Les Pharisiens vinrent lui demander un signe du ciel pour le mettre à l'épreuve. Il soupira dans son esprit et dit : "Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ?" »

    36
  27. Matthieu, 16, 4.

    37
  28. Saint Paul, 1 Corinthiens 15, 17.

    39
  29. Actes des Apôtres, 2, 24 : « Cet homme, Dieu l'a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort. »

    40
  30. Baruch Spinoza, Tractatus Theologico-Politicus, ch. VI : « De Miraculis », Amsterdam, 1670. Trad. fr. Pierre-François Moreau, Œuvres III. Traité théologico-politique, PUF, Paris, 1999, p. 247-273. Texte latin : « Nihil ergo in Natura contingit, quod ipsius legibus universalibus repugnet, nec etiam quod ex iis non sequatur, vel non conveniat. »

    41 42
  31. Joseph Ratzinger / Benoît XVI, Jésus de Nazareth, t. I : Du Baptême dans le Jourdain à la Transfiguration, Flammarion / Parole et Silence, Paris, 2007, Introduction et ch. 7. Critique de l'« herméneutique du soupçon » historiciste qui exclut a priori le surnaturel des Évangiles. Voir aussi Joseph Ratzinger, Foi chrétienne hier et aujourd'hui, Cerf, Paris, 2005, p. 47-62, sur le présupposé matérialiste de l'exégèse historico-critique radicale.

    43
  32. David Hume, An Enquiry Concerning Human Understanding, Section X : « Of Miracles », 1748. Trad. fr. : Michèle Beyssade, Enquête sur l'entendement humain, GF Flammarion, Paris, 1983, Section X, p. 143. Texte original : « A miracle may be accurately defined, a transgression of a law of nature by a particular volition of the Deity, or by the interposition of some invisible agent. »

    44 45
  33. David Hume, ibid., Part I : « A firm and unalterable experience has established these laws, the proof against a miracle, from the very nature of the fact, is as entire as any argument from experience can possibly be imagined. » Trad. fr. Beyssade, p. 145.

    46
  34. C. S. Lewis, Miracles. A Preliminary Study, Geoffrey Bles, Londres, 1947 ; trad. fr. Simone Lamblin, Les Miracles, Desclée de Brouwer, Paris, 1950, ch. VIII et XIII. Citation trad. fr. adaptée.

    47 49 50
  35. Alvin Plantinga, Warranted Christian Belief, Oxford University Press, New York, 2000, ch. 12 : « Defeaters ? », p. 375-421. Sur les limites de l'argument humien, voir aussi John Earman, Hume's Abject Failure. The Argument against Miracles, Oxford University Press, 2000.

    48 51
  36. Prospero Lambertini (futur Benoît XIV), De Servorum Dei Beatificatione et Beatorum Canonizatione, 4 vol., Bologne, 1734-1738 ; rééd. Prato, 1839. Ce traité est la source canonique de tous les critères modernes de reconnaissance de miracles dans les procès de béatification.

    52 77
  37. Cette tripartition (étonnant/inexpliqué/miraculeux) est présentée de façon pédagogique par René Latourelle, Miracles de Jésus et théologie du miracle, Éditions Paulines / Le Cerf, Montréal-Paris, 1986, p. 30-38.

    53
  38. Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, présentation officielle du Bureau des Constatations Médicales, consultable sur www.lourdes-france.org/fr/reconnaissance-miracle/. La formule exacte sur l'inexplicabilité : « guérison médicalement inexplicable, dans l'état actuel de la science ».

    54 55 97 99
  39. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 141, sur l'enquête scientifique diligentée par l'archevêché d'Évora à Mourão (1996-1998).

    56
  40. Réginald Garrigou-Lagrange et Benoît-Marie Lavaud, « Les circonstances de la stigmatisation », dans Études carmélitaines, mystiques et missionnaires, 20e année, t. II, Douleur et Stigmatisation, Desclée de Brouwer, Paris, octobre 1936, p. 189 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 103.

    57
  41. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 296.

    59
  42. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 244, sur le statut canonique distinct du phénomène solaire du 13 octobre 1917.

    60
  43. Ottavio Musumeci, À Syracuse, la Madone a pleuré, Salvator, Paris, 1956, p. 147, et déclaration de Mgr Ettore Baranzini ; cités par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 258-259.

    61 62
  44. Razvan Andrei Ionescu, art. « Miracle (chez les Pères grecs et syriaques) », dans Patrick Sbalchiero (dir.), Dictionnaire des miracles et de l'extraordinaire chrétiens, Fayard, Paris, 2002, p. 536 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 147.

    63 64
  45. Razvan Andrei Ionescu, art. cit., p. 534-535 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 109.

    65
  46. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 43, sur la canonisation d'Ulrich d'Augsbourg par le pape Jean XV en 993.

    66 72
  47. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 188, rapportant la règle exigeant un témoin oculaire, attribuée au pontificat d'Urbain II (1088).

    67 73
  48. Concile de Trente, session XXV, 3-4 décembre 1563, Decretum de invocatione, veneratione et reliquiis sanctorum, et de sacris imaginibus ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 46.

    68 74
  49. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 188-189, sur la constitution Immensa aeterni Dei de Sixte Quint, 22 janvier 1588.

    69 75
  50. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 45-46, sur la guérison de Marguerite Périer le 24 mars 1656 et l'attestation des chirurgiens Guillard et Félix.

    70 76
  51. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 189, citant les sept critères de Lambertini établis dans De Servorum Dei Beatificatione et Beatorum Canonizatione (1734-1738).

    71 78 79
  52. Jean-Paul II, « Les miracles sont des messages et signes d'un Dieu qui est Amour », L'Osservatore romano (édition française), 26 décembre 1987, p. 19 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 187-188.

    80
  53. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 71-72.

    81
  54. Pierre Adnès, art. « Stigmates », dans Dictionnaire de spiritualité, fasc. XCV, Beauchesne, Paris, col. 1242-1243 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 105.

    82
  55. Herbert Thurston, Les Phénomènes physiques du mysticisme, Desclée de Brouwer, Paris, 1961, p. 45 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 112.

    83
  56. Charles Journet, « Le point de vue théologique sur les sueurs de sang et les stigmatisations », dans Études carmélitaines, t. II, Douleur et Stigmatisation, Desclée de Brouwer, Paris, octobre 1936, p. 174, note 3 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 104.

    84
  57. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 189-190, sur la création de la consulta medica par Pie XII le 28 octobre 1946, la réorganisation des dicastères par Paul VI en 1969 et les règles précisées par Jean-Paul II en 1983.

    85 86
  58. Mgr Bertrand-Sévère Laurence, évêque de Tarbes, mandement du 18 janvier 1862 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 269-271.

    87 88
  59. Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, « Le Bureau des Constatations médicales », page officielle : le Dr Georges-Fernand Dunot de Saint-Maclou fonde le Bureau en 1883 à la demande du Père Rémi Sempé ; le Comité médical de Lourdes est créé en 1947 par Mgr Pierre-Marie Théas et le Dr François Leuret, puis reçoit une dimension internationale en 1954.

    89
  60. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 272-274, sur les certificats médicaux exigés dès 1880, le pavillon de constatation construit en 1884 et l'installation sous les arcades du Rosaire en 1893.

    90 91
  61. Pie X, propos tenus au docteur Gustave Boissarie, 1904 ; cités par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 275.

    92
  62. Yves Chiron, Enquête sur les miracles de Lourdes, Perrin, Paris, 2008, p. 100 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 275-276.

    93
  63. Lettre du docteur Vallet au docteur Cornet, 2 février 1946, Bulletin de l'Association médicale internationale de Lourdes, octobre 1946 ; citée par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 278-279.

    94
  64. Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes, statistiques officielles du Bureau des Constatations médicales : plus de 7 300 cas déclarés depuis 1858. Sur le 72e miracle, voir l'annonce publique du sanctuaire du 16 avril 2025 concernant Antonietta Raco, relayée notamment par ANSA, « Lourdes annuncia 72/o miracolo, l'italiana Antonietta Raco », 17 avril 2025.

    95
  65. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 282 et 291. Statistiques arrêtées à la date de parution du livre (2008) ; à distinguer des statistiques officielles actuelles du sanctuaire, citées séparément dans cet article.

    96
  66. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 279-281, sur la création du Comité médical international de Lourdes en 1947, son internationalisation en 1954 et le réexamen des dossiers antérieurs depuis 1975.

    98
  67. Sophie de Ravinel, Le Figaro, 8-9 décembre 2007 ; citée par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 294.

    100
  68. Sur la Communauté de l'Emmanuel et le ministère de prière pour la guérison, voir Martine Catta, Pierre Goursat, fondateur de la Communauté de l'Emmanuel, Éditions de l'Emmanuel, Paray-le-Monial, 2013 ; Hervé-Marie Catta et Henry-Marie Caterini, Pierre Goursat. Le feu d'un témoin, Éditions de l'Emmanuel, 2017. Sur le ministère de prière pour la guérison dans le Renouveau catholique, voir Bernard Peyrous et Hervé-Marie Catta, Le ministère de la prière pour la guérison, Éditions de l'Emmanuel, Paray-le-Monial, 2005.

    101
  69. Joseph Ratzinger et Tarcisio Bertone, Instruction sur les prières pour obtenir de Dieu la guérison, Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 14 septembre 2000, § 5 ; citée par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 180.

    102
  70. René Laurentin, Miracle à El Paso ?, Desclée de Brouwer, Paris, 1981, p. 56 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 176-177.

    103 104
  71. Pierre Goursat (1914-1991), fondateur de la Communauté de l'Emmanuel ; reprise de Hébreux 13, 8 : « Jésus-Christ, hier et aujourd'hui, est le même, et il le sera éternellement » — verset constamment cité par Goursat pour fonder son enseignement sur la permanence des charismes et la possibilité actuelle des guérisons. Témoignage transmis notamment par Martine Catta, Pierre Goursat, fondateur de la Communauté de l'Emmanuel, Éditions de l'Emmanuel, 2013.

    105
  72. René Latourelle, Miracles de Jésus et théologie du miracle, op. cit., p. 59-65 ; synthèse des critères de Lambertini.

    106
  73. Michele Di Ruberto, « La necessità dei miracoli », 30 Giorni nella Chiesa e nel mondo, mars 2004 ; cité par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 204.

    107
  74. Rapports médicaux et ordonnance de Mgr Paul Vignancour, archevêque de Bourges, 8 septembre 1983, sur la guérison d'Estelle Faguette à Pellevoisin (1876) ; reproduits par Joachim Bouflet, Une histoire des miracles, Seuil, 2008, p. 242-243.

    108 109
  75. Sur le refus simultané du fidéisme illuministe et du rationalisme moderne, voir Benoît XVI, encyclique Deus Caritas Est, 25 décembre 2005, §§ 28-29 ; et surtout discours de Ratisbonne, 12 septembre 2006, où le pape critique à la fois l'« exclusion du divin » par la raison moderne et la « déshellénisation » du christianisme.

    110
  76. Marc, 9, 24.

    113
  77. Vénérable Consolata Betrone (1903-1946), Jésus parle au monde, Éditions Parvis, Hauteville (Suisse), 1994, p. 22. Carmélite piémontaise, déclarée vénérable par le décret sur l'héroïcité de ses vertus promulgué le 6 avril 2019 ; la cause de béatification suit son cours.

    116
  78. Saint François d'Assise, Admonitions, 5, 5-8, vers 1220. Trad. fr. : Écrits, Sources Chrétiennes n°285, Éditions du Cerf, Paris, 1981, p. 75-77.

    117 118
  79. Saint Jean de la Croix, Montée du Carmel, livre II, ch. 11 : « Comment les visions et les signes extraordinaires ne sont pas le sommet de la foi, mais peuvent en être une aide fragile. » Trad. fr. Dominique Poirot, Œuvres complètes, Éditions du Cerf, Paris, 1990.

    119