Les autres phénomènes mystiques

Lévitation, odeur de sainteté, images qui pleurent, agilité, marche sur l'eau : panorama sourcé des phénomènes mystiques extraordinaires et de leur discernement par l'Église.

Ignispedia

Les phénomènes mystiques extraordinaires forment, dans la tradition catholique, une vaste famille de manifestations corporelles ou matérielles rapportées autour de certains saints, mystiques ou lieux de dévotion : parfums inexpliqués, images qui pleurent ou saignent, hosties qui rejoignent les lèvres d'un communiant sans intermédiaire visible, incendies arrêtés par une prière, courses extatiques d'une vitesse inhabituelle, insensibilité au feu, sommeil réduit à presque rien. L'historien français Joachim Bouflet, consultant auprès de postulateurs de causes de béatification[1] et auteur d'une vaste encyclopédie en trois tomes consacrée au sujet, distingue deux grandes familles : les phénomènes objectifs, où l'élément matériel domine (lévitation, luminosité, odeur, incorruption des corps), et les phénomènes subjectifs, où la volonté ou le désir du sujet semblent concourir au prodige sans jamais en exclure la dimension corporelle (inédie, communions à distance, pouvoir sur les éléments)[2].

Plusieurs de ces phénomènes — lévitations, phénomènes lumineux, incendium amoris, corps incorruptibles, inédies, stigmates, bilocations — disposent déjà d'un article Ignispedia propre, plus détaillé que ce qu'un panorama peut leur consacrer. Ce portail les résume avec renvoi, puis développe en propre ceux qui n'ont encore reçu aucun traitement dédié : l'odeur de sainteté, les images qui pleurent, les communions à distance, la marche sur l'eau, le pouvoir sur les éléments, l'insensibilité au feu, l'agilité, la subtilité, la hiérognosie, le discernement des esprits, la xénoglossie et le sommeil suspendu, ou agrypnie.

L'enjeu n'est jamais de dresser un catalogue de merveilles. Bouflet le rappelle sans détour : un fait objectif n'est pas encore un miracle[3] — un événement matériel inexpliqué doit encore franchir les étapes de l'exclusion de la fraude, de l'examen des causes naturelles possibles, de la signification spirituelle et, enfin, du jugement de l'Église. Le journaliste scientifique Aimé Michel, dans son étude Métanoia, ajoute un garde-fou théologique décisif :

« Il n'y a donc aucune corrélation entre les degrés de la sainteté et les phénomènes mystiques ; le plus grand des saints peut ne connaître jamais ces états, il n'en est pas moins aimé de Dieu ; inversement, on voit de grands mystiques dont l'héroïcité n'est visible que de Dieu seul. » — Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 94[4]

Le prodige n'est ni nécessaire ni suffisant pour la sainteté : il en est, au mieux, un signe secondaire, toujours soumis au discernement de l'Église. Mais là où il est établi, il est un signe réel, que l'on peut examiner comme n'importe quel fait — et dont le sens dernier, chez les saints, est l'amour de Dieu qui s'empare d'une vie.

Un fait matériel n'est pas encore un miracle : la méthode du discernement

Trois ouvrages de référence font autorité sur ces questions : les deux premiers tomes de l'Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique de Joachim Bouflet — l'ouvrage en compte un troisième, Les Anges et leurs Saints (2003), consacré aux anges et aux perceptions extraordinaires en contexte religieux, hors du périmètre de ce portail[5] —, Métanoia d'Aimé Michel et Phénomènes mystiques extraordinaires d'Adolphe Tanquerey, extrait de son classique Précis de théologie ascétique et mystique. Les cas retenus le sont pour la qualité de leur documentation — témoins nommés, dates précises, contrôles médicaux ou judiciaires — et non pour leur seul caractère spectaculaire.

Deux tomes, une seule vigilance

Bouflet explique lui-même l'architecture de son encyclopédie en ouverture du second tome, et cette explication vaut de plan directeur pour tout le sujet :

« Après un volume traitant des phénomènes objectifs extraordinaires qui signalent parfois l'expérience mystique, ce deuxième tome aborde la présentation et l'étude des phénomènes subjectifs : ceux où la volonté, le désir ou une simple inclination semblent favoriser la survenue de certains prodiges, qui seraient en quelque sorte la concrétisation de souhaits plus ou moins explicites des sujets concernés ou de leur entourage. À cause précisément du caractère subjectif (en partie) de ces manifestations insolites, le discernement en est rendu plus délicat, quand bien même l'élément objectif ne manque jamais, qui inscrit les faits dans la réalité. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 5[6]

« Subjectif » ne signifie donc jamais imaginaire. Bouflet précise aussitôt que ces phénomènes restent corporels et datables :

« Si subjectifs qu'ils soient, les phénomènes abordés dans ce deuxième tome intéressent encore l'activité physique, corporelle, de ceux qui les expérimentent : l'inédie touche les fonctions organiques que sont la nutrition et l'excrétion ; les apports télékinésiques [...] se déroulent sur le plan spatio-temporel du sujet, de même que la bilocation ; le pouvoir sur les éléments est exercé [...] dans le cadre concret de leur vie, dans la réalité de l'incarnation. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 5[7]

Cinq étapes avant de parler de miracle

Infographie de synthèse : constat, causes, signification, fruits et jugement ecclésial. Source : Bouflet, t. 1, p. 214 et 261–262. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au terme de son premier tome, Bouflet résume le processus de discernement qui doit s'appliquer à chaque dossier :

« En matière de discernement et d'appréciation, la réalité objective de l'événement ne saurait être un argument suffisant : les critères de cohérence et de signification ont une importance au moins aussi grande. [...] Un jugement positif sur leur origine et leur authenticité surnaturelles ne peut être émis sans que cette question n'ait trouvé une réponse exempte de toute ambiguïté. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 214[8]

Il détaille ensuite la répartition des compétences entre science et autorité ecclésiale :

« Il appartient à la seule autorité ecclésiastique de définir et de reconnaître le caractère miraculeux d'un signe, les instances médicales et scientifiques étant habilitées simplement à en contrôler et en attester le caractère naturellement inexplicable. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 261-262[9]

Énoncé avant les Normes du Dicastère du 17 mai 2024, ce principe demeure — seule l'Église juge en dernier ressort — mais la forme ordinaire de sa conclusion a changé : ces normes ne comportent normalement plus de déclaration sur le caractère surnaturel du fait discerné, et le nihil obstat autorise une dévotion sans certifier l'origine du phénomène (voir « Ce que dit l'Église aujourd'hui »)[10].

Bouflet résume sur la même page les critères qui permettent de dire que « le doigt de Dieu est là » : une « réalité objective parfaitement inexplicable du point de vue scientifique, transparence, signification et intégration féconde dans le vécu du peuple de Dieu »[11]. Il en tire une conséquence qui déjoue les lectures pressées : lorsque l'Église refuse à un prodige tout caractère miraculeux, « cela n'implique pas nécessairement que le fait est explicable a priori par de seules causes naturelles » ; plusieurs faits dont la réalité objective a été admise n'ont pas été reconnus, faute d'une signification évidente ou de fruits durables[12]. Adolphe Tanquerey, dans son classique extrait du Précis de théologie ascétique et mystique, ajoute une règle de poids cumulatif :

« En général, on ne se contentera pas d'une seule preuve, on en exigera plusieurs ; et on se demandera si elles sont cumulatives et convergentes, si elles se confirment les unes les autres : plus elles sont nombreuses et plus on aura d'assurance. » — Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 26[13]

Partir du doute, pas de la crédulité

Aimé Michel formule la posture méthodologique la plus utile pour aborder l'ensemble de ces faits :

« Ma position de départ sera celle du doute. Je considérerai que mes seules connaissances et mes seules méthodes sont celles, modestes, limitées et toujours susceptibles d'une remise en question, de la science. » — Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 18[14]

Il précise plus loin ce que vaut, et ce que ne vaut pas, un témoignage :

« S'il s'agit de stigmates, je veux un médecin, un biologiste, j'en veux plusieurs, d'opinions opposées, ayant si possible intérêt à affirmer que le prodige n'a pas eu lieu. Même alors, peut-être ne serai-je pas convaincu. Mais du moins me semblera-t-il que le fait mérite d'être connu et médité. » — Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 149[15]

Compétence, pluralité, contradiction possible du témoin : ces trois exigences permettent de séparer, dans les dossiers qui suivent, les faits établis des fraudes démasquées.

Les phénomènes déjà couverts par un article dédié

Sept phénomènes disposent déjà d'un article Ignispedia propre : cinq sont résumés ici — quatre relèvent des phénomènes objectifs du premier tome de Bouflet, le cinquième, l'inédie, ouvre son second tome consacré aux phénomènes subjectifs — et deux autres, les stigmates et les bilocations, sont seulement renvoyés vers leur dossier détaillé.

La lévitation

Ludovico Mazzanti, Saint Joseph de Cupertino s’élève en vol à la vue de la basilique de Lorette (1767), sanctuaire Saint-Joseph-de-Cupertino, Osimo. Wikimedia Commons, domaine public.

L'élévation d'un corps ou d'un objet sacré sans support visible compte parmi les prodiges les plus anciennement attestés de l'hagiographie. Le jésuite Herbert Thurston en a recensé plus de deux cents cas, dont les preuves, pour le tiers d'entre eux, « sont à tout le moins respectables »[16]. Olivier Leroy, qui s'en tenait aux dix premiers mois des Acta Sanctorum, comptait environ 60 lévitants pour 14 000 saints, soit environ 0,43 % — à peine un demi pour cent ; en examinant les 305 personnes ayant vécu aux XIXe et XXe siècles et béatifiées jusqu'en juin 2001, martyrs exclus, Bouflet en relève 26, soit 8,5 %, en ne retenant que les cas « signalés par des témoignages nombreux et incontestables »[17]. Pour plusieurs exemples anciens, il écrit que l'on « ne saurait sans parti pris ou mauvaise foi contester la réalité, tant sont décisifs le nombre, la valeur et la convergence des témoignages s'y rapportant »[18]. Tanquerey en distingue trois formes : l'extase ascensionnelle, où le corps se maintient au-dessus du sol ; le vol extatique, à de grandes hauteurs ; et la « marche extatique », où le corps « semble courir rapidement en rasant le sol »[19].

Le phénomène n'appartient pas au seul passé. Bouflet cite le témoignage de saint Luigi Orione (1872-1940) sur l'un de ses religieux, Cesare Pisano, en religion frère Ave Maria, que Bouflet qualifie de vénérable :

« Je pourrais jurer que j'ai vu frère Ave Maria soulevé de terre, à peu près à cette hauteur [environ 40 cm], pendant qu'il était à lire l'Imitation du Christ. J'étais entré silencieusement dans sa cellule, la porte était à demi ouverte, et je l'ai surpris dans cette situation [...] j'attendis un peu, admirant le phénomène extraordinaire, puis je sortis sans que frère Ave Maria s'aperçût de rien. » — Saint Luigi Orione, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, p. 14[20]

Le cas le plus documenté reste celui de saint Joseph de Cupertino (1603-1663), dont la première lévitation eut lieu le 4 octobre 1630, dans l'église de Copertino, aux vêpres de la Saint-François[21]. L'article dédié Les lévitations développe l'ensemble du dossier, la typologie du phénomène et ses contre-exemples.

Les phénomènes lumineux

Rayonnements corporels, nimbes ou clartés inexpliquées entourant certains mystiques en prière constituent une seconde famille bien attestée, que Bouflet documente pour des cas aussi variés que saint André Bessette[22] ou saint Charbel Makhlouf, au-dessus du corps duquel le frère Élie Mehrini vit planer une lumière jaillie du tabernacle, dans la nuit qui suivit sa mort, le 24 décembre 1898[23]. Tanquerey, résumant Benoît XIV, en donne les critères : le moment et l'éclat de la lumière, sa durée, son lien avec un acte religieux, ses effets de grâce et la sainteté de la personne ; il y voit, chez les saints, « une sorte d'anticipation de la clarté qui illuminera les corps glorieux »[24]. L'article Les phénomènes lumineux en présente le dossier complet.

L'incendium amoris

L'incendium amoris, ou embrasement d'amour, désigne une hyperthermie mystique rapportée chez des sujets en extase profonde, jusqu'à faire éclater des thermomètres — le cas le plus connu étant celui de Padre Pio : à Naples, pendant son service militaire, les thermomètres « montaient au maximum ou éclataient », et un thermomètre de bain placé sous son bras indiqua 48,5 °C[25]. L'article Les incendia amoris traite ce dossier dans son ensemble, y compris les cas où l'Église a discerné une contrefaçon du phénomène plutôt qu'une grâce authentique.

L'incorruption des corps et les signes accompagnant la mort

Bouflet consacre tout un chapitre aux « phénomènes accompagnant la mort » : chaleur et souplesse conservées, mouvements post mortem, effusions de sang ou de larmes, parfums, absence de rigidité cadavérique, puis incorruption proprement dite[26]. Son cas directeur est celui de la bienheureuse Maria Giuseppina Catanea, carmélite napolitaine morte le 14 mars 1948, après une sclérose en plaques et une gangrène foudroyante qui avaient réduit son corps « à l'état de ruine »[27]. Le professeur Generoso Colucci, spécialiste des maladies nerveuses et mentales, qui l'examine pour la seconde fois neuf jours après le décès, écrit :

« Je dois signaler qu'au bout de tant de jours après le décès, on ne relève dans les parties visibles du cadavre ni taches cadavériques, ni taches hypostatiques. [...] Sœur Giuseppina nous apparaît encore aujourd'hui comme une personne endormie et souriante. » — Professeur Generoso Colucci, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 1, p. 348[28]

Le corps resta exposé treize jours sans odeur ni décomposition ; l'exhumation canonique du 24 mars 1950 le retrouva intact, et le sang prélevé deux ans avant sa mort, déposé en ampoules dans le cercueil, fut trouvé encore liquide — ce qu'attestèrent le docteur Luigi De Lucca et les témoins de l'exhumation[29]. Bouflet juge ce cas « remarquablement documenté » : il réunit presque tous les signes qui peuvent suivre la mort d'une personne en réputation de sainteté[30]. Il formule ensuite le principe qui domine tout le dossier de l'incorruption : le prodige, s'il existe, n'est jamais permanent.

« Le miracle d'incorruption est ponctuel : il consiste en la suspension, pendant un laps de temps plus ou moins long, du processus naturel et irréversible de la putréfaction cadavérique. [...] L'incorruption n'est pas un “miracle continué”, mais un prodige ponctuel qui a valeur de signe. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 424[31]

Une décomposition ultérieure n'invalide donc pas l'anomalie constatée auparavant. L'article Les corps incorruptibles développe l'ensemble du dossier, y compris la distinction entre incorruption, momification et saponification, que l'Église refuse de confondre avec un miracle[32].

Bouflet précise aussitôt la portée de ces faits objectifs liés à la mort, que l'observation, parfois même la science médicale, peut constater : ils pourraient être autant de signes d'espérance, mais « il ne s'agit pas de preuves d'une survie, mais d'incidents qui signifient un ordre de réalités autres que celles qui sont inscrites dans notre univers dimensionnel »[33].

L'inédie

Thérèse Neumann (1926). Bundesarchiv, Bild 102-00241 / Ferdinand Neumann – Bild urheberrechtlich geschützt, CC BY-SA 3.0 DE. Version Commons recadrée, sans modification supplémentaire.

L'inédie est, selon la définition qui ouvre le second tome de Bouflet, « la privation absolue de toute nourriture, liquide ou solide », distincte du jeûne et sans rapport avec l'anorexie[34]. L'Église n'a jamais admis qu'on en fasse vœu : ce serait, écrit-il, « présomption de la part du jeûneur »[35]. Le dossier le mieux contrôlé reste celui de Thérèse Neumann. À la demande de Mgr Anton von Henle, évêque de Ratisbonne, le docteur Seidl, chirurgien-chef de l'hôpital de Waldsassen, la fit surveiller jour et nuit par quatre religieuses de Mallersdorf du 13 au 28 juillet 1927 : pendant ces quinze jours, elle n'absorba rien d'autre que la parcelle d'hostie de sa communion quotidienne et n'eut aucune excrétion — une observation que Bouflet qualifie de « modèle du genre »[36].

Un refus de contrôle interdit à l'inverse de parler de preuve : à propos de Marie-Rose Ferron, dont les parents s'opposèrent toujours à un protocole médical, Bouflet conclut qu'« il n'existe aucune preuve de la réalité de cette inédie de dix années »[37]. Et la visionnaire portugaise Amélia Rodrigues, placée sous surveillance à l'hôpital de Coimbra par le professeur João Porto, fut surprise avec les instruments de ses faux stigmates — deux petites croix de chapelet, un miroir, un flacon de liquide corrosif — et avoua qu'une de ses sœurs la nourrissait la nuit[38].

L'article Les inédies détaille les dossiers contemporains les mieux contrôlés, notamment ceux de Thérèse Neumann, de la bienheureuse Alexandrina de Balazar et du cas de Madame R.

L'odeur de sainteté

La fragrance perçue autour de certains mystiques, de leurs reliques ou de leurs sanctuaires forme l'une des catégories les plus anciennes de la phénoménologie mystique. Bouflet la relie explicitement à la dimension ecclésiale, et non purement individuelle, du signe :

« Des phénomènes de senteurs inexplicables signalent parfois les apparitions publiques de la Vierge Marie, indépendamment de la personne du (des) voyant(s). Ils seraient le signe de l'union existant entre le Christ et son Corps mystique, union que vient rappeler la Mère de l'Église et dont elle se fait occasionnellement l'instrument. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 153[39]

Pour les parfums émanant des corps des saints, de leur vivant ou après leur mort, Tanquerey résume trois vérifications demandées par Benoît XIV : la persistance de l'odeur ; l'absence de cause explicative auprès du corps ou dans le terrain ; les miracles éventuellement obtenus par l'usage de l'eau ou de l'huile provenant du corps. Ces critères portent sur le discernement du signe, au-delà du seul constat d'une senteur agréable.[40]

Entrée de la basilique Notre-Dame du Laus (Hautes-Alpes), sanctuaire des apparitions à Benoîte Rencurel. Photo Marchall (2008), Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Parmi les lieux d'apparitions mariales où des parfums ont été rapportés, Bouflet n'en retient qu'un comme véritablement probant :

« En somme, les lieux d'apparitions mariales où se produisent d'authentiques phénomènes de fragrance sont très rares [...] Seul le Laus en constitue un exemple véritablement probant, peut-être unique au monde. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 156[41]

Le jugement a trouvé, depuis, une confirmation ecclésiale : les apparitions de la Vierge à la bergère Benoîte Rencurel, au Laus, de 1664 à 1718, ont été proclamées d'origine surnaturelle le 4 mai 2008 au sanctuaire par l'évêque de Gap et d'Embrun, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri (décret daté du 5 mai 2008)[42].

Au carmel de Lisieux, Camille Burette rapporte un épisode où les perceptions divergent. Marie de la Trinité sentit de l'encens près d'une planche humide et vermoulue dont elle ignorait la provenance. Prévenue, mère Agnès de Jésus ne sentit rien ; une novice perçut l'encens, puis sœur Thérèse de Saint-Augustin, appelée sans explication, le sentit également. Lorsque la communauté, cette fois avertie du phénomène, examina la planche à la récréation, les autres sœurs ne perçurent que l'humidité et la moisissure. Le docteur La Néele reconnut ensuite un fragment détaché du cercueil de Thérèse lors de l'exhumation du 6 septembre 1910, à laquelle il avait participé comme expert. Un ouvrier du cimetière avait auparavant caché ce bois dans les broussailles pour le récupérer à des fins de dévotion. Le récit conserve donc les observations négatives et la manipulation antérieure de l'objet ; il ne décrit pas une expérience menée sous surveillance continue.[43]

Un contrôle simple démasque une fausse fragrance

La fausse mystique lorraine Catherine Filljung (1848-1915) fut convaincue de fraude et de simulation d'extases et de stigmates, et dut répondre jusque devant les tribunaux de mensonges, de calomnies et de détournements de fonds[44]. Elle faisait passer l'odeur perçue au matin dans son oratoire pour la trace d'une visite nocturne des anges. Une de ses compagnes y fit brûler en cachette de petits cierges d'encens achetés à Saint-Avold :

« Le lendemain matin, les “sœurs”, qui ne savaient rien de cet achat, furent émerveillées par l'odeur exquise de l'oratoire. Catherine était absente. À son retour, les sœurs lui parlèrent de cette odeur. Elle rougit, ne dit aucun mot et, prise de colère, s'éloigna. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 158-159[45]

Après cette expérience en aveugle, aucune « senteur angélique » ne fut plus jamais constatée dans le couvent[46]. Ce cas montre qu'un test simple — introduire discrètement un parfum ordinaire — suffit parfois à démasquer un phénomène qui n'a rien de surnaturel, et rappelle que l'accord de plusieurs témoins sur une odeur réelle ne prouve jamais, à lui seul, son origine.

Natuzza Evolo : toutes les formes de l'odeur de sainteté

Le dossier le plus complet de fragrance mystique contemporaine étudié par Bouflet est celui de la Calabraise Natuzza Evolo. Le professeur Maria Mantelli, de Catanzaro, rapporte ce qu'elle constata avec son frère au terme d'une visite médicale :

« Au terme de la visite médicale, il se répandit dans la pièce un parfum très intense, mélange de fleurs, de cédrat, d'ambre et de citronnelle. Mon frère en resta tout émerveillé et inspecta la maison entière pour découvrir l'origine de cette senteur ; il voulut voir si Natuzza la porte sur elle, mais elle n'use d'aucun parfum. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 160[47]

Une autre observatrice, Ida Marino, reçut par courrier un mouchoir taché du sang de Natuzza et décrit un phénomène de transmission aux objets :

« Je multipliai les expériences, pour vérifier la provenance du parfum. [...] Je posais ces objets dans telle ou telle pièce, fermais la porte, et revenais un peu plus tard ; et alors je sentais ce parfum intense, pénétrant, à vous étourdir. Le phénomène a duré trois jours. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 161[48]

Un autre témoignage recueilli par Valerio Marinelli porte sur un chapelet confié à Natuzza puis rendu après qu'elle l'eut touché : durant le trajet du retour, les voyageurs perçurent dans leur voiture un parfum intense et en identifièrent l'origine dans l'objet. Le professeur Diego Menniti, orthopédiste en chef de l'hôpital civil de Nicastro, confirma avoir senti à plusieurs reprises une odeur rappelant la térébenthine sur ce chapelet, ensuite posé au chevet du malade. Il s'agit d'une constatation olfactive rapportée, sans analyse chimique mentionnée. La note de Bouflet précise que Natuzza ne bénissait pas elle-même les objets : elle priait intérieurement en les présentant à la bénédiction du Christ.[49]

Pour Bouflet, ce dossier a « l'avantage d'illustrer toutes les formes que revêt l'odeur de sainteté[50] » : parfum émanant de la personne, linges tachés de sang qui embaument, objets touchés qui retiennent la senteur, parfums perçus à distance. Il y corrige au passage une confusion fréquente entre cette dernière forme et la bilocation véritable :

« Assurément, il est excessif de parler en l'occurrence de bilocation. [...] Tout au plus s'agit-il d'une présence spirituelle, voire d'une vue à distance, ou de télépathie. La bilocation, stricto sensu, est un prodige d'un autre ordre. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 164[51]

Le parfum des stigmates

Padre Pio, dessin de Roberto Dughetti (1966). Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, sans modification.

La fragrance peut aussi accompagner directement une plaie stigmatique. Chez Padre Pio, le docteur Romanelli la signale dès sa lettre du 7 novembre 1920 au provincial des capucins ; c'est son confrère le docteur Festa qui établit le lien avec le sang des plaies, dans sa troisième relation, datée du 7 avril 1925 — lui-même privé d'odorat, il s'appuie sur le témoignage de Romanelli et de nombreux visiteurs[52] :

« Le sang qui s'écoule goutte à goutte des plaies que le Padre Pio porte sur son corps a un parfum subtil et pénétrant, qu'un grand nombre de personnes l'ayant approché ont pu sentir [...] Padre Pio ne fait ni n'a jamais fait usage d'aucune sorte de parfum. » — Docteur Festa, troisième relation, 7 avril 1925, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 1, p. 132[53]

Le médecin souligne ce que le fait a de contraire à la biologie :

« Ceux qui s'occupent de la conservation des tissus animaux savent bien que, pour réaliser leur but, il est nécessaire de bien saigner les chairs, le sang étant parmi les tissus organiques celui qui se décompose le plus vite. [...] Aussi, loin de flatter la muqueuse olfactive par un parfum plaisant, les morceaux d'étoffe imbibés du sang coulant des plaies de Padre Pio [...] auraient dû pour le moins être sujets à un processus de décomposition, et certainement pas être source de parfums. » — Docteur Festa, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 1, p. 133[54]

L'article dédié Les stigmates de Padre Pio développe ce dossier médical dans son ensemble.

Les images qui pleurent et qui saignent

Bouflet consacre l'un de ses chapitres les plus longs aux statues, icônes et tableaux dont des liquides — larmes, sang, sueur, huile — s'écoulent sans cause apparente. Il l'ouvre par « sept miracles récents » : au XXe siècle, écrit-il, plusieurs faits relatifs à des effigies sacrées « ont été tenus pour miraculeux par l'autorité ecclésiastique compétente, dès lors que les scientifiques les avaient déclarés inexplicables naturellement »[55]. Le tableau suivant compare, pour ces sept dossiers, la donnée matérielle établie et l'acte ecclésial qui l'a suivie :

DossierDate des faitsDonnée matérielle établieActe de l'autorité ecclésiastique
Asti (Italie)Août 1933Crucifix radiographié ; liquide analysé à l'institut médico-légal : sang humain purDécret de Mgr Umberto Rossi, évêque d'Asti, 23 avril 1934
Airola (Italie)Février-mars 1947Sang humain du groupe O+ ; écoulement vu par plusieurs témoinsMgr Ilario Roatta : réalité reconnue le 25 juillet 1974, caractère surnaturel le 11 février 1976
Salta (Argentine)1950-1955Photographie exsudant, même sous scellés, un liquide comparable à la sueur humaineEnquête canonique ouverte
Syracuse (Italie)29 août - 1er septembre 1953Larmes humaines, selon l'analyse du laboratoire d'hygiène de SyracuseRéalité reconnue par les évêques de Sicile le 12 décembre 1953 ; caractère miraculeux par Mgr Ettore Baranzini le 16 décembre
Porto das Caixas (Brésil)26 janvier 1968Trois laboratoires identifient, sans connaître l'origine de l'échantillon, du sang humain O+Mandement de l'archevêque de Niterói autorisant la vénération
Akita (Japon)1973-1981Sang du groupe B, sueur AB, larmes O+ ; 101 lacrymations devant témoinsLettre pastorale de Mgr Itô, évêque de Niigata, 22 avril 1984
Damas (Syrie)20-25 juillet 1977Larmes humaines, vues par des milliers de chrétiens et de musulmans, dont le nonce Angelo PedroniOrigine surnaturelle reconnue le 15 janvier 1987 par Mgr Mounayer, archevêque syro-catholique de Damas

Sources : Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 189-201 et 262.[56]

Infographie : sept dossiers de nature et de statut ecclésial distincts. Vignettes symboliques. Source : Bouflet, t. 1, p. 189–201. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le dossier de Syracuse offre l'exemple le mieux documenté sur le plan scientifique. Le rapport du professeur La Rosa répond directement à l'hypothèse d'une simple condensation :

« Une condensation superficielle d'humidité se serait uniformément répandue sur toute la surface et jamais n'aurait pu déterminer dans les yeux seuls le lent, très lent, phénomène de versement des larmes. [...] Le liquide émis par les yeux de la “Madonnina” a une composition analogue à celle des larmes humaines. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 194, citant le rapport des docteurs La Rosa et Marletta, 29 novembre 1953[57]

Dans Faussaires de Dieu, Bouflet précise le contexte humain du signe de Syracuse : le bas-relief en plâtre était suspendu au chevet d'une jeune femme enceinte gravement malade. Il rapporte sa guérison, puis celles d'autres personnes, au contact de tampons d'ouate imbibés des larmes, et y voit l'expression de la compassion de la Vierge pour la souffrance humaine. Il associe à cette interprétation deux éléments d'enquête : la présence de témoins et l'exclusion d'une manipulation de l'image.[58]

Le dossier d'Akita, lui, a dû écarter une hypothèse parapsychologique. Le sang recueilli en 1973 sur la main de la statue étant du groupe B, comme celui de sœur Agnès Sasagawa, certains enquêteurs lui prêtèrent un pouvoir de « projection ectoplasmique » : elle aurait projeté son propre sang sur le bois par la seule force de la pensée. La sueur recueillie le 29 septembre 1973 se révéla du groupe AB ; puis, après une première conclusion négative de la commission diocésaine, une contre-expertise de la faculté de médecine légale de Gifu identifia des larmes humaines du groupe O+ — alors que la religieuse était parfois absente du couvent quand la statue pleurait[59].

Les contre-cas : quand la fraude est démasquée

Bouflet ne présente jamais ces sept cas comme représentatifs de l'ensemble des faits allégués. Il documente au contraire de nombreux dossiers frauduleux ou naturellement explicables. À Schwandorf, en Allemagne, deux commissions indépendantes conclurent à une infiltration due à un défaut de toiture :

« Les modifications qui apparaissent sur le papier ou le support des photographies soumises à l'examen résultent des effets de l'humidité et de la prolifération subséquente de moisissures et de bactéries. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 233[60]

À Ladeira, au Portugal, l'analyse chimique fut sans appel malgré des dépositions solennelles :

« Les analyses effectuées ont démontré de la façon la plus catégorique qu'il s'agissait de sang de poulet ! [...] Pourtant, il s'est trouvé des témoins pour affirmer sous serment qu'ils avaient vu jaillir le sang des plaies du Christ. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 241[61]

Ce dernier cas est un contre-exemple précieux à l'argument selon lequel « plusieurs témoins affirment avoir vu le phénomène commencer » suffirait à établir son authenticité : ici, la fraude matérielle est certaine, et les dépositions oculaires n'y changent rien.

Le cas d'Assemini, en 1993, révèle une fraude différente, décrite par Bouflet d'après Giovanni Panunzio : une statue creuse versait du liquide grâce à un dispositif télécommandé, puis fut remplacée par un double non truqué sur lequel les mêmes traces avaient été reproduites. La perquisition révéla la substitution. Une expertise de la seule statue de remplacement aurait donc pu constater l'absence de mécanisme sans jamais examiner l'objet vu en train de pleurer. L'arrêt des écoulements sous observation ne constitue pas, à lui seul, la preuve de la fraude : ici, cette preuve vient du dispositif et du double découverts.[62]

Le dossier le plus massif de la période reste celui de Teresa Musco, en Italie, où Bouflet recense 623 phénomènes sur 226 jours, entre février 1975 et août 1976[63]. Il en tire une conclusion méthodologique valable pour l'ensemble du chapitre :

« Tels sont les faits, dans leur réalité objective, indéniable. Quelle est leur signification ? Car c'est à ce niveau que, toute explication par l'illusion ou par la fraude ayant été écartée, se situe la question pour l'Église. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 255[64]

Bouflet met enfin en garde contre le danger propre à ce type de phénomène, celui de la surenchère :

« Un processus de surenchère s'instaure : par son caractère sensationnel, le signe prend le pas sur le message, quand il ne se substitue pas à lui. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 259[65]

Les communions à distance

Le tome 2 de Bouflet s'ouvre, après le chapitre sur l'inédie, sur les phénomènes liés à l'hostie consacrée qui rejoint un communiant sans l'intermédiaire ordinaire du prêtre. Le terme technique, repris d'Herbert Thurston, est précis :

« Le transport allégué de l'hostie dans l'air, par quelque entremise inexpliquée, de l'autel ou des mains du prêtre officiant jusqu'aux lèvres du communiant prêt à la recevoir. » — Herbert Thurston, Les Phénomènes physiques du mysticisme, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 117-118[66]

Bouflet distingue trois modalités qu'il refuse de confondre : l'hostie qui reste suspendue sans se déplacer, l'hostie qui se déplace effectivement depuis l'autel ou le ciboire, et l'hostie qui apparaît directement sur la langue sans trajet observé. Il réserve le terme strict de télékinésie au deuxième cas :

« Dans ce cas, comme dans les précédents, non seulement l'hostie plane sans aucun support, mais elle se déplace : on peut alors parler stricto sensu de télékinésie. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 124[67]

Bouflet refuse pourtant de ramener ces faits à un simple transport d'objet. Réduire l'hostie reçue de cette manière à une image hallucinatoire, écrit-il, c'est « faire peu de cas de la matérialité des faits, établie sans conteste dans de nombreux cas », et oublier que les espèces eucharistiques voilent la Personne même du Christ :

« Si l'apport télékinésique d'objets quelconques ne reste toujours qu'un apport, quand bien même prodigieux, la communion télékinésique doit en revanche être considérée comme la rencontre de deux personnes — le communiant et la Personne de Jésus —, qui concrétise selon un mode particulier la rencontre de deux volontés. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 118[68]

Infographie : modalités rapportées des communions à distance. Source : Bouflet, t. 2, p. 117–137. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le récit le plus circonstancié que rapporte Bouflet concerne la stigmatisée Magdeleine Morice, observée par six témoins munis d'une lumière de contrôle :

« Nous nous trouvâmes au nombre de six pour voir ce spectacle ; nous examinâmes de près les uns et les autres, passant une lumière de tous côtés pour voir si l'hostie n'était point collée. [...] Il se passa trois heures et demie environ. Pendant ce temps, nous ne cessâmes d'observer la malade [...] ne donnant pour signe de vie qu'un léger souffle qui portait directement sur l'hostie, sans cependant la faire vaciller. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 120-121, citant Antoine Imbert-Gourbeyre, La stigmatisation[69]

Bouflet précise que le phénomène joue toujours sur un double registre : la vision intérieure du sujet, et la matérialité de l'hostie accessible aux tiers :

« Le phénomène se déroule sur un double plan, celui subjectif de la vision, et celui objectif de la matérialité de l'hostie que les témoins peuvent voir, parfois toucher, et que le sujet ingère et assimile suivant le processus naturel de la manducation et de la déglutition propre à toute communion sacramentelle “normale”. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 137-138[70]

Le cas de Raffaella Lionetti (1918-1991) illustre une apparition de l'hostie sans trajet observé. Bouflet cite sa biographie publiée par son groupe de prière : pendant ses extases, une hostie, parfois plusieurs, se matérialisait dans ses mains tendues, devant de nombreux témoins et dans des circonstances variées. Dans sa vision, elle recevait l'hostie de Jésus en présence de Marie ; lorsque plusieurs hosties apparaissaient, elles étaient destinées aux fidèles qui priaient avec elle. Le récit distingue ainsi la vision de la mystique de l'objet visible aux assistants ; il rapporte aussi des parfums et des témoignages de retour à la confession et à l'Eucharistie.[71]

Le curé d'Ars, témoin à la première personne

« Portrait authentique du saint curé d’Ars, exécuté d’après nature », reproduction conservée à la Bibliothèque patrimoniale de Pau (Gallica, BnF). Wikimedia Commons, domaine public.

Le témoignage le plus direct vient d'un prêtre canonisé. Saint Jean-Marie Vianney raconta lui-même, devant deux pasteurs protestants qui doutaient de la présence réelle, ce qui lui était arrivé en donnant la communion à un homme qui priait la Vierge de lui obtenir la foi :

« Écoutez bien ça : je ne dis pas que cela est arrivé quelque part, je dis que ça m'est arrivé à moi. Au moment où cet homme se présentait pour recevoir la communion, la sainte hostie s'est détachée de mes doigts, quand j'étais encore à une bonne distance ; elle est allée d'elle-même se reposer sur la langue de cet homme. » — Saint Jean-Marie Vianney, rapporté par Alfred Monnin, Le curé d'Ars, Paris, Douniol, 1861, t. II, p. 394, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, p. 125-126[72]

Bouflet rattache à la même tradition la visitandine d'Albi Marie-Angélique de La Grave, qui, interrogée après un prodige semblable la veille de Noël 1683, répondit que Jésus-Christ « aime l'abaissement »[73].

Marthe Robin : revenir aux attestations, pas aux amplifications

Le dossier le plus populaire — celui de Marthe Robin — reçoit de Bouflet un traitement critique et proportionné, ni négateur ni complaisant :

« Quelques témoignages, versés au dossier de la cause de béatification, ne permettent pas de douter de leur réalité, mais là encore les biographes ont souvent majoré la fréquence et l'ampleur du phénomène ; tout au plus relève-t-on, dans les milliers de pages du summarium, une petite dizaine d'attestations de prêtre qui ont senti l'hostie s'échapper de leurs doigts au moment où ils allaient communier la stigmatisée. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 125-126[74]

L'une de ces attestations, recueillie le 13 juillet 1992 pour la cause de béatification, donne la mesure du fait sans amplification :

« Dans la pénombre de sa chambre, je craignais de ne savoir trouver la bouche de notre “petite Marthe” et m'avançais, tenant la sainte hostie entre mes doigts. Je fus très ému de la voir se détacher de mes doigts pour entrer d'elle-même dans la bouche de Marthe. Le Père Finet éclaira alors le visage de Marthe, que je vis alors en extase (je n'avais jamais rien vu de plus beau). » — Témoignage d'un prêtre, Summarium de la cause, XIX, p. 5521, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, p. 126[75]

Fatima : une communion à distance intégrée à une apparition reconnue

Lúcia dos Santos, Francisco et Jacinta Marto, vers octobre 1917, photographie attribuée à Joshua Benoliel (Ilustração Portuguesa). Wikimedia Commons, domaine public.

Le dossier le plus solide, parce qu'il n'appartient pas seulement à une biographie privée mais à l'ensemble reconnu de Notre-Dame de Fatima, reste le récit de sœur Lucie sur l'apparition de l'ange en 1916 :

« Nous avons vu l'Ange, tenant dans la main gauche un calice sur lequel était suspendue une Hostie, d'où tombaient quelques gouttes de sang dans le calice. [...] Il me donna à moi la Sainte Hostie, et, le Sang du calice, il le partagea entre Jacinthe et François. » — Sœur Lucie, Lucie raconte Fatima, citée par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 145[76]

Quand le dossier est négatif

Un fait matériel invoqué à l'appui d'une communion miraculeuse peut aussi s'avérer entièrement fabriqué. Parce qu'il s'agit du Corps du Christ, les théologiens tiennent la manipulation d'hosties destinée à simuler ces prodiges pour « gravement irrespectueuse, sinon sacrilège » ; l'Inquisition espagnole intervint avec rigueur, au XVIe siècle, contre Magdalena de la Cruz et María de la Visitación, accusées de fraudes de ce genre[77]. Au XIXe siècle, Pie IX tranche sans ménagement le cas de la stigmatisée Palma Matarelli, d'Oria :

« Ce que fait Palma est l'œuvre du diable, et ses prétendues communions miraculeuses avec des hosties prises à Saint-Pierre sont une pure supercherie. Tout cela est faux, et j'en ai là les preuves, dans le tiroir de mon bureau. Elle a trompé beaucoup d'âmes pieuses et crédules. » — Pie IX, cité par Herbert Thurston, repris par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 119[78]

Parmi ces âmes crédules figurait le docteur Antoine Imbert-Gourbeyre, qui avait consacré des pages enthousiastes à l'une de ces communions[79]. Bouflet range de même sous le titre de « supercheries sacrilèges » les communions alléguées des voyantes de Heroldsbach, en Bavière (1949-1952), et d'El Palmar de Troya, en Espagne (à partir de 1968)[80]. Le cas de Notre-Dame de Naju, en Corée du Sud, relève d'un autre registre ecclésial : l'archevêque de Gwangju a jugé, le 1er janvier 1998, que l'origine surnaturelle des phénomènes n'était pas établie ; le 21 janvier 2008, son successeur, Mgr Andreas Choi Chang-mou, a déclaré l'excommunication latae sententiae des fidèles et des clercs qui président ou assistent, contre son interdiction, aux célébrations organisées dans les oratoires de Naju, mesure confirmée en avril 2008 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi[81].

Les apports et la multiplication des biens

Bouflet consacre deux chapitres distincts à deux familles voisines : les apports, où un objet matériel — nourriture, argent, fleurs — apparaît ou est transporté auprès d'un mystique, et la multiplication, où une quantité initiale augmente sans cause naturelle[82]. Il écarte l'explication par la seule impression subjective. Jean Guitton lui raconta en 1992 qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans un village du Midi, une femme vêtue de noir avait tendu à son épouse un pain frais avant de disparaître ; le philosophe, qui en fut rassasié, y voyait une « oniroplastie », une « pseudo-matérialisation de l'objet du désir »[83]. Bouflet répond :

« Il est, de toute façon, dans la diversité de formes que revêt le phénomène de l'apport prodigieux de biens matériels, des manifestations trop complexes — par le nombre de personnes concernées, par la conservation post eventum des objets apportés, etc. — pour s'expliquer par la seule force de l'impression, donc de l'imagination. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 164[84]

Bouflet rapporte également les apports reçus par Maria Concetta Pantusa (1894-1953) : des fruits et des fleurs qu'elle recevait de son ange gardien ou de la Vierge et partageait avec ses proches. Le témoignage qu'il cite situe entre 1940 et 1952 des arrivées répétées de pêches, mandarines, poires, pommes, raisin et abricots, de saison comme hors saison. L'auteur range ces faits parmi les matérialisations liées à l'extase qu'il qualifie d'extrêmes et de rarissimes. Il les distingue aussitôt des apports simulés : cette appréciation concerne ce dossier particulier, sans authentifier les récits similaires par simple ressemblance.[85]

Le critère de discernement le plus utile n'est pas seulement l'inexplicabilité du fait, mais sa cohérence avec la vocation du sujet :

« Dans cette existence hors du commun, les phénomènes télékinésiques apparaissent comme autant de manifestations de l'union transformante [...] parfaitement cohérents et harmonieux entre eux, ce qui est loin d'être le cas lorsqu'ils se présentent comme des éléments isolés, erratiques. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 200[86]

Bouflet rappelle enfin que la multiplication n'est jamais un mécanisme à la disposition du mystique. À Majorque, un jour où le vin manquait, la bienheureuse Francisca Ana Cirer invita une sœur à puiser encore : il y en eut assez pour le déjeuner, et même un reste, que la religieuse garda pour le lendemain — où elle trouva le tonneau à sec. « Le miracle, la reprit en souriant la Mère, il faut le prendre quand il vient, et non imaginer qu'il se plie à notre volonté ! »[87]. L'article Les multiplications de vivres développe ce dossier, notamment ceux de Don Bosco et du Lord's Ranch d'El Paso, dont l'animateur, le père Rick Thomas, reconnaissait lui-même que, faute d'une étude critique rigoureuse, les multiplications n'avaient fait l'objet que de « témoignages improvisés »[88].

La marche sur l'eau et le pouvoir sur les éléments

Une famille fondée sur l'Évangile

Infographie : les cinq domaines du pouvoir sur les éléments et leur finalité charitable. Source : Bouflet, t. 2, p. 313–314. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Bouflet ouvre ce chapitre par la tempête apaisée du lac de Galilée et définit le « pouvoir sur les éléments » non comme une capacité personnelle du mystique, mais comme un signe ordonné à une fin précise :

« Les créatures servent la gloire de Dieu et le bien surnaturel de l'homme, c'est tout un : les prodiges que l'homme opère sur elles visent à le rappeler, en servant la charité, en confortant l'espérance et en encourageant la foi de ceux qui en sont les témoins. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 314[89]

Sa typologie couvre les phénomènes atmosphériques et le feu, l'eau, les objets inanimés, le règne végétal et le règne animal[90]. Bouflet s'y impose une règle : classer et choisir, plutôt qu'aligner des anecdotes.

« L'étude de ce genre de prodiges risquerait de tourner à une nomenclature quelque peu hétéroclite et sans intérêt, si l'on perdait de vue le motif sous-jacent de ce qui semblerait à première vue être une série d'exploits plus spectaculaires qu'édifiants. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 331[91]

La marche sur l'eau

La tradition distingue plusieurs modalités : la marche directe à pied sec, le manteau servant d'esquif, la préservation au milieu des glaces et la pluie qui ne mouille pas[92]. Bouflet y voit une maîtrise ponctuelle exercée sur l'élément :

« Quel que soit le cas de figure, marche sur les eaux ou invulnérabilité à la pluie [...], on assiste dans les prodiges de ce genre à une véritable maîtrise des serviteurs de Dieu sur les éléments : l'eau est en quelque sorte apprivoisée. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 276[93]

Le cas le mieux soutenu par des pièces judiciaires est celui de saint François de Paule (1416-1507). Le batelier Pietro Coloso ayant refusé de le prendre à son bord faute d'argent, il étendit son manteau sur l'eau, en redressa un pan sur son bâton comme une voile et traversa ainsi le détroit de Messine — en 1460 selon Bouflet, en avril 1464 selon la chronologie retenue par le diocèse de Messine[94]. Les dépositions recueillies pour la canonisation rapportent la scène vue depuis l'autre rive :

« Les témoins qui déposèrent au procès de canonisation affirmèrent, sous serment, que du port de Messine on vit arriver quelque chose d'étrange par voie de mer, et que beaucoup de curieux s'approchèrent des quais. » — Alfredo Bellantonio, San Francesco di Paola, Rome, Postulation générale des Minimes, 1973, d'après les dépositions des témoins IX et XXII du procès calabrais, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 281-282[95]

Le même prodige est attesté, par une relation sous serment signée devant notaire, chez le capucin Gesualdo da Reggio Calabria (1725-1803)[96]. De ces dossiers, Bouflet écrit que le nombre des dépositions, leur convergence et la qualité des témoins « ne permettent pas d'écarter d'un revers de main ou d'une moue dubitative ces miracles, qui se sont produits non pas dans la période prétendument obscurantiste du Moyen Âge, mais en pleine époque moderne »[97].

Un dossier récent concerne le franciscain bienheureux Frédéric Janssoone (1838-1916), missionnaire au Canada. Le 15 avril 1893, au retour d'une visite à une mourante, il traversa seul, de nuit, le Saint-Laurent, large là d'environ 2,4 kilomètres, alors que la débâcle commençait et que le courant charriait des blocs de glace[98]. Au curé qui s'étonnait, il répondit :

« J'ai traversé sur la glace. — Mais il y a eu un commencement de débâcle ! — Eh oui ! et je ne sais comment je suis rendu ici. Je me suis recommandé à la Sainte Vierge et me voilà ! » — Bienheureux Frédéric Janssoone, d'après Romain Légaré et Constantin Baillargeon, Le bon Père Frédéric, Montréal, Éditions Paulines, 1988, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 284[99]

Bouflet juge qu'il est « assez difficile » d'admettre que le missionnaire soit arrivé à bon port « sans l'aide d'une intervention providentielle, sinon miraculeuse », et qu'il « n'est pas exclu qu'il ait effectivement marché sur les eaux entre des blocs de glace » : le religieux n'a jamais démenti la rumeur populaire, se contentant de répondre, quand on insistait, que « le bon Dieu peut faire des choses beaucoup plus grandes que celle-là »[100].

Le pouvoir sur l'atmosphère, le feu et les volcans

Infographie : cinq récits de nature différente, datés d'après Bouflet (le diocèse de Messine place en 1464 la traversée de François de Paule) ; scènes illustratives, sans valeur de document historique. Source : Bouflet, t. 2, p. 280–285, 297–298, 318 et 322. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le cas le plus circonstancié de ce sous-type concerne le barnabite saint Francesco Saverio Bianchi, qui arrêta une coulée de lave à Torre del Greco en 1804, lors d'une éruption du Vésuve accompagnée, le 22 novembre, d'un tremblement de terre. Son biographe Felice Sala rapporte la scène :

« Sortant de sa chambre, très serein, il recommanda le calme [...] et, accompagné des personnes présentes, il sortit sur une terrasse découverte. Joignant les mains, il pria, puis leva la main droite vers la lave qui dévalait et lui ordonna au nom de Dieu de s'arrêter. Ceux qui l'entouraient regardaient, stupéfaits : la lave s'arrêta aussitôt, n'avança plus d'un pouce. Torre del Greco était sauvée. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 318[101]

Bouflet rapporte deux renouvellements ultérieurs du même prodige, qui valurent au religieux le surnom de « saint du volcan »[102]. Un dossier canonique daté concerne la bienheureuse malgache Victoire Rasoamanarivo (1848-1894) : en 1934, un feu de brousse attisé par un vent violent menaçait tout un village et avait déjà embrasé un toit de chaume, quand un jeune catéchiste sortit en brandissant son image et en l'implorant ; le vent tourna et le feu s'arrêta. Ce miracle est l'un de ceux que la Congrégation pour les causes des saints a retenus dans la procédure de sa béatification[103].

Le bienheureux Joseph Gérard, missionnaire au Basutoland (actuel Lesotho), tient lui-même le journal des prières pour la pluie durant une sécheresse extrême :

« Depuis des mois il n'a pas plu ; sécheresse extraordinaire ; les ruisseaux sont desséchés. Une multitude [de] gens [...] sont venus. Nous avons fait la prière [pour la pluie]. Tous étaient bien contents [...]. La pluie commença à tomber après la prière. » — Joseph Gérard, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 329, d'après Aimé Roche, Clartés australes, 1951[104]

Un compagnon de voyage, Paulus, témoigne au procès de l'Ordinaire d'une zone épargnée par la grêle pendant près d'une demi-heure : « Cette grêle, je l'ai vue de mes yeux : elle nous faisait place, puis recommençait à tomber derrière nous. »[105]

Le pouvoir sur les objets, les végétaux et les animaux

Les objets : la colonne de Paola

François de Paule demanda un jour à un patricien de Paola, Nicola Picardi, de porter seul, de la carrière au chantier, une colonne de granit de deux mètres de long et de vingt-cinq centimètres de diamètre. Comme celui-ci riait en réclamant un attelage, le saint souleva la colonne et la lui plaça sous le bras : Picardi la porta sans peine. Trois témoins du procès de Cosenza, dont les dépositions sont numérotées XVII, XLV et LXXXVII, rapportent l'épisode[106]. « Tout cela ne serait pas croyable, note Bouflet, s'il n'y avait eu des dizaines de témoins, qui déposèrent lors des différents procès instruits en vue de sa canonisation, quelques années à peine après sa mort »[107].

Les végétaux : des roses sans épines

Dans le règne végétal, Bouflet résume la finalité de ces prodiges par les derniers mots de la capucine sainte Véronique Giuliani : « C'est l'amour qui a tout fait ! »[108]. Le cas le plus récent concerne Symphorose Chopin (1924-1983), qu'il tient pour « l'une des plus grandes mystiques françaises du XXe siècle »[109]. Au printemps 1971, un jeune homme lui apporta une botte de roses achetée au marché — il s'était même piqué à une épine. Alitée, elle garda les fleurs contre elle pendant la visite ; revenu sur ses pas, le visiteur examina les tiges une à une : aucune ne portait plus d'épines[110]. Elle lui dit alors :

« Petit Jean, à moi les épines, à mes frères les roses, à moi la croix, à Dieu la joie. » — Symphorose Chopin, printemps 1971, citée par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 358[111]

La bienheureuse Francisca Ana Cirer offre un autre dossier de prodiges végétaux. Bouflet rapporte, d'après Francisco Fornés, qu'un curé et un sacristain venus quêter au couvent de la Charité lui demandèrent des fleurs : les cailloux qu'elle leur tendit se changèrent en fleurs, puis un rameau desséché d'olivier sauvage se couvrit de fleurs à son tour.[112]

Les animaux : les anguilles de Santa Lucia

Dans le règne animal, le dossier le mieux sourcé concerne le frère franciscain saint Egidio Maria di San Giuseppe, à Naples. Un matin d'avril 1786, dans le quartier des pêcheurs de Santa Lucia, le pêcheur Antonio Di Grazia l'aborda, bouleversé : la veille, il avait acheté à Terracina quatorze corbeilles d'anguilles vivantes, toutes mortes pendant la traversée du retour. Le frère étendit sur le bassin d'eau de mer sa relique de saint Pascal en répétant : « Réveillez-vous, animaux du bon Dieu, ne faites pas désespérer cet homme ! » ; seules les anguilles dont il s'était occupé revinrent à la vie, celles déjà déchargées à terre restant mortes. Le fils du pêcheur, Gaetano, déposa au procès :

« Nous tous, de ce peuple de mariniers, nous étions agenouillés, et nous avons vu de nos propres yeux ressusciter ces anguilles, que nous avions vues auparavant crevées, sans qu'il en restât une seule morte. » — Gaetano Di Grazia, Summarium du procès de béatification, Rome, 1844, p. 484, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 372-373[113]

Bouflet ne cache pas l'embarras que suscitent de tels faits. Ils constituent, écrit-il, « un véritable casse-tête pour les austères théologiens de la Congrégation pour les causes des saints » :

« D'une part, les faits paraissent tellement extravagants qu'ils risquent d'être ridicules et de jeter le discrédit sur la religion, d'autre part il est impossible de balayer d'un simple revers de main les témoignages sous serment recueillis dans le cadre des procédures de canonisation. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 374[114]

Il clôt pourtant son panorama sur ces récits, dont la lecture, dit-il, « parle aux humbles, qui ne s'étonnent de rien dès lors qu'ils croient que Dieu est Tout et capable de tout »[115].

L'insensibilité et l'invulnérabilité au feu

Catherine de Sienne : insensibilité et invulnérabilité

Un jour qu'elle était ravie en extase dans la maison de sa belle-sœur Lysa, une maison de teinturiers où l'on entretenait un grand feu pour cuire les couleurs, sainte Catherine de Sienne s'affaissa sur les charbons ardents. Lysa l'en retira et trouva le corps et les vêtements intacts, sans trace ni odeur de brûlure, pas même de cendres, alors que la sainte avait dû, d'après le calcul fait ensuite, rester plusieurs heures sur ce foyer[116]. Bouflet distingue ici deux choses que l'on confond souvent :

« Dans cette altération de l'état de conscience [...], à l'insensibilité du sujet se joint l'invulnérabilité, deux éléments indissociables du prodige. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 297[117]

Une personne peut ne pas ressentir une brûlure sans que ses tissus soient pour autant épargnés ; le phénomène fort exige la conjonction des deux constats. Le confesseur et biographe de la sainte, le bienheureux Raymond de Capoue, en donne le sens :

« Comprenez-vous, lecteur, quelle devait être la vertu du feu intérieur caché dans l'âme de cette vierge, pour qu'il pût annihiler complètement la vertu du feu extérieur. Ne vous semble-t-il pas que le miracle des trois enfants dans la fournaise se trouve comme révélé ici ? » — Bienheureux Raymond de Capoue, Vie de sainte Catherine de Sienne, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 297[118]

Bernadette Soubirous : observation avant et après l'extase

Bernadette Soubirous, vers 1861–1862, photographie de l’abbé P. Bernadou. Wikimedia Commons, domaine public.

Le cas le plus célèbre en France reste celui de sainte Bernadette Soubirous. Lors de la dix-septième apparition, le 7 avril 1858, elle tient un long cierge dont elle enveloppe la flamme de ses deux mains. Le docteur Pierre-Romain Dozous, présent à la grotte, examine ses mains après l'extase ; ses propos, consignés par le commissaire de police, sont les suivants :

« C'est un fait surnaturel pour moi, de voir Bernadette agenouillée devant la grotte, en extase, tenant un cierge allumé et recouvrant la flamme de ses deux mains, sans qu'elle parût ressentir la moindre impression du contact de ses mains avec le feu. Je les ai examinées. Pas la plus légère trace de brûlure. » — Docteur Pierre-Romain Dozous, d'après René Laurentin, Vie de Bernadette, Paris, Desclée De Brouwer, 1978, p. 95-96, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 297-298[119]

Une contre-épreuve suivit : hors extase, lorsqu'on approcha de sa main la flamme d'une allumette, Bernadette sursauta et la retira vivement[120]. Cette observation avant et après relie le phénomène à l'état extatique, sans en faire une insensibilité permanente au feu.

François de Paule : le dossier le plus dense

Pour le « miracle du four à chaux » de saint François de Paule, Bouflet s'appuie sur le père Alfredo Bellantonio, postulateur général des Minimes, « un prêtre très rigoureux sur le plan historique, et plutôt critique en matière de miracles », contraint pourtant de s'incliner devant la documentation des quatre procès informatifs de la canonisation[121]. Le four où l'on cuisait la chaux du couvent menaçait de s'écrouler ; selon « le biographe anonyme et de très nombreux témoins » :

« Ayant levé les yeux au ciel et murmuré une brève prière, il se signa, puis entra dans la fournaise au milieu des flammes, et, de ses mains nues, répara les fissures, puis ressortit, absolument indemne dans sa personne et ses vêtements. » — Alfredo Bellantonio, San Francesco di Paola, 1973, cité par Joachim Bouflet, Encyclopédie, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 300[122]

Le jésuite Herbert Thurston relève que le saint « paraît aussi avoir possédé la faculté de communiquer cette même immunité à autrui » : un jeune ermite, Fra Santolino, entra sur son ordre dans un four en flammes pour étayer une pierre qui cédait, et en sortit indemne — épisode rapporté par un témoin oculaire au procès calabrais[123]. Lors de l'enquête ordonnée en 1470 par le pape Paul II, un chanoine enquêteur, qui doutait de ses miracles, lui objecta qu'une telle austérité était facile à un paysan habitué à la dure ; le saint remplit ses mains de charbons ardents et lui répondit : « Vous voyez, je ne pourrais faire cela, si je n'étais un paysan. » Le chanoine tomba à genoux[124].

Un contre-cas non religieux impose la prudence

Bouflet documente aussi un cas d'immunité thermique entièrement étranger au contexte religieux, rapporté par Thurston d'après une revue de 1872 : un forgeron du Maryland, examiné par trois médecins, applique sur la plante de ses pieds une pelle chauffée à blanc sans aucune brûlure constatée, puis garde dans sa bouche du plomb fondu et dans sa main des charbons incandescents[125]. Bouflet en tire la conclusion qui s'impose :

« Rien, a priori, ne distingue ce cas de celui de saint François de Paule, hormis le contexte religieux et la signification que le thaumaturge calabrais attribuait à ses exploits. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 305[126]

L'objection ne renverse pas le dossier : le forgeron attribuait son immunité à une disposition éprouvée depuis l'enfance, alors que François de Paule la communiquait à d'autres, comme à Fra Santolino ; et même dans l'hypothèse d'un don naturel, conclut Bouflet, le fait constitue chez le saint « un signe, ordonné à la gloire de Dieu »[127]. La matérialité d'une immunité thermique ne suffit donc pas, à elle seule, à établir un miracle : le contexte, la signification et le jugement de l'Église font la différence. Bouflet l'illustre par un dossier belge : à Onkerzele, en 1933, les épreuves du feu subies par une voyante furent plus spectaculaires qu'à Beauraing, mais le médecin qui les étudia rejeta l'explication surnaturelle, ayant relevé chez les protagonistes des traces de névropathie et, sur d'autres points, de simulation et de mensonge ; les apparitions de Beauraing furent reconnues, celles d'Onkerzele dénoncées comme de fausses visions[128] :

« Le jugement de l'Église porte sur l'origine et la nature de l'extase, et non sur ses caractéristiques : un ECM [état de conscience modifié] peut tout à fait être mis en évidence chez une personne, sans qu'il soit d'origine divine. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 299[129]

L'agilité

Le dossier directeur : sainte Marie-Madeleine de Pazzi

Infographie : deux formes décrites par Aimé Michel ; reconstitution illustrative. Source : Métanoia, p. 122–129. Aucune perte de masse n’a été mesurée. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Aimé Michel consacre à la carmélite florentine Marie-Madeleine de Pazzi (1566-1607) le chapitre le plus riche de Métanoia sur ce phénomène. Il y distingue deux formes opposées d'extase :

« C'est ainsi que la plupart de ses fréquentes extases [...] se présentaient sous deux formes également surprenantes et que j'appellerai respectivement la forme rigide et la forme agile. Toutes deux survenaient soudainement, souvent sous l'effet d'un simple mot servant de stimulus déclencheur, amour, Jésus, Dieu, ou d'autres semblables. » — Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 122-123[130]

La forme rigide immobilise la sainte dans la posture où l'extase la surprend. La forme agile, au contraire, produit des courses, des montées d'escalier et des bonds. Le père Virgilio Cepari, son confesseur et biographe, en témoigne :

« Elle allait à une vitesse incroyable d'un endroit à l'autre, montant et descendant les escaliers avec une telle agilité qu'elle semblait voler plutôt que toucher terre avec ses pieds. Elle bondissait avec sûreté aux endroits les plus dangereux. » — Père Virgilio Cepari, cité par Aimé Michel, Métanoia, Albin Michel, 1986, p. 123[131]

Le même témoin rapporte que le 3 mai 1592, en la fête de l'Invention de la Croix, elle entra en courant dans le chœur et, sans aucune échelle, bondit jusqu'à la corniche pour en décrocher le crucifix, qu'elle présenta ensuite au baiser des religieuses. Le latin des Acta Sanctorum situe cette corniche à « quinze aunes » du sol (altam ulnis quindecim) ; selon la valeur retenue pour l'aune, Aimé Michel calcule sept à huit mètres, Herbert Thurston neuf à dix, Olivier Leroy dix-huit[132].

Un récit d'une cohérence inattendue

Aimé Michel éprouve la cohérence de ces témoignages par un raisonnement de mécanique. Pour courir à une vitesse folle, la jeune carmélite ne peut que perdre une part de sa masse et de son inertie, ou voir sa force décuplée ; et les deux hypothèses laissent des traces visibles opposées :

« Si la masse et l'inertie seules changent, les évolutions de la sœur prodige se feront sans grand bruit, sans dégât pour les objets qu'elle pourra toucher [...] Si c'est au contraire sa force qui vient à être multipliée, on sera frappé de voir les personnes et les objets caramboler à son contact. » — Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 125[133]

Or les témoins ne décrivent jamais la seconde situation : jamais on ne vit cette religieuse mal nourrie rivaliser de force avec les plus robustes de ses compagnes. Ils notent en revanche un détail qui n'a rien d'édifiant : quand elle tombait pendant ses courses, « elle roulait et rebondissait bizarrement, mais sans se faire de mal », exactement comme le ferait un corps délesté de son inertie — une notion que les savants ne formuleront qu'avec Galilée, quelques années après les biographes de la sainte. Michel l'avait posé d'emblée : « Ne croyons pas qu'il soit facile d'inventer un miracle physiquement cohérent. »[134]

Le discernement porte sur l'âme, jamais sur la prouesse

L'épisode le plus significatif du dossier, pour la théologie du discernement, concerne la réaction des supérieurs de Marie-Madeleine de Pazzi face à ses propres phénomènes :

« Les réponses qu'on lui donna s'inspiraient non de la nature des phénomènes, mais de ce qui se passait dans son âme quand ceux-ci se produisaient. On lui fit un devoir d'en réduire au maximum les manifestations et de ne pas les utiliser, sauf dans un but pieux et avec l'autorisation de ses supérieurs. » — Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 129[135]

Concrètement, il lui fut interdit de bondir et de s'élever en l'air pendant ses extases : si son travail l'obligeait à grimper quelque part, elle devait se servir d'une échelle comme tout le monde[136]. L'obéissance et la non-recherche du prodige priment ainsi sur le spectaculaire. Le secret de la sainte, conclut Michel, n'est pas dans ces prouesses, qui ne l'intéressaient en aucune façon : « c'est l'amour, l'amour de Dieu »[137]. Pendant ses extases, elle s'écriait :

« Ô Amour, tu me détruis, tu dissous mon être, tu me consumes, tu me brûles ! Oh ! viens à moi, et aime, aime ! » — Sainte Marie-Madeleine de Pazzi, citée par Aimé Michel, Métanoia, Albin Michel, 1986, p. 130[138]

Agilité mystique et agilité du corps glorifié : deux sens distincts

Le terme « agilité » recouvre en réalité deux réalités théologiques différentes qu'il ne faut jamais confondre. Adolphe Tanquerey, résumant Benoît XIV à propos de la lévitation — dont la « marche extatique », où le corps semble courir en rasant le sol, est l'une des formes —, rattache ce phénomène à une propriété du corps ressuscité :

« Chez les Saints, ce phénomène est comme une anticipation du don d'agilité qui convient aux corps glorieux. » — Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 30-31, résumant l'enseignement de Benoît XIV[139]

La théologie thomiste classe en effet l'agilité parmi les quatre « dots » ou qualités du corps glorieux, aux côtés de l'impassibilité, de la subtilité et de la clarté :

Qualité du corps glorieuxRéférence théologiqueSensAnticipation alléguée dans les phénomènes mystiques
ImpassibilitéSomme théologique, Supplément, q. 82Le corps ne peut plus souffrir ni se corrompreIncorruption ; insensibilité ponctuelle à la douleur
SubtilitéSomme théologique, Supplément, q. 83Le corps est entièrement soumis à l'âme, sans perdre sa nature proprePortes qui s'ouvrent sans clef (Anne-Catherine Emmerich) ; aucun passage à travers une paroi observé sous contrôle
AgilitéSomme théologique, Supplément, q. 84Le corps obéit promptement et sans peine à l’âme dans ses mouvementsExtases « agiles » de Marie-Madeleine de Pazzi
ClartéSomme théologique, Supplément, q. 85Le corps rayonne de la gloire de l'âmePhénomènes lumineux

Référence théologique : saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Supplementum Tertiae Partis, q. 82-85.[140]

Le Supplément précise d’ailleurs que cette promptitude n’est pas un déplacement strictement instantané : le mouvement s’accomplit dans un temps si bref qu’il peut être imperceptible (q. 84, a. 3)[141].

L'agilité décrite chez les mystiques vivants n'est donc, dans cette lecture thomiste, qu'une anticipation analogique et passagère d'une propriété destinée à la résurrection des corps — jamais son équivalent pleinement réalisé sur terre.

Un phénomène voisin : l'élongation corporelle alléguée

Un dossier distinct, rare et moins assuré, ne doit pas être confondu avec l'agilité proprement dite : l'élongation du corps pendant l'extase. Chaque vendredi, la bienheureuse Stefana Quinzani revivait en transe la Crucifixion ; étendue au sol, elle était vue les bras étirés « bien au-delà de sa longueur naturelle », et vingt et une personnes signèrent au procès des dépositions concordantes pour ces cinq années de vendredis[142]. Pour la vénérable Veronica Laparelli, morte en 1620, ses compagnes affirmèrent avoir vu son corps s'allonger « jusqu'à atteindre deux fois sa taille normale » ; l'avocat du Diable jugea le phénomène « improbable en soi » et incapable de servir « à aucune fin d'édification ou d'utilité »[143]. Aimé Michel retourne l'objection : « moins ces prodiges sont édifiants, plus ils déconcertent les pieux auteurs qui les rapportent et leurs lecteurs, et plus forte est la présomption que les témoins ne les ont pas inventés »[144]. L'absence de signification édifiante n'annule donc pas le témoignage ; elle interdit seulement d'en faire une preuve de sainteté ou un message spirituel.

La subtilité

Ce que dit saint Thomas

Duccio di Buoninsegna, Apparition du Christ aux apôtres toutes portes closes, détail de la Maestà (1308-1311), Museo dell’Opera del Duomo, Sienne. Wikimedia Commons, domaine public (Web Gallery of Art).

La subtilité du corps glorifié désigne, chez saint Thomas, sa parfaite soumission à l'âme, sans suppression de sa nature corporelle. Le point de départ est l'Évangile : le soir de Pâques, « alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d'eux » (Jn 20, 19). Le Supplément de la Somme théologique refuse pourtant d'expliquer ce fait par la seule subtilité, qui ne supprime ni les dimensions du corps ni la nécessité d'occuper un lieu propre :

« La subtilité n'enlève point au corps glorieux ses dimensions, ni, par conséquent, la nécessité d'avoir son lieu distinct de celui de tout autre corps. Elle ne lui permet donc pas d'être dans le lieu occupé déjà par un autre corps. Mais la puissance divine peut opérer ce miracle et lui accorder ce privilège comme un surcroît de gloire, de même qu'elle accorda à saint Pierre le privilège de guérir les malades par sa seule présence, en confirmation de la foi au Christ. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Supplément, q. 83, a. 2[145]

L'entrée du Ressuscité portes closes ne fut donc pas l'effet de la subtilité de son corps, précise la même question, mais de « la puissance divine », comme à sa naissance virginale[146]. Le sens théologique ne se ramène pas à une faculté de traverser les murs.

Des portes qui s'ouvrent

Dans les récits mystiques, Bouflet pose lui-même la question à propos de la bienheureuse Chiara Agolanti de Rimini, réputée passer à travers les murs de la cellule où on l'enfermait : « Franchissait-elle vraiment les cloisons, ou bien les portes s'ouvraient-elles mystérieusement devant elle ? » Les dossiers mieux attestés décrivent en effet des portes verrouillées qui s'ouvrent : devant saint Martin de Porrès, infirmier au couvent du Rosaire de Lima, malgré les clefs gardées par le père sous-maître ; devant la jeune Anne-Catherine Emmerich, alors servante de ferme, à la porte de l'église de Coesfeld, que le sacristain fermait à clef chaque soir, sous les yeux de son maître et d'un valet qui l'avaient suivie de nuit ; devant Symphorose Chopin, en août 1978, à une chapelle fermée à clef en permanence[147]. Bouflet rattache ces faits au premier récit chrétien du genre, la délivrance de Pierre, où le portail de fer donnant sur la ville « s'ouvrit tout seul devant eux » (Ac 12, 10)[148]. Une porte ouverte sans cause connue n'est pas, en elle-même, une compénétration des corps ; aucun de ces récits ne décrit un corps observé traversant, sous contrôle, une paroi fermée.

La hiérognosie

Infographie : reconnaissance du sacré et discernement des esprits. Sources : Bouflet, t. 1, p. 225 ; Tanquerey, p. 29 et 48. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La hiérognosie désigne la faculté de distinguer, sans indice sensible, un objet béni d'un objet profane, une relique authentique d'une fausse, et surtout une hostie consacrée d'une hostie non consacrée. Ce charisme réclame lui-même d'être discerné, comme le montre le cas le plus connu, celui de la stigmatisée de Konnersreuth, Thérèse Neumann, à qui l'on reconnaissait ce don lors de ses extases. En 1929, mise en présence d'une image du Sacré-Cœur liée aux prodiges sanglants de Mirebeau-en-Poitou, elle réagit comme devant de vraies reliques de la Passion et assura que l'abbé Vachère, leur promoteur, était « au ciel » — alors que l'affaire avait été jugée par le Saint-Office, qui ne revint jamais sur sa condamnation, et que l'Église avait refusé au prêtre des obsèques religieuses[149]. Bouflet commente :

« Il ne faut pas attribuer à Theres Neumann un privilège d'infaillibilité : elle s'est parfois trompée dans ses discernements surnaturels. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 225[150]

Bouflet envisage trois explications à cette erreur : une méprise réelle, une perception télépathique des convictions des fidèles de l'abbé, ou une réaction au sujet même de l'image, le Sacré-Cœur, auquel la stigmatisée était sensible en extase, sans validation du dossier auquel elle était associée[151]. Adolphe Tanquerey formule, à propos des signes de possession énumérés par le Rituel romain, le principe qui vaut aussi pour la reconnaissance du sacré : une réaction aux objets saints ne prouve quelque chose que si elle est obtenue à l'insu de la personne :

« On peut ajouter à ces signes ceux qui résultent des effets produits par l'emploi des exorcismes ou des choses sacrées, surtout lorsque cet emploi se fait à l'insu des personnes [...] Mais ce signe n'est certain que lorsque ceci se fait à leur insu ; si elles s'en aperçoivent en effet, elles peuvent entrer en fureur, soit à cause de leur horreur de tout ce qui est religieux, soit par simulation. » — Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 48[152]

Le jésuite Auguste Poulain ajoute qu'un tel signe, s'il est seul, ne suffit pas : on observe dans les hôpitaux des malades hypnotisées qui, sur l'ordre de l'opérateur, endossent un personnage « comme le ferait un acteur »[153]. La règle qui s'en dégage est simple mais exigeante : une réaction à un objet béni n'a de valeur que si le sujet en ignore la présence, avec au moins un objet non béni servant de témoin. Une réaction visible ou une phrase impressionnante, sans ce protocole, ne suffit jamais à établir la hiérognosie.

Le discernement des esprits

Le discernement des esprits figure parmi les charismes que saint Paul énumère : « à un autre de discerner les inspirations » (1 Co 12, 10). Saint Jean en fait une consigne pour tous : « Bien-aimés, ne vous fiez pas à n'importe quelle inspiration, mais examinez les esprits pour voir s'ils sont de Dieu » (1 Jn 4, 1). Tanquerey en donne la définition classique :

« Le discernement des esprits, ou don infus de lire les secrets des cœurs et de discerner le bon esprit du mauvais. » — Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 29[154]

Trois plans à ne pas confondre

Tanquerey précise aussitôt que tous les charismes, y compris celui-ci, restent « bien au-dessous de la charité et de la grâce sanctifiante »[155]. La théologie spirituelle distingue trois plans : le discernement acquis, fruit de la prudence, de la doctrine et de l'expérience, que tout confesseur ou directeur doit exercer ; le charisme infus, grâce gratuite accordée à certains pour le bien de la communauté, qui se manifeste souvent par la lecture des cœurs ; et le jugement de l'Église, seul habilité à qualifier un phénomène. L'article Qu'est-ce que le discernement des esprits ? développe la pratique spirituelle ; les dossiers qui suivent illustrent le charisme et son contraire, l'illusion.

La lecture des cœurs chez saint Vincent Ferrier

Les Petits Bollandistes rapportent qu'un pèlerin de la troupe qui suivait le prédicateur dominicain mettait intérieurement en doute ses miracles et ses conversions, et épiait ses paroles pour le prendre en faute :

« Un jour Vincent l'accoste, le regarde fixement, et commence à lui découvrir par son discours toutes les pensées de son cœur, toutes les critiques et tous les doutes qui se pressaient en son âme à l'égard de sa conduite apostolique ; il le fit avec tant de vérité et de force, que le disciple, confus et repentant, se jeta à ses pieds et lui demanda humblement pardon. » — Mgr Paul Guérin, Les Petits Bollandistes. Vies des saints, t. IV, Paris, Bloud et Barral, 1876, au 5 avril[156]

Le trait caractérise le charisme infus : il ne sert pas à éblouir, mais à ramener une âme, et il s'achève dans le pardon.

Les règles de saint Ignace

Le discernement acquis a trouvé sa forme la plus célèbre dans les règles des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. La deuxième décrit la manière dont agissent les deux esprits chez ceux qui s'efforcent de progresser :

« C'est le propre du mauvais esprit de mordre, d'inspirer la tristesse, d'opposer des obstacles, inquiétant l'âme par de fausses raisons, pour l'empêcher d'aller en avant. Au contraire, le propre du bon esprit est de donner du courage et des forces, des consolations, des larmes, des lumières et du calme, rendant tout facile et écartant tous les obstacles, afin qu'on avance dans le bien que l'on fait. » — Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, règles du discernement des esprits, deuxième règle, trad. Paul Debuchy[157]

La même grille éclaire les phénomènes extraordinaires : ce qui vient de Dieu laisse la paix, l'humilité et l'élan vers le bien ; ce qui vient d'ailleurs laisse le trouble, la vanité ou la fascination.

Madeleine de la Croix, ou l'illusion qui trompa l'Espagne

Le cas le plus célèbre d'illusion est celui de Madeleine de la Croix (1487-1560), abbesse des franciscaines de Cordoue. Selon ses propres aveux, elle s'était liée au démon par un pacte dès l'âge de treize ans ; elle simula extases, lévitation, stigmates et prédictions souvent réalisées, fit croire pendant onze ans qu'elle ne mangeait rien, et parvint pendant trente-huit ans, jusqu'en 1543, à tromper « les plus grands théologiens d'Espagne, les évêques, les cardinaux, les inquisiteurs et les seigneurs de la cour »[158]. Sur le point de mourir, elle avoua tout publiquement, puis regretta ses aveux ; il fallut l'exorciser. L'Inquisition la condamna en 1546[159] à être enfermée dans un autre couvent de son ordre[160]. Tanquerey la cite à l'appui de sa règle première : avant tout phénomène, examiner la personne — son équilibre, sa sincérité, sa docilité à son directeur et surtout son humilité, car « l'humilité vraie est la pierre de touche de la sainteté »[161].

La xénoglossie

Infographie : examen d’une xénoglossie alléguée. Tanquerey, p. 47 ; l’expertise linguistique indépendante complète ici ses critères. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La xénoglossie désigne l'usage d'une langue que le sujet n'a jamais apprise. Le modèle en est la Pentecôte : « Tous furent remplis d'Esprit Saint : ils se mirent à parler en d'autres langues, et chacun s'exprimait selon le don de l'Esprit », au point que les pèlerins de toutes nations s'étonnaient : « Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? » (Ac 2, 4.8).

Charisme, signe de possession ou mémoire cachée

Le fait est pourtant ambivalent. Tanquerey rappelle que le don des langues est, chez saint Paul, « le don de prier en langue étrangère avec un certain sentiment d'exaltation » et, « d'après les théologiens, c'est le don de parler plusieurs langues »[162]. Mais le même fait figure, dans le Rituel romain, parmi les trois signes principaux de la possession diabolique :

« Parler une langue inconnue en faisant usage de plusieurs mots de cette langue, ou comprendre celui qui la parle ; découvrir les choses éloignées et occultes ; faire montre de forces qui dépassent les forces naturelles de l'âge ou de la condition. » — Rituel romain, cité par Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 47[163]

Il existe enfin une troisième explication, naturelle : une exaltation morbide peut faire resurgir des fragments de langues oubliées ou simplement entendues. Tanquerey cite le cas d'une servante de pasteur qui récitait des passages de grec ou d'hébreu qu'elle avait entendu son maître lire à voix haute[164]. D'où son protocole :

« Il faut, pour le constater, un examen approfondi sur le sujet, voir s'il n'a pas eu occasion dans le passé d'apprendre quelques mots de ces langues, si, au lieu d'articuler quelques phrases apprises par cœur, il parle et comprend une langue qui lui était vraiment inconnue. » — Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 47[165]

Saint Vincent Ferrier et les contrefaçons

Le cas le plus célèbre de l'hagiographie reste celui de saint Vincent Ferrier, prédicateur itinérant à travers l'Europe au tournant des XIVe et XVe siècles. Les Petits Bollandistes, qui résument les biographies anciennes, écrivent :

« Il avait si éminemment le don des langues, que celle dont il se servait en chaire devenait intelligible à toutes sortes de nations, et qu'il n'y avait personne en son auditoire, soit Français, soit Italien, soit Allemand, Anglais, Grec ou Barbare, qui ne l'entendît et ne conçût aussi parfaitement ce qu'il disait, que s'il eût parlé la propre langue de tous ces différents pays. » — Mgr Paul Guérin, Les Petits Bollandistes. Vies des saints, t. IV, Paris, Bloud et Barral, 1876, au 5 avril[166]

Ce don porte, comme au récit des Actes (Ac 2, 8), sur la compréhension des auditeurs : la langue du prédicateur devenait intelligible à tous. Auguste Poulain juge au contraire que les langues inconnues des « réveils » protestants de Norvège (1907) et de Cassel (1908) n'étaient que des « pseudo-langues, des imitations de mots », traduisant l'émotion du sujet « comme le ferait la musique »[167]. Dans le diagnostic de la possession, il tient pour l'indice le plus sûr la compréhension de questions posées en latin à une personne qui ignore cette langue, surtout si ses réponses contrarient l'attente de l'exorciste[168]. Un examen sérieux exige donc quatre éléments cumulatifs : un historique linguistique qui exclut tout apprentissage, une compréhension réelle et non des phrases mémorisées, un véritable échange plutôt qu'une récitation, et l'identification de la langue par un connaisseur indépendant ; puis vient la question du sens, qui relève du discernement des esprits.

Le sommeil suspendu, ou agrypnie

Plusieurs mystiques ont vécu de longues périodes presque sans sommeil, un phénomène que la théologie mystique désigne par le néologisme d'agrypnie :

« Ce néologisme, formé à partir d'une racine grecque et du a privatif, désigne l'absence ou la privation de sommeil. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 112[169]

Bouflet examine le dossier de nombreux mystiques réputés agrypniques — Catherine de Sienne, Thérèse Neumann, Maria Marchesi, Marthe Robin, Lydwine de Schiedam, Marie Brognier, Pierre d'Alcantara, Félix de Cantalice, Padre Pio, Yvonne-Aimée de Malestroit, Pierre-François Néron, Ana de Magalhães et Angela Salawa[170]. Il note qu'« en règle générale » ces serviteurs de Dieu ont pris un minimum de repos : une heure et demie par nuit pour Pierre d'Alcantara, deux heures pour le capucin Félix de Cantalice, trois pour Padre Pio[171].

Pierre d'Alcantara selon sainte Thérèse d'Avila

Saint Pierre d’Alcantara, auteur inconnu, XIXe siècle, Museu Nacional de Belas Artes (Rio de Janeiro). Photo Wmpearl (2013), Wikimedia Commons, CC0, sans modification.

Le premier de ces témoignages vient d'une sainte, qui connut personnellement le franciscain réformateur et trouva en lui un défenseur. Thérèse d'Avila rapporte ce qu'il lui confia :

« Il m'a dit, et à une autre personne en qui il avait aussi beaucoup de confiance, qu'il avait passé quarante ans sans dormir plus d'une heure et demie dans tout le jour et la nuit ; et que de toutes les austérités qu'il avait jamais pratiquées, celle de vaincre le sommeil lui avait, dans les commencements, paru la plus grande ; que pour ce sujet il était toujours debout ou à genoux ; et que durant le peu de temps qu'il était assis pour dormir, il appuyait sa tête contre un morceau de bois scellé dans le mur. » — Sainte Thérèse d'Avila, Vie écrite par elle-même, ch. XXVII, trad. Arnauld d'Andilly[172]

La sainte ajoute que ses jeûnes les plus longs se produisaient, « à mon avis, dans l'oraison et dans les grands ravissements que son amour pour Dieu lui causait, de l'un desquels j'ai été témoin »[173] : le lien entre la veille, le jeûne et l'extase est déjà posé.

Une réduction du sommeil, non sa suppression

Sa conclusion est nette, et s'écarte délibérément de l'affirmation la plus spectaculaire :

« En réalité, l'agrypnie absolue n'existe pas, mais bien des réductions considérables du temps de sommeil, ou plus exactement d'un demi-sommeil que pallient des états extatiques. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 116[174]

Il la justifie par un argument physiologique de bon sens, en rappelant que les théologiens de la mystique n'admettent l'agrypnie que dans la mesure où des extases compensent un sommeil extrêmement réduit :

« S'il est vrai que certaines personnes sont capables de récupérer rapidement après quelques heures seulement de sommeil [...], il semble tout à fait impossible qu'un être humain ne dorme jamais. [...] Il est un fait que les mystiques agrypniques sont toujours des extatiques. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 113[175]

Les dossiers les plus précis vont dans ce sens. Même pour la bienheureuse Angela Salawa, réputée ne plus dormir jusqu'à sa mort, le témoin précise qu'« au petit matin seulement, elle pouvait s'assoupir un peu » ; chez Marthe Robin comme chez Anne-Catherine Emmerich, les pièces des procès de béatification attestent ces « assoupissements de l'aurore »[176]. Pour Marthe Robin, réputée n'avoir plus dormi de 1931 à sa mort, Bouflet rappelle qu'« il n'y a jamais eu de contrôle de cette absence de sommeil alléguée »[177]. Le phénomène établi est donc une réduction extraordinaire du sommeil, habitée par l'oraison et l'extase.

Discerner le vrai du faux : objections et réponses

Huit objections reviennent constamment face à ce type de dossier. Chacune mérite une réponse précise plutôt qu'un rejet ou une adhésion réflexe.

Objection 1 — « Les témoins pieux voient ce qu'ils veulent voir »

Gabriel von Max, « Die ekstatische Jungfrau Anna Katharina Emmerich » (1885), Neue Pinakothek, Munich. Wikimedia Commons, domaine public.

Réponse : cette objection vaut pour les récits fondés sur un seul témoin dévot, mais elle tombe devant les contrôles contradictoires. En 1813, pour Anne-Catherine Emmerich, le ministre ordonna un rapport de deux médecins, dont l'un de confession réformée, et une relation des faits rédigée, si possible, conjointement par le curé de Dülmen et le pasteur protestant le plus proche. L'administrateur français du grand-duché de Berg, le comte Beugnot, qui ne croyait pas au miracle, en résume les conclusions :

« Le premier confirmait les détails physiologiques que je viens de relater. [...] Les médecins terminaient leur rapport sur cette observation, qu'il était impossible que ce pût être autre chose qu'un effet accidentel des forces de la nature, mais si rare qu'aucun pas n'avait été fait vers la découverte de sa cause. » — Comte Jacques-Claude Beugnot, Mémoires, cité par Aimé Michel, Métanoia, Albin Michel, 1986, p. 159[178]

Les faits furent donc confirmés par des observateurs qui n'avaient aucun intérêt à les accréditer.

Objection 2 — « Un fait inexpliqué signifie forcément surnaturel »

Réponse : ce saut, les ecclésiastiques de Dülmen le refusèrent eux-mêmes : ils « exigeaient, pour l'établissement d'un miracle, des preuves d'un plus haut degré que l'exemple qu'ils avaient sous les yeux »[179]. En 1819, une nouvelle commission, prévenue contre la stigmatisée et décidée à démasquer la fraude, la fit transférer de force et garder nuit et jour du 7 au 28 août : les stigmates des mains ne parurent pas sous ses yeux, mais ceux de la poitrine et de la tête furent reconnus authentiques, ainsi que l'absence de toute nourriture ; les contre-examens menés ensuite à Münster ne décelèrent aucune fraude[180]. Un fait inexpliqué reste un fait inexpliqué ; sa signification surnaturelle relève d'une étape distincte, qui appartient à l'Église.

Objection 3 — « Une explication psychosomatique détruit toute lecture spirituelle »

Réponse : en 1933, le docteur Alfred Lechler publie le cas d'Élisabeth, jeune paysanne autrichienne luthérienne atteinte de névrose : après un film sur la Passion vu le Vendredi saint 1932, il lui suggère sous hypnose des plaies aux mains et aux pieds, qui apparaissent, puis d'autres marques, jusqu'à des larmes de sang comparables à celles de Thérèse Neumann[181]. Les théologiens, note Aimé Michel, furent les seuls à garder leur sang-froid : ils savaient depuis Benoît XIV que « presque aucun prodige ne saurait en soi être obligatoirement attribué à des causes surnaturelles »[182]. L'expérience oblige à distinguer le mécanisme corporel de la signification ; elle ne reproduit pas pour autant les grands dossiers, et l'article Les stigmatisés compare point par point ces marques aux stigmates mystiques les mieux attestés : profondeur, durée, absence d'infection.

Objection 4 — « Un saint ne peut pas se tromper »

Réponse : Tanquerey l'exclut explicitement pour les révélations privées :

« Une révélation peut être vraie en son fond et cependant mêlée d'erreurs accessoires. Dieu [...] ne corrige pas les préjugés ou erreurs qui peuvent se trouver dans l'esprit des voyants : il a en vue leur bien spirituel et non leur formation intellectuelle. » — Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 22[183]

Il énumère les causes de ces altérations : les erreurs scientifiques ou historiques du temps, les idées du directeur spirituel, la confusion entre méditation personnelle et révélation, une mauvaise interprétation par le voyant lui-même, la retouche des secrétaires[184]. Son exemple le plus saisissant est celui de sainte Jeanne d'Arc : à ses voix, qui lui annonçaient qu'elle « serait délivrée par grande victoire », elle crut qu'il s'agissait de sa délivrance de prison ; « ce fut en réalité son martyre et son entrée au ciel »[185]. Le cas de Thérèse Neumann trompée par une image liée à l'abbé Vachère, cité plus haut, illustre la même possibilité pour un charisme aussi précis que la hiérognosie.

Objection 5 — « Les prodiges prouvent la sainteté »

Réponse : Aimé Michel, Bouflet et Tanquerey convergent sur ce point. Les charismes sont inférieurs à la charité[186] ; de nombreux saints canonisés n'ont connu aucun phénomène extraordinaire ; à l'inverse, Madeleine de la Croix simula pendant trente-huit ans tous les phénomènes mystiques, et le forgeron du Maryland présenta, sans aucun contexte religieux, une immunité au feu comparable à celle de François de Paule. L'Église l'inscrit dans ses actes mêmes : les normes du Dicastère rappellent que, même dans les procès de canonisation, l'approbation « n'implique pas une déclaration d'authenticité des phénomènes surnaturels présents dans la vie d'une personne », comme le soulignait le décret de canonisation de sainte Gemma Galgani[187].

Objection 6 — « Quelques mots dans une langue étrangère prouvent la xénoglossie »

Réponse : le Rituel romain range lui-même la langue inconnue parmi les signes de la possession, et Tanquerey exige un historique linguistique complet, une compréhension réelle et un véritable échange, non une phrase isolée mémorisée — la servante qui récitait le grec entendu chez son maître en montre le piège[188]. Sans ces conditions, la ressemblance sonore ou l'impression d'un témoin ne suffit jamais à établir le phénomène, ni surtout à en fixer l'origine.

Objection 7 — « Réagir devant un objet sacré prouve la hiérognosie »

Réponse : Tanquerey ne tient ce signe pour certain que s'il est obtenu à l'insu du sujet[189] ; un objet témoin non béni, présenté dans les mêmes conditions, permet en outre la comparaison. Poulain rappelle qu'une telle réaction, si elle est seule, ne suffit pas, puisque des malades hypnotisées jouent sur ordre le personnage qu'on leur suggère[190]. Une réaction visible devant des témoins qui connaissent déjà la nature de l'objet peut relever de la suggestion, sans qu'aucune fraude consciente soit nécessaire.

Objection 8 — « Les récits anciens, fondés sur des procès de canonisation, sont tous inutilisables »

Réponse : cette objection confond deux genres très différents. Une légende tardive, recopiée sans critique d'un auteur à l'autre, n'a pas la même valeur qu'une déposition sous serment, datée, identifiant son témoin et versée à un procès canonique contradictoire — comme celles citées à propos de François de Paule, de Joseph Gérard ou d'Egidio di San Giuseppe. Un tel témoignage judiciaire ancien mérite d'être examiné pour ce qu'il est : une pièce de dossier historique, jamais l'équivalent d'une expertise instrumentale moderne, mais jamais non plus une fable à écarter d'un revers de main.

Ce que dit l'Église aujourd'hui

Infographie de synthèse des normes du Dicastère du 17 mai 2024, présentation générale, nos 11–17, art. 14–16. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Les normes publiées par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi le 17 mai 2024 couvrent l'ensemble des phénomènes examinés ici : « apparitions présumées, visions, locutions intérieures ou extérieures, écrits ou messages, phénomènes liés à des images religieuses, phénomènes psychophysiques et autres »[191]. Parmi leurs critères négatifs figurent « une évidente recherche de profit, de pouvoir, de célébrité », les « actes gravement immoraux » et les « altérations psychiques » du sujet ; elles tiennent pour « d'une particulière gravité morale » l'usage d'expériences mystiques « comme moyen ou prétexte pour exercer une domination sur des personnes ou pour commettre des abus »[192]. Les fraudes de Catherine Filljung, d'Amélia Rodrigues ou de Palma Matarelli montrent pourquoi ces critères négatifs existent.

Le point décisif n'est donc jamais de classer rapidement un phénomène, mais d'examiner la personne, le fait matériel lui-même, le message éventuel, les fruits spirituels durables et les risques d'abus. Cette grille recoupe les cinq étapes dégagées plus haut chez Bouflet — constat, cause, signification, fruits, jugement — et les critères cumulatifs de Tanquerey. Les normes s'ouvrent d'ailleurs sur un rappel qui remet ces faits à leur place : la sainteté est un appel adressé à tous les baptisés, nourri par la prière et les sacrements, et la vie mystique véritable est offerte à chacun :

« Ceux qui se laissent docilement guider par l'Esprit Saint font l'expérience de la présence et de l'action de la Trinité, de sorte qu'une existence ainsi vécue, comme l'enseigne le Pape François, débouche sur une vie mystique qui, bien que “dépourvue de phénomènes extraordinaires, est proposée à tous les fidèles comme une expérience quotidienne d'amour”. » — Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Normes du 17 mai 2024, n. 5, citant le pape François, exhortation apostolique C'est la confiance, sur sainte Thérèse de Lisieux, 15 octobre 2023, n. 35[193]

Le nihil obstat, l’une des conclusions prévues par ces normes, autorise une adhésion prudente à une dévotion lorsque ses fruits sont reconnus et qu’aucun obstacle majeur n’est identifié. Il ne déclare cependant pas l’origine surnaturelle du phénomène et n’impose aux fidèles aucune obligation de foi. Les normes distinguent ainsi la décision pastorale de la qualification de l’événement : cette distinction empêche de transformer une permission de dévotion en certification de chaque récit associé[194].

Synthèse doctrinale

Trois principes se dégagent de ces dossiers.

Premièrement, un fait matériel inexpliqué n'est jamais, à lui seul, un miracle. Il faut encore exclure la fraude et les causes naturelles connues, évaluer la signification du signe, observer ses fruits durables, et laisser le jugement final à l'autorité ecclésiastique — jamais aux seules instances médicales ou scientifiques, compétentes pour attester le caractère inexplicable d'un fait[195]. Mais là où ce parcours est accompli — à Syracuse, à Akita, à Damas, dans les procès de François de Paule ou d'Egidio —, il n'y a aucune raison de tenir le prodige pour moins réel qu'un autre fait d'histoire.

Deuxièmement, la fréquence des prodiges n'est proportionnelle ni à la sainteté ni à l'authenticité d'un dossier. Le plus grand saint peut ne connaître aucun phénomène extraordinaire ; un sujet sans lien avec la foi peut présenter un fait matériellement comparable, et un fraudeur en simuler l'apparence. Le critère décisif reste toujours ailleurs : dans l'humilité, l'obéissance, la charité et la conformité à la foi de l'Église.

Troisièmement, ces signes ont un sens qui dépasse la curiosité. Tanquerey voit dans la lévitation et la clarté des saints « comme une anticipation » des qualités du corps glorieux[196]. Saint Paul décrit ce corps promis à tous :

« Ce qui est semé périssable ressuscite impérissable ; ce qui est semé sans honneur ressuscite dans la gloire ; ce qui est semé faible ressuscite dans la puissance ; ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel. » — Saint Paul, Première lettre aux Corinthiens 15, 42-44 (trad. AELF)

Les prodiges des saints laissent entrevoir, pour un instant, ce que la résurrection donnera à tous. Et ils disent tous la même chose, que résument les derniers mots de sainte Véronique Giuliani : « C'est l'amour qui a tout fait ! »[197]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 7 et n. 1 : l'auteur se présente comme « consultant auprès de postulateurs » de causes de béatification, et non comme consulteur de la Congrégation pour les causes des saints.

    1
  2. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 5.

    2 6
  3. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 214.

    3 8
  4. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 94.

    4
  5. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 5-6 : annonce du troisième tome (télépathie, précognition, vue à distance, lecture des consciences, expériences aux frontières de la mort, en contexte religieux) et renvoi au tome 3, Les Anges et leurs Saints, Le Jardin des Livres, 2003.

    5
  6. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 5.

    7
  7. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 261-262.

    9 11 12 195
  8. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Normes pour procéder au discernement de phénomènes surnaturels présumés, 17 mai 2024, présentation générale, n. 5-6, 11-13 et 17 ; art. 14-16. Le n. 5 cite le pape François, exhortation apostolique C'est la confiance, 15 octobre 2023, n. 35.

    10 187 191 192 193 194
  9. Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 26.

    13
  10. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 18.

    14
  11. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 149.

    15
  12. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 15-16, citant Herbert Thurston et, pour Olivier Leroy, Hélène Renard, Des prodiges et des hommes, Paris, Philippe Lebaud, 1989.

    16 17
  13. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 16.

    18 21
  14. Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 30-31, résumant l'enseignement de Benoît XIV sur la lévitation.

    19 139 196
  15. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 14, rapportant le témoignage du bienheureux (aujourd'hui saint) Luigi Orione sur Cesare Pisano (1900-1964), présenté p. 14 comme « le Vénérable CESARE PISANO (1900-1964), en religion frère Ave Maria ».

    20
  16. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 70-71.

    22
  17. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 86, citant Paul Daher, Vie, survie et prodiges de l'ermite Charbel Makhlouf, Paris, Spes, 1953, p. 102.

    23
  18. Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 30-31, résumant la doctrine de Benoît XIV sur les effluves lumineux.

    24
  19. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 110-111, citant Ennemond Boniface, Padre Pio le crucifié. Essai historique, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1971, p. 256.

    25
  20. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 351-384 : sommaire du chapitre « Signes de vie après la vie » ; l'incorruption proprement dite est traitée à partir de la p. 384.

    26
  21. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 344.

    27
  22. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 348.

    28
  23. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 349.

    29 30
  24. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 424.

    31
  25. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 389.

    32
  26. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1 (Phénomènes objectifs), Le Jardin des Livres, 2001 (réimpr. 2018), p. 344

    33
  27. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 13.

    34
  28. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 11-12.

    35
  29. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 44 (observation du docteur Seidl, 13-28 juillet 1927, à la demande de Mgr Anton von Henle, évêque de Ratisbonne).

    36
  30. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 60.

    37
  31. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 85-86.

    38
  32. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 153.

    39
  33. Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 32. Renvoi donné par Tanquerey : Benoît XIV, De beatificatione, livre IV, partie I, chapitre XXXI, nos 19-28.

    40
  34. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 156.

    41
  35. Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap et d'Embrun, proclamation du 4 mai 2008 au sanctuaire du Laus : « Je reconnais l'origine surnaturelle des apparitions et des faits vécus et relatés par la jeune bergère, Benoîte Rencurel, survenus entre 1664 et 1718 », cité par la Conférence des évêques de France, « Notre-Dame du Laus », eglise.catholique.fr. Le site officiel du sanctuaire date la promulgation du décret de reconnaissance du 4 mai 2008, au cours de la messe célébrée en présence du nonce apostolique en France (sanctuaire-notredamedulaus.com, « Histoire du Laus ») ; la dépêche de Catholic News Agency relatant la cérémonie du dimanche est datée du 5 mai 2008 (« Vatican recognizes Marian apparitions in France »), date retenue pour le décret.

    42
  36. Camille Burette, Pluie de roses. Les plus beaux miracles de Thérèse de Lisieux, Éditions de l'Emmanuel, 2023, p. 220-221.

    43
  37. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 158-159, citant la mise au point de Mgr Pelt, évêque de Metz.

    44 45 46
  38. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 160.

    47 50
  39. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 161.

    48
  40. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Éditions Le Jardin des Livres, Paris, p. 162-163 (citant Valerio Marinelli, Natuzza di Paravati serva del Signore, Rosarno, Tip. Gallucci, 1980, p. 230 ; témoignage du Pr Diego Menniti, orthopédiste en chef de l'hôpital civil de Nicastro). Voir aussi la note 345 : les objets sont présentés par la prière à la bénédiction du Christ.

    49
  41. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 164.

    51
  42. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 131-133, citant la lettre du docteur Romanelli au P. Pietro d'Ischitella, provincial des capucins, 7 novembre 1920, et la troisième relation du docteur Festa, 7 avril 1925.

    52
  43. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 132, citant la troisième relation du docteur Festa, 7 avril 1925.

    53
  44. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 133, citant la même relation du docteur Festa.

    54
  45. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 189-201 et 262 : présentation des « sept miracles récents » et chronologie des lacrymations (reconnaissance de Syracuse par les évêques de Sicile le 12 décembre 1953, puis par Mgr Ettore Baranzini, archevêque de Syracuse, le 16 décembre 1953).

    55 56
  46. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 194, citant Mgr Ottavio Musumeci, À Syracuse, la Madone a pleuré, Mulhouse, Salvator, 1956, p. 75-79 : rapport du professeur La Rosa et du docteur M. Marletta, laboratoire d'hygiène et de prophylaxie de Syracuse, 29 novembre 1953.

    57
  47. Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu — Enquête, Éditions Ephata, 2024, p. 354.

    58
  48. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 197-199 : hypothèse de la « projection ectoplasmique », sueur du groupe AB (29 septembre 1973), 101 lacrymations (4 janvier 1975 - 15 septembre 1981), contre-expertise de la faculté de médecine légale de Gifu, lettre pastorale de Mgr Itô, évêque de Niigata, 22 avril 1984.

    59
  49. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 233.

    60
  50. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 241.

    61
  51. Joachim Bouflet, Une histoire des miracles. Du Moyen Âge à nos jours, Éditions du Seuil, 2008, p. 263. Le mécanisme télécommandé et la substitution sont détaillés p. 264, avec renvoi à Andrea Tornielli, Quando la Madonna piange, Milan, Arnaldo Mondadori, 1995, p. 169.

    62
  52. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 254.

    63
  53. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 255.

    64
  54. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 259.

    65
  55. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 117-118, citant Herbert Thurston, Les Phénomènes physiques du mysticisme.

    66
  56. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 124.

    67
  57. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 118.

    68 77
  58. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 120-121, citant Antoine Imbert-Gourbeyre, La stigmatisation.

    69
  59. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 137-138.

    70
  60. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 151. Bouflet cite A cura del gruppo di preghiera, Nel segno del dolore, « Una stimmatizzata fra noi » – Biografia di Raffaella Lionetti, Udine, Edizioni Segno, 1992, p. 16 et 257.

    71
  61. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 125-126, citant Alfred Monnin, Le curé d'Ars, Paris, Douniol, 1861, vol. II, p. 394.

    72
  62. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 125-126, citant notamment Antoine Imbert-Gourbeyre, La stigmatisation, p. 350, pour Marie-Angélique de La Grave.

    73 74
  63. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 126, citant le Summarium de la cause de béatification de Marthe Robin, XIX, p. 5521 (témoignage du 13 juillet 1992).

    75
  64. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 145, citant Lucie raconte Fatima, DDB/Fatima-Éditions/Résiac, 1975.

    76
  65. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 118-119, citant Herbert Thurston, Les Phénomènes physiques du mysticisme, p. 175-176, et Antoine Imbert-Gourbeyre, Les Stigmatisées, Lyon, Palmé, 1873, vol. II, p. 15.

    78 79
  66. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 152-154 (« Supercheries sacrilèges » : Heroldsbach, El Palmar de Troya).

    80
  67. Mgr Andreas Choi Chang-mou, archevêque de Gwangju, décret du 21 janvier 2008 (texte reproduit par le Sangguniang Laiko ng Pilipinas, cbcplaiko.org, 13 octobre 2018), rappelant les notifications archidiocésaines du 1er janvier 1998 et du 5 mai 2005 ; confirmation par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi rapportée par UCA News, avril 2008. Dossier détaillé : Notre-Dame de Naju.

    81
  68. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, chapitres « Apports télékinésiques » (p. 163 et suiv.) et « Multiplication de biens » (p. 216-217).

    82
  69. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 164, rapportant un entretien avec Jean Guitton (1992).

    83 84
  70. Joachim Bouflet, Faussaires de Dieu — Enquête, Éditions Ephata, 2024, p. 582. Témoignage cité sous le sigle CP, p. 104.

    85
  71. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 200.

    86
  72. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 242-243, citant Francisco Fornés, Vida popular de la Sierva de Dios Sor Francisca-Ana de los Dolores de María, Cirer y Carbonell, Palma de Majorque, Imprenta Mossèn Alcover, 1943.

    87
  73. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 255-256, citant René Laurentin, El Paso, le miracle continue, Paris, Desclée De Brouwer, 1988.

    88
  74. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 314.

    89
  75. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 313.

    90
  76. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 331.

    91
  77. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 274-276.

    92
  78. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 276.

    93
  79. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 280-281. La chronologie du diocèse de Messine situe l'arrivée du saint à Catona le 3 avril 1464 (diocesimessina.it, « San Francesco di Paola »).

    94
  80. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 281-282, citant Alfredo Bellantonio, San Francesco di Paola, Rome, Postulazione Generale dei Minimi, 1973, p. 108-109 (dépositions des témoins IX et XXII du procès calabrais).

    95 97
  81. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 280-281.

    96
  82. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 282-283, citant Romain Légaré et Constantin Baillargeon, Le bon Père Frédéric, Montréal, Éditions Paulines, 1988, p. 361-364.

    98
  83. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 284, citant Romain Légaré et Constantin Baillargeon, Le bon Père Frédéric, Montréal, Éditions Paulines, 1988, p. 362.

    99
  84. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 285.

    100
  85. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 318, citant Felice M. Sala, L'Apostolo di Napoli, S. Francesco Saverio M. Bianchi, sacerdote barnabita, Pompéi, Scuola Tipografica per i Figli dei Carcerati, 1951, p. 54-56.

    101
  86. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 319.

    102
  87. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 322, citant Kenneth L. Woodward, Comment l'Église fait les saints, Paris, Grasset, 1992, p. 224.

    103
  88. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 329, citant Aimé Roche, Clartés australes, Éditions du Chalet, 1951.

    104
  89. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 330, citant le témoignage de Paulus au procès de l'Ordinaire, reproduit par Aimé Roche, Clartés australes.

    105
  90. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 333, citant Alfredo Bellantonio, San Francesco di Paola, Rome, Postulazione Generale dei Minimi, 1973, p. 52 (procès de Cosenza, témoins XVII, XLV et LXXXVII).

    106
  91. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 334.

    107
  92. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 354.

    108 197
  93. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 74.

    109
  94. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 357-358.

    110 111
  95. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, p. 357-358 (Symphorose Chopin, printemps 1971 ; Francisca Ana Cirer via Francisco Fornés, op. cit., p. 173). Le récit du curé et du sacristain se poursuit p. 359, avec renvoi à Fornés, p. 174 ; le renvoi p. 173 concerne le témoignage précédent sur les rameaux secs fleuris.

    112
  96. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 372-373, citant le Summarium du procès de béatification, Rome, 1844, p. 484.

    113
  97. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 374.

    114 115
  98. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 296-297, citant la Vie de sainte Catherine de Sienne du bienheureux Raymond de Capoue. Référence détaillée : Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, Paris, p. 296-297 (d'après le bienheureux Raymond de Capoue, Vie de sainte Catherine de Sienne, p. 135).

    116
  99. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 297, citant le bienheureux Raymond de Capoue.

    117 118
  100. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 297-298, citant René Laurentin, Vie de Bernadette, Paris, Desclée De Brouwer, 1978, p. 95-96. Référence détaillée : Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, Paris, 2015, p. 298 (d'après René Laurentin, Vie de Bernadette, 1978, p. 95-96).

    119 120
  101. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 300, citant Alfredo Bellantonio, San Francesco di Paola, Rome, Postulazione Generale dei Minimi, 1973, p. 53.

    121 122
  102. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 301, citant Herbert Thurston, Les Phénomènes physiques du mysticisme, p. 211-212, et Alfredo Bellantonio, San Francesco di Paola, Rome, Postulazione Generale dei Minimi, 1973, p. 86 (déposition de Conforta de Affriento, témoin oculaire, procès calabrais, témoin XX).

    123
  103. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 301-302, citant Herbert Thurston, Les Phénomènes physiques du mysticisme, p. 212-213.

    124
  104. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 303-304, citant Herbert Thurston d'après The Spiritual Magazine, janvier 1872.

    125
  105. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 304-305.

    126 127
  106. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 299, citant Études carmélitaines, octobre 1934, p. 315.

    128 129
  107. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 122-123.

    130
  108. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 123, citant le père Virgilio Cepari, confesseur et biographe de sainte Marie-Madeleine de Pazzi.

    131
  109. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 123-124, citant les Acta Sanctorum (« altam ulnis quindecim ») et le P. Virgilio Cepari.

    132
  110. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 124-125.

    133 134
  111. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 129.

    135 136 137
  112. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 129-130.

    138
  113. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Supplément, q. 82 (impassibilité), q. 83 (subtilité ; a. 2, conclusion et solution 1, cités d'après la traduction française en ligne dite « Frère Réginald » ; texte anglais : newadvent.org/summa/5083.htm), q. 84 (agilité), q. 85 (clarté).

    140 145 146
  114. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Supplément, q. 84, a. 1 et 3 : soumission du corps à l’âme dans le mouvement ; refus d’un déplacement strictement instantané.

    141
  115. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 209, citant le Compendio della Vita della beata Stefana Quinzani, Parme, 1784, via Herbert Thurston. Référence détaillée : Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, p. 209.

    142
  116. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 209 (qui écrit « bienheureuse ») ; les références actuelles la titrent « vénérable » : IxTheo, « The authenticity of the Cistercian charism in the life of the venerable Veronica Laparelli », et therealpresence.org, « Ven. Veronica Laparelli (1537-1620) ».

    143
  117. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 208.

    144
  118. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 344-348 (Chiara Agolanti, Martin de Porrès, Anne-Catherine Emmerich à Coesfeld, Symphorose Chopin en août 1978).

    147
  119. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 349-350 (Ac 5, 19-21 et 12, 6-11).

    148
  120. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 224-225.

    149
  121. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 1, Le Jardin des Livres, 2e éd., p. 225.

    150 151
  122. Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 48.

    152 189
  123. Auguste Poulain, Des grâces d'oraison. Traité de théologie mystique, 10e éd., Paris, Beauchesne, 1922, ch. XXIV, p. 460-462.

    153 168 190
  124. Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 29.

    154 155 162 186
  125. Mgr Paul Guérin, Les Petits Bollandistes. Vies des saints, 7e éd., t. IV (du 26 mars au 23 avril), Paris, Bloud et Barral, 1876, au 5 avril, vie de saint Vincent Ferrier (exemplaire numérisé sur Gallica, BnF).

    156 166
  126. Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, « Règles pour sentir et connaître en quelque manière les divers mouvements qui sont excités dans l'âme », deuxième règle, trad. Paul Debuchy, reproduite dans Auguste Poulain, Des grâces d'oraison. Traité de théologie mystique, 10e éd., Paris, Beauchesne, 1922, appendice II, « Discernement des esprits », p. 661.

    157
  127. Auguste Poulain, Des grâces d'oraison. Traité de théologie mystique, 10e éd., Paris, Beauchesne, 1922, ch. XXI, n. 36, p. 356-357.

    158 160
  128. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 98, n. 1 : Madeleine de la Croix (1487-1560), abbesse des franciscaines de Sainte-Élisabeth-des-Anges à Cordoue, condamnée par l'Inquisition en 1546 ; renvoi à Maurice Garçon, Magdeleine de la Croix, abbesse diabolique, Paris, Fernand Sorlot, 1939.

    159
  129. Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 18-19 et n. 12.

    161
  130. Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 47, citant le Rituel romain, titre De exorcizandis obsessis a daemonio.

    163
  131. Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 47 et n. 52.

    164 165 188
  132. Auguste Poulain, Des grâces d'oraison. Traité de théologie mystique, 10e éd., Paris, Beauchesne, 1922, ch. XXXII, p. 624.

    167
  133. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 112-116.

    169 170
  134. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 114.

    171
  135. Sainte Thérèse d'Avila, Vie de sainte Thérèse écrite par elle-même, ch. XXVII, trad. Arnauld d'Andilly, dans Œuvres très complètes de sainte Thérèse, éd. Migne, t. I, Paris, 1840, p. 452-453.

    172 173
  136. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 116.

    174 176
  137. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, 2003, p. 113.

    175 177
  138. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 158-159, citant les Mémoires du comte Jacques-Claude Beugnot.

    178 179
  139. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 161-162.

    180
  140. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 175-176, résumant Alfred Lechler, Das Rätsel von Konnersreuth im Lichte eines neuen Falls von Stigmatisation, Elberfeld, 1933.

    181
  141. Aimé Michel, Métanoia. Phénomènes physiques du mysticisme, Albin Michel, 1986, p. 176.

    182
  142. Adolphe Tanquerey, Phénomènes mystiques extraordinaires, impr. du Pays Fort, 1986, p. 22-25.

    183 184 185