Saint Luigi Orione (1872-1940) est un prêtre catholique italien, fondateur de la Petite Œuvre de la Divine Providence (Piccola Opera della Divina Provvidenza) — les Fils de la Divine Providence — et de plusieurs congrégations féminines vouées au service des plus pauvres. Apôtre infatigable de la charité, il fut tour à tour fils de paveur de routes, élève de saint Jean Bosco, séminariste fondateur d'oratoires, bâtisseur de collèges, d'hospices et de sanctuaires sur trois continents[1].
Toute sa vie tient dans un cri qui ouvrait chacune de ses lettres : « Anime e anime! » — « Des âmes, des âmes ! »[2]. Convaincu que « seule la charité sauvera le monde »[3], il a fait de l'amour des derniers — orphelins, vieillards, infirmes, mendiants, anciens prêtres tombés — le lieu même de l'annonce du Christ. Ses Petits Cottolengo, ouverts à Gênes, Milan, Buenos Aires, São Paulo et Santiago du Chili, accueillaient « ceux que personne ne veut », qu'il appelait ses « perles de la Providence »[4].
Témoin de deux des plus grands cataclysmes de l'Italie du XXᵉ siècle — les séismes de Messine (1908) et de la Marsica (1915) —, il s'y précipita pour arracher les orphelins aux décombres ; parmi eux, le futur écrivain Ignazio Silone, qui gardera toute sa vie le souvenir de cet « étrange prêtre »[5]. Sa fidélité absolue au Pape, scellée par un vœu spécial dans ses constitutions, en fit, au cœur de la crise moderniste, l'un des plus sûrs serviteurs de l'Église romaine[6].
Mort à Sanremo le 12 mars 1940, le pauvre prêtre de Tortona fut béatifié le 26 octobre 1980 puis canonisé le 16 mai 2004 par saint Jean-Paul II — le même jour que saint Annibale Maria di Francia[7]. Cet article suit la figure du saint : son enfance, sa formation, ses fondations, sa spiritualité de la Croix et de la Providence, et le chemin qui l'a conduit aux autels.
Repères biographiques
- 23 juin 1872Naissance à Pontecurone
Fils de Vittorio Orione, paveur de routes, et de Carolina Feltri ; famille pauvre et croyante du diocèse de Tortona.
- 1882-1885Apprenti paveur
De dix à treize ans, il aide son père sur les routes du Piémont avant d'entrer au couvent franciscain.
- sept. 1885 – juin 1886Chez les franciscains de Voghera
Postulant à treize ans ; une pneumonie grave le contraint de rentrer en famille.
- oct. 1886 – août 1889À l'Oratoire de Don Bosco (Valdocco, Turin)
Élève de saint Jean Bosco, qui lui promet : « noi saremo sempre amici » (« nous serons toujours amis »).
- 16 octobre 1889Entrée au séminaire de Tortona
Il y commence sa philosophie, déjà sensible aux questions sociales et ecclésiales de son temps.
- 3 juillet 1892Premier oratoire San Luigi
Clerc de vingt ans, il ouvre à Tortona son premier oratoire pour l'éducation chrétienne des enfants.
- 15 octobre 1893Collège San Bernardino
Fondation d'un collège pour garçons pauvres : la première maison de la future Petite Œuvre.
- 13 avril 1895Ordination sacerdotale
Ordonné prêtre à Tortona par Mgr Igino Bandi.
- 21 mars 1903Reconnaissance des Fils de la Divine Providence
L'évêque de Tortona approuve canoniquement la Piccola Opera della Divina Provvidenza, avec son vœu spécial de fidélité au Pape.
- après le 28 déc. 1908Vicaire général de Messine (environ trois ans)
Après le séisme, il accourt secourir les orphelins ; saint Pie X le nomme vicaire général du diocèse de Messine, charge qu'il exerce environ trois ans.
- 13 janvier 1915Le séisme de la Marsica
Nouvelle mobilisation ; il recueille des centaines d'orphelins, dont Ignazio Silone et son frère Romolo.
- 29 juin 1915Petites Sœurs Missionnaires de la Charité
Fondation de la branche féminine active, vouée au service des pauvres.
- 1913-1937Expansion missionnaire
Brésil (1913), Argentine et Uruguay (1921), Palestine, Pologne, Rhodes, États-Unis, Angleterre, Albanie.
- 12 mars 1940Mort à Sanremo
Il meurt à 67 ans en murmurant : « Gesù ! Gesù ! Vado ».
- 26 octobre 1980Béatification
Jean-Paul II le proclame bienheureux (miracle Passamonti).
- 16 mai 2004Canonisation
Jean-Paul II l'inscrit au catalogue des saints, place Saint-Pierre (miracle Penacca).
L'enfance pauvre et les années de formation (1872-1895)
Pontecurone : le fils d'un paveur de routes
Luigi Orione naît le 23 juin 1872 à Pontecurone, gros bourg agricole du diocèse de Tortona, à la limite du Piémont et de la Lombardie. Son père, Vittorio Orione, est selciatore — paveur de routes ; sa mère, Carolina Feltri, est une femme au foyer d'une foi profonde[8]. La famille est pauvre, et l'enfant connaît tôt le travail manuel : de 1882 à 1885, entre dix et treize ans, il accompagne son père sur les chantiers, apprenti paveur portant les pierres et le sable[9]. De cette enfance rude, Orione gardera une tendresse particulière pour les ouvriers, les pauvres et les humbles, et une santé fragile qu'il malmènera toute sa vie.
Le passage chez les franciscains de Voghera (1885-1886)
En septembre 1885, à treize ans, le garçon entre comme postulant chez les Frères mineurs franciscains de Voghera, attiré par l'idéal de pauvreté de saint François d'Assise[10]. Mais en juin 1886, une pneumonie grave, qui faillit l'emporter, le contraint à quitter le couvent et à rentrer en famille[11]. Cet échec apparent oriente sa vie autrement : guéri, il cherche une autre voie et frappe à la porte de l'œuvre la plus rayonnante du Piémont catholique de l'époque.
À l'école de Don Bosco (1886-1889)
D'octobre 1886 à août 1889, Luigi Orione est élève à l'Oratoire de Valdocco, à Turin, sous la direction de saint Jean Bosco lui-même[12]. Le vieux fondateur des Salésiens, qui mourra en 1888, remarque le jeune homme et noue avec lui un lien que la tradition orionienne tient pour décisif. Selon la biographie du Saint-Siège, Don Bosco l'assure de son amitié :
« Nous serons toujours amis. » — Saint Jean Bosco à Luigi Orione, Turin[13]
À Valdocco, Orione respire la pédagogie de la bonté et de la présence salésienne, mais aussi l'audace d'un apostolat tourné vers les jeunes les plus délaissés. C'est encore à Turin qu'il découvre l'œuvre de saint Joseph Benoît Cottolengo — la Piccola Casa della Divina Provvidenza, qui accueillait gratuitement infirmes et incurables[14]. Don Bosco et Cottolengo seront les deux grands modèles de toute sa vie : à eux deux, il doit le double mot d'ordre de son œuvre future — l'éducation des jeunes et l'accueil des incurables.
Le séminaire de Tortona et le premier oratoire (1889-1895)
En octobre 1889, Orione entre au séminaire diocésain de Tortona[15]. Il n'attend pas l'ordination pour agir. Dès le 3 juillet 1892, clerc de vingt ans, il ouvre dans sa ville un premier oratoire dédié à saint Louis de Gonzague (San Luigi) pour l'éducation chrétienne des enfants pauvres[16]. L'année suivante, le 15 octobre 1893, il fonde au quartier San Bernardino un collège pour garçons sans ressources : c'est la première pierre de la future Petite Œuvre[17].
Le 13 avril 1895, Luigi Orione est ordonné prêtre à Tortona par son évêque, Mgr Igino Bandi[18]. À vingt-deux ans, le jeune prêtre a déjà autour de lui des enfants, des collaborateurs et une intuition très claire : faire confiance à la Divine Providence pour bâtir, sans capitaux, une œuvre de charité illimitée.
Le fondateur : la Petite Œuvre de la Divine Providence
De l'oratoire à la congrégation
Autour du jeune prêtre se rassemblent peu à peu des collaborateurs — clercs, frères coadjuteurs, prêtres — qui partagent son idéal. Ce noyau prend le nom de Petite Œuvre de la Divine Providence (Piccola Opera della Divina Provvidenza) : « petite » par humilité et par confiance, parce qu'elle ne compte que sur Dieu pour vivre[19]. Le 21 mars 1903, l'évêque de Tortona en accorde la reconnaissance canonique comme congrégation religieuse de droit diocésain[20].
Les Fils de la Divine Providence et le vœu au Pape
La branche masculine — prêtres, frères coadjuteurs — prend le nom de Fils de la Divine Providence (Figli della Divina Provvidenza). Sa marque propre, inscrite dès l'origine dans ses constitutions, est un quatrième vœu spécial de fidélité au Pape et au Saint-Siège[21]. Pour Orione, ce vœu n'a rien d'une formalité : c'est l'expression d'une conviction théologique selon laquelle l'unité de l'Église passe par l'attachement indéfectible au Successeur de Pierre. Au cœur de la crise moderniste qui déchire alors l'Église italienne, cette fidélité romaine fait de lui, aux yeux de saint Pie X, un allié sûr[22].
Les Ermites de la Divine Providence
Dès 1899, Orione fonde aussi une branche contemplative et laborieuse, les Ermites de la Divine Providence, sous la devise bénédictine « ora et labora » (« prie et travaille »)[23]. Ces ermites, souvent frères agriculteurs ou artisans, soutiennent par la prière et le travail manuel l'apostolat actif de la congrégation, donnant à l'œuvre un équilibre entre action et contemplation.
Les branches féminines
Le 29 juin 1915, Orione fonde la congrégation des Petites Sœurs Missionnaires de la Charité (Piccole Suore Missionarie della Carità), branche féminine active vouée au service des pauvres, des malades et des enfants[24]. En 1927, il crée une branche entièrement contemplative et adoratrice, les Sœurs Sacramentines aveugles (Suore Sacramentine non vedenti) : des religieuses aveugles consacrées à l'adoration eucharistique perpétuelle, offrant leur infirmité même comme une louange[25]. Il fondera encore les Sœurs Contemplatives de Jésus Crucifié[26]. L'ensemble forme une famille spirituelle où chaque membre — actif ou contemplatif, voyant ou aveugle — a sa place dans l'unique œuvre de la charité.
Les Petits Cottolengo
À l'imitation de saint Joseph Benoît Cottolengo, Orione ouvre des maisons d'accueil pour les cas que personne ne veut prendre en charge : vieillards abandonnés, infirmes, handicapés, malades incurables. Il les appelle les Petits Cottolengo (Piccoli Cottolengo), et en fonde à Gênes, Milan, Buenos Aires, São Paulo et Santiago du Chili[27]. Pour lui, ces maisons ne sont pas seulement des œuvres sociales : ce sont des chaires d'où l'on prêche le Christ par la seule charité.
« Les Petits Cottolengo doivent être des chaires qui prêchent le Christ ; ils doivent dire au monde que Dieu existe, que la Providence existe, que l'âme est immortelle, que la vie éternelle existe. » — Saint Luigi Orione[28]
L'homme de la charité héroïque
Messine 1908 : vicaire général au milieu des décombres
Le 28 décembre 1908, un séisme suivi d'un tsunami rase Messine et Reggio de Calabre, faisant environ 90 000 morts — l'une des plus grandes catastrophes naturelles de l'Europe du XXᵉ siècle[29]. Orione accourt aussitôt et se dévoue au sauvetage et au recueil des orphelins. Sa charité et son organisation frappent l'autorité ecclésiale : saint Pie X le nomme vicaire général du diocèse de Messine, charge qu'il exerce environ trois ans dans une Église locale dévastée, contribuant à reconstruire la vie diocésaine[30].
La Marsica 1915 et les orphelins : l'épisode Ignazio Silone
Le 13 janvier 1915, un nouveau tremblement de terre détruit la région de la Marsica (Avezzano, Abruzzes), faisant près de 30 000 morts[31]. Orione s'y précipite encore et recueille des centaines d'enfants. Parmi eux se trouvent deux frères de Pescina, orphelins de leur mère ensevelie sous les décombres : Secondino Tranquilli — le futur écrivain Ignazio Silone — et son frère Romolo[32].
L'épisode est resté célèbre. Lors de la visite du roi Victor-Emmanuel III aux communes dévastées, Orione, sans autorisation, charge des enfants orphelins dans une automobile royale pour les mettre à l'abri ; le souverain, mis au défi, finit par lui laisser le véhicule, dont un télégramme du 23 janvier 1915 régularisera le don[33]. Orione accompagne lui-même Secondino jusqu'au Convitto San Romolo de Sanremo et veille sur sa scolarité[34].
Silone, devenu plus tard l'un des grands écrivains italiens du siècle — et longtemps éloigné de la foi —, gardera toute sa vie une admiration intacte pour son bienfaiteur. Il lui consacre dans Uscita di sicurezza (Vallecchi, Florence, 1965) le chapitre « Incontro con uno strano prete » (« Rencontre avec un étrange prêtre »)[35]. Le portrait qu'il a fixé de Don Orione — publié dès 1949, avant le livre — dit assez, par sa précision physique et spirituelle, la marque laissée par le saint :
« Malgré son origine piémontaise, par sa taille moyenne, son teint brun et d'autres traits, Don Orione ressemblait plutôt à un paysan sarde. […] Son regard était, en même temps, bienveillant et profond. » — Ignazio Silone, « A costo di essere frainteso » (1949)[36]
« Sans aucun doute, il croyait en Dieu », avec « la présence et l'assistance continuelles de Dieu ». — Ignazio Silone, « A costo di essere frainteso » (1949)[37]
Ce témoignage d'un homme que tout éloignait de l'Église dit assez la puissance d'attraction de la sainteté d'Orione : non pas une éloquence, mais une simplicité et une vérité désarmantes.
« Solo la carità salverà il mondo »
Toute cette activité débordante n'est pas philanthropie : elle naît d'une conviction théologique brûlante. Pour Orione, la charité n'est pas un moyen parmi d'autres — c'est la force qui sauve le monde et qui rend l'Église crédible.
« Seule la charité sauvera le monde. » — Saint Luigi Orione[38]
Il aimait dire que sa devise tenait en une seule règle d'or, simple et radicale :
« Faire le bien à tous, faire le bien toujours, le mal à personne. » — Saint Luigi Orione[39]
La spiritualité de Don Orione
« Anime, anime ! » : la passion du salut des âmes
Au sommet de toute son œuvre, Orione ne place pas le succès social mais le salut des âmes. Le cri « Anime! Anime! » — « Des âmes, des âmes ! » — figure en tête de ses lettres et résume tout le programme de sa congrégation[40]. Pour lui, l'aide matérielle aux pauvres et aux infirmes n'a jamais été une fin en soi : elle est ordonnée à la rencontre du Christ et au salut éternel de ceux qu'il sert. « Sauver des âmes » est la clé qui ouvre et referme chacune de ses fondations[41].
La Croix au centre
La charité orionienne est une charité crucifiée. Loin de tout activisme, Orione enseigne qu'on n'aime et qu'on ne sert vraiment qu'en montant sur la croix avec le Christ. La formule, citée par Jean-Paul II le jour de la canonisation, est l'une des plus fortes de toute sa spiritualité :
« On aime et on sert le Christ, l'Église, les âmes si l'on est en croix et crucifié — ou bien on ne les aime pas et on ne les sert pas du tout. » — Saint Luigi Orione[42]
Sa règle de vie intérieure, ramassée en quelques verbes, dit la même chose :
« Souffrir, se taire, prier, aimer, se crucifier et adorer. » — Saint Luigi Orione[43]
C'est de cette racine que jaillit, paradoxalement, la joie : non pas malgré le don de soi, mais par lui.
« La joie parfaite ne peut se trouver que dans le parfait dévouement de soi-même à Dieu et aux hommes, à tous les hommes. » — Saint Luigi Orione[44]
Dévotion mariale : la Madonna della Guardia
Orione fut un grand apôtre de la Vierge Marie, qu'il honorait sous le vocable populaire de la Madonna della Guardia. Il édifia à Tortona le sanctuaire de la Madonna della Guardia (1931), puis le sanctuaire de la Madonna di Caravaggio à Fumo (1938)[45]. Ces sanctuaires n'étaient pas pour lui des monuments de prestige, mais des foyers de prière populaire, des refuges pour les pèlerins pauvres et des écoles de confiance mariale pour ses fils et ses filles spirituels.
« Ave Maria e avanti ! » : la confiance dans la Providence
Le ressort psychologique et spirituel de toute l'œuvre est une confiance illimitée dans la Divine Providence, scellée par la prière mariale. Orione lançait à ses collaborateurs, devant les difficultés et le manque d'argent, un mot d'ordre resté proverbial :
« Regarder le ciel, prier, puis en avant avec courage, et travailler. Je vous salue Marie, et en avant ! » — Saint Luigi Orione[46]
Cette confiance n'était pas naïveté : elle s'accompagnait d'un travail acharné et d'un sens aigu de l'organisation. Mais elle interdisait le découragement : pour Orione, la Providence ne manque jamais celui qui se jette en elle pour les pauvres.
L'amour du Pape et de l'Église
Au cœur de la spiritualité d'Orione brille un amour passionné de l'Église et du Pape. Le vœu spécial de fidélité au Souverain Pontife, inscrit dans les constitutions des Fils de la Divine Providence, traduit une certitude : on ne sert pas le Christ contre son Église ni à côté d'elle, mais dans la communion visible avec Pierre[47]. À l'époque où le modernisme et l'anticléricalisme ébranlaient l'Italie, Orione opposa non la polémique mais une charité débordante et une obéissance romaine sans faille, qui lui valurent la confiance de quatre papes — de saint Pie X à Pie XII[48].
L'expansion missionnaire
Loin de se replier sur le Piémont, Orione voulut une œuvre missionnaire, débordant les frontières de l'Italie. De son vivant, la Petite Œuvre s'implanta sur trois continents, au prix de longs voyages que sa santé fragile rendait héroïques — notamment deux séjours prolongés en Amérique latine (1921-1922 et 1934-1937)[49].
| Année | Pays / région | Note |
|---|---|---|
| 1913 | Brésil | Première mission hors d'Italie |
| 1921 | Argentine et Uruguay | Œuvres caritatives et paroisses ; Petits Cottolengo de Buenos Aires |
| 1921 | Palestine | Présence en Terre sainte |
| 1923 | Pologne | Implantation en Europe centrale |
| 1925 | Rhodes | Égée / Méditerranée orientale |
| 1934 | États-Unis | Service des migrants italiens |
| 1935 | Angleterre | Implantation britannique |
| 1936 | Albanie | Œuvre dans les Balkans |
Pour Orione, ce déploiement n'était pas une conquête mais un rayonnement de la charité : partout, le même programme — recueillir les pauvres, éduquer les jeunes, annoncer le Christ — et la même confiance en la Providence pour subvenir à tout.
La mort à Sanremo (1940)
Les derniers mois
Usé par cinquante ans de travail, de voyages et de privations, Orione souffre d'une grave affection cardiaque. Ses fils l'envoient se reposer à Sanremo, sur la Riviera ligure, dans l'espoir que le climat doux soulagerait son cœur épuisé[50]. Lui-même savait sa fin proche ; il avait toujours dit vouloir mourir non dans le confort mais « parmi les pauvres »[51].
« Gesù ! Gesù ! Vado »
Saint Luigi Orione meurt à Sanremo le 12 mars 1940, à 67 ans[52]. Ses dernières paroles, transmises par ses fils, résument toute sa vie tendue vers le Christ :
« Gesù ! Gesù ! Vado » — « Jésus ! Jésus ! Je viens vers toi ». — Saint Luigi Orione, derniers mots, 12 mars 1940[53]
Le corps retrouvé intact (1965) et le sanctuaire de Tortona
Lors de la première exhumation, en 1965, le corps de Don Orione est retrouvé intact[54]. Il est aujourd'hui vénéré dans le sanctuaire de la Madonna della Guardia à Tortona, qu'il avait lui-même édifié, devenu le cœur du pèlerinage orionien et le but de fidèles venus du monde entier[55].
De bienheureux à saint : la cause de canonisation
Le miracle de la béatification : Giorgio Passamonti (1980)
Le miracle retenu pour la béatification est la guérison inexpliquée du jeune Giorgio Vincenzo Passamonti, attribuée à l'intercession de Don Orione[56]. Cette guérison ayant été reconnue comme miraculeuse, saint Jean-Paul II béatifie Luigi Orione le 26 octobre 1980[57].
Le miracle de la canonisation : Pietro Penacca (2004)
Le miracle de la canonisation est la guérison inexpliquée de Pietro Penacca, dit Pierino, attribuée à l'intercession de Don Orione[58]. Cette guérison ayant été reconnue comme miraculeuse, la voie est ouverte à la canonisation[59].
L'homélie de saint Jean-Paul II (16 mai 2004)
Le 16 mai 2004, sur la place Saint-Pierre, Jean-Paul II canonise Luigi Orione en même temps que cinq autres bienheureux — dont saint Annibale Maria di Francia[60]. Dans son homélie, le pape relit la vie d'Orione à la lumière de la charité du Christ, citant le Livre des Actes : « Ces hommes qui ont consacré leur vie au nom de notre Seigneur Jésus-Christ » (Ac 15, 26)[61]. Il décrit le cœur du saint comme un cœur
« sans frontières, car il était dilaté par la charité du Christ. » — Saint Jean-Paul II, homélie de canonisation, 16 mai 2004[62]
L'héritage orionien aujourd'hui
Plus d'un siècle après sa fondation, la Petite Œuvre de la Divine Providence est présente sur plusieurs continents : ses Fils de la Divine Providence, ses Petites Sœurs Missionnaires de la Charité et ses laïcs orioniens animent écoles, paroisses, maisons d'accueil, Petits Cottolengo, foyers pour personnes handicapées et œuvres pour les jeunes et les migrants[63]. Partout, la même devise tient lieu de programme : « Anime e anime! », et la conviction qui la sous-tend :
« Seule la charité sauvera le monde. » — Saint Luigi Orione[64]
Le pauvre fils du paveur de Pontecurone aura ainsi laissé à l'Église une démonstration vivante : que la confiance illimitée en la Divine Providence, scellée à la Croix et à l'amour du Pape, peut bâtir, sans capitaux, une charité capable de traverser les frontières et les siècles.
Pour aller plus loin
- Saint Jean Bosco — le maître de Valdocco dont Orione fut l'élève (1886-1889)
- Saint Pie X — le pape qui le nomma vicaire général de Messine
- Saint Jean-Paul II — le pape qui le béatifia (1980) et le canonisa (2004)
- Saint Annibale Maria di Francia — canonisé le même jour que Don Orione, le 16 mai 2004
- Saint François d'Assise — l'idéal franciscain de pauvreté qui attira d'abord le jeune Orione
Notes et références
Biographie officielle de saint Luigi Orione pour la canonisation, Saint-Siège, Bureau des célébrations liturgiques du Souverain Pontife, vatican.va. Source de référence pour : naissance (23 juin 1872, Pontecurone) et mort (12 mars 1940, Sanremo) ; apprentissage de paveur (1882-1885) ; franciscains de Voghera (sept. 1885 – juin 1886) ; Oratoire de Don Bosco à Valdocco (oct. 1886 – août 1889) ; entrée au séminaire de Tortona (16 oct. 1889) ; premier oratoire (3 juill. 1892) ; collège San Bernardino (15 oct. 1893) ; ordination (13 avril 1895) ; Ermites de la Divine Providence (1899) ; reconnaissance canonique des Fils de la Divine Providence (21 mars 1903) avec vœu de fidélité au Pape ; Petites Sœurs Missionnaires de la Charité (29 juin 1915) ; Sacramentines aveugles (1927) ; séismes de Messine (1908) et de la Marsica (13 janv. 1915) ; vicaire général de Messine ; missions au Brésil (1913), Argentine-Uruguay (1921), Palestine, Pologne (1923), Rhodes (1925), États-Unis (1934), Angleterre (1935), Albanie (1936) ; sanctuaires de la Madonna della Guardia à Tortona (1931) et de la Madonna di Caravaggio à Fumo (1938) ; dernières paroles ; béatification (26 oct. 1980) et canonisation (16 mai 2004).
1 6 7 9 10 12 15 16 17 29 31 47 52 57« Anime! Anime! » — devise et cri-programme de Don Orione, placé en tête de ses lettres. Voir la notice « Anime! Anime! », Province religieuse San Benedetto des Fils de la Divine Providence, donorione-genova.it, et messaggidonorione.it. Cité pour le primat du salut des âmes sur l'œuvre matérielle.
2 40 41Saint Jean-Paul II, homélie de la canonisation du 16 mai 2004, place Saint-Pierre (canonisation des saints Luigi Orione, Annibale Maria di Francia, Josep Manyanet y Vives, Nimatullah Kassab Al-Hardini, Paola Elisabetta Cerioli et Gianna Beretta Molla), texte officiel sur vatican.va. Cité pour : Ac 15, 26 (« Ces hommes qui ont consacré leur vie au nom de notre Seigneur Jésus-Christ ») ; « On aime et on sert le Christ, l'Église, les âmes si l'on est en croix et crucifié, ou bien on ne les aime pas et on ne les sert pas du tout » (italien : « Cristo, la Chiesa, le anime si amano e si servono in croce e crocifissi ») ; cœur « sans frontières, dilaté par la charité du Christ » ; « seule la charité sauvera le monde » (« solo la carità salverà il mondo ») ; « la joie parfaite ne peut se trouver que dans le parfait dévouement de soi-même à Dieu et aux hommes, à tous les hommes ».
3 38 42 44 60 61 62 64Biographie de saint Luigi Orione, Dicastère des causes des saints, Saint-Siège, causesanti.va. Cité pour : métier du père (paveur de routes) et foi de la mère ; pneumonie de 1886 ; promesse de Don Bosco (« noi saremo sempre amici ») ; découverte de l'œuvre de Cottolengo à Turin ; vœu de fidélité au Pape et fidélité romaine durant la crise moderniste ; Petits Cottolengo de Gênes, Milan, Buenos Aires, São Paulo et Santiago comme « chaires » prêchant le Christ ; règle intérieure (« Soffrire, tacere, pregare, amare, crocifiggersi e adorare ») ; affection cardiaque et envoi à Sanremo ; corps retrouvé intact lors de l'exhumation de 1965 et vénéré au sanctuaire de la Madonna della Guardia de Tortona ; confiance de quatre papes (de Pie X à Pie XII).
4 8 11 13 14 19 22 27 28 43 50 51 63Ignazio Silone consacre à Don Orione, dans Uscita di sicurezza (Vallecchi, Florence, 1965), le chapitre intitulé « Incontro con uno strano prete » (« Rencontre avec un étrange prêtre »). Les deux portraits cités ici viennent de son article « A costo di essere frainteso », paru dans Vogue en 1949 et repris par Italia – San Francisco le 27 mars 1964 : « Per la statura media, il colorito bruno, e altri tratti somatici, benché piemontese, Don Orione somigliava piuttosto ad un contadino sardo […]. Esso [il suo sguardo] era, nello stesso tempo, benevolo e profondo » ; « Indubbiamente egli credeva in Dio », avec une « continua presenza ed assistenza di Dio ». Source : Messaggi Don Orione (revue d'histoire et d'actualité orionienne), messaggidonorione.it (notes 10 et 15 : référence Vallecchi 1965 et texte de l'article de 1949).
5 35 36 37Biographie officielle de saint Luigi Orione pour la canonisation, Saint-Siège (vatican.va), passage sur la formation et l'ordination : entrée au séminaire de Tortona le 16 octobre 1889 ; premier oratoire le 3 juillet 1892 ; collège San Bernardino le 15 octobre 1893 ; ordination sacerdotale le 13 avril 1895, l'évêque remettant le même jour l'habit clérical à six élèves du collège.
18Biographie officielle du Saint-Siège (vatican.va), passages sur les fondations : branche des Ermites de la Divine Providence (1899) ; reconnaissance canonique par décret de Mgr Igino Bandi du 21 mars 1903, avec 4ᵉ vœu de fidélité au Pape ; Petites Sœurs Missionnaires de la Charité le 29 juin 1915 ; Sœurs adoratrices Sacramentines pour l'accueil de non-voyantes, « auxquelles se rajoutèrent par la suite les Contemplatives de Jésus crucifié » (texte italien : « cui si aggiungeranno successivamente anche le Contemplative di Gesù Crocifisso »).
20 21 23 24 25 26Biographie officielle du Saint-Siège (vatican.va) : « Par la volonté de Pie X, il fut vicaire général du diocèse de Messine pendant trois ans ». Le Dicastère des causes des saints (causesanti.va) précise la séquence : après le séisme de décembre 1908 (90 000 morts), « Per diretta volontà di Pio X fu nominato Vicario Generale della diocesi di Messina. Lasciata la Sicilia dopo tre anni… » — nommé après le 28 décembre 1908, resté environ trois ans.
30« 100° terremoto Marsica : anche Ignazio Silone tra gli orfani raccolti da Don Orione », AgenSIR (Servizio Informazione Religiosa, Conférence épiscopale italienne), 12 janvier 2015, agensir.it. Cité pour : séisme de la Marsica du 13 janvier 1915 (≈ 30 000 morts) ; orphelins recueillis par Don Orione, dont Secondino Tranquilli (Ignazio Silone) et son frère Romolo.
32« Don Orione e i fratelli Secondino (Silone) e Romolo Tranquilli », Messaggi Don Orione, messaggidonorione.it. Cité pour : la mère de Silone (Marianna Delli Quadri) ensevelie ; Romolo extrait des décombres et confié au Patronage Regina Elena ; l'épisode de l'automobile royale obtenue de Victor-Emmanuel III (télégramme du 23 janvier 1915) ; Don Orione accompagnant Secondino au Convitto San Romolo de Sanremo et veillant sur sa scolarité.
33 34« Fare del bene a tutti, fare del bene sempre, del male a nessuno » — « Faire le bien à tous, faire le bien toujours, le mal à personne », maxime de Don Orione fréquemment reprise par ses œuvres (notamment le Piccolo Cottolengo Milanese). Voir les ressources orioniennes de la congrégation, donorionemilano.it.
39Biographie officielle du Saint-Siège (vatican.va) : « grâce au travail manuel de ses séminaristes, [il] éleva les sanctuaires de Notre-Dame de la Garde à Tortona et de Notre-Dame de Caravaggio à Fumo » (texte italien : « innalzò i Santuari della Madonna della Guardia a Tortona (1931) e della Madonna di Caravaggio a Fumo (1938) »).
45« Guardare al cielo, pregare, e poi avanti con coraggio e lavorare. Ave Maria e avanti! » — exhortation de saint Luigi Orione : « Regarder le ciel, prier, puis en avant avec courage, et travailler. Je vous salue Marie, et en avant ! ». Voir « Ave Maria e avanti! », donorioneitalia.it.
46Dicastère des causes des saints, biographie de saint Luigi Orione (causesanti.va) : « Godette della stima personale di Pio X, di Benedetto XV, di Pio XI, Pio XII » — l'estime personnelle de quatre papes, de Pie X à Pie XII.
48Biographie officielle du Saint-Siège (vatican.va), passage missionnaire : envoi des premiers religieux au Brésil en 1913, puis Argentine et Uruguay (1921), Palestine (1921), Pologne (1923), Rhodes (1925), États-Unis (1934), Angleterre (1935), Albanie (1936) ; deux voyages missionnaires en Amérique latine en 1921-1922 et 1934-1937.
49Biographie officielle du Saint-Siège : en italien, « Don Orione morì il 12 marzo 1940, sospirando: "Gesù! Gesù! Vado" » (vatican.va) ; la version française traduit : « Don Orione mourut le 12 mars 1940, en soupirant "Jésus! Jésus! Je viens vers toi" » (vatican.va).
53Biographie officielle du Saint-Siège (vatican.va) : « Son corps, retrouvé intact lors de la première exhumation en 1965, a été mis en honneur dans le sanctuaire de Notre-Dame de la Garde de Tortona » (texte italien : « Il suo corpo, trovato intatto alla prima riesumazione del 1965, venne posto in onore nel medesimo santuario »).
54 55Miracle reconnu pour la béatification : guérison du jeune Giorgio Vincenzo Passamonti, attribuée à l'intercession de Don Orione, reconnue comme miraculeuse avant la béatification du 26 octobre 1980. Nom du bénéficiaire d'après la synthèse Luigi Orione, Wikipedia (it) (qui cite un document de la congrégation, lien aujourd'hui inaccessible) : aucun décret ni positio publiquement vérifiable avec page exacte n'ayant été retrouvé, seuls le nom et la reconnaissance du miracle sont retenus ici, sans les détails datés et chiffrés des récits secondaires.
56Miracle reconnu pour la canonisation : guérison de Pietro Penacca, dit Pierino, attribuée à l'intercession de Don Orione, reconnue comme miraculeuse avant la canonisation du 16 mai 2004. Nom du bénéficiaire d'après San Luigi Orione, Cathopedia (it), et Luigi Orione, Wikipedia (it) : aucun décret ni positio publiquement vérifiable avec page exacte n'ayant été retrouvé, seuls le nom et la reconnaissance du miracle sont retenus ici, sans les détails datés et chiffrés des récits secondaires.
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