La vie spirituelle catholique a beaucoup de noms : union à Dieu, vie en Dieu, vie trinitaire, vision béatifique, divinisation, sainteté, béatitude, vie éternelle, Royaume de Dieu. Ces expressions semblent multiples : elles désignent en réalité une seule et même réalité, la communion d'amour entre la créature et son Créateur, contemplée sous des angles différents. Comprendre cette unité est la première porte d'entrée de toute théologie spirituelle.
Sous ces synonymes, une essence unique : aimer Dieu. « Dieu est Amour », écrit saint Jean (1 Jn 4, 8), de sorte qu'entrer en Dieu, c'est entrer dans l'Amour. Et la tradition catholique, de saint Augustin à saint Alphonse de Liguori en passant par sainte Thérèse d'Avila et sainte Thérèse de Lisieux, a creusé en quoi consiste cet amour : non pas un sentiment éphémère, mais vouloir ce que Dieu veut, jusqu'à n'avoir plus avec lui « qu'un seul cœur et un seul vouloir ».
Cette doctrine n'est pas réservée à la vie après la mort. Le Christ a affirmé que « le Royaume de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17, 21), et la tradition spirituelle a toujours soutenu que la vie en Dieu commence dès cette terre — à l'exception de la vision béatifique elle-même, réservée à l'au-delà. Tous les autres synonymes — sainteté, béatitude, vie éternelle, Royaume, divinisation commencée, vie dans la Divine Volonté — sont déjà accessibles ici-bas par la grâce.
Cet article expose chacun de ces noms, montre leur unité d'essence, et conduit jusqu'au principe pratique qui en découle : vouloir ce que Dieu veut est l'amour de Dieu, et l'amour de Dieu est la vie spirituelle. Tout repose, en définitive, sur la rencontre des deux volontés.
La vie spirituelle : une réalité aux multiples noms
L'écriture sainte et la tradition catholique parlent du même réel sous une constellation de noms. Cette pluralité n'est pas un défaut de vocabulaire : c'est une richesse, parce que chaque nom éclaire une facette propre de la communion entre l'homme et Dieu. La théologie spirituelle n'a jamais cherché à éliminer cette polysémie ; elle a cherché à la cartographier.
Pourquoi multiplier les synonymes ?
Saint Thomas d'Aquin enseigne que Dieu, étant absolument simple, ne peut être désigné par une seule formule humaine[1]. Notre intelligence est limitée à des concepts partiels : ce que nous nommons vie éternelle met l'accent sur la durée, vision béatifique sur la connaissance, union sur l'amour, Royaume sur la souveraineté de Dieu, sainteté sur la séparation d'avec le péché, béatitude sur le bonheur, divinisation sur la transformation. Aucun de ces termes pris isolément n'épuise la réalité ; tous ensemble, ils en dessinent une image plus complète.
C'est pourquoi le Catéchisme de l'Église catholique caractérise la béatitude à laquelle Dieu appelle l'homme par plusieurs expressions :
« Le Nouveau Testament utilise plusieurs expressions pour caractériser la béatitude à laquelle Dieu appelle l'homme : l'avènement du Royaume de Dieu (cf. Mt 4, 17) ; la vision de Dieu : "Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu" (Mt 5, 8 ; cf. 1 Jn 3, 2 ; 1 Co 13, 12) ; l'entrée dans la joie du Seigneur (cf. Mt 25, 21. 23) ; l'entrée dans le Repos de Dieu (He 4, 7-11) […] » — Catéchisme de l'Église catholique, §1720[2]
Plusieurs expressions, un seul mystère. Le Magistère lui-même invite donc à manier ces synonymes comme des angles complémentaires d'une même contemplation.
Une cartographie des synonymes principaux
| Nom | Facette éclairée | Référence pivot |
|---|---|---|
| Union à Dieu | Communion personnelle, modèle nuptial | Ct 6, 3 ; Jn 17, 21 |
| Vie en Dieu | Habitation réciproque, immanence | Jn 14, 23 ; 1 Jn 4, 16 |
| Vie trinitaire | Participation à la communion des Trois | Jn 17, 21-23 |
| Vision béatifique | Connaissance face à face | 1 Co 13, 12 ; 1 Jn 3, 2 |
| Paradis | Lieu eschatologique du repos | Lc 23, 43 ; Ap 21 |
| Divinisation | Transformation ontologique du fidèle | 2 P 1, 4 ; CEC §460 |
| Sainteté | Séparation d'avec le péché, configuration au Christ | Lv 19, 2 ; 1 P 1, 16 |
| Béatitude | Bonheur de l'âme rassasiée | Mt 5, 3-12 ; CEC §1716 |
| Vie éternelle | Don d'une vie qui ne meurt plus | Jn 17, 3 ; Jn 6, 54 |
| Royaume de Dieu | Règne effectif de Dieu sur le cœur | Mt 6, 10 ; Lc 17, 21 |
| Vie dans la Divine Volonté | Don gratuit révélé à Luisa Piccarreta : une seule volonté, acte divin | Mt 6, 10 (la prière) ; Livre du Ciel (le don) |
Cette cartographie n'est pas un palmarès. C'est une grammaire. Hypothèse de lecture proposée ici par l'auteur de cet article : ces termes, bien que distincts, peuvent presque tous se substituer l'un à l'autre dans un discours — dire « vivre en Dieu », « vivre dans le Royaume » ou « vivre en vue du Ciel », c'est dire la même chose sous des éclairages différents. Ce n'est pas la thèse d'un auteur particulier, mais une commodité d'exposition, qui ne préjuge pas des distinctions réelles entre ces états — notamment entre le faire et le vivre dans, voir plus bas.
L'union à Dieu : le modèle nuptial
Le premier synonyme, le plus ancien, est l'union. La Bible elle-même utilise pour le décrire l'image du mariage entre Dieu et son peuple, puis entre le Christ et l'Église, puis entre Dieu et chaque âme. C'est l'horizon nuptial de toute spiritualité catholique.
Le mariage spirituel dans la tradition mystique
Le Cantique des cantiques chante : « Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi » (Ct 6, 3). Saint Paul applique cette nuptialité à l'Église : « Comme l'Église est soumise au Christ, comme le Christ a aimé l'Église et s'est livré pour elle » (Ep 5, 24-25), de sorte que « ce mystère est grand : je dis cela en rapport avec le Christ et l'Église » (Ep 5, 32). Et l'Apocalypse couronne toute l'histoire du salut par les noces de l'Agneau : « Heureux les invités au repas des noces de l'Agneau » (Ap 19, 9).
La tradition mystique reprend ce langage. Sainte Thérèse d'Avila parle, dans les Septièmes Demeures du Château intérieur, du mariage spirituel entre l'âme et Dieu, plus profond que les fiançailles spirituelles précédentes[3]. Saint Jean de la Croix, dans le Cantique spirituel, déploie la même image : l'âme est l'Épouse, Dieu est l'Époux, et toute la vie spirituelle est le chemin vers cette union[4].
« L'amour n'a d'autre office que de réunir et conjoindre l'aimé avec celui qui aime, pour qu'ils ne soient plus qu'un. » — Saint Jean de la Croix, Vive flamme d'amour, strophe 3, n. 28[5]
L'image est dense. Elle dit en quelques mots que l'amour tend nécessairement à l'unité : c'est sa logique interne. Aimer Dieu, ce n'est donc pas le contempler à distance ; c'est se rapprocher de lui jusqu'à la communion la plus intime.
L'union plus intime que le mariage humain
La tradition prend soin de préciser que l'union mystique excède la nuptialité humaine par sa profondeur. Saint Thomas d'Aquin l'explique : dans la béatitude, « la créature est unie à Dieu par opération, c'est-à-dire en le connaissant et en l'aimant »[6]. Or cette union d'opération est plus intime que l'union charnelle, parce qu'elle touche l'esprit lui-même, et que l'esprit pénètre plus avant dans son objet que le corps dans le corps.
Sainte Thérèse d'Avila reprend cette intuition à l'expérience :
« Cette union est aussi différente de celle dont nous avons parlé que peut l'être l'union par mariage de l'union par fiançailles. » — Sainte Thérèse d'Avila, Château intérieur, Septièmes Demeures, ch. 2, n. 2[7]
La docteur de l'Église souligne que dans le mariage spirituel, « Notre-Seigneur veut que l'âme entende sa façon de la concevoir » — une connaissance intérieure, par expérience, qui est elle-même un fruit de l'amour.
Vivre en Dieu et la divinisation
Si l'union est le but, vivre en Dieu en est la formulation continue : non pas un événement ponctuel, mais une vie entière passée dans la communion divine. La tradition pousse cette formule jusqu'à parler de divinisation (en grec theōsis), un des termes les plus audacieux de la théologie chrétienne.
« Demeurer en Dieu et Dieu en lui »
Saint Jean condense toute la vie chrétienne par un mot : demeurer. « Demeurez en moi, et moi en vous » (Jn 15, 4), dit Jésus à ses apôtres. Et le même Jean, dans sa première lettre, en tire la conséquence :
« Dieu est Amour : qui demeure dans l'Amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. » — Première lettre de saint Jean, 4, 16[8]
C'est l'équation fondamentale de la vie spirituelle. Dieu n'est pas seulement un être que l'on observe ou prie de l'extérieur : il habite l'âme du juste et l'âme du juste habite en lui. Cette double habitation est ce que la théologie catholique nomme l'inhabitation trinitaire, c'est-à-dire que le Père, le Fils et le Saint-Esprit habitent eux-mêmes dans l'âme du baptisé.
Participer à la vie trinitaire
Le Christ lui-même, dans sa grande prière sacerdotale, le dit en termes saisissants :
« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi : qu'ils soient un en nous, eux aussi. » — Évangile selon saint Jean, 17, 21[9]
La vie spirituelle n'est donc pas seulement « union à Dieu » au singulier : c'est participation à la communion des Personnes divines elles-mêmes. Le Catéchisme de l'Église catholique le rappelle :
« Dieu peut nous faire connaître son mystère et nous donner d'y participer : c'est dans la "communion" de l'Esprit Saint que nous entrons dans la communion d'amour qui est en Dieu lui-même. » — Catéchisme de l'Église catholique, §260[10]
L'expression « participation à la nature divine » vient en droite ligne de saint Pierre :
« Par ces promesses, vous êtes devenus participants de la nature divine. » — Deuxième lettre de saint Pierre, 1, 4[11]
C'est sur ce verset que les Pères grecs ont fondé toute leur théologie de la theōsis.
Saints et Pères sur la divinisation
L'image classique vient de saint Athanase d'Alexandrie (296-373), défenseur de la divinité du Christ à Nicée :
« Le Verbe s'est fait homme afin que nous soyons divinisés. » — Saint Athanase, De l'Incarnation du Verbe, ch. 54, n. 3[12]
Saint Thomas d'Aquin reformule la même doctrine en Occident :
« Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participants de sa divinité, a assumé notre nature, afin que, s'étant fait homme, il fasse les hommes dieux. » — Saint Thomas d'Aquin, Opusculum 57, In festo Corporis Christi, lect. 1[13]
Et le Catéchisme la consacre dans son enseignement :
« Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous faire Dieu. » — Catéchisme de l'Église catholique, §460[14]
La divinisation n'est pas une absorption qui détruirait la créature ; c'est une élévation par participation. L'âme reste créature, mais elle est rendue conforme à Dieu par la grâce, et cette conformité s'achèvera dans la gloire.
La vision béatifique : voir Dieu face à face
Parmi tous les synonymes, la vision béatifique est le seul qui désigne exclusivement la vie après la mort. C'est la spécificité de la béatitude céleste : voir Dieu tel qu'il est, sans miroir et sans énigme.
« Nous le verrons tel qu'il est »
L'Écriture promet cette vision en termes explicites. Saint Paul écrit aux Corinthiens :
« Aujourd'hui, nous voyons de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Aujourd'hui, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j'ai été connu. » — Première lettre aux Corinthiens, 13, 12[15]
Et saint Jean, dans sa première lettre, ajoute la dimension de la ressemblance :
« Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n'a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est. » — Première lettre de saint Jean, 3, 2[16]
Voir Dieu « tel qu'il est » (sicuti est, en latin) signifie le voir sans intermédiaire. C'est l'objet propre de la béatitude céleste.
Ce qu'enseigne le Magistère
Le pape Benoît XII a fixé la doctrine de la vision béatifique dans la bulle Benedictus Deus (1336) :
« Les âmes des justes [...] ont vu et voient l'essence divine d'une vision intuitive et même faciale, sans la médiation d'aucune créature dans le rôle d'objet vu, mais l'essence divine se manifestant à elles immédiatement, à nu, clairement et ouvertement. » — Pape Benoît XII, bulle Benedictus Deus, 29 janvier 1336[17]
Le Catéchisme de l'Église catholique reprend cette doctrine dans son traité sur le Ciel :
« Vivre au Ciel, c'est « être avec le Christ ». Les élus vivent « en Lui », mais en y gardant, ou plutôt en y trouvant leur vraie identité, leur propre nom. [...] Ce mystère de bienheureuse communion avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. » — Catéchisme de l'Église catholique, §1025-1027[18]
La vision béatifique n'est donc pas la dissolution de la personne dans la divinité, mais l'accomplissement de la personne dans la lumière de Dieu.
Pourquoi cette réalité est-elle réservée à l'au-delà ?
Saint Thomas d'Aquin explique que la vision intuitive de l'essence divine excède les capacités naturelles de la créature : aucune intelligence créée ne peut, par ses seules forces, percer le mystère de Dieu[19]. Dieu doit donner lui-même cette vision en se montrant directement, ce qui ne se réalise pleinement qu'au terme de la pérégrination terrestre, lorsque l'âme est définitivement séparée des conditions de la vie présente.
Cela ne signifie pas que la connaissance de Dieu soit inaccessible ici-bas : elle l'est, mais selon un autre mode — par la foi, par les sacrements, par la prière, par la contemplation, par les « dons du Saint-Esprit » qui sont « le commencement de la gloire »[20]. La vision béatifique reste l'exception : elle est l'aboutissement, non le commencement.
La sainteté et la béatitude
Si la vision béatifique nomme le terme, la sainteté et la béatitude nomment la qualité de l'âme appelée à ce terme. Ce sont les deux faces, négative et positive, du même état.
La sainteté : « Soyez saints, comme je suis saint »
Dieu est saint, c'est-à-dire séparé absolument du péché, du mal, du désordre. Le mot hébreu qadosh dit cette séparation, qui n'est pas une distance hautaine mais une plénitude de pureté. Et Dieu appelle l'homme à la même sainteté :
« Soyez saints, parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu. » — Lévitique 19, 2 ; repris en 1 Pierre 1, 16[21]
La sainteté est donc la vocation universelle du baptisé. Vatican II l'a réaffirmé dans la constitution Lumen Gentium, chapitre 5 : « Il est donc bien évident pour tous que l'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie »[22].
La béatitude : « Heureux ! »
L'autre face est positive : la béatitude (makarios, en grec ; beatus, en latin) désigne le bonheur de l'âme rassasiée. Et c'est par cette parole — « heureux » — que Jésus commence son enseignement public solennel :
« Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux. » — Évangile selon saint Matthieu, 5, 3[23]
Le programme entier de la vie chrétienne est ainsi inauguré par une promesse de bonheur. Le Catéchisme commente :
« Les Béatitudes répondent au désir naturel du bonheur. Ce désir est d'origine divine : Dieu l'a mis au cœur de l'homme afin de l'attirer à Lui, qui seul peut le combler. » — Catéchisme de l'Église catholique, §1718[24]
Sainteté et béatitude se rejoignent : la sainteté est la condition de la béatitude, et la béatitude est le couronnement de la sainteté. Ce sont deux manières de dire que l'âme est devenue ce pour quoi elle est faite.
La vie éternelle et le Royaume de Dieu
Deux derniers synonymes méritent d'être distingués : la vie éternelle, qui souligne la durée, et le Royaume de Dieu, qui souligne la souveraineté.
Connaître Dieu = vivre éternellement
Saint Jean, dans la prière sacerdotale du Christ, donne une définition exacte de la vie éternelle :
« Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » — Évangile selon saint Jean, 17, 3[25]
L'éternité n'est pas seulement une durée sans fin : c'est une qualité de vie — la vie même de Dieu, sans succession, sans usure, sans perte. Connaître Dieu, c'est entrer dans cette qualité. Et cette connaissance n'est pas spéculative : c'est l'expérience de la communion, qui peut commencer dès la foi vivante.
Le Royaume est au milieu de vous
L'autre synonyme — le Royaume de Dieu — est celui que Jésus emploie le plus souvent dans sa prédication. Et il a fait à ses auditeurs une déclaration décisive :
« Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira pas : "Voici, il est ici", ou : "Il est là". Car voici : le Royaume de Dieu est au milieu de vous. » — Évangile selon saint Luc, 17, 20-21[26]
Le grec entos hymōn peut être traduit par « au milieu de vous » ou « au-dedans de vous ». Les deux sens convergent : le Royaume est une réalité présente, qui ne se reconnaît pas par des signes extérieurs spectaculaires, mais qui s'installe dans le cœur de ceux qui accueillent le Christ. C'est pourquoi la prière même que Jésus enseigne demande : « Que ton règne vienne » (Mt 6, 10) — règne qui s'inaugure ici-bas et s'achève au Ciel.
L'essence : aimer Dieu
Tous ces synonymes, prises séparément, restent des descriptions. Quel est leur noyau commun ? La tradition spirituelle catholique répond unanimement : aimer Dieu. Et cette réponse n'est pas une banalité moralisante. Elle découle de ce que Dieu lui-même est.
Dieu est Amour
C'est la phrase la plus brève, et la plus dense, de toute la théologie chrétienne :
« Dieu est Amour. » — Première lettre de saint Jean, 4, 8 ; 4, 16[27]
Saint Jean ne dit pas seulement que Dieu aime, ce qui serait une simple action. Il dit que Dieu est Amour, ce qui touche l'essence. L'Amour n'est pas un attribut de Dieu : il est sa nature même, contemplée dans la vie trinitaire — le Père aimant éternellement le Fils dans le Saint-Esprit. Le pape Benoît XVI ouvre sa première encyclique précisément sur ce verset :
« "Dieu est amour : celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui" (1 Jn 4, 16). Ces paroles de la Première Lettre de Jean expriment avec une particulière clarté ce qui est le centre de la foi chrétienne. » — Pape Benoît XVI, encyclique Deus caritas est, 25 décembre 2005, n. 1[28]
Si Dieu est Amour, entrer en Dieu, c'est entrer dans l'Amour ; vivre en Dieu, c'est vivre dans l'Amour ; et l'essence de la vie spirituelle est donc, sans détour, aimer.
Le premier et le plus grand des commandements
Le Christ, interrogé par un docteur de la Loi, ne laisse aucune ambiguïté sur la hiérarchie :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. Voilà le grand, le premier commandement. » — Évangile selon saint Matthieu, 22, 37-38[29]
Ce n'est pas un commandement parmi d'autres : c'est le premier, dans l'ordre de l'importance et dans l'ordre de la fondation. Tous les autres en dérivent. Saint Thomas d'Aquin enseigne que la charité — c'est-à-dire l'amour de Dieu — est « la forme de toutes les vertus »[30] : sans elle, les autres vertus ne sont pas véritablement chrétiennes ; avec elle, elles deviennent chemins de sainteté.
Le primat de la charité
Saint Paul, dans son célèbre hymne aux Corinthiens, dit même que sans charité rien n'a de valeur surnaturelle :
« J'aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J'aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j'aurais beau avoir toute la foi jusqu'à transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien. » — Première lettre aux Corinthiens, 13, 1-2[31]
Cela explique pourquoi toute la tradition catholique met l'amour de Dieu au centre. Toute la vie spirituelle se ramène à apprendre à aimer Dieu. C'est ce que la formule canonique de saint Alphonse va condenser.
Aimer Dieu, c'est faire plaisir à Dieu
Le mot aimer est aujourd'hui galvaudé. Pour la tradition catholique, aimer n'est pas d'abord un sentiment, mais une décision active : vouloir le bien de l'aimé. Et puisqu'on ne peut donner à Dieu un bien qu'il n'aurait pas déjà, aimer Dieu prend la forme caractéristique de lui faire plaisir.
Aimer, c'est « faire plaisir »
L'expérience humaine confirme cette structure de l'amour. Plus on aime quelqu'un, plus on veut lui faire plaisir : c'est presque une loi du cœur. Sainte Thérèse de Lisieux, à la veille de sa mort, l'a formulé en une phrase qui résume toute sa spiritualité :
« Tu peux donc, comme nous, t'occuper de "l'unique chose nécessaire", c'est-à-dire que tout en te livrant avec dévouement aux œuvres extérieures, ton but soit unique : faire plaisir à Jésus, t'unir plus intimement à Lui. » — Sainte Thérèse de Lisieux, Lettre 257 à sa sœur Léonie, 17 juillet 1897[32]
Trois mois avant sa mort, la docteur de l'Église ne désigne pas la prière, l'ascèse ni l'apostolat comme finalité ultime, mais le « faire plaisir à Jésus ». Tout le reste — y compris les œuvres saintes — n'est que moyen au service de ce but unique.
Le « plaisir » de Dieu n'est pas le « plaisir » humain
La précision est importante. Faire plaisir à Dieu ne signifie pas répondre à un caprice ou flatter une faiblesse — Dieu ne manque de rien. Cela signifie s'accorder à ce que Dieu veut, parce qu'il ne veut que le bien. Le « plaisir » de Dieu est sa volonté d'amour pour la créature, et y répondre, c'est entrer dans le bon ordre voulu par lui.
Le Christ lui-même a pris cette posture filiale jusqu'au bout :
« Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre. » — Évangile selon saint Jean, 4, 34[33]
« Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. » — Évangile selon saint Jean, 6, 38[34]
C'est en faisant la volonté du Père que Jésus a « aimé jusqu'à l'extrême » (Jn 13, 1). Le disciple chrétien est appelé à reproduire cette structure : aimer Dieu, c'est ne plus avoir d'autre nourriture que sa volonté.
Faire la volonté de Dieu : la grande équation alphonsienne
Si aimer Dieu, c'est lui faire plaisir, alors toute la vie spirituelle se concentre dans la volonté de Dieu. La formule est devenue célèbre grâce à saint Alphonse de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église et patron des moralistes :
« Toute la sainteté consiste à aimer Dieu »
« Toute la sainteté consiste à aimer Dieu, et tout notre amour pour Dieu consiste à faire sa volonté. » — Saint Alphonse de Liguori, L'Art d'aimer Jésus-Christ, ch. 17, n. 21[35]
C'est une double équation. Saint Alphonse identifie d'abord la sainteté à l'amour de Dieu, ce que la tradition unanime confirme (cf. 1 Co 13). Puis il identifie cet amour à l'accomplissement de la volonté divine, ce qui transforme la spiritualité en une discipline du vouloir plutôt qu'une cascade d'émotions.
Saint Alphonse insiste avec une fermeté qu'on retrouve rarement chez lui ailleurs :
« Nous devons donc nous résigner sans réserve à toutes les dispositions de la Providence à notre endroit : faire bon visage à tout événement, heureux ou malheureux, que Dieu veut ; à l'état que Dieu veut ; à la santé que Dieu veut. Diriger toutes nos prières vers ce but : que Dieu nous fasse accomplir sa sainte volonté. » — Saint Alphonse de Liguori, L'Art d'aimer Jésus-Christ, ch. 17, n. 21[36]
« Que ta volonté soit faite » — au cœur du Notre Père
La même équation est au cœur de la prière chrétienne. Dans l'oraison enseignée par Jésus, après les deux premières demandes touchant la gloire et le règne de Dieu, vient la demande qui les explicite :
« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » — Évangile selon saint Matthieu, 6, 10[37]
Le Catéchisme commente, en citant Origène :
« En adhérant au Christ, nous pouvons devenir un seul esprit avec lui, et par là accomplir sa volonté ; de la sorte, elle sera parfaite sur la terre comme au ciel » (Origène, or. 26) — Catéchisme de l'Église catholique, §2825[38]
« C'est par la prière que nous pouvons "discerner quelle est la volonté de Dieu" (Rm 12, 2 ; Ep 5, 17) et obtenir "la constance pour l'accomplir" (He 10, 36). Jésus nous apprend que l'on entre dans le Royaume des cieux, non par des paroles, mais "en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux" (Mt 7, 21). » — Catéchisme de l'Église catholique, §2826[39]
La demande n'est donc pas formelle. Demander que la volonté de Dieu se fasse, c'est demander que notre volonté s'unisse à la sienne.
Le Christ, modèle de l'accomplissement parfait
L'épître aux Hébreux applique cette doctrine au Christ lui-même, dans des termes qui résument toute l'économie de la Rédemption :
« Voici, je viens, ô Dieu, pour faire ta volonté. » — Lettre aux Hébreux, 10, 7 (citant le Psaume 39, 8-9)[40]
Le Christ est l'homme parfait précisément parce qu'il accomplit parfaitement la volonté du Père. Et c'est en s'unissant à lui par les sacrements et par la grâce que le baptisé apprend à faire la même chose.
Vouloir ce que Dieu veut : la conformité du cœur
Saint Alphonse, dans sa Préparation à la mort, va plus loin encore. Il distingue faire la volonté de Dieu et vouloir ce que Dieu veut. La nuance est décisive.
Du « faire » au « vouloir »
On peut faire la volonté de Dieu de mauvais gré, par devoir, en grinçant des dents. C'est déjà obéir, et c'est déjà bien. Mais l'amour parfait ne se contente pas de l'exécution : il veut intérieurement ce que l'autre veut, jusqu'à n'avoir plus avec lui qu'un seul vouloir.
Saint Alphonse l'écrit en termes très clairs :
« Aimer Dieu : voilà en quoi consiste tout notre salut et toute la perfection. [...] La perfection de l'amour consiste dans la conformité de notre volonté à celle de Dieu ; car l'amour, comme dit l'Aréopagite, a pour principal effet, dans ceux qui aiment, d'unir si bien leur volonté qu'ils n'aient plus qu'un seul cœur et un seul vouloir. » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, premier point[41]
Saint Alphonse cite ici un texte vénérable : le Pseudo-Denys l'Aréopagite, qui dans son traité Des Noms divins (ch. IV, § 15), écrit que l'amour est « une certaine force unitive et concrétrice » qui pousse l'aimant et l'aimé à ne plus former qu'un[42]. L'effet propre de l'amour est l'unité de la volonté.
Sainte Thérèse d'Avila : la vraie union
Sainte Thérèse d'Avila, dans le Château intérieur, dénonce une confusion fréquente : confondre l'union mystique avec les phénomènes extraordinaires (visions, extases, larmes). La vraie union, dit-elle, n'est pas là :
« Ne croyez pas qu'elle consiste dans les consolations intérieures, ni dans les sublimes ravissements, ni dans les visions, ni dans l'esprit de prophétie. Notre union avec Dieu, telle qu'il faut la désirer, consiste en ceci : que notre volonté ne fasse qu'un avec la sienne, en sorte qu'il n'y ait rien que nous comprenions qu'il veut, que nous ne voulions de tout notre désir. » — Sainte Thérèse d'Avila, Livre des Fondations, ch. 5, n. 10[43]
Et plus loin :
« Tout ce que doit ambitionner celui qui s'adonne à l'oraison, c'est de mettre sa volonté en conformité avec la volonté divine. Au surplus, il faut bien se persuader qu'en cela consiste la plus haute perfection. » — Sainte Thérèse d'Avila, Château intérieur, Deuxièmes Demeures, ch. unique, n. 8[44]
La docteur de l'Église rejoint exactement saint Alphonse : la conformité des deux volontés est le sommet, et non un préliminaire vers autre chose.
Saint François de Sales et le « bon plaisir » divin
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église, a consacré tout un livre de son Traité de l'amour de Dieu à la conformité au bon plaisir divin. Son enseignement complète saint Alphonse :
« Il faut tenir pour très assuré que ce que Dieu veut est toujours le meilleur ; et que tout ce qu'il ordonne ou permet, encore qu'il nous semble fâcheux et amer, est néanmoins très bon, parce qu'il vient d'une si bonne volonté que c'est la volonté de Dieu. » — Saint François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, livre IX, ch. 1[45]
Le langage est différent — François de Sales parle de « bon plaisir » (en latin beneplacitum) — mais la doctrine est identique. Aimer Dieu, c'est consentir à son bon plaisir ; et ce bon plaisir, parce qu'il est divin, est nécessairement bon.
Un seul cœur, un seul vouloir
L'image qui revient sous toutes les plumes est celle d'une seule volonté à deux. Saint Vincent de Paul, cité par saint Alphonse, condense :
« La perfection de l'amour ne consiste pas dans les extases, mais à bien faire la volonté de Dieu ; et celui-là entre tous les hommes sera le plus parfait, qui aura sa volonté plus conforme à celle de Dieu : en sorte que notre perfection consiste à unir tellement notre volonté à celle de Dieu, que la sienne et la nôtre ne soient qu'un même vouloir et non-vouloir. » — Saint Vincent de Paul, cité dans Abelly, La vie du vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, livre 3, ch. 5[46]
C'est l'indice infaillible de l'avancement spirituel : non pas les phénomènes mystiques, mais l'identité de plus en plus profonde entre ce que je veux et ce que Dieu veut.
La circularité de l'amour
L'analyse précédente débouche sur une structure circulaire très belle. Aimer Dieu, c'est faire sa volonté. Or que veut Dieu ? Que nous l'aimions. Donc aimer Dieu, c'est vouloir que nous l'aimions — c'est-à-dire vouloir l'amour lui-même.
Dieu veut que nous l'aimions
L'Écriture le dit avec insistance. Le premier commandement est « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » (Dt 6, 5 ; Mt 22, 37) : c'est la volonté primordiale de Dieu sur l'homme. Le Catéchisme reprend :
« La vocation première de l'homme est d'aimer Dieu. » — Catéchisme de l'Église catholique, §1604 (sur l'amour humain qui reflète l'amour divin)[47]
Et saint Jean l'enracine dans l'essence même de Dieu : « Nous, nous aimons parce que lui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 19). La structure est donc dialogique : Dieu aime d'abord, et l'homme répond en aimant à son tour. Ce que Dieu veut, c'est cette réponse aimante.
Le ressort intérieur de la prière
Cette circularité éclaire la structure même de la prière chrétienne. Quand le baptisé prie « Que ta volonté soit faite », il prie en réalité : « Que je veuille ce que tu veux » — et donc « que je t'aime davantage », puisque c'est précisément ce que Dieu veut. La prière n'est plus une simple requête : elle est une synchronisation des deux volontés.
C'est ce que sainte Thérèse de Lisieux a redit avec une simplicité enfantine :
« Je sens que ma mission va commencer, ma mission de faire aimer le bon Dieu comme je l'aime, de donner ma petite voie aux âmes. » — Sainte Thérèse de Lisieux, Novissima Verba, 17 juillet 1897[48]
La docteur de l'Église ne dit pas qu'elle veut sa propre gloire au Ciel. Elle dit qu'elle veut que Dieu soit aimé — c'est-à-dire qu'elle veut ce que Dieu veut. Le cercle s'est refermé.
Vivre dans la Divine Volonté : le don révélé, non un synonyme parmi d'autres
Tout ce qui précède dans cet article décrit faire la volonté de Dieu : deux volontés — la mienne, que je soumets, et celle de Dieu, que je suis —, la conformité du serviteur fidèle, la sainteté humaine des vertus. C'est déjà la vie spirituelle, et c'est immense. Mais vivre DANS la Divine Volonté est autre chose, et infiniment plus : non plus deux volontés accordées, mais une seule — la mienne effacée pour laisser la Divine agir en moi ; non plus un acte humain méritoire, mais, selon ce que Jésus a dit à Luisa, un acte divin, posé par Dieu en moi, qui a la valeur de Dieu même : infini et éternel.
Ce don gratuit n'est pas une déduction des théologiens : il a été révélé à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), de Corato, à qui Jésus a dicté le Livre du Ciel, et c'est depuis elle qu'il est accessible — en le connaissant, en l'estimant, en le désirant d'un désir ferme et jamais repris.
De faire à vivre dans
Faire la volonté de Dieu, c'est la conformité : je garde ma volonté et je la soumets à celle de Dieu. Vivre dans la Divine Volonté, c'est le don : je donne ma volonté, et Dieu me donne la sienne pour qu'elle vive et agisse en moi comme elle vivait en Adam avant la faute. L'un se gagne par l'effort des vertus ; l'autre se reçoit. Le théologien Joseph Iannuzzi a montré, dans sa thèse de la Grégorienne, que cette doctrine ne contredit en rien la tradition antérieure : elle en prolonge la ligne nuptiale et déifiante, dans la même perspective que les Pères grecs sur la theōsis[49].
Une mention sobre, un développement réservé
Saint Alphonse, sainte Thérèse d'Avila, saint François de Sales avaient identifié le sommet de la vie spirituelle à « l'unité de notre vouloir et du vouloir divin » : c'est le faire porté à sa perfection. Le vivre dans va au-delà : que la volonté humaine ne se contente plus de se conformer, mais se laisse mouvoir continuellement par la volonté divine, comme un instrument dans la main de Dieu — un seul vouloir, un acte qui ne finit plus.
Le développement complet de ce don excède le cadre de cet article. Il fait l'objet d'articles dédiés sur Ignispedia (cf. La Divine Volonté et les articles connexes). Ce qu'il faut retenir ici : seule cette section révèle le don ; tout le reste de l'article décrit le faire, qui y conduit et le prépare.
Vivre la vie spirituelle dès cette terre
L'enseignement précédent serait abstrait s'il restait suspendu à l'au-delà. Or la tradition catholique enseigne unanimement que la vie spirituelle commence ici-bas. Tous les synonymes décrits jusqu'ici — sauf la vision béatifique elle-même — sont déjà accessibles dans la condition terrestre.
« Le Royaume est au milieu de vous »
La déclaration de Jésus en Lc 17, 21 est sans appel. Le Royaume n'est pas un événement futur seulement : il est « au milieu de vous » dès maintenant. Saint Paul le confirme : « Le Royaume de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint » (Rm 14, 17).
Cette présence du Royaume dès ici-bas a quatre signes principaux que la tradition repère :
| Signe | Manifestation | Référence |
|---|---|---|
| La grâce sanctifiante | Inhabitation trinitaire dans l'âme baptisée | Jn 14, 23 ; CEC §260 |
| La charité fraternelle | Communion vivante des fidèles | Jn 13, 35 ; Ac 2, 42-47 |
| L'expérience de la paix divine | Paix « qui surpasse toute intelligence » | Ph 4, 7 |
| La joie surnaturelle | Joie même dans la croix | 2 Co 7, 4 ; 1 Th 5, 16 |
Là où ces signes se manifestent, le Royaume est déjà à l'œuvre. La vie spirituelle est donc une réalité expérimentable, non un postulat lointain.
Tous les synonymes (sauf la vision) sont accessibles
Examinons chaque nom rapidement :
- Union à Dieu : accessible par la grâce sanctifiante et le mariage spirituel décrit par Thérèse d'Avila — déjà ici-bas.
- Vie en Dieu : Saint Paul écrit aux Galates « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). C'est donc dès cette vie.
- Vie trinitaire : par les sacrements et la grâce, le baptisé est inséré dans la communion des Trois (CEC §260).
- Divinisation : commencée dès le baptême (CEC §1265, §1266), accomplie au Ciel.
- Sainteté : la vocation universelle des baptisés selon Vatican II.
- Béatitude : Jésus dit « heureux » au présent ; Thomas d'Aquin parle d'une beatitudo inchoata, c'est-à-dire d'un bonheur déjà commencé dès ici-bas, comme une gloire en germe.
- Vie éternelle : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jn 3, 36) — dès maintenant.
- Royaume : « au milieu de vous » (Lc 17, 21).
- Vie dans la Divine Volonté : don gratuit révélé à Luisa Piccarreta, qui se reçoit par un désir ferme — au-delà de la simple conformité.
Seule la vision béatifique au sens strict (vision intuitive de l'essence divine) reste réservée à la patrie céleste, parce qu'elle suppose la séparation d'avec les conditions matérielles de la pérégrination terrestre[50].
Les saints, les plus heureux des hommes
C'est pourquoi le témoignage des saints est si décisif. Ceux qui ont le plus aimé Dieu et accompli le plus parfaitement sa volonté étaient les plus heureux, et de loin, dès cette terre. Saint Charbel, sainte Thérèse d'Avila, saint Philippe Néri, saint François de Borgia, saint Pier Giorgio Frassati l'attestent dans des termes physiologiquement précis (joie qui empêche de dormir, élargissement du cœur, danse spontanée). L'article Celui qui vit pour le Ciel est bien plus heureux ici-bas déploie ce dossier expérimental.
« Quelle paix que celle d'une âme qui aime Dieu ! Car elle goûte la paix de Dieu lui-même, laquelle surpasse tout sentiment, c'est-à-dire tous les plaisirs et toutes les satisfactions que peuvent donner les sens et le monde. » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 21ᵉ considération[51]
C'est cette expérience que toute la vie spirituelle vient ouvrir. Non pas un report du bonheur à plus tard, mais un commencement déjà tangible de la béatitude.
Vers le syllogisme du bonheur
L'analyse converge maintenant vers une conclusion pratique. Si la vie spirituelle est la vie heureuse, si l'essence de la vie spirituelle est d'aimer Dieu, et si l'amour de Dieu se traduit en vouloir ce que Dieu veut, alors vouloir ce que Dieu veut est, par soi, le bonheur.
Trois prémisses, une conclusion
La tradition catholique a souvent ramené cette doctrine à un raisonnement simple en trois temps :
-
La volonté de Dieu s'accomplit toujours. Dieu étant tout-puissant, ce qu'il veut, il le fait ; ce qu'il permet, il l'utilise pour un bien plus grand. Si un événement arrive, c'est qu'il l'a au moins permis pour le bien des âmes.
-
Le plus grand bonheur de l'homme est que sa propre volonté s'accomplisse. Que ma volonté soit « contrariée » est le ressort fondamental de toute souffrance morale ; à l'inverse, voir sa volonté accomplie comble l'âme dans son rapport aux événements.
-
Donc, si je veux ce que Dieu veut, ma volonté s'accomplira toujours. Puisque la volonté de Dieu s'accomplit toujours (prémisse 1), et que ma volonté coïncide désormais avec la sienne, ma volonté à moi sera, de fait, toujours accomplie. Et donc, j'aurai toujours le bonheur (prémisse 2).
C'est l'équation alphonsienne du bonheur. Elle articule mécaniquement la vie spirituelle au bonheur de l'homme. Saint Alphonse la résume : « Toute la sainteté consiste à aimer Dieu, et tout notre amour pour Dieu consiste à faire sa volonté » — et tout le bonheur de l'homme consiste à voir sa volonté accomplie.
Pourquoi la vie spirituelle est-elle le bonheur même ?
La conclusion est saisissante. Aimer Dieu et être heureux ne sont pas deux choses distinctes : c'est la même chose, sous deux angles. L'amour, en s'unissant à la volonté de Dieu, place l'âme dans la seule position où elle peut jouir d'un accomplissement total et durable. C'est pourquoi la spiritualité catholique a toujours pu dire avec audace : plus vous aimez Dieu, plus vous êtes heureux.
Sainte Thérèse de Lisieux le formulait ainsi :
« Je ne voudrais point entrer au Ciel une minute plus tôt par ma propre volonté. L'unique bonheur sur la terre, c'est de s'appliquer à toujours trouver délicieuse la part que Jésus nous donne. » — Sainte Thérèse de Lisieux, Lettre 257 à Léonie, 17 juillet 1897[52]
Trois mois avant sa mort, déjà rongée par la tuberculose, la docteur de l'Église dit qu'elle est dans le bonheur. C'est la vérification existentielle du syllogisme.
Ouverture sur la souffrance
Une objection se présente cependant. Si la volonté de Dieu s'accomplit toujours, et si vouloir ce qu'il veut est le bonheur, comment expliquer la souffrance ? Comment Dieu peut-il vouloir, ou permettre, le mal qui apparaît dans le monde et dans nos vies ?
Cette objection est centrale, et elle reçoit une réponse claire. Dieu ne veut ni ne cause le mal : il le permet seulement, et ne le permet que parce qu'il est assez puissant et assez bon pour en tirer un bien plus grand — ultimement le salut des âmes (Catéchisme, §311-312, d'après saint Augustin)[53]. Selon la promesse de l'Écriture, « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8, 28) : c'est la Providence qui conduit chaque événement, même douloureux, vers le bien de ceux qui l'aiment. Le mal n'est donc jamais voulu pour lui-même ; il est permis par un Dieu qui reste maître de son plan d'amour. La tradition catholique a déployé cette réponse, depuis saint Augustin jusqu'à saint Jean-Paul II en passant par sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse de Lisieux et saint Padre Pio. L'article suivant — La volonté de Dieu s'accomplit tout le temps : quel est le sens de la souffrance ? — examine cette question en détail, en montrant pourquoi Dieu permet la souffrance et comment elle s'intègre dans son plan d'amour.
Mais le principe demeure : la vie spirituelle, dans son essence, est l'amour de Dieu vécu jusqu'à la conformité parfaite de la volonté. Tout le reste — les œuvres, les prières, les ascèses, les sacrements — en est la mise en œuvre concrète. « Apprenez-moi à faire votre volonté » (Ps 142, 10) : c'est, depuis le Roi David jusqu'au dernier des baptisés, la prière de toute vie spirituelle.
Approfondir dans Via Divina — Cet article résume l'enseignement de base sur l'essence de la vie spirituelle catholique, donné dans la formation gratuite Via Divina. Pour en vivre le « comment » concret au quotidien, découvrir la formation complète : ouvrir la formation Via Divina.
Pour aller plus loin
- Ne procrastine pas, c'est la chose la plus importante de ta vie — cours précédent du même itinéraire.
- La volonté de Dieu s'accomplit tout le temps : quel est le sens de la souffrance ? — cours suivant, sur le mystère de la souffrance.
- Celui qui vit pour le Ciel est bien plus heureux ici-bas — le bonheur du juste dès cette terre.
- La Divine Volonté — sur le synonyme le plus profond.
- Vouloir ce que Dieu veut : le plus grand bonheur — la conclusion pratique du syllogisme.
Notes et références
Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 13, a. 1-12, sur les noms divins. Thomas y explique que nous nommons Dieu « à partir des créatures », et qu'aucun nom n'épuise son essence simple.
1Catéchisme de l'Église catholique, §1720. Texte officiel sur vatican.va.
2Sainte Thérèse d'Avila, Château intérieur, Septièmes Demeures, ch. 2-3. Édition critique : Obras Completas, éd. Tomás Álvarez, BAC, Burgos. Trad. fr. Marcelle Auclair, Œuvres complètes de sainte Thérèse de Jésus, éd. du Seuil, Paris, 1949.
3Saint Jean de la Croix, Cantique spirituel. Le poème, composé dans la prison de Tolède en 1577-1578, est commenté par le saint dans son ouvrage du même nom. Édition critique : Obras completas, éd. Lucinio Ruano de la Iglesia, BAC, Madrid. Trad. fr. Œuvres complètes, éd. Cerf, Paris, 1995.
4Saint Jean de la Croix, Vive flamme d'amour, strophe 3, n. 28. Obras completas, éd. BAC, Madrid. Trad. fr. P. Lucien-Marie de Saint-Joseph, Œuvres spirituelles, éd. Cerf, Paris, 1995.
5Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 12, a. 1, sur la possibilité pour la créature de voir l'essence divine. Thomas montre que cette vision est l'opération suprême de l'intellect créé.
6Sainte Thérèse d'Avila, Château intérieur, Septièmes Demeures, ch. 2, n. 2. MA, p. 1052.
7Première lettre de saint Jean, 4, 16. Traduction œcuménique de la Bible (TOB). Le verset est cité en exergue de l'encyclique Deus caritas est de Benoît XVI.
8Évangile selon saint Jean, 17, 21. TOB. Texte grec : hina pantes hen ōsin, kathōs sy Pater en emoi, kagō en soi, hina kai autoi en hēmin ōsin.
9Catéchisme de l'Église catholique, §260, sur la finalité ultime de l'économie divine : « faire entrer les créatures dans la communion parfaite de la Bienheureuse Trinité ».
10Deuxième lettre de saint Pierre, 1, 4. Le mot grec theias koinōnoi physeōs (« participants de la nature divine ») a fondé toute la théologie patristique grecque de la divinisation.
11Saint Athanase d'Alexandrie, De l'Incarnation du Verbe (Logos peri tēs enanthrōpēseōs tou Logou), ch. 54, n. 3. PG 25, 192B. Édition critique : SC 199, trad. C. Kannengiesser, Cerf, 1973. Phrase canonique citée dans CEC §460.
12Saint Thomas d'Aquin, Opusculum 57, In festo Corporis Christi, lect. 1. Citation reprise et amplifiée par CEC §460.
13Catéchisme de l'Église catholique, §460, qui résume la doctrine de la divinisation dans la perspective catholique. Le paragraphe cite saint Athanase, saint Thomas d'Aquin et saint Irénée de Lyon.
14Première lettre aux Corinthiens, 13, 12. TOB. Texte grec : blepomen gar arti di' esoptrou en ainigmati, tote de prosōpon pros prosōpon.
15Première lettre de saint Jean, 3, 2. TOB.
16Pape Benoît XII, bulle Benedictus Deus, 29 janvier 1336. Denzinger-Hünermann §1000-1001. Cette définition dogmatique a clos une controverse théologique sur le moment où les justes voient Dieu : Benoît XII fixe que cette vision a lieu immédiatement après la purification éventuelle, et non pas seulement après le jugement dernier.
17Catéchisme de l'Église catholique, §1025-1027, sur le Ciel et la vision béatifique. Texte sur vatican.va.
18Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 12, a. 4, sur l'impossibilité pour la créature de voir l'essence divine par ses seules forces naturelles. Une lumière surnaturelle — le « lumen gloriae », c'est-à-dire la lumière de gloire que Dieu donne à l'âme pour la rendre capable de le voir — est nécessaire.
19Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 69, a. 2, ad 3 : « Gratia nihil aliud est quam quædam inchoatio gloriæ in nobis » — « la grâce n'est rien d'autre qu'un commencement de gloire en nous ».
20Lévitique 19, 2 ; cité en 1 Pierre 1, 16. TOB.
21Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, n. 40, sur la vocation universelle à la sainteté. Texte officiel sur vatican.va.
22Évangile selon saint Matthieu, 5, 3. TOB. Première des Béatitudes du Sermon sur la montagne.
23Catéchisme de l'Église catholique, §1718. Texte sur vatican.va.
24Évangile selon saint Jean, 17, 3. TOB. Texte grec : hautē de estin hē aiōnios zōē, hina ginōskōsin se ton monon alēthinon Theon kai hon apesteilas Iēsoun Christon.
25Évangile selon saint Luc, 17, 20-21. TOB. Texte grec : idou gar hē basileia tou Theou entos hymōn estin.
26Première lettre de saint Jean, 4, 8 et 4, 16. TOB. Texte grec : ho Theos agapē estin.
27Pape Benoît XVI, encyclique Deus caritas est, 25 décembre 2005, n. 1. Texte officiel sur vatican.va.
28Évangile selon saint Matthieu, 22, 37-38. TOB. Le Christ cite Deutéronome 6, 5.
29Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 23, a. 8, sur la charité comme forma virtutum (forme des vertus). La charité est ce qui ordonne toutes les vertus à leur fin ultime, Dieu.
30Première lettre aux Corinthiens, 13, 1-2. TOB. Hymne paulinien à la charité, lecture de référence pour la liturgie nuptiale dans le rite romain.
31Sainte Thérèse de Lisieux, Correspondance générale, Lettre 257 à Léonie Martin (sa sœur aînée), 17 juillet 1897. Édition critique : Œuvres complètes, éd. Cerf-DDB, Paris, 1992, p. 590. Trois mois avant la mort de Thérèse, le 30 septembre 1897.
32Évangile selon saint Jean, 4, 34. TOB. Parole du Christ à ses disciples près du puits de Jacob, à Sychar en Samarie.
33Évangile selon saint Jean, 6, 38. TOB. Parole du Christ dans le discours sur le pain de vie, à Capharnaüm.
34Saint Alphonse de Liguori, L'Art d'aimer Jésus-Christ (titre original italien : Pratica di amar Gesù Cristo), ch. 17 (Résumé des vertus), n. 21. Édition italienne originale : Bassano, 1768. Trad. fr. de référence : Œuvres complètes du Bienheureux Alphonse-Marie de Liguori, éd. Vivès, Paris, 1879, t. 5, p. 321. Cette formule est l'une des plus citées de la spiritualité alphonsienne.
35Saint Alphonse de Liguori, L'Art d'aimer Jésus-Christ, ch. 17, n. 21, suite immédiate de la citation précédente.
36Évangile selon saint Matthieu, 6, 10. TOB. Troisième demande du Notre Père.
37Catéchisme de l'Église catholique, §2825, sur la troisième demande du Notre Père (citant Origène, or. 26). Texte sur vatican.va.
38Catéchisme de l'Église catholique, §2826. Texte sur vatican.va.
39Lettre aux Hébreux, 10, 7. TOB. L'auteur de l'épître applique au Christ le Psaume 39 (40 selon l'hébreu), v. 8-9.
40Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort (titre original italien : Apparecchio alla morte, Naples, 1758), Trente-sixième considération « Union de notre volonté à la volonté de Dieu », Premier point. Trad. fr. dans Œuvres complètes, éd. Vivès, Paris, 1879, t. 6. Saint Alphonse cite explicitement le Pseudo-Denys (l'Aréopagite) pour l'effet unitif de l'amour.
41Pseudo-Denys l'Aréopagite, Des Noms divins (De divinis nominibus), ch. IV, § 15. PG 3, 714. Édition critique : Corpus dionysiacum, éd. B. R. Suchla, t. I, Berlin, 1990. Auteur syrien du Vᵉ-VIᵉ siècle, transmis sous le nom apostolique de Denys, l'évêque d'Athènes converti par saint Paul (Ac 17, 34).
42Sainte Thérèse d'Avila, Livre des Fondations, ch. 5, n. 10. Obras Completas, éd. BAC, Burgos. MA, p. 633.
43Sainte Thérèse d'Avila, Château intérieur, Deuxièmes Demeures, ch. unique, n. 8. MA, p. 889.
44Saint François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, livre IX, ch. 1. Édition de référence : Œuvres complètes, éd. Annecy, t. V, 1894 (édition critique des religieuses de la Visitation). Le livre IX est consacré entièrement à l'« amour de conformité par lequel notre volonté s'unit au bon plaisir de Dieu ».
45Saint Vincent de Paul, parole rapportée par son secrétaire et premier biographe Louis Abelly, La vie du vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, Paris, 1664, livre 3, ch. 5. Citée dans saint Alphonse, L'Art d'aimer Jésus-Christ, ch. 15, note 5.
46Catéchisme de l'Église catholique, §1604, sur l'amour conjugal comme reflet de l'amour de Dieu pour l'homme. « Dieu qui a créé l'homme par amour, l'a aussi appelé à l'amour, vocation fondamentale et innée de tout être humain. »
47Sainte Thérèse de Lisieux, Novissima Verba (les Derniers entretiens), entrée du 17 juillet 1897, n. 7. Œuvres complètes, éd. Cerf-DDB, Paris, 1992.
48R.P. Joseph L. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté dans les écrits de Luisa Piccarreta, thèse Grégorienne 2012, ch. 4-5, sur la convergence entre la doctrine de la theōsis patristique et celle du « vivre dans la Divine Volonté » développée par Luisa Piccarreta.
49Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 12, a. 11, sur le fait que la vision de l'essence divine n'est pas accessible dans la vie présente, sauf cas exceptionnel et transitoire (cf. Moïse, saint Paul ravi au troisième ciel).
50Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 21ᵉ considération, troisième point. Trad. fr. Œuvres complètes, éd. Vivès, Paris, 1879, t. 6.
51Sainte Thérèse de Lisieux, Correspondance générale, Lettre 257 à Léonie Martin, 17 juillet 1897. Œuvres complètes, éd. Cerf-DDB, Paris, 1992, p. 590.
52Catéchisme de l'Église catholique, §311-312, sur la permission du mal par la Providence : Dieu n'est d'aucune façon la cause du mal moral, et ne permet le mal que parce qu'il est assez puissant et bon pour tirer du mal lui-même le bien (d'après saint Augustin, Enchiridion, ch. 11).
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