Saint Athanase d'Alexandrie (296-373)

Saint Athanase d'Alexandrie, « Père de l'orthodoxie », fut le défenseur acharné de la foi de Nicée contre l'arianisme. Diacre à Nicée (325), évêque d'Alexandrie pendant quarante-cinq ans, cinq fois exilé, il donna à l'Église la formule de la divinisation (« Dieu s'est fait homme pour que l'homme soit fait Dieu »), la Vie d'Antoine et la première liste exacte des 27 livres du Nouveau Testament.

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Saint Athanase d'Alexandrie (vers 296 – 373) est l'un des plus grands Pères de l'Église et le défenseur acharné de la foi de Nicée contre l'arianisme. Diacre encore jeune, il assiste au concile de Nicée en 325 comme secrétaire de son évêque ; trois ans plus tard, il devient à son tour évêque d'Alexandrie, à environ trente ans, et le restera près d'un demi-siècle. Mais son épiscopat est l'un des plus tourmentés de toute l'histoire de l'Église : cinq fois exilé sous quatre empereurs, il passe près de dix-sept ans loin de son siège, traqué, condamné par des conciles ariens, réfugié tantôt à Trèves, tantôt à Rome, tantôt dans le désert d'Égypte auprès des moines[1][2].

Sa fermeté lui a valu une devise restée proverbiale : Athanasius contra mundum, « Athanase contre le monde » — l'image d'un homme seul tenant bon quand presque tout l'épiscopat semblait basculer dans l'hérésie[3]. Mais Athanase n'est pas qu'un combattant : il est aussi le théologien qui a donné à l'Église la formule de la divinisation — « Dieu s'est fait homme pour que l'homme soit fait Dieu » —, l'auteur de la Vie d'Antoine qui a embrasé le monachisme d'Occident, et le premier témoin à dresser la liste exacte des vingt-sept livres du Nouveau Testament[4][5][6].

Cet article présente le saint lui-même : ses origines alexandrines, son rôle à Nicée, son long épiscopat persécuté, sa grande œuvre doctrinale et spirituelle, sa mort et son culte, jusqu'à son titre de Docteur de l'Église. Pour le concile dont il est le héraut, voir le concile de Nicée ; pour l'hérésie qu'il combat, voir l'arianisme ; pour le moine dont il écrit la vie, voir saint Antoine le Grand.

Qui est saint Athanase d'Alexandrie ?

Le héraut de Nicée

Athanase occupe une place décisive dans l'histoire du dogme. Au IVe siècle, l'Église traverse la plus grave crise doctrinale de ses débuts : un prêtre d'Alexandrie, Arius, enseigne que le Fils de Dieu n'est pas vraiment Dieu, mais une créature, la première et la plus haute, tirée du néant — « il fut un temps où il n'était pas ». Si Arius a raison, le Christ n'est pas Dieu, et le chrétien n'est pas sauvé par Dieu lui-même. Le concile de Nicée, en 325, condamne Arius et proclame que le Fils est homoousios, consubstantiel au Père : vrai Dieu né du vrai Dieu[7].

Athanase passera sa vie à défendre ce seul mot. Quand, après Nicée, les empereurs et une grande partie de l'épiscopat oriental tentent de revenir en arrière, de remplacer le homoousios par des formules ambiguës, c'est lui qui tient la ligne, au prix de l'exil et de la calomnie. Le grand Père cappadocien Grégoire de Nazianze, dans son éloge funèbre, résume tout l'homme en une phrase :

« En faisant l'éloge d'Athanase, je ferai l'éloge de la vertu elle-même. » — Grégoire de Nazianze, Discours 21, 1[8]

« Père de l'orthodoxie »

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La tradition lui a donné le titre de « Père de l'orthodoxie »[9]. L'expression est juste : sans la ténacité d'Athanase, la foi de Nicée aurait pu être étouffée par les compromis politiques du IVe siècle. Il n'a pas inventé la doctrine — elle vient des Apôtres et a été proclamée par le concile —, mais il l'a portée à travers la tempête, presque seul, jusqu'à ce que la génération suivante, celle des Cappadociens, puisse la faire triompher définitivement au concile de Constantinople en 381, après sa mort. Sur ces héritiers, voir saint Basile le Grand et saint Grégoire de Nazianze.

Les sources de sa vie

La vie d'Athanase est exceptionnellement bien documentée pour un personnage du IVe siècle. Trois types de sources se complètent.

D'abord, ses propres écrits : ses Apologies, son Histoire des ariens, ses Lettres festales et sa correspondance fournissent une mine de renseignements de première main sur les conciles, les exils et les persécutions qu'il a traversés. Ensuite, les historiens ecclésiastiques du Ve siècle — Socrate le Scolastique, Sozomène et Théodoret — qui racontent en détail son épiscopat et citent des documents officiels. Enfin, le panégyrique de Grégoire de Nazianze (Discours 21), prononcé peu après la mort d'Athanase, qui offre le portrait d'un contemporain admiratif[10].

Ces sources sont anciennes et abondantes : pour la chronologie de ses exils, on dispose même des dates précises consignées dans les documents alexandrins. Peu de Pères du IVe siècle sont aussi solidement attestés.

Des origines alexandrines au concile de Nicée

Naissance et formation à Alexandrie

Athanase naît à Alexandrie, vers 296-298, dans une famille probablement chrétienne[11]. La grande métropole d'Égypte est alors le cœur intellectuel de la chrétienté : c'est la ville d'Origène, la ville de la fameuse école catéchétique, un foyer de culture grecque où l'Écriture est commentée avec toute la finesse de la philosophie. Athanase y reçoit une formation théologique solide et apprend le grec des Écritures à la perfection.

Une tradition rapportée par les historiens raconte que l'évêque Alexandre remarqua le jeune Athanase alors qu'il « jouait » à baptiser d'autres enfants sur la plage, avec un tel sérieux liturgique que l'évêque jugea les baptêmes valides et prit l'enfant sous sa protection. L'anecdote est invérifiable, mais elle dit une vérité : très tôt, Athanase entre dans l'entourage de l'évêque d'Alexandrie, dont il devient le secrétaire et le diacre.

Une œuvre de jeunesse : « Sur l'Incarnation »

Avant même les grandes controverses, le jeune Athanase compose une œuvre double, restée célèbre : le Contre les païens et son complément, le Sur l'Incarnation du Verbe (De Incarnatione). On y trouve déjà, dans toute sa force, l'intuition centrale qui commandera toute sa théologie : Dieu seul peut sauver l'homme, donc le Sauveur doit être Dieu.

Athanase y expose le « dilemme » du salut. L'homme, créé pour l'incorruptibilité, s'était livré à la mort par le péché ; or Dieu ne pouvait ni laisser sa créature retomber au néant, ni se dédire de sa parole. Seul le Verbe lui-même, par qui tout a été fait, pouvait recréer l'homme :

« Le Verbe, voyant que la corruption des hommes ne pouvait être abolie autrement que par la mort, et ne pouvant lui-même, étant immortel et Fils du Père, subir la mort, prit pour lui un corps capable de mourir. » — Athanase, Sur l'Incarnation, 9[12]

Diacre et secrétaire à Nicée (325)

Lorsque éclate la querelle arienne, Athanase n'est encore que diacre, mais déjà le bras droit de l'évêque Alexandre. En 325, l'empereur Constantin convoque à Nicée le premier concile œcuménique pour trancher la question. Athanase y accompagne Alexandre « en qualité de secrétaire et de conseiller théologique »[13]. Il n'y vote pas, mais il est au cœur des débats qui aboutissent au homoousios et à la première version du Credo de Nicée.

C'est là que se noue le drame de sa vie : Athanase comprend, mieux que beaucoup, que tout l'enjeu du salut tient dans ce mot. Il ne le lâchera plus.

Évêque d'Alexandrie : un demi-siècle de combat

L'élection (328)

En 328, trois ans après le concile, l'évêque Alexandre meurt. Malgré sa jeunesse — il a environ trente ans —, Athanase est élu pour lui succéder sur le siège d'Alexandrie[14]. Il devient ainsi le chef de l'une des plus grandes Églises du monde, celle qui rayonne sur toute l'Égypte, la Libye et la Pentapole, et dont l'évêque porte déjà le titre de pape d'Alexandrie.

Son épiscopat durera quarante-cinq ans. Mais ce ne sera pas un règne paisible : ce sera une succession de combats, de conciles hostiles, de calomnies et d'exils.

Les cinq exils : un tableau

Aucun Père de l'Église n'a été aussi souvent banni. Cinq fois, sous quatre empereurs différents, Athanase est chassé de son siège. Au total, il passe environ dix-sept ans en exil sur les quarante-cinq de son épiscopat[15].

ExilDatesEmpereurLieu / circonstances
1er335-337ConstantinDéposé au concile de Tyr, exilé à Trèves (Gaule)
2e339-346Constance IIChassé par les ariens, réfugié à Rome auprès du pape Jules Ier
3e356-362Constance IISoldats envoyés l'arrêter ; il fuit dans le désert d'Égypte chez les moines
4e362-363Julien l'ApostatBanni par l'empereur païen ; retour à la mort de Julien
5e365-366ValensDernier exil, bref ; rappelé sous la pression du peuple d'Alexandrie

Tyr, Rome et Sardique : la bataille des conciles

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Dès 335, ses adversaires ariens montent contre lui un concile à Tyr, où il est accusé de violences et même de meurtre — accusation qui s'effondre lorsque l'évêque prétendument assassiné, Arsène, reparaît bien vivant. Condamné malgré tout, Athanase est exilé une première fois à Trèves[16].

Lors de son deuxième exil, il se réfugie à Rome, où le pape Jules Ier prend résolument sa défense. Un synode romain (vers 340-341) le déclare innocent, puis le grand concile de Sardique (343) le réhabilite solennellement et affirme le droit d'appel des évêques au siège de Rome[17][18]. Athanase fait ainsi l'expérience concrète de la communion avec Rome comme rempart de l'orthodoxie : condamné par des conciles orientaux, il est lavé par le Siège apostolique.

« Athanase fut pour nous, lorsqu'il était présent, la colonne de l'Église. » — Grégoire de Nazianze, Discours 21, 26[19]

Le combat doctrinal : le homoousios contre mille formules

Le cœur du combat d'Athanase est d'une simplicité redoutable : il refuse qu'on remplace le mot homoousios (consubstantiel) par des formules de compromis. Les ariens et les semi-ariens en proposent beaucoup — homoiousios (« de substance semblable »), homoios (« semblable »), ou des credos qui évitent soigneusement le mot de Nicée. Athanase voit dans ces variations un seul et même danger : réduire le Fils à une créature, fût-elle sublime.

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Dans ses Discours contre les ariens, il démonte l'exégèse arienne verset par verset et montre que toute l'économie du salut s'effondre si le Christ n'est pas pleinement Dieu. Son argument est toujours sotériologique : ce n'est pas une querelle de mots, c'est la question de savoir si nous sommes réellement sauvés.

La spiritualité d'Athanase : la divinisation

« Dieu s'est fait homme pour que l'homme soit fait Dieu »

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Toute la doctrine d'Athanase culmine dans une seule phrase, l'une des plus célèbres de toute la patristique, qui résume la divinisation (theosis) :

« Il s'est fait homme afin que nous soyons faits Dieu ; il s'est manifesté par un corps afin que nous recevions la connaissance du Père invisible ; il a supporté l'outrage des hommes afin que nous héritions de l'incorruptibilité. » — Athanase, Sur l'Incarnation, 54[20]

Cette formule n'est pas un slogan : elle est le sommet d'une logique. Si le Christ est vraiment Dieu, alors en s'unissant à notre humanité il divinise ce qu'il touche, et le chrétien, greffé sur lui, est appelé à participer à la vie même de Dieu. Mais si le Christ n'est qu'une créature, comme le veut Arius, alors une créature ne peut diviniser une autre créature, et tout l'espoir du salut s'écroule. C'est pourquoi, pour Athanase, défendre le homoousios et défendre le salut sont une seule et même chose. La théologie et la spiritualité ne font qu'un.

La Vie d'Antoine : Athanase et le désert

Pendant ses exils, Athanase trouve refuge auprès des moines du désert d'Égypte, dont il connaît personnellement les plus grands. De l'un d'eux, le père du monachisme, il écrit la biographie qui deviendra le plus grand best-seller spirituel de l'Antiquité chrétienne : la Vie d'Antoine (vers 357)[21]. Sur ce saint, voir saint Antoine le Grand ; pour l'autre fondateur du cénobitisme égyptien, voir saint Pacôme.

Icône de saint Antoine et saint Paul de Thèbes. Photographie : Kazazian, 1930–1931 ; Byzantine Institute / Dumbarton Oaks, MSBZ004-M22. Wikimedia Commons, CC0.

L'ouvrage eut un retentissement immense en Occident. Saint Augustin raconte, dans ses Confessions, comment le récit de la vie d'Antoine — lu par hasard par des fonctionnaires impériaux à Trèves — provoqua des conversions foudroyantes et prépara la sienne :

« Il se mit à lire […] et son âme se dépouillait du monde. […] Soudain, rempli d'un amour saint […] il dit : « J'ai déjà rompu avec nos espérances d'autrefois et je suis décidé à servir Dieu. » » — Augustin, Confessions, VIII, 6[22]

Par cette œuvre, Athanase n'a pas seulement défendu un dogme : il a transmis un idéal de sainteté qui a façonné le monachisme latin, de saint Martin à saint Benoît.

Le pasteur et le canon des Écritures

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Chaque année, comme tout évêque d'Alexandrie, Athanase adresse à ses fidèles une Lettre festale pour annoncer la date de Pâques. Or, dans sa 39e Lettre festale, de l'an 367, il dresse la liste des livres de l'Écriture — et c'est la première fois dans l'histoire qu'apparaît la liste exacte des vingt-sept livres du Nouveau Testament que l'Église tient aujourd'hui pour canoniques, sans un de plus ni un de moins[23].

« Voilà les sources du salut, afin que celui qui a soif se rassasie des paroles qu'elles contiennent. Que personne n'y ajoute, que personne n'en retranche. » — Athanase, Lettre festale 39 (367)[24]

Ce texte est capital pour l'histoire de la Bible : il montre que le canon du Nouveau Testament n'est pas une invention tardive, mais le discernement d'une Église qui reçoit ses Écritures par la tradition apostolique. Pour la question du canon, voir le canon des Écritures.

Mort, culte et héritage

Une fin paisible (373)

Après tant de tempêtes, les dernières années d'Athanase sont enfin paisibles. Rétabli sur son siège, vénéré comme un héros de la foi, il gouverne son Église et écrit jusqu'au bout. Il meurt à Alexandrie le 2 mai 373, dans son lit, entouré de son clergé — mort presque étonnante pour un homme tant de fois menacé[25]. Il n'aura pas vu le triomphe de sa cause, mais il l'a rendu possible : huit ans plus tard, le concile de Constantinople (381) consacre définitivement la foi de Nicée.

Le Symbole « d'Athanase » : une mise au point

Un texte célèbre porte son nom : le Symbole d'Athanase (Quicumque vult), profession de foi trinitaire très utilisée en Occident. Mais l'érudition est aujourd'hui unanime : ce symbole n'est pas de lui. Il a été composé en latin — alors qu'Athanase écrivait en grec —, probablement dans le sud de la Gaule au Ve ou VIe siècle, et n'est mentionné ni par Athanase ni par ses contemporains[26]. Son incipit, dans la forme attribuée à saint Athanase, est resté célèbre : « Quiconque veut être sauvé doit avant tout tenir la foi catholique. Celui qui ne la garde pas intègre et inviolée périra sans aucun doute dans l'éternité. »[27] Le texte porte son nom en hommage à sa défense de la Trinité, non parce qu'il en serait l'auteur. Le signaler n'enlève rien à sa gloire : c'est au contraire la marque de l'autorité que son nom avait acquise.

Docteur de l'Église et « Athanase contre le monde »

Athanase est honoré comme l'un des quatre grands Docteurs de l'Église grecque, avec saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome[28]. Sa fête est célébrée le 2 mai au calendrier romain et le 18 janvier en Orient (où il est fêté avec saint Cyrille d'Alexandrie, son grand successeur sur le siège alexandrin).

De toute sa vie, la postérité a retenu une image : celle de l'homme seul, debout contre tous. La formule Athanasius contra mundum, « Athanase contre le monde », est devenue proverbiale pour désigner celui qui tient la vérité quand le nombre l'abandonne[29]. Elle n'est pas tout à fait exacte — Athanase eut toujours des alliés, à Rome, dans le désert, parmi le peuple fidèle —, mais elle dit une vérité profonde : aux pires moments de la crise arienne, il put sembler que la foi de Nicée ne reposait plus que sur ses épaules.

  1. vers 296-298
    Naissance à Alexandrie
    Égypte romaine

    Athanase naît dans la grande métropole chrétienne d'Égypte et entre jeune dans l'entourage de l'évêque Alexandre.[30]

  2. vers 318-323
    « Sur l'Incarnation du Verbe »
    Œuvre de jeunesse

    Il compose le diptyque Contre les païens / Sur l'Incarnation, où s'énonce déjà la divinisation.[31]

  3. 325
    Concile de Nicée
    Diacre et secrétaire d'Alexandre

    Il assiste au premier concile œcuménique, qui proclame le Fils consubstantiel (homoousios) au Père.[32]

  4. 328
    Évêque d'Alexandrie
    À une trentaine d'années

    Élu patriarche d'Alexandrie, il commence un épiscopat de quarante-cinq ans.[33]

  5. 335-366
    Les cinq exils
    Sous quatre empereurs

    Tyr, Trèves, Rome, le désert d'Égypte : environ dix-sept ans d'exil pour la défense de Nicée.[34]

  6. vers 357
    La Vie d'Antoine
    Best-seller du monachisme

    Sa biographie de saint Antoine embrase l'Occident et prépare la conversion d'Augustin.[35]

  7. 367
    39e Lettre festale
    Le canon du Nouveau Testament

    Première liste exacte des vingt-sept livres du Nouveau Testament, « sources du salut ».[36]

  8. 2 mai 373
    Mort à Alexandrie
    Père de l'orthodoxie

    Athanase meurt en paix sur son siège ; huit ans plus tard, Constantinople (381) scelle la victoire de Nicée.[37]

Pourquoi lire saint Athanase aujourd'hui ?

À seize siècles de distance, saint Athanase reste d'une actualité saisissante. Il rappelle d'abord que la vérité n'est pas affaire de majorité : aux pires heures de la crise arienne, l'immense majorité des évêques orientaux avaient cédé, et c'est un homme exilé, calomnié, condamné, qui tenait la foi de toute l'Église. Contra mundum n'est pas un goût de la marginalité, mais le courage de ne pas céder quand l'enjeu est le Christ lui-même.

Il rappelle ensuite que dogme et vie spirituelle ne font qu'un. Athanase n'a pas défendu un mot abstrait : il a défendu notre salut. Si le Christ n'est pas Dieu, nous ne sommes pas divinisés ; si nous sommes appelés à « être faits Dieu », c'est que celui qui s'est fait homme est vraiment Dieu. Toute sa théologie est une doctrine de l'espérance.

« Il s'est fait homme afin que nous soyons faits Dieu. » — Cette parole, gravée comme un programme, dit assez pourquoi l'Église n'a jamais cessé de lire Athanase : il est le théologien qui a sauvé, pour nous, le visage même de Dieu.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, article « St. Athanasius », newadvent.org/cathen/02035a.htm : naissance « very probably between the years 296 and 298 » à Alexandrie ; Athanase, « not yet in priest's orders », accompagne l'évêque Alexandre à Nicée « in the character of secretary and theological adviser » ; élu évêque d'Alexandrie en 328, après la mort d'Alexandre ; « died 2 May, 373 » ; titre de « Father of Orthodoxy » ; « Confessor and Doctor of the Church ». Fête au calendrier romain à l'anniversaire de sa mort (2 mai).

    1 9 11 13 14 25 30 33 37
  2. Chronologie des cinq exils d'Athanase, attestée par les documents alexandrins et les historiens Socrate, Sozomène et Théodoret : 1er exil 335-337 (Trèves, sous Constantin) ; 2e 339-346 (Rome, sous Constance II) ; 3e 356-362 (désert d'Égypte, sous Constance II) ; 4e 362-363 (sous Julien l'Apostat) ; 5e 365-366 (sous Valens). Total cumulé d'environ dix-sept ans sur un épiscopat de quarante-cinq ans. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Athanasius » ; Britannica, « Saint Athanasius ».

    2 15 34
  3. « Athanasius contra mundum » (« Athanase contre le monde ») : épithète proverbiale de la tradition latine désignant la situation d'Athanase aux pires moments de la crise arienne, lorsque l'orthodoxie nicéenne semblait reposer sur lui presque seul face à un épiscopat majoritairement rallié aux formules ariennes ou semi-ariennes. La formule est traditionnelle et non une citation d'Athanase lui-même.

    3 29
  4. Athanase d'Alexandrie, Sur l'Incarnation du Verbe (De Incarnatione), 54, 3 : « Αὐτὸς γὰρ ἐνηνθρώπησεν, ἵνα ἡμεῖς θεοποιηθῶμεν » — « He was made man that we might be made God; and He manifested Himself by a body that we might receive the idea of the unseen Father; and He endured the insolence of men that we might inherit immortality. » Texte grec éd. Sources chrétiennes n° 199 ; trad. anglaise NPNF2-04 / New Advent (fathers/2802.htm). Énoncé classique de la divinisation (theosis).

    4 20 31
  5. Athanase d'Alexandrie, Vie d'Antoine (Vita Antonii, vers 357) : biographie de saint Antoine le Grand, père du monachisme érémitique. Œuvre traduite très tôt en latin (par Évagre d'Antioche), d'une influence majeure sur le monachisme occidental. Éd. Sources chrétiennes n° 400 (G. J. M. Bartelink). Voir saint Antoine le Grand.

    5 21 35
  6. Athanase d'Alexandrie, 39e Lettre festale (an 367) : première liste exacte des vingt-sept livres du Nouveau Testament reçus comme canoniques (quatre Évangiles ; Actes ; sept épîtres catholiques ; quatorze épîtres de Paul, Hébreux comprise ; Apocalypse). « These are the springs/fountains of salvation, that he who thirsts may be satisfied with the words contained in them. Let no one add to these, neither let him take aught from these. » Trad. NPNF2-04 (ccel.org) ; earlychurchtexts.com. Premier énoncé faisant autorité sur le canon néotestamentaire.

    6 23 24 36
  7. Premier concile de Nicée (325) : condamnation d'Arius (qui enseignait « il fut un temps où le Fils n'était pas » et que le Fils est une créature tirée du néant) ; proclamation du Fils homoousios (consubstantiel) au Père, « vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non créé ». Symbole de Nicée. Cf. Denzinger n° 125-126 ; Catholic Encyclopedia, « The First Council of Nicaea ».

    7 32
  8. Grégoire de Nazianze, Discours 21 (panégyrique de saint Athanase), 1 : « In praising Athanasius, I shall be praising virtue. » Discours prononcé peu après la mort d'Athanase. Éd. Sources chrétiennes n° 270 ; trad. anglaise NPNF2-07 / New Advent (fathers/310221.htm).

    8 10
  9. Athanase d'Alexandrie, Sur l'Incarnation, 9 : le Verbe immortel prend un corps capable de mourir parce que « the corruption of men could not be undone save by death as a necessary condition » ; il offre ce corps en sacrifice pour tous afin d'abolir la mort. SC n° 199 ; trad. New Advent / NPNF2-04.

    12
  10. Concile de Tyr (335) : Athanase y est accusé de violences et du meurtre de l'évêque Arsène — accusation ruinée par la réapparition d'Arsène vivant — puis condamné et exilé à Trèves. Concile de Sardique (343) : sous la présidence d'Hosius de Cordoue, les évêques réunis vindiquent à nouveau Athanase et adoptent des canons réglant l'appel à Rome ; Athanase n'est toutefois restauré sur son siège qu'en 346. Cf. Catholic Encyclopedia, « Council of Sardica » (newadvent.org/cathen/13473a.htm).

    16 18
  11. Pape Jules Ier : durant le deuxième exil, Athanase se réfugie à Rome ; un synode romain (vers 340-341) le déclare innocent, et le pape Jules Ier prend sa défense contre les évêques orientaux. Le concile de Sardique (343) confirme cette réhabilitation et affirme le droit d'appel des évêques au Siège de Rome. Cf. Catholic Encyclopedia, « Pope St. Julius I » ; « Council of Sardica ».

    17
  12. Grégoire de Nazianze, Discours 21, 26 : « Such was Athanasius to us, when present, the pillar of the Church. » New Advent, fathers/310221.htm ; SC n° 270.

    19
  13. Saint Augustin, Confessions, livre VIII, ch. 6 (15) : récit de la conversion de deux fonctionnaires impériaux à Trèves après la lecture de la Vie d'Antoine d'Athanase, événement rapporté par Ponticianus et qui ébranle Augustin lui-même peu avant sa propre conversion. Trad. française d'après l'éd. de référence ; texte latin vatican.va / augustinus.it.

    22
  14. Symbole d'Athanase (Quicumque vult) : profession de foi trinitaire et christologique d'usage liturgique en Occident, traditionnellement attribuée à Athanase mais reconnue depuis le XVIIe siècle comme non authentique : rédigée en latin (et non en grec), non citée par Athanase ni ses contemporains, probablement composée dans le sud de la Gaule vers le Ve-VIe siècle. Cf. Britannica, « Athanasian Creed » ; New World Encyclopedia, « Athanasian Creed ».

    26
  15. Incipit du Quicumque cité d'après Matthieu Lavagna, La question difficile de l'enfer (valeur et actualité), 2026, PDF p. 35 : « Quiconque veut être sauvé doit avant tout tenir la foi catholique. Celui qui ne la garde pas intègre et inviolée périra sans aucun doute dans l'éternité. » — formule attribuée à saint Athanase, non authentique (voir note précédente).

    27
  16. Athanase est compté, dans la tradition, parmi les quatre grands Docteurs de l'Église grecque (avec saint Basile le Grand, saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome). Père et Docteur de l'Église, « Père de l'orthodoxie ». Fête le 2 mai au calendrier romain ; 18 janvier dans le calendrier byzantin (conjointement avec saint Cyrille d'Alexandrie). Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Athanasius » ; « Doctors of the Church ».

    28