Saint Caprais d'Agen (latin Caprasius, † vers 303) est un martyr aquitain de la persécution de Dioclétien, honoré à Agen dès l'Antiquité tardive. La tradition qui s'est fixée autour de lui le montre caché dans une caverne du mont Saint-Vincent pendant la persécution, puis gagné par le courage de la jeune sainte Foi : il se présente alors au pouvoir romain, confesse sa foi et est mis à mort[1][2]. Le Martyrologe romain le retient ainsi : « À Agen, vers 303, saint Caprais, martyr »[3]. L'Église le fête le 20 octobre, en fête locale[4].
Attention à l'homonymie : le même prénom désigne aussi saint Caprais de Lérins, solitaire mort vers 430, fêté le 1er juin. Les deux personnages sont distincts, et cet article ne parle que du martyr d'Agen[5][6][7].
Sur le plan historique, ce qui est le mieux attesté n'est pas le détail des actes, mais la réalité du culte : une basilique Saint-Caprais existait à Agen au VIe siècle, comme le rapporte Grégoire de Tours[8]. Les récits de martyre, eux, relèvent d'une tradition hagiographique que les sources elles-mêmes qualifient de légendaire[9].
Qui est saint Caprais d'Agen ?
Le martyr d'Agen
Nominis le présente sans détour : « Martyr à Agen (+ v. 303) »[10]. Le lieu est certain pour la tradition : Agen, en Aquitaine, aujourd'hui en Lot-et-Garonne. La date de 303 rejoint l'époque de la Grande Persécution ; le martyrologe romain retient la même fourchette (« vers 303 »)[11].
Sur sa condition précise, les sources divergent et il faut le dire. Une tradition locale, rapportée par Nominis, le donne pour premier évêque d'Agen, vers 270 ; d'autres textes le nomment prêtre ; le martyrologe romain, lui, ne lui donne que le titre de martyr[12][13][14]. C'est pourquoi cet article le qualifie d'abord de martyr, et signale le titre épiscopal comme une tradition locale ancienne, non comme un fait établi.
L'époque est celle de la persécution de Dioclétien, dont les passions aquitaines portent la mémoire. Le pouvoir romain nommé dans les actes est un certain Dacien (Dacianus), figure habituelle de ces récits[15][16]. La date de 303 est celle que retiennent le martyrologe et la tradition ; d'autres chronologies anciennes ont circulé, et l'exactitude du millésime n'est pas garantie par un document d'archives[17][18].
Ce que la tradition lui attribue
L'épisode central est le suivant. Pour échapper à la rage de la persécution, Caprais se cache dans une caverne[19]. Voyant « le courage et la persévérance de sainte Foi », il décide de se montrer chrétien[20]. Arrêté, mis au cachot, « il endurera à son tour les souffrances du martyre et, selon les 'actes' légendaires, il sera décapité »[21].
La mention entre guillemets du mot « actes » est celle de Nominis lui-même : les sources signalées comme légendaires ne sont pas présentées comme un procès-verbal historique. Ce qu'elles transmettent, c'est la figure du témoin : un homme caché que la constance d'une enfant martyre fait se lever.
Le lien avec sainte Foi
Une mémoire commune
Caprais ne se comprend pas sans sainte Foi (Fides, Foy), jeune martyre d'Agen dont le culte fut immense, notamment à Conques[22][23]. Selon la tradition, il assiste à son supplice depuis sa retraite, et c'est ce spectacle qui le pousse à confesser sa foi devant le pouvoir romain[24].
D'autres noms accompagnent parfois cette mémoire locale : Prime et Félicien, Alberte, présentés comme proches de Foi ou de Caprais selon les versions des actes[25]. Là encore, il s'agit d'un ensemble hagiographique, pas d'un dossier d'archives.
Un culte ancien et large
Ce que l'histoire retient avec le plus de solidité, c'est l'ancienneté du culte. Nominis note que « son culte fut très grand dès les premiers temps, dans le Sud de la France où plusieurs localités portent son nom, même en Île-de-France »[26]. Grégoire de Tours, au VIe siècle, atteste une basilique Saint-Caprais à Agen : c'est le premier jalon historique sûr[27]. Cette basilique marque le point de départ d'une dévotion qui ne s'est jamais interrompue dans la ville.
La cathédrale actuelle d'Agen lui est dédiée. L'édifice, classé au titre des monuments historiques au XIXe siècle, est le siège du diocèse d'Agen-et-Lombez ; le nom de Caprais y est porté par la cathédrale, par des paroisses et par la mémoire liturgique locale[28]. Pour qui visite la ville, le nom du martyr est partout : c'est l'un de ces saints dont l'identité urbaine a absorbé la figure.
Ne pas confondre avec Caprais de Lérins
Le prénom Caprais (Caprasius) a porté au moins deux saints dans l'histoire de l'Église. Le Caprais de Lérins est un solitaire mort vers 430, moine des îles de Lérins, honoré le 1er juin ; ses reliques ont été transportées en Toscane[29]. Le Caprais d'Agen, lui, est un martyr du début du IVe siècle, honoré le 20 octobre[30][31]. Les notices modernes les distinguent explicitement, et la prudence impose de ne jamais mêler leurs légendes, notamment les traditions espagnoles parfois confondues entre les deux personnages[32][33].
Histoire et légende : ce que l'on peut affirmer
Il faut être exact, sans démolir la dévotion ni enjoliver l'histoire.
Ce qui est solide. Un martyr nommé Caprais est honoré à Agen dès l'époque patristique ; une basilique porte son nom au VIe siècle ; le martyrologe romain le retient au 20 octobre ; le culte se répand dans le Midi[34][35][36].
Ce qui est tradition. La retraite en caverne, l'encouragement par sainte Foi, la décapitation, les compagnons de martyre, la source miraculeuse du mont Saint-Vincent : tout cela vient des actes hagiographiques, que Nominis appelle « légendaires »[37][38]. Les Acta Sanctorum d'octobre portent la notice du 20 octobre sous la formule Caprasius martyr Agenni in Gallia, avec les noms de Prime et Félicien associés au groupe[39].
Ce qui est discuté. Le titre de premier évêque d'Agen est une tradition locale qui n'est pas confirmée par le martyrologe romain[40][41]. Le pouvoir romain nommé dans les actes est un certain Dacien, figure habituelle des passions aquitaines[42]. Les compagnons de martyre (Prime, Félicien, Alberte) apparaissent selon les versions tantôt comme des proches de Foi, tantôt comme des proches de Caprais : ces listes ne sont pas stabilisées[43][44].
« Pour éviter la rage de la persécution, il se cacha dans une caverne. Mais ayant vu le courage et la persévérance de sainte Foi, il se décide à se montrer chrétien. » : Nominis, « Saint Caprais »[45]
Iconographie
Saint Caprais est représenté comme un martyr, souvent en évêque lorsque l'iconographie suit la tradition locale du premier pasteur d'Agen : mitre, crosse, palme du martyre, parfois une épée (instrument de la décapitation)[46]. La statue de 1844 par Louis Rochet, conservée dans la cathédrale d'Agen, est l'une des images les plus nettes du saint : évêque et martyr, avec les insignes de sa charge et le rappel de sa mort.
Les vitraux et statues de village qui le prennent pour patron (Carsac, Lerm, Auger-Saint-Vincent et d'autres) témoignent de la diffusion de son nom bien au-delà d'Agen[47]. L'attribut le plus constant reste la palme du martyre.
Fête liturgique
La fête de saint Caprais d'Agen est fixée au 20 octobre. Nominis la qualifie explicitement de « fête locale », et la rattache au Martyrologe romain[48][49]. C'est la date retenue par le calendrier d'Ignispedia (saints du 20 octobre), où Caprais est célébré aux côtés de sainte Adeline.
Pour la manière dont l'Église ordonne les fêtes des saints dans l'année, voir Le calendrier des saints.
Que demander à saint Caprais ?
Le courage de confesser
La première leçon de Caprais est un leçon de courage. Caché par peur, il se lève quand il voit la constance d'une jeune martyre. Demander son intercession, c'est demander la force de confesser la foi au moment où la prudence humaine conseillerait le silence. Cette prière rejoint l'espérance de tous les martyrs, depuis saint Étienne, premier martyr jusqu'aux témoins de notre temps.
La fidélité dans la persécution
Caprais n'a pas inventé la persécution ; il y a été jeté. Sa mémoire rappelle que l'Église a traversé des époques de violence sans perdre le fil de la confession du Christ. En ce sens, il rejoint la grande famille des martyrs dont l'article Les martyrs de Ceuta montre un autre visage, plus récent.
L'intercesseur des Églises locales
Enfin, Caprais reste l'un de ces saints enracinés : un nom de cathédrale, un nom de paroisse, une fête de diocèse. Pour la communion qui unit les Églises locales et tous les saints, voir la communion des saints et Pourquoi demander l'intercession des saints.
Pour aller plus loin
- Sainte Adeline : l'autre sainte du 20 octobre, première abbesse de Mortain.
- Le calendrier des saints : la place des fêtes locales dans l'année liturgique.
- Saint Étienne, premier martyr : la figure fondatrice du martyre chrétien.
- Les martyrs de Ceuta : une autre mémoire de martyrs, au XIIIe siècle.
- La communion des saints : le lien qui unit les martyrs et les fidèles d'aujourd'hui.
- Pourquoi demander l'intercession des saints : la prière d'intercession dans la foi de l'Église.
Notes et références
Nominis (Conférence des évêques de France), « Saint Caprais », martyr à Agen (+ v. 303). URL : https://nominis.cef.fr/contenus/saint/8626/Saint-Caprais.html : « Pour éviter la rage de la persécution, il se cacha dans une caverne. Mais ayant vu le courage et la persévérance de sainte Foi, il se décide à se montrer chrétien. Arrêté, mis au cachot, il endurera à son tour les souffrances du martyre et, selon les 'actes' légendaires, il sera décapité. » ; culte très grand dès les premiers temps dans le Sud de la France ; tradition locale de Lerm (chapiteau « Angel, Capras, Dacian, Miles ») ; source miraculeuse du mont Saint-Vincent ; autre tradition : premier évêque d'Agen, martyr vers 270 sous Aurélien ; « À Agen, vers 303, saint Caprais, martyr » (Martyrologe romain) ; Dates de fête : 20 octobre, Fête locale. Homonyme : saint Caprais de Lérins (solitaire, + 430). Consulté le 11 octobre 2026.
1 4 5 9 10 12 15 19 20 21 24 26 30 36 37 40 45 47 48Wikipédia FR, « Caprais d'Agen » et page d'homonymie « Saint Caprais » : martyr à Agen sous Dioclétien ; lié au martyre de sainte Foy ; tradition du premier évêque d'Agen ; fête le 20 octobre ; distinction avec Caprais de Lérins (solitaire, + 430, fête 1er juin). URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Caprais_d%27Agen et https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint_Caprais. Consulté le 11 octobre 2026.
2 6 22 31 32Martyrologe romain, entrée citée par Nominis au 20 octobre : « À Agen, vers 303, saint Caprais, martyr. » Le texte ne lui donne pas le titre d'évêque et ne mentionne pas de compagnons de martyre.
3 11 17 34 41 49Saint Caprais de Lérins (Caprasius), solitaire des îles de Lérins, mort vers 430, fêté le 1er juin, distinct du martyr d'Agen ; reliques transportées en Toscane. Voir Wikipédia FR « Caprais de Lérins » et Nominis (homonyme cité sous la notice de saint Caprais). URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Caprais_de_L%C3%A9rins. Consulté le 11 octobre 2026.
7 29 33Grégoire de Tours, Historia Francorum VI, 12 (VIe siècle) : mention d'une basilique Saint-Caprais à Agen, premier témoignage historique du culte du martyr (fait relevé par Nominis et par les notices locales du diocèse d'Agen).
8 27 35Wikipédia EN, « Caprasius of Agen » et « Saint Faith » : Caprasius of Agen, bishop and martyr, died 303 ; connected with the martyrdom of Saint Faith ; cult at Agen Cathedral ; not to be confused with Caprasius of Lérins (hermit, + 430, June 1) ; feast October 20. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Caprasius_of_Agen et https://en.wikipedia.org/wiki/Saint_Faith. Consulté le 11 octobre 2026.
13 23 25 43 46Acta Sanctorum, octobre, notice du 20 octobre (texte latin Caprasius martyr Agenni in Gallia, avec Prime et Félicien), consultable via la transcription de heiligenlexikon.de : actes du martyre, figure du proconsul Dacien, compagnons de martyre ; récit hagiographique à traiter comme tradition, non comme procès-verbal. URL : https://www.heiligenlexikon.de/ActaSanctorum/20.Oktober.html. Consulté le 11 octobre 2026.
14 16 18 38 39 42 44Cathédrale Saint-Caprais d'Agen : siège du diocèse d'Agen, dédiée au martyr ; historique de l'édifice (basilique du VIe siècle selon Grégoire de Tours, collégiale, cathédrale au XIXe siècle) et statue de 1844 par Louis Rochet. Voir Wikipédia FR « Cathédrale Saint-Caprais d'Agen » et notice patrimoniale de la base Palissy (PM47000501 pour la statue). URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Saint-Caprais_d%27Agen. Consulté le 11 octobre 2026.
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