Saint Macaire le Grand (vers 300 – 391), appelé aussi Macaire l'Égyptien ou Macaire l'Ancien, est l'un des plus grands Pères du désert, au même rang que son maître saint Antoine. Né dans un village du Delta du Nil, marchand de natron dans sa jeunesse, il porte d'abord en silence une calomnie infamante — une femme l'accuse faussement d'être le père de son enfant — avant de fuir, vers la trentaine, dans le désert de Scété, l'une des terres les plus arides d'Égypte. Il y fonde une colonie d'ermites qui deviendra l'un des trois grands foyers du monachisme égyptien, avec Nitrie et les Cellules[1][2].
Tout au long d'une vie d'environ quatre-vingt-dix ans, Macaire devient le père spirituel de milliers de moines venus de tout l'Orient chrétien. La tradition lui donne les surnoms de « phare du désert » et de « porteur d'Esprit » (Pneumatophore) ; on le présente comme un homme d'une douceur et d'un discernement extrêmes, doué du don des miracles et de la prophétie, et capable de désarmer toute violence par l'humilité[3][4]. Fidèle à la foi de Nicée, il est exilé sur une île du Nil pendant la persécution arienne, mais ses miracles convertissent les habitants païens de l'île[5][6].
Cet article présente le saint lui-même : ses origines égyptiennes, son épreuve de la calomnie, sa fuite au désert, la fondation de Scété, son enseignement spirituel, son rôle face à l'arianisme, la question des écrits macariens qui portent son nom, sa mort et son culte. Pour le fondateur de l'érémitisme dont il fut le disciple, voir saint Antoine le Grand ; pour le grand organisateur de la vie communautaire, voir saint Pacôme ; pour l'hérésie qu'il combattit, voir l'arianisme ; pour le défenseur de Nicée qu'il soutint, voir saint Athanase d'Alexandrie.
Qui est saint Macaire le Grand ?
Le « phare du désert »
Dans la mémoire de l'Église, Macaire occupe une place singulière parmi les Pères du désert. Il n'est ni le tout premier (cet honneur revient à Antoine), ni le grand législateur de la vie commune (ce sera Pacôme) : il est le père du désert de Scété, le maître par excellence du monachisme semi-anachorétique — une forme intermédiaire où les moines vivent seuls dans leur cellule la semaine et ne se rassemblent que le samedi et le dimanche pour l'eucharistie et l'enseignement[7]. Sa réputation de sainteté est telle que, de son vivant déjà, on l'appelle « le Grand », et que la postérité lui donnera les titres de « phare du désert » et de « porteur d'Esprit »[8].
Macaire n'a presque rien écrit de sa propre main : comme Antoine, il appartient à un monde de transmission orale, où la sagesse se reçoit d'un ancien et se garde dans la mémoire des disciples. C'est pourquoi nous le connaissons surtout par trois canaux : les Apophtegmes des Pères du désert, où il occupe l'une des séries les plus fournies ; l'Histoire lausiaque de Pallade, qui l'a connu indirectement par ses disciples ; et l'Historia Monachorum mise sous le nom de Rufin d'Aquilée[9][10][11].
Macaire l'Égyptien et Macaire d'Alexandrie
Une confusion fréquente doit être levée d'emblée : il y a, au désert d'Égypte au IVe siècle, deux Macaire contemporains et également célèbres.
| Trait | Macaire l'Égyptien (le Grand) | Macaire d'Alexandrie (le Citadin) |
|---|---|---|
| Origine | Paysan du Delta | Ancien marchand d'Alexandrie |
| Lieu | Désert de Scété | Désert des Cellules (Kellia) et de Nitrie |
| Surnom | « le Grand », « l'Ancien » | « le Citadin » (Politikos), « le Jeune » |
| Tempérament | Douceur, discrétion | Ascèse spectaculaire, exploits d'austérité |
| Mort | Vers 391, env. 90 ans | Vers 394-395 |
Les deux hommes furent amis, partagèrent le même exil arien, et la tradition les associe souvent ; mais c'est Macaire l'Égyptien — celui de Scété — que l'on désigne par excellence comme « Macaire le Grand », objet du présent article[12][13].
Les origines : un Égyptien du Delta
Shabsheer et le métier du natron
Macaire naît vers 300 dans le village de Shabsheer (Chanchour), en Basse-Égypte, dans la région du Delta du Nil[14]. La tradition copte donne à ses parents les noms d'Abraham et Sara, écho voulu des grandes figures de l'Ancien Testament[15]. C'est une famille chrétienne modeste, de condition rurale.
Dans sa jeunesse, Macaire exerce un métier rude et solitaire : le transport et le commerce du natron, ce salpêtre naturel que l'on récoltait dans les dépressions désertiques voisines de la Nitrie et qui servait à la fabrication du verre, du savon et à l'embaumement[16][17]. Ce labeur le conduit régulièrement aux confins du désert : sans le savoir encore, le jeune caravanier longe déjà les solitudes où il passera sa vie. La Providence prépare ainsi, par un métier obscur, l'homme qui colonisera ces sables.
Mariage, deuil et premiers pas dans l'ascèse
Sur le désir de ses parents, Macaire se marie, mais il devient veuf très tôt, puis perd peu après ses parents[18][19]. Libre de toute attache, il commence à mener une vie d'ascèse au bord de son village, sous la conduite d'un vieil ermite, et reçoit l'ordination de lecteur. Comme Antoine avant lui, c'est le dépouillement des liens du monde — non pas par fuite, mais par disponibilité totale à Dieu — qui ouvre sa vocation. Mais avant le désert, une épreuve va le marquer au fer rouge.
L'épreuve de la calomnie
L'accusation injuste
Une jeune femme enceinte du village l'accuse publiquement d'être le père de son enfant[20][21]. L'accusation est fausse, mais Macaire ne se défend pas. Plutôt que de plaider son innocence et d'entrer dans la querelle, il accepte l'opprobre en silence. Battu et humilié par les villageois, il travaille de ses mains — tressant des corbeilles — pour subvenir aux besoins de la femme qui l'accuse, comme s'il était réellement le coupable[22].
Cette scène, que la tradition rapporte avec insistance, n'est pas un simple trait d'humilité héroïque : elle révèle déjà la doctrine spirituelle de Macaire, celle qui structurera tout son enseignement — mourir au jugement des hommes, ne plus dépendre ni de leur mépris ni de leur estime.
La vindication et la fuite
Lorsque vient le moment de l'accouchement, la femme ne parvient pas à enfanter. Dans les douleurs, elle finit par confesser publiquement la vérité et nommer le véritable père[23][24]. Macaire est innocenté ; le village qui l'avait battu veut maintenant l'honorer. Mais Macaire fuit cette gloire comme il avait porté la honte : pour échapper à la vaine estime des hommes, il s'enfonce définitivement dans le désert de Scété[25]. La calomnie injuste devient ainsi la porte de sa vocation : il quitte le monde non pas amer, mais libre.
Le désert de Scété
Pourquoi Scété ?
Scété — aujourd'hui le Wadi el-Natroun, à environ 90 kilomètres au sud-ouest d'Alexandrie — est l'une des terres les plus inhospitalières d'Égypte : une longue dépression saline, sans village ni source abondante, à des heures de marche de toute habitation[26]. C'est précisément cet isolement extrême que recherche Macaire. Là où Nitrie et les Cellules restaient relativement accessibles, Scété offrait la solitude la plus radicale. En s'y établissant, Macaire fait de ce désert le troisième grand foyer du monachisme égyptien.
La fondation de la colonie monastique
Macaire s'installe à Scété vers 330, encore jeune[27]. D'abord seul, il attire bientôt des disciples qui s'établissent autour de lui dans des cellules dispersées. Ainsi naît, sous sa paternité, une colonie d'ermites organisée selon le modèle semi-anachorétique : chacun prie et travaille seul dans sa cellule durant la semaine ; tous se rassemblent le samedi et le dimanche pour la synaxe eucharistique et l'enseignement de l'ancien[28][29].
La tradition copte affirme qu'il devint le père spirituel de plusieurs milliers de moines de toutes nationalités, faisant de Scété un véritable peuple du désert[30]. De cette colonie sortiront quatre grands monastères encore vivants aujourd'hui dans le Wadi el-Natroun.
Le disciple de saint Antoine
Macaire désire rencontrer le plus grand des ermites. Il se rend auprès de saint Antoine le Grand, dont il devient le disciple, recevant de lui la tradition la plus pure de l'anachorèse[31][32]. La tradition rapporte que, voyant la limpidité de son âme, Antoine aurait dit de lui ce que le Christ disait de Nathanaël :
« Voici un véritable Israélite, en qui il n'y a pas de ruse. » — paroles attribuées à saint Antoine au sujet de Macaire, reprenant Jean 1, 47[33]
Ce lien entre les deux hommes est capital : il fait de Macaire l'héritier direct d'Antoine, le maillon par lequel l'esprit du premier ermite se transmet à toute la postérité monastique de Scété.
Prêtre du désert vers la quarantaine
Vers l'âge de quarante ans (donc autour de 340), Macaire est ordonné prêtre[34][35]. Cette ordination n'était pas recherchée par les moines, qui se méfiaient des honneurs ; elle répond à une nécessité concrète : il faut un prêtre pour célébrer les saints mystères le dimanche au profit des ermites de Scété. Macaire devient ainsi le higoumène (père-abbé) de fait de la colonie, dispensant à la fois l'eucharistie et la parole spirituelle.
Le maître spirituel
Le combat contre les démons
Comme tous les Pères du désert, Macaire est un homme du combat spirituel. Les Apophtegmes et l'Histoire lausiaque le montrent affronter les démons non par la violence, mais par l'humilité et la prière. Un apophtegme célèbre rapporte que le diable, le rencontrant, lui avoua sa propre défaite :
« Je souffre beaucoup de violence de ta part, Macaire, car je ne peux pas te vaincre. Car voici, tout ce que tu fais, je le fais aussi : tu jeûnes, et moi je ne mange pas du tout ; tu veilles, et moi je ne dors jamais. Il n'y a qu'une chose en quoi tu me surpasses : ton humilité. » — Apophtegmes, série Macaire le Grand[36]
Cette parole résume toute la spiritualité des Pères : l'ascèse seule ne sauve pas — les démons « jeûnent » plus que les hommes ; c'est l'humilité qui désarme l'Ennemi.
Le discernement et la douceur
Pallade et les Apophtegmes insistent sur la douceur de Macaire, qui contraste avec l'austérité spectaculaire de son homonyme d'Alexandrie. Sa fermeté n'était jamais dureté. Interrogé sur la manière de fuir le péché de jugement, il enseigne par l'exemple plutôt que par les discours, refusant de condamner le pécheur même pris en faute, couvrant la faute du frère comme on couvre une nudité[37].
« Deviens mort » : mourir au jugement des hommes
Le cœur de l'enseignement de Macaire tient dans une scène devenue l'un des apophtegmes les plus célèbres du désert. Un frère lui demande comment être sauvé. Macaire l'envoie au cimetière pour qu'il insulte les morts, puis pour qu'il les loue. Le frère revient : les morts n'ont rien répondu, ni aux injures ni aux éloges. Et Macaire conclut :
« Tu sais combien tu les as insultés et ils ne t'ont rien répondu ; combien tu les as loués et ils ne t'ont rien dit. Toi aussi, si tu veux être sauvé, deviens mort : ne fais cas ni du mépris des hommes ni de leurs louanges, comme les morts ; ainsi tu pourras être sauvé. » — Apophtegmes, série Macaire le Grand[38]
C'est exactement la leçon que Macaire avait apprise dans l'épreuve de la calomnie : la liberté intérieure naît de la mort au regard d'autrui. Tant que l'âme dépend de l'opinion des hommes, elle reste esclave ; morte à cette dépendance, elle devient libre pour Dieu seul.
La prière brève et continuelle
Macaire est aussi un maître de la prière. À ceux qui croyaient la longueur des discours nécessaire, il oppose la simplicité de la supplication continuelle :
« Il n'est pas besoin de tenir de longs discours ; il suffit d'étendre les mains et de dire : "Seigneur, comme tu veux et comme tu sais, aie pitié." » — Apophtegmes, série Macaire le Grand, 19[39]
Cette parole annonce de loin la tradition de la prière de Jésus et de l'oraison du cœur, qui fera la richesse du monachisme oriental. Une autre fois, congédiant l'assemblée des moines, Macaire posait simplement le doigt sur sa bouche en disant : « Fuyez ceci » — c'est-à-dire les vains bavardages — avant de rentrer dans sa cellule[40].
Le crâne dans le désert : la prière pour les morts
Un apophtegme saisissant montre la dimension surnaturelle prêtée à Macaire. Marchant dans le désert, il trouve un crâne desséché ; le touchant de son bâton, il l'interroge, et le crâne lui répond : c'était celui d'un prêtre païen. Interrogé sur le sort des damnés, le mort déclare qu'au plus profond de l'abîme, lorsque Macaire prie pour les défunts, les damnés eux-mêmes reçoivent un instant de soulagement, pouvant entrevoir un peu le visage les uns des autres[41]. Ce récit, à lire avec le réalisme surnaturel propre aux Pères, illustre la puissance de l'intercession des saints et la valeur de la prière pour les morts — thème cher à la tradition catholique.
Macaire et l'Église de son temps
Face à l'arianisme : l'exil sous Valens
Au IVe siècle, l'Église est déchirée par la crise arienne, qui nie la pleine divinité du Fils. Les moines du désert, et Macaire au premier rang, restent inébranlablement fidèles à la foi de Nicée et au défenseur de l'orthodoxie qu'est saint Athanase d'Alexandrie.
Sous l'empereur Valens, favorable aux ariens, l'évêque arien d'Alexandrie Lucius entreprend de briser la résistance des moines. Vers 374, les deux Macaire — l'Égyptien et l'Alexandrin — sont arrêtés et exilés sur une île du Nil peuplée de païens[42][43]. Loin de les réduire au silence, l'exil tourne à leur gloire : par leurs prières, ils guérissent la fille du prêtre païen de l'île ; bouleversés, les habitants se convertissent et transforment leur temple en église[44]. Apprenant ce retournement, Valens lui-même autorise les deux saints à regagner leur désert[45].
« Ils furent envoyés en exil dans une île d'Égypte où l'on n'avait jamais entendu parler du christianisme… et là, par leurs miracles, ils convertirent tous les habitants. » — d'après Socrate le Scolastique, Histoire ecclésiastique, IV[46]
Le mort ressuscité contre l'hérétique
La tradition rapporte un autre prodige éclatant. Pour confondre un hérétique qui niait la résurrection des morts, Macaire l'aurait conduit à un tombeau et, par sa prière, aurait fait parler un mort du fond du sépulcre, attestant la réalité de la vie future[47][48]. Qu'on lise ces récits comme histoire ou comme tradition hagiographique, ils disent une chose vraie de Macaire dans la mémoire de l'Église : il fut tenu pour un thaumaturge, un homme par qui Dieu manifestait sa puissance contre l'erreur.
Les écrits attribués à Macaire
Le corpus macarien : les Cinquante Homélies spirituelles
Sous le nom de Macaire l'Égyptien circule, depuis l'Antiquité, un ensemble de textes spirituels — au premier rang desquels les célèbres Cinquante Homélies spirituelles (Homiliae spirituales)[49]. Ce corpus, d'une grande profondeur, décrit la vie chrétienne comme une expérience intérieure de l'action de l'Esprit Saint, une transformation du cœur où l'âme, blessée par le péché, est progressivement habitée et divinisée par la grâce. On y trouve des pages admirables sur l'habitation du Christ dans le cœur :
« L'âme qui aime vraiment Dieu et le Christ, eût-elle accompli mille œuvres de justice, s'estime comme n'ayant rien fait, à cause de son désir insatiable de Dieu. » — attribué à Macaire, Homélies spirituelles[50]
Ce courant spirituel a exercé une influence considérable, en Orient comme en Occident, sur toute la mystique du cœur et la doctrine de la prière continuelle.
La question de l'attribution — et ses limites
Une partie de l'exégèse contemporaine met en doute l'attribution de ces homélies au Macaire historique de Scété. Plusieurs chercheurs (notamment à la suite des travaux de Hermann Dörries) les rattachent plutôt à un auteur syro-mésopotamien anonyme de la fin du IVe siècle, qu'on désigne par convention « Pseudo-Macaire », et soupçonnent ce corpus d'avoir circulé dans des milieux marqués par le messalianisme, mouvement spirituel suspect d'avoir surévalué l'expérience sensible de la grâce au détriment des sacrements[51][52].
Cette hypothèse mérite d'être exposée honnêtement, mais aussi pesée avec prudence :
- Elle repose sur des rapprochements littéraires et doctrinaux, non sur un document décisif nommant un autre auteur ; c'est une reconstruction savante, révisable, non une démonstration close.
- La tradition manuscrite a constamment transmis ces textes sous le nom de Macaire : ce témoignage ancien et unanime ne se balaie pas d'un revers de main.
- Le soupçon de messalianisme suppose précisément ce qu'il faudrait prouver : plusieurs passages du corpus sont au contraire pleinement orthodoxes, insistant sur l'humilité, le combat et la nécessité de la grâce, et l'Église les a lus avec fruit pendant des siècles sans y voir d'hérésie.
Il est donc juste de dire que l'attribution directe au Macaire de Scété est discutée, sans pour autant disqualifier ni le saint ni la richesse spirituelle de ce corpus. Le Macaire historique demeure d'abord celui des Apophtegmes — sources brèves, anciennes et solidement enracinées dans la mémoire du désert — où sa physionomie spirituelle est la mieux assurée.
| Source | Nature | Fiabilité pour le Macaire historique |
|---|---|---|
| Apophtegmes (série Macaire) | Sentences brèves, transmission du désert | Très forte : cœur de la figure historique |
| Histoire lausiaque (Pallade) | Récit de témoins | Forte : contemporain, proche des disciples |
| Histoire eccl. (Socrate, Sozomène) | Histoire d'Église | Forte pour l'exil arien |
| Cinquante Homélies | Traité spirituel | Attribution discutée ; valeur spirituelle réelle |
Mort et héritage
La mort vers 391
Après plus de soixante ans de vie au désert, Macaire meurt vers 391, à l'âge d'environ quatre-vingt-dix ans[53][54]. Il s'éteint au milieu de la communauté qu'il avait fondée, laissant derrière lui non pas une œuvre écrite, mais un peuple de moines et une tradition spirituelle vivante.
Le monastère de Saint-Macaire (Deir Abou Maqar)
De la colonie de Scété est issu le monastère de Saint-Macaire — Deir Abou Maqar —, l'un des quatre grands monastères encore actifs du Wadi el-Natroun. Habité sans interruption depuis le IVe siècle, il est l'un des plus anciens monastères du monde encore en activité[55]. Il abrite les reliques du saint et a longtemps été le lieu où étaient ordonnés et inhumés de nombreux patriarches coptes d'Alexandrie. Pour la vie monastique communautaire organisée selon une règle écrite, qui se développera en parallèle, voir saint Pacôme ; pour son rayonnement ultérieur en Orient et en Occident, voir saint Basile le Grand et saint Benoît de Nursie.
Culte et fête liturgique
Macaire est vénéré comme saint dans toutes les grandes traditions chrétiennes. Sa fête est célébrée :
- le 19 janvier dans le calendrier byzantin (Églises orthodoxes) ;
- le 15 janvier au Martyrologe romain (Église latine) ;
- le 27 Paremhat (5 avril) dans l'Église copte orthodoxe[56][57].
L'iconographie le représente en vieillard à la très longue barbe blanche, vêtu de la coule monastique ; une tradition le montre accompagné d'un chérubin, en souvenir d'une vision rapportée par les récits du désert.
Postérité spirituelle
L'influence de Macaire dépasse de loin sa propre figure. Par Scété, il a façonné le monachisme semi-anachorétique, qui devait essaimer dans tout l'Orient. Parmi les moines formés dans le sillage de Scété figure Évagre le Pontique, l'un des plus grands théoriciens de la vie spirituelle, dont la pensée passera en Occident par Jean Cassien. Par les Apophtegmes, la voix de Macaire — sa douceur, son humilité, son « deviens mort » — n'a jamais cessé de nourrir la vie intérieure des chrétiens. Avec Antoine, il demeure l'une des deux grandes colonnes du désert d'Égypte, ce désert qui, selon le mot fameux, « devint une cité ».
Pour aller plus loin
- Saint Antoine le Grand — le père de tout le monachisme, maître de Macaire.
- Saint Pacôme — le fondateur du cénobitisme, contemporain de Macaire.
- Saint Athanase d'Alexandrie — le défenseur de Nicée que les moines du désert soutinrent.
- L'arianisme — l'hérésie qui valut à Macaire l'exil.
- Saint Basile le Grand et Saint Benoît de Nursie — les grands législateurs monastiques qui recueillirent l'héritage du désert.
Notes et références
Encyclopædia Britannica, « Macarius the Egyptian » (aussi « Macarius the Elder », « Macarius the Great ») : né vers 300 en Haute/Basse-Égypte, marchand de natron dans sa jeunesse, rejoint le désert de Scété vers 330, ordonné prêtre vers 340 ; l'un des plus grands Pères du désert ; mort vers 390. Fête le 15 janvier (occident).
1 14 16 53New Catholic Encyclopedia, « Macarius the Egyptian, St. » (via encyclopedia.com) : Macaire, dit l'Ancien ou le Grand, rejoint « a scattered settlement of hermits in Scete (c. 330), west of the Nile Delta » ; célèbre pour sa maturité spirituelle et son pouvoir sur les démons ; ordonné « c. 340, presumably to celebrate the divine mysteries on Sundays for the hermits to whom he appears to have given spiritual conferences » ; connu par l'Historia Monachorum attribuée à Rufin d'Aquilée et par l'Histoire lausiaque de Pallade ; ses sentences figurent dans les Apophthegmata Patrum, mais « the eight letters and two prayers there cited are not authentic ».
2 7 12 17 26 27 28 32 35Pallade d'Hélénopolis, Histoire lausiaque (Historia Lausiaca, vers 419-420), chapitre consacré à Macaire l'Égyptien : recueil de récits sur les moines d'Égypte rédigé pour le préfet Lausus ; Pallade rapporte les exploits, miracles et paroles de Macaire d'après ses disciples ; source majeure pour la connaissance des Pères du désert.
3 10 29 48Apophtegmes des Pères du désert (Apophthegmata Patrum), collection alphabétique, série Macaire le Grand / Macaire l'Égyptien (trad. anglaise de référence : Benedicta Ward, The Sayings of the Desert Fathers, Cistercian Publications). La série Macaire est l'une des plus développées du recueil et constitue la source la plus sûre pour la physionomie spirituelle du saint.
4 9 37Socrate le Scolastique, Histoire ecclésiastique, livre IV : sous l'empereur Valens et l'évêque arien Lucius d'Alexandrie, les deux Macaire (l'Égyptien et l'Alexandrin) sont exilés sur une île du Nil peuplée de païens ; par leurs miracles (guérison de la fille d'un prêtre païen), ils convertissent les habitants, qui transforment leur temple en église ; Valens, informé, les laisse regagner le désert.
5 13 42 44 45 46Sozomène, Histoire ecclésiastique, livre VI : récit parallèle de la persécution arienne sous Valens et de l'exil des moines de Nitrie et de Scété, dont les deux Macaire.
6 43OrthodoxWiki, « Macarius the Great » : vécut env. 295-392 ; parents nommés Abraham et Sara ; disciple de saint Antoine le Grand, qui l'aurait appelé « an Israelite in whom there is no guile » (cf. Jn 1,47) ; fonde le monastère copte de Saint-Macaire à Scété (Wadi Natrun) ; père spirituel de plus de 4 000 moines de diverses nationalités ; récit de la fausse accusation (battu par les villageois, subvenant aux besoins de la femme par le tressage de corbeilles, déjà en fuite quand elle confesse la vérité) ; combat l'arianisme, exilé vers 374 sur une île du Delta ; surnommé « porteur d'Esprit » (Pneumatophore) et « phare du désert ».
8 15 19 21 22 23 30 31 47Historia Monachorum in Aegypto (vers 400), traduite et adaptée en latin par Rufin d'Aquilée : récit du voyage d'un groupe de moines à travers les déserts d'Égypte ; figure parmi les sources anciennes sur Macaire et la colonie de Scété.
11Wikipedia, « Macarius of Egypt » : né vers 300 à Shabsheer (Chanchour), Basse-Égypte ; jeunesse passée à « smuggling saltpeter in the vicinity of Nitria » ; marié au gré de ses parents, « soon widowed » ; accusé à tort par une femme enceinte d'être le père de son enfant, il porte l'accusation en silence jusqu'à ce que, ne pouvant accoucher, elle confesse son innocence ; il fuit alors au désert de Nitrie/Scété pour échapper à la « mundane glory » ; ordonné prêtre vers 40 ans à son retour à Scété ; exilé avec Macaire d'Alexandrie sur une île du Nil par l'empereur Valens ; mort en 391 (env. 90 ans) ; monastère Deir Abou Maqar habité sans interruption. Fêtes : 19 janvier (orthodoxe), 15 janvier (catholique romain), 27 Paremhat (copte).
18 20 24 25 34 54 55 56Parole attribuée à saint Antoine le Grand au sujet de Macaire, reprenant Évangile selon saint Jean 1, 47 (parole du Christ sur Nathanaël : « Voici un véritable Israélite, en qui il n'y a pas de ruse »). Rapportée par la tradition copte (cf. OrthodoxWiki, « Macarius the Great »).
33Apophtegmes des Pères du désert, série Macaire le Grand : dialogue du démon vaincu avouant à Macaire que ce qui le surpasse n'est pas son jeûne ni ses veilles, mais son humilité. Texte de référence : B. Ward, The Sayings of the Desert Fathers, série « Macarius the Great ».
36Apophtegmes des Pères du désert, série Macaire le Grand : Macaire envoie un frère insulter puis louer les morts au cimetière ; les morts ne répondant rien, il conclut : « If you wish to live, become dead, so that you may care neither for the reviling of men nor for their praise, for the dead care for nothing; in this way you will be able to live. » Trad. d'après B. Ward, The Sayings of the Desert Fathers.
38Apophtegmes des Pères du désert, série Macaire le Grand, n° 19 : « There is no need at all to make long discourses; it is enough to stretch out one's hands and say, "Lord, as you will, and as you know, have mercy." » Trad. d'après B. Ward, The Sayings of the Desert Fathers (p. 131 de l'éd. anglaise de référence).
39Apophtegmes des Pères du désert, collection systématique (chap. sur la maîtrise de soi / de quietudine) : Macaire congédie l'assemblée des frères en disant « Fuyez, frères ! » puis, le doigt sur la bouche, « Fuyez ceci » (les bavardages), avant de rentrer dans sa cellule. Cf. Wikiquote, Apophthegmata Patrum.
40Apophtegmes des Pères du désert, série Macaire le Grand (apophtegme dit « du crâne ») : marchant au désert, Macaire interroge un crâne qui se révèle être celui d'un prêtre païen ; le mort déclare que, lorsque Macaire prie pour les défunts, les damnés reçoivent au plus profond de l'abîme un instant de soulagement et peuvent entrevoir un peu le visage les uns des autres. À lire comme tradition spirituelle illustrant la valeur de la prière pour les morts. Cf. B. Ward, The Sayings of the Desert Fathers, série « Macarius the Great ».
41Pseudo-Macaire, Cinquante Homélies spirituelles (Homiliae spirituales) : corpus spirituel transmis sous le nom de Macaire l'Égyptien. Éd./trad. anglaise de référence : George A. Maloney, Pseudo-Macarius: The Fifty Spiritual Homilies and the Great Letter, Classics of Western Spirituality, Paulist Press, 1992. L'attribution au Macaire historique est discutée par la critique moderne (cf. note sur le messalianisme).
49 51Pseudo-Macaire, Homélies spirituelles : « The soul that really loves God and Christ, though it may do ten thousand righteousnesses, esteems itself as having wrought nothing, by reason of its insatiable aspiration after God. » Trad. d'après l'éd. anglaise des Spiritual Homilies.
50Sur la question d'attribution : les travaux de Hermann Dörries (Symeon von Mesopotamien, 1941, puis Die Theologie des Makarios/Symeon, 1978) et d'une partie de la patristique du XXe siècle rattachent le corpus macarien à un auteur syro-mésopotamien anonyme de la fin du IVe siècle (« Pseudo-Macaire »/« Syméon »), parfois rapproché des milieux messaliens (mouvement spirituel suspect de surévaluer l'expérience sensible de la grâce au détriment des sacrements, condamné au concile d'Éphèse de 431). Cette hypothèse repose sur des rapprochements littéraires et doctrinaux, non sur un témoignage externe décisif ; la tradition manuscrite transmet unanimement ces textes sous le nom de Macaire, et plusieurs passages en sont pleinement orthodoxes. L'attribution reste donc débattue.
52Synaxaire copte (récit des saints de l'Église copte orthodoxe), commémoration de saint Macaire le Grand au 27 Paremhat (5 avril). Le monastère de Saint-Macaire (Deir Abou Maqar) au Wadi el-Natroun conserve sa mémoire et fut longtemps le lieu d'ordination et de sépulture des patriarches coptes.
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