L'humilité est, dans la tradition catholique unanime, la vertu première et fondamentale de la vie spirituelle — non pas la plus haute en dignité, qui demeure la charité, mais la racine sans laquelle aucune autre vertu ne peut tenir. Définie par sainte Thérèse d'Avila d'une formule lapidaire comme la « vérité » de l'homme sur lui-même, elle consiste à reconnaître que tout bien vient de Dieu et qu'aucune œuvre humaine n'a de valeur sans la grâce.
À l'opposé, l'orgueil — premier des sept péchés capitaux — est désigné par l'Écriture comme la racine du péché originel et la cause de la chute des anges. Saint Charles de Foucauld résume : « C'est par l'orgueil que les anges se sont perdus, par orgueil qu'Adam est tombé. »[1] Aveuglement spirituel, idolâtrie de soi, l'orgueil « ronge la grâce » et reste, selon Jacques Fesch, le plus insidieux de tous les vices : seul, il s'infiltre jusque dans nos meilleures pensées et dans nos efforts mêmes de perfection[2].
L'enjeu n'est donc pas secondaire. Tous les Pères et docteurs — Augustin, Jean Chrysostome, Bernard, Grégoire de Nysse, Thomas d'Aquin, François de Sales, Alphonse de Liguori — convergent : sans humilité, aucune vie en Dieu n'est possible. Mieux, selon une formule patristique radicale — celle de saint Optat de Milève, développée plus loin —, un péché supporté avec humilité plaît davantage à Dieu qu'une vertu pratiquée avec orgueil. Ce n'est pas, on le verra, une apologie du péché : c'est la révélation de ce que Dieu regarde dans le cœur de l'homme.
Cet article expose, en s'appuyant sur l'Écriture, les Pères, les docteurs et les mystiques (statut précisé en note)[3], pourquoi l'humilité est si centrale, pourquoi l'orgueil est si dangereux, et comment l'une et l'autre conditionnent l'accès à la grâce.
« La première, la seconde, la troisième : l'humilité »
Trois citations qui résument la spiritualité catholique
La primauté de l'humilité est, dans la Tradition, une constante unanime. Interrogé sur les trois vertus principales que doit acquérir un chrétien, un Père du désert aurait répondu — selon une formule transmise par la littérature spirituelle moderne, sans lieu apophtegmatique établi — :
« La première, c'est l'humilité ; la seconde, l'humilité ; et la troisième, l'humilité. »[4]
La parole n'est pas une boutade. Saint Augustin reprenait déjà la même hiérarchie : interrogé sur le chemin du salut, il aurait répondu « l'humilité, l'humilité, l'humilité »[5]. Saint Jean Chrysostome lui fait écho :
« L'humilité est la mère, la racine, la nourrice et le nœud de tous les autres biens. »[6]
Et il prolonge la métaphore architecturale :
« Quand le fondement de l'humilité sera posé, celui qui bâtit pourra sans crainte élever le reste de l'édifice ; mais s'il vient à manquer, quand l'édifice monterait jusqu'au ciel, il faut nécessairement qu'il se renverse et qu'il tombe en ruine. »[7]
L'image dit l'essentiel : on peut empiler toutes les vertus du monde sur une vie spirituelle — prière, jeûne, aumône, chasteté, zèle apostolique —, si la base manque, tout s'effondre.
Une primauté unanime des Pères, docteurs et saints
Saint François de Sales, docteur de l'Église et maître de la spiritualité moderne, énonce la même conviction :
« Cette vertu nécessaire à l'homme en cette vie mortelle est la base et le fondement de toutes les vertus. »[8]
Son amie et co-fondatrice de la Visitation, sainte Jeanne de Chantal, en tire une conséquence pratique frappante :
« Si nous ne pouvons acquérir beaucoup de vertus, ayons au moins l'humilité. »[9]
Phrase déconcertante : choisir une vertu, ce serait choisir l'humilité — comme si elle valait à elle seule toutes les autres. Saint Grégoire le Grand, depuis le pontificat romain à la fin du VIᵉ siècle, enseignait déjà aux fidèles que, sans l'humilité, les vertus elles-mêmes se dissipent comme poussière au vent[10].
Saint Vincent de Paul, fondateur des Lazaristes et des Filles de la Charité, reprend la même conviction au XVIIᵉ siècle :
« L'humilité est la vertu de Jésus-Christ, la vertu de sa sainte Mère, la vertu des plus grands saints. »[11]
Thomas a Kempis, dans L'Imitation de Jésus-Christ — l'un des ouvrages spirituels les plus lus de la chrétienté après la Bible —, prononce cette parole décisive :
« Plus on sera humble et soumis à Dieu, plus on aura de sagesse et de paix en toutes choses. »[12]
Au XXᵉ siècle, la mystique autrichienne Maria Simma (1915-2004), connue pour les échanges avec les âmes du purgatoire qu'elle dit avoir reçus — révélation privée sans reconnaissance ecclésiale, citée ici comme simple témoignage —, rapporte cette parole qu'elle attribue au Seigneur :
« L'humilité nous vaut les plus grandes des grâces. Jésus accorde les plus grandes choses aux humbles de cœur. »[13]
D'Évagre le Pontique aux Pères du désert, de saint Benoît dont la Règle consacre tout un chapitre aux « douze degrés d'humilité », à sainte Thérèse de Lisieux qui en fait le cœur de sa « petite voie », la liste des saints qui placent l'humilité en tête est sans exception. Cette unanimité n'est pas un détail : elle constitue un argument d'autorité massif que la tradition catholique appelle un consensus patrum.
Une vertu qui rend toutes les autres possibles
Pourquoi cette primauté ? Parce que l'humilité, contrairement aux autres vertus, n'est pas une vertu parmi d'autres : elle est la condition d'accueil de toutes les autres. Sans humilité, la prière devient pharisaïque, le jeûne devient orgueil ascétique, l'aumône devient ostentation, la connaissance théologique devient vanité, l'apostolat devient autopromotion. Le Père Éternel le dit explicitement à sainte Catherine de Sienne :
« Ce qui donne la vie à l'arbre et aux rameaux, c'est la racine ; cette racine doit être plantée dans la terre de l'humilité, qui porte et nourrit la charité. »[14]
L'image est précise : la charité — qui est la plus haute des vertus, la fin de la vie spirituelle — ne peut pas pousser ailleurs que dans le sol de l'humilité. Une charité plantée dans le sol de l'orgueil n'est pas la charité chrétienne, c'est une caricature.
Pourquoi l'humilité est-elle la racine de toute vertu ?
« L'humilité est vérité »
Pour bien comprendre la centralité de l'humilité, il faut d'abord rectifier deux malentendus modernes. L'humilité n'est pas une forme de mépris de soi, une dépréciation morbide qui s'enfoncerait dans la culpabilité. Elle n'est pas davantage une fausse modestie — celle qui consiste à minimiser ses dons en paroles pour mieux les laisser admirer.
La définition catholique classique, condensée par sainte Thérèse d'Avila dans le Château intérieur — « marcher dans la vérité » —, tient en deux mots :
« L'humilité est vérité. »[15]
La formule est exacte : être humble, c'est se voir soi-même tel qu'on est devant Dieu, ni au-dessus, ni en dessous. Le Père Éternel le confirme à sainte Catherine de Sienne :
« L'humilité vient de la connaissance que l'âme a d'elle-même. »[16]
Jésus, dans les écrits attribués à Luisa Piccarreta, va jusqu'à proposer une substitution terminologique :
« Ce qui est appelé humilité chez l'homme devrait être appelé connaissance de soi. »[17]
Tout est dit. L'humble n'invente rien, ne joue rien, ne se diminue pas artificiellement : il constate. Il constate que, sans Dieu, il ne peut absolument rien — pas même respirer ni faire battre son cœur. Il constate que tous ses talents, ses vertus, son intelligence, ses œuvres bonnes sont des dons reçus, non des productions propres. Il constate enfin que, livré à lui-même, il serait capable de tous les péchés du monde, comme le notait saint Philippe Néri :
« Seigneur, prends garde à moi. Si Tu ne me préserves pas par ta grâce, je Te trahirai aujourd'hui et je commettrai à moi seul tous les péchés du monde entier. »[18]
Reconnaître ses dons sans s'en attribuer le mérite
Faut-il, pour autant, nier ses talents ? Faut-il dire « je suis nul » quand on est compétent, « je n'ai aucun don » quand on est doué ? Évidemment non. Ce serait mentir — donc trahir la définition même de l'humilité comme vérité. Saint François de Sales l'explique avec sa finesse habituelle :
« Il ne faut pas craindre que la connaissance de ce qu'il a mis en nous nous enfle, pourvu que nous soyons attentifs à cette vérité, que ce qu'il y a de bon en nous n'est pas de nous. Hélas ! les mulets ne sont-ils pas toujours des bêtes lourdes et infectes, quoiqu'ils soient chargés des meubles précieux et parfumés du prince ? Qu'avons-nous de bon que nous n'ayons reçu ? dit l'Apôtre ; et si nous l'avons reçu, pourquoi nous en glorifier, comme si nous ne l'avions pas reçu ? »[19]
Saint Benoît l'enseigne dans sa Règle avec la même sobriété :
« Si l'on voit quelque bien en soi-même, l'attribuer à Dieu, non à soi ; mais le mal, savoir qu'on en est toujours l'auteur et le réputer sien. »[20]
L'humble ne nie pas la beauté du musicien virtuose ; il sait simplement que les oreilles musicales, l'intelligence, la persévérance, la famille qui a payé les leçons, les doigts agiles, et même la vie elle-même, sont des dons reçus. Saint Vincent de Paul résume :
« La vertu d'humilité nous fait comprendre que tout le bien qui se fait par nous vient de Dieu. »[21]
Jésus le dit à Gabrielle Bossis dans son ouvrage Lui et moi :
« Pour te faire toute petite, ne diminue pas tes dons, pense seulement que tous viennent de Moi. »[22]
L'humilité est donc à la fois un acte de vérité (reconnaître ce que l'on est) et un acte d'action de grâces (renvoyer à Dieu le mérite de ce que l'on a). C'est ce que les théologiens spirituels appellent la gratitude humble — une forme d'amour, déjà, qui se sait débitrice.
Le fruit pratique : ne plus juger les autres
L'humilité, parce qu'elle est vérité sur soi, modifie radicalement le regard que l'on porte sur autrui. Celui qui sait qu'il serait capable, sans la grâce, de tous les péchés, ne peut plus juger son prochain. Saint Claude la Colombière, dans sa Retraite spirituelle, l'écrit en propres termes :
« Un homme humble ne voit que ses défauts, et c'est une marque de peu de vertu de remarquer les imperfections d'autrui. »[23]
Saint Paul, dans la lettre aux Philippiens, en avait fait un précepte :
« Ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. » (Philippiens 2, 3)[24]
Sainte Thérèse d'Avila en fait le critère du progrès spirituel : ne se croire avancée dans la perfection que lorsqu'on s'estime la plus misérable des créatures et qu'on désire la dernière place — elle-même, rapportent ses biographes, « s'essayait toujours à la dernière place »[25].
Saint François d'Assise le vivait sérieusement, et non par convention pieuse — son premier biographe rapporte que, « lui seul se tenait pour le plus vil des hommes », jusqu'à charger un frère de le rabrouer en face[26].
Étrange paradoxe : les saints, qui sont objectivement les hommes les plus proches de Dieu, sont aussi ceux qui se sentent le plus indignes. Inversement, le grand criminel se trouve souvent moins mauvais que les autres. C'est que la sainteté n'est pas auto-évaluation : plus on s'approche de la pure lumière, plus on voit la moindre tache. Le saint a vu, dans la lumière de Dieu, ce que le pécheur endurci ne voit pas : la noirceur de tout péché. Voilà pourquoi sa connaissance de soi le terrasse — non en désespoir, mais en humilité réelle.
Jésus, l'humilité infinie de Dieu
« Doux et humble de cœur »
L'humilité chrétienne n'est pas une invention morale humaine, fruit d'une sagesse spirituelle générique. Elle est la révélation d'un attribut de Dieu lui-même. Jésus, dans une parole sans équivalent dans aucune religion, déclare :
« Apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur. »[27] (Matthieu 11, 29)
C'est l'unique fois, dans l'Évangile, où le Christ décrit son cœur. Et ce qu'il en dit est ahurissant : Dieu est humble. Non par condescendance pédagogique, mais par identité — humilité infinie, sans mesure, dira saint Charles de Foucauld dans sa retraite de huit jours à Éphraïm (mars 1898) :
« Vous serez toujours tentés d'orgueil ; enfoncez-vous dans l'humilité ; là est le salut. Aussi j'ai voulu vous en donner mille fois l'exemple : mon Incarnation, humilité infinie, sans mesure ; ma naissance, humilité ; tout est humilité en Moi. Je suis doux et humble de cœur. »[28]
L'hymne aux Philippiens : la kénose
Le texte le plus saisissant sur l'humilité de Dieu est l'hymne aux Philippiens — sans doute l'un des plus anciens cantiques chrétiens, antérieur même à la rédaction de la lettre par saint Paul (selon la datation courante, vers 60-61) :
« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix. »[29] (Philippiens 2, 5-8)
Le verbe grec utilisé, ekenōsen — « il s'est vidé » —, a donné en théologie le terme technique de kénose : l'auto-abaissement libre de Dieu. C'est l'inverse exact de l'orgueil. Là où l'orgueilleux veut se hisser à la place de Dieu, Dieu lui-même choisit de descendre à la place de l'homme, et même plus bas — à la place de l'esclave, du condamné, du crucifié.
Trois étapes de l'abaissement : Incarnation, Croix, Eucharistie
La tradition mystique a coutume de souligner que l'humilité du Christ comporte trois grandes étapes, chacune plus stupéfiante que la précédente.
L'Incarnation : Dieu se fait nourrisson
Dieu, le Tout-Puissant créateur de l'univers, choisit de s'incarner sous la forme d'un nourrisson incapable de parler, de marcher, de se nourrir seul. Il n'est pas accueilli dans un palais, mais dans une étable. Saint Pacôme, fondateur du cénobitisme égyptien (IVᵉ siècle), écrivait à un moine rancunier :
« Comment allons-nous vers Dieu ? En nous faisant un cœur humble et plein de douceur. »[30]
Il imitait, dans cette phrase, la trajectoire même de Dieu en Jésus.
La Croix : Dieu se fait condamné
L'abaissement culmine sur le Golgotha. Le Verbe par lequel tout a été créé se laisse cracher dessus, fouetter, couronner d'épines, crucifier entre deux brigands. Aucune religion n'avait imaginé un Dieu pareil. L'historien romain Tacite lui-même en témoigne dans ses Annales (XV, 44) : il rapporte que le Christ, « auteur de ce nom », avait « subi le supplice » sous le procurateur Ponce Pilate, et ne voit dans le christianisme naissant qu'une exitiabilis superstitio, une « détestable superstition »[31]. Le supplice de la croix — châtiment servile et infamant — rendait cette prédication scandaleuse aux yeux du monde romain. Les juifs le repoussaient car un Messie pendu au bois était, selon le Deutéronome, « maudit de Dieu » (Dt 21, 23). Pourtant, c'est dans cette mort ignominieuse que se révèle la mesure de l'humilité divine.
L'Eucharistie : Dieu se fait pain
Et ce n'est pas fini. Après l'Incarnation et la Croix, Dieu pousse encore l'abaissement plus loin : il se fait hostie, pain — c'est-à-dire chose, objet manipulable, mangé, parfois sacrilègement profané. Selon une méditation théologique libre — opinion proposée ici, non doctrine définie —, on peut dire que l'Eucharistie en est l'abaissement le plus extrême — plus grand, en un sens, que l'Incarnation elle-même, car le Christ glorieux y reste accessible à tout pécheur, dans le silence et l'anonymat le plus complet, sans défense.
Jamais nous ne pourrons nous abaisser autant que lui l'a fait, jamais nous ne pourrons être aussi humbles que Jésus l'a été[32].
Voilà pourquoi le sacrifice qui plaît à Dieu n'est pas, en premier lieu, la performance ascétique mais le cœur brisé :
« Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. »[33] (Psaume 50, 19)
Charles de Foucauld : Jésus a voulu manger avec les pécheurs
Et tout au long de sa vie publique, Jésus n'a cessé de mettre en scène l'humilité par ses actes. Il a mangé avec les publicains et les prostituées. Il a laissé venir à lui les petits enfants. Il a lavé les pieds de ses disciples. Il a refusé le titre de roi politique. Saint Charles de Foucauld fait parler le Christ :
« J'ai voulu être au rang des pécheurs pour vous apprendre l'humilité : voyez, mes enfants, comme tous mes actes sont des leçons d'humilité ; c'est que vous avez bien besoin de l'apprendre et de la pratiquer tous les jours de votre vie. »[34]
Si nous voulons donc être conformes au Christ — et c'est la définition même de la vie chrétienne —, nous devons avant tout être conformes à son humilité.
La parabole du pharisien et du publicain
Le récit selon Luc
Aucun texte évangélique n'enseigne avec autant de force la primauté de l'humilité que la parabole du pharisien et du publicain, propre à l'évangile de Luc :
« À l'adresse de certains qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici :
Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain. Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes — ils sont voleurs, injustes, adultères —, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. »
Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! »
Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c'est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »[35] (Luc 18, 9-14)
Pourquoi le publicain est justifié
La parabole est étonnante. Du point de vue moral extérieur, le pharisien a tout pour lui : il jeûne, il fait l'aumône, il observe la Loi mosaïque dans ses moindres détails. Le publicain, lui, est un collecteur d'impôts au service de l'occupant romain — figure honnie, suspectée de malhonnêteté, exclue de la fréquentation des justes. Pourtant, le verdict du Christ inverse la hiérarchie sociale : c'est le publicain qui rentre justifié chez lui, non le pharisien.
Pourquoi ? Parce que le pharisien, malgré ses œuvres réelles, est rongé par l'orgueil — « je ne suis pas comme les autres ». Sa prière n'est même plus une prière : elle est un auto-encensoir. Il ne demande rien parce qu'il croit n'avoir besoin de rien. Il remercie Dieu, mais en réalité il se félicite lui-même.
Le publicain, au contraire, ne lève même pas les yeux. Il ne plaide pas ses bonnes œuvres — il sait n'en avoir aucune à plaider. Il dit simplement la vérité : « sois favorable au pécheur que je suis ». Et cette vérité — qui est précisément l'humilité, vérité sur soi — ouvre les portes du salut.
Saint Augustin, dans une homélie célèbre sur ce passage, en tire la conclusion suivante :
« Dieu regarde plus volontiers de mauvaises actions accompagnées d'humilité que de bonnes œuvres infectées d'orgueil. »[36]
« Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume »
Quelques chapitres plus loin, Jésus radicalise encore. S'adressant aux grands prêtres et anciens du peuple — gens objectivement vertueux, observants religieux, juges respectés —, il prononce une phrase qui scandalise depuis vingt siècles :
« Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. »[37] (Matthieu 21, 31)
Comment comprendre cette parole ? Évidemment pas en y lisant une apologie de la prostitution ou de la collaboration avec l'occupant. Le sens est doctrinal : les publicains et les prostituées, eux au moins, n'ont pas l'illusion de leur propre justice. Ils savent qu'ils sont pécheurs. Ils ont, malgré eux, le cœur brisé. Et ce cœur brisé est précisément ce que Dieu cherche.
Ce que Dieu regarde dans le cœur
Cette parabole révèle la grille de lecture divine. Là où l'homme regarde les œuvres, Dieu regarde l'humilité du cœur. Dieu ne pèse pas, à proprement parler, le bilan moral comptable de chacun : il pèse l'intention et la disposition intérieure. Une vie apparemment vertueuse mais saturée d'orgueil peut, devant Dieu, ne peser rien. Une vie apparemment ratée mais traversée d'humilité réelle peut, devant lui, peser infiniment plus.
C'est ce que confirme Jésus à Luisa Piccarreta :
« Ma fille, qu'adviendra-t-il des âmes ayant fait tant d'actions, même bonnes, sans pureté d'intention, par habitude ou par égoïsme ? Quelle honte elles éprouveront au jour du jugement en voyant ces actions, bonnes en soi, mais tarées à cause de leurs intentions imparfaites. En fait, ce n'est pas la grandeur des actions qui m'importe mais l'intention avec laquelle elles sont faites. »[38]
Et plus brutalement encore :
« Les actes bons en eux-mêmes, et même grands, qui ne sont pas faits pour Moi seul, sont comme des ors rouillés, éclaboussés, qui ne brillent pas. Je ne leur accorde même pas un regard ! »[39]
Ce n'est pas une innovation mystique du XXᵉ siècle : c'est exactement la doctrine du Christ dans Matthieu 6, dénonçant déjà ceux qui « font sonner la trompette devant eux » lorsqu'ils donnent l'aumône, et qui « ont déjà reçu leur récompense » (Mt 6, 2-5).
Vaut-il mieux pécher humblement que vivre vertueusement avec orgueil ?
À ce point de la démonstration, une tradition patristique radicale émerge — qu'il faut citer avec précision pour ne pas la déformer, et comprendre dans son intention exacte.
Saint Optat de Milève : la phrase choquante
Saint Optat, évêque de Milève en Numidie au IVᵉ siècle, traite des donatistes — secte rigoriste qui prétendait être l'Église des purs. Il leur oppose une phrase qui résume toute la tradition spirituelle catholique sur la primauté de l'humilité :
« Mieux valent des péchés avec humilité que l'innocence avec l'orgueil. »[40]
La formule sonne presque hérétique aux oreilles modernes. Pourtant, elle traduit fidèlement la logique de la parabole du publicain et du pharisien : ce que Dieu sauve, c'est l'humilité du cœur — quand bien même ce cœur est entaché de péchés —, non l'apparente perfection morale habitée par l'orgueil.
Saint Augustin et le commentaire du publicain
Saint Augustin reformule, dans la lignée d'Optat :
« Dieu regarde plus volontiers de mauvaises actions accompagnées d'humilité que de bonnes œuvres infectées d'orgueil. »[41]
Le verbe « regarde plus volontiers » est précis : Dieu n'approuve pas le mal — il n'a pas changé d'avis sur le péché — mais il pose un regard de miséricorde sur le pécheur humble, là où il détourne le regard du juste orgueilleux.
La même doctrine en formule ramassée
Les recueils spirituels condensent ainsi l'enseignement des deux chars :
« Un char rempli de bonnes œuvres, conduit par l'orgueil, mène à l'enfer ; conduit par l'humilité, un char plein de péchés mène au paradis. »[42]
Saint Basile de Césarée — frère de Grégoire de Nysse et, avec lui, l'autre grand cappadocien — illustre le même enseignement par un exemple concret : celui de saint Pierre, dont nous parlerons plus loin.
Saint Jean Chrysostome : pourquoi le char humble dépasse
Saint Jean Chrysostome, dans sa cinquième homélie Sur l'incompréhensibilité de Dieu (contre les Anoméens), déploie la métaphore :
« Représente-toi par la pensée deux chars : attelle à l'un la vertu et l'orgueil, à l'autre le péché avec l'humilité, et tu verras le char traîné par le péché avec l'humilité, et tu verras le char traîné par le péché devancer celui de la vertu, non certes par sa force propre, mais par celle de l'humilité qui y est jointe ; de même que l'autre sera vaincu non à cause de la faiblesse de la vertu, mais à cause de la masse pesante de l'orgueil. En effet, de même que l'humilité, grâce à son immense force d'élévation, triomphe de la pesanteur du péché et monte au ciel la première, de même l'orgueil, à cause du grand poids de sa masse, parvient à l'emporter même sur la légèreté de la vertu et à l'entraîner facilement vers le bas. »[43]
Le mécanisme est limpide : l'humilité a une « force d'élévation » qui peut soulever même la masse du péché. L'orgueil, lui, a une telle « masse » qu'il peut entraîner vers le bas même la vertu authentique.
Saint Bernard de Clairvaux : le pécheur humble vs la vierge orgueilleuse
L'image se durcit encore chez saint Bernard de Clairvaux, docteur mellifluus du XIIᵉ siècle, dans son homélie Super Missus :
« Le pécheur qui a pris, pour marcher sur les pas de l'Agneau, les sentiers de l'humilité, a pris un chemin plus sûr que l'homme qui, dans sa virginité, suit les voies de l'orgueil ; car l'humilité de l'un le purifiera de ses souillures, tandis que l'orgueil de l'autre ne peut que souiller sa pureté. »[44]
La phrase est doctrinalement explosive : entre un pécheur humble et un vierge orgueilleux, Bernard parie sur le pécheur. Non parce que le péché serait bon — il ne l'est pas —, mais parce que l'humilité, même chez le pécheur, demeure la clef qui ouvre la grâce, tandis que l'orgueil, même chez le vierge, demeure la serrure fermée qui la rend inopérante.
Comprendre cette tradition sans la fausser
Il faut entendre cette tradition avec précision. Elle ne dit pas :
- qu'il est mieux de pécher que de pratiquer la vertu (cela serait une absurdité morale),
- que les bonnes œuvres ne servent à rien (cela contredirait Jacques 2, 14-26),
- que l'humilité dispense du combat contre le péché (cela contredirait toute la tradition ascétique).
Elle dit ceci : dans la balance divine, l'humilité pèse davantage que les œuvres, car elle est la disposition qui rend les œuvres surnaturellement valides. Les recueils spirituels modernes résument ainsi cette tradition : mieux vaudrait, dit-on, un échec supporté humblement qu'une victoire obtenue avec orgueil[45].
Et saint Jean de la Croix radicalise :
« Toutes les visions et révélations, tous les sentiments célestes, ne valent pas tant que le plus petit acte d'humilité. »[46]
Saint Alphonse de Liguori va dans le même sens :
« Oh ! Si nous parvenions à comprendre la valeur de l'humilité ! On gagne plus par un acte d'humilité que si l'on acquérait tous les trésors du monde. »[47]
L'enseignement convergent de ces saints, séparés par mille ans d'histoire, donne sa pleine portée à la parole du Christ : un cœur brisé et humilié, ô Dieu, tu ne le repousses pas.
La pédagogie divine : Dieu permet la chute pour guérir l'orgueil
Voici un point particulièrement délicat de la doctrine spirituelle catholique, qu'il faut formuler avec précaution mais sans timidité.
Pourquoi Dieu permet-il que ses fidèles tombent ?
L'humilité est si nécessaire au salut, et l'orgueil si subtil dans l'âme humaine, que Dieu permet parfois la chute pour guérir l'orgueil. Il ne provoque pas le péché — il ne tente personne au mal (Jc 1, 13) — mais il peut retirer momentanément certains soutiens de sa grâce sensible, afin que le fidèle découvre, par l'expérience, sa propre fragilité. Saint Isaac le Syrien, mystique syriaque du VIIᵉ siècle, décrit cette pédagogie avec une force rare :
« Crois-moi, mon frère, tu n'as pas encore compris la force de la tentation et la subtilité de ses artifices. Mais un jour, l'expérience t'apprendra, et tu te verras devant elle comme un enfant qui ne sait pas où donner de la tête. Tout ton savoir aura tourné en confusion, comme celui d'un petit enfant. Et ton esprit qui semblait si fermement établi en Dieu, ta connaissance si précise, ta pensée si équilibrée, seront immergés dans un océan de doutes. Une seule chose peut alors t'aider à les vaincre : l'humilité. Dès que tu la saisis, tout leur pouvoir s'évanouit. »[48]
L'expérience est universelle : il vient un jour, dans toute vie spirituelle sérieuse, où la suffisance théorique s'effondre. On découvre que ce qu'on croyait savoir, on ne le sait pas vraiment ; ce qu'on croyait posséder, on ne le possède pas. Cet effondrement, douloureux, est paradoxalement une grâce : il ouvre à la véritable humilité, celle qui ne tient plus de la concession verbale mais de l'expérience charnelle.
Saint Pierre : l'apôtre orgueilleux purifié par le reniement
Le cas paradigmatique, dans l'Évangile, est celui de saint Pierre. Pierre aimait sincèrement Jésus — la suite l'a prouvé jusqu'au martyre romain. Mais Pierre, avant la Passion, était orgueilleux. Il avait juré qu'il ne renierait jamais le Maître, même si tous les autres l'abandonnaient (Mc 14, 29). Jésus, qui voyait son cœur, lui avait répondu doucement : « Aujourd'hui même, cette nuit, avant que le coq chante deux fois, toi, tu me renieras trois fois. » (Mc 14, 30)
Saint Basile de Césarée analyse théologiquement cet épisode :
« Dieu le livra donc à sa lâcheté d'homme et il tomba dans le reniement, mais sa chute le rendit sage et le fit être sur ses gardes. Il apprit à épargner les faibles, ayant appris sa propre faiblesse, et il savait maintenant clairement que c'est par la force du Christ qu'il avait été gardé. […] C'est l'humilité qui souvent libère celui qui a fréquemment et lourdement péché. »[49]
L'orgueil de Pierre devait être brisé pour qu'il devienne le pasteur que le Christ voulait. La chute lui a appris ce que mille discours n'auraient pas suffi à lui enseigner : par lui-même, sans la grâce, il était capable de renier trois fois son Dieu. C'est précisément après cette chute, et non avant, que Jésus l'établit chef de l'Église (Jn 21, 15-17).
Saint Paul et l'écharde dans la chair
Saint Paul a connu une expérience analogue. Élevé jusqu'au troisième ciel dans une vision mystique (2 Co 12, 2-4), il aurait pu en tirer un orgueil immense. Pour l'empêcher, Dieu lui laisse une « écharde dans la chair » — une faiblesse persistante dont Paul ne précise pas la nature exacte, que la tradition spirituelle lit souvent comme une tentation ou une épreuve récurrente destinée à le garder humble :
« Pour m'empêcher de me surestimer, j'ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j'ai prié le Seigneur de l'écarter de moi. Mais il m'a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » C'est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. C'est pourquoi j'accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort. »[50] (2 Corinthiens 12, 7-10)
Trois enseignements émergent de ce passage :
- Paul a prié pour en être délivré — il ne l'a pas acceptée passivement.
- Dieu refuse de l'en délivrer, pour garder Paul dans l'humilité.
- Paul finit par s'en réjouir, parce qu'il comprend que sa faiblesse même rend la grâce visible.
C'est une grille de lecture précieuse pour qui combat une faiblesse persistante sans en venir à bout : peut-être cette épreuve demeure-t-elle, providentiellement, pour empêcher l'orgueil. La conclusion n'est pas la résignation au mal — Paul priait — mais la paix dans le combat, sachant que Dieu sait ce qu'il fait.
Le témoignage moderne de Jacques Fesch
Au XXᵉ siècle, le condamné à mort Jacques Fesch — Serviteur de Dieu dont la cause en béatification a été ouverte en 1993 par le cardinal Jean-Marie Lustiger[51] —, converti en prison entre 1954 et son exécution le 1er octobre 1957, a laissé un journal spirituel d'une lucidité rare. Il y raconte qu'après une période d'intense ferveur, Dieu retira légèrement sa grâce sensible :
« Et puis ce fut le lent écroulement de mes bonnes résolutions, l'effondrement de mon zèle, je finis par croupir dans un marais de mollesse, d'indifférence paresseuse, et de dégoût pour tout effort, tout en restant parfaitement convaincu des vérités de la foi. Autrement dit je savais où était le bien, mais ne le faisais pas, parce que j'étais las et faible et que les épreuves que je devais traverser me semblaient trop fortes pour ma résistance. »[52]
Pourtant, Fesch comprend dans cette épreuve qu'il ne peut rien par lui-même. Sa traversée du désert lui enseigne l'humilité plus profondément que toutes ses lectures spirituelles précédentes. Et il décrit l'orgueil, plus tard, avec une lucidité saisissante :
« L'orgueil ! Il faut se méfier de lui comme de la plus épouvantable des calamités. Lorsque tous les autres vices sont subjugués, lui seul demeure et s'infiltre, insaisissable, dans nos meilleures pensées. Il est tenace, subtil, s'enroule autour de notre âme comme le convolvulus autour de la plante. Il se développe dans la haine, et accompagne aussi la recherche de la perfection. Alors que les autres vices, aussi virulents soient-ils, demeurent bien délimités, et qu'ainsi il est facile de les attaquer de front, lui se glisse et trouble notre âme au point qu'elle ne sait plus quoi penser. Ne rien croire d'autre que sa propre misère. »[53]
Le diagnostic est implacable : on ne « attaque » pas l'orgueil de front comme on attaque la colère ou la luxure. Il faut une stratégie inverse — l'humilité — qui consiste précisément à ne plus rien croire d'autre que sa propre misère.
Les bienfaits inestimables de l'humilité
L'humilité attire les grâces célestes
Dans l'économie spirituelle catholique, l'humilité n'est pas seulement une vertu : c'est la condition d'accès à la grâce. Sans elle, la grâce ne trouve pas où se poser dans l'âme. C'est ce que Jésus explique à la mystique italienne Luisa Piccarreta (1865-1947), avec une précision quasi-juridique :
« Aucune grâce ne quitte mon Trône, si ce n'est à travers l'humilité. Aucune requête ne peut être reçue par Moi, si elle n'a pas la signature de l'humilité. Aucune prière n'est entendue par mes Oreilles ni n'émeut mon Cœur à la compassion, si elle n'est pas parfumée d'humilité. »[54]
Et plus directement encore :
« Pour que Je puisse déverser mes grâces dans ton cœur, il est nécessaire que tu te convainques que par toi-même, tu n'es capable de rien. »[55]
Jésus disait déjà à sainte Mechtilde de Hackeborn (1241-1299), moniale bénédictine de Helfta :
« J'ai toujours cherché pour accorder mes dons spirituels les plus humbles, les plus petits. »[56]
Jésus dit de même à Luisa :
« L'humilité attire les faveurs célestes. Dès que je trouve l'humilité dans une âme, j'y déverse en abondance toutes sortes de faveurs célestes. Plutôt que de te troubler, assure-toi que tu es remplie d'humilité et ne t'inquiète pas du reste. »[57]
« L'humilité est la clef du Paradis »
Dans la même veine :
« L'humilité est la clef du Paradis où personne ne peut entrer sans elle. L'humilité est le sourire de Dieu et de tout le Paradis et les pleurs de tout l'enfer. »[58]
L'image est forte. On peut être brillant, généreux, ascétique, vertueux : si l'on n'a pas l'humilité, la porte reste fermée. Inversement, on peut être tout pauvre, peu instruit, sans œuvres extraordinaires : si l'on a l'humilité, la porte est déjà ouverte. C'est la promesse même de la première béatitude évangélique : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. » (Mt 5, 3) — les pauvres en esprit étant, dans la tradition exégétique constante, les humbles.
Le sel qui assaisonne toutes les vertus
Luisa prolonge la métaphore :
« L'humilité est le sel qui assaisonne toutes les vertus et préserve l'âme de la corruption du péché. L'humilité est la petite herbe qui pousse près des chemins. Elle disparaît quand elle est piétinée. Mais elle repousse ensuite plus belle qu'avant. L'humilité est cette greffe domestique qui ennoblit la plante sauvage. Elle est la monnaie de la grâce. »[59]
Trois images successives :
- Le sel : sans lui, les vertus restent fades, sans saveur surnaturelle ;
- L'herbe piétinée : l'humble peut être écrasé, il repousse toujours ;
- La greffe domestique : l'humilité ennoblit même la nature sauvage du pécheur.
Paix intérieure et fin du jugement d'autrui
L'humilité n'est pas seulement attractive pour la grâce ; elle produit aussi des fruits immédiatement sensibles dans la vie de l'âme. Thomas a Kempis écrit :
« L'homme humble jouit d'une paix inaltérable, la colère et l'envie troublent le cœur du superbe. »[60]
Cette paix vient de ce que l'humble n'a plus rien à défendre : ni sa réputation (il sait sa misère), ni sa supériorité (il n'en revendique aucune), ni sa justice (il sait n'en avoir aucune par lui-même). L'orgueilleux, lui, est sans cesse menacé : un mot, un regard, une comparaison peuvent le déstabiliser. Adam de Perseigne, cistercien du XIIᵉ siècle, le décrit en peu de mots :
« Là donc où se trouve l'humilité, là aussi la paix, la crainte et le respect des commandements. L'humilité, ô homme, te montre ce que tu es, ce que tu as été, ce que tu dois devenir. Pourquoi t'enorgueillir, terre et cendre ? Pourquoi oublier ta propre condition ? »[61]
L'humilité, enfin, libère de la peur du regard d'autrui. Sainte Thérèse d'Avila l'écrit dans le Château intérieur :
« C'est ainsi qu'on commence à conquérir la liberté intérieure, et à ne plus se soucier de ce qu'on dit de nous, que ce soit en bien ou en mal. »[62]
Saint François d'Assise complète, dans ses Admonitions :
« Car tant vaut l'homme devant Dieu, tant vaut-il en réalité, sans plus. »[63]
La tradition oratorienne prête à saint Philippe Néri la même règle de vie : ne jamais s'excuser, alors même que l'accusation portée contre lui serait entièrement fausse[64].
L'humilité, condition de la connaissance de Dieu
L'humilité ouvre enfin à la connaissance la plus haute, celle de Dieu lui-même — de sa « Volonté », c'est-à-dire de son dessein d'amour et de la vie divine qu'il veut déposer en nous. Jésus l'explique à Luisa :
« L'humilité produit la connaissance de ma Volonté. »[65]
« Sa Volonté », ici, ne veut pas dire seulement ses commandements à observer : dans le langage du Livre du Ciel, c'est sa Volonté elle-même, reçue en nous pour y vivre et y agir — bien plus que la simple obéissance.
Il précise — « s'anéantir », ici, c'est cesser de compter sur soi-même ; « reconnaître son néant », c'est avouer que sans Dieu on ne peut rien :
« Plus tu t'anéantiras et apprendras à reconnaître ton néant, plus mon Humanité te communiquera ses vertus et t'inondera de sa Lumière. »[66]
La paradoxe est constant : plus on descend en humilité, plus on monte en connaissance de Dieu. Pourquoi ? Parce que la connaissance de Dieu n'est pas une conquête intellectuelle mais un don. Dieu se donne aux petits. Aux orgueilleux, il reste opaque — non par dépit, mais parce que l'orgueil bouche la porte de l'âme.
L'orgueil, péché capital entre tous
Le péché des anges et la chute d'Adam
À l'origine de tous les péchés humains, la tradition catholique discerne un seul vice premier : l'orgueil. Avant même la chute d'Adam, c'est par orgueil que les anges déchus se sont éloignés de Dieu. La tradition patristique, en s'appuyant sur Isaïe 14, 12-14 et Ézéchiel 28, 11-19, a toujours lu dans la révolte de Lucifer un acte d'orgueil pur : la créature voulant se hisser au rang du Créateur.
Saint Charles de Foucauld, dans sa retraite de huit jours à Éphraïm (14-21 mars 1898), fait dire au Christ :
« C'est par l'orgueil que les anges se sont perdus, par orgueil qu'Adam est tombé. […] Vous serez toujours tentés d'orgueil ; enfoncez-vous dans l'humilité ; là est le salut. »[67]
Saint Thomas d'Aquin enseigne dans la Somme théologique que l'orgueil est « la racine et la reine de tous les vices »[68]. Le Catéchisme de l'Église catholique reprend cette tradition en classant l'orgueil parmi les sept péchés capitaux, premier de tous (CEC § 1866). Capital ne signifie pas le plus grave en soi (l'apostasie ou le meurtre peuvent l'être davantage) mais celui qui engendre les autres — caput, la tête, la source.
« L'orgueil ronge la grâce »
Si l'humilité attire la grâce, l'orgueil la repousse — pire, il la détruit. Jésus le dit à Luisa Piccarreta :
« Ma fille, l'orgueil ronge la grâce. Dans le cœur des orgueilleux, il n'y a que le vide rempli de fumée, ce qui produit l'aveuglement. L'orgueil fait d'une personne sa propre idole. L'orgueilleux n'a pas son Dieu en lui-même. Par le péché, il Le détruit dans son cœur. En érigeant un autel dans son cœur, il se place au-dessus de Dieu et s'adore. »[69]
Trois mécanismes spirituels sont décrits :
- L'orgueil ronge la grâce — il l'use, il la fait fuir ;
- Il produit l'aveuglement — l'orgueilleux ne se voit plus tel qu'il est ;
- Il fait de l'âme une idole d'elle-même — l'orgueilleux finit par s'adorer.
Luisa elle-même ajoute :
« L'orgueil est la plus terrible ingratitude envers Dieu et le plus grand affront qu'on puisse Lui faire, il aveugle l'âme complètement, il l'amène à tomber dans une grande impiété, et il la conduit à sa ruine. »[70]
L'aveuglement spirituel
L'aveuglement est le danger central. L'orgueilleux ne sait pas qu'il est orgueilleux — c'est la définition même de l'orgueil. Selon une maxime attribuée au père John Chapman, moine bénédictin du XXᵉ siècle : croire qu'on est devenu humble serait déjà la preuve du contraire[71].
L'humble, en effet, se croit toujours plus orgueilleux qu'il ne l'est ; l'orgueilleux se croit toujours plus humble qu'il ne l'est. C'est l'inversion exacte du regard que l'âme porte sur elle-même. Sainte Catherine de Sienne en a fait un critère pratique : pour savoir si l'on progresse en humilité, il suffit de vérifier si l'on se sent encore orgueilleux. Si l'on a l'impression d'avancer, il faut se méfier.
Le caractère insaisissable de l'orgueil
L'orgueil, on l'a vu chez Jacques Fesch, a la particularité d'être le seul vice qui s'insinue partout — y compris dans la pratique des autres vertus. On peut être orgueilleux de son humilité, de son ascèse, de sa charité, de ses connaissances théologiques, de ses visions mystiques. Toute la tradition ascétique, depuis les Apophtegmes des Pères du désert jusqu'à saint Bernard de Clairvaux dans son traité Des degrés de l'humilité et de l'orgueil (1124), souligne cette spirale : plus l'âme avance, plus elle découvre en elle un fond d'amour-propre insoupçonné[72].
Cette spirale n'a pas de plancher : il n'y a pas de point où l'on serait définitivement à l'abri. Voilà pourquoi la tradition spirituelle recommande une vigilance permanente — non anxieuse, mais lucide — sur les mouvements subtils de l'amour-propre.
Plus dangereux que tous les autres vices
Thomas a Kempis, dans L'Imitation, formule un critère brut, presque clinique, du danger spirituel de l'orgueil :
« Plus l'homme se connaît lui-même, plus il s'humilie ; et il ne s'arrête pas à de vaines louanges de la part des hommes. »[73]
L'orgueilleux est donc, fondamentalement, quelqu'un qui ne se connaît pas — et qui, pour cette raison, est suspendu au regard d'autrui plutôt qu'à celui de Dieu. Sainte Faustine Kowalska, dans son Petit Journal (1934-1938), résume l'enjeu en une seule phrase :
« Par moi-même je ne puis qu'une chose : Vous offenser, Ô mon Dieu. Car la misère ne peut rien faire d'autre par elle-même que Vous offenser, ô Bonté infinie ! »[74]
Et c'est précisément cette conscience radicale — non maladive, non culpabilisante, mais vraie — qui constitue le cœur de l'humilité chrétienne.
Vivre l'humilité au quotidien
Reconnaître que tout vient de Dieu
La première application pratique de l'humilité consiste à renvoyer chaque don à son Donateur. Talents naturels, intelligence, beauté, santé, fortune, vertus, succès, vocation — tout est reçu. Saint Paul l'avait formulé en une question rhétorique implacable : « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? » (1 Co 4, 7) Si tout est reçu, aucune supériorité personnelle n'est tenable. L'humilité quotidienne consiste donc, à chaque petit succès — un travail réussi, une parole apte, un compliment reçu —, à intérieurement reconnaître : « merci, Seigneur, c'est de toi ».
Sainte Thérèse de Lisieux en avait fait la matière de sa « petite voie » : ne rien revendiquer, accepter chaque chose comme un don, monter à Dieu non par les œuvres mais par la pauvreté avouée.
Ne pas s'excuser quand on nous accuse
Saint François de Sales, dans le XXIIᵉ Entretien spirituel, propose une classification en cinq degrés d'humilité, qui constitue l'un des passages les plus pratiques de la spiritualité salésienne. Sans entrer ici dans le détail (objet d'un article dédié), il faut au moins en retenir le principe central : l'humilité parfaite ne se contente pas de connaître sa misère, elle l'accepte d'être reconnue par autrui — et même, au plus haut degré, elle s'en réjouit.
« Aimer le mépris et se réjouir quand on nous critique ; car, quelle apparence de tromper l'esprit d'autrui ? Ce n'est pas raisonnable. Puisque nous avouons que nous ne sommes rien, il faut être bien contents qu'on le croie, qu'on le dise et qu'on nous traite comme vils et misérables. »[75]
Anecdote rapportée par les biographes : un jour, on rapporta à saint François de Sales de nombreuses critiques de la part d'un de ses ennemis. Il répondit, et il pensait vraiment ce qu'il disait : « Ah, enfin quelqu'un qui me connaît vraiment ! »[76]
Sainte Jeanne de Chantal, son amie, complète :
« Un cœur vraiment humble, lorsqu'on l'humilie, se met encore plus bas. »[77]
Préférer la dernière place
Le précepte évangélique est explicite. Jésus le donne dans Luc 14, 8-11 : aux invités d'une noce qui choisissaient la première place, il enseigne de prendre d'abord la dernière, « afin que celui qui t'a invité te dise : « Mon ami, avance plus haut » (Lc 14, 10). Et il conclut par le principe qui traverse tout l'Évangile : « Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. » (Lc 14, 11 ; Lc 18, 14 ; Mt 23, 12)
Concrètement, cela peut se traduire par mille petites attitudes : laisser la parole, accepter un travail moins valorisant, ne pas chercher à briller dans une conversation, prendre la dernière part, écouter avant de parler, demander conseil au lieu de toujours conseiller.
Se méfier de soi-même, mettre sa confiance en Dieu
La conséquence pratique majeure de l'humilité est ce que la tradition spirituelle appelle la défiance de soi. Non pas un manque de confiance pathologique — qui serait un défaut psychologique — mais une juste estimation de ses propres forces, qui sait que sans Dieu rien n'est possible. La Bible le dit avec une netteté que la culture moderne ne supporte plus :
« Celui qui se fie à son propre cœur est un insensé. »[78] (Proverbes 28, 26)
Et inversement :
« De tout ton cœur, fais confiance au Seigneur, ne t'appuie pas sur ton intelligence. »[79] (Proverbes 3, 5)
« Mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes. »[80] (Psaume 117, 8)
L'humilité chrétienne n'est donc pas un manque de confiance — elle est un déplacement de confiance, de soi-même vers Dieu. Sainte Louise de Marillac résume :
« Pour obtenir la grâce de Dieu, humilions-nous bien fort, par une sainte défiance de nous-mêmes et une grande confiance en sa bonté. »[81]
L'humilité et la confiance : les deux abîmes inséparables
Pourquoi l'humilité seule ne suffit pas
Une humilité sans confiance est mortelle. Si l'on se sait pécheur, misérable, incapable du moindre bien, mais que l'on ne croit pas à la miséricorde infinie de Dieu, on tombe dans le désespoir — précisément le péché que Judas a commis après sa trahison. Voilà pourquoi la tradition spirituelle catholique tient ensemble, indissolublement, deux pôles que la spiritualité appelle, depuis sainte Catherine de Sienne et sainte Angèle de Foligno, le double abîme : l'abîme du néant de l'homme, et l'abîme de l'Amour de Dieu.
La vénérable Marthe Robin, mystique française du XXᵉ siècle (1902-1981), a formulé l'articulation en une phrase :
« L'humilité appelle la confiance. Plus l'humilité descend, plus la confiance monte, plus l'âme s'élève à l'amour. »[82]
Le mouvement est inverse en apparence — descendre en humilité tout en montant en confiance —, mais cohérent en réalité : plus on connaît sa misère, plus on a besoin de la miséricorde ; plus on connaît la miséricorde, plus on a la force de regarder sa misère sans s'effondrer.
Saint François de Sales : seul l'humble peut avoir vraie confiance
Saint François de Sales, dans une lettre célèbre à ses Visitandines, formule la même articulation :
« Vous me demandez, mes très chères filles, si une âme ayant le sentiment de sa misère peut aller à Dieu avec une grande confiance. Or, je réponds que non seulement l'âme qui a la connaissance de sa misère peut avoir une grande confiance en Dieu, mais qu'elle ne peut avoir une vraie confiance que si elle a la connaissance de sa misère. Car cette connaissance et confession de notre misère nous introduit devant Dieu.
Ainsi tous les grands saints, comme Job, David et les autres, commençaient toutes leurs prières par la confession de leur misère et de leur indignité ; de sorte que c'est une bonne chose de se reconnaître pauvre, vil et abject, et indigne de comparaître en la présence de Dieu.
Ce mot célèbre parmi les anciens : Connais-toi toi-même, encore qu'il s'entende de la connaissance de la grandeur et excellence de l'âme, pour ne la point avilir et profaner en des choses indignes de sa noblesse, il s'entend aussi de la connaissance de notre indignité, imperfection et misère, d'autant que, plus nous nous connaîtrons misérables, plus nous nous confierons en la bonté et miséricorde de Dieu ; car entre la miséricorde et la misère il y a une certaine liaison si grande que l'une ne se peut exercer sans l'autre.
Si Dieu n'avait point créé l'homme, il aurait été vraiment bon ; mais il n'aurait point été maintenant miséricordieux, car la miséricorde ne s'exerce qu'envers les misérables. »[83]
L'argument est théologiquement décisif : Dieu ne peut exercer sa miséricorde qu'envers les misérables. Si je refuse de me reconnaître misérable, je me prive moi-même de sa miséricorde — non parce que Dieu me la retire, mais parce qu'elle n'a pas de prise sur moi.
Sainte Faustine et le double regard
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), apôtre de la Divine Miséricorde, exprime la même articulation dans son Petit Journal :
« En prenant conscience de ma misère, je prends en même temps conscience de la profondeur infinie de Votre Miséricorde. Dans ma vie intérieure, je garde constamment sous les yeux l'abîme de misère et d'abjection que je suis, d'une part, et d'autre part l'abîme de Votre Miséricorde, ô mon Dieu. »[84]
Deux abîmes simultanés, qui se nourrissent mutuellement : c'est la respiration de toute vie spirituelle catholique authentique.
Angèle de Foligno : la perfection de la vie spirituelle
Sainte Angèle de Foligno (1248-1309), tertiaire franciscaine et l'une des plus grandes mystiques médiévales, exprime à sa manière le même secret :
« Voilà toute la perfection : se connaître ! connaître Dieu ! Nécessité suprême qui domine toute nécessité ! Être éternellement penchée sur le double abîme, voilà mon secret ! »[85]
Et plus largement :
« Connaître le tout de Dieu et le rien de l'homme, telle est la perfection. »[86]
Le mot « perfection » est ici décisif : Angèle ne décrit pas un préliminaire de la vie spirituelle, mais sa consommation. On ne dépasse jamais le double abîme — il est la vie spirituelle elle-même, depuis ses premiers pas jusqu'à son achèvement dans la vision béatifique.
C'est aussi ce qu'enseignait saint Bernard de Clairvaux dans son traité Des degrés de l'humilité et de l'orgueil, considéré comme l'un des sommets de la mystique cistercienne : « Remarque de quelle manière ces deux connaissances te sont nécessaires au salut : si l'une ou l'autre te manque, tu ne peux être sauvé. »[87]
Conclusion : l'humilité comme respiration de l'âme
Au terme de ce parcours, une évidence se dégage : l'humilité n'est pas une vertu parmi d'autres, qu'on pourrait pratiquer occasionnellement ou ajouter à une vie chrétienne par ailleurs déjà solide. Elle est la respiration même de l'âme devant Dieu — l'inspiration par laquelle on reconnaît n'être rien sans lui, l'expiration par laquelle on lui rend tout ce qu'il nous a donné.
Pratiquement, on retient :
- L'humilité est vérité sur soi (Thérèse d'Avila) : se voir tel qu'on est, ni au-dessus, ni en dessous ;
- Elle est la racine de toutes les autres vertus (Jean Chrysostome, François de Sales) ;
- Le Christ en est le modèle suprême par son anéantissement libre (Ph 2, 5-8) ;
- Dieu regarde plus volontiers un pécheur humble qu'un juste orgueilleux (Augustin, Bernard, Optat) ;
- Dieu permet parfois la chute pour briser l'orgueil (saint Pierre, saint Paul, Jacques Fesch) ;
- L'orgueil est le plus insaisissable des vices : il s'infiltre jusque dans la recherche de la perfection ;
- L'humilité attire la grâce ; sans elle, aucune prière n'est entendue ;
- Elle appelle la confiance : seule la connaissance de la misère ouvre à la miséricorde.
Saint Bernard concluait : « Tu ne peux être sauvé sans les deux connaissances. » C'est pourquoi la tradition catholique unanime — des Pères du désert à Thérèse de Lisieux — invite à ne jamais cesser de « s'enfoncer dans l'humilité », comme disait Charles de Foucauld. Non par dépréciation morbide, mais parce qu'au fond de cet abîme, on rencontre toujours plus profondément l'Amour de celui qui s'est lui-même abaissé jusqu'à la mort de la croix.
Pour aller plus loin
- Le double abîme : introduction — la doctrine catholique de la double connaissance de soi et de Dieu, racine de toute vie spirituelle.
- La connaissance du néant de l'homme, qui produit l'humilité — la première dimension de l'humilité : reconnaître son péché et sa misère devant Dieu.
- Luisa Piccarreta (1865-1947) — la mystique italienne dont les écrits éclairent la place de l'humilité dans la vie de la Divine Volonté.
Notes et références
Saint Charles de Foucauld, Retraite de huit jours à Éphraïm, 14-21 mars 1898 (couvent Sainte-Claire de Nazareth) ; ici d'après la trad. angl. Joseph Kenny OP, Shouting the Good News: Retreats in the Holy Land (Città Nuova, Rome, 1974), traduite du français.
1 67Jacques Fesch, Dans cinq heures je verrai Jésus, éd. du Jubilé, 1989, p. 116 (note du samedi 10 août 1957).
2 53Les statuts ecclésiaux des mystiques cités dans cet article diffèrent : Luisa Piccarreta est Servante de Dieu (cause de béatification ouverte en 1994 ; Nulla Osta du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, juin 2024, confirmé le 3 décembre 2024) ; les paroles rapportées de Maria Simma (âmes du purgatoire) et de Gabrielle Bossis (Lui et moi) relèvent de révélations privées sans reconnaissance ecclésiale formelle — elles sont citées ici comme témoignages spirituels, non comme doctrine.
3Parole attribuée à un Père du désert par la littérature spirituelle contemporaine (cf. Guy Gilbert, L'humilité, première des vertus, éd. Philippe Rey, 2014, p. 17) : relais moderne d'une tradition rapportée, sans lieu apophtegmatique établi. La même formule est reprise sous des variantes par plusieurs auteurs spirituels (saint Augustin, sermon 354 ; saint Bonaventure, De perfectione vitae ad sorores).
4Tradition rapportée notamment par saint Augustin, Lettre 118 à Dioscore, ch. 22 (PL 33, 442) : « Tu me demandes quelle est la voie pour accéder à la vérité divine. Je te répondrai : la première, c'est l'humilité ; la deuxième, c'est l'humilité ; la troisième, c'est l'humilité ; et toutes les fois que tu me poserais la même question, je te ferais la même réponse. »
5Saint Jean Chrysostome, cité dans Joseph Tissot, L'Art d'utiliser ses fautes, éd. Le Laurier, 2008, p. 53. Source patristique : Chrysostome, Homélies sur Matthieu, XV, 2-3 (PG 57, 230-231).
6Saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Matthieu, XV, 2 (PG 57, 231).
7Saint François de Sales, Œuvres complètes, t. IX, p. 428 (éd. d'Annecy, Sermons).
8Sainte Jeanne de Chantal, citée dans Joseph Tissot, L'Art d'utiliser ses fautes, éd. Le Laurier, 2008, p. 61.
9Enseignement résumé (paraphrase, non citation mot à mot) : saint Grégoire le Grand, Homélies sur les évangiles, homélie 7, prononcée le 17 décembre 590 (PL 76, 1100-1105 ; trad. R. Étaix, SC 485, Cerf, 2005).
10Saint Vincent de Paul, Saint Vincent de Paul par ses écrits, Médiaspaul, 2003, p. 88.
11Thomas a Kempis (l'auteur de l'Imitation n'a jamais été béatifié : aucune étape de sa cause, à peine ébauchée au XVIIᵉ siècle, n'a abouti), L'Imitation de Jésus-Christ, Livre I, ch. IV, 2.
12Maria Simma, Premier cahier — Le Péché et la Confession, éd. Rassemblement à Son Image, 2014, p. 4. Parole rapportée par Maria Simma comme reçue du Seigneur, dans le cadre d'une révélation privée que l'Église n'a pas reconnue ; témoignage spirituel, non doctrine.
13Sainte Catherine de Sienne, Le Livre des Dialogues, Traité de la Discrétion, chapitre IX, 4. Le Père Éternel s'adresse à Catherine.
14La formule est de sainte Thérèse d'Avila, Le Château intérieur, VIᵉ demeure, ch. X, § 7 : « andar en verdad » — marcher dans la vérité, c'est l'humilité même (Œuvres complètes, trad. Pierre Sérouet, Cerf, 1995, p. 1018). L'attribution à saint Jean-Paul II et à son audience générale du 6 septembre 1989 est retirée : cette audience (Castel Gandolfo) est une catéchèse sur la Pentecôte et le Baptême, sans un mot sur l'humilité ni sur Thérèse d'Avila (texte italien sur vatican.va). Voir aussi, sur l'humilité comme remède à l'envie, Catéchisme de l'Église catholique, § 2540.
15Sainte Catherine de Sienne, Le Livre des Dialogues, ch. I (paroles du Père Éternel).
16Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 3, 12 janvier 1900 (dictée sur la Face couverte de crachats : « ce qui est appelé humilité chez l'homme devrait être appelé connaissance de soi »).
17Parole rapportée par les biographes anciens de saint Philippe Néri (1515-1595), notamment P. G. Bacci, Vita di S. Filippo Neri, Rome, 1622, ch. XVII de la trad. anglaise (prière quotidienne : « Lord, beware of me to-day, lest I should betray You, and do You all the mischief in the world » ; texte vérifié, formule française de l'article légèrement amplifiée, sens conservé) ; cf. Louis Bouyer, Saint Philippe Néri, Cerf, 1958.
18Saint François de Sales, Œuvres, IX, 428. La citation paulinienne « Qu'avons-nous de bon que nous n'ayons reçu ? » renvoie à 1 Corinthiens 4, 7.
19Saint Benoît de Nursie, Règle, chapitre IV, Quels sont les instruments des bonnes œuvres. La Règle bénédictine (vers 540) consacre par ailleurs le chapitre VII tout entier aux douze degrés d'humilité.
20Saint Vincent de Paul, Conférences aux Filles de la Charité, conférence sur l'humilité (Coste IX).
21Gabrielle Bossis, Lui et moi, vol. I, n° 159, p. 110 de l'édition originale (texte vérifié sur l'éd. Rassemblement à Son Image, Œuvre complète, 2021 : entrée n° 159).
22Saint Claude la Colombière, Retraite spirituelle (dans Œuvres, t. VII, Avignon, Seguin aîné, 1832) : « Un homme humble ne voit que ses défauts, et c'est une marque de peu de vertu de remarquer les imperfections d'autrui » (texte vérifié sur l'édition numérisée ; l'ancienne formulation féminisée était une paraphrase).
23Traduction liturgique officielle (AELF). Texte grec : « τῇ ταπεινοφροσύνῃ ἀλλήλους ἡγούμενοι ὑπερέχοντας ἑαυτῶν ».
24Paraphrase de l'enseignement thérésien sur l'humilité (cf. Chemin de la perfection, ch. 12-13, sur le détachement de tout point d'honneur) : la formule française précédemment citée entre guillemets n'a pas été retrouvée à la lettre dans les Œuvres (trad. Arnauld d'Andilly, XVIIᵉ siècle) ; en revanche ses biographes attestent qu'en visite dans ses monastères elle « se soumettait à la prieure et à la sous-prieure, et s'essayait toujours à la dernière place ».
25Thomas de Celano, Vita Prima (1228-1229), Iʳᵉ partie, passage sur l'humilité de François — l'épisode du frère chargé de le rabrouer en face : « lui seul se tenait pour le plus vil des hommes » (traduit ici de l'anglais : « he alone counted himself the vilest of men » ; texte vérifié). L'ancienne référence « ch. XII, n. 26 » est retirée, non vérifiée.
26Traduction liturgique (AELF). Texte grec : « πραΰς εἰμι καὶ ταπεινὸς τῇ καρδίᾳ ».
27Saint Charles de Foucauld, Retraite de huit jours à Éphraïm, 14-21 mars 1898 (couvent Sainte-Claire de Nazareth) ; ici d'après la trad. angl. Joseph Kenny OP, Shouting the Good News: Retreats in the Holy Land (Città Nuova, Rome, 1974), traduite du français.
28Traduction liturgique (AELF). Texte grec sur la kénose : « ἑαυτὸν ἐκένωσεν » (v. 7).
29Saint Pacôme, Conseils à un moine rancunier, éd. Saint-Léger, 2017, p. 32.
30Tacite, Annales, XV, 44 : « Auctor nominis eius Christus Tiberio imperitante per procuratorem Pontium Pilatum supplicio adfectus erat ; repressaque in praesens exitiabilis superstitio rursum erumpebat… » — « L'auteur de ce nom, le Christ, avait, sous le règne de Tibère, subi le supplice sous le procurateur Ponce Pilate ; réprimée sur le moment, la détestable superstition éclatait de nouveau… » (traduction de l'article d'après le latin).
31Réflexion théologique propre à l'article (opinion, non citation d'un auteur) sur les trois abaissements du Christ (Incarnation, Croix, Eucharistie) ; sur l'humilité du Christ, cf. saint Alphonse de Liguori, Pratique de l'amour envers Jésus-Christ (1768), ch. VIII.
32Numérotation de la Vulgate. Selon le texte massorétique : Psaume 51, 19. Traduction liturgique (AELF).
33Saint Charles de Foucauld, Retraite de huit jours à Éphraïm, 14-21 mars 1898 (couvent Sainte-Claire de Nazareth) ; ici d'après la trad. angl. Joseph Kenny OP, Shouting the Good News: Retreats in the Holy Land (Città Nuova, Rome, 1974), traduite du français.
34Traduction liturgique officielle (AELF).
35Saint Augustin, Sermons, sermon 115 sur le publicain et le pharisien (PL 38, 655-657).
36Traduction liturgique officielle (AELF). Texte grec : « οἱ τελῶναι καὶ αἱ πόρναι προάγουσιν ὑμᾶς εἰς τὴν βασιλείαν τοῦ Θεοῦ ».
37Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 2, 7 mai 1899 (dictée « La pureté d'intention »).
38Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 3, 6 novembre 1899 (dictée « Tout ce qui est fait dans le but d'uniquement Me plaire »).
39Saint Optat de Milève, De schismate Donatistarum (Traité contre les donatistes, v. 364-367), livre II, § XX — commentaire de la parabole du pharisien et du publicain (Lc 18, 9-14). Latin : « meliora inventa sunt peccata cum humilitate quam innocentia cum superbia » (éd. C. Ziwsa, CSEL 26, 1893, p. 57 ; cf. PL 11) ; trad. angl. O. R. Vassall-Phillips, Against the Donatists, Londres, 1917, p. 105 (« More tolerable is it to find sins where there is humility, than innocence where there is pride ») ; trad. fr. M. Labrousse, SC 412 (tome I : livres I-II), Cerf. Formule citée en français dans Joseph Tissot, L'Art d'utiliser ses fautes, éd. Le Laurier, 2008, p. 59.
40Saint Augustin, Homélie sur le publicain et le pharisien, Sermon 115 (PL 38, 655-657).
41Formule condensée transmise par Joseph Tissot, L'Art d'utiliser ses fautes, éd. Le Laurier, 2008, p. 59 (page vérifiée en session : chap. « Utiliser ses fautes pour s'humilier », § 34) — qui la rattache à saint Grégoire de Nysse sans lieu précis : aucun lieu nyséen retrouvé, attribution retirée. Seul est conservé comme source patristique saint Jean Chrysostome (voir note suivante), qui déploie lui-même la métaphore et la rappelle dans son Homélie sur l'humilité.
42Saint Jean Chrysostome, Sur l'incompréhensibilité de Dieu (contre les Anoméens), homélie V (PG 48) : « attelle par la pensée deux chars » (Ἅρματα δύο ποίησον τῷ λόγῳ) — à l'un la vertu avec l'orgueil (le pharisien), à l'autre le péché avec l'humilité (le publicain). L'auteur y renvoie lui-même dans son Homélie sur l'humilité (« quand naguère, à propos du pharisien et du publicain, nous avons attelé par hypothèse deux chars... », cf. NPNF, 1ʳᵉ série, t. IX). Trad. fr. : Homélies sur l'incompréhensibilité de Dieu, Albin Michel, « Spiritualités vivantes », 1993.
43Saint Bernard de Clairvaux, Homélie I, Super Missus est (PL 183, 55-88). Une des quatre homélies bernardines sur l'annonciation, composées entre 1115 et 1124.
44Formule transmise par la littérature spirituelle contemporaine ; aucun lieu apophtegmatique établi retrouvé (la référence Vitae Patrum, XV, 74, précédemment avancée, n'a pu être vérifiée en session) : présentée ici comme relais moderne, non comme parole patristique.
45Saint Jean de la Croix, Avis et maximes spirituelles, n° 99 (éd. Œuvres complètes, Cerf).
46Saint Alphonse Marie de Liguori, Pratique de l'amour envers Jésus-Christ (1768), ch. VIII, ou La Vraie épouse de Jésus-Christ, ch. III sur l'humilité.
47Saint Isaac le Syrien, Discours ascétiques, Discours 57 (éd. française Cerf / Spiritualité orientale).
48Saint Basile de Césarée, Homélies, XX, 4 Sur l'humilité (PG 31, 525-540).
49Traduction liturgique officielle (AELF).
50Enquête diocésaine ouverte le 21 septembre 1987 par le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris ; cause en béatification formellement ouverte en 1993 (cf. Catholic News Agency, 4 décembre 2009). Jacques Fesch est Serviteur de Dieu, non béatifié.
51Jacques Fesch, Dans cinq heures je verrai Jésus, éd. du Jubilé, 1989, p. 97 (lettre du 22 août 1957).
52Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 3, 12 janvier 1900.
54Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 1, entrée 8 (édition Résiac, 176 p. ; récit rétrospectif non daté — le tome 1, rédigé sur ordre, reprend sans date plus de seize années de vie intérieure).
55Jésus à sainte Mechtilde de Hackeborn (1241-1299), moniale bénédictine de Helfta — Livre de la grâce spéciale (Liber specialis gratiae), qui consigne les paroles du Seigneur à la sainte ; parole citée dans Auguste Saudreau, Les Divines Paroles. Recueil de paroles de Notre-Seigneur à diverses saintes, éd. Saint-Jean, 2007, p. 26. La désignation « sainte Mechtilde de Magdebourg » est intenable : la béguine de Magdebourg (v. 1207 – v. 1282), auteur de La Lumière fluente de la divinité, n'a jamais été canonisée.
56Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 2, 19 mai 1899.
57Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 3, 12 janvier 1900 (Jésus à Luisa).
58Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 3, 12 janvier 1900.
59Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, Livre I, ch. VII, 3.
60Adam de Perseigne, Lettres, lettre 15, 157-158 (Sources chrétiennes 66, Cerf, p. 239).
61Sainte Thérèse d'Avila, Le Château intérieur, sixième demeure, ch. 1.
62Saint François d'Assise, Admonitions, XX, 2 (éd. franciscaine ; la numérotation varie selon les éditions) : « Car tant vaut l'homme devant Dieu, tant vaut-il en réalité, sans plus » (texte vérifié).
63Maxime transmise par la tradition oratorienne ; lieu exact non retrouvé (ni dans Bacci, Vita di S. Filippo Neri, ni dans Tissot) : présentée ici comme paraphrase, non comme citation textuelle.
64Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 3, 16 avril 1900.
65Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 2, 7 août 1899.
66Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 162, art. 7 et 8 (l'orgueil comme racine et reine de tous les vices). Voir aussi q. 84 sur les péchés capitaux.
68Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 3, 19 novembre 1899.
69Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, éditions Résiac, 2015, Tome 1, p. 21 (entrée 9, « Jésus amène Luisa à la conscience de son néant » : réflexion de Luisa elle-même, récit rétrospectif non daté).
70Maxime attribuée à Dom John Chapman (Spiritual Letters, Sheed and Ward, Londres, 1935, éd. R. Hudleston) par la littérature spirituelle ; lettre exacte non retrouvée (texte intégral inaccessible en session) : présentée ici comme paraphrase, non comme citation textuelle.
71Saint Bernard de Clairvaux, Des degrés de l'humilité et de l'orgueil (De gradibus humilitatis et superbiae), vers 1124 (PL 182, 941-972 ; trad. fr. : Sources Chrétiennes n° 526, Cerf, 2010). Bernard y déploie en miroir douze degrés ascendants d'humilité (en écho à la Règle bénédictine, ch. VII) et douze degrés descendants d'orgueil, montrant que l'orgueil se déguise jusque dans la pratique des vertus.
72Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, Livre I, ch. II, 1 (De humili sui ipsius sensu). Citation classique reprise dans toutes les éditions françaises (cf. trad. Lamennais, éd. Cerf, 2009 ; trad. Combes, éd. DDB).
73Sainte Faustine Kowalska, Petit Journal, paragraphe 667.
74Saint François de Sales, Entretiens spirituels, XXIIᵉ entretien De l'humilité.
75Anecdote rapportée par Charles-Auguste de Sales, Histoire du bien-heureux François de Sales, Lyon, 1634.
76Sainte Jeanne de Chantal, Réponses sur la Règle, les Constitutions et le Coutumier, conférences aux Visitandines.
77Traduction liturgique officielle (AELF).
78Traduction liturgique officielle (AELF).
79Numérotation de la Vulgate (Ps 118, 8 dans la numérotation hébraïque massorétique). Traduction liturgique (AELF).
80Sainte Louise de Marillac, Pensées, éd. Saint Paul, 1983.
81Vénérable Marthe Robin, Journal, cité dans Bernard Peyrous, Vie de Marthe Robin, éd. de l'Emmanuel, 2006.
82Saint François de Sales, lettre aux Visitandines, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XX.
83Sainte Faustine Kowalska, Petit Journal, paragraphe 56.
84Sainte Angèle de Foligno, Le Livre des visions et instructions, ch. 64 (trad. Hello, Tralin, 1914 ; éd. critique : Sources Chrétiennes, Cerf).
85Sainte Angèle de Foligno, Le Livre, instructions, fragment fréquemment cité (cf. Hello, ch. 65).
86Saint Bernard de Clairvaux, Sermons sur le Cantique des Cantiques, sermon 37 (PL 183, 970-972). Voir aussi son traité Des degrés de l'humilité et de l'orgueil (1124), considéré comme l'un des sommets de la mystique cistercienne.
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