Sainte Louise de Marillac (1591-1660)

Sainte Louise de Marillac, « Mademoiselle Le Gras », veuve française du Grand Siècle et co-fondatrice avec saint Vincent de Paul de la Compagnie des Filles de la Charité. Née illégitime en 1591, éduquée à Poissy, mariée en 1613, mère du fragile Michel, traversée par la dépression et le doute, elle reçut à la Pentecôte 1623 la « Lumière » qui orienta sa vie. Veuve en 1625, elle devint sous la direction de Vincent de Paul la grande organisatrice de la charité : visites des Confréries, fondation des Filles de la Charité le 29 novembre 1633, œuvres des enfants trouvés, des hôpitaux, des galériens, des vieillards et des écoles. Religieuses sans clôture faisant de la rue leur cloître, ses sœurs essaimèrent dans le monde. Morte en 1660, béatifiée en 1920, canonisée en 1934, elle fut proclamée patronne des œuvres sociales par Jean XXIII en 1960.

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Louise de Marillac (1591-1660), que tout Paris connut sous le nom de « Mademoiselle Le Gras », est une veuve française du Grand Siècle, co-fondatrice avec saint Vincent de Paul de la Compagnie des Filles de la Charité. Femme de la haute robe parlementaire devenue servante des plus pauvres, elle a inventé, avec Vincent, une forme de vie religieuse inédite : des femmes consacrées sans clôture, sans grille et sans voile, qui font de la rue leur cloître et du malade leur seigneur.[1][2]

Sa vie résume tout le renouveau spirituel du XVIIᵉ siècle français — le « siècle des saints » de François de Sales, de Jeanne de Chantal, de Bérulle et de l'École française. Mais là où d'autres réformèrent l'Église par la mystique ou la prédication, Louise la servit par l'organisation patiente de la charité : foyers d'enfants trouvés, hôpitaux, écoles de filles pauvres, secours aux galériens et aux régions ravagées par la guerre. Sa Compagnie, née en 1633 dans sa propre maison, deviendra l'une des plus grandes familles religieuses féminines de l'histoire.[3][4]

Rien, pourtant, ne semblait préparer à cette fécondité une femme née illégitime, fragile, longtemps tourmentée par la dépression et le scrupule, convaincue d'avoir trahi une promesse faite à Dieu. C'est d'une nuit intérieure que sortit sa lumière : la grâce reçue à la Pentecôte de 1623 orienta toute sa vie vers une certitude — servir le prochain, c'est continuer l'œuvre rédemptrice du Christ.[5][6]

Une enfance cachée dans une grande famille (1591-1613)

Une naissance illégitime et un père puissant

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Louise naît le 12 août 1591, probablement à Paris — certaines notices anciennes avancent le domaine familial de Ferrières-en-Brie, mais le consensus moderne retient Paris.[7][8] Elle est la fille naturelle de Louis Ier de Marillac, seigneur de Ferrières, membre de l'une des plus grandes familles de la robe et de l'épée du royaume. Sa mère est inconnue : aucun acte ne donne son nom, et l'enfant naît hors mariage.[9] L'ancienne Catholic Encyclopedia avançait le nom de « Marguerite Le Camus », mais cette filiation maternelle n'est pas établie par les sources fiables.[10][11]

Église du prieuré Saint-Louis de Poissy, élévation de Jules Hardouin-Mansart, 1695. Wikimedia Commons, domaine public.

Cette naissance la marque pour la vie. Reconnue par son père, élevée dans la dignité de son rang, elle restera pourtant une enfant sans mère, à la marge d'une famille illustre. Le clan Marillac comptera bientôt parmi les plus puissants de France : son oncle Michel de Marillac sera garde des Sceaux, et un autre oncle, le maréchal Louis de Marillac, sera exécuté le 10 mai 1632, conséquence de la disgrâce du parti dévot après la Journée des Dupes (10-11 novembre 1630) face à Richelieu.[12][13] Louise traversera ces drames familiaux en témoin discret.

Poissy et la formation intellectuelle

Très jeune, Louise est confiée au monastère royal dominicain de Poissy, où une tante religieuse veille sur elle.[14][15] Elle y reçoit une éducation rare pour une fille de son temps : lettres, philosophie, latin, peinture. Toute sa vie, elle gardera ce goût de l'étude et cette pénétration d'esprit qui feront d'elle une administratrice hors pair et une correspondante infatigable — on conserve d'elle des centaines de lettres.[16]

Après Poissy, elle est placée dans une modeste pension parisienne, sans doute pour des raisons financières, où elle apprend les travaux domestiques. Cette double formation — intellectuelle et manuelle — sera providentielle : elle saura aussi bien tenir des comptes et rédiger des règlements que soigner une plaie ou cuisiner pour des malades.[17]

Le rêve capucin brisé

Adolescente, Louise se sent appelée à la vie religieuse la plus austère. Vers 1611-1612, elle demande à entrer chez les Capucines du faubourg Saint-Honoré — les « Filles de la Passion ». Le provincial, le Père Honoré de Champigny, refuse, invoquant sa santé fragile, et lui adresse une parole restée célèbre :

« Dieu a d'autres desseins sur vous. » — Honoré de Champigny, provincial des Capucins, à Louise de Marillac[18]

Ce refus la blesse profondément. Persuadée d'avoir manqué sa vocation, elle en gardera longtemps le scrupule d'une promesse trahie. Cette plaie intérieure expliquera, dix ans plus tard, la violence de sa crise spirituelle.[19][20]

Mademoiselle Le Gras : épouse, mère, veuve (1613-1625)

Le mariage avec Antoine Le Gras

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Après la mort de son père, sa famille décide de son établissement. Le 5 février 1613, à l'église Saint-Gervais de Paris, Louise épouse Antoine Le Gras, secrétaire de la reine Marie de Médicis.[21][22] Le mariage est honorable mais sans noblesse : Antoine est un officier de la maison de la reine, non un gentilhomme. C'est pourquoi Louise ne porte pas le titre de « Madame » mais celui, propre aux femmes d'officiers, de « Mademoiselle Le Gras » — appellation qu'elle gardera toute sa vie et sous laquelle la connut tout Paris.[23][24]

Michel, le fils fragile

De cette union naît, en octobre 1613, un fils unique, Michel Le Gras.[25][26] L'enfant est de constitution fragile et de caractère instable ; il sera toute sa vie pour Louise une inquiétude permanente — hésitant sur sa vocation, indécis, lent à se fixer. Elle l'entourera d'une tendresse anxieuse, le placera en pension à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, priera et écrira sans relâche pour lui. Michel finira par se marier et fonder une famille ; sa mère mourra apaisée à son sujet. Cette maternité éprouvée est l'une des clés de la sainteté de Louise : elle a connu, dans sa chair, l'angoisse des mères pauvres dont elle recueillera plus tard les enfants abandonnés.[27][28]

La nuit de l'âme

À partir de 1622, la santé d'Antoine décline. Louise, déjà fragile, s'enfonce dans une dépression profonde mêlée d'angoisse religieuse. Deux doutes la torturent : doit-elle quitter son mari malade pour réparer son vœu manqué d'entrer en religion ? Et — tentation plus grave — la foi elle-même chancelle : elle doute de l'immortalité de l'âme et de la présence de Dieu.[29][30] Cette traversée du néant, qu'elle décrira plus tard, fait d'elle une sainte intimement proche de tous ceux que la détresse intérieure accable.

La Lumière de Pentecôte (4 juin 1623)

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Le dénouement vient le jour de la Pentecôte, le 4 juin 1623, à l'église Saint-Nicolas-des-Champs.[31] Pendant la messe, une illumination intérieure dissipe d'un coup ses trois doutes. Elle comprend qu'elle doit demeurer auprès de son mari, qu'un temps viendra où elle pourra faire des vœux dans une petite communauté tout entière vouée au service du prochain, et que Dieu lui donnera un nouveau directeur. Elle nota la grâce sur un feuillet qu'elle relut toute sa vie, et au dos duquel elle écrivit simplement : « Lumière ».[32]

« Le jour de la Pentecôte, entendant la sainte messe […], mon esprit fut tout à coup affranchi de son doute, et je fus avertie que je devais demeurer avec mon mari, et qu'un temps viendrait où je serais en état de faire les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, et que je serais en une petite communauté où d'autres feraient de même […]. Je fus assurée que je devais demeurer en repos touchant mon directeur, et que Dieu m'en donnerait un, lequel il me semble qu'il me fit voir […]. Mon troisième doute me fut ôté par l'assurance que je sentis en mon esprit, que c'était Dieu qui m'enseignait ces choses. » — Louise de Marillac, manuscrit dit Lumière[33]

Cette page minuscule est l'un des textes fondateurs de la spiritualité vincentienne. Dix ans à l'avance, elle dessine en creux ce que seront les Filles de la Charité : non des moniales cloîtrées, mais des consacrées « avec des allées et venues », libres de courir au secours des pauvres.[34][35]

Le veuvage (1625)

Antoine Le Gras meurt le 21 décembre 1625, emporté par la maladie.[36][37] Louise, veuve à trente-quatre ans, fait alors vœu de ne pas se remarier et de se donner tout entière à Dieu. Libre désormais, elle peut suivre la « Lumière » : il lui faut seulement le directeur que Dieu lui a promis. Or elle l'a déjà rencontré.

La rencontre de Vincent de Paul

Des directeurs successifs : Camus, François de Sales, Vincent

Avant Vincent, Louise fut guidée par des maîtres de premier ordre. Son premier directeur fut Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, ami et disciple de François de Sales.[38][39] Elle approcha aussi, dans les dernières années de la vie de François de Sales lui-même, dont la spiritualité de la douceur et de la sainteté possible « au milieu du monde » la marqua durablement.[40] Mais Camus, se sachant trop occupé, l'orienta vers un prêtre encore peu connu : Monsieur Vincent.

Vincent de Paul, Simon François de Tours, XVIIe siècle. Wikimedia Commons, domaine public. L’inscription ancienne porte 1576 ; l’article de référence retient 1581.

La rencontre, vers 1624-1625, ne fut pas un coup de foudre spirituel. Vincent se déroba longtemps, jugeant cette dame nerveuse et scrupuleuse trop exigeante.[41] Mais peu à peu, sous sa direction ferme et patiente, Louise passa d'une piété tournée vers elle-même — ses fautes, ses scrupules, sa perfection — à une charité tournée vers les pauvres. Vincent découvrit sous l'écorce anxieuse une âme d'une richesse rare ; Louise trouva en lui le « directeur que Dieu lui avait montré ». Leur collaboration de trente-cinq ans est l'une des plus fécondes de l'histoire de la sainteté.[42][43]

1629 : la mission des visites

Depuis 1617, Vincent avait fondé dans les paroisses des Confréries de la Charité : des groupes de Dames — souvent nobles ou bourgeoises — qui visitaient et nourrissaient les malades pauvres. Mais ces œuvres, dispersées, manquaient de coordination et d'un cœur. Le 6 mai 1629, Vincent confia à Louise la mission de visiter ces Confréries, de les réorganiser, de les animer et de lui en rendre compte.[44][45]

Louise parcourut alors les villages d'Île-de-France, de Picardie, de Champagne. Elle vit de près la misère des campagnes, les malades abandonnés, les enfants livrés à eux-mêmes. Et elle fit un constat décisif : les Dames de la Charité, retenues par leurs devoirs de famille et de rang, ne pouvaient pas tout faire. Il fallait des femmes entièrement libres, pauvres elles-mêmes, qui consacreraient leur vie au service. La fondation des Filles de la Charité était en germe.[46][47]

La fondation des Filles de la Charité (1633)

Marguerite Naseau, la première

Avant même la fondation officielle, une jeune vachère illettrée de Suresnes incarna l'idéal nouveau. Marguerite Naseau avait appris seule à lire pour enseigner le catéchisme aux enfants pauvres, puis était venue se mettre au service des malades de Paris. Vincent de Paul la donnera toujours en exemple comme « la première Fille de la Charité ».[48][49] Elle mourut en février 1633, après avoir partagé son lit avec une malade de la peste et contracté le mal — premier sang versé de la Compagnie qui allait naître.

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« Elle fut la première qui eut le bonheur de montrer le chemin aux autres […], donnant sa vie pour la charité. » — propos rapportés de saint Vincent de Paul sur Marguerite Naseau[50]

29 novembre 1633 : la naissance de la Compagnie

Le 29 novembre 1633, Louise réunit dans sa propre maison, près de Saint-Nicolas-des-Champs, un petit groupe de filles de la campagne venues servir les pauvres. Elle entreprit de les former : à la prière, au soin des malades, à la vie commune, à l'humilité.[51][52] Cette date est tenue pour l'acte de naissance des Filles de la Charité. Louise en sera la première supérieure et la formatrice, jusqu'à sa mort.[53]

L'œuvre grandit avec une rapidité saisissante. En une vingtaine d'années, la Compagnie essaime dans une trentaine de villes françaises et jusqu'en Pologne.[54][55] Les sœurs prennent en charge les hôpitaux, les écoles, les enfants trouvés, les vieillards, les blessés de guerre. Louise voyage, écrit, organise, soutient, corrige — sans relâche, malgré une santé toujours fragile.

Une nouveauté canonique : des religieuses sans clôture

La grande audace de Louise et de Vincent fut canonique autant que spirituelle. Depuis des siècles, l'Église imposait aux religieuses la clôture : une moniale vit derrière une grille. Or les pauvres sont dans la rue, dans les masures, dans les hôpitaux. Pour les servir, il fallait des consacrées libres de circuler. Vincent forgea pour elles une règle de vie devenue célèbre :

« Vous aurez pour monastère les maisons des malades […] ; pour cellule, une chambre de louage ; pour chapelle, l'église paroissiale ; pour cloître, les rues de la ville ; pour clôture, l'obéissance ; pour grille, la crainte de Dieu ; pour voile, la sainte modestie. » — Saint Vincent de Paul, aux Filles de la Charité[56]

Pour éviter la requalification en ordre cloîtré, Vincent et Louise tinrent à ce que les Filles de la Charité restent juridiquement une confrérie de laïques, et non un ordre religieux solennel : leurs vœux seraient simples et annuels, renouvelés chaque année. Cette fiction prudente protégea pendant des siècles la liberté apostolique des sœurs.[57][58]

Les vœux et l'approbation (1642-1655)

Les premières sœurs prononcèrent leurs vœux progressivement : la tradition vincentienne situe les premiers vœux de Louise et de quatre compagnes au 25 mars 1642.[59][60] La Compagnie fut ensuite approuvée par l'archevêque de Paris, Jean-François-Paul de Gondi, cardinal de Retz, qui érigea canoniquement la Confrérie ; l'approbation définitive, plaçant la Compagnie sous la dépendance du supérieur de la Mission (les Lazaristes) plutôt que de l'archevêque, fut obtenue le 18 janvier 1655.[61][62] Louise, qui craignait par-dessus tout de voir son œuvre absorbée dans une institution cléricale ordinaire, obtint ainsi que les Filles de la Charité restent fidèles à leur charisme : servir les pauvres, partout, sans clôture.

  1. 12 août 1591
    Naissance à Paris

    Fille naturelle de Louis Ier de Marillac ; mère inconnue ; éduquée au monastère royal de Poissy.

  2. vers 1611-1612
    Refus chez les Capucines

    Le provincial Honoré de Champigny l'écarte : « Dieu a d'autres desseins sur vous. »

  3. 5 février 1613
    Mariage avec Antoine Le Gras

    Elle devient « Mademoiselle Le Gras » ; naissance de son fils Michel en octobre.

  4. 4 juin 1623
    La Lumière de Pentecôte

    Illumination décisive à Saint-Nicolas-des-Champs : ses doutes sur la foi et sa vocation sont levés.

  5. 21 décembre 1625
    Mort d'Antoine, veuvage

    Louise fait vœu de viduité ; elle suit désormais la direction de Vincent de Paul.

  6. 6 mai 1629
    Première mission de visites

    Vincent l'envoie réorganiser et animer les Confréries de la Charité dans les paroisses.

  7. 29 novembre 1633
    Fondation des Filles de la Charité

    Elle rassemble chez elle les premières filles de la campagne et les forme au service des pauvres.

  8. 25 mars 1642
    Premiers vœux

    Louise et quatre compagnes prononcent les vœux ; la Compagnie se structure.

  9. 18 janvier 1655
    Approbation de la Compagnie

    Approbation par l'archevêque de Paris ; rattachement à la Congrégation de la Mission.

  10. 15 mars 1660
    Mort à Paris

    Elle meurt six mois avant Vincent de Paul (27 septembre 1660).

L'œuvre immense de la charité organisée

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Sous l'impulsion de Louise, les Filles de la Charité investirent en quelques années tous les fronts de la misère du Grand Siècle. Là est son génie propre : non l'invention de la charité, mais son organisation méthodique, durable, professionnelle.

Les enfants trouvés

L'œuvre la plus bouleversante fut celle des enfants trouvés. Paris abandonnait chaque année des centaines de nouveau-nés ; la plupart mouraient. À partir de 1638, les Dames puis les Filles de la Charité les recueillirent. Louise organisa nourrices, layettes, maisons d'accueil. Quand, faute d'argent, les Dames voulurent abandonner l'œuvre, Vincent leur lança son célèbre appel — « leur vie et leur mort sont entre vos mains » — et l'œuvre fut sauvée. Louise en porta la charge quotidienne pendant plus de vingt ans.[63][64]

Hôtel-Dieu, malades et vieillards

Les sœurs servirent à l'Hôtel-Dieu de Paris, immense hôpital où s'entassaient les malades, apportant aux soins corporels une douceur et une compétence nouvelles. Louise rédigea des règlements de soin d'une précision remarquable, ancêtres des manuels d'infirmerie. Elle fonda aussi des maisons pour les vieillards et les invalides, dont l'hospice du Nom-de-Jésus à Paris, et envoya des sœurs au service des aliénés et des galériens.[65][66]

Galériens et victimes de guerre

Avec les Lazaristes, les Filles de la Charité secoururent les forçats des galères, croupissant dans des conditions inhumaines, et organisèrent d'immenses secours de guerre lors des dévastations de la Lorraine, de la Picardie et de la Champagne pendant la guerre de Trente Ans et la Fronde : distributions de vivres, de semences, de vêtements, recueil d'orphelins. Louise coordonna cette logistique de la pitié à l'échelle de provinces entières.[67]

Les écoles et l'éducation des filles pauvres

Fidèle à l'exemple de Marguerite Naseau, Louise fit de l'instruction des filles pauvres une mission de la Compagnie. Les sœurs ouvrirent des petites écoles où l'on apprenait à lire, à écrire et le catéchisme, donnant à des fillettes de condition humble un accès au savoir alors réservé. Cet apostolat éducatif essaimera dans le monde entier.[68][69]

ŒuvrePublic serviApport propre de Louise
Enfants trouvésNouveau-nés abandonnés de ParisNourrices, maisons d'accueil, organisation durable
Hôtel-Dieu et hôpitauxMalades pauvresRèglements de soin, formation des sœurs
Hospice du Nom-de-JésusVieillards et invalidesFondation et direction
GalèresForçats des galèresSecours organisé avec les Lazaristes
Secours de guerreLorraine, Picardie, ChampagneLogistique de l'aide, recueil d'orphelins
Petites écolesFilles pauvresInstruction gratuite, catéchisme

La spiritualité de Louise de Marillac

Aller à Dieu par la Croix

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La spiritualité de Louise est née de la souffrance et reste marquée par la Croix. Elle vit dans l'épreuve non un châtiment, mais le chemin même vers Dieu, à la suite du Christ crucifié.

« Dieu m'a fait connaître que sa sainte volonté était que j'allasse à Lui par la Croix. » — Louise de Marillac[70]

Cette acceptation de la souffrance n'a rien de morbide : elle est l'envers d'une confiance totale en la Providence et d'un abandon à la volonté de Dieu, qu'elle pratiquait dès son réveil par un acte d'adoration et de remise de sa volonté.[71]

Le Christ servi dans le pauvre

Le cœur de sa doctrine rejoint celui de Vincent : le pauvre est le Christ même. Servir un malade, c'est servir Jésus ; soigner un corps misérable, c'est continuer l'œuvre rédemptrice. Louise unissait inséparablement les deux amours — Dieu et le prochain — et voyait dans le service des pauvres une participation à la Rédemption.[72]

« Au nom de Dieu, mes chères sœurs, ayez grand soin du service des pauvres, et surtout vivez ensemble dans une grande union et cordialité, vous aimant les unes les autres pour imiter l'union de Notre-Seigneur. » — Louise de Marillac, recommandations finales[73]

Eucharistie, Trinité et Vierge Marie

La vie spirituelle de Louise est eucharistique et trinitaire : elle voyait dans l'Eucharistie la source vive de la charité, et nourrissait une dévotion ardente au mystère de la Trinité et à l'Incarnation.[74] Mariale aussi, elle confia sa Compagnie à la Vierge ; deux siècles plus tard, c'est dans la chapelle des Filles de la Charité de la rue du Bac que la Vierge apparaîtra à sainte Catherine Labouré pour la Médaille miraculeuse (1830) — prolongement inattendu du charisme de Louise.[75]

Mort, canonisation et héritage

La mort (15 mars 1660)

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Usée par le travail et la maladie, Louise meurt à Paris le 15 mars 1660, à soixante-huit ans, entourée de son fils Michel, de sa belle-fille, de sa petite-fille et de nombreuses Filles de la Charité.[76][77] Vincent de Paul, lui-même mourant, ne put se rendre à son chevet ; il lui fit dire qu'il espérait la rejoindre bientôt. De fait, il la suivit dans la mort six mois plus tard, le 27 septembre 1660. Les deux fondateurs entraient ensemble dans l'éternité, après trente-cinq ans d'une collaboration sans pareille.[78][79]

Béatification et canonisation

La vénération populaire fut durable. Louise fut béatifiée le 9 mai 1920 par le pape Benoît XV, puis canonisée le 11 mars 1934 par le pape Pie XI.[80][81] Ses reliques sont vénérées dans la chapelle de la rue du Bac, à Paris, non loin de celles de sainte Catherine Labouré.

ÉtapeDatePape
Naissance12 août 1591—
Mariage5 février 1613—
Lumière de Pentecôte4 juin 1623—
Fondation des Filles de la Charité29 novembre 1633—
Mort15 mars 1660—
Béatification9 mai 1920Benoît XV
Canonisation11 mars 1934Pie XI
Patronne des œuvres sociales10 février 1960Jean XXIII

Patronne des œuvres sociales

Le 10 février 1960, le pape Jean XXIII proclama sainte Louise de Marillac patronne de tous ceux qui se consacrent aux œuvres sociales chrétiennes — travailleurs sociaux, assistantes sociales, infirmières.[82] Consécration officielle d'une intuition née trois siècles plus tôt : la charité chrétienne devait s'organiser en un service professionnel, durable et respectueux de la dignité des pauvres.

Aujourd'hui, la Compagnie des Filles de la Charité demeure l'une des plus grandes familles religieuses féminines du monde, présente sur tous les continents. Ainsi, la petite fille illégitime de 1591, longtemps brisée par le scrupule et la dépression, est devenue pour l'Église universelle le visage de la femme servante des pauvres — la première « bonne sœur », celle qui fit de la rue son cloître et du malade son seigneur.

L'esprit de sainte Louise tient en une conviction, qu'on peut résumer ainsi : c'est l'amour de Jésus crucifié qui fait la vie d'une vraie Fille de la Charité.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia (FR), « Louise de Marillac » : fr.wikipedia.org. Notice biographique de référence : naissance le 12 août 1591 (lieu débattu, Paris retenu) ; fille naturelle de Louis Ier de Marillac, mère inconnue ; éducation au monastère royal dominicain de Poissy ; refus chez les Capucines vers 1611-1612 ; mariage le 5 février 1613 à Saint-Gervais avec Antoine Le Gras, secrétaire de Marie de Médicis, d'où le titre « Mademoiselle Le Gras » ; fils Michel né en octobre 1613 ; Lumière de Pentecôte le 4 juin 1623 ; veuvage le 21 décembre 1625 ; visites des Confréries à partir du 6 mai 1629 ; fondation des Filles de la Charité le 29 novembre 1633 ; premiers vœux le 25 mars 1642 ; mort le 15 mars 1660 ; béatification 1920, canonisation 1934.

    1 7 9 12 15 21 23 26 36 38 51 54 59 77 81
  2. Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1910), « Ven. Louise de Marillac Le Gras », texte sur newadvent.org : newadvent.org. Notice ancienne : naissance à Paris le 12 août 1591, mort le 15 mars 1660 ; fille de Louis de Marillac, seigneur de Ferrières ; éducation chez une tante religieuse à Poissy ; désir d'entrer chez les Capucines (« Filles de la Passion ») écarté par son directeur ; mariage avec Antoine Le Gras, secrétaire de Marie de Médicis ; collaboration avec Vincent de Paul et extension de la Confrérie de la Charité ; fondation des Sœurs de la Charité ; mort quelques mois avant saint Vincent ; canonisation en 1934 par Pie XI. NB : cette édition de 1910 donne la mère comme « Marguerite Le Camus » — filiation maternelle non retenue par l'érudition actuelle (cf. note ci-dessous).

    2 10 14 22 25 37 55 58 61
  3. Nous Sommes Vincentiens (famille vincentienne), « Louise de Marillac, fondatrice » : vincentians.com. Source vincentienne de référence : refus capucin (« Dieu a d'autres desseins sur vous », Honoré de Champigny, provincial des Capucins) ; Lumière de Pentecôte du 4 juin 1623 ; direction de Vincent de Paul à partir de 1625 ; mission de visites des Confréries confiée le 6 mai 1629 ; Marguerite Naseau (arrivée en 1630, morte de la peste en février 1633) ; fondation des Filles de la Charité le 29 novembre 1633 ; rôle de supérieure et formatrice ; œuvres (enfants trouvés, hôpitaux, écoles, galériens, vieillards) ; règle de vie commençant par l'adoration et l'abandon de la volonté à Dieu.

    3 16 18 27 35 39 42 44 46 48 53 57 60 62 63 65 67 68 71 79
  4. Église catholique en France, « Sainte Louise de Marillac (1591-1660) », figures de sainteté : eglise.catholique.fr. Présentation de référence : naissance illégitime à Paris le 12 août 1591, rejet familial, éducation à Poissy ; mariage de 1613 ; veuvage du 21 décembre 1625 ; crise spirituelle et tournant de la Pentecôte 1623 ; direction de Vincent de Paul, passage d'une spiritualité centrée sur soi à la rencontre du Christ dans le pauvre ; service vu comme « une suite de l'œuvre rédemptrice du Christ » ; spiritualité eucharistique ; citation « Dieu m'a fait connaître que sa sainte volonté était que j'allasse à Lui par la Croix » ; mort le 15 mars 1660 entourée de sa famille et des Filles de la Charité ; fête le 15 mars.

    4 17 20 28 41 43 47 66 69 70 72 74
  5. Louise de Marillac, manuscrit dit Lumière (cote A.2), récit autographe de la grâce reçue à la Pentecôte du 4 juin 1623 à l'église Saint-Nicolas-des-Champs. Texte établi dans Sainte Louise de Marillac. Écrits spirituels (éd. Sœur Élisabeth Charpy), et en anglais dans Spiritual Writings of Louise de Marillac: Correspondence and Thoughts, éd. Louise Sullivan, New City Press, 1991. Contenu confirmé par la fiche de formation AIC, « Sainte Louise et la Lumière de Pentecôte » (2023), et par le Daughters of Charity Provincial Archives, « Louise de Marillac's Pentecost Experience, June 4, 1623 » : docarchivesblog.org. Les trois doutes levés : demeurer auprès de son mari et faire un jour des vœux en petite communauté ; un nouveau directeur donné par Dieu ; certitude de foi. La citation française est une transcription du manuscrit.

    5 30 31 32 33 34
  6. État de la Cité du Vatican, « 15 mars : Louise de Marillac », rubrique Saint du jour : vaticanstate.va. Confirme : naissance à Paris le 12 août 1591, enfant illégitime reconnue par son père Louis de Marillac ; éducation à Poissy puis dans une pension ; mariage en 1613, veuvage en 1625 ; crise spirituelle à partir de la maladie d'Antoine en 1622, illumination de la Pentecôte 1623 dans son église paroissiale ; collaboration avec Vincent de Paul à partir de 1629 ; fondation de la Compagnie des Filles de la Charité le 29 novembre 1633 ; mort le 15 mars 1660 ; canonisée par Pie XI en 1934 ; proclamée par Jean XXIII le 10 février 1960 patronne de tous ceux qui se consacrent aux œuvres sociales chrétiennes ; fête le 15 mars.

    6 8 19 29 45 52 76 78 80 82
  7. Divergence sur la filiation maternelle. La Catholic Encyclopedia de 1910 nomme la mère « Marguerite Le Camus » ; l'érudition vincentienne et historique actuelle considère que Louise est née hors mariage et que le nom de sa mère est inconnu (aucun acte ne le donne). On retient ici la position moderne, en signalant honnêtement la tradition ancienne.

    11
  8. Wikipedia (EN), « Louise de Marillac » : en.wikipedia.org. Complète la notice française : contexte de la famille Marillac (Michel de Marillac garde des Sceaux ; le maréchal Louis de Marillac exécuté en 1632), influence de François de Sales, œuvre des enfants trouvés et appel de Vincent de Paul aux Dames de la Charité.

    13 40 64
  9. Sur le titre « Mademoiselle Le Gras » : sous l'Ancien Régime, l'appellation « Madame » était réservée aux femmes de la noblesse ; les épouses d'officiers bourgeois, comme Antoine Le Gras (secrétaire de la reine, non gentilhomme), étaient dites « Mademoiselle ». Louise fut donc connue comme « Mademoiselle Le Gras » toute sa vie ; la forme « Madame Le Gras » qu'on lit parfois est un anachronisme.

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  10. Marguerite Naseau (vers 1594-1633), vachère de Suresnes, autodidacte, première à se mettre au service des pauvres sous la direction de Vincent de Paul, tenue par lui pour « la première Fille de la Charité ». Elle mourut de la peste en février 1633 après avoir partagé son lit avec une malade contagieuse. Source : famille vincentienne, « Louise de Marillac, fondatrice » : vincentians.com. Cf. Pierre Coste (éd.), Saint Vincent de Paul. Correspondance, Entretiens, Documents, Conférences aux Filles de la Charité.

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  11. Saint Vincent de Paul, règle de vie donnée aux Filles de la Charité : « Vous aurez pour monastère les maisons des malades… pour cellule, une chambre de louage ; pour chapelle, l'église paroissiale ; pour cloître, les rues de la ville ; pour clôture, l'obéissance ; pour grille, la crainte de Dieu ; pour voile, la sainte modestie. » Formule fondatrice de la vie religieuse apostolique « hors clôture ». Édition de référence : Pierre Coste (éd.), Saint Vincent de Paul. Correspondance, Entretiens, Documents (Conférences aux Filles de la Charité, t. IX et X). Texte largement diffusé par les sources vincentiennes.

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  12. Louise de Marillac, dernières recommandations aux Filles de la Charité (mars 1660), telles que rapportées par les sources vincentiennes : exhortation à prendre grand soin du service des pauvres et à vivre dans une grande union et cordialité, en s'aimant les unes les autres « pour imiter l'union de Notre-Seigneur ». Transcription rapportée par la tradition vincentienne et l'Église catholique en France.

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  13. Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac, Paris : maison-mère des Filles de la Charité où sont conservées les reliques de sainte Louise de Marillac et de sainte Catherine Labouré, et lieu des apparitions de la Vierge en 1830. Source : chapellenotredamedelamedaillemiraculeuse.com. Lien fourni à titre de contexte ; le détail des apparitions relève d'un autre dossier.

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