François de Sales (1567-1622) est un évêque savoyard, maître spirituel et docteur de l'Église, l'une des plus lumineuses figures de la Réforme catholique. Évêque de Genève contraint de résider à Annecy — car sa ville épiscopale était passée au calvinisme —, il fut tour à tour le missionnaire du Chablais, le directeur d'âmes le plus recherché de son temps et l'auteur de deux livres qui ont façonné la spiritualité catholique moderne : l'Introduction à la vie dévote et le Traité de l'amour de Dieu.[1][2]
Sa grande intuition, révolutionnaire à son époque, tient en une phrase : la sainteté n'est pas réservée aux moines. François de Sales a ouvert la voie de la perfection à tous — au soldat, à l'artisan, à la femme mariée, au prince — en montrant qu'on peut vivre pleinement de Dieu au cœur du monde. Cette « démocratisation de la sainteté » fait de lui l'applicateur exemplaire de la réforme voulue par le concile de Trente, et un précurseur direct de l'appel universel à la sainteté que Vatican II proclamera quatre siècles plus tard.[3][4]
Surnommé le « docteur de l'amour de Dieu » et le saint de la douceur, il a converti les peuples non par la contrainte mais par la patience et la charité. Sa devise, « rien par force, tout par amour », résume une méthode pastorale entière. Mort à Lyon le 28 décembre 1622, béatifié en 1661 et canonisé en 1665, il fut proclamé docteur de l'Église en 1877 par Pie IX, puis patron des journalistes et des écrivains en 1923 par Pie XI.[5][6]
Le contexte : la Savoie catholique face à Genève calviniste
Une frontière religieuse au cœur de l'Europe
François de Sales naît dans un monde coupé en deux par la Réforme protestante. Depuis 1535, Genève — qui était jusque-là le siège de l'évêché dont il portera le titre — est devenue la « Rome du calvinisme », la cité de Jean Calvin et de son successeur Théodore de Bèze. Les évêques de Genève, chassés, se sont réfugiés à Annecy, en Savoie restée catholique.[7][8] Tout le pays de François de Sales vit ainsi sur une ligne de faille : d'un côté le duché de Savoie, fidèle à Rome ; de l'autre, la République genevoise, puissant foyer de la diffusion réformée en pays francophone.
C'est cette situation qui explique le paradoxe de toute sa vie : François de Sales sera évêque d'une ville où il ne pourra jamais résider, et son ministère sera de bout en bout marqué par la rencontre — pacifique mais ferme — avec le protestantisme.
La maison de Sales
Les Sales appartiennent à l'ancienne noblesse savoyarde. François naît le 21 août 1567 au château de Sales, près de Thorens, fils aîné de François de Sales, seigneur de Boisy, et de Françoise de Sionnaz, une mère pieuse qui marqua profondément son éducation.[9][10] Son père le destine d'abord à une brillante carrière de magistrat, selon l'usage des grandes familles : le droit, les honneurs, un mariage avantageux. Toute la jeunesse de François sera traversée par la tension entre le projet paternel — réussir dans le siècle — et l'appel intérieur qui le porte vers Dieu.
Les années de formation (1567-1593)
L'enfant de Thorens et le collège d'Annecy
François reçoit une première instruction au collège chappuisien d'Annecy, où il manifeste très tôt une piété sérieuse et le désir de se consacrer à Dieu.[11] Dès l'enfance, deux traits le distinguent : une intelligence remarquable et une douceur de caractère qui ne le quittera jamais — au point qu'il devra lutter, toute sa vie, contre un tempérament naturellement colérique qu'il parviendra à dominer jusqu'à devenir le modèle même de la mansuétude.
Clermont, Paris et la tentation du désespoir
À onze ans, François est envoyé à Paris, au prestigieux collège de Clermont tenu par les jésuites, où il étudie les lettres, la philosophie et la théologie de 1578 à 1588.[12][13] C'est là que se produit l'épreuve fondatrice de sa vie spirituelle. Vers 1586-1587, le jeune homme traverse une terrible crise intérieure : tourmenté par les débats sur la prédestination, il se persuade qu'il est damné, condamné d'avance à être séparé de Dieu pour l'éternité. Pendant plusieurs semaines, il s'enfonce dans une détresse physique et morale qui le ronge.[14][15]
La délivrance vient par un acte d'abandon pur. Entré dans l'église Saint-Étienne-des-Grès, devant une statue de la Vierge, il récite le Memorare et fait à Dieu une offrande héroïque : même s'il devait être privé pour toujours de la vision béatifique, il l'aimerait au moins durant cette vie. À l'instant où il accepte d'aimer Dieu gratuitement, sans condition, la paix lui est rendue. Cette expérience — aimer Dieu pour lui-même et non pour la récompense — deviendra la clé de voûte de toute sa doctrine spirituelle.
Padoue : le doctorat in utroque jure
En 1588, son père l'envoie parfaire sa formation à la célèbre université de Padoue, en Italie. François y étudie le droit civil et canonique tout en suivant en secret des cours de théologie, sous la direction d'un jésuite, le Père Antonio Possevino.[16][17] En 1591, il y obtient le doctorat in utroque jure — dans l'un et l'autre droit — couronnant des études brillantes. Aux yeux du monde, le jeune Savoyard a désormais tout pour réussir : la naissance, les titres, le savoir.
Le refus de la magistrature et la vocation sacerdotale
De retour en Savoie, François se trouve devant le grand choix de sa vie. Son père lui a obtenu une charge de sénateur au Sénat de Savoie et lui prépare un mariage. Mais le jeune homme a déjà tranché dans son cœur : il veut être prêtre. Après une longue résistance paternelle, levée notamment grâce à l'intervention de l'évêque de Genève Claude de Granier — qui lui offre la prévôté du chapitre de Genève, première dignité du diocèse —, le père cède.[18][19]
François est ordonné prêtre le 18 décembre 1593 à Annecy. Il a vingt-six ans. Renonçant aux honneurs du siècle, il choisit délibérément le service le plus humble et le plus risqué qui soit : la reconquête spirituelle des terres perdues à la foi catholique.
La mission du Chablais (1594-1598)
Une province passée au calvinisme
Le Chablais, région située au sud du lac Léman, avait été occupé par les Bernois et massivement converti au calvinisme. Rendu au duc catholique Charles-Emmanuel Ier de Savoie, il fallait désormais le ramener à la foi. La tâche passait pour impossible : sur des dizaines de milliers d'habitants, on ne comptait plus qu'une poignée de catholiques, et les premiers missionnaires avaient échoué. En septembre 1594, François de Sales se porte volontaire, accompagné de son cousin Louis de Sales.[20][21]
Les débuts sont d'une rudesse extrême. Les portes se ferment, les prêches se tiennent devant des bancs vides, le missionnaire est menacé, on tente de l'assassiner ; il échappe de peu aux loups et au froid, dort dans des granges, traverse des rivières gelées. Mais il persévère.
La méthode de la douceur et les « placards »
Voyant que la chaire ne suffit pas, François invente une arme nouvelle. Il rédige de courts feuillets d'explication de la foi — des tracts, qu'on appellera plus tard ses Controverses — et les fait glisser sous les portes, placarder, recopier et distribuer.[22][23] Cette prédication par l'écrit, à une époque où l'imprimé devient une force, est l'une des raisons pour lesquelles l'Église en fera, trois siècles plus tard, le patron des journalistes.
Mais sa vraie méthode est plus profonde : il refuse la contrainte et mise tout sur la patience, l'amitié, la charité concrète, l'argumentation paisible. Là où d'autres voulaient imposer, il propose et aime. C'est de cette époque que date sa devise pastorale :
« Rien par force, tout par amour. » — devise spirituelle de saint François de Sales[24]
Les Controverses et le retour d'un peuple
Patiemment, les conversions commencent, puis se multiplient. François dispute publiquement avec les pasteurs, visite les familles, instruit les enfants, soigne les pauvres. Selon la tradition, il aurait même rencontré à Genève le vieux Théodore de Bèze, héritier de Calvin, dans des entretiens empreints de respect mutuel.[25] À la fin de la mission, vers 1598, le Chablais est massivement revenu au catholicisme — un succès retentissant attribué non aux armes, mais à la sainteté et à la douceur d'un seul homme. Ses opuscules de controverse, réunis plus tard, constituent un monument d'apologétique sereine, où la fermeté doctrinale ne se sépare jamais de la charité.[26]
L'évêque de Genève à Annecy (1602-1622)
Le voyage à Paris et le sacre (1602)
Pressenti comme coadjuteur de l'évêque de Genève, François est envoyé en 1602 en mission à Paris, à la cour d'Henri IV, où sa parole et sa sainteté font une vive impression ; le roi, dit-on, voulut le retenir en France.[27] À la mort de Claude de Granier, François est sacré évêque de Genève le 8 décembre 1602, en la fête de l'Immaculée Conception. Il a trente-cinq ans et gouvernera, depuis Annecy, un diocèse difficile, étendu et pauvre, jusqu'à sa mort.
Un pasteur réformateur tridentin
Évêque, François applique avec zèle la réforme voulue par le concile de Trente, au même titre que ses grands contemporains saint Charles Borromée à Milan ou saint Philippe Néri à Rome. Il visite inlassablement ses paroisses, même les plus reculées dans la montagne ; il catéchise lui-même les enfants ; il réforme le clergé, fonde des écoles, prêche sans relâche.[28][29] Sa science théologique, sa douceur et son accessibilité font de lui un évêque adoré de son peuple.
Le directeur d'âmes le plus recherché de son temps
C'est surtout comme directeur spirituel que François de Sales acquiert une influence immense, qui dépasse de loin les frontières de son diocèse. De Paris, de toute la France, on lui écrit ; les « paquets » de lettres affluent à Annecy, et l'évêque y répond avec une tendresse et une finesse psychologique sans égales. Sa correspondance — plusieurs milliers de lettres — est, de l'avis de ses biographes, « l'histoire de sa vie la plus complète qui existe ».[30]
Ce génie de la direction repose sur une conviction : il faut adapter la voie de chacun à son état, à ses forces, à son tempérament. Jamais de méthode rigide, jamais de contrainte. Il guérit les âmes scrupuleuses, encourage les tièdes, modère les ardents — toujours par la douceur.
Jeanne de Chantal et l'Ordre de la Visitation
La rencontre de Dijon (1604)
Au carême de 1604, prêchant à Dijon, François rencontre une jeune veuve, mère de famille, profondément éprouvée et avide de sainteté : Jeanne-Françoise Frémyot, baronne de Chantal — la future sainte Jeanne de Chantal.[31][32] De cette rencontre naît l'une des plus belles amitiés spirituelles de l'histoire de l'Église. François devient son directeur ; ensemble, ils mûrissent pendant des années un projet de vie religieuse entièrement nouveau.
Une nouvelle forme de vie religieuse
Le projet de François est audacieux. Les ordres de femmes de son temps imposaient une clôture rigoureuse et de grandes austérités corporelles, fermées aux veuves, aux femmes de santé fragile ou de constitution délicate. François veut une congrégation où la perfection reposerait non sur les macérations extérieures mais sur l'humilité, la douceur et l'amour de Dieu — une « congrégation » accessible à des âmes que les ordres anciens rejetaient.[33] Les sœurs devaient même, à l'origine, visiter et soigner les malades à domicile, d'où le nom de Visitation, en mémoire de la visite de Marie à sainte Élisabeth.
La Visitation Sainte-Marie (1610)
L'Ordre de la Visitation Sainte-Marie est fondé à Annecy le 6 juin 1610, avec Jeanne de Chantal et ses premières compagnes.[34][35] Devant la résistance de l'époque à l'idée de religieuses non cloîtrées, l'institut sera transformé en ordre contemplatif à clôture, mais il gardera l'empreinte salésienne : douceur, vie cachée, amour. La Visitation connaîtra une diffusion rapide ; c'est en son sein que, plus tard, sainte Marguerite-Marie Alacoque recevra les révélations du Sacré-Cœur. François donnera à ses filles un trésor de direction spirituelle, les Entretiens et de nombreuses lettres. À la mort du fondateur en 1622, l'ordre comptait déjà treize maisons ; il y en avait quatre-vingt-six à la mort de Jeanne de Chantal à Moulins en 1641, et cent soixante-quatre à sa canonisation.[36] Béatifiée en 1751 puis canonisée en 1767, Jeanne repose auprès de François dans l'église de la Visitation à Annecy.[37]
Le maître spirituel : la sainteté offerte à tous
L'Introduction à la vie dévote (1609)
En 1609 paraît le livre qui rendra François de Sales universellement célèbre : l'Introduction à la vie dévote, adressée à une lectrice fictive nommée Philothée (« celle qui aime Dieu »).[38][39] Tiré de lettres de direction écrites à une cousine, ce petit traité fut aussitôt un immense succès, traduit dans toute l'Europe — un des premiers « best-sellers » spirituels de l'âge moderne. Son génie : enseigner la sainteté non à des moines, mais à des gens du monde, dans un langage clair, imagé, plein de bon sens et de tendresse.
François y donne d'abord une définition lumineuse de la vraie dévotion, qui n'est pas affaire de pratiques extérieures mais d'amour :
« La dévotion est le vrai sucre spirituel, qui ôte l'amertume aux mortifications [...] elle sert de feu en hiver et de rosée en été. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, I, 2[40]
« Une erreur, ains une hérésie » : la sainteté pour tous les états de vie
Le cœur révolutionnaire du livre est l'affirmation que la dévotion convient à toutes les conditions. Contre l'idée, répandue à son époque, que seuls les religieux pouvaient viser la perfection, François proclame que Dieu appelle chacun à la sainteté, là où il est :
« C'est une erreur, ains une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, I, 3[41]
Il file alors une image célèbre : l'abeille tire son miel des fleurs sans les abîmer ; de même la vraie dévotion ne gâte aucun état de vie, elle l'orne et l'embellit — le mariage en devient plus doux, le travail plus paisible, le service du prince plus fidèle.[42] Cette idée — la sainteté au cœur du monde — est sans doute l'apport le plus durable de François de Sales, et elle traverse quatre siècles jusqu'à l'enseignement de l'Église contemporaine sur l'appel universel à la sainteté.
Le Traité de l'amour de Dieu (1616)
Sept ans plus tard, en 1616, François publie son chef-d'œuvre théologique : le Traité de l'amour de Dieu, adressé cette fois à Théotime. Œuvre de pleine maturité, fruit de son expérience d'évêque et de directeur, c'est une théologie mystique complète qui retrace l'histoire de l'amour entre Dieu et l'âme, de ses premiers éveils jusqu'à l'union la plus haute.[43][44] Là où l'Introduction s'adressait aux débutants, le Traité conduit les âmes avancées au sommet de la charité.
L'ouvrage s'ouvre sur une définition d'une densité saisissante, qui place l'amour au faîte de toute la création :
« L'homme est la perfection de l'univers, l'esprit est la perfection de l'homme, l'amour celle de l'esprit, et la charité celle de l'amour. C'est pourquoi l'amour de Dieu est la fin, la perfection et l'excellence de l'univers. » — Saint François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, X, 1[45]
C'est ce livre, plus que tout autre, qui a valu à François de Sales le beau titre de « docteur de l'amour de Dieu ». Avec saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d'Avila, il appartient à la grande génération de maîtres spirituels que la Réforme catholique a donnés à l'Église.
La douceur : « rien par force, tout par amour »
Toute la spiritualité salésienne tient dans la douceur. Pour François, Dieu se gagne et se sert non par la violence — fût-elle pieuse — mais par la patience et l'amour. Cette douceur n'est pas mollesse : c'est une force maîtrisée, le fruit d'un combat contre son propre tempérament emporté. Il enseigne d'abord la douceur envers soi-même : ne pas se décourager de ses chutes, se relever paisiblement, refuser le trouble du scrupule.
C'est l'esprit constant de sa direction : se relever de chaque chute avec douceur, sans se décourager ni s'irriter contre soi-même — la douceur envers nous-mêmes à laquelle il consacre le chapitre IX de la troisième partie de l'Introduction à la vie dévote.[46]
Cette pédagogie de la mansuétude a fait de lui le saint le plus accessible et le plus aimé de la spiritualité catholique — un docteur dont l'enseignement le plus profond se résume en un sourire.
La mort et la glorification
La mort à Lyon (1622)
Épuisé par des années de labeur apostolique, François meurt à Lyon le 28 décembre 1622, à cinquante-cinq ans, alors qu'il revenait d'un voyage où il avait accompagné la cour de Savoie.[47][48] Selon la tradition, ses dernières paroles murmurées furent inspirées de l'Écriture et de son abandon habituel à la volonté de Dieu. Son corps fut ramené à Annecy, où il repose, et où sa mémoire reste indissociable de celle de sainte Jeanne de Chantal.
Béatification (1661) et canonisation (1665)
La réputation de sainteté de François fut immédiate et universelle. Il fut béatifié en 1661, puis canonisé le 19 avril 1665 par le pape Alexandre VII, au cours d'une cérémonie solennelle en la basilique Saint-Pierre de Rome.[49][50] Sa fête fut inscrite au calendrier romain ; on la célèbre aujourd'hui le 24 janvier.
| Étape | Date | Pape |
|---|---|---|
| Naissance | 21 août 1567 | — |
| Ordination sacerdotale | 18 décembre 1593 | — |
| Mission du Chablais | 1594-1598 | — |
| Consécration épiscopale | 8 décembre 1602 | — |
| Fondation de la Visitation | 6 juin 1610 | — |
| Introduction à la vie dévote | 1609 | — |
| Traité de l'amour de Dieu | 1616 | — |
| Mort à Lyon | 28 décembre 1622 | — |
| Béatification | 1661 | Alexandre VII |
| Canonisation | 19 avril 1665 | Alexandre VII |
| Docteur de l'Église | 1877 | Pie IX |
| Patron des journalistes | 1923 | Pie XI |
Docteur de l'Église (1877)
En 1877, le pape Pie IX proclame François de Sales docteur de l'Église — reconnaissance suprême de l'autorité et de la fécondité de sa doctrine spirituelle.[51][52] Il rejoint ainsi le petit nombre des saints dont les écrits font autorité pour toute l'Église. Son titre traditionnel, Doctor caritatis — « docteur de la charité » ou de l'amour —, dit assez ce que l'Église retient de lui : avoir enseigné, mieux que tout autre de son temps, le chemin de l'amour de Dieu offert à tous.
Patron des journalistes et des écrivains (1923)
Pour le troisième centenaire de sa mort, le pape Pie XI consacre à François de Sales l'encyclique Rerum Omnium Perturbationem (26 janvier 1923) et le proclame patron des journalistes et des écrivains catholiques.[53] Le choix est profondément juste : François fut l'un des premiers grands saints à avoir compris la puissance de l'écrit imprimé pour la foi, depuis les feuillets glissés sous les portes du Chablais jusqu'à ses livres répandus dans toute l'Europe. À l'âge des médias, l'Église a fait de l'évêque d'Annecy le modèle de tous ceux qui annoncent la vérité par la plume — avec sa marque propre : la clarté, la charité et la douceur.
L'héritage : la spiritualité salésienne
L'influence de François de Sales fut incalculable. Il forma directement sainte Jeanne de Chantal et l'Ordre de la Visitation ; il marqua saint Vincent de Paul, qui fut un temps supérieur des Visitandines de Paris ; sa doctrine de la douceur et de la sainteté pour tous irrigua toute la spiritualité moderne. Au XIXᵉ siècle, saint Jean Bosco placera son œuvre éducative sous son patronage : fondée à Turin en 1859, sa congrégation s'appelle officiellement la « Société de Saint-François-de-Sales » — les salésiens.[54] De l'humble missionnaire du Chablais au docteur universel de l'Église, François de Sales demeure le saint qui a prouvé qu'on peut tout obtenir par l'amour, et rien par la force — et que la sainteté la plus haute peut sourire.
Pour aller plus loin
- Sainte Jeanne de Chantal (1572-1641) — sa fille spirituelle et co-fondatrice de la Visitation, l'une des plus belles amitiés saintes de l'histoire.
- Le concile de Trente (1545-1563) — la réforme dont il fut, comme évêque, un applicateur exemplaire.
- La Réforme catholique — le grand mouvement de régénération dont il est une figure majeure.
- La Réforme protestante — le calvinisme genevois auquel il répondit par la douceur dans le Chablais.
- Saint Charles Borromée (1538-1584) — l'autre grand évêque réformateur de sa génération.
- Saint Jean de la Croix (1542-1591) et sainte Thérèse d'Avila (1515-1582) — les maîtres mystiques de la même époque.
- Sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690) — la visitandine à qui le Sacré-Cœur se révéla, dans l'ordre fondé par François de Sales.
Notes et références
Wikipédia (FR), « François de Sales » : fr.wikipedia.org. Notice biographique de référence : naissance le 21 août 1567 au château de Sales, près de Thorens (duché de Savoie), fils aîné de François de Sales, seigneur de Boisy, et de Françoise de Sionnaz ; études au collège jésuite de Clermont à Paris, puis doctorat en droit à Padoue (1591) ; ordination sacerdotale le 18 décembre 1593, prévôté du chapitre de Genève ; mission du Chablais (1594-1598) et opuscules de controverse ; sacre épiscopal le 8 décembre 1602 comme évêque de Genève résidant à Annecy ; rencontre de Jeanne de Chantal en 1604 ; fondation de l'Ordre de la Visitation en 1610 ; Introduction à la vie dévote (1609) et Traité de l'amour de Dieu (1616) ; mort à Lyon le 28 décembre 1622 ; béatification en 1661 et canonisation le 19 avril 1665 par Alexandre VII (infobox) ; docteur de l'Église en 1877 ; patron des journalistes en 1923 ; fête le 24 janvier ; lien avec saint Jean Bosco et les salésiens.
1 7 9 12 18 20 26 28 31 34 44 47 49Wikipedia (EN), « Francis de Sales » : en.wikipedia.org. Recoupement détaillé des faits et dates : born 21 August 1567 at the Château de Sales, Thorens, Duchy of Savoy ; Jesuit Collège de Clermont in Paris (1578-1588) ; spiritual crisis over predestination (1586-1587) resolved by an act of pure abandonment before a statue of the Virgin at Saint-Étienne-des-Grès ; University of Padua, doctorate in both laws (1591), spiritual direction by the Jesuit Antonio Possevino ; refusal of a magistracy and a marriage arranged by his father ; provost of the chapter of Geneva ; priestly ordination 18 December 1593 ; Chablais mission (1594-1598), printed leaflets (the Controverses) slipped under doors ; episcopal consecration 8 December 1602, Bishop of Geneva residing at Annecy ; meeting with Jane Frances de Chantal (1604) ; foundation of the Order of the Visitation (1610) ; Introduction to the Devout Life (1609) and Treatise on the Love of God (1616) ; death at Lyon 28 December 1622 ; beatified 8 January 1661, canonized 8 April 1665 (infobox ; le corps de l'article indique seulement « canonized in 1665 ») by Alexander VII ; declared Doctor of the Church 1877 ; patron of writers and journalists 1923 ; feast 24 January.
2 10 11 13 16 23 29 33 51Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote (1609), édition d'Annecy — exemplaire consulté dans la bibliothèque spirituelle de Benoît (dossier « 1622 - Saint François de Sales »). Passages cités textuellement : Première partie, chapitre II (« Description de la vraie dévotion ») — « le sucre adoucit les fruits mal mûrs [...] or, la dévotion est le vrai sucre spirituel, qui ôte l'amertume aux mortifications [...] elle sert de feu en hiver et de rosée en été » ; Première partie, chapitre III (« Que la dévotion est convenable à toutes sortes de vocation et professions ») — « C'est une erreur, ains une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés » ; et l'image de l'abeille qui tire son miel des fleurs « sans les intéresser », image de la dévotion qui n'abîme aucun état de vie mais « l'orne et l'embellit » ; Troisième partie, chapitre IX (« De la douceur envers nous-mêmes ») : se relever de ses chutes avec suavité, sans s'irriter contre soi-même.
3 38 40 41 42 46Encyclopædia Britannica, « Saint Francis of Sales » : britannica.com. Précise : naissance le 21 août 1567 à Thorens (Savoie) ; éducation au collège jésuite de Clermont à Paris (1580-1588) et à Padoue, doctorat en droit en 1591 ; ordination en 1593 à Annecy ; travail missionnaire intense dans le Chablais redevenu catholique sous la protection du duc Charles-Emmanuel de Savoie ; consécration comme évêque de Genève le 8 décembre 1602 ; rencontre avec sainte Jeanne de Chantal ; fondation de l'Ordre de la Visitation ; auteur de l'Introduction à la vie dévote et du Traité de l'amour de Dieu ; déclaré docteur de l'Église ; mort le 28 décembre 1622 à Lyon ; canonisé en 1665.
4 21 32 39Vatican News, « Saint Francis de Sales, Bishop of Geneva and Doctor of the Church » (saint du jour, 24 janvier) : vaticannews.va. Notice officielle : évêque de Genève résidant à Annecy, docteur de l'Église, maître de la douceur et de la dévotion accessible aux laïcs, fondateur avec sainte Jeanne de Chantal de l'Ordre de la Visitation, auteur de l'Introduction à la vie dévote et du Traité de l'amour de Dieu, patron des journalistes et des écrivains ; mort le 28 décembre 1622 ; fête le 24 janvier.
5 15 24 35 48 52Pie XI, encyclique Rerum Omnium Perturbationem, 26 janvier 1923, pour le troisième centenaire de la mort de saint François de Sales. Le pape y présente le saint évêque d'Annecy comme un modèle de sainteté et de zèle apostolique et le proclame patron des journalistes et des écrivains catholiques, en raison de l'usage qu'il fit de l'écrit imprimé pour la défense et la diffusion de la foi (les feuillets de controverse du Chablais, puis ses livres répandus dans toute l'Europe). Texte officiel sur le site du Saint-Siège : vatican.va.
6 53Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1909), « St. Francis de Sales » : newadvent.org. Notice de référence apportant les précisions sur l'évêché de Genève transféré à Annecy après le passage de la ville au calvinisme (1535) ; la crise de la prédestination à Paris et l'offrande devant la statue de la Vierge à Saint-Étienne-des-Grès ; les études de théologie à Padoue sous Antonio Possevino ; la prévôté du chapitre offerte par l'évêque Claude de Granier ; la mission du Chablais, les tracts de controverse glissés sous les portes, les entretiens avec Théodore de Bèze à Genève ; la mission à Paris en 1602 et l'admiration d'Henri IV ; le sacre du 8 décembre 1602 ; l'activité pastorale, la direction d'âmes et les fondations.
8 14 17 19 22 25 27Saint François de Sales, Lettres (édition d'Annecy, tomes XI et suivants ; recueil consulté dans la bibliothèque spirituelle de Benoît, « Lettres choisies »). La correspondance de François de Sales, riche de plusieurs milliers de lettres, est présentée par les éditeurs d'Annecy comme « l'histoire de sa vie la plus complète qui existe et la plus fidèle ». L'ensemble témoigne de son art de la direction des âmes par la douceur.
30Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1910), « St. Jane Frances de Chantal » : newadvent.org (texte intégral vérifié : née à Dijon le 28 janvier 1572, morte au couvent de la Visitation de Moulins le 13 décembre 1641 ; à la mort de saint François de Sales en 1622 l'ordre comptait déjà treize maisons, quatre-vingt-six à la mort de Jeanne, cent soixante-quatre à sa canonisation ; corps vénéré avec celui de saint François de Sales dans l'église de la Visitation à Annecy ; béatifiée en 1751, canonisée en 1767). Fête actuelle le 12 août : mycatholic.life.
36 37Saint François de Sales, Traité de l'amour de Dieu (1616), édition d'Annecy — exemplaire consulté dans la bibliothèque spirituelle de Benoît (dossier « 1622 - Saint François de Sales »). Citation textuelle de l'ouverture (Livre X, chapitre premier, « De la douceur du commandement que Dieu nous a fait de l'aimer sur toutes choses ») : « L'homme est la perfection de l'univers, l'esprit est la perfection de l'homme ; l'amour, celle de l'esprit ; et la charité, celle de l'amour. C'est pourquoi l'amour de Dieu est la fin, la perfection et l'excellence de l'univers. » Le Traité, adressé à Théotime, est l'œuvre théologique majeure du saint et le fondement de son titre de « docteur de l'amour de Dieu ».
43 45J. Paul Getty Museum, CONA (notice 700001003) : gravure contemporaine intitulée « Disegno e prospetto del theatro, e nuovo apparato dentro la chiesa di S. Pietro in Vaticano, per la fontione della canonizatione di s. Francesco di Sales vescouo di Geneua fatta da nostro signore papa Alessandro VII li 19 aprile 1665 » — les décors dressés dans Saint-Pierre du Vatican pour la canonisation de François de Sales, célébrée par Alexandre VII le 19 avril 1665 : getty.edu. Date corroborée par Catholic Online (« canonized on April 19, 1665 by Pope Alexander VII ») : catholic.org. L'infobox de Wikipedia EN indique pour sa part « 8 April 1665 » (le corps de l'article restant à « canonized in 1665 ») : divergence tranchée ici en faveur du 19 avril, attesté par la gravure contemporaine et les sources catholiques.
50Salésiens de Don Bosco, « Saint Francis de Sales » (notice officielle : Don Bosco s'inspira de l'apostolat, de la douceur et de l'humanisme de saint François de Sales et le choisit comme patron de la Société salésienne) : archive.sdb.org ; recoupé par Wikipédia (EN), « Salesians of Don Bosco » : en.wikipedia.org — congrégation fondée à Turin le 18 décembre 1859 par Jean Bosco pour la jeunesse pauvre, nommée officiellement Societas Sancti Francisci Salesii (Société de Saint-François-de-Sales) et approuvée par le Saint-Siège en 1874.
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