Pape Pie XI (1857-1939)

Achille Ratti, pape de 1922 à 1939 : l'ancien bibliothécaire et alpiniste devenu pape de l'Action catholique, des missions et des concordats. Il règle la question romaine par les Accords du Latran (1929), institue la fête du Christ-Roi, et dresse l'Église contre le fascisme, le communisme et le nazisme.

Ignispedia

Pie XI (Pius XI), né Achille Ratti le 31 mai 1857 à Desio, en Lombardie, gouverne l'Église catholique du 6 février 1922 au 10 février 1939. Ancien bibliothécaire érudit — préfet de l'Ambrosienne de Milan puis de la Bibliothèque vaticane — et alpiniste réputé, il était devenu sur le tard diplomate, nonce en Pologne au plus fort de la guerre soviéto-polonaise, puis archevêque de Milan et cardinal quelques mois seulement avant son élection.[2][3]

Élu au quatorzième tour d'un conclave de compromis, il choisit le nom de Pie et, dès le balcon de Saint-Pierre, rétablit la bénédiction publique Urbi et Orbi abandonnée depuis la perte de Rome en 1870 — premier signe d'un pontificat qui cherchera la réconciliation avec l'Italie sans renoncer à rien de la foi.[4][5] Sa devise résume tout son programme : Pax Christi in Regno Christi, « la paix du Christ dans le règne du Christ ».[6]

Pendant dix-sept ans, Pie XI marque l'Église d'une empreinte profonde. Il résout la question romaine par les Accords du Latran (1929) qui créent l'État de la Cité du Vatican ; il institue la fête du Christ-Roi (Quas primas, 1925) ; il relance les missions et le clergé indigène ; il signe douze concordats[7] ; il déploie la doctrine sociale dans Quadragesimo anno (1931). On l'a appelé le « pape des missions »[8] et le « pape de l'Action catholique »[9].

Mais l'histoire retient surtout le pape qui, vieilli et malade, affronta de front les trois totalitarismes de son siècle : le fascisme (Non abbiamo bisogno, 1931), le communisme athée (Divini Redemptoris, 1937) et le national-socialisme (Mit brennender Sorge, lue en allemand dans les chaires du Reich en 1937).[10][11] Il meurt le 10 février 1939, à la veille de prononcer un dernier discours contre la dictature, laissant inachevée une encyclique contre le racisme. Son secrétaire d'État, Eugenio Pacelli, lui succède sous le nom de Pie XII.[12]

Pourquoi Pie XI est le pape de la « paix du Christ dans le règne du Christ »

Le pontificat de Pie XI se comprend tout entier à partir d'une conviction centrale : la paix véritable, entre les hommes comme entre les nations, ne peut naître que de la reconnaissance publique de la royauté du Christ. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans une Europe ruinée, désorientée, tentée par les idéologies de masse, Achille Ratti pose un diagnostic simple et radical : le monde souffre parce qu'il a exclu Dieu de la vie publique.[13][14]

Ce diagnostic, il le formule dès sa première encyclique, Ubi arcano Dei consilio (23 décembre 1922), et lui donne une forme liturgique trois ans plus tard en instituant la fête du Christ-Roi. La devise Pax Christi in Regno Christi n'est donc pas un slogan décoratif : c'est une clé de lecture de toute sa politique. Réconcilier l'Italie avec l'Église, relancer les missions, organiser l'Action catholique, condamner les régimes qui divinisent l'État ou la race — tout cela procède d'une même logique : rendre au Christ sa place de Roi dans la cité.

« Si les hommes venaient à reconnaître l'autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables - une juste liberté, l'ordre et la tranquillité, la concorde et la paix -- se répandraient infailliblement sur la société tout entière. » — Quas primas, 11 décembre 1925 (traduction française officielle)[15]

C'est aussi ce qui fait son originalité dans la galerie des papes. Là où Benoît XV avait été le pape de la guerre et de l'effort de paix diplomatique, Pie XI est le pape de la reconstruction catholique : il bâtit, organise, signe, fonde. Ferme et méthodique, savant jusqu'à la minutie de l'ancien paléographe, il gouverne l'Église comme on dresse un plan d'ascension — sans jamais perdre de vue le sommet.[16] Le détail de chaque encyclique relève d'articles propres ; ce qui revient en propre à Pie XI, c'est d'avoir voulu réinstaller le règne social du Christ dans un siècle qui s'en détournait.

Les sources principales

SourceNatureApport pour Pie XI
Encycliques de Pie XI sur vatican.va (textes officiels latins, italiens, allemands)Actes pontificauxCitations textuelles : Ubi arcano, Quas primas, Rerum Ecclesiae, Quadragesimo anno, Non abbiamo bisogno, Casti connubii, Mit brennender Sorge, Divini Redemptoris
Encyclopædia Britannica, art. « Pius XI » et « Lateran Treaty »Notices biographiques recoupéesCarrière, alpinisme, Pologne, conclave de 1922, Accords du Latran, jugement d'ensemble
New Catholic Encyclopedia / Encyclopedia.com, art. « Pius XI »Notice catholique moderneMissions et clergé indigène, concordats, totalitarismes, Action catholique, caractère
Wikipedia, art. « Pope Pius XI », « 1922 papal conclave », « Lateran Treaty », « Mit brennender Sorge »Notices recoupéesDates précises, scrutins du conclave, chiffres des canonisations, mort, encyclique cachée
E. Fattorini, Hitler, Mussolini and the Vatican — The Speech That Was Never MadeÉtude historiqueLe discours non prononcé de février 1939, le projet Humani generis unitas
Allocution Vogliamo anzitutto (13 février 1929) sur vatican.vaActe pontificalLa formule « rendre Dieu à l'Italie et l'Italie à Dieu » dans son contexte exact
De Laszlo Archive Trust, catalogue raisonné (œuvre n° 6690) et coupures de presse de février-mars 1925Archives de l'artistePortrait de Pie XI peint en 1924, offert par de Laszlo à la Bodleian Library d'Oxford

Achille Ratti avant le pontificat (1857-1922)

Avant d'être pape, Achille Ratti fut, pendant plus de quarante ans, un prêtre savant : professeur, paléographe, bibliothécaire de génie, puis, par un tournant tardif et inattendu, diplomate dans la Pologne renaissante. Aucun de ses prédécesseurs immédiats n'avait suivi un chemin aussi atypique vers le trône de Pierre.

Un fils de la Brianza lombarde

Ambrogio Damiano Achille Ratti naît le 31 mai 1857 à Desio, petite ville de la Brianza, au nord de Milan, alors dans le royaume de Lombardie-Vénétie sous domination autrichienne.[17][18] Il est le quatrième enfant de Francesco Ratti, directeur d'une filature de soie, et de Teresa Galli. Le milieu est celui de la moyenne bourgeoisie industrieuse et catholique de la Lombardie. Un oncle prêtre veille à sa première formation, et l'enfant, doué et travailleur, entre tôt au séminaire.[19]

Ordonné prêtre le 20 décembre 1879, le jeune Ratti poursuit à Rome des études supérieures qui le mènent en 1882 à trois doctorats : la théologie à la Faculté pontificale de la Sapienza (13 mars), le droit canon à l'Université grégorienne (9 juin) et la philosophie à l'Académie pontificale Saint-Thomas (23 juin).[20][21] Cette triple compétence, rare, fait de lui dès le départ un homme de science sacrée plus que de gouvernement.

Le savant et le bibliothécaire

De retour en Lombardie, Ratti enseigne au séminaire de Milan, puis entre en 1888 à la Bibliothèque ambrosienne, le grand institut savant fondé par le cardinal Federico Borromeo, cousin de saint Charles. Il s'y révèle paléographe de premier ordre, spécialiste des manuscrits médiévaux et de l'histoire de l'Église ambrosienne, éditeur de textes liturgiques anciens.[22][23] En 1907, il devient préfet — c'est-à-dire directeur — de l'Ambrosienne.

Sa réputation d'érudit franchit les Alpes et les murs de Milan. En février 1912, Pie X l'appelle à Rome comme vice-préfet de la Bibliothèque apostolique vaticane ; il en devient préfet le 1er septembre 1914, après la mort de Pie X (20 août 1914).[24][25] Pendant près de trente ans, Achille Ratti aura ainsi vécu parmi les livres et les manuscrits — une formation à la patience, à la rigueur et au sens du détail qu'il transposera plus tard dans le gouvernement de l'Église.

L'alpiniste

L'autre passion de Ratti, plus inattendue chez un futur pape, est la montagne. Entre 1885 et 1913, il accomplit plus de vingt grandes courses dans les Alpes, gravissant le Mont Blanc, le Cervin (Matterhorn) et, en juillet 1889, la pointe Dufour du Mont Rose, le plus haut sommet de Suisse.[26] Première cordée italienne au sommet, première traversée Macugnaga-Zermatt par le col du Zumstein : la voie normale italienne du mont Blanc porte aujourd'hui son nom.[27]

Achille Ratti, futur Pie XI, au centre d'un groupe d'alpinistes dans les Alpes : la discipline de la montagne éclaire le tempérament méthodique et résolu du futur pontife. Wikimedia Commons, domaine public.

Cet alpinisme n'est pas un simple loisir : il révèle un tempérament. L'homme qui affrontait les parois et les glaciers avec méthode, endurance et sang-froid gouvernera l'Église avec la même fermeté résolue. Plus tard, on verra dans cette discipline du sommet une image de sa manière de régner : viser haut, calculer chaque prise, ne jamais reculer une fois la voie engagée.

Le diplomate en Pologne (1918-1921)

Le tournant décisif survient en 1918. Benoît XV envoie le savant bibliothécaire — qui n'a aucune expérience diplomatique — comme visiteur apostolique dans la Pologne qui renaît après plus d'un siècle de partages.[28][29] Ratti y est bientôt nommé nonce apostolique (1919), sacré archevêque titulaire de Naupacte (l'antique Lépante), et plongé au cœur des bouleversements de l'Europe centrale.

Achille Ratti vers 1919-1920, au moment de sa mission diplomatique en Pologne : le bibliothécaire romain y découvre directement l'Europe bouleversée d'après-guerre. Wikimedia Commons, domaine public.

L'épisode le plus célèbre est celui du siège de Varsovie, en août 1920, lorsque l'Armée rouge soviétique menace la capitale polonaise. Tandis que la plupart des diplomates étrangers évacuent la ville, le nonce Ratti refuse de fuir et reste à son poste — l'un des rares diplomates étrangers à demeurer auprès du gouvernement et des fidèles assiégés.[30] Ce courage personnel, au contact direct du communisme soviétique en armes, marquera durablement sa méfiance envers la révolution bolchevique : il aura vu de ses yeux ce que devient une société qui veut bannir Dieu.

Archevêque de Milan et cardinal (1921)

Le 13 juin 1921, Benoît XV transfère Ratti au siège de Milan — l'un des plus grands sièges d'Italie, celui de saint Ambroise et de saint Charles Borromée — et le crée cardinal au consistoire du même jour (chapeau rouge au consistoire public du 15 juin).[31][32] Déjà archevêque titulaire depuis son sacre du 28 octobre 1919, il fait son entrée solennelle à Milan le 8 septembre 1921.[33] Le bibliothécaire devenu diplomate est désormais prince de l'Église. Il n'aura gouverné Milan que quelques mois : la mort soudaine de Benoît XV, en janvier 1922, le rappelle à Rome pour le conclave qui va changer sa vie.

Le conclave de 1922 : le candidat de compromis

L'élection d'Achille Ratti, à peine cardinal depuis huit mois, est le fruit d'un conclave bloqué entre deux tendances opposées, dont il apparut comme la synthèse.

La mort de Benoît XV et le plus long conclave du siècle

Benoît XV meurt brutalement d'une pneumonie le 22 janvier 1922, à soixante-sept ans.[34][35] Le conclave qui s'ouvre le 2 février réunit une cinquantaine de cardinaux profondément divisés. Deux camps s'affrontent : les intransigeants héritiers de Pie X, regroupés autour du cardinal Rafael Merry del Val, et les modérés de la ligne de Benoît XV, menés par le secrétaire d'État sortant, le cardinal Pietro Gasparri.[36]

Aucun des deux favoris ne parvient à réunir la majorité des deux tiers. Le scrutin s'enlise : quatre jours et quatorze tours de vote.[37] Peu à peu, les regards se tournent vers un homme qui n'appartient en propre à aucune faction : l'archevêque de Milan, savant respecté, sans passé curial encombrant, acceptable pour les uns comme pour les autres — un candidat de compromis.[38]

L'élection du 6 février 1922 et la bénédiction du balcon

Le 6 février 1922, au quatorzième tour, Achille Ratti est élu. Interrogé sur le nom qu'il choisit, il répond qu'il prend celui de Pie — « Pie est un nom de paix » — par fidélité à Pie IX, le pape de sa jeunesse, et à Pie X, qui l'avait appelé à Rome.[39]

Son premier geste est un symbole politique majeur. Depuis la prise de Rome par l'Italie en 1870, les papes, se considérant comme « prisonniers du Vatican », avaient cessé de donner la bénédiction Urbi et Orbi depuis la loggia extérieure de Saint-Pierre, donnant sur la place et la ville. Pie XI, lui, paraît au balcon extérieur et bénit la foule romaine.[40][41] Le message est clair : le nouveau pape veut renouer avec la cité et avec l'État italien. Il est couronné le 12 février 1922 dans la basilique Saint-Pierre par le cardinal-protodiacre Gaetano Bisleti.[42]

Ubi arcano et le programme « Pax Christi in Regno Christi »

Le 23 décembre 1922, Pie XI publie sa première encyclique, Ubi arcano Dei consilio, véritable manifeste du pontificat.[43] Il y dénonce les maux d'un monde sorti de la guerre — nationalismes exaspérés, lutte des classes, soif de jouissance, abandon de Dieu — et propose le remède : restaurer le règne du Christ dans les âmes, les familles et les sociétés.

Son programme tient en une devise, Pax Christi in Regno Christi — la paix du Christ dans le règne du Christ —, formulée dès sa première encyclique, Ubi arcano Dei consilio (23 décembre 1922).[44]

L'encyclique pose aussi les bases de ce qui sera l'une des grandes œuvres du pontificat : l'Action catholique, c'est-à-dire — selon la formule de Non abbiamo bisogno — la « participation et collaboration du laïcat à l'apostolat hiérarchique » (« partecipazione e collaborazione del laicato all'Apostolato Gerarchico ») de l'Église, organisée pour rechristianiser la société.[45]

  1. 31 mai 1857
    Naissance à Desio
    en Lombardie

    Achille Ratti naît dans une famille de la bourgeoisie industrieuse de la Brianza, fils d'un directeur de filature.

  2. 1907-1914
    Le bibliothécaire savant
    Ambrosienne puis Vaticane

    Préfet de la Bibliothèque ambrosienne de Milan, appelé à Rome par saint Pie X comme vice-préfet de la Vaticane en 1912, préfet en septembre 1914.

  3. août 1920
    Le siège de Varsovie
    nonce en Pologne

    L'un des rares diplomates étrangers restés à leur poste devant l'Armée rouge, il découvre de près le communisme en armes.

  4. 6 février 1922
    Élection au conclave
    au 14e tour, candidat de compromis

    Achille Ratti prend le nom de Pie et rétablit la bénédiction Urbi et Orbi au balcon extérieur. Couronné le 12 février.

  5. 11 décembre 1925
    Quas primas
    la fête du Christ-Roi

    Pie XI institue la fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi, traduction liturgique de sa devise.

  6. 28 octobre 1926
    Six évêques chinois
    le pape des missions

    À Saint-Pierre, le pape sacre lui-même les premiers évêques autochtones de Chine des temps modernes.

  7. 11 février 1929
    Accords du Latran
    naissance de la Cité du Vatican

    La question romaine est réglée ; le Saint-Siège retrouve un territoire souverain.

  8. 15 mai 1931
    Quadragesimo anno
    la doctrine sociale

    Quarante ans après Rerum novarum, Pie XI formule le principe de subsidiarité.

  9. mars 1937
    Contre les totalitarismes
    Mit brennender Sorge et Divini Redemptoris

    En cinq jours, le pape condamne le nazisme (en allemand) puis le communisme athée.

  10. 10 février 1939
    Mort de Pie XI
    à 81 ans, au Vatican

    Le pape s'éteint la veille d'un discours préparé contre la dictature. Pie XII lui succède.

Les Accords du Latran (1929) : la fin de la question romaine

Le plus grand acte politique du règne — et l'un des plus discutés — est la résolution de la question romaine, ce conflit ouvert entre la papauté et l'État italien depuis la chute des États pontificaux.

Soixante ans de « prisonnier du Vatican »

Depuis la prise de Rome en 1870 et l'annexion des derniers États pontificaux par le royaume d'Italie, les papes ne reconnaissaient pas le fait accompli. Refusant de quitter le Vatican, ils s'étaient déclarés « prisonniers », et aucun accord n'avait pu être trouvé pendant près de soixante ans.[46][47] La situation laissait le Saint-Siège dans une position juridique anormale : une autorité spirituelle universelle sans territoire souverain propre.

Le traité, le règlement financier et le concordat

Profitant de la volonté de Benito Mussolini, chef du gouvernement fasciste, de s'attacher l'opinion catholique, Pie XI laisse son secrétaire d'État, le cardinal Pietro Gasparri, négocier en secret. Le 11 février 1929, au palais du Latran, sont signés les Accords du Latran, en trois pièces.[48][49]

Le traité reconnaît la pleine souveraineté du Saint-Siège sur un minuscule territoire, l'État de la Cité du Vatican (44 hectares), et règle définitivement la question romaine. Une convention financière indemnise le Saint-Siège pour la perte des États pontificaux. Enfin, un concordat régit les rapports entre l'Église et l'État italien : religion catholique reconnue comme religion d'État, mariage religieux reconnu civilement, enseignement de la religion dans les écoles.[50]

La signature des Accords du Latran le 11 février 1929 mit fin à la question romaine et donna au Saint-Siège la souveraineté sur l'État de la Cité du Vatican. Photographie d'archive, Wikimedia Commons.

« Le Saint-Siège déclare définitivement et irrévocablement composée, et donc éliminée, la « question romaine ». » — Traité du Latran, article 26, 11 février 1929 (traduction française)[51]

« Rendre Dieu à l'Italie » — et ses ambiguïtés

Deux jours plus tard, le 13 février 1929, recevant les professeurs et étudiants de l'Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, Pie XI exprime sa joie dans une formule restée célèbre.

« Avec lui [le Concordat], nous croyons avoir redonné Dieu à l'Italie et l'Italie à Dieu. » — Pie XI, allocution Vogliamo anzitutto, 13 février 1929[52]

Dans la même allocution, il salue, sans le nommer, « un homme comme celui que la Providence » lui a « fait rencontrer » — une allusion au chef du gouvernement italien avec lequel le Concordat fut négocié.[53] Le mot pèsera lourd. Car la réconciliation de 1929, si elle dote enfin l'Église d'une base souveraine, semble aussi légitimer un régime dictatorial. Pie XI n'est pourtant pas dupe : moins de trois ans plus tard, il rompra publiquement avec le fascisme sur la question de l'éducation de la jeunesse. Sa position, typique de tout le pontificat, distingue rigoureusement l'accord juridique — qui sécurise la liberté de l'Église — du ralliement idéologique — qu'il refusera toujours.

Le Christ-Roi : la fête instituée par Quas primas (1925)

Au cours de l'Année sainte 1925, Pie XI donne à sa devise une traduction liturgique durable. Par l'encyclique Quas primas du 11 décembre 1925, il institue dans toute l'Église la fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi.[54]

« Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ-Roi. Nous ordonnons qu'elle soit célébrée dans le monde entier, chaque année, le dernier dimanche d'octobre. » — Quas primas, 11 décembre 1925 (traduction française officielle)[55]

L'enjeu est doctrinal autant que politique. Contre le laïcisme qui veut cantonner la religion à la sphère privée, Pie XI affirme que le Christ exerce une royauté réelle non seulement sur les individus, mais sur les sociétés, les lois et les États. La fête, fixée d'abord au dernier dimanche d'octobre — avant la Toussaint — puis transférée au dernier dimanche de l'année liturgique après le Concile, demeure l'un des héritages les plus visibles du pontificat. Le détail théologique de la royauté du Christ relève d'un article propre ; ce qui revient à Pie XI, c'est d'avoir inscrit le Christ-Roi dans le calendrier de l'Église universelle.

Quas primas ordonne aussi de renouveler chaque année, le jour du Christ-Roi, la consécration du genre humain au Sacré-Cœur : « ut eo ipso die generis humani Sacratissimo Cordi Iesu dedicatio quotannis renovetur » (« que ce jour-là même, la consécration du genre humain au Très Saint Cœur de Jésus soit renouvelée chaque année »).[56] Pie XI publie trois ans plus tard l'encyclique Miserentissimus Redemptor (8 mai 1928) sur la réparation due au Sacré-Cœur.[57]

Fatima avait nommé Pie XI

La Vierge annonce à Fatima, le 13 juillet 1917, que si l'on ne cesse d'offenser Dieu, « sous le pontificat de Pie XI en commencera une autre pire encore » — une guerre pire que celle de 1914-1918 (Congrégation pour la doctrine de la foi, Le Message de Fatima, 26 juin 2000, d'après la Troisième Mémoire de Sœur Lucie du 31 août 1941).[58] Pie XI n'était alors qu'un bibliothécaire encore inconnu : la parole précède son élection de cinq ans.

Objection : la Seconde Guerre mondiale n'éclate qu'en septembre 1939, sous Pie XII, sept mois après la mort de Pie XI. Mais le secret donne lui-même son signe avant-coureur : « une nuit illuminée par une lumière inconnue ». Sœur Lucie reconnut ce signe dans l'aurore boréale exceptionnelle du 25 janvier 1938, en plein pontificat de Pie XI — dix-neuf mois avant l'invasion de la Pologne (1er septembre 1939).[59]

Le pape des missions

Pie XI a profondément renouvelé l'élan missionnaire de l'Église, au point d'être surnommé le « pape des missions ». Sa conviction : l'Église n'est pleinement implantée dans un pays que lorsqu'elle y dispose d'un clergé autochtone et de ses propres évêques.

Rerum Ecclesiae et le clergé indigène

Le 28 février 1926, l'encyclique Rerum Ecclesiae fait de la formation d'un clergé indigène la priorité absolue de l'action missionnaire.[60][61] Pie XI y combat le préjugé colonial selon lequel les peuples évangélisés seraient incapables de fournir des prêtres et des évêques de plein exercice. Il exige au contraire que les missionnaires forment sur place des prêtres autochtones appelés à diriger eux-mêmes leur Église.

« Quiconque considère ces indigènes comme une race inférieure et de peu d'intelligence se trompe lourdement. » — Rerum Ecclesiae, 28 février 1926[62]

Le résultat est mesurable : au début du pontificat, aucun territoire de mission n'était dirigé par un évêque autochtone ; à la mort de Pie XI, on en compte une quarantaine, selon la New Catholic Encyclopedia.[63]

Les six premiers évêques chinois (1926)

Le geste le plus éclatant a lieu le 28 octobre 1926 — date anniversaire de sa propre consécration épiscopale. Dans la basilique Saint-Pierre, Pie XI sacre de ses mains six évêques chinois, les premiers évêques autochtones de Chine des temps modernes.[64] L'année suivante, le 30 octobre 1927, il sacre de même à Saint-Pierre le premier évêque japonais des temps modernes, Januarius Kyunosuke Hayasaka, nommé à Nagasaki.[65]

Ce geste, hautement symbolique, brise des siècles de méfiance et inaugure une Église véritablement catholique, c'est-à-dire universelle, où l'Asie n'est plus seulement terre de mission mais terre d'Église locale de plein droit. C'est l'un des actes les plus féconds et les plus prophétiques du règne.

Le pape des concordats

Pie XI et les concordats (1922-1935) — carte de synthèse des accords conclus ou négociés pour garantir juridiquement la liberté de l'Église dans l'Europe de l'entre-deux-guerres. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Soucieux de garantir juridiquement la liberté de l'Église dans une Europe bouleversée par la chute des empires et la montée des États autoritaires, Pie XI a signé une série sans précédent de concordats — traités réglant les rapports entre le Saint-Siège et les États : douze furent conclus ou négociés sous son règne (dont un jamais ratifié).[66]

AnnéeÉtat concernéPortée
1922LettoniePremier concordat du pontificat
1924BavièreGaranties pour l'Église bavaroise
1925PologneStatut de l'Église dans la République polonaise
1927Lituanie, RoumanieReconnaissance et organisation diocésaine
1928TchécoslovaquieModus vivendi : juridictions et nominations épiscopales
1929Italie (Latran), PrusseQuestion romaine réglée ; statut en Prusse
1932BadeGaranties pour l'Église badoise
1933Autriche, Allemagne (Reichskonkordat)Concordats avec deux régimes en pleine mutation
1935YougoslavieNégocié mais non ratifié

Le Reichskonkordat (1933)

Le plus lourd de conséquences est le Reichskonkordat, signé le 20 juillet 1933 entre le Saint-Siège et l'Allemagne d'Adolf Hitler, parvenu au pouvoir quelques mois plus tôt. Il est négocié et signé, au nom de Pie XI, par le secrétaire d'État Eugenio Pacelli — le futur Pie XII — et le vice-chancelier Franz von Papen.[67]

L'objectif du Saint-Siège était de protéger juridiquement les institutions catholiques allemandes — écoles, associations, presse — face à un régime déjà menaçant. Mais le national-socialisme viola systématiquement le concordat dès sa signature. C'est précisément ce reniement des engagements qui conduira Pie XI, quatre ans plus tard, à la dénonciation publique du régime nazi dans Mit brennender Sorge. Le Reichskonkordat illustre la limite de la stratégie concordataire : un traité ne vaut que par la bonne foi des signataires.

La doctrine sociale : Quadragesimo anno (1931)

Le 15 mai 1931, quarante ans après Rerum novarum de Léon XIII — d'où le titre Quadragesimo anno, « la quarantième année » —, Pie XI publie la grande encyclique sociale de son pontificat.[68] Devant la crise économique mondiale de 1929, il actualise la doctrine sociale de l'Église face au capitalisme financier et au socialisme.

L'apport le plus durable est la première formulation magistérielle du principe de subsidiarité : l'autorité supérieure ne doit pas absorber ce que les communautés inférieures peuvent accomplir elles-mêmes.

« De même qu'on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur seule initiative, ainsi commettrait-on une injustice, en même temps qu'on troublerait d'une manière très dommageable l'ordre social, en retirant aux groupements d'ordre inférieur, pour les confier à une société plus vaste et plus élevée, les fonctions qu'ils sont en mesure de remplir eux-mêmes. » — Quadragesimo anno, § 79, 15 mai 1931[69]

L'encyclique condamne aussi bien le libéralisme économique sans frein que le collectivisme socialiste, et appelle à un ordre social fondé sur la justice et la charité. Elle restera l'une des pierres d'angle de la doctrine sociale catholique, citée jusque dans les textes de Vatican II et au-delà.

Le mariage chrétien : Casti connubii (1930)

Le 31 décembre 1930, en réponse à la conférence anglicane de Lambeth qui venait, la même année, d'admettre pour la première fois la contraception dans certains cas, Pie XI publie Casti connubii (« du chaste mariage »).[70] L'encyclique réaffirme avec force la doctrine catholique du mariage : son unité, son indissolubilité, son ouverture à la vie.

« Tout usage du mariage dans l'exercice duquel, par la malice des hommes, l'acte est privé de sa puissance naturelle de procréation, va contre la loi de Dieu et de la nature. » — Casti connubii, 31 décembre 1930[71]

Le texte condamne également l'avortement, la stérilisation eugénique alors en vogue dans plusieurs pays, et le divorce. Premier grand document magistériel à traiter systématiquement de la morale conjugale moderne, Casti connubii annonce de loin les enseignements de Humanae vitae (1968). Le détail de la morale conjugale relève d'articles propres ; ce qui revient à Pie XI, c'est d'avoir tenu la ligne au moment précis où la Communion anglicane la quittait.

Le pape face aux totalitarismes

Pie XI face aux trois totalitarismes — Non abbiamo bisogno contre la statolâtrie fasciste, Divini Redemptoris contre le communisme athée, Mit brennender Sorge contre l'idolâtrie nazie de la race et de l'État. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est sur ce terrain que Pie XI a marqué le plus profondément la mémoire. Au fil des années 1930, il dresse l'Église contre les trois idéologies totalitaires qui prétendent capter l'homme tout entier : le fascisme, le communisme et le nazisme.

Contre le fascisme : Non abbiamo bisogno (1931)

Dès 1931, le conflit éclate avec Mussolini sur le terrain de la jeunesse. Le régime fasciste veut dissoudre les associations de l'Action catholique et imposer un monopole sur l'éducation des jeunes. Le 29 juin 1931, Pie XI riposte par l'encyclique Non abbiamo bisogno — rédigée non en latin mais en italien, pour être comprise de tout le peuple — et fait passer le texte clandestinement hors d'Italie pour déjouer la censure.[72]

« Une véritable statolâtrie païenne, en complète opposition aussi bien avec les droits naturels de la famille qu'avec les droits surnaturels de l'Église. » — Non abbiamo bisogno, 29 juin 1931[73]

Le pape y dénonce la prétention de l'État à s'approprier les générations entières, « depuis le premier âge jusqu'à l'âge adulte ». Il y dénonce une « statolâtrie païenne » — l'idolâtrie de l'État.[74] C'est une rupture franche : moins de trois ans après avoir salué Mussolini, Pie XI montre que la réconciliation du Latran ne valait pas approbation du régime.

Contre le communisme : Divini Redemptoris (1937)

Le 19 mars 1937, l'encyclique Divini Redemptoris condamne le communisme athée, dont le pape avait pris la mesure dès Varsovie en 1920 et qu'il voyait à l'œuvre dans la persécution religieuse en URSS, au Mexique et en Espagne.[75] La condamnation est sans appel.

« Le communisme est intrinsèquement pervers, et l'on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne. » — Divini Redemptoris, 19 mars 1937[76]

Le pape ne se contente pas de condamner : il propose le remède social et spirituel — justice, charité, doctrine sociale, retour à Dieu —, dans la continuité de Quadragesimo anno.

Contre le nazisme : Mit brennender Sorge (1937)

Cinq jours plus tôt, le 14 mars 1937, Pie XI avait frappé le national-socialisme. Devant les violations répétées du Reichskonkordat et la montée du néo-paganisme racial, il publie Mit brennender Sorge (« avec une brûlante inquiétude »), encyclique exceptionnelle écrite directement en allemand.[77] Préparée avec le concours du cardinal Faulhaber de Munich et du secrétaire d'État Pacelli, elle est imprimée clandestinement, distribuée en secret, et lue en chaire dans toutes les églises catholiques d'Allemagne le dimanche des Rameaux, 21 mars 1937, prenant le régime par surprise.[78]

« Quiconque prend la race, ou le peuple, ou l'État, ou la forme de l'État, […] pour les détacher de l'échelle des valeurs terrestres et en faire la norme suprême de toutes choses, y compris des valeurs religieuses, et les diviniser par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l'ordre des choses créé et ordonné par Dieu. » — Mit brennender Sorge, 14 mars 1937[79]

Sans nommer Hitler, le texte condamne sans équivoque le mythe de la race et du sang, la divinisation de l'État et la falsification du christianisme. La réaction nazie est violente : saisies, fermeture d'imprimeries, durcissement de la persécution. Mit brennender Sorge reste le plus net acte de résistance doctrinale du Saint-Siège face au IIIᵉ Reich.

Le Mexique des Cristeros

Pie XI fut aussi le pape de la persécution mexicaine. Sous le régime anticlérical de Plutarco Elías Calles, l'Église du Mexique subit une répression brutale qui déclenche le soulèvement populaire des Cristeros (1926-1929), dont les martyrs tombaient en criant « ¡Viva Cristo Rey! » (« Vive le Christ-Roi ! »). Le pape proteste par trois encycliques : Iniquis afflictisque (18 novembre 1926), Acerba animi (29 septembre 1932) et Firmissimam constantiam (28 mars 1937, sur la situation religieuse au Mexique).[80][81][82] Le cri des Cristeros rejoint ainsi directement la devise du pontificat : la royauté du Christ, jusque dans le martyre.

La condamnation de l'Action française (1926)

Sur sa droite, enfin, Pie XI frappe le nationalisme catholique français. Le 29 décembre 1926, il condamne l'Action française de Charles Maurras, mouvement monarchiste influent dans les milieux catholiques, dont plusieurs écrits sont mis à l'Index en janvier 1927.[83] Le motif est doctrinal : Maurras, agnostique, subordonnait la religion à la politique (« politique d'abord ») et utilisait l'Église à des fins nationalistes. En condamnant un mouvement pourtant proche d'une partie du clergé, Pie XI affirme le primat du spirituel sur le politique — la même logique qui l'oppose au fascisme et au nazisme. La condamnation sera levée par Pie XII en 1939.

L'Action catholique, grande œuvre du laïcat

Au-delà des grands actes politiques, l'œuvre que Pie XI considérait comme la plus chère à son cœur est l'Action catholique. Annoncée dès Ubi arcano (1922), organisée et promue tout au long du règne, elle désigne la participation organisée des laïcs à la mission de l'Église, sous la conduite de la hiérarchie.[84][85] Associations de jeunes, d'hommes, de femmes, d'étudiants : il s'agit de rechristianiser la société de l'intérieur, dans les milieux professionnels, scolaires et familiaux.

C'est précisément cette Action catholique que les régimes totalitaires voulaient détruire, parce qu'elle dressait, face à l'embrigadement de masse, un réseau de consciences libres formées par l'Évangile. La défense acharnée de l'Action catholique italienne dans Non abbiamo bisogno montre l'importance que Pie XI lui accordait : pour lui, l'avenir de la foi se jouait dans la formation des laïcs.

Science, culture et rayonnement

Ancien homme de bibliothèque, Pie XI a doté la papauté d'outils modernes de savoir et de communication, et marqué son règne de grandes canonisations.

Radio Vatican, Académie des sciences, restaurations

Pie XI avec Guglielmo Marconi lors de l'inauguration de Radio Vatican le 12 février 1931 : la papauté entrait dans l'âge de la communication mondiale. Photographie d'archive, Wikimedia Commons.

Le 12 février 1931, Pie XI inaugure Radio Vatican, station construite à sa demande par Guglielmo Marconi, l'inventeur de la radio, dans le nouvel État de la Cité du Vatican.[86][87] Pour la première fois, la voix du pape peut être entendue dans le monde entier. En 1936, il refonde l'Académie pontificale des sciences, conçue comme un « sénat scientifique » réunissant les plus grands savants, croyants ou non, autour de la recherche de la vérité.[88] Le nouvel État vatican lui permet aussi de moderniser administrations, musées et bibliothèques.

Canonisations et jubilés

Pie XI a canonisé 34 saints et béatifié 511 serviteurs de Dieu.[89] Parmi les figures les plus marquantes : Thérèse de l'Enfant-Jésus (canonisée le 17 mai 1925), bientôt patronne des missions ; le curé d'Ars, Jean-Marie Vianney (1925) ; Bernadette Soubirous, la voyante de Lourdes (canonisée le 8 décembre 1933) ; Jean Bosco (canonisé à Pâques 1934) ; les martyrs anglais Thomas More et John Fisher (canonisés en 1935). Il proclama en outre Robert Bellarmin docteur de l'Église (1931) et fit de même pour Albert le Grand, canonisé et déclaré docteur le 16 décembre 1931.[90]

Il célébra deux Années saintes : l'Année sainte ordinaire de 1925, et le Jubilé extraordinaire de la Rédemption (1933-1934), pour le 1900ᵉ anniversaire de la mort et de la résurrection du Christ.[91] Toutes ces canonisations dessinent en creux le programme spirituel du règne : la sainteté concrète, missionnaire, mariale, sociale et martyre, comme réponse aux idéologies du siècle.

La mort et la postérité (1939)

Une fin à la veille d'un dernier combat

La tombe de Pie XI dans les grottes de la basilique Saint-Pierre : le pape de l'entre-deux-guerres meurt le 10 février 1939, vingt jours avant l'élection de son secrétaire d'État Eugenio Pacelli (2 mars 1939). Wikimedia Commons, photo de Kostisl, CC BY-SA.

Affaibli par une maladie cardiaque et par l'âge, Pie XI s'éteint au palais apostolique de la Cité du Vatican le 10 février 1939, à quatre-vingt-un ans, emporté par une crise cardiaque.[92][93] Sa mort survient à la veille du dixième anniversaire des Accords du Latran — qu'il devait commémorer le lendemain.

Le discours qui ne fut jamais prononcé

Car le pape mourant préparait un dernier combat. Pour le 11 février 1939, il avait convoqué tous les évêques d'Italie et rédigé un discours d'une fermeté inhabituelle contre les dérives du fascisme et du nazisme, qu'il avait déjà fait porter chez l'imprimeur secret du Vatican.[94] Sa mort la veille l'empêcha de le prononcer.

Selon l'historienne Emma Fattorini, le secrétaire d'État Pacelli — élu pape vingt jours plus tard, le 2 mars 1939 — aurait fait, le 15 février, recueillir et détruire les épreuves imprimées du discours.[95] L'ordre de recueillir ces textes, consigné par Mgr Domenico Tardini le 15 février 1939, relevait aussi des tâches ordinaires du camerlingue pendant la vacance du siège. Le texte du discours a d'ailleurs été conservé : la biographie officielle de Pie XI sur vatican.va précise qu'il fut rendu public par le pape Jean XXIII le 6 février 1959 (« reso noto dal Papa Giovanni XXIII il 6 febbraio 1959 »).[96]

L'encyclique cachée Humani generis unitas

Pie XI laissait aussi inachevée une encyclique au contenu prophétique. En juin 1938, alarmé par l'antisémitisme et les lois raciales, il avait secrètement commandé à trois jésuites, autour de l'Américain John LaFarge, un projet d'encyclique contre le racisme et l'antisémitisme, intitulé Humani generis unitas (« l'unité du genre humain »).[97] Le texte, d'environ cent pages, parvint au Vatican à l'automne 1938, mais le pape, déjà malade, ne le promulgua pas avant sa mort. Pie XII choisit de ne pas le publier tel quel, mais reprit des passages du projet dans sa première encyclique, Summi Pontificatus, le 20 octobre 1939. Cette « encyclique cachée » reste l'un des grands « et si » de l'histoire de l'Église au XXᵉ siècle.

Le verdict de l'histoire

Comment juger Pie XI ? L'histoire retient un pape bâtisseur et combattant. Sur le plan institutionnel, il a doté l'Église d'un territoire souverain, de douze concordats (conclus ou négociés entre 1922 et 1935)[98], d'une radio mondiale et d'une Action catholique organisée. Sur le plan missionnaire, il a fait naître les Églises locales d'Asie en sacrant leurs premiers évêques. Sur le plan doctrinal, il a institué la fête du Christ-Roi, déployé la doctrine sociale et défendu le mariage chrétien.

Mais c'est son courage face aux totalitarismes qui force le plus l'admiration. Tour à tour, il a dressé l'autorité morale de l'Église contre le fascisme, le communisme et le nazisme, sans jamais confondre la prudence diplomatique avec la complaisance. Là où on lui a reproché les ambiguïtés du Latran, on doit lui reconnaître la lucidité de Non abbiamo bisogno, de Mit brennender Sorge et du discours interrompu par la mort.

« Mais l'antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites. » — Propos du 6 septembre 1938, tenus en audience privée aux trois responsables de la Radio catholique belge, chargés de les redire aux 120 pèlerins belges (parole rapportée, non un acte officiel)[99]

Cette parole, lancée quelques mois avant sa mort au plus fort des persécutions antisémites, résume l'homme : ferme, direct, libre. Entre Benoît XV, pape de la guerre, et Pie XII, pape de la Seconde Guerre mondiale, Pie XI demeure le pape de l'entre-deux-guerres — celui qui voulut, contre le siècle, faire régner « la paix du Christ dans le règne du Christ ».

Pour aller plus loin

  • Le pape Benoît XV — son prédécesseur, le pape de la Première Guerre mondiale, qui l'envoya en mission en Pologne et le fit cardinal.
  • Le pape Pie XII — son secrétaire d'État et successeur, négociateur du Reichskonkordat, qui hérita de la Seconde Guerre mondiale.
  • Le pape Léon XIII (1810-1903) — l'auteur de Rerum novarum, dont Quadragesimo anno prolonge la doctrine sociale quarante ans plus tard.
  • Le pape saint Pie X — qui appela Achille Ratti à la Bibliothèque vaticane et dont il reprit le nom.
  • Le bienheureux Pie IX — le pape de la perte de Rome (1870) et de la question romaine que Pie XI résolut en 1929.
  • Le pape Léon XII (1760-1829) — qui condamna les sociétés secrètes par Quo graviora (1825), dans la même lignée de fermeté doctrinale.

Notes et références

  1. Numérotation usuelle des listes pontificales : Pie XI y est compté comme le 259ᵉ pape (Benoît XV 258ᵉ, Pie XII 260ᵉ) — ex. « Pius XI (259th Pope) », On This Day ; FSSPX.News, « Pius XI, The Pope of the Royalty of Jesus Christ » (« in 1922, he became the 259th pope of the Catholic Church »). La numérotation varie selon les listes (selon que l'on compte ou non les antipapes), d'où la précision « usuelle ».

    1
  2. Saint-Siège, Pio XI (1857-1939) — Achille Ratti, notice biographique officielle sur vatican.va — naissance à Desio, études romaines et trois doctorats de 1882, carrière à l'Ambrosienne puis à la Vaticane (appelé à Rome par Pie X comme vice-préfet en février 1912, préfet le 1er septembre 1914), mission en Pologne, archevêché de Milan et cardinalat, élection du 6 février 1922 ; précise aussi que le texte du discours préparé pour le 11 février 1939 fut « reso noto dal Papa Giovanni XXIII il 6 febbraio 1959 » (rendu public par le pape Jean XXIII le 6 février 1959).

    2 20 24 96
  3. F. Margiotta Broglio, « Pio XI, papa », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 84, Treccani, 2015 — études romaines et trois doctorats de 1882 : théologie à la Faculté pontificale de la Sapienza (13 mars), droit canon à l'Université grégorienne (9 juin), philosophie à l'Académie pontificale Saint-Thomas (23 juin). Précise aussi la séquence de 1919-1921 : sacre comme archevêque titulaire de Lépante le 28 octobre 1919, transfert au siège de Milan et création cardinalice au consistoire de juin 1921 (chapeau rouge au consistoire public du 15 juin), entrée solennelle à Milan le 8 septembre 1921. La date du 13 juin pour le transfert et la création est confirmée par la New Catholic Encyclopedia (« transferred him (June 13, 1921), making him archbishop of Milan and a cardinal ») et les listes cardinalices (consistoire de Benoît XV du 13 juin 1921).

    3 21 25 31 33
  4. « Pope Pius XI », Wikipedia (encyclopédie en ligne, recoupée avec Britannica et Encyclopedia.com) — naissance d'Ambrogio Damiano Achille Ratti le 31 mai 1857 à Desio, fils de Francesco Ratti (directeur d'une filature de soie) et de Teresa Galli, ordination le 20 décembre 1879, préfet de la Bibliothèque ambrosienne (1907), plus de vingt grandes courses alpines entre 1885 et 1913 (Mont Blanc, Cervin, pointe Dufour du Mont Rose en juillet 1889), visiteur puis nonce apostolique en Pologne (1918-1921), resté à Varsovie devant l'Armée rouge en août 1920, archevêque de Milan et cardinal le 13 juin 1921, élection le 6 février 1922 au quatorzième tour (« Pie est un nom de paix » : Pie IX, le pape de sa jeunesse, et Pie X, qui l'avait appelé à Rome), rétablissement de la bénédiction Urbi et Orbi au balcon extérieur, couronnement le 12 février 1922 par le cardinal Bisleti, six évêques chinois sacrés le 28 octobre 1926, inauguration de Radio Vatican le 12 février 1931, 34 saints canonisés et 511 béatifiés (listes dédiées « List of saints canonized by Pope Pius XI » et « List of people beatified by Pope Pius XI », dont des béatifications équipollentes ; Thérèse de Lisieux 1925, Jean-Marie Vianney 1925, Bernadette Soubirous 1933, Jean Bosco 1934, Thomas More et John Fisher 1935, Robert Bellarmin docteur 1931, Albert le Grand canonisé et docteur le 16 décembre 1931), mort le 10 février 1939 au palais apostolique d'une crise cardiaque, projet d'encyclique Humani generis unitas. Les faits de carrière (études, bibliothèques, Pologne) sont établis d'après la biographie officielle sur vatican.va et le Dizionario Biografico degli Italiani (voir notes). Pages consultées et recoupées le 4 octobre 2026.

    4 17 19 22 26 27 28 30 34 39 40 42 86 89 90 92
  5. « 1922 papal conclave », Wikipedia (recoupé avec cardinals.fiu.edu) — mort de Benoît XV le 22 janvier 1922, conclave ouvert le 2 février, division entre le parti intransigeant de Merry del Val (ligne Pie X) et le parti modéré de Gasparri (ligne Benoît XV), élection d'Achille Ratti le 6 février 1922 au quatorzième tour, rétablissement de la bénédiction Urbi et Orbi depuis la loggia extérieure de Saint-Pierre, abandonnée depuis 1870.

    5 35 36 37 41
  6. Pie XI, encyclique Ubi arcano Dei consilio, 23 décembre 1922 (texte sur vatican.va) — première encyclique du pontificat : diagnostic des maux du monde d'après-guerre (nationalismes, lutte des classes, abandon de Dieu), programme de restauration du règne du Christ résumé par la devise Pax Christi in Regno Christi ; l'encyclique y pose les bases de l'Action catholique (§ 58 : participation des laïcs aux œuvres de l'apostolat) — la formule textuelle de la « participation à l'apostolat hiérarchique » est celle de Non abbiamo bisogno (voir note).

    6 13 43 44 85
  7. Les douze accords du règne : « Twelve concordats were signed during his reign » (« douze concordats furent signés sous son règne », « Pope Pius XI and Germany », Wikipedia, recoupé avec la New Catholic Encyclopedia) — soit, dans l'ordre : Lettonie (1922), Bavière (1924), Pologne (1925), Lituanie (1927), Roumanie (1927), Tchécoslovaquie (modus vivendi conclu en janvier 1928, en vigueur le 2 février 1928), Italie et Prusse (1929), Bade (1932), Autriche (1933), Allemagne (Reichskonkordat, 20 juillet 1933), Yougoslavie (signé en 1935, jamais ratifié). Le Reichskonkordat, signé le 20 juillet 1933 par le cardinal secrétaire d'État Eugenio Pacelli (futur Pie XII) et le vice-chancelier Franz von Papen, fut systématiquement violé par le régime national-socialiste — ce qui mena à Mit brennender Sorge en 1937.

    7 66 67 98
  8. Paul Taguchi (cardinal-archevêque d'Osaka), The Catholic Church in Japan (brochure missionnaire, Catholic Truth Society ; texte reproduit sur ecatholic2000.com/cts) — Pope Pius XI stressed missionary work to such an extent that « he has been often called the Pope of the Missions » (« on l'a souvent appelé le pape des missions »). L'appellation est donc rapportée comme un surnom en usage, non comme un titre officiel.

    8
  9. L. Casella, « Pius XI's promotion of the Italian model of Catholic Action in the world-wide Church », Journal of Ecclesiastical History (Cambridge), pp. 758-784 — Pie XI « has frequently been referred to […] as "the pope of Catholic Action" » (« a souvent été présenté comme le pape de l'Action catholique »). Attestation au sommet : Pie XII, discours du 18 décembre 1949 pour le dévoilement du monument à Pie XI (texte sur pas.va) — « He was rightly called the Pope of Catholic Action » (« on l'a appelé à juste titre le pape de l'Action catholique »). L'appellation est donc rapportée comme un surnom en usage, non comme un titre officiel.

    9
  10. Pie XI, encyclique Mit brennender Sorge, 14 mars 1937 (texte allemand officiel sur vatican.va ; art. « Mit brennender Sorge », Wikipedia) — seule grande encyclique rédigée en allemand, préparée avec le cardinal Faulhaber de Munich et le secrétaire d'État Pacelli, imprimée clandestinement et lue en chaire dans toutes les églises catholiques d'Allemagne le dimanche des Rameaux 21 mars 1937. §12, texte allemand : « Wer die Rasse, oder das Volk, oder den Staat, oder die Staatsform […] aus dieser ihrer irdischen Wertskala herauslöst, sie zur höchsten Norm aller, auch der religiösen Werte macht und sie mit Götzenkult vergöttert, der verkehrt und fälscht die gottgeschaffene und gottbefohlene Ordnung der Dinge » (« quiconque prend la race, ou le peuple, ou l'État, ou la forme de l'État, pour les détacher de l'échelle des valeurs terrestres et en faire la norme suprême de toutes choses, y compris des valeurs religieuses, et les diviniser par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l'ordre des choses créé et ordonné par Dieu »). Condamnation du mythe de la race et du sang.

    10 77 78 79
  11. Pie XI, encyclique Divini Redemptoris, 19 mars 1937 (texte latin officiel sur vatican.va) — condamnation du communisme athée. Texte latin : « Communismus cum intrinsecus sit pravus, eidem nulla in re est adiutrix opera ab eo commodanda, cui sit propositum ab excidio christianum civilemque cultum vindicare » (« le communisme étant intrinsèquement pervers, on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne »). Dénonciation de la persécution religieuse en URSS, au Mexique et en Espagne ; proposition d'un remède fondé sur la justice, la charité et la doctrine sociale.

    11 75 76
  12. Emma Fattorini, Hitler, Mussolini and the Vatican — Pope Pius XI and the Speech That Was Never Made, Polity Press, 2011 (ouvrage consacré au discours préparé pour le 11 février 1939, voir son sous-titre) — discours préparé par Pie XI contre le fascisme et le nazisme pour le dixième anniversaire des Accords du Latran (11 février 1939), envoyé à l'imprimeur secret du Vatican ; mort du pape la veille (10 février 1939) ; selon E. Fattorini, le secrétaire d'État Pacelli, élu pape le 2 mars 1939, aurait ordonné le 15 février de recueillir et détruire les épreuves imprimées — ordre consigné par Mgr Domenico Tardini le 15 février 1939, qui relevait aussi des tâches ordinaires du camerlingue pendant la vacance du siège.

    12 94 95
  13. Pie XI, encyclique Quas primas, 11 décembre 1925 (textes latin et français officiels sur vatican.va) — institution de la fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ Roi : « […] festum D. N. Iesu Christi Regis instituimus, quotannis, postremo mensis Octobris dominico die […] » (« Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ-Roi. Nous ordonnons qu'elle soit célébrée dans le monde entier, chaque année, le dernier dimanche d'octobre »). § 18, texte latin : « Itaque, si quando regiam Christi potestatem homines privatim publiceque agnoverint, incredibilia iam beneficia […] civilem consortionem pervadere omnem necesse est » ; la citation du corps (« Si les hommes venaient à reconnaître… ») reprend verbatim la traduction française officielle (vatican.va), vérifiée mot à mot. L'encyclique ordonne aussi de renouveler chaque année, au jour du Christ-Roi, la consécration du genre humain au Sacré-Cœur : « ut eo ipso die generis humani Sacratissimo Cordi Iesu dedicatio quotannis renovetur ».

    14 15 54 55 56
  14. « Pius XI, Pope », dans la New Catholic Encyclopedia (article en ligne, reproduit sur encyclopedia.com, consulté le 4 octobre 2026) — carrière de bibliothécaire et d'homme de science, élévation tardive à l'épiscopat et au cardinalat, priorité donnée au clergé indigène dans les missions (d'aucun évêque autochtone de mission au début du règne à une quarantaine à sa mort), politique des concordats, Action catholique comme œuvre maîtresse du laïcat, affrontement avec le fascisme, le communisme et le national-socialisme, caractère ferme et savant, mort le 10 février 1939.

    16 32 61 63 64 84 93
  15. « Pius XI » et « Lateran Treaty », Encyclopædia Britannica (articles en ligne, consultés le 4 octobre 2026) — biographie d'Achille Ratti : érudition, bibliothèques ambrosienne et vaticane, mission polonaise, Accords du Latran de 1929 mettant fin à la question romaine et créant la Cité du Vatican, jugement d'ensemble sur un pontificat de reconstruction catholique.

    18 23 29 46 49
  16. « Papabile », Wikipedia — Achille Ratti (élu Pie XI en 1922) « was elected as a compromise candidate between the conservative faction headed by Rafael Merry del Val and the moderate faction headed by Pietro Gasparri » (« fut élu comme candidat de compromis entre la faction conservatrice de Merry del Val et la faction modérée de Gasparri »).

    38
  17. Pie XI, encyclique Non abbiamo bisogno, 29 juin 1931 (texte italien officiel sur vatican.va) — rédigée en italien et diffusée clandestinement hors d'Italie pour déjouer la censure fasciste, en réponse à la dissolution des associations de jeunesse de l'Action catholique. Texte original italien : « una vera e propria statolatria pagana non meno in pieno contrasto coi diritti naturali della famiglia che coi diritti soprannaturali della Chiesa » (« une véritable statolâtrie païenne, en complète opposition aussi bien avec les droits naturels de la famille qu'avec les droits surnaturels de l'Église ») ; dénonciation de la prétention de l'État à s'approprier les jeunes générations « depuis le premier âge jusqu'à l'âge adulte ».

    45 72 73 74
  18. Pactes du Latran, Traité entre le Saint-Siège et l'Italie, 11 février 1929, article 26 (texte officiel italien sur vatican.va) : « La Santa Sede […] dichiara definitivamente ed irrevocabilmente composta e quindi eliminata la « questione romana » » (« Le Saint-Siège déclare définitivement et irrévocablement composée, et donc éliminée, la « question romaine » ») — et non l'article premier, qui fait de la religion catholique la seule religion de l'État. Signataires au palais du Latran : Benito Mussolini (pour le royaume d'Italie) et le cardinal secrétaire d'État Pietro Gasparri (pour le Saint-Siège) ; traité reconnaissant la souveraineté du Saint-Siège sur l'État de la Cité du Vatican (44 hectares), convention financière indemnisant la perte des États pontificaux, concordat réglant les rapports Église-État italien.

    47 48 50 51
  19. Pie XI, allocution Vogliamo anzitutto aux professeurs et étudiants de l'Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, 13 février 1929 (texte italien sur vatican.va) — deux jours après la signature des Accords du Latran. Texte original italien : « crediamo di avere con esso ridato Dio all'Italia e l'Italia a Dio » (« nous croyons avoir, avec lui [le Concordat], redonné Dieu à l'Italie et l'Italie à Dieu »). C'est dans cette même allocution que Pie XI évoque, sans le nommer, « un homme comme celui que la Provvidenza » lui a « fait rencontrer » : « E forse ci voleva anche un uomo come quello che la Provvidenza Ci ha fatto incontrare ».

    52 53
  20. Pie XI, encyclique Miserentissimus Redemptor, 8 mai 1928 (texte sur vatican.va) — sur la réparation due au Sacré-Cœur de Jésus, dans le prolongement de la consécration du genre humain au Sacré-Cœur (Léon XIII, Annum sacrum, 1899), renouvelée chaque année au jour du Christ-Roi par Quas primas.

    57
  21. Congrégation pour la doctrine de la foi, Le Message de Fatima, 26 juin 2000 (texte sur vatican.va) — secret confié le 13 juillet 1917, d'après la Troisième Mémoire de Sœur Lucie du 31 août 1941 : « sous le pontificat de Pie XI en commencera une autre pire encore » ; le signe annoncé, « une nuit illuminée par une lumière inconnue », reconnu dans l'aurore boréale exceptionnelle de la nuit du 25 janvier 1938.

    58 59
  22. Pie XI, encyclique Rerum Ecclesiae, 28 février 1926 (texte sur vatican.va) — grande encyclique missionnaire : priorité absolue à la formation d'un clergé indigène appelé à diriger lui-même son Église, condamnation du préjugé colonial sur l'infériorité des peuples évangélisés (« quiconque considère ces indigènes comme une race inférieure et de peu d'intelligence se trompe lourdement »), développement des œuvres de coopération missionnaire.

    60 62
  23. New Catholic Encyclopedia, art. « Hayasaka, Januarius Kyunosuke » — sacré par Pie XI à Saint-Pierre « the first Japanese as bishop of Nagasaki on Oct. 30, 1927 » (premier évêque japonais, évêque de Nagasaki, sacré le 30 octobre 1927) ; liste des sacres épiscopaux de Pie XI.

    65
  24. Pie XI, encyclique Quadragesimo anno, 15 mai 1931 (textes latin et français officiels sur vatican.va) — publiée pour le quarantième anniversaire de Rerum novarum de Léon XIII, en pleine crise économique mondiale. Première formulation magistérielle du principe de subsidiarité (§ 79) : « sicut quae a singularibus hominibus proprio marte et propria industria possunt perfici, nefas est eisdem eripere et communitati demandare, ita quae a minoribus et inferioribus communitatibus effici praestarique possunt, ea ad maiorem et altiorem societatem avocare iniuria est et grave damnum et boni ordinis perturbatio » (« de même qu'on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur seule initiative, ainsi commettrait-on une injustice, en même temps qu'on troublerait d'une manière très dommageable l'ordre social, en retirant aux groupements d'ordre inférieur, pour les confier à une société plus vaste et plus élevée, les fonctions qu'ils sont en mesure de remplir eux-mêmes ») — même texte dans le corps. Condamnation conjointe du libéralisme économique sans frein et du collectivisme socialiste.

    68 69
  25. Pie XI, encyclique Casti connubii, 31 décembre 1930 (texte officiel sur vatican.va) — réponse à la conférence anglicane de Lambeth (1930) admettant la contraception ; réaffirmation de l'unité, de l'indissolubilité et de l'ouverture à la vie du mariage chrétien. Condamnation de la contraception : texte italien officiel « qualsivoglia uso del matrimonio, in cui per la umana malizia l'atto sia destituito della sua naturale virtù procreatrice, va contro la legge di Dio e della natura » (« tout usage du mariage dans l'exercice duquel, par la malice des hommes, l'acte est privé de sa puissance naturelle de procréation, va contre la loi de Dieu et de la nature »). Condamnation aussi de l'avortement, de la stérilisation eugénique et du divorce.

    70 71
  26. Pie XI, encyclique Iniquis afflictisque, 18 novembre 1926 (texte sur vatican.va) — protestation contre la persécution anticléricale de l'Église au Mexique sous le régime de Plutarco Elías Calles, contexte du soulèvement des Cristeros (1926-1929) et de leurs martyrs tombant au cri de « ¡Viva Cristo Rey! ».

    80
  27. Pie XI, encyclique Acerba animi, 29 septembre 1932 (texte sur vatican.va) — seconde protestation contre la persécution religieuse persistante au Mexique malgré les arrangements partiels de 1929.

    81
  28. Pie XI, encyclique Firmissimam constantiam, 28 mars 1937 (texte sur vatican.va, « sulla situazione religiosa in Messico ») — troisième protestation contre la persécution religieuse au Mexique, après Iniquis afflictisque (1926) et Acerba animi (1932).

    82
  29. « Charles Maurras » et « L'Action française », Wikipedia — condamnation de l'Action française par Pie XI le 29 décembre 1926, mise à l'Index de plusieurs écrits de Charles Maurras et du journal L'Action française en janvier 1927, motif doctrinal du primat du politique sur le spirituel (« politique d'abord ») chez Maurras agnostique, levée de la condamnation par Pie XII en 1939.

    83
  30. « Vatican Radio », Vatican News (vaticannews.va) et Wikipedia — inauguration de Radio Vatican le 12 février 1931, station construite à la demande de Pie XI par Guglielmo Marconi dans l'État de la Cité du Vatican ; premier message radiodiffusé du pape au monde entier.

    87
  31. « Pontifical Academy of Sciences », Wikipedia et pas.va — refondation de l'Académie pontificale des sciences par Pie XI en 1936, conçue comme un « sénat scientifique » de l'Église réunissant des savants de toutes croyances.

    88
  32. « Anni santi di Pio XI », Senato della Repubblica (antiquorum-habet.senato.it) et Wikipedia (it. « Papa Pio XI ») — Année sainte ordinaire de 1925 ; Jubilé extraordinaire de la Rédemption proclamé par la bulle Quod nuper (6 janvier 1933) pour le 1900ᵉ anniversaire de la mort et de la résurrection du Christ, ouvert le 2 avril 1933 et clos en avril 1934.

    91
  33. « Humani generis unitas », Wikipedia ; Georges Passelecq et Bernard Suchecky, L'Encyclique cachée de Pie XI — Une occasion manquée de l'Église face à l'antisémitisme, La Découverte, 1995 — projet d'encyclique contre le racisme et l'antisémitisme commandé en juin 1938 par Pie XI à trois jésuites autour de l'Américain John LaFarge (avec Gustav Gundlach et Gustave Desbuquois), texte d'environ cent pages parvenu au Vatican à l'automne 1938, resté non promulgué à la mort du pape et non publié tel quel par Pie XII, qui en reprit des passages dans Summi Pontificatus (20 octobre 1939).

    97
  34. Pie XI, propos du 6 septembre 1938 — parole rapportée, non un acte officiel : dite en audience privée aux trois responsables de la Radio catholique belge, chargés de la redire aux 120 pèlerins belges ; absente de L'Osservatore Romano et de Radio Vatican, connue par la presse catholique (La Libre Belgique, 14 septembre 1938, récit de Mgr Picard ; La Documentation catholique, 5 décembre 1938, col. 1460). Libellé : « Mais l'antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites. »

    99