Robert Bellarmin (en italien Roberto Bellarmino, 1542-1621) est un jésuite, cardinal et archevêque italien, l'un des plus grands théologiens de la Réforme catholique. Neveu du pape Marcel II, il fut le controversiste le plus redouté de son siècle face au protestantisme, le maître d'œuvre des immenses Disputationes de Controversiis, puis un prince de l'Église pauvre et désintéressé, avant d'être proclamé docteur de l'Église en 1931.[1][2]
Sa vie tient en un paradoxe fécond : ce savant prodigieux, capable de tenir tête à des nations entières et à des rois, fut aussi un homme d'oraison qui voulut mourir dans la pauvreté d'un simple religieux. Il appartient à cette génération de saints — saint Ignace de Loyola, saint Charles Borromée, saint Pierre Canisius, sainte Thérèse d'Avila — qui, au cœur de la crise née de la Réforme protestante, régénéra l'Église de l'intérieur par la science et la sainteté.[3][4]
Acteur des plus grandes controverses de son temps — la querelle du pouvoir indirect du pape, le conflit avec Jacques Iᵉʳ d'Angleterre, et les délicates affaires de Giordano Bruno et de Galilée —, Bellarmin reste, par-delà ces débats, le modèle du théologien à genoux : un docteur dont toute la science aboutit à l'amour de Dieu, comme le montrent ses écrits spirituels, lus et médités jusqu'à nos jours.[5][6]
Le contexte : le savant de la Réforme catholique
La bataille des idées au XVIᵉ siècle
Bellarmin naît un quart de siècle après les thèses de Luther, dans une chrétienté déchirée par la Réforme protestante. Le combat ne se joue plus seulement sur le terrain de la discipline et des mœurs — celui où brillera saint Charles Borromée — mais sur celui de la doctrine. Les réformateurs ont produit une formidable littérature ; l'Église catholique manque encore d'une synthèse théologique capable de répondre, point par point, à toutes les controverses soulevées. C'est cette tâche colossale que la Providence confiera au jeune jésuite de Montepulciano.[7][8]
La Compagnie de Jésus, armée de la réforme doctrinale
La Compagnie de Jésus, fondée par saint Ignace de Loyola en 1540, s'est donné pour mission la défense et la propagation de la foi par l'enseignement. En quelques décennies, ses collèges quadrillent l'Europe catholique. Le Collège romain (l'actuelle université grégorienne), fondé en 1551, devient le foyer intellectuel de la Réforme catholique. C'est là que Bellarmin occupera la chaire de controverse, et c'est de ses cours que naîtra l'arsenal théologique de tout un siècle.[9][10]
Les origines : Montepulciano et l'entrée chez les jésuites (1542-1569)
Naissance à Montepulciano (1542)
Robert Bellarmin naît le 4 octobre 1542 à Montepulciano, petite cité de Toscane, dans une famille noble mais appauvrie.[11][12] Son père, Vincenzo Bellarmino, est un seigneur sans grande fortune ; sa mère, Cinzia Cervini, est la sœur du cardinal Marcello Cervini, qui régnera quelques semaines en 1555 sous le nom de Marcel II. L'enfant est pieux, doué, et passionné de lettres. On dit qu'il composait déjà des vers latins et savait par cœur des poèmes de Virgile.[13]
Le jeune jésuite (1560)
Malgré les projets de son père, qui rêvait pour lui d'une brillante carrière, Robert demande à entrer dans la Compagnie de Jésus. Il est reçu au noviciat romain le 20 septembre 1560 et prononce ses premiers vœux le lendemain.[14] Il a dix-sept ans. Sa santé fragile et de fréquentes maladies l'accompagneront toute sa vie, sans jamais ralentir son labeur.
Les études : Padoue et Louvain
Après trois ans de philosophie au Collège romain, Bellarmin enseigne les humanités à Florence puis à Mondovì.[15] Il commence la théologie à Padoue en 1567, puis on l'envoie en 1569 l'achever à l'université de Louvain, dans les Pays-Bas, alors l'un des grands champs de bataille entre catholiques et protestants.[16][17] Il y est ordonné prêtre en 1570.[18][19]
Le professeur de controverse (1569-1592)
Louvain : un prédicateur écouté jusqu'en Angleterre
À Louvain, Bellarmin se révèle un prédicateur d'exception. Sa réputation franchit les frontières : des protestants venaient, dit-on, d'Angleterre et de Hollande pour l'entendre.[20] Il y mène aussi ses premières grandes batailles intellectuelles, notamment contre le baianisme. Sept ans de séjour dans les Pays-Bas font de lui un connaisseur intime de la pensée réformée — connaissance qui nourrira son œuvre maîtresse.
La chaire de controverse au Collège romain
Rappelé en Italie en 1576, Bellarmin reçoit la chaire de controverse du Collège romain, créée pour former les prêtres à répondre aux objections protestantes.[21] Pendant onze ans, il y expose méthodiquement, avec une honnêteté et une érudition reconnues même de ses adversaires, l'ensemble des questions disputées entre Rome et la Réforme.
Les Disputationes de Controversiis (1586, 1588, 1593)
De ces leçons naît le grand monument de sa vie : les Disputationes de Controversiis christianae fidei adversus hujus temporis haereticos — « Disputes sur les controverses de la foi chrétienne contre les hérétiques de ce temps » —, publiés en trois volumes à Ingolstadt en 1586, 1588 et 1593.[22][23] L'ouvrage examine, avec une ampleur inégalée, toutes les questions débattues : l'Écriture et la Tradition, le Christ, le pape, les conciles, l'Église, les sacrements, la grâce, le purgatoire, les saints. Sa force tenait à une méthode neuve : exposer d'abord l'objection adverse dans toute sa rigueur, citer fidèlement les auteurs protestants, puis répondre. La probité de l'exposé était telle que certains réformateurs crurent l'œuvre écrite par un collectif d'auteurs ; on imagina même, en pays protestant, qu'un seul homme ne pouvait avoir une telle maîtrise des deux camps.[24]
Recteur du Collège romain et la révision de la Vulgate
Devenu recteur du Collège romain en 1592, Bellarmin est chargé d'une mission délicate : siéger à la commission finale chargée de réviser la Bible latine. Le pape Sixte V avait fait imprimer en 1590 une édition de la Vulgate truffée de fautes. Après sa mort, il fallait corriger l'ouvrage sans déshonorer la mémoire du pontife. Bellarmin trouva la solution : republier le texte amendé en attribuant les premières erreurs à la hâte des imprimeurs. C'est lui qui rédigea la préface de la Vulgate sixto-clémentine (1592), restée en usage pendant des siècles.[25]
Le théologien des grandes controverses
Le pouvoir indirect du pape (potestas indirecta)
La thèse la plus célèbre — et la plus disputée — de Bellarmin concerne les rapports entre le pape et les princes. Contre les régalistes, qui voulaient soumettre l'Église au pouvoir civil, et contre certains ultramontains, qui attribuaient au pape une domination temporelle directe sur le monde entier, Bellarmin défendit une position d'équilibre : le pape n'a pas de juridiction directe sur les affaires temporelles, mais un pouvoir indirect (potestas indirecta) ; il peut intervenir dans le domaine civil uniquement quand le salut des âmes l'exige.[26][27]
Entre deux feux : Sixte V et l'Index
Cette thèse modérée valut à Bellarmin d'être attaqué des deux côtés. Le pape Sixte V, jugeant qu'elle ne donnait pas assez de pouvoir au Saint-Siège, voulut mettre les Disputationes à l'Index en 1590 ; seule la mort du pontife arrêta la procédure.[28] En 1610, son Tractatus de potestate Summi Pontificis in rebus temporalibus, réplique à William Barclay, fut au contraire jugé trop favorable au pape par le parlement de Paris, qui le fit brûler.[29] Être condamné tour à tour comme trop romain et pas assez romain est, pour un théologien, le signe d'une rare justesse.
La querelle avec Jacques Iᵉʳ d'Angleterre
Après l'attentat de la Conspiration des poudres (1605), le roi Jacques Iᵉʳ d'Angleterre imposa aux catholiques un serment d'allégeance niant tout pouvoir du pape de déposer un souverain. Bellarmin répondit au roi — qui écrivait lui-même des pamphlets — par une longue série d'ouvrages polémiques, défendant la liberté de l'Église et le droit des consciences catholiques.[30][31] Il croisa de même le fer avec l'écossais William Barclay, partisan du droit divin absolu des rois.[32]
Venise et Paolo Sarpi
En 1606, lorsque la République de Venise entra en conflit ouvert avec Rome et fut frappée d'interdit, Bellarmin engagea une nouvelle bataille de plume contre le théologien servite Paolo Sarpi, défenseur des prétentions vénitiennes.[33] Le tableau ci-dessous récapitule les grandes controverses où il fut engagé.
| Controverse | Adversaire(s) | Enjeu |
|---|---|---|
| Disputationes de Controversiis | Protestants (Luther, Calvin, Chemnitz…) | Synthèse doctrinale catholique |
| Pouvoir indirect du pape | Régalistes et ultramontains extrêmes | Rapports Église-État |
| Serment d'allégeance | Jacques Iᵉʳ d'Angleterre, W. Barclay | Liberté de l'Église, déposition des princes |
| Interdit de Venise (1606) | Paolo Sarpi, République de Venise | Juridiction ecclésiastique |
Le cardinal et l'archevêque (1599-1605)
Créé cardinal par Clément VIII (1599)
Le 3 mars 1599, le pape Clément VIII crée Bellarmin cardinal, déclarant, selon ses biographes, que « l'Église de Dieu n'avait pas son égal en science ».[34] Le jésuite, qui avait toujours fui les honneurs, accepta par obéissance. Devenu prince de l'Église, il ne changea rien à sa vie : il continua de vivre pauvrement, donnant aux pauvres ce qu'un cardinal dépensait d'ordinaire en faste.
« On rapporte qu'il ne garnit jamais les murs de sa maison que de simples tentures ; qu'il vécut presque uniquement de pain et d'ail, comme les pauvres ; et qu'il employa les revenus de son évêché à secourir les indigents. » — Tradition hagiographique sur la pauvreté du cardinal Bellarmin[35]
L'archevêque pasteur de Capoue (1602-1605)
En 1602, Clément VIII le nomme archevêque de Capoue et le sacre lui-même.[36][37] Bellarmin, le grand théoricien de la réforme, devient alors un pasteur de terrain exemplaire, appliquant à la lettre les décrets du concile de Trente : visites, prédication, catéchisme, soin des pauvres. Le savant qui avait écrit sur l'évêque idéal s'efforça d'en être un.
Le serviteur de la Curie romaine
À la mort de Clément VIII (1605), Bellarmin participe à deux conclaves successifs la même année. Son nom fut lui-même prononcé pour le souverain pontificat, mais il s'y déroba. Le nouveau pape, Paul V, voulut le retenir à Rome. Bellarmin renonça alors à son archevêché de Capoue pour se consacrer entièrement aux congrégations romaines — le Saint-Office, l'Index, les Rites — où il déploya jusqu'à la fin sa science et sa prudence.[38][39]
Les affaires sensibles : Giordano Bruno et Galilée
Le procès de Giordano Bruno (1600)
Comme cardinal inquisiteur, Bellarmin fut mêlé au procès du philosophe Giordano Bruno, condamné et brûlé en 1600 pour ses thèses jugées hérétiques.[40] L'épisode appartient à une époque où le pouvoir civil punissait de mort l'hérésie obstinée, et où l'Église romaine ne faisait pas exception aux mœurs judiciaires de son temps. L'honnêteté historique demande de le rappeler sans anachronisme : on ne saurait juger un homme du XVIᵉ siècle avec les critères du XXIᵉ, ni faire de Bellarmin un fanatique — lui qui fut, dans tous ses écrits, un esprit de mesure et de rigueur.
La lettre à Foscarini et l'admonition de Galilée (1615-1616)
L'affaire la plus connue est celle de Galilée. En 1615, le carme Paolo Antonio Foscarini publia un livre soutenant que l'héliocentrisme de Copernic était compatible avec l'Écriture. Bellarmin lui répondit le 12 avril 1615 par une lettre d'une lucidité remarquable. Il y posait une règle d'or, encore citée aujourd'hui par les historiens des sciences : si l'héliocentrisme venait à être vraiment démontré, ce serait à l'interprétation de l'Écriture de s'ajuster, et non l'inverse.
« Si l'on avait une véritable démonstration que le soleil est au centre du monde et la terre dans le troisième ciel, et que le soleil ne tourne pas autour de la terre mais la terre autour du soleil, alors il faudrait procéder avec une grande prudence dans l'explication des Écritures qui semblent contraires, et dire plutôt que nous ne les comprenons pas, que de dire que ce qui est démontré est faux. Mais je ne croirai pas qu'il y ait une telle démonstration tant qu'on ne me l'aura pas montrée. » — Cardinal Robert Bellarmin, Lettre à Foscarini, 12 avril 1615[41]
La position de Bellarmin était celle de la science de son temps : tant qu'une preuve décisive manquait — et elle manquait alors —, l'héliocentrisme devait être tenu pour une hypothèse féconde, non pour une vérité établie. C'est au nom du Saint-Office qu'en février 1616, sur ordre du pape, le cardinal notifia à Galilée le décret prudentiel demandant de ne pas tenir le copernicianisme comme une thèse certaine.[42][43][44] Bellarmin, qui estimait personnellement Galilée, lui délivra plus tard une attestation précisant qu'il n'avait été ni condamné ni contraint d'abjurer, mais simplement averti.[45]
La physionomie spirituelle : un cardinal pauvre
Le directeur de saint Louis de Gonzague
Au cœur de cette vie de savant et d'homme d'État, Bellarmin fut surtout un maître spirituel. Il fut le directeur de conscience du jeune jésuite saint Louis de Gonzague, mort à vingt-trois ans en soignant les pestiférés de Rome.[46] Le cardinal voua à ce saint adolescent une telle vénération qu'il demanda, des années plus tard, à être enseveli près de lui. Sa volonté fut exaucée : son corps repose aujourd'hui derrière une vitre, sous un autel latéral de l'église Saint-Ignace de Rome, à côté de celui de son ancien pénitent.[47][48]
L'écrivain spirituel : L'Échelle du Ciel
Pendant les rares loisirs que lui laissaient les affaires publiques, Bellarmin composa une série de traités spirituels d'une grande profondeur. Le plus célèbre, le De ascensione mentis in Deum — « L'Élévation de l'âme à Dieu », ou L'Échelle du Ciel (1615) — propose de remonter vers Dieu par la contemplation des créatures, en quinze degrés, à l'imitation de l'Itinéraire de saint Bonaventure.[49] L'auteur y explique son projet :
« Pendant un peu de repos que m'ont laissé les affaires publiques, encouragé par l'exemple de saint Bonaventure qui, dans un loisir semblable, composa l'Itinéraire de l'âme vers Dieu, j'ai essayé de former, au moyen des créatures, une échelle pour monter jusqu'à Dieu : je l'ai partagée en quinze échelons. » — Saint Robert Bellarmin, L'Échelle du Ciel, préface[50]
Le premier degré est la connaissance de soi, qui ramène l'âme à son néant et à Dieu son créateur :
« Désirez-vous sincèrement de vous élever à Dieu ? Commencez par apprendre à vous connaître vous-même. […] Si je cherche à connaître mon créateur, je ne trouve que Dieu ; si je désire connaître la matière dont il m'a formé, je rencontre le néant. » — Saint Robert Bellarmin, L'Échelle du Ciel, premier degré[51]
De cette considération naît la grande leçon du livre, et de toute sa vie — l'humilité :
« Vous serez donc sage, ô mon âme, si vous vous placez toujours au dernier rang. Gardez-vous de jamais ravir la gloire de Dieu ; descendez dans votre néant, qui seul vous appartient, et dès lors le monde entier ne saurait vous inspirer de l'orgueil. » — Saint Robert Bellarmin, L'Échelle du Ciel, premier degré[52]
Bellarmin y rappelle aussi, en pasteur, que l'homme d'Église accablé d'affaires ne doit jamais sacrifier l'oraison, car « la nourriture de l'âme, c'est l'oraison ; son sommeil, c'est la contemplation ».[53]
L'art de bien mourir
Le cardinal écrivit encore le De arte bene moriendi — « L'art de bien mourir » (1620) —, l'De aeterna felicitate sanctorum sur la félicité du Ciel (1616), et le De gemitu columbae sur le don des larmes (1617).[54] Toute cette œuvre spirituelle dit la même chose : la science n'a de prix que si elle conduit à Dieu. Le plus grand controversiste de son siècle voulut finir comme un moine en prière.
La mort et la gloire
Les derniers jours (1621)
À l'été 1621, sentant ses forces décliner, Bellarmin obtint de se retirer au noviciat jésuite de Saint-André (Sant'Andrea al Quirinale) pour s'y préparer à la mort.[55][56] Le pape Grégoire XV vint en personne visiter le cardinal mourant. Bellarmin l'accueillit par les paroles de l'humble centurion de l'Évangile, qui résument toute sa physionomie :
« Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez… » (Domine, non sum dignus ut intres…) — Saint Robert Bellarmin au pape Grégoire XV, sur son lit de mort[57]
Il s'éteignit le 17 septembre 1621, à soixante-dix-huit ans, le jour même où, trois siècles plus tard, il serait proclamé docteur de l'Église.
Béatification, canonisation, docteur de l'Église
La réputation de sainteté de Bellarmin était immense, mais sa cause fut longue et contrariée. Sa double qualité de jésuite et de théoricien du pouvoir indirect heurtait des intérêts politiques ; la canonisation fut plusieurs fois ajournée. Il fallut attendre le pontificat de Pie XI pour qu'elle aboutisse : Bellarmin fut béatifié le 13 mai 1923, canonisé le 29 juin 1930, et proclamé docteur de l'Église le 17 septembre 1931.[58][59]
| Étape | Date | Pape |
|---|---|---|
| Naissance | 4 octobre 1542 | — |
| Entrée chez les jésuites | 20 septembre 1560 | — |
| Création cardinalice | 3 mars 1599 | Clément VIII |
| Archevêque de Capoue | 1602 | Clément VIII |
| Mort | 17 septembre 1621 | — |
| Béatification | 13 mai 1923 | Pie XI |
| Canonisation | 29 juin 1930 | Pie XI |
| Docteur de l'Église | 17 septembre 1931 | Pie XI |
Patronages et héritage
Saint Robert Bellarmin demeure le patron des catéchistes et des canonistes — c'est-à-dire de ceux qui enseignent la foi et de ceux qui servent le droit de l'Église.[60] Sa fête, longtemps célébrée le 13 mai, fut fixée au 17 septembre, jour de sa mort, dans le calendrier réformé après 1969.[61] Ses petits catéchismes (la Dottrina cristiana breve, 1597) furent traduits en des dizaines de langues et instruisirent des générations de fidèles. Mais son héritage le plus durable est d'avoir prouvé qu'on peut être à la fois le plus savant des hommes et le plus humble, et que la vraie théologie, loin de dessécher l'âme, la conduit jusqu'à Dieu.
« La nourriture de l'âme, c'est l'oraison ; son sommeil, c'est la contemplation, par laquelle elle médite dans son cœur les moyens de s'élever, afin de voir le Dieu des dieux dans la céleste Sion. » — Saint Robert Bellarmin, L'Échelle du Ciel, préface[62]
Pour aller plus loin
- Saint Ignace de Loyola (1491-1556) — le fondateur de la Compagnie de Jésus, à laquelle Bellarmin consacra sa vie.
- La fondation de la Compagnie de Jésus (1521-1556) — l'ordre qui forma et porta son œuvre.
- Saint Louis de Gonzague (1568-1591) — le jeune jésuite dont il fut le directeur spirituel et près de qui il repose.
- Saint Charles Borromée (1538-1584) — l'évêque réformateur, autre grande figure de la Réforme catholique.
- Saint Pierre Canisius (1521-1597) — le jésuite catéchiste, docteur de l'Église comme lui.
- Le concile de Trente (1545-1563) — le concile dont il défendit et appliqua les décrets.
- La Réforme catholique — le grand mouvement de régénération dont il fut le théologien.
Notes et références
Wikipedia (EN), « Robert Bellarmine » : en.wikipedia.org. Notice de référence : full name Roberto Francesco Romolo Bellarmino, born 4 October 1542 at Montepulciano (Grand Duchy of Tuscany), son of Vincenzo Bellarmino and Cinzia Cervini, sister of Pope Marcellus II ; entered the Jesuit novitiate in Rome in 1560, ordained priest in 1570 (Louvain) ; professor and rector of the Roman College ; Disputationes de Controversiis (3 vol., Ingolstadt, 1586, 1588, 1593) ; created cardinal 3 March 1599 by Clement VIII ; Archbishop of Capua 1602-1605 ; as Cardinal Inquisitor participated in the trial of Giordano Bruno (1600) ; in 1616 notified Galileo of the Holy Office decree, later issuing a certificate that Galileo had merely been notified, not forced to abjure ; controversy with King James I over the oath of allegiance and with William Barclay ; spiritual director of St Aloysius Gonzaga, buried beside him in the Church of Sant'Ignazio, Rome ; small catechism Dottrina cristiana (1597-98) ; died 17 September 1621 in Rome ; beatified 13 May 1923, canonized 29 June 1930, declared Doctor of the Church 1931 by Pius XI ; feast 17 September (formerly 13 May) ; patron of catechists and canon lawyers.
1 8 9 11 17 24 31 37 40 42 45 46 47 58 60 61Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1907-1912), « St. Robert Bellarmine », texte sur newadvent.org : newadvent.org. Notice détaillée : naissance le 4 octobre 1542 à Montepulciano, père Vincenzo Bellarmino, mère Cinthia Cervini sœur de Marcel II ; entrée chez les jésuites le 20 septembre 1560, premiers vœux le 21 ; humanités à Florence et Mondovì, théologie à Padoue (1567) puis Louvain (1569), ordination et prédication à Louvain ; rappel en Italie en 1576, chaire de controverse au Collège romain ; commission finale de la Vulgate sixto-clémentine et rédaction de la préface ; doctrine du pouvoir indirect condamnée comme trop régaliste par Sixte V (1590) puis comme trop papaliste (parlement de Paris, 1610) ; cardinal en 1599 (« the Church of God had not his equal in learning ») ; archevêque de Capoue 1602, sacré par Clément VIII ; controverses avec Jacques Iᵉʳ, William Barclay, Paolo Sarpi et Venise (1606) ; écrits spirituels De ascensione mentis in Deum (1615), De aeterna felicitate sanctorum (1616), De gemitu columbae (1617), De septem verbis Christi (1618), De arte bene moriendi (1620) ; catéchismes Dottrina cristiana breve et Dichiarazione (1598) ; affaire Galilée (notification de 1616) ; mort le 17 septembre 1621 après s'être retiré à Sant'Andrea ; cause introduite sous Urbain VIII, canonisation par Pie XI en 1930, docteur de l'Église en 1931, patron des catéchistes.
2 6 7 10 12 13 14 15 16 21 23 25 26 28 29 30 32 33 34 35 36 39 43 54 56Wikipédia (FR), « Robert Bellarmin » : fr.wikipedia.org. Notice biographique francophone de référence : jésuite, cardinal et théologien italien (1542-1621), neveu du pape Marcel II, ordonné prêtre en 1570 à Louvain, professeur de controverse au Collège romain, auteur des Controverses, cardinal en 1599, archevêque de Capoue, docteur de l'Église ; recoupement des dates de naissance, d'ordination, de création cardinalice, de mort et de canonisation.
3Encyclopædia Britannica, « Saint Robert Bellarmine, Jesuit, Cardinal, Doctor of the Church » : britannica.com. Confirme : Italian Jesuit (1542-1621), professor and rector of the Roman College, Archbishop of Capua (1602), l'une des figures majeures de la Contre-Réforme, canonisé par Pie XI en 1930 et nommé docteur de l'Église en 1931.
4 59Saint Robert Bellarmin, De ascensione mentis in Deum — L'Élévation de l'âme à Dieu, ou L'Échelle du Ciel (1615), traduction française de l'abbé Candèze, approbation de l'évêché de Saint-Flour (10 mai 1833), texte intégral consulté sur jesusmarie.com et conservé dans la bibliothèque locale (Écrits des saints et mystiques, « 1621 — Saint Robert Bellarmin »). La Notice de cette édition résume la biographie (naissance à Montepulciano en 1542, jésuite à 18 ans, théologie à Louvain, prédication écoutée des protestants venus d'Angleterre et de Hollande, professeur de controverse choisi par Grégoire XIII, cardinal sous Clément VIII, archevêque de Capoue le 21 avril 1602, démission de l'archevêché sous Paul V, mort en 1621 au noviciat des jésuites, visite de Grégoire XV au cardinal mourant et parole « Domine, non sum dignus ut intres »). Passages spirituels cités textuellement : la préface sur l'échelle en quinze degrés à l'imitation de saint Bonaventure ; le premier degré (« commencez par apprendre à vous connaître vous-même », « si je cherche à connaître mon créateur, je ne trouve que Dieu ; si je désire connaître la matière dont il m'a formé, je rencontre le néant ») ; l'exhortation à l'humilité (« placez-vous toujours au dernier rang… descendez dans votre néant ») ; et la formule sur l'oraison (« la nourriture de l'âme, c'est l'oraison ; son sommeil, c'est la contemplation »).
5 20 38 49 50 51 52 53 55 57 62Benoît XVI, audience générale du 23 février 2011 consacrée à saint Robert Bellarmin : vatican.va. Retrace les études de philosophie et de théologie (Collège romain, Padoue, Louvain) et situe l'ordination sacerdotale en 1570, suivie de quelques années d'enseignement théologique à Louvain. Le jour exact varie selon les notices secondaires et n'est pas tranché ici : l'article s'en tient à l'année 1570.
18Compagnie de Jésus, page « Saint Robert Bellarmine » : jesuits.global. Confirme l'ordination en 1570, l'année même où les jésuites ouvrirent leur propre théologat à Louvain, dont Bellarmin fut le premier professeur jésuite.
19Encyclopædia Britannica, « Disputationes de controveriis Christianae fidei adversus huius temporis haereticos, work by Bellarmine » : britannica.com. Donne l'ouvrage en 3 volumes (1586-1593) ; la première édition d'Ingolstadt parut en trois volumes en 1586, 1588 et 1593 (cf. aussi la page de titre du tome I datée de 1586, numérisée par la Bayerische Staatsbibliothek et reproduite dans cet article). La fourchette « 1581-1593 » reprise de l'ancienne Britannica de 1911 n'est pas retenue.
22John Courtney Murray, « St. Robert Bellarmine on the Indirect Power », Theological Studies (1948), Woodstock Theological Library, Georgetown University : library.georgetown.edu. Étude de référence sur la potestas indirecta : le pape n'a pas de pouvoir temporel direct, mais un pouvoir spirituel qui s'étend indirectement au temporel quand le salut des âmes l'exige.
27Cardinal Robert Bellarmin, Lettre au P. Paolo Antonio Foscarini, 12 avril 1615. Traduction française d'après le texte latin et les traductions anglaises de référence (Famous Trials, UMKC ; Inters.org, « At the Roots of the 1616 Decree »). Texte anglais : « I say that if there were a true demonstration that the sun is at the center of the world and the earth in the third heaven, and that the sun does not circle the earth but the earth circles the sun, then one would have to proceed with great care in explaining the Scriptures that appear contrary; and say rather that we do not understand them than that what is demonstrated is false. But I will not believe that there is such a demonstration, until it is shown me. » Voir inters.org.
41Procès de Galilée — documents de référence, Famous Trials (Douglas O. Linder, University of Missouri–Kansas City School of Law), dossier « The Trial of Galileo » : famous-trials.com. Reproduit l'admonition de février 1616 et l'attestation délivrée par le cardinal Bellarmin à Galilée (mai 1616), précisant que celui-ci n'avait pas abjuré ni subi de pénitence, mais avait seulement été informé du décret de la Congrégation de l'Index sur l'héliocentrisme.
44Église Saint-Ignace de Rome (Sant'Ignazio di Loyola in Campo Marzio), notice officielle sur les tombeaux de saint Robert Bellarmin et de saint Louis de Gonzague : chiesasantignazio.it. Le corps de saint Robert Bellarmin est exposé, revêtu de la pourpre cardinalice, sous un autel latéral de l'église, à côté de celui de saint Louis de Gonzague, dont il fut le directeur spirituel et près de qui il avait demandé à être enseveli.
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