La Compagnie de Jésus (en latin Societas Iesu, abrégée S.I. ou S.J.) est un ordre religieux catholique fondé à Rome par Ignace de Loyola et six compagnons d'études, et approuvé par le pape Paul III le 27 septembre 1540 par la bulle Regimini militantis Ecclesiae[1]. Sa fondation s'étend sur trente-cinq années, de la blessure d'Ignace au siège de Pampelune (20 mai 1521) à la mort du fondateur (31 juillet 1556), les Constitutions étant alors pour l'essentiel achevées (promulguées en 1558). Cet article décrit la fondation proprement dite : la conversion d'Ignace, la formation du premier groupe à Paris, le vœu de Montmartre, la marche vers Rome, la rédaction des « Cinq Chapitres », l'approbation pontificale et la mise en place de l'institut.
L'ordre se distingue d'emblée des traditions monastiques antérieures par plusieurs ruptures voulues : absence d'office choral, pas d'habit religieux distinctif, mobilité apostolique mondiale, formation intellectuelle prolongée et un quatrième vœu d'obéissance directe au Pape pour les missions[2]. Conçue dans le climat de crise de la chrétienté latine secouée par la Réforme protestante et par l'expansion ibérique vers les Indes et l'Amérique, la Compagnie devient en moins d'une génération le principal instrument missionnaire, éducatif et théologique de la Réforme catholique.
Cet article traite uniquement de la période fondatrice (1521-1556). Pour l'histoire ultérieure — collèges, missions, suppression en 1773 par Clément XIV, rétablissement en 1814 par Pie VII, jésuites contemporains — voir l'article séparé sur la Compagnie de Jésus prévu en complément. Pour la biographie complète d'Ignace, voir Saint Ignace de Loyola.
Pourquoi une « Compagnie de Jésus » ?
Le contexte religieux : une chrétienté fracturée
La fondation de la Compagnie s'inscrit dans le contexte d'une double crise sans précédent depuis le Grand Schisme d'Occident (1378-1417). En 1517, Martin Luther affiche ses 95 thèses à Wittenberg ; en 1521, à la Diète de Worms, il rompt définitivement avec Rome. Protégé par l'électeur Frédéric le Sage en Saxe, le luthéranisme gagne dans les années 1520 plusieurs territoires de l'Empire allemand. À Zurich, Zwingli prêche un évangélisme radical dès 1519 ; dans les années 1530, la rupture s'étend : l'Angleterre d'Henri VIII se sépare de Rome par l'Acte de Suprématie (adopté le 3 novembre 1534, sanction royale le 18 décembre 1534)[3], tandis qu'à Genève Guillaume Farel prépare le terrain à Calvin, arrivé en 1536. La cohésion millénaire de la chrétienté latine s'effondre.
À cette crise externe s'ajoute une crise interne : absentéisme épiscopal, cumul des bénéfices, ignorance théologique du bas clergé, vénalité curiale. Le rapport Consilium de emendanda Ecclesia rédigé en 1537 par les cardinaux Contarini, Carafa, Pole et Sadolet à la demande de Paul III dresse un constat sans concession des abus de la Curie[4]. Aucun manuel de doctrine ne fait autorité ; le Concile de Trente n'est pas encore ouvert.
C'est dans ce climat qu'apparaissent presque simultanément, entre 1524 et 1540, plusieurs instituts nouveaux d'un type inédit : les Théatins (1524) et les Barnabites (1530), clercs réguliers ; les Capucins (1525, approuvés en 1528), réforme mendiante franciscaine ; les Ursulines (1535), compagnie de femmes sans clôture ; enfin la Compagnie de Jésus (1540)[5]. Tous partagent une exigence commune : vie commune sans clôture monastique stricte, prédication itinérante, action apostolique mobile.
Le contexte géographique : la première mondialisation catholique
En 1521, l'année même où Ignace est blessé à Pampelune, Hernán Cortés achève la conquête de l'Empire aztèque ; en 1532-1533, Francisco Pizarro soumet l'Empire inca ; en 1542, François Xavier débarque à Goa. Les couronnes ibériques exigent du Saint-Siège des missionnaires en quantité, mais les ordres anciens — Dominicains, Franciscains, Augustins — sont déjà engagés sur tous les fronts.
Ignace conçoit dès le départ son projet comme mondial. Lors de la délibération romaine de 1539, les premiers compagnons décident « d'aller en quelque lieu du monde, parmi les fidèles ou les infidèles, sans excuse ni délai », partout où le Pape les enverra[6]. C'est précisément la nouveauté : un ordre non territorial, prêt à être expédié de Rome à Goa, de Naples à Hokkaido, de Coimbra au Brésil.
Saint Ignace de Loyola : du soldat au pèlerin (1491-1535)
Le gentilhomme basque blessé à Pampelune (20 mai 1521)
Íñigo López de Loyola naît à la Casa-Torre de Loyola, dans la province basque de Guipúzcoa (Espagne), vraisemblablement en 1491[7]. Treizième enfant d'une famille noble alliée aux grandes maisons castillanes, il est élevé à la cour du grand-trésorier de Castille Juan Velázquez de Cuéllar à Arévalo (vers 1506-1517), puis sert dans l'armée du duc de Nájera, vice-roi de Navarre.
Le 20 mai 1521 — Lundi de Pentecôte — un boulet de canon français lui fracasse la jambe droite lors du siège de Pampelune[8]. Transporté en litière à la Casa-Torre, il subit, sans anesthésie, deux interventions chirurgicales successives qui le laissent au seuil de la mort. Pendant la longue convalescence (juin 1521 — février 1522), il demande des romans de chevalerie ; il n'y a dans la bibliothèque domestique que la Vita Christi du chartreux Ludolphe de Saxe (XIVᵉ siècle) et la Légende dorée de Jacques de Voragine (XIIIᵉ siècle).
C'est le double déclic de sa conversion. Ignace alterne pendant des semaines lecture de vies de saints et rêveries chevaleresques. Il remarque que la première laisse une joie durable, la seconde une amertume — premier exemple personnel du discernement des esprits qui deviendra l'épine dorsale des Exercices spirituels[9].
« Quand il pensait aux choses du monde, il y trouvait un grand plaisir ; mais quand il s'en lassait et les laissait, il se sentait sec et mécontent. Quand au contraire il pensait à aller à Jérusalem pieds nus [...] non seulement il se consolait pendant qu'il y pensait, mais après les avoir quittées il restait content et joyeux. » — Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 8, dicté en 1553-1555 à Luís Gonçalves da Câmara[10]
Loyola et Montserrat : la rupture (février-mars 1522)
Convalescent mais boitant à vie, Ignace quitte Loyola en février 1522 vers le monastère bénédictin de Montserrat (Catalogne). Le 24 mars 1522, veille de l'Annonciation, il fait une confession générale à un confesseur français, le P. Jean Chanon, dépose son épée à l'autel de la Vierge noire, troque ses vêtements nobles contre une bure de pèlerin et passe la nuit en veillée d'armes spirituelle, transposition liturgique de l'adoubement chevaleresque[11].
Manresa : la grotte et la conversion mystique (mars 1522 — février 1523)
Le lendemain, Ignace descend vers la petite ville de Manresa ; il y restera onze mois, qu'il appellera plus tard sa « primitive école ». Il vit d'aumônes, soigne les malades à l'hôpital Sainte-Lucie, prie jusqu'à sept heures par jour à genoux, jeûne, ne se peigne ni ne se rase. Dans une grotte sur la rive du Cardener, il alterne extases mystiques et scrupules suicidaires.
C'est à Manresa qu'éclate l'illumination dite du Cardener : assis au bord de la rivière, « les yeux de son intelligence commencèrent à s'ouvrir [...] de sorte que toutes les choses lui paraissaient nouvelles »[12]. Cette grâce, qu'Ignace décrit lui-même comme la plus importante de sa vie, est la source mystique de tout ce qui suivra. C'est à Manresa aussi qu'il commence à mettre par écrit les méditations qui formeront, vingt-six ans plus tard, le livre des Exercices spirituels.
« Ce qu'il apprit en cette unique fois, en de nombreuses choses tant de la foi que des lettres, lui parut plus grand que tout ce que, jusqu'à soixante-deux ans, il avait reçu de Dieu. » — Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 30, à propos de la grâce du Cardener (1522)[13]
Le pèlerinage à Jérusalem (1523)
Le projet originel d'Ignace n'est ni la prédication ni la fondation : il veut vivre et mourir à Jérusalem pour imiter le Christ. En septembre 1523, après une traversée éprouvante via Rome et Venise, il arrive en Terre Sainte. Mais le gardien franciscain des Lieux saints lui interdit de rester, par crainte que ce pèlerin entêté ne provoque un incident diplomatique avec les autorités ottomanes (les Turcs) et n'oblige les Franciscains à payer sa rançon[14]. Ignace doit rentrer en Espagne. « Là, il se demanda à part lui ce qu'il devait faire ; il décida enfin d'étudier quelque temps, pour pouvoir aider les âmes »[15].
Les études : Barcelone, Alcalá, Salamanque, Paris (1524-1535)
Cette résolution simple — « étudier pour aider les âmes » — explique l'originalité institutionnelle de la future Compagnie. À 33 ans, Ignace se met sur les bancs d'école aux côtés d'enfants. Il apprend le latin à Barcelone (1524-1526) chez le grammairien Jerónimo Ardévol, puis suit la Sorbonne provinciale d'Alcalá-de-Henares fondée par le cardinal Cisneros (1526-1527). Soupçonné d'illuminisme par l'Inquisition espagnole, il est emprisonné quarante-deux jours puis acquitté sans peine. À Salamanque (1527), nouvelle inquiétude inquisitoriale : « On lui interdit de parler des choses de la foi tant qu'il n'aurait pas étudié quatre années de plus »[16].
Excédé, Ignace décide en 1528 de partir pour Paris, alors la première université d'Europe. Il y restera sept ans (1528-1535), inscrit successivement à Montaigu (où Calvin avait étudié quelques années plus tôt), au Collège Sainte-Barbe et au Collège des Lombards. Il obtient sa licence (licentia docendi) le 13 mars 1533, puis la maîtrise ès arts (magister artium) le 14 mars 1535[17]. La rigueur intellectuelle parisienne forge un Ignace nouveau : moins exalté qu'à Manresa, plus discipliné, plus universaliste.
Les premiers compagnons : la chambre de Sainte-Barbe
Pierre Favre, François Xavier et la cohabitation décisive (1529)
À l'automne 1529, le collège Sainte-Barbe assigne à Ignace une chambre partagée avec deux étudiants déjà sur place : un Savoyard pieux et timide, Pierre Favre (Pierre Lefèvre), né le 13 avril 1506 à Villaret, et un Navarrais brillant et mondain, Francisco de Jasso y Xavier, né le 7 avril 1506 au château de Xavier[18]. Favre devient le précepteur du nouveau venu, plus âgé qu'eux de quinze ans ; Xavier, d'abord moqueur envers ce pèlerin boiteux qui dépense ses bourses pour les pauvres, est gagné peu à peu par les Exercices spirituels qu'Ignace lui fait faire dans les années 1532-1534.
Comme l'écrit l'historien jésuite William V. Bangert, « la stratégie d'Ignace fut, à Paris, d'attirer un par un, par les Exercices et par la conversation spirituelle, des compagnons capables de partager son rêve de Jérusalem »[19].
La rencontre de Diego Laínez et des compagnons espagnols (1532-1533)
À partir de 1532 arrivent à Paris d'autres jeunes Espagnols : Diego Laínez (1512-1565), issu d'une famille de conversos d'Almazán (Castille), qui sera deuxième supérieur général de la Compagnie (1558-1565) ; Alfonso Salmerón (1515-1585), Tolédan ; Nicolás Bobadilla (vers 1509-1590) ; le Portugais Simão Rodrigues (1510-1579). Tous font les Exercices d'Ignace, généralement à la chartreuse de Vauvert, juste hors les murs de Paris.
| Compagnon | Origine | Naissance | Profession antérieure | Rôle ultérieur |
|---|---|---|---|---|
| Ignace de Loyola | Guipúzcoa (Espagne) | v. 1491 | Officier de Navarre | Premier supérieur général (1541-1556) |
| Pierre Favre | Savoie | 13 avril 1506 | Étudiant en théologie | Apôtre de l'Allemagne (1540-1546) |
| François Xavier | Navarre | 7 avril 1506 | Régent au collège de Beauvais | Apôtre des Indes et du Japon (1542-1552) |
| Diego Laínez | Almazán (Castille) | 1512 | Étudiant en théologie | 2ᵉ supérieur général (1558-1565) |
| Alfonso Salmerón | Tolède | 8 septembre 1515 | Étudiant en théologie | Théologien à Trente (1546-1563) |
| Nicolás Bobadilla | Bobadilla (Castille) | v. 1509 | Étudiant en théologie | Missionnaire en Allemagne et en Italie |
| Simão Rodrigues | Vouzela (Portugal) | 1510 | Étudiant en théologie | Premier provincial du Portugal |
À ce premier noyau s'ajoutent en 1535, après le vœu de Montmartre, trois Parisiens : Claude Jay (Savoyard, vers 1504-1552), Paschase Broët (Picard, 1500-1562) et Jean Codure (du Dauphiné, 1508-1541). Ce sont les dix « premiers Pères » (primorum patrum) cités par les sources jésuites primitives[20].
Le vœu de Montmartre (15 août 1534)
Le matin du 15 août 1534, fête de l'Assomption de la Vierge Marie, les sept compagnons — Ignace, Favre, Xavier, Laínez, Salmerón, Bobadilla et Rodrigues — gravissent la colline de Montmartre, hors les murs de Paris. Dans la crypte du martyrium de saint Denis, lieu de mémoire du premier évêque de Paris, Pierre Favre, seul prêtre du groupe (ordonné quelques mois plus tôt, le 30 mai 1534), célèbre la messe[21].
Pendant la communion, les sept prononcent les trois vœux suivants :
- de pauvreté : renoncer à tout revenu personnel après les études ;
- de chasteté perpétuelle ;
- d'aller en pèlerinage à Jérusalem dans les deux ans suivant la fin de leurs études ; si le voyage est impossible (guerre, peste, refus du gardien franciscain), de se rendre auprès du Souverain Pontife pour se mettre à sa disposition.
« Ils firent vœu de servir Notre Seigneur, laissant toutes les choses du monde, et ils déterminèrent ce qu'ils devaient faire : c'est-à-dire d'aller à Venise et à Jérusalem, et y employer leur vie à aider les âmes ; et si l'on ne leur donnait pas le moyen d'aller à Jérusalem, ils retourneraient à Rome et se présenteraient au Vicaire du Christ, afin qu'il les emploie partout où il jugerait que ce serait pour la plus grande gloire de Dieu et l'utilité des âmes. » — Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 85, sur le vœu de Montmartre[22]
Ce double vœu de Jérusalem ou d'obéissance au Pape est l'embryon juridique de la future Compagnie. Il sera renouvelé chaque 15 août pendant deux ans, élargi en 1535-1536 à trois nouveaux compagnons, et finalement transformé en 1540 en règle écrite approuvée par le Saint-Siège.
De Venise à Rome : la genèse institutionnelle (1535-1539)
Les ordinations de Venise (24 juin 1537)
Les études parisiennes terminées, les compagnons se dispersent provisoirement, puis se regroupent à Venise en janvier 1537. La guerre vénéto-ottomane interdit l'embarquement vers la Terre Sainte ; le projet de pèlerinage est ajourné. Le 24 juin 1537, fête de saint Jean Baptiste, six des compagnons — dont Ignace lui-même — sont ordonnés prêtres à Venise, titulo paupertatis, par Vincenzo Negusanti, évêque d'Arbe (Rab, en Dalmatie), en présence du nonce apostolique Girolamo Verallo[23].
Pendant un an et demi, ils prêchent dans les villes d'Italie (Ferrare, Bologne, Vicence, Sienne) en attendant un éventuel passage vers la Palestine. Ignace, lui, retarde sa première messe — il la célébrera finalement à Rome dix-huit mois plus tard, à Noël 1538, à la basilique Sainte-Marie-Majeure, devant la chapelle de la Crèche.
La vision de La Storta (novembre 1537)
À la mi-novembre 1537, en route vers Rome, Ignace s'arrête prier dans une chapelle de pèlerins à La Storta, dernière étape sur la Via Cassia. C'est là qu'il reçoit la vision la plus célèbre de sa vie après celle du Cardener : il voit Dieu le Père placer son fils Jésus, portant la Croix, à côté de lui ; il entend le Père dire au Fils : « Je veux que tu prennes celui-ci pour serviteur » — puis Jésus lui adresser ces paroles : « Je veux que tu nous serves »[24] / « Ego vobis Romae propitius ero » — « Je vous serai favorable à Rome ». Cette assurance scelle la décision de placer le groupe sous la juridiction directe du Pape, et — comme le note l'historien jésuite John W. O'Malley — « donne à la Compagnie son nom à venir : la Compagnie de Jésus, c'est-à-dire la compagnie de ceux qui vont avec Jésus portant la Croix »[25].
La Délibération des premiers Pères (printemps 1539)
À Rome, en 1538-1539, le pape Paul III Farnèse confie aux compagnons plusieurs missions (Sienne, Parme, Lippari) et envisage de les disperser comme prêtres séculiers. Avant de se laisser disperser, le groupe se réunit pour une délibération formelle qui dure du carême au mois de juin 1539, dans la maison qu'ils habitent près de la tour del Melangolo[26].
Deux questions fondamentales sont mises au vote :
- Doivent-ils se constituer en corps stable, ou rester un groupe d'amis dispersés au gré des missions ?
- Doivent-ils faire vœu d'obéissance à un supérieur élu parmi eux ?
Après plusieurs semaines de discernement, ils répondent oui aux deux questions. C'est l'acte de naissance institutionnel de la Compagnie : ils ne seront pas une simple confrérie ni un réseau de prêtres autonomes, mais un véritable ordre religieux doté d'une hiérarchie interne et d'un supérieur unique.
Les « Cinq Chapitres » de la Formula Instituti (1539)
À l'issue de la délibération, Ignace et Jean Codure rédigent un texte court — cinq chapitres ou cinq paragraphes — qui résume l'idée maîtresse du futur ordre. Ce document, conservé sous le nom de Prima Summa Instituti ou Quinque capitula, est présenté à Paul III par l'intermédiaire du cardinal Gasparo Contarini le 3 septembre 1539. Le Pape l'aurait reçu d'une formule restée célèbre, rapportée par Polanco : « Digitus Dei est hic » — « Le doigt de Dieu est ici »[27].
Les cinq chapitres affirment :
- Le but : « militer pour Dieu sous l'étendard de la Croix », par l'enseignement de la doctrine chrétienne, la prédication, les exercices spirituels et les œuvres de charité ;
- Le vœu spécial d'obéissance au Souverain Pontife circa missiones : « aller partout où il jugera bon de les envoyer, sans demander de viatique » ;
- Trois vœux ordinaires de pauvreté, chasteté et obéissance à un supérieur élu ;
- L'abolition de l'office choral récité en commun (rupture majeure avec la tradition monastique) ;
- L'élection d'un prévôt général (praepositus generalis) à vie.
« Quiconque voudra militer pour Dieu sous l'étendard de la Croix, dans notre Compagnie [...] doit, après un vœu solennel de chasteté perpétuelle, se rappeler qu'il est membre d'une Société instituée principalement pour ceci : travailler au progrès des âmes dans la vie et la doctrine chrétienne, par la propagation de la foi, par les sermons publics, le ministère de la parole de Dieu, les exercices spirituels et les œuvres de charité. » — Formula Instituti, chap. 1, version de 1540, dans la bulle Regimini militantis Ecclesiae[28]
La bulle Regimini militantis Ecclesiae (27 septembre 1540)
Le texte de la bulle
Le 27 septembre 1540, Paul III promulgue par le motu proprio Regimini militantis Ecclesiae l'approbation canonique de la Compagnie de Jésus[29]. Le texte de la bulle reprend mot pour mot les cinq chapitres rédigés par Ignace et Codure, en les insérant dans la longue formule curiale. La bulle :
- reconnaît la Compagnie de Jésus comme ordre religieux à part entière ;
- approuve ses constitutions provisoires ;
- accorde à ses membres profès le privilège de prêcher, d'entendre les confessions et d'enseigner partout où le supérieur les enverra, sans permission préalable des évêques locaux (avec leur consentement bienveillant) ;
- limite cependant le nombre de profès à soixante — clause de prudence à laquelle Paul III renoncera trois ans plus tard.
Le nom et l'identité
Le nom Societas Iesu — « Compagnie » ou « Société de Jésus » — est choisi par les fondateurs eux-mêmes, en mémoire de la vision de La Storta où Jésus avait dit « Ego vobis Romae propitius ero ». Le choix du Saint-Nom de Jésus rencontre, à Rome, des résistances : plusieurs cardinaux trouvent présomptueux qu'un ordre s'arroge le Nom même du Christ comme étendard. Paul III tranche en faveur du nom proposé. Le monogramme IHS — abréviation grecque du nom IHΣOYΣ (Jésus) — devient le sceau de la Compagnie, sous trois clous sertis dans un soleil rayonnant[30].
La levée de la limite des soixante : Iniunctum nobis (1543)
Trois ans seulement après Regimini militantis, devant le succès des premières prédications et le besoin urgent de missionnaires aux Indes (François Xavier embarque pour Goa en avril 1541) et en Allemagne (Pierre Favre devient apôtre de Worms et de Spire), Paul III lève la limite des soixante profès par la bulle Iniunctum nobis du 14 mars 1543[31]. La Compagnie peut désormais croître sans plafond : à la mort d'Ignace en 1556, elle comptera environ 1 000 membres ; en 1615, 13 000 ; en 1773, 22 589[32].
L'élection d'Ignace et l'organisation initiale (1541)
Le scrutin du 5-8 avril 1541
Une fois l'approbation acquise, il faut élire le premier prévôt général (praepositus generalis). Les compagnons présents à Rome — six au total : Ignace, Laínez, Salmerón, Bobadilla, Codure, Broët — se réunissent du 5 au 8 avril 1541 dans la maison de la Vergine della Strada. Les autres (Xavier déjà parti vers le Portugal, Favre à Worms, Rodrigues à Lisbonne, Jay à Ratisbonne) envoient leur bulletin par courrier.
À l'unanimité moins une voix — la sienne propre — Ignace est élu. Il refuse pendant trois jours, demande à ce qu'on procède à un nouveau scrutin, se réfugie chez son confesseur le franciscain Théodose de Lodi, et n'accepte finalement, sur insistance de son confesseur et sur ordre formel, que le 19 avril 1541 — date retenue publiquement comme celle de son élection[33]. Le 22 avril 1541, vendredi de la semaine de Pâques, les six compagnons romains se rendent ensemble à la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs et y prononcent leurs vœux solennels devant l'autel de Notre-Dame, dans la chapelle des reliques de l'apôtre[34].
La résidence romaine et la Domus Professa
Ignace ne quittera plus Rome de ses quinze dernières années. La Compagnie installe sa maison-mère près de l'église Santa Maria della Strada, ancienne paroisse cédée par Paul III en 1541. À partir de 1551 commence, à proximité immédiate, la construction de la Casa Professa del Gesù et, à partir de 1568, sous Vignole puis Della Porta, de l'église du Gesù — Chiesa del Santissimo Nome di Gesù — qui deviendra le modèle architectural de centaines d'églises jésuites dans le monde entier.
Le Formula Instituti révisée et la bulle Exposcit debitum (1550)
Dix ans d'expérience à la tête de l'ordre conduisent Ignace à réviser le texte initial. Le 21 juillet 1550, le pape Jules III promulgue la bulle Exposcit debitum, qui réapprouve la Compagnie selon une Formula Instituti élargie[35]. Les modifications les plus notables :
- l'introduction des coadjuteurs spirituels (prêtres zélés mais peu lettrés) et temporels (frères laïques au service de la communauté), à côté des profès des quatre vœux ;
- l'ajout de la défense de la foi comme but explicite de la Compagnie, à côté de la « propagation de la foi » de 1540 — formulation directement liée à la lutte anti-protestante alors en plein essor ;
- la confirmation explicite de l'absence d'office choral et de l'obligation absolue d'obéir au Pape circa missiones.
C'est le texte de 1550 — et non celui de 1540 — qui reste la charte fondamentale de la Compagnie de Jésus jusqu'à aujourd'hui. La 32ᵉ Congrégation générale (1974-1975) le réaffirmera explicitement.
| Bulle | Date | Pape | Apport principal |
|---|---|---|---|
| Regimini militantis Ecclesiae | 27 septembre 1540 | Paul III | Approbation initiale, limite à 60 profès |
| Iniunctum nobis | 14 mars 1543 | Paul III | Levée de la limite des 60 |
| Exposcit debitum | 21 juillet 1550 | Jules III | Formula Instituti élargie, coadjuteurs, défense de la foi |
| Licet debitum | 18 octobre 1549 | Paul III | Privilèges ministériels étendus |
Les Constitutions (1547-1556) : le grand œuvre législatif
La nomination de Polanco comme secrétaire (1547)
L'Exposcit debitum fixe la charte ; les Constitutions en déploient le détail pratique en plus de trois cents articles. Le 26 mars 1547, Ignace nomme secrétaire général un jeune burgalais issu d'une famille de conversos, Juan Alfonso de Polanco (1517-1576), formé à Padoue, juriste et théologien. Polanco devient le principal collaborateur littéraire d'Ignace pour la rédaction des Constitutions : il prend les notes, met en forme, propose des amendements, archive les milliers de lettres administratives qui forment aujourd'hui les Epistolae Ignatianae[36].
Les rédactions successives (1547-1556)
La rédaction s'étend sur neuf ans. Trois grandes étapes sont identifiées par les historiens jésuites depuis Astrain (1902) :
- Texte A (1547-1550) : premier jet, soumis aux six pères présents à Rome en 1551 pour discussion.
- Texte B (1552-1556) : version corrigée par Ignace et ses collaborateurs, lue paragraphe par paragraphe dans plusieurs maisons de la Compagnie. À sa mort, Ignace est en train de rédiger les déclarations explicatives sur la dixième partie.
- Texte définitif : adopté par la 1ʳᵉ Congrégation générale en juin 1558 et promulgué dans toutes les provinces le 31 juillet de la même année[37].
L'ouvrage comprend l'Examen général, puis dix Parties qui couvrent l'admission, le renvoi, le noviciat, la formation, la profession, les vœux, les missions, les congrégations, les supérieurs et la conservation et croissance du corps tout entier.
Le caractère d'innovation juridique
Les Constitutions sont saluées comme une innovation juridique majeure du XVIᵉ siècle. L'historien jésuite Antonio M. de Aldama les analyse comme un texte « où l'expérience apostolique précède la norme » : Ignace y consigne d'abord ce qui a marché dans la pratique des dix premières années, puis seulement codifie[38]. Selon John O'Malley, « les Constitutions ignatiennes sont peut-être le premier corps de droit canonique privé à donner explicitement plus d'importance à l'esprit qu'à la lettre, à la finalité qu'à la règle, et à la prudence du supérieur qu'à l'observance mécanique »[39]. Cette plasticité explique en partie la longévité du texte : il sera amendé par les Congrégations générales successives mais jamais réécrit.
Les quatre vœux et la nouveauté de la Compagnie
Le quatrième vœu circa missiones
Le quatrième vœu est l'élément le plus singulier de la Compagnie. Il consiste, pour les profès solennels, à promettre au Pape une obéissance spéciale concernant les missions : aller, sans excuse, où qu'il les envoie, vers les fidèles ou les infidèles. Comme l'écrit Ignace dans la septième partie des Constitutions :
« Étant donné que le Souverain Pontife est, sur la terre, le supérieur visible de toute l'Église militante, il est plus que convenable et nécessaire que nous nous mettions, par un vœu particulier, à sa pleine disposition pour les missions, en sorte qu'aller chez les Turcs, les Indiens, les hérétiques, ou parmi les fidèles, soit pour Sa Sainteté un acte sans rien que de très ordinaire ; et pour nous, un service auquel nous sommes prêts à toute heure. » — Saint Ignace de Loyola, Constitutions, septième partie, n° 605[40]
Ce vœu n'absorbe ni ne supplante les trois vœux ordinaires (pauvreté, chasteté, obéissance au supérieur général) : il s'y ajoute, comme un acte de disponibilité spécifiquement papale au cœur du projet missionnaire mondial qui définit la Compagnie.
Les ruptures avec la tradition monastique
Trois traits majeurs distinguent l'institut ignatien des ordres anciens : l'absence d'office choral récité en commun, l'absence de clôture monastique, et l'absence d'habit religieux distinctif (les jésuites portent la soutane noire du clergé séculier de leur pays). Chacun de ces choix est polémique au XVIᵉ siècle. Comme l'explique le grand canoniste jésuite Jérôme Nadal (1507-1580), envoyé d'Ignace dans toutes les provinces pour interpréter les Constitutions :
Le P. Jérôme Nadal S.J. (1507-1580), chargé par Ignace d'expliquer les Constitutions dans toutes les provinces, résume ainsi l'esprit de l'institut : pour les jésuites, point de clôture ni d'habit propre — leur clôture, ce sont les rues des villes, et le monde entier est leur maison[41].
Cette « clôture-monde » est l'aspect le plus contesté par les ordres rivaux. Le théologien dominicain Melchor Cano (1509-1560), futur évêque des Canaries, condamne la Compagnie en 1548 comme « une nouveauté dangereuse, une chevalerie sans armure, un monachisme sans monastère »[42]. Le pape Paul IV Carafa (1555-1559), pourtant fondateur des Théatins et bienveillant envers les nouveaux instituts, tentera en 1558 d'imposer l'office choral et la limitation du généralat à trois ans — ordres non renouvelés par son successeur Pie IV après la mort de Paul IV (18 août 1559) : Laínez, sur l'avis de canonistes, abandonne le chœur et s'en tient aux Constitutions pour le généralat[43].
Les premiers fruits (1541-1556)
L'expansion fulgurante en quinze ans
À la mort d'Ignace, le 31 juillet 1556, la Compagnie compte déjà douze provinces :
- Italie (Province d'Italie subdivisée plus tard en Lombardie, Naples, Rome, Sicile, Venise) ;
- Espagne (trois provinces : Aragon, Castille, Andalousie) ;
- Portugal ;
- France ;
- Allemagne supérieure (Vienne, Ingolstadt, Munich) ;
- Allemagne inférieure (Cologne, Mayence, Trèves) ;
- Inde (province des Indes orientales, créée pour Xavier en 1549) ;
- Brésil (Salvador de Bahia, depuis 1549) ;
- Éthiopie (1555, projet de mission auprès du Négus) ;
- Sicile.
De nombreux collèges sont ouverts (Messine 1548, Palerme 1549, Rome 1551 — le futur Collegio Romano, ancêtre de l'Université grégorienne — Vienne 1552, Cologne 1556, Coimbra). La langue commune est le latin ; le réseau est unifié par la correspondance hebdomadaire qui converge vers Rome[44].
François Xavier en Asie (1541-1552)
L'envoi de François Xavier vers les Indes orientales est l'épisode missionnaire le plus emblématique des premières années. Désigné en avril 1540 à la suite d'une défection (Nicolás Bobadilla, prévu pour le voyage, tombe malade), Xavier embarque à Lisbonne le 7 avril 1541, arrive à Goa le 6 mai 1542. En dix ans, il évangélise la côte de la Pêcherie (Inde du Sud), les Moluques, Malacca, puis débarque au Japon le 15 août 1549 à Kagoshima. Il y reste deux ans, fonde la première chrétienté nippone qui comptera 300 000 fidèles avant la grande persécution de 1614. Il meurt le 3 décembre 1552 sur l'île de Sancian, au large de la Chine continentale, à l'âge de 46 ans, sans avoir pu pénétrer en Chine[45].
Comme le résume Cândido de Dalmases, « Xavier symbolise à lui seul la mondialisation jésuite : un Basque navarrais ordonné à Venise, envoyé par le roi de Portugal, devient apôtre des Tamouls et fonde la chrétienté japonaise »[46].
Pierre Favre en Allemagne (1540-1546)
Le pendant européen du voyage asiatique de Xavier est le ministère de Pierre Favre en Allemagne. Envoyé par Paul III à la diète de Worms (janvier 1541) puis à Ratisbonne (avril-mai 1541) comme théologien adjoint du cardinal Morone, Favre lutte contre les progrès du protestantisme par la direction spirituelle plutôt que par la controverse publique. Il donne les Exercices spirituels à l'archevêque de Mayence, au cardinal Otto Truchsess von Waldburg, et surtout à Pierre Canisius (1521-1597), futur premier jésuite allemand et futur Docteur de l'Église[47]. Mort de fatigue à Rome le 1ᵉʳ août 1546 à 40 ans, Favre laisse à la Compagnie une stratégie pastorale duré : pas de polémique brutale, mais formation longue de relais locaux. Il est canonisé en 2013 par le pape François — premier pape jésuite de l'histoire.
Diego Laínez et Salmerón à Trente
Quatre des dix premiers Pères sont envoyés au Concile de Trente comme théologiens pontificaux : Laínez et Salmerón pour les trois périodes (1546-1547, 1551-1552, 1562-1563), Le Jay et Canisius pour la deuxième. Laínez intervient avec un poids décisif lors du décret sur la justification (Session VI, 13 janvier 1547) où il prononce un discours-fleuve de trois heures qui sera publié à part. Salmerón, à 31 ans en 1547, est le plus jeune théologien de tout le concile[48].
Les premiers martyrs
Dès cette première génération, la Compagnie compte des martyrs. Au Brésil, Inácio de Azevedo et 39 compagnons (15 juillet 1570 au large de La Palma, surpris par les corsaires huguenots de Jacques de Sores), au Japon Paulo Miki et compagnons (5 février 1597, mais issus de la deuxième génération), en Inde le bienheureux Rodolfo Acquaviva et compagnons (1583). La Compagnie hérite, dans son ADN, du « sicut agnos inter lupos » — « comme des agneaux parmi les loups » (Lc 10, 3) — que les Cinq Chapitres avaient inscrit au cœur de son projet.
La mort d'Ignace (31 juillet 1556) et l'achèvement de la fondation
Aux premières heures du 31 juillet 1556, dans la pauvre chambre attenante à la maison professa de la Strada, Ignace de Loyola s'éteint à 65 ans, presque sans entourage : Polanco vient de partir chercher la bénédiction apostolique. Aucune cérémonie particulière ; il n'a rien dicté de son lit ; il ne demande même pas l'extrême-onction. Sa correspondance s'arrête sur une lettre du 27 juillet à son frère, mendiant 200 ducats pour la mission du Brésil[49].
À sa mort, la Compagnie compte environ 1 000 membres en douze provinces, avec un réseau de collèges en pleine croissance et des missions sur quatre continents. Les Constitutions sont pour l'essentiel rédigées. L'élection de son successeur — Diego Laínez, le 2 juillet 1558 — entérinera la mécanique électorale prévue par Ignace. La fondation est juridiquement, spirituellement et institutionnellement accomplie.
« Personne, sinon Dieu, ne peut compter les âmes que cette petite Compagnie sauvera de la perdition par la grâce de sa miséricorde, dans le temps présent et dans les siècles à venir. » — Saint Pierre Favre, Mémorial (Memoriale), n° 213, mai 1543[50]
Réception et historiographie
Reconnaissance immédiate, contestations précoces
La Compagnie est soutenue dès l'origine par les rois ibériques (Jean III de Portugal, Charles Quint, Philippe II), par plusieurs cardinaux (Contarini, Pole, Morone, Borgia), par les ducs italiens (Cosme Iᵉʳ de Médicis lui ouvre Florence dès 1546). Mais elle suscite aussi des résistances :
- Le théologien dominicain Melchor Cano publie en 1548 le Memorial sobre la Compañía de Jesús qui condamne sept points qu'il juge incompatibles avec la tradition (cf. supra).
- La Sorbonne de Paris la condamne le 1ᵉʳ décembre 1554 — la Compagnie est reçue en France à la suite du colloque de Poissy (1561), sous le nom de « Société du Collège de Clermont »[51].
- Le Parlement de Paris la combattra à plusieurs reprises ; le gallicanisme politique français trouvera dans la Compagnie l'incarnation parfaite du « parti ultramontain ».
Les controverses anti-jésuites ne s'éteindront jamais complètement et culmineront avec la suppression de l'ordre par Clément XIV en 1773 (bref Dominus ac Redemptor), avant son rétablissement par Pie VII en 1814 (bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum).
La réponse catholique aux critiques de Cano et de la Sorbonne tient en trois faits. D'abord les approbations réitérées du Saint-Siège : Paul III lève dès 1543 la limite des soixante profès (Iniunctum nobis)[52], puis Jules III réapprouve solennellement l'institut en 1550 (Exposcit debitum)[53] — deux confirmations pontificales qui tranchent, en droit, les procès d'incompatibilité intentés à la Compagnie. Ensuite les fruits : douze provinces, un réseau de collèges en pleine expansion et des missions sur quatre continents en quinze ans[54], avec Laínez et Salmerón parmi les théologiens les plus écoutés du concile de Trente[55]. Enfin la sainteté : Ignace et Xavier sont canonisés ensemble dès le 12 mars 1622[56], et Favre est canonisé en 2013 — le jugement de l'Église sur les fruits de l'institut, à rebours des condamnations du XVIᵉ siècle.
L'historiographie moderne
Les sources primaires de la fondation sont rassemblées dans la collection monumentale Monumenta Historica Societatis Iesu (MHSI), lancée à Madrid en 1894 par les jésuites espagnols et continuée à Rome après 1929 : 157 volumes publiés de 1894 à 2005, avec les Epistolae et instructiones d'Ignace (12 volumes), de Xavier, de Laínez, de Polanco, et les actes des premières Congrégations générales. C'est la base de tout travail moderne[57].
Les ouvrages de référence pour la période fondatrice sont :
- Pedro de Ribadeneira S.J. (1527-1611), Vita Ignatii Loiolae, Naples, 1572 — première biographie « autorisée » d'Ignace, rédigée par un de ses jeunes compagnons[58].
- Cándido de Dalmases S.J., El padre maestro Ignacio: la vida y la obra de san Ignacio de Loyola, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid, 1979 — synthèse érudite et chronologique.
- William V. Bangert S.J., A History of the Society of Jesus, Institute of Jesuit Sources, Saint-Louis (Mo.), 2ᵉ éd. 1986 — référence universitaire en anglais.
- John W. O'Malley S.J., The First Jesuits, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1993, 480 p., ISBN 978-0-674-30312-2 — analyse renouvelée, prenant pour fil conducteur les six ministères d'Ignace : Exercices, sacrements, prédication, écoles, œuvres de charité, controverse.
- André Ravier S.J., Ignace de Loyola fonde la Compagnie de Jésus, Desclée De Brouwer, Paris, 1973 — étude française classique du processus fondateur.
- Philippe Lécrivain S.J. (dir.), Les Jésuites — une histoire en cinq grandes batailles, Lessius, Bruxelles, 2010 — synthèse récente accessible.
« Les premiers jésuites ne savaient pas, en signant la* Formula *en 1539, qu'ils donnaient à l'Église l'instrument le plus efficace de la Réforme catholique. Mais ils savaient qu'ils donnaient à Dieu, sans condition et sans limite géographique, leur vie entière. » — John W. O'Malley S.J., The First Jesuits, Harvard University Press, 1993, p. 376[59]
Pour aller plus loin
- Lire la biographie de Saint Ignace de Loyola (1491-1556) — vie, spiritualité, exercices.
- Lire La Contre-Réforme catholique (1517-1648) — vue d'ensemble de la Réforme catholique dont la Compagnie est l'un des principaux acteurs.
- Lire La Réforme protestante (1517-1555) — contexte adverse de la fondation.
- Lire Le Concile de Trente (1545-1563) — concile dans lequel Laínez et Salmerón jouent un rôle théologique de premier plan.
- Consulter la collection en accès libre Monumenta Historica Societatis Iesu sur archive.org (157 volumes, depuis 1894).
- Visiter le sanctuaire de Loyola (Azpeitia, Guipúzcoa) et la Cova de Sant Ignasi à Manresa — étapes du chemin ignatien.
Notes et références
Paul III, bulle Regimini militantis Ecclesiae, datée du 27 septembre 1540, dans Monumenta Historica Societatis Iesu, Monumenta Ignatiana — series III: Constitutiones Societatis Iesu, vol. I (Monumenta Constitutionum praevia), Rome, Institutum Historicum Societatis Iesu, 1934, p. 24-32. Texte latin également édité dans Bullarium Romanum, éd. Taurinensis, vol. VI, Turin, 1860, p. 286-289. Traduction française dans André Ravier S.J., Ignace de Loyola fonde la Compagnie de Jésus, Desclée De Brouwer, Paris, 1973, annexe.
1 29Jules III, bulle Exposcit debitum, 21 juillet 1550, dans Monumenta Historica Societatis Iesu, Constitutiones, vol. I, op. cit., p. 373-383. Texte latin également dans Bullarium Romanum, vol. VI, p. 461-466. Cette bulle remplace officiellement Regimini militantis Ecclesiae et reste à ce jour la charte juridique fondamentale de la Compagnie ; le P. Pedro Arrupe S.J. l'a explicitement rappelé en 1974 lors de la 32ᵉ Congrégation générale.
2 35 53Act of Supremacy 1534 (26 Hen 8 c. 1), adopté par le Parlement le 3 novembre 1534, sanction royale le 18 décembre 1534 (fin de la session), dans Statutes of the Realm, vol. III, Londres, Record Commission, 1817, p. 492. L'acte fait du roi « the only supreme head in earth of the Church of England ». Voir aussi G. R. Elton, The Tudor Constitution: Documents and Commentary, Cambridge University Press, 2ᵉ éd. 1982, p. 364-366.
3Consilium delectorum cardinalium et aliorum praelatorum de emendanda Ecclesia, rapport rédigé par les cardinaux Gasparo Contarini, Gianpietro Carafa, Reginald Pole, Jacopo Sadoleto, Federigo Fregoso et autres, à la demande de Paul III, daté du 9 mars 1537. Édition critique dans Concilium Tridentinum. Diariorum, actorum, epistularum, tractatuum nova collectio, éd. Görres-Gesellschaft, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1901-2001, vol. XII, p. 131-145.
4John W. O'Malley S.J., The First Jesuits, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1993, 480 p., ISBN 978-0-674-30312-2, p. 19-22 (sur l'émergence simultanée des clercs réguliers).
5Deliberatio primorum patrum (Délibération des premiers Pères), printemps 1539, dans Monumenta Historica Societatis Iesu, Monumenta Ignatiana — series III: Constitutiones Societatis Iesu, vol. I, op. cit., p. 1-7. Texte latin original avec annotations de Polanco. Traduction française dans Saint Ignace de Loyola — Écrits, éd. Maurice Giuliani S.J., Desclée de Brouwer, Paris, 1991, p. 269-275.
6Cándido de Dalmases S.J., El padre maestro Ignacio: la vida y la obra de san Ignacio de Loyola, Biblioteca de Autores Cristianos, Madrid, 1979, 364 p., ISBN 84-220-0951-5, chap. I-II. La date de naissance de 1491 est aujourd'hui retenue par la quasi-totalité des historiens, sur la base d'un acte notarial d'avril 1505 et de la recension qu'en fait le P. Antonio Astrain, Historia de la Compañía de Jesús en la Asistencia de España, vol. I, Madrid, 1902, p. 14-15.
7La date du 20 mai 1521 — Lundi de Pentecôte cette année-là — est attestée par Polanco dans ses Chronicon Societatis Iesu, vol. I, MHSI, Madrid, 1894, p. 4-5, et confirmée par les archives militaires françaises. Voir aussi Hugo Rahner S.J., Ignace de Loyola et la genèse des Exercices, Téqui, Paris, 1971, p. 31.
8Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 8, op. cit.
9 10Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 17-18, sur la veillée d'armes à Montserrat. La description de la transposition liturgique de l'adoubement chevaleresque est analysée par Hugo Rahner S.J., Ignatius the Theologian, Geoffrey Chapman, Londres, 1968, p. 53-58.
11Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 30. Sur cet épisode central, voir Pedro de Leturia S.J., El gentil-hombre Íñigo López de Loyola, Editorial Labor, Barcelone, 1949, et André Ravier S.J., Ignace de Loyola fonde la Compagnie de Jésus, op. cit., p. 41-44.
12 13Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 46-47. Sur les relations entre les autorités ottomanes et la Custodie franciscaine au début de la domination ottomane en Terre Sainte, voir Felice da Mareto O.F.M.Cap., Tre lustri di pellegrinaggi in Terra Santa, 1517-1532, Bibliotheca Theologica del Convento di San Salvatore, Jérusalem, 1936.
14Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 50, op. cit.
15Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 65 et 67, sur les épisodes inquisitoriaux d'Alcalá et de Salamanque. Voir le dossier complet dans Cándido de Dalmases S.J., El padre maestro Ignacio, op. cit., chap. VI.
16Les dates précises sont attestées par les registres de l'Université de Paris. Voir Pedro de Leturia S.J., Estudios Ignacianos, vol. I, Institutum Historicum Societatis Iesu, Rome, 1957, p. 263-272, "Iñigo de Loyola en París (1528-1535)". Le titre de magister artium est aujourd'hui repris dans la liturgie de la mémoire de saint Ignace : « Magister Inigus ».
17Pierre Favre, Memoriale, n° 8-10, dans Monumenta Historica Societatis Iesu, Beati Petri Fabri Epistolae, Memoriale et Processus, Madrid, 1914, p. 491. Voir aussi Mario Scaduto S.J., Storia della Compagnia di Gesù in Italia, vol. I, Edizioni La Civiltà Cattolica, Rome, 1964, p. 5-10.
18William V. Bangert S.J., A History of the Society of Jesus, Institute of Jesuit Sources, Saint-Louis (Mo.), 2ᵉ éd. 1986, ISBN 978-0-912422-73-9, p. 17.
19La liste canonique des « dix premiers Pères » (decem primorum patrum) est attestée par Polanco dans Chronicon Societatis Iesu, vol. I, op. cit., p. 56-58, et reprise par toutes les sources jésuites postérieures.
20La date du 15 août 1534 est attestée par Polanco (Chronicon, vol. I, p. 67) et par Ribadeneira (Vita Ignatii Loiolae, livre II, chap. 1). Sur la localisation exacte dans le martyrium de saint Denis — sous la chapelle qui a précédé l'abbaye royale de Montmartre, aujourd'hui crypte conservée au 11 rue Yvonne Le Tac, Paris XVIIIᵉ — voir Bernard Faron, La Crypte du Martyrium de saint Denis, Centre culturel des Religions, Paris, 2002.
21Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 85, sur le vœu de Montmartre.
22Acte d'ordination conservé dans les archives diocésaines de Venise. Texte intégral cité par Cándido de Dalmases S.J., El padre maestro Ignacio, op. cit., p. 121. Voir aussi Mario Scaduto S.J., L'Epoca di Giacomo Laínez, 1556-1565, vol. I de Storia della Compagnia di Gesù in Italia, Roma, La Civiltà Cattolica, 1964, p. 18.
23Saint Ignace de Loyola, Récit du pèlerin, n° 96. La vision de La Storta est commentée par Hugo Rahner S.J., Ignace de Loyola et la genèse des Exercices, Téqui, Paris, 1971, p. 90-101 ; et par Joseph de Guibert S.J., La Spiritualité de la Compagnie de Jésus, Institutum Historicum Societatis Iesu, Rome, 1953, p. 19-23.
24John W. O'Malley S.J., The First Jesuits, op. cit., p. 5-6. Sur l'origine du nom Compagnie de Jésus, voir aussi Joseph de Guibert S.J., op. cit., p. 21.
25Le texte de la Deliberatio primorum patrum est édité dans Monumenta Historica Societatis Iesu, Constitutiones, vol. I, op. cit., p. 1-7. Pour une analyse contemporaine, voir André Lefèvre S.J., « La Délibération des premiers Pères », Christus n° 18, Paris, 1958, p. 75-94.
26Phrase rapportée par Juan Alfonso de Polanco S.J., Chronicon Societatis Iesu, vol. I, op. cit., p. 78. La conversation entre Contarini et Paul III est confirmée par les Acta Consistorialia du Vatican (Archivio Segreto, Acta Vicecancellarii, vol. III, fol. 234), datés du 3 septembre 1539.
27Formula Instituti Societatis Iesu (1540), chap. 1, texte intégré à la bulle Regimini militantis Ecclesiae. Texte latin dans MHSI, Constitutiones, vol. I, op. cit., p. 24. Traduction française dans Maurice Giuliani S.J., Saint Ignace de Loyola — Écrits, op. cit., p. 281-285.
28Sur l'origine et la diffusion du monogramme IHS adopté comme sceau de la Compagnie, voir Émile Mâle, L'Art religieux après le Concile de Trente, Armand Colin, Paris, 1932, p. 308-309. Le monogramme avait été popularisé au XVᵉ siècle par saint Bernardin de Sienne O.F.M., mais c'est avec la Compagnie qu'il devient symbole institutionnel d'un ordre religieux.
30Paul III, bulle Iniunctum nobis, 14 mars 1543, dans MHSI, Constitutiones, vol. I, op. cit., p. 75-79. Texte latin également dans Bullarium Romanum, vol. VI, p. 313-315.
31 52Statistiques d'effectifs compilées par William V. Bangert S.J., A History of the Society of Jesus, op. cit., p. 28, 91, 374. Voir également Antonio Astrain S.J., Historia de la Compañía de Jesús en la Asistencia de España, 7 vol., Madrid, 1902-1925, vol. I, et les Catalogi Provinciarum annuels conservés à l'Archivum Romanum Societatis Iesu (ARSI).
32Procès-verbal manuscrit conservé à l'ARSI, Instituti, Constitutiones, vol. 9. Texte édité dans MHSI, Constitutiones, vol. I, op. cit., p. 11-23, sous le titre De electione primi Generalis. Voir aussi André Ravier S.J., Ignace de Loyola fonde la Compagnie de Jésus, op. cit., p. 153-159. La date d'acceptation du 19 avril 1541 (mardi de Pâques) est confirmée par le Centrum Ignatianum Spiritualitatis (CIS 125, Curie généralice S.J., Rome) : « on April 19th he agreed to become the first Superior General » ; le scrutin s'était clos le 8 avril, vendredi de la semaine de la Passion, et les vœux solennels furent prononcés le 22 avril, vendredi de la semaine de Pâques. Corroborations publiques : Catholic Encyclopedia (1913), art. « St. Ignatius of Loyola » : « In April, 1541, Ignatius was, in spite of his reluctance, elected the first general, and on 22 April he and his companions made their profession in St. Paul Outside the Walls » ; History Today : « Saint Ignatius of Loyola became General of the Society of Jesus on April 19th, 1541 ».
33La cérémonie du 22 avril 1541 dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs est décrite par Polanco, Chronicon, vol. I, op. cit., p. 99-101. Les six profès signent ce jour-là le Formula Instituti de 1540 ; le document original est conservé à l'ARSI.
34Sur la collaboration Ignace-Polanco pour la rédaction des Constitutions, voir Pedro de Leturia S.J., « La forma de las Constituciones de la Compañía de Jesús, según una carta inédita de Polanco », dans Archivum Historicum Societatis Iesu, vol. III, 1934, p. 24-46 ; et Cándido de Dalmases S.J., El padre maestro Ignacio, op. cit., p. 250-256.
36Les trois versions A, B et définitive sont éditées en synopse dans MHSI, Monumenta Ignatiana — series III: Constitutiones, vol. II et III, Rome, 1934-1938. Sur leur réception par la 1ʳᵉ Congrégation générale (juin-août 1558), voir Antonio M. de Aldama S.J., Introduction to the Constitutions of the Society of Jesus, Institute of Jesuit Sources, Saint-Louis (Mo.), 1989, ISBN 978-0-912422-58-6, chap. I.
37Antonio M. de Aldama S.J., Introduction to the Constitutions of the Society of Jesus, op. cit., p. 35-38.
38John W. O'Malley S.J., The First Jesuits, op. cit., p. 8-9 et p. 357-359 (chapitre conclusif sur les Constitutions).
39Saint Ignace de Loyola, Constitutions de la Compagnie de Jésus, septième partie, n° 605. Texte latin et castillan dans MHSI, Constitutiones, vol. III, op. cit., p. 308. Traduction française dans Maurice Giuliani S.J., Saint Ignace de Loyola — Écrits, op. cit., p. 615.
40P. Jérôme Nadal S.J., Annotationes in Constitutiones Societatis Iesu, dans Monumenta Nadal, vol. V, MHSI, Rome, 1962, p. 469. Sur le rôle de Nadal comme interprète officiel des Constitutions envoyé par Ignace dans toutes les provinces (1553-1562), voir William V. Bangert S.J., Jerome Nadal, S.J., 1507-1580: Tracking the First Generation of Jesuits, Loyola University Press, Chicago, 1992.
41Melchor Cano O.P., Memorial sobre la Compañía de Jesús, 1548, manuscrit du couvent de Saint-Étienne de Salamanque. Édition critique par Vicente Beltrán de Heredia O.P., « Melchor Cano y la Compañía de Jesús », dans La Ciencia Tomista, vol. 60, Salamanque, 1941, p. 156-187. Sur la controverse Cano-jésuites, voir aussi Marcel Bataillon, Érasme et l'Espagne, Droz, Genève, 3ᵉ éd. 1991, p. 692-710.
42Catholic Encyclopedia (1913), art. « James Lainez » : Paul IV exige le généralat triennal et l'office chanté au chœur ; après sa mort (1559), « at the advice of eminent canonists, Lainez discontinued the choir, and observed the constitutions of the order in regard to the generalate » (newadvent.org/cathen/08747a.htm) ; art. « Jesuit Generals Prior to the Suppression » : « The pope died on 18 August, 1559, and his orders were not renewed by his successor, Pius IV » (newadvent.org/cathen/14084a.htm).
43Statistiques de 1556 compilées par William V. Bangert S.J., op. cit., p. 91-92. Voir également Antonio Astrain S.J., Historia de la Compañía de Jesús en la Asistencia de España, vol. I, op. cit., qui donne le détail province par province. L'ordre de grandeur (≈ 1 000 membres en douze provinces) est confirmé par les encyclopédies anciennes : The American Cyclopædia (1879), vol. IX : « At the death of Ignatius there were 1,000 members in 12 provinces » ; The New International Encyclopædia : « At the death of Ignatius (1556) there were 1000 members of the Order, in twelve provinces » ; Collier's New Encyclopedia (1921) : « above 1,000 persons, with 100 houses divided into 12 provinces ». Le décompte précis des collèges varie selon les historiens (Paul Grendler compte une quarantaine d'écoles fondées du vivant d'Ignace) : aucun chiffre unique n'est retenu ici.
44 54La mort de François Xavier le 3 décembre 1552 est documentée par la lettre du Chinois Antonio de Sainte-Foi, son compagnon, à Manuel Teixeira S.J., dans MHSI, Monumenta Xaveriana, vol. II, Madrid, 1912, p. 763-770. Sur la mission de Xavier en Asie, voir Georg Schurhammer S.J., Franz Xaver: sein Leben und seine Zeit, 4 volumes, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1955-1973 — l'ouvrage de référence absolu, fruit d'un demi-siècle de recherches.
45Cándido de Dalmases S.J., Francisco Javier, Espasa-Calpe, Madrid, 1985, p. 9 (introduction).
46Saint Pierre Canisius S.J., Confessions et Testament spirituel, éd. James Brodrick S.J., Beauchesne, Paris, 1957, p. 41-44. Voir aussi James Brodrick S.J., Saint Peter Canisius, S.J., 1521-1597, Loyola University Press, Chicago, 1962, chap. III.
47Sur les interventions de Laínez à Trente, voir Hubert Jedin, Geschichte des Konzils von Trient, vol. II : Die erste Trienter Tagungsperiode 1545-1547, Herder, Fribourg-en-Brisgau, 1957, p. 215-220 (justification) ; édition française Histoire du Concile de Trente, Desclée, Paris, 1965, vol. II. Sur Salmerón, voir William V. Bangert S.J. et Thomas M. McCoog S.J., Jerome Nadal: Tracking the First Generation, op. cit., p. 27-30.
48 55Récit détaillé de la mort d'Ignace par Polanco, Chronicon, vol. VI, MHSI, Madrid, 1898, p. 36-43, et par Ribadeneira, Vita Ignatii Loiolae, livre V, chap. XII. Le P. Joseph N. Tylenda S.J. en a donné une traduction française commentée dans « The Last Days of Ignatius of Loyola », dans Studies in the Spirituality of Jesuits, vol. 22 (1990), n° 4.
49Saint Pierre Favre S.J., Memoriale, n° 213, mai 1543, dans MHSI, Beati Petri Fabri Epistolae, Memoriale et Processus, op. cit., p. 547. Le Memorial — journal spirituel de Favre — est l'une des sources directes les plus précieuses sur les premières années de la Compagnie.
50La Compagnie n'est officiellement reconnue en France qu'en 1561-1562 : face aux objections des évêques gallicans et du Parlement de Paris, elle n'y reçoit pas le statut d'ordre religieux mais seulement celui de corporation et de collège, sous le nom de Société du Collège de Clermont (le collège parisien des jésuites). Voir Paul F. Grendler, Jesuit Schools and Universities in Europe, 1548-1773, Brill, Leyde, 2019.
51Canonisation commune du 12 mars 1622 par Grégoire XV d'Ignace de Loyola et de François Xavier, avec Thérèse d'Avila, Philippe Néri et Isidore le Laboureur. Voir EWTN Vatican, « The Greatest Canonization in History: March 12, 1622 ».
56Monumenta Historica Societatis Iesu (MHSI), série lancée à Madrid en 1894, continuée à Rome après 1929 par l'Institutum Historicum Societatis Iesu. 157 volumes publiés de 1894 à 2005, dont les Monumenta Ignatiana (12 volumes d'épîtres), les Monumenta Xaveriana, les Monumenta Lainii, Monumenta Borgia, Monumenta Nadal, Monumenta Salmeronis, Monumenta Brasiliae, etc. Le travail de publication se poursuit au sein de l'IHSI ; son catalogue actuel indique « plus de 150 volumes » dans la série. Catalogue accessible sur le site de l'IHSI à Rome.
57Pedro de Ribadeneira S.J., Vita Ignatii Loiolae, Societatis Iesu fundatoris, Naples, Tarquinius Longus, 1572 ; édition latine définitive révisée par l'auteur, Madrid, 1605. Édition moderne par Cándido de Dalmases S.J. dans MHSI, Fontes Narrativi de S. Ignatio de Loyola, vol. IV, Rome, 1965. La Vita de Ribadeneira est la première biographie officielle d'Ignace ; rédigée par un témoin direct (Ribadeneira avait 13 ans à son entrée dans la Compagnie en 1540 et a vécu près d'Ignace jusqu'à sa mort), elle reste une source incontournable.
58John W. O'Malley S.J., The First Jesuits, op. cit., p. 376 (conclusion).
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