Pie VII (Pius VII), né Barnaba Chiaramonti le 14 août 1742 à Cesena, dans les États pontificaux, gouverne l'Église de Rome du 14 mars 1800 au 20 août 1823. Moine bénédictin de formation, doux, pieux et savant, il est élu dans des circonstances dramatiques : son prédécesseur Pie VI vient de mourir prisonnier de la République française, et l'on a pu croire que la papauté elle-même s'éteignait avec lui.[1][2] Le conclave doit se tenir en exil, à Venise, sous protection autrichienne, et le nouveau pape est couronné d'une tiare de papier mâché, les Français ayant saisi les tiares pontificales.[3][4]
De ce pontificat de plus de vingt-trois ans, l'histoire retient avant tout un duel : celui du moine désarmé contre le maître de l'Europe, Napoléon Bonaparte. Pie VII signe d'abord avec lui le Concordat de 1801, qui rend la paix religieuse à la France révolutionnaire ; il se rend même à Paris pour assister au sacre impérial du 2 décembre 1804.[5][6] Mais quand l'Empereur annexe les États pontificaux et prétend asservir l'Église, le pape résiste. Il excommunie les auteurs de la spoliation ; il est alors arrêté de nuit et emmené captif. Pendant cinq ans, Napoléon retient le vieux pape à Savone puis à Fontainebleau, sans obtenir sa soumission durable : épuisé, Pie VII signe le Concordat de Fontainebleau le 25 janvier 1813, puis le rétracte par lettre du 24 mars 1813.[7][8]
C'est cette résistance spirituelle, plus que tout traité, qui fait la grandeur de Pie VII. Désarmé, malade, isolé, il oppose au plus puissant des hommes la seule force de la conscience. Lorsque l'Empire s'effondre, le pape rentre à Rome en triomphe le 24 mai 1814, accueilli comme un confesseur de la foi. Au Congrès de Vienne, son secrétaire d'État, le cardinal Consalvi, obtient la restauration des États pontificaux.[9] Quelques mois plus tard, Pie VII pose l'acte le plus durable de son règne : le rétablissement universel de la Compagnie de Jésus, supprimée quarante et un ans plus tôt.[10]
Comprendre Pie VII, c'est mesurer une vérité que l'histoire de la papauté ne cesse de confirmer : la force de l'Église ne réside pas dans ses armées, qu'elle n'a plus, mais dans la fidélité de ses pasteurs. Et c'est aussi découvrir un homme d'une bonté désarmante : ce pape humilié, à peine rentré dans Rome, accueillera sur ses terres la mère et la famille déchue de celui qui l'avait fait prisonnier. La grandeur de Pie VII tient à ce paradoxe : il a vaincu Napoléon en ne lui rendant jamais le mal pour le mal.
Pourquoi Pie VII est le pape qui tint tête à Napoléon
L'élection de Pie VII a lieu au creux le plus profond de l'histoire moderne de la papauté. La Révolution française avait persécuté l'Église, déporté les prêtres, profané les sanctuaires, puis envahi l'Italie. En 1798, les troupes du Directoire avaient proclamé une République romaine et arrêté Pie VI, traîné de ville en ville jusqu'à mourir, le 29 août 1799, dans la citadelle de Valence, en France.[11][12] Beaucoup pensaient alors que le dernier pape venait de disparaître.
Dans ce contexte, le moine Chiaramonti hérite d'une Église exsangue et d'un Siège apostolique sans État, sans armée, sans ressources. Or c'est précisément ce pape faible qui va devenir, contre toute attente, le rocher sur lequel se brisera l'ambition césariste de Napoléon. Là où l'Empereur dispose de la plus grande puissance militaire d'Europe, le pape ne dispose que de la résistance morale — et c'est elle qui l'emportera.
Tout le pontificat de Pie VII est dominé par ses relations avec Napoléon : l'apaisement religieux du Concordat, puis la lutte, la spoliation, la captivité, et enfin le triomphe du faible sur le fort.[13]
C'est ce qui fait de lui une figure-clé de l'histoire de l'Église contemporaine. Avec Pie VII, la papauté apprend à survivre dans un monde où elle n'a plus la force temporelle — et à fonder son autorité sur le seul témoignage spirituel. Le détail de la Révolution, du Concordat de 1801 ou de la Compagnie de Jésus relève d'articles propres ; ce qui revient en propre à Pie VII, c'est d'avoir incarné cette résistance au moment où tout semblait perdu.
Les sources principales
| Source | Nature | Apport pour Pie VII |
|---|---|---|
| The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Pius VII » (1911) | Synthèse catholique de référence | Biographie d'ensemble, conclave de Venise, Concordat, captivité, mort |
| Encyclopædia Britannica / Wikipedia, art. « Pope Pius VII » | Notices biographiques recoupées | Dates précises, famille, vie bénédictine, actes du pontificat |
| Ludwig von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge (s'arrête à Pie VI, 1799) | Grande histoire de la papauté | Contexte du conclave de Venise uniquement — ne couvre pas le pontificat de Pie VII, voir la note [14] |
| Mémoires du cardinal Ercole Consalvi | Source primaire | Concordat, conclave, captivité, Congrès de Vienne |
| Bulle Quum memoranda (10 juin 1809) | Acte pontifical | Excommunication des spoliateurs des États pontificaux |
| Bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum (7 août 1814) | Acte pontifical | Rétablissement universel de la Compagnie de Jésus |
| Bulle Ecclesiam a Jesu Christo (1821) | Acte pontifical | Condamnation des sociétés secrètes et de la franc-maçonnerie |
| Herodote.net, « Le pape qui a tenu tête à Napoléon » | Synthèse historique | Récit du duel Pie VII / Napoléon |
Barnaba Chiaramonti avant le pontificat (1742-1800)
Avant d'être le pape qui résista à Napoléon, Barnaba Chiaramonti fut pendant plus de quarante ans un moine bénédictin, étranger aux ambitions de cour et formé à l'obéissance, au silence et à l'étude. Rien, dans cette vie cachée, ne le préparait à affronter le plus grand conquérant de son temps — sinon, peut-être, la solidité intérieure que donne une longue vie de prière.
Une noblesse provinciale modeste
Barnaba Niccolò Maria Luigi Chiaramonti naît le 14 août 1742 à Cesena, petite ville de Romagne appartenant aux États pontificaux.[15] Il est le fils du comte Scipione Chiaramonti et de Giovanna Coronata Ghini, issus d'une noblesse provinciale honorable mais de fortune moyenne.[16] La piété de la famille est profonde : devenue veuve, sa mère se retirera dans un couvent de carmélites à Fano.[17] Le futur pape grandit ainsi dans un milieu où la foi n'est pas une convention sociale, mais le cœur même de l'existence.
Le moine bénédictin : Dom Gregorio
À quatorze ans, le 2 octobre 1756, le jeune Barnaba entre à l'abbaye bénédictine de Santa Maria del Monte, près de Cesena.[18] Il y prononce ses vœux le 20 août 1758 et reçoit le nom de religion de Dom Gregorio — Grégoire.[19] Ordonné prêtre le 21 septembre 1765, il devient professeur de théologie dans les collèges bénédictins de Parme puis de Rome.[20][21] Cette formation monastique marque tout l'homme : Pie VII gardera jusqu'au trône pontifical la douceur, la régularité et l'humilité du cloître. Il reste, sous la tiare, un fils de saint Benoît.
Élevé dès l'enfance dans le cloître, il garda toute sa vie les vertus du moine : la patience, la mansuétude et une piété profonde.[22]
L'évêque de Tivoli puis d'Imola, le cardinal
La carrière de Dom Gregorio change de cours grâce à un parent éloigné devenu pape : Pie VI, lui aussi originaire de Cesena, le distingue et l'élève. Il le nomme abbé, puis évêque de Tivoli en décembre 1782.[23][24] Trois ans plus tard, le 14 février 1785, Pie VI le crée cardinal-prêtre du titre de San Callisto et le transfère sur le siège plus important d'Imola, qu'il gouvernera jusqu'en 1816.[25][26][27] Chiaramonti se révèle un évêque pasteur : proche des pauvres, attentif au clergé, austère pour lui-même. C'est dans ce diocèse de Romagne qu'il affrontera, le premier, le choc de la Révolution.
L'homélie de Noël 1797 : un évêque face à la République
L'épisode le plus célèbre de son épiscopat est son homélie de Noël 1797, prononcée à Imola alors que la ville est intégrée à la République cisalpine créée par Bonaparte. Dans un climat où beaucoup d'évêques anathématisent en bloc les idées nouvelles, le cardinal Chiaramonti tient un discours d'une étonnante hauteur : il invite ses fidèles à la paix civile et soutient qu'il n'y a pas d'opposition entre une forme démocratique de gouvernement et la constitution de l'Église catholique.[28][29] Loin de tout ralliement aux excès révolutionnaires, il distingue le régime politique — variable et légitime sous plusieurs formes — de la foi catholique, qui ne s'identifie à aucun parti.
Ce discours, audacieux pour son temps, dessine déjà le futur pape : un homme capable de traiter avec le monde nouveau sans rien céder sur la foi. C'est exactement cette disposition qui rendra possible, quatre ans plus tard, le Concordat avec la France.
Le conclave de Venise (1799-1800)
À la mort de Pie VI, prisonnier à Valence le 29 août 1799, l'Église se trouve dans une situation inédite : Rome est occupée, le Siège apostolique vacant, et il n'est pas même certain qu'un conclave puisse se réunir.[30] C'est l'empereur d'Autriche François II qui offre l'asile : les cardinaux se rassemblent dans le monastère bénédictin de San Giorgio Maggiore, à Venise, à partir du 30 novembre 1799.[31]
Le conclave dure plus de trois mois, déchiré entre les pressions autrichiennes et les rivalités des partis. L'impasse est dénouée par un jeune prélat de génie, Ercole Consalvi, secrétaire du conclave, qui parvient à rallier les suffrages sur le nom du cardinal Chiaramonti, candidat de compromis.[32][33] Le moine d'Imola est élu le 14 mars 1800 et prend le nom de Pie VII, en hommage au pape martyr qui l'avait élevé. Faute de tiare — toutes saisies par les Français —, il est couronné le 21 mars 1800 d'une tiare de papier mâché, les tiares pontificales ayant été saisies par les Français.[34][35] Symbole saisissant : la papauté repartait de rien.
Ne pouvant rentrer dans une Rome encore disputée qu'après le retrait français, Pie VII fait sa solennelle entrée dans la Ville éternelle le 3 juillet 1800.[36] L'un de ses premiers actes est de récompenser l'artisan de son élection : il crée Consalvi cardinal et le nomme secrétaire d'État le 11 août 1800.[37] Ce choix décide de tout le pontificat : pendant vingt-trois ans, dans la paix comme dans l'épreuve, Consalvi sera le bras politique de Pie VII.
« Consalvi garda jusqu'à la fin la confiance du pape. » — The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Pius VII »[38]
- 14 mars 1800Élection au conclave de Veniseaprès plus de trois mois d'impasse
Le cardinal Chiaramonti est élu et prend le nom de Pie VII. Couronné le 21 mars d'une tiare de papier mâché, faute de tiares saisies par les Français.
- 15 juillet 1801Concordat avec Bonapartela paix religieuse rendue à la France
Négocié par Consalvi, le Concordat rétablit le culte catholique en France révolutionnaire. La religion y est reconnue comme celle de la majorité des Français.
- 2 décembre 1804Sacre de Napoléon à Notre-Damele pape présent, l'Empereur se couronnant lui-même
Pie VII se rend à Paris pour le sacre. Napoléon pose lui-même la couronne sur sa tête, affirmant que sa puissance ne procède pas du pape.
- 10 juin 1809Bulle Quum memorandal'excommunication des spoliateurs
Après l'annexion des États pontificaux, Pie VII excommunie les auteurs de la spoliation, sans nommer Napoléon mais visant clairement l'Empire.
- 6 juillet 1809Arrestation du papele général Radet au Quirinal
Dans la nuit, les troupes françaises pénètrent au palais du Quirinal et arrêtent Pie VII. Commence une captivité de cinq ans.
- 25 janvier 1813Concordat de Fontainebleauune signature arrachée, puis rétractée
Épuisé, le pape signe un concordat très défavorable. Deux mois plus tard, le 24 mars 1813, soutenu par Consalvi et Pacca, il le rétracte.
- 24 mai 1814Retour triomphal à Romele confesseur de la foi acclamé
Après la chute de Napoléon, Pie VII rentre dans Rome au milieu de la liesse populaire. L'année suivante, il instituera la fête de Marie Auxiliatrice au 24 mai, anniversaire de ce retour.
- 7 août 1814Rétablissement de la Compagnie de Jésusbulle Sollicitudo omnium ecclesiarum
Le pape rétablit pour l'Église universelle l'ordre des Jésuites, supprimé en 1773. C'est l'acte le plus durable de son règne.
- 20 août 1823Mort de Pie VIIaprès une chute et une fracture du fémur
Le pape s'éteint à Rome, à 81 ans, assisté du fidèle Consalvi. Thorvaldsen sculptera son tombeau à Saint-Pierre.
Le Concordat de 1801 : la paix religieuse rendue à la France
Le premier grand acte du pontificat est le rétablissement de la paix religieuse en France, déchirée par dix années de persécution révolutionnaire. Le 15 juillet 1801, après huit mois d'âpres négociations menées par le cardinal Consalvi face au Premier Consul Bonaparte, un Concordat est signé.[39][40] C'est un compromis historique : l'Église renonce aux biens nationaux confisqués depuis 1790 et accepte la démission de tout l'épiscopat français pour permettre une réorganisation complète ; en échange, l'exercice public du culte catholique est restauré, et l'État s'engage à rétribuer le clergé.[41]
Le texte ne reconnaît pas le catholicisme comme religion d'État, mais comme « religion de la grande majorité des citoyens français » — formule prudente que Pie VII accepte au prix d'une concession douloureuse. Le pape, en exigeant la démission collective des évêques, exerce une plénitude de pouvoir sur l'épiscopat sans précédent, qui renforce paradoxalement l'autorité du Saint-Siège.[42]
En obtenant la démission de tous les évêques français, légitimes et constitutionnels, pour reconstruire l'Église de France, Pie VII a posé un acte d'autorité pontificale dont la portée dépasse de loin la France. — D'après les analyses de napoleon.org sur le Concordat[43]
Mais Bonaparte trahit aussitôt l'esprit de l'accord. En 1802, il adjoint unilatéralement au Concordat soixante-dix-sept « Articles organiques » qui soumettent le clergé à l'État, restaurent en fait le gallicanisme et bafouent la liberté de l'Église.[44][45] Pie VII proteste sans relâche contre cette violation, qu'il n'a jamais acceptée. Le détail doctrinal et juridique du Concordat relève d'un article propre ; ce qui importe ici, c'est qu'il scelle, dès l'origine, l'ambiguïté des rapports entre le pape et celui qui sera bientôt empereur.
Le sacre de Napoléon (2 décembre 1804)
L'acte le plus spectaculaire — et le plus discuté — du pontificat est la présence de Pie VII au sacre impérial. En 1804, Napoléon, devenu empereur des Français, veut donner à son trône la caution religieuse que seul le pape peut offrir. Il obtient de Pie VII qu'il vienne à Paris pour la cérémonie. Le pape accepte, espérant en retour un adoucissement des Articles organiques et des concessions pour l'Église de France.[46]
Le 2 décembre 1804, à Notre-Dame de Paris, se joue une scène restée fameuse. Au moment décisif, Napoléon ne reçoit pas la couronne des mains du pape : il la saisit et se couronne lui-même, puis couronne l'impératrice Joséphine.[47][48] Le geste est un manifeste politique : l'Empereur signifie que son pouvoir ne procède pas de l'Église, mais de lui seul et du peuple. Pie VII, présent, bénit mais ne sacre pas au sens fort. Il reviendra de Paris déçu : les concessions espérées ne viendront pas, et l'Empereur s'enhardira jusqu'à vouloir asservir tout à fait la papauté.
La leçon de ce voyage est amère pour le pape : à force de bonne volonté, il a prêté son prestige à un homme qui ne rendait rien. C'est de cette déception que naîtra, peu à peu, la résistance des années suivantes.
La rupture : annexion, excommunication, arrestation (1808-1809)
À partir de 1806, les exigences de Napoléon deviennent insupportables. L'Empereur veut faire des États pontificaux un rouage de son Blocus continental contre l'Angleterre, fermer les ports du pape, lui imposer ses ennemis comme amis. Pie VII refuse de rompre la neutralité du Siège apostolique et oppose une fin de non-recevoir constante.[49] La rupture devient inévitable.
L'invasion et l'annexion de Rome (1808-1809)
En février 1808, les troupes françaises occupent Rome. Le 17 mai 1809, un décret impérial signé à Vienne annexe purement et simplement les États pontificaux à l'Empire, mettant fin à plus de mille ans de souveraineté temporelle des papes.[50][51] Napoléon prétend réduire le pape au rang de simple chapelain de l'Empire, pensionné et soumis. Pie VII, dépouillé de tout pouvoir temporel, ne lui oppose plus qu'une arme : la sanction spirituelle.
La bulle Quum memoranda (10 juin 1809)
Le 10 juin 1809, le pape fait afficher sur les portes des grandes basiliques romaines la bulle Quum memoranda, qui excommunie tous les auteurs, exécutants et complices de la spoliation des États pontificaux.[52] Par prudence et par dignité, le texte ne nomme pas Napoléon explicitement, mais nul n'ignore qu'il est visé au premier chef.[53][54] C'est l'acte de courage d'un homme désarmé : le pape, qui n'a plus ni soldats ni État, frappe d'anathème le maître de l'Europe.
La bulle excommunie tous ceux qui ont ordonné, exécuté, conseillé ou favorisé la spoliation du pouvoir temporel du Saint-Siège. — D'après la bulle Quum memoranda, 10 juin 1809[55]
L'arrestation du Quirinal (6 juillet 1809)
La réponse de Napoléon est immédiate. Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809, le général Étienne Radet escalade les murs du palais du Quirinal avec ses hommes et arrête Pie VII.[56][57] Sommé d'abdiquer sa souveraineté temporelle, le pape refuse avec une fermeté tranquille. On l'arrache à Rome et on l'emmène vers le nord, par Gênes et Grenoble, vers l'exil. Le moine prisonnier entame alors le plus long et le plus glorieux combat de sa vie.
La captivité : Savone et Fontainebleau (1809-1814)
Pendant cinq ans, Pie VII est retenu captif par Napoléon, coupé de ses conseillers, privé de ses moyens de gouvernement. L'Empereur espère, par l'isolement et l'usure, briser sa résistance et soumettre l'Église. Il échouera.
Savone : la résistance silencieuse (1809-1812)
Après de courtes étapes, le pape est installé à Savone, sur la côte ligure, où il restera de 1809 à 1812.[58] Les conditions matérielles sont d'abord convenables, mais la surveillance est étroite et l'isolement spirituel terrible : on lui retire ses conseillers, on intercepte ses lettres, on lui interdit tout contact avec la Curie. Napoléon veut un pape muet.
Pie VII oppose une grève des institutions : il refuse d'accorder l'institution canonique aux évêques nommés par l'Empereur. Sans cette institution, les évêques impériaux n'ont pas de juridiction légitime, et l'Église de France se trouve peu à peu paralysée.[59] Le pape, dépouillé de tout, a découvert le seul levier qui lui reste : son pouvoir des clés. Privé de liberté, il gouverne encore par le refus.
Fontainebleau : le concordat arraché (1812-1814)
En juin 1812, Napoléon fait transférer le pape, malade et épuisé, jusqu'au château de Fontainebleau, près de Paris.[60] Le voyage, mené à marche forcée, manque de le tuer. À Fontainebleau, l'Empereur, revenu de la désastreuse campagne de Russie, vient en personne presser le vieillard.
Le 25 janvier 1813, à bout de forces et trompé par des conseillers, Pie VII appose sa signature au bas d'un projet humiliant, le Concordat de Fontainebleau, par lequel il semble renoncer à sa souveraineté et consentir à résider en France.[61] Mais le sursaut vient vite. Soutenu par les cardinaux Consalvi et Pacca, qui le rejoignent enfin, le pape mesure l'étendue de sa faiblesse passagère. Le 24 mars 1813, il adresse à Napoléon une lettre solennelle de rétractation, désavouant formellement sa signature comme arrachée par la contrainte.[62] On le traite aussitôt de nouveau en prisonnier d'État. La leçon est immense : même vaincu un instant, le pape s'est relevé et a refusé de trahir.
Vaincu par l'opiniâtreté de l'Empereur, Pie VII avait signé ; mais, se ressaisissant, il rétracta sa signature, déclarant nul un acte extorqué par la violence. — D'après les sources historiques sur le Concordat de Fontainebleau[63]
Le retour triomphal et la restauration (1814-1815)
La chute de Napoléon délivre le pape. Dès le début de 1814, devant l'effondrement de l'Empire, l'Empereur ordonne de libérer Pie VII et de le renvoyer en Italie. Le 24 mai 1814, le pape fait sa rentrée triomphale dans Rome, au milieu d'une grande liesse populaire.[64][65] Le moine humilié revient en confesseur de la foi. C'est son premier retour. Le retour de Napoléon de l'île d'Elbe, pendant les Cent-Jours, chasse de nouveau le pape de Rome — il se réfugie à Savone le 22 mars 1815 —, et ce n'est qu'après Waterloo, le 7 juillet 1815, qu'il y rentre définitivement : c'est son second retour.[66]
Marie Auxiliatrice, fête de la délivrance
En reconnaissance de cette délivrance, Pie VII institue le 15 septembre 1815, pour les États pontificaux d'abord, la fête de Marie Auxiliatrice (Maria Auxilium Christianorum), fixée au 24 mai, anniversaire de son premier retour à Rome (24 mai 1814).[67] Le pape attribue ouvertement sa libération à la protection de la Vierge Marie, dont il avait imploré le secours pendant toute sa captivité. Cette dévotion mariale, née de l'épreuve, deviendra l'un des héritages spirituels du pontificat — et saint Jean Bosco, plus tard, en fera le patronage de toute son œuvre.
Le Congrès de Vienne et la restauration des États pontificaux
Tandis que le pape rentre, son secrétaire d'État, le cardinal Consalvi, représente le Saint-Siège au Congrès de Vienne (1814-1815). Par une diplomatie habile, il obtient des puissances la restauration presque intégrale des États pontificaux.[68] Consalvi sait aussi se montrer modéré : revenu au pouvoir, il évite la réaction aveugle, maintient certaines réformes administratives utiles héritées de la période française, et donne à l'État pontifical restauré un gouvernement éclairé. La papauté retrouve ainsi sa base temporelle, qu'elle conservera jusqu'en 1870.
Le rétablissement de la Compagnie de Jésus (1814)
L'acte le plus durable du pontificat n'est ni un concordat ni un traité, mais une résurrection. Quarante et un ans plus tôt, en 1773, sous la pression des cours européennes, Clément XIV avait supprimé la Compagnie de Jésus. Le 7 août 1814, à peine rentré dans Rome, Pie VII signe la bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum qui rétablit l'ordre des Jésuites pour l'Église universelle.[69]
Le moment est hautement symbolique. Le pape qui vient de subir cinq ans de captivité aux mains d'un César moderne rend à l'Église son ordre missionnaire et enseignant le plus puissant, au moment même où il faut reconstruire le catholicisme après la tourmente révolutionnaire. Pie VII y présente la Compagnie comme des rameurs vigoureux dont l'Église, barque de Pierre assaillie par la tempête, ne saurait se passer.[70]
Le pape écrit qu'il se croirait coupable devant Dieu si, dans les grands dangers que traverse la chrétienté, il négligeait les secours que la Providence met à sa disposition. — D'après la bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum, 7 août 1814[71]
Le détail de la suppression et de la restauration des Jésuites appartient à un article dédié ; mais c'est à Pie VII que revient l'honneur d'avoir réparé l'un des actes les plus contestés du siècle précédent, et d'avoir redonné à l'Église un instrument d'évangelisation qui marquera tout le XIXᵉ siècle.
Le pape et la famille Bonaparte déchue
Après la défaite définitive de Napoléon à Waterloo (1815) et son exil à Sainte-Hélène, Pie VII donne la plus belle preuve de sa grandeur d'âme. Celui qui avait été arrêté, déporté et humilié par l'Empereur ouvre les portes de Rome à sa famille déchue.[72] La mère de Napoléon, Letizia Bonaparte (Madame Mère), son oncle le cardinal Fesch, et plusieurs membres du clan impérial trouvent asile et protection sur les terres mêmes du pape qu'ils avaient persécuté.[73]
Mieux encore : informé de la dureté de la détention de Napoléon à Sainte-Hélène, Pie VII charge le cardinal Consalvi de plaider la clémence auprès du prince-régent d'Angleterre ; et quand l'Empereur déchu demande un prêtre catholique, il lui envoie comme aumônier l'abbé Vignali.[74] Le contraste est saisissant et tout évangélique : le persécuté rend le bien pour le mal. Cette magnanimité, plus qu'aucun discours, a fait reconnaître en Pie VII un véritable disciple du Christ, et elle a profondément frappé les contemporains, fussent-ils incroyants.
Le gouvernement de l'Église restaurée (1815-1823)
Les dernières années du pontificat sont consacrées à reconstruire une Église dévastée par un quart de siècle de révolutions et de guerres. Pie VII, secondé par Consalvi, multiplie les concordats avec les États pour réorganiser les diocèses, et défend la foi contre les nouvelles menaces idéologiques.
La condamnation de la franc-maçonnerie (1821)
En 1821, par la bulle Ecclesiam a Jesu Christo, Pie VII condamne les sociétés secrètes, et nommément les carbonari et la franc-maçonnerie, dont il dénonce les serments occultes et l'hostilité à l'Église et à l'ordre légitime.[75][76] Il confirme et renouvelle ainsi les condamnations portées au siècle précédent par Clément XII et Benoît XIV. Pour le pape, ces sociétés représentent l'héritage souterrain de l'esprit révolutionnaire qu'il a combattu toute sa vie.
Missions, diocèses et expansion mondiale
Le pontificat est aussi celui d'une expansion missionnaire notable. Pie VII érige de nombreux diocèses nouveaux, notamment aux États-Unis — Boston, New York, Philadelphie et Bardstown en 1808[77] — accompagnant l'essor du catholicisme dans le Nouveau Monde.[78] Contre la traite des Noirs, Pie VII écrit à Louis XVIII le 20 septembre 1814 (lettre Inter tot ac tantas) pour soutenir l'abolition portée au Congrès de Vienne, le Saint-Siège adhère par Consalvi à la déclaration commune du 8 février 1815, et le pape écrit encore à Jean VI du Portugal en 1823.[79][80] L'Église, sortie des catacombes napoléoniennes, redéploie son universalité.
Le mécène : Rome, Canova et les arts
Fidèle à la tradition des papes, Pie VII est enfin un protecteur des arts et des sciences. Il favorise les fouilles archéologiques de Rome — dégageant les ruines d'Ostie, restaurant l'arc de Titus —, enrichit les musées du Vatican et soutient le grand sculpteur Antonio Canova, qu'il charge notamment de récupérer les œuvres d'art romaines emportées à Paris par Napoléon.[81] Sous son règne, Rome redevient la capitale des arts qu'elle avait cessé d'être. On notera aussi, du côté des ombres, le rétablissement du ghetto juif après la restauration pontificale, mesure conforme à l'esprit du temps mais que l'historiographie ne dissimule pas.[82]
La spiritualité de Pie VII
On réduit parfois Pie VII au seul adversaire de Napoléon. Ce serait oublier l'essentiel : avant d'être un pape politique, il fut un moine et un homme de Dieu, et c'est sa vie intérieure qui explique sa résistance. La force qu'il opposa à l'Empereur n'était pas d'abord diplomatique : elle était spirituelle.
La force du faible
Toute la grandeur de Pie VII tient dans un renversement évangélique : c'est le désarmé qui triomphe de l'armé. Sans soldats, sans État, sans liberté, le pape vainc le plus puissant des hommes par la seule fidélité de sa conscience. Il incarne à la lettre la parole de saint Paul.
« C'est quand je suis faible que je suis fort. » — Saint Paul, Deuxième épître aux Corinthiens (2 Co 12, 10)[83]
Cette parole résume le mystère de Pie VII : sa faiblesse même fut sa force, parce qu'elle ne s'appuyait pas sur les armes mais sur Dieu. Napoléon, qui disposait de tout, n'a pu rien arracher à ce vieillard qui ne disposait de rien.
La douceur et le pardon
Le trait le plus constant de sa sainteté est la mansuétude. Jamais Pie VII ne maudit ses persécuteurs ; il prie pour eux. Sa magnanimité envers la famille Bonaparte déchue n'est pas un calcul, mais le fruit d'une charité réelle. En cela, il rejoint la plus pure tradition des saints pasteurs, qui mesurent la victoire non au triomphe sur l'ennemi, mais au pardon offert.
La confiance en la Vierge Marie
Enfin, la captivité a creusé en lui une dévotion mariale intense. C'est à la Vierge qu'il attribue sa délivrance, et c'est en mémoire de son secours qu'il institue en 1815, pour les États pontificaux d'abord, la fête de Marie Auxiliatrice, fixée au 24 mai.[84] Sa résistance fut donc, jusqu'au bout, une affaire de prière autant que de courage.
La mort, le tombeau et la postérité
Une fin paisible (1823)
Les dernières années sont marquées par la fatigue et la maladie. Le 6 juillet 1823 — anniversaire, jour pour jour, de son arrestation de 1809 —, le vieux pape fait une chute dans ses appartements et se fracture le fémur.[85] Il ne se relèvera pas. Pie VII s'éteint à Rome le 20 août 1823, à quatre-vingt-un ans, assisté de son fidèle Consalvi, qui ne lui survivra que quelques mois.[86][87] Avec lui disparaît l'un des plus longs pontificats de l'histoire et l'un des plus éprouvés.
Le tombeau de Thorvaldsen
Inhumé à Saint-Pierre, Pie VII reçoit un honneur unique : son monument funéraire dans la basilique vaticane est confié au grand sculpteur danois Bertel Thorvaldsen (achevé vers 1831).[88] Fait remarquable, Thorvaldsen est protestant — son monument est la seule œuvre d'un artiste non catholique dans la basilique Saint-Pierre.[89][90] Que le mémorial du pape de la résistance catholique ait été taillé par un luthérien dit assez l'estime universelle qu'inspira l'homme, par-delà les confessions.
Le verdict de l'histoire
Comment juger Pie VII ? L'histoire, croyante ou non, retient un pontife d'une stature morale exceptionnelle. Sur le plan politique, il a sauvé la papauté de l'anéantissement et lui a rendu son indépendance. Sur le plan religieux, il a rétabli le culte en France, ressuscité la Compagnie de Jésus, relancé les missions et défendu la foi contre la franc-maçonnerie. Mais sa vraie grandeur est ailleurs : dans la résistance désarmée d'un moine à un empereur.
Pie VII fut grand non par la force, qu'il n'avait pas, mais par la constance d'une conscience que rien ne put fléchir.
En 2007, le Saint-Siège a donné le nihil obstat ouvrant la cause en béatification de Pie VII, confiée au diocèse de Savone-Noli : Pie VII porte depuis le titre de Serviteur de Dieu, première étape vers une éventuelle béatification.[91] L'Église envisage ainsi de reconnaître officiellement comme saint celui qui, par sa douceur invincible, opposa au plus grand conquérant des temps modernes la seule force du témoignage. Pie VII illustre une loi profonde de l'histoire de l'Église : les empires passent, mais le roc de Pierre demeure — et il demeure d'autant plus fermement qu'il s'appuie, non sur les armes, mais sur Dieu.
Pour aller plus loin
- Le pape Pie VI (1717-1799) — son prédécesseur et protecteur, mort prisonnier de la Révolution française à Valence.
- Le pape Léon XII — son successeur immédiat, élu en 1823.
- Le Concordat de 1801 — l'accord avec Bonaparte qui rendit la paix religieuse à la France ; le détail de ses clauses.
- La Compagnie de Jésus — l'ordre des Jésuites supprimé en 1773 et rétabli par Pie VII en 1814.
- Le pape Clément XIV — celui qui avait supprimé la Compagnie de Jésus en 1773.
- Le pape Clément XII et Benoît XIV — les premières grandes condamnations de la franc-maçonnerie, que Pie VII renouvelle en 1821.
- Le pape Grégoire XVI — qui poursuivra, après lui, la défense de l'Église face aux idées révolutionnaires.
Notes et références
N. Weber, « Pope Pius VII », dans The Catholic Encyclopedia, vol. XII, Robert Appleton Company, New York, 1911 (texte sur newadvent.org/cathen/12132a.htm) — synthèse catholique de référence : origine à Cesena, vie bénédictine, épiscopat d'Imola, homélie de 1797, conclave de Venise, élection le 14 mars 1800, rôle de Consalvi, Concordat, captivité, rétablissement de la Compagnie de Jésus le 7 août 1814, fracture du fémur le 6 juillet 1823 et mort le 20 août 1823. Originaux anglais consignés : « Consalvi retained to the end the confidence of the pope. » ; homélie de Noël 1797 : « in which he advocates submission to the Cisalpine Republic, as there is no opposition between a democratic form of government and the constitution of the Catholic Church » ; entrée à Rome : « he made his solemn entry on 3 July » ; Consalvi : « the elevation on 11 Aug., 1800, of Ercole Consalvi ... to the college of cardinals and to the office of secretary of state » ; États-Unis : « Pius VII erected in 1808 the Dioceses of Boston, New York, Philadelphia, and Bardstown, with Baltimore as the metropolitan see » — liste recoupée par l'archidiocèse de Baltimore (bicentenaire du cardinal Carroll, archbalt.org, consulté le 4 octobre 2026) et le Congressional Record (création des quatre diocèses le 8 avril 1808).
1 11 13 17 22 25 28 30 32 36 37 38 73 77 86« Pope Pius VII », Wikipedia (encyclopédie en ligne, recoupée avec les sources primaires) — naissance le 14 août 1742 à Cesena, père le comte Scipione Chiaramonti et mère Giovanna Coronata Ghini, entrée chez les Bénédictins le 2 octobre 1756, profession le 20 août 1758 sous le nom de Dom Gregorio, ordination le 21 septembre 1765, évêque de Tivoli (1782), cardinal et évêque d'Imola (14 février 1785), homélie de Noël 1797, conclave de Venise (San Giorgio Maggiore) à partir du 30 novembre 1799, élection le 14 mars 1800, couronnement le 21 mars 1800 (tiare de papier mâché), annexion du 17 mai 1809, bulle Quum memoranda du 10 juin 1809, arrestation par Radet le 6 juillet 1809, captivité à Savone (1809-1812) puis Fontainebleau (1812-1814), retour à Rome le 24 mai 1814, institution de Marie Auxiliatrice, bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum, bulle Ecclesiam a Jesu Christo (1821), érection de diocèses américains (1808), section « Opposition to slavery » (déclaration de Vienne 1815 via Consalvi, lettres à Louis XVIII du 20 septembre 1814 et à Jean VI du Portugal en 1823), section 2.7 « Reinstitution of Jewish Ghetto », mécénat de Canova (envoyé du pape à Paris en 1815 pour la restitution des œuvres emportées), fouilles d'Ostie, restauration de l'arc de Titus, fracture du fémur le 6 juillet 1823, mort le 20 août 1823, monument de Thorvaldsen, ouverture de la cause en béatification en 2007 (titre de Serviteur de Dieu). Recoupements (consultés le 4 octobre 2026) : fouilles d'Ostie et restauration de l'arc de Titus sous Pie VII confirmées par la Jewish Encyclopedia 1901, art. « Titus, Arch of » (« Under the pontificate of Pius VII. the arch was restored in its lateral portions », sur studylight.org) ; envoi de Canova à Paris en 1815 pour la restitution des œuvres emportées confirmé par l'ICCROM (History of Conservation) ; réinstallation du ghetto après 1814 dans le contexte documenté de la restauration pontificale (cf. Brill, Inventing the Modern Papacy, ch. 12 sur la restauration après 1814).
2 3 12 15 16 18 19 21 24 27 29 31 33 34 51 54 56 58 60 65 76 78 80 81 82 85 87 88 89Italy On This Day, « Pope Pius VII crowned » (2019) — couronnement du 21 mars 1800 à Venise avec une tiare de papier mâché, les tiares pontificales ayant été emportées par l'armée révolutionnaire française.
4 35« Pie VII (1740-1823) — Le pape qui a tenu tête à Napoléon », Herodote.net, synthèse « Le pape qui a tenu tête à Napoléon » (https://www.herodote.net/Le_pape_qui_a_tenu_tete_a_Napoleon-synthese-434.php, consultée le 4 octobre 2026) — récit du duel Pie VII / Napoléon : Concordat de 1801, Articles organiques de 1802, sacre du 2 décembre 1804 (Napoléon se couronnant lui-même), refus du pape de rompre la neutralité, arrestation du 6 juillet 1809, captivité de Savone et de Fontainebleau, retour triomphal du 24 mai 1814, magnanimité envers la famille Bonaparte déchue. Le millésime 1740 du titre est une coquille — Pie VII est né le 14 août 1742, comme l'établissent la Catholic Encyclopedia et les notices biographiques : cette synthèse, utile pour le récit, ne suffit pas seule pour les faits sensibles, ici adossés à la Catholic Encyclopedia et aux actes cités.
5 9 39 44 46 47 49 57 59 64 68 72« Napoleon and the Pope: from the Concordat to the Excommunication », napoleon.org (Fondation Napoléon, https://www.napoleon.org/en/history-of-the-two-empires/articles/napoleon-and-the-pope-from-the-concordat-to-the-excommunication/, consulté le 4 octobre 2026) — négociation du Concordat par Consalvi, démission collective de l'épiscopat français, reconnaissance du catholicisme comme religion de la majorité des Français, ajout unilatéral des 77 Articles organiques en 1802, dégradation des relations jusqu'à l'excommunication de 1809 (bulle Quum memoranda, nuit du 10 au 11 juin 1809, visant Napoléon sans le nommer).
6 40 41 42 43 45 48Pie VII, bulle Quum memoranda, 10 juin 1809 — excommunication de tous les auteurs, exécutants, conseillers et complices de la spoliation des États pontificaux, en réponse au décret impérial du 17 mai 1809 annexant Rome à l'Empire ; le nom de Napoléon n'y est pas explicitement cité. (Les notices anglophones la qualifient parfois de bref ; les sources de référence francophones parlent de bulle d'excommunication.)
7 50 52 53 55Concordat de Fontainebleau, signé le 25 janvier 1813 par Pie VII sous la contrainte (promulgué comme loi de l'Empire le 13 février 1813), puis rétracté par le pape dans une lettre à Napoléon du 24 mars 1813, avec le soutien des cardinaux Consalvi et Pacca, comme acte extorqué par la violence et donc nul — rétractation attestée par la Catholic Encyclopedia (vol. XI, p. 417 : à Fontainebleau, les cardinaux libérés « insisted that Pius VII should retract the last concordat », texte sur en.wikisource.org/wiki/Page:Catholic_Encyclopedia,_volume_11.djvu/417, consulté le 4 octobre 2026) ; contexte de la captivité et des pressions : Fondation Napoléon, « Why was the Pope held captive in Fontainebleau ? » (napoleon-en-seineetmarne.fr, consulté le 4 octobre 2026).
8 61 62 63Pie VII, bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum, 7 août 1814 — rétablissement de la Compagnie de Jésus pour l'Église universelle, quarante et un ans après sa suppression par Clément XIV (bref Dominus ac Redemptor, 1773) ; image paraphrasée de la barque de Pierre et de ses rameurs dans la tempête.
10 69 70 71Ludwig von Pastor, Histoire des papes depuis la fin du Moyen Âge (éd. orig. Geschichte der Päpste seit dem Ausgang des Mittelalters ; trad. angl. The History of the Popes, vol. XL : Pius VI (1775–99), Routledge & Kegan Paul, Londres, 1953, xv + 410 p.) — limite de couverture : l'ouvrage s'arrête à la mort de Pie VI (1799) et ne traite donc pas du pontificat de Pie VII (1800-1823) ; il n'est conservé ici que comme grande histoire de référence du contexte (fin de Pie VI, conclave de Venise), et n'est plus invoqué pour aucun fait du règne.
14Salvador Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church (Florida International University), notice « Consistory of February 14, 1785 » (cardinals.fiu.edu/bios1785.htm) — dates jour-exactes : entrée chez les Bénédictins de Santa Maria del Monte le 2 octobre 1756 (habit et nom de Grégoire le 10 octobre 1756), vœux le 20 août 1758, ordination le 21 septembre 1765, évêque de Tivoli élu le 16 décembre 1782 (sacré le 21 décembre), cardinal au consistoire du 14 février 1785, transféré à Imola le 14 février 1785, démission du gouvernement pastoral d'Imola le 8 mars 1816.
20 23 26F. Holweck, « Feast of Our Lady, Help of Christians », dans The Catholic Encyclopedia, vol. XI, Robert Appleton Company, New York, 1911 (texte sur newadvent.org/cathen/11360c.htm) — après son premier retour à Rome le 24 mai 1814, un second exil pendant les Cent-Jours (fuite à Savone le 22 mars 1815) puis son second retour définitif le 7 juillet 1815, Pie VII institue le 15 septembre 1815, pour les États pontificaux, la fête de Notre-Dame Auxiliatrice, célébrée le 24 mai, anniversaire de son premier retour ; les diocèses de Toscane l'adoptent le 12 février 1816.
66 67 84N. Weber, « Pope Pius VII », dans The Catholic Encyclopedia, vol. XII, Robert Appleton Company, New York, 1911 (texte sur newadvent.org/cathen/12132a.htm) — « So forgiving was Pius that upon hearing of the severe captivity in which the imperial prisoner was held at St. Helena, he requested Cardinal Consalvi to plead for leniency with the Prince-Regent of England. When he was informed of Napoleon's desire for the ministrations of a Catholic priest, he sent him the Abbé Vignali as chaplain. » La même notice atteste l'asile romain de la mère de l'Empereur, de ses frères Lucien et Louis et de son oncle le cardinal Fesch. Une lettre de Pie VII à Consalvi (1817), rapportée par les historiens, exprime le désir du pape d'adoucir les souffrances de Napoléon.
74Pie VII, bulle Ecclesiam a Jesu Christo, 13 septembre 1821 — condamnation des sociétés secrètes, et nommément des carbonari et de la franc-maçonnerie, dans la continuité des condamnations de Clément XII (In eminenti, 1738) et de Benoît XIV (Providas, 1751).
75Grégoire XVI, In Supremo Apostolatus, 3 décembre 1839 — « In our time Pius VII, moved by the same religious and charitable spirit as his Predecessors, intervened zealously with those in possession of power to secure that the slave trade should at least cease amongst the Christians » (texte sur origin.ewtn.com/catholicism/library/condemning-slave-trade-7859, consulté le 4 octobre 2026). Lettre Inter tot ac tantas à Louis XVIII, 20 septembre 1814, pour appuyer l'effort britannique d'abolition au Congrès de Vienne ; adhésion du Saint-Siège, par le cardinal Consalvi, à la déclaration commune du 8 février 1815 ; nouvelle lettre à Jean VI du Portugal en 1823 — les trois actes datés recoupés par la notice « Pope Pius VII », section « Opposition to slavery » (voir note [^wiki]).
79Saint Paul, Deuxième épître aux Corinthiens, chapitre 12, verset 10 (traduction française d'après la Bible de Jérusalem). Texte latin de la Vulgate : « cum enim infirmor, tunc potens sum ».
83Walks in Rome (guide historique de Rome), « Funerary Monument to Pope Pius VII » — « It is the only work in St Peter's Basilica by a protestant sculptor » ; monument commandé par le cardinal Consalvi, secrétaire d'État de Pie VII — même formule dans la notice « Bertel Thorvaldsen » (« the only work by a non-Catholic in St. Peter's Basilica », consultée le 4 octobre 2026) ; monument achevé et placé en 1831.
90Diocèse de Savone-Noli, édit de Mgr Calogero Marino annonçant l'ouverture du procès diocésain en béatification et canonisation de Pie VII (postulateur : don Giovanni Margara), après le nihil obstat du Saint-Siège communiqué au diocèse le 15 août 2007 (document diocésain, texte sur cattedralesavona.it).
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