Le judaïsme est la tradition religieuse du peuple juif, héritière de l'Alliance biblique conclue avec Abraham, prolongée par Moïse, déployée par les prophètes et reformulée après la destruction du Temple de Jérusalem en 70 par les maîtres pharisiens devenus rabbins. Il confesse un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre, qui appelle un peuple, donne la Torah, parle dans l'histoire et promet l'accomplissement de son dessein dans la venue du Messie.
Pour un catholique, le judaïsme n'est pas une religion étrangère parmi d'autres : il est la racine sacrée de la foi chrétienne. Jésus est juif, Marie est juive, les apôtres sont juifs, l'Ancien Testament est l'Écriture sainte reçue par l'Église, la liturgie chrétienne hérite de la prière biblique d'Israël, et l'Eucharistie est instituée dans le cadre d'un repas pascal juif. La déclaration conciliaire Nostra aetate (1965) rappelle que « les prémices de la foi et de l'élection [de l'Église] se trouvent, selon le mystère divin du salut, chez les patriarches, Moïse et les prophètes ».[1]
La différence reste pourtant décisive et touche le centre de la foi chrétienne : pour l'Église, Jésus de Nazareth est le Messie promis, Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité, accomplissement des Écritures et Sauveur universel. Le judaïsme rabbinique, lui, n'a pas reconnu cette identité et continue d'attendre un Messie. Cette divergence ne justifie ni mépris, ni caricature, ni accusation collective : Nostra aetate rejette explicitement toute lecture des Juifs comme « réprouvés par Dieu ou maudits », et déplore « les haines, les persécutions et les manifestations d'antisémitisme » dirigées contre eux.[2]
Cet article expose le judaïsme dans la durée — patriarches, Moïse, royauté, prophètes, Second Temple, judaïsme rabbinique, Moyen Âge, Lumières, Shoah, monde contemporain — en consacrant la part la plus dense au rapport entre judaïsme et christianisme depuis l'avènement de Jésus : pourquoi l'attente messianique n'a pas reconnu le Crucifié, pourquoi le catholique doit aimer ses « frères aînés » avant de chercher à les évangéliser, et pourquoi il reste intellectuellement légitime, à condition de le faire avec respect et arguments, d'inviter à reconnaître en Jésus le Messie d'Israël.
I. Le peuple de Dieu avant le Christ
Le judaïsme biblique ne commence pas par une spéculation sur Dieu : il commence par un appel et par une Alliance. C'est la conviction décisive d'Israël et la donnée fondatrice que la foi chrétienne reçoit sans réserve : Dieu n'est pas une idée, une énergie ou une projection ; il est le Seigneur vivant qui parle, agit, libère, juge et conduit son peuple à travers l'histoire.
Abraham et la promesse
Vers le XIXᵉ ou XVIIIᵉ siècle avant Jésus-Christ, selon la datation traditionnelle, Dieu appelle Abram à quitter Ur et Harân :
« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je te ferai voir. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. (...) En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » — Genèse 12, 1-3[3]
Abraham n'est pas seulement l'ancêtre biologique d'Israël : il est le modèle de la foi pour Israël et pour l'Église. Saint Paul le qualifie de « père de tous les croyants » (Rm 4, 11) parce qu'il a cru avant d'avoir vu. La circoncision lui est donnée comme signe de l'Alliance (Gn 17), Isaac naît contre toute attente (Gn 21), et le sacrifice évité du Moriya (Gn 22) devient, pour la lecture chrétienne, la première préfiguration profonde du sacrifice du Père livrant son Fils.
L'élection d'Abraham n'est pas un privilège ethnique mais une mission : être bénédiction « pour toutes les familles de la terre ». Cette dimension universelle de la promesse est, dès l'origine, ce qui empêche le judaïsme d'être une religion tribale et ce qui prépare l'ouverture chrétienne aux nations.
Moïse, l'Exode et le don de la Loi
Quatre siècles plus tard, descendants d'Abraham par Isaac et Jacob, les Israélites sont esclaves en Égypte. La tradition juive et chrétienne reçoit Moïse comme l'auteur du Pentateuque et affirme l'historicité de l'Exode — sa chronologie courte le place vers le XVᵉ siècle avant Jésus-Christ (1491 dans le calcul d'Ussher) ; la datation vers le XIIIᵉ siècle retenue ici comme repère est celle qu'une large part de l'historiographie moderne propose : c'est dans ce cadre que Dieu suscite Moïse. L'hypothèse historico-critique la plus répandue propose une rédaction bien plus tardive du récit ; voici ses limites : elle repose sur des présupposés méthodologiques — notamment l'exclusion du miracle et de la prophétie comme catégories explicatives — que la lecture traditionnelle ne partage pas, et non sur une preuve documentaire directe. La théophanie du buisson ardent révèle un Nom qui restera le centre de la confession monothéiste :
« Je suis celui qui suis. (...) Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : "Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est : Je-Suis." » — Exode 3, 14[4]
La Pâque, la traversée de la mer Rouge, la marche au désert, le don de la Torah au Sinaï et l'Alliance scellée par le sang structurent à jamais la mémoire d'Israël. Le Décalogue (Ex 20 ; Dt 5) devient la grammaire morale du peuple. Les fêtes — Pâque, Pentecôte, Tabernacles — rythment la sanctification du temps. La présence de Dieu habite la Tente puis le Temple, à travers l'Arche d'Alliance, lieu de Sa rencontre avec son peuple.
La Torah n'est pas seulement un code moral : elle est une forme de vie devant Dieu. Elle règle la prière, les fêtes, les prescriptions alimentaires (kashrout), la circoncision, le sabbat, la justice sociale, le culte sacrificiel. Aujourd'hui encore, dans le judaïsme rabbinique, l'étude de la Torah est une activité sacrée à part entière : on la lit, on la chante, on la commente, on s'en nourrit.
Royauté davidique et Temple de Jérusalem
Après la conquête de Canaan et la période instable des Juges, Israël se donne des rois. Saül d'abord, puis David (vers 1000 av. J.-C.) qui établit Jérusalem comme capitale et reçoit la promesse fondatrice d'un trône éternel :
« Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, j'élèverai après toi celui qui sortira de tes entrailles, et je rendrai stable sa royauté. (...) Ta maison et ta royauté demeureront stables à jamais devant moi, ton trône sera affermi à jamais. » — 2 Samuel 7, 12-16[5]
C'est la promesse davidique, la source principale de l'attente messianique d'Israël. Le Messie sera « fils de David ». Son fils Salomon (vers 970-931 av. J.-C.) bâtit le Premier Temple, lieu central du culte sacrificiel. Près de quatre siècles plus tard, en 587 av. J.-C., Nabuchodonosor le détruit et déporte une partie du peuple à Babylone. Cette première destruction du Temple ouvre une crise spirituelle décisive : l'Alliance peut-elle survivre sans Temple ?
Les prophètes et l'attente du Messie
C'est la grande tradition prophétique qui répond, en profondeur, à cette crise. Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, les douze petits prophètes, Daniel, font tenir Israël dans l'espérance d'une fidélité divine plus grande que les infidélités humaines. Ils annoncent un retour, un Messie, un Serviteur souffrant, une Nouvelle Alliance écrite dans les cœurs, une effusion universelle de l'Esprit.
« Voici venir des jours — oracle du Seigneur — où je conclurai avec la maison d'Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle. (...) Je mettrai ma loi au plus profond d'eux-mêmes, je l'inscrirai dans leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » — Jérémie 31, 31-33[6]
Au retour d'exil, à partir de 538 av. J.-C., un Second Temple est reconstruit. La période dite du Second Temple (515 av. J.-C. – 70 ap. J.-C.) voit naître plusieurs courants juifs : pharisiens, sadducéens, esséniens, zélotes. C'est aussi le temps de la Septante — traduction grecque de la Bible hébraïque réalisée à Alexandrie aux IIIᵉ et IIᵉ siècles av. J.-C., qui devient l'Écriture de référence des juifs hellénistes puis des chrétiens.
À cette époque, l'attente d'un Messie devient un trait dominant. La nature exacte de cet Oint reste discutée : roi davidique restaurateur d'Israël ? prêtre eschatologique ? maître de justice ? Fils de l'homme céleste ? La diversité des espérances est attestée par les manuscrits de Qumrân, découverts dans le désert de Judée à partir de 1947, qui contiennent notamment le Grand Rouleau d'Isaïe copié vers 125 avant Jésus-Christ.[7] Ces rouleaux prouvent que les chapitres prophétiques annonçant le Serviteur souffrant ou la venue du Messie circulaient déjà, sous leur forme actuelle, avant la naissance de Jésus.
C'est dans ce monde — un peuple croyant, blessé, occupé par Rome, traversé de courants spirituels divers, fidèle aux Écritures et tendu vers la venue d'un Sauveur — que Jésus de Nazareth naît, prêche, meurt et ressuscite.
II. Jésus, le Messie attendu, et la rupture autour de son identité
Le christianisme ne se présente pas comme une religion nouvelle qui remplace le judaïsme, mais comme l'accomplissement des promesses faites à Israël. C'est le sens profond du mot grec plérôma : Jésus n'abolit pas, il porte à plénitude (Mt 5, 17). Mais l'accomplissement que reconnaissent les premiers chrétiens — un Messie crucifié et ressuscité, Fils de Dieu fait homme, ouvrant le salut aux nations — n'est pas l'accomplissement que beaucoup en Israël attendaient. La séparation a un nom : Jésus.
Jésus juif parmi les juifs
Tout, dans la vie de Jésus, est juif. Il naît dans une famille observante, fréquente la synagogue, monte au Temple, suit la liturgie, lit les Écritures dans la langue de son peuple. Sa mère prononce le Magnificat dans la pure tonalité des cantiques bibliques. Ses paroles sont tissées d'Écriture : il cite le Deutéronome, les Psaumes, Isaïe, Daniel. Sa prière est juive ; sa morale est juive ; sa table est juive.
« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » — Jésus, Matthieu 5, 17[8]
Cette affirmation, prononcée dans le Sermon sur la montagne, conditionne toute la lecture chrétienne du judaïsme : le christianisme n'a pas le droit de mépriser la Loi, parce que c'est sa Loi ; il n'a pas le droit de réduire l'Ancien Testament à un document caduc, parce que c'est sa première Écriture ; il n'a pas le droit de présenter Jésus comme un homme étranger à Israël, parce que Jésus est Israël assumé jusqu'au bout.
La revendication messianique de Jésus
Jésus revendique, plus ou moins ouvertement selon les passages, l'identité du Messie. Il assume le titre de « Fils de l'homme » dans le sens céleste de Daniel 7 ; il accepte la confession messianique de Pierre (Mt 16, 16) ; il entre à Jérusalem monté sur un ânon, accomplissant Zacharie 9, 9 ; il agit comme s'il avait autorité sur la Loi, sur le sabbat, sur le Temple, sur le pardon des péchés.
Au procès de Caïphe, Jésus fait basculer le langage messianique vers une affirmation d'identité divine. Pressé par le grand prêtre, il répond :
« — Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? — Je le suis. Et vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir avec les nuées du ciel. » — Marc 14, 61-62[9]
C'est cette affirmation, croisée sur Daniel 7 et Psaume 110, qui déclenche l'accusation de blasphème. La rupture, dans son centre, n'est pas politique ou nationale : elle est théologique. Le judaïsme du premier siècle peut admettre un prophète, un sage, un thaumaturge ; il peut espérer un Messie ; mais il ne peut admettre, sans rupture du monothéisme strict, qu'un homme prétende siéger à la droite de Dieu. « Il a blasphémé », déclare le grand prêtre (Mt 26, 65). Et Jésus est livré aux Romains comme prétendant à la royauté.
Pourquoi le Messie attendu n'a pas été reconnu
La question est délicate, parce qu'elle a été des siècles durant mal posée. Quatre éléments doivent être distingués avec soin.
1. Le Crucifié est un scandale pour l'attente messianique
L'attente dominante du Messie au tournant de l'ère est celle d'un libérateur d'Israël : un fils de David qui chasse Rome, restaure la royauté à Jérusalem, rétablit le Temple dans sa splendeur, rassemble les tribus dispersées et apporte la paix universelle. Saint Paul ne le nie pas, il le constate :
« Les Juifs demandent des signes, les Grecs cherchent la sagesse, et nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations. » — Saint Paul, 1 Corinthiens 1, 22-23[10]
Un Messie qui meurt en croix, supplice maudit selon Deutéronome 21, 23, et qui meurt sans libérer Israël politiquement, n'est pas reconnaissable dans la grille majoritaire. La lecture chrétienne est qu'Israël attendait un autre Messie que celui qui est venu, et que la rédemption universelle des cœurs précède la restauration finale du Royaume — laquelle reste promise au retour glorieux.
2. Les voies messianiques juives étaient diverses
Le judaïsme du Second Temple n'a jamais eu une doctrine messianique unique. Qumrân attendait peut-être deux Messies (royal et sacerdotal) ; des courants apocalyptiques attendaient un Fils de l'homme céleste ; d'autres attendaient un prophète semblable à Moïse. La diversité des attentes rendait la reconnaissance d'un Messie unique d'autant plus exigeante que les critères variaient. Plusieurs prétendants messianiques apparurent entre Judas le Galiléen et Bar Kokhba (132-135 ap. J.-C.), tous refusés ou retombés.
3. La revendication divine de Jésus paraît rompre le monothéisme
Pour un juif fidèle, l'unicité absolue de Dieu — proclamée dans le Shema Israël (Dt 6, 4) — est non négociable. L'affirmation chrétienne que Jésus est « Dieu et homme », « Fils éternel du Père », peut sembler trahir cette unicité, même si l'Église catholique défend précisément un monothéisme trinitaire et non un polythéisme déguisé. La rupture sur la divinité de Jésus reste, encore aujourd'hui, le point d'achoppement le plus net dans le dialogue judéo-chrétien.
4. Les responsabilités historiques sont étroites, pas collectives
L'Évangile et l'Église rappellent fermement : les Juifs comme peuple ne sont pas responsables de la mort de Jésus. Le procès a impliqué un sanhédrin restreint, un préfet romain (Ponce Pilate) et une foule mobilisée. Le Catéchisme l'établit avec une netteté qu'il faut citer :
« En tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès (Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la responsabilité à l'ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d'une foule manipulée. (...) Encore moins peut-on étendre la responsabilité aux autres Juifs dans l'espace et dans le temps. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 597[11]
Et l'Église ajoute, dans le même paragraphe, qu'elle « n'hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus, responsabilité dont ils ont trop souvent accablé uniquement les Juifs ».[12] Le péché qui crucifie le Christ est le péché humain ; la grâce du Calvaire n'a pas de coupable ethnique.
III. La naissance du judaïsme rabbinique après 70
L'an 70 ap. J.-C. est, dans l'histoire d'Israël, une catastrophe d'une ampleur que l'on peine à imaginer. Le légat romain Titus, fils de l'empereur Vespasien, prend Jérusalem au terme de la première guerre judéo-romaine et détruit le Second Temple. Les sacrifices cessent. Le sacerdoce sadducéen disparaît. Le centre liturgique d'Israël est anéanti. L'Arche — que les récits du retour d'exil (Esdras, Néhémie) ne mentionnent plus, signe de sa disparition avec la chute du Premier Temple en 587 — n'est plus la seule absence : c'est le Temple lui-même.
« Et toi, Jérusalem, si tu avais reconnu, toi aussi, en ce jour, ce qui pouvait te donner la paix ! Mais à présent cela t'est resté caché. (...) Ils te jetteront à terre, toi et tes enfants, qui sont chez toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas reconnu le moment où tu as été visitée. » — Jésus, Luc 19, 41-44[13]
Cette prophétie, formulée environ quarante ans avant l'événement, est citée par les chrétiens comme l'un des arguments en faveur de la messianité de Jésus — non pas pour humilier Israël, mais pour reconnaître la justesse d'une voix prophétique. La destruction du Temple était d'ailleurs annoncée comme événement messianique tant dans l'Évangile que dans Daniel 9 (cf. infra, partie sur les arguments).
Yavneh, le canon et le rabbinat
Privé du Temple, le judaïsme se recompose autour d'une autre figure : le rabbin. À Yavneh (Jamnia), sur la côte palestinienne, des maîtres pharisiens — Yohanan ben Zakkaï puis Gamliel II — réorganisent la vie juive autour de la synagogue, de l'étude de la Torah et de la prière. Le canon de la Bible hébraïque (Tanakh) se stabilise progressivement autour de la fin du Iᵉʳ siècle et du IIᵉ siècle, selon l'hypothèse classique d'une fixation à Yavneh (Jamnia) — hypothèse aujourd'hui débattue, le processus de canonisation ayant sans doute été plus long et moins centralisé.[14] La théologie sacrificielle est intériorisée : la prière, l'étude et l'aumône remplacent le sacrifice au Temple. C'est la naissance du judaïsme rabbinique, dont les héritiers contemporains sont les courants orthodoxes, conservateurs et libéraux.
Birkat ha-Minim et séparation des chrétiens
Vers 85-100 ap. J.-C., dans le cadre des dix-huit bénédictions quotidiennes (Amida), une malédiction contre les minim (« hérétiques ») est ajoutée. Plusieurs études soutiennent qu'elle visait spécifiquement les judéo-chrétiens (notsrim) en les forçant à se trahir publiquement lors de la prière commune.[15] La rupture liturgique entre la synagogue et les disciples de Jésus devient alors institutionnelle. Avant 70, juifs et judéo-chrétiens prient encore ensemble ; après 100, ce n'est presque plus possible. La séparation des voies (parting of the ways), longtemps datée de la fin du Iᵉʳ siècle, est aujourd'hui considérée par une large part des historiens (voir notamment D. Boyarin, Border Lines, 2004, cité en note) comme un processus plus long, qui ne s'achève qu'aux IIIᵉ ou IVᵉ siècles ; mais Yavneh marque la bascule décisive.
Talmud, Mishna, Halakha
Le judaïsme rabbinique produit, dans les siècles qui suivent, une littérature immense :
- la Mishna (vers 200, par Yéhouda haNassi), première codification rabbinique de la Loi orale ;
- le Talmud de Jérusalem (Vᵉ siècle) et surtout le Talmud de Babylone (VIᵉ siècle), commentaire et discussion de la Mishna ;
- les Midrashim, vastes recueils d'exégèse homilétique ;
- la halakha (loi pratique) et la aggadah (récits et enseignements édifiants).
Cette tradition garde une particularité notable : elle mentionne Jésus à de rares occasions et de manière polémique. Le passage le plus discuté est :
« À la veille de la Pâque, on pendit Yeshu. Pendant quarante jours, le héraut avait crié devant lui : "Il va être lapidé parce qu'il a pratiqué la sorcellerie, séduit Israël et entraîné à l'apostasie. Que celui qui sait quelque chose pour le défendre vienne le défendre." Mais personne ne le défendit, et on le pendit à la veille de la Pâque. » — Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 43a[16]
Ce passage, dont l'historicité comme témoignage sur Jésus est discutée et dont la datation est tardive, présente paradoxalement un intérêt double : il atteste, dans une source juive non chrétienne, l'exécution de Jésus à la veille de la Pâque, ce qui converge avec la chronologie évangélique. Et il y présente Jésus comme un séducteur d'Israël, c'est-à-dire dans la grille polémique de l'auto-justification de la rupture.
Maïmonide et les treize articles de foi
Au XIIᵉ siècle, à Cordoue puis au Caire, le grand maître Moïse Maïmonide (1138-1204) — médecin, philosophe et talmudiste — formule les treize articles de foi que la liturgie juive reprendra dans l'hymne Yigdal. Ils condensent le credo juif. Trois sont particulièrement importants pour notre dossier :
- le 2ᵉ : Dieu est un et unique (unicité absolue, sans pluralité interne).
- le 12ᵉ : « Je crois d'une foi entière à la venue du Messie ; et bien qu'il tarde, je l'attendrai chaque jour. »[17]
- le 13ᵉ : Dieu ressuscitera les morts.
La position de Maïmonide condense la position juive vis-à-vis de Jésus : le Messie n'est pas venu, parce que les critères classiques de la messianité (paix universelle, restauration d'Israël, fin de l'idolâtrie, rassemblement des juifs en Terre sainte, Temple reconstruit) ne sont, manifestement, pas réalisés. Pour le christianisme, ces critères seront accomplis dans l'eschatologie ; pour le judaïsme rabbinique, ils sont les critères mêmes de la messianité, et leur absence prouve la non-messianité de Jésus.
Cette objection est sérieuse. Une réponse catholique honnête doit la prendre au sérieux, ne pas la caricaturer, et y répondre par la distinction entre première venue (rédemption des cœurs et ouverture au salut universel) et retour glorieux (achèvement visible du Royaume) — distinction qui n'est pas étrangère au judaïsme, mais que le christianisme assume dans une économie christologique.
IV. Israël dans l'histoire chrétienne — ombres, péchés et purifications
L'histoire des rapports entre chrétiens et juifs après 70 est, sur le terrain, l'histoire d'une longue blessure. Il faut la regarder sans détour. L'Église s'est repentie publiquement et solennellement, par la voix des derniers papes ; un article catholique sérieux doit reconnaître ces péchés sans relativiser leur gravité.
L'antijudaïsme chrétien : naissance d'un mépris
Dès les premiers siècles, plusieurs Pères grecs et latins développent une polémique antijuive d'un genre nouveau : non pas la critique d'erreurs religieuses, qui serait légitime, mais l'enseignement du mépris qui présente le peuple juif tout entier comme « déicide », « réprouvé », « témoin de la fausseté de sa propre lecture ». Saint Jean Chrysostome (IVᵉ siècle), saint Augustin (Vᵉ siècle), puis des théologiens médiévaux, alimenteront ce discours. Au Concile de Latran IV (1215), des mesures discriminatoires sont imposées (port d'un signe distinctif, exclusion de certaines fonctions). Les croisades (XIᵉ-XIIIᵉ siècles), pourtant tournées contre les musulmans, voient des massacres de juifs en Rhénanie (1096) puis ailleurs. Les expulsions se multiplient : Angleterre 1290, France 1306 et 1394, Espagne 1492, Portugal 1497.
L'Inquisition espagnole, instituée en 1478, se concentre largement sur les marranes — juifs baptisés sous contrainte ou par opportunisme et soupçonnés de judaïser secrètement. Le drame de cette histoire est qu'elle a, au nom du Christ, multiplié les actes opposés à l'Évangile.
Le document « Nous nous souvenons : réflexions sur la Shoah » (Vatican, 16 mars 1998) reconnaît en substance la lourde responsabilité historique des chrétiens dans la persécution séculaire des juifs : discriminations, humiliations, ghettos, expulsions et pogroms ont gravement entaché la conscience chrétienne.[18]
Modernité, Lumières, émancipation
Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, l'émancipation des juifs en Europe occidentale (révolution française 1789, lois napoléoniennes 1806-1808, Risorgimento italien) brise les murs juridiques des ghettos. Les juifs accèdent à la citoyenneté, à l'université, aux professions civiles. Mais l'antijudaïsme religieux mute alors en antisémitisme racial — le terme est forgé en 1879 par l'agitateur allemand Wilhelm Marr. La pseudoscience raciale du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle prépare l'inimaginable.
L'affaire Dreyfus (1894-1906) cristallise la fracture française. L'historien Jules Isaac, dont nous reparlerons, est marqué par cette affaire et la Première Guerre mondiale.
La Shoah
Le génocide industriel des juifs d'Europe par le régime national-socialiste, entre 1941 et 1945, fait environ six millions de victimes. Le terme hébraïque Shoah (« catastrophe ») est désormais le nom propre de cet abîme. La Shoah n'est pas le fait de l'Église ; elle est conçue, planifiée et exécutée par un régime païen et antichrétien. Mais elle n'aurait pas été techniquement possible sans des siècles d'antijudaïsme européen, dont l'héritage chrétien n'est pas absent. C'est ce que le Vatican reconnaîtra explicitement en 1998.
Le pape Pie XII, dont le rôle est l'objet de débats historiques sérieux, a contribué — par les actions concrètes de la nonciature, des couvents, des monastères, et par des consignes données à Rome — au sauvetage de dizaines de milliers de juifs ; le rabbin et historien Pinchas Lapide avance même le chiffre de 700 000 à 860 000 vies sauvées grâce à l'action de l'Église sous Pie XII, estimation discutée qui ne tranche pas le débat sur l'absence de déclarations publiques plus fortes.[19] Le grand rabbin de Rome lui-même, Eugenio Zolli, lui rendra hommage en se convertissant au catholicisme en 1945 et en prenant son prénom (Eugenio) en signe de gratitude.
Dans Antisemitismo (Rome, 1945), l'ancien grand rabbin de Rome loue en des termes lyriques l'action de Pie XII, qu'il compare à une armée commandée au nom de la charité chrétienne.[20]
Le tournant Vatican II
Au sortir de la guerre, l'historien juif français Jules Isaac (1877-1963), qui a perdu sa femme et sa fille à Auschwitz, consacre sa vie à dénoncer ce qu'il appelle l'« enseignement du mépris » chrétien. Il publie Genèse de l'antisémitisme (1956), puis L'Enseignement du mépris (1962). Le 13 juin 1960, il est reçu par le pape Jean XXIII, à qui il remet un mémorandum proposant l'élaboration d'un texte conciliaire sur la place du peuple juif dans la foi catholique. L'audience est décisive ; Jean XXIII charge le cardinal Bea de l'étude du dossier, et c'est de cette rencontre que naîtra, cinq ans plus tard, le paragraphe 4 de Nostra aetate.[21]
V. Nostra aetate et le tournant catholique de Vatican II
Le 28 octobre 1965, à la fin du Concile Vatican II, l'Église catholique promulgue la déclaration Nostra aetate. C'est un texte court (cinq paragraphes), mais le paragraphe 4, consacré aux relations avec le peuple juif, est l'un des actes magistériels les plus marquants du XXᵉ siècle. Il faut le citer avec précision.
Le texte conciliaire
Nostra aetate § 4 rappelle d'abord que les racines de la foi chrétienne sont juives :
« Scrutant le mystère de l'Église, le saint Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la lignée d'Abraham. L'Église du Christ, en effet, reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, chez les patriarches, Moïse et les prophètes. » — Vatican II, Nostra aetate, § 4[22]
Il affirme ensuite que les Juifs restent chers à Dieu :
« Bien que les autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. (...) Les Juifs ne doivent ni être présentés comme réprouvés par Dieu ni comme maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. » — Vatican II, Nostra aetate, § 4[23]
Il condamne l'antisémitisme :
« L'Église, qui réprouve toutes les persécutions contre quelque homme que ce soit, ne pouvant oublier le patrimoine qu'elle a en commun avec les Juifs, et poussée non par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l'Évangile, déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d'antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. » — Vatican II, Nostra aetate, § 4[24]
C'est, dans le magistère catholique solennel, la condamnation la plus claire de l'antisémitisme jamais formulée par un Concile. Elle a un statut doctrinal et n'est pas une simple posture pastorale.
"Nos frères aînés" — Jean-Paul II à la synagogue de Rome (1986)
Le 13 avril 1986, Jean-Paul II se rend à la Grande Synagogue de Rome — c'est le premier pape à entrer dans une synagogue à l'époque moderne (Rome, 13 avril 1986). Le pape y prononce, en présence du grand rabbin Elio Toaff, l'une des phrases les plus emblématiques du dialogue judéo-chrétien :
« La religion juive ne nous est pas extrinsèque, mais d'une certaine manière, elle est intrinsèque à notre religion. Nous avons donc envers elle des rapports que nous n'avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et, d'une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés. » — Saint Jean-Paul II, allocution à la synagogue de Rome, 13 avril 1986[25]
L'expression « frères aînés » (parfois traduite « nos frères aînés dans la foi ») deviendra la formule de référence du dialogue catholique avec Israël. Jean-Paul II la reprendra à plusieurs occasions ; l'aînesse ainsi désignée n'est pas seulement chronologique, elle est spirituelle.
Repentance et purification de la mémoire
Jean-Paul II préside, au cours du grand Jubilé de l'An 2000, un acte de purification de la mémoire qui inclut une demande de pardon explicite pour les torts subis par les juifs au cours de l'histoire. Il glisse, dans une fente du Mur occidental à Jérusalem, le 26 mars 2000, un texte de prière :
« Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour qu'ils portent ton Nom aux nations. Nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire, ont fait souffrir tes enfants, eux qui sont tes fils, et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l'Alliance. » — Saint Jean-Paul II, prière au Mur occidental, 26 mars 2000[26]
Benoît XVI : la profondeur juive de Jésus et la mémoire d'Auschwitz
Le pontificat de Benoît XVI (2005-2013) reprend et approfondit l'héritage de Jean-Paul II. Trois gestes décisifs jalonnent ce pontificat. Le 19 août 2005, en pleine Journée Mondiale de la Jeunesse, il se rend à la synagogue de Cologne — sa première visite d'un lieu de culte non chrétien — et y rappelle que « ce patrimoine spirituel commun est très grand et profond. Les Juifs et les Chrétiens doivent prendre soin de leurs racines en s'appréciant et en se respectant mutuellement ».[27] Le 28 mai 2006, il se rend à Auschwitz-Birkenau, « en fils du peuple allemand », et y prononce une méditation bouleversante sur le silence de Dieu, citant le psaume 44 et le cri du peuple juif sous la Shoah.[28] Le 17 janvier 2010, il visite à son tour la Grande Synagogue de Rome, vingt-quatre ans après Jean-Paul II.
Mais la contribution propre de Benoît XVI au regard catholique sur le judaïsme se trouve sans doute, plus que dans les actes, dans son ouvrage théologique majeur : la trilogie Jésus de Nazareth (2007-2012). Le tome 2, publié en 2011, consacre un développement décisif à la question des responsabilités juives dans la mort de Jésus et déconstruit, à partir de l'exégèse du Nouveau Testament lui-même, la lecture antisémite traditionnelle du « Son sang sur nous et sur nos enfants » de Matthieu 27, 25 :
« Si selon Matthieu "tout le peuple" a dit cette parole, le chrétien se souviendra que le sang de Jésus parle un autre langage que celui d'Abel (Hébreux 12, 24) : il ne crie pas vengeance et punition, mais il est réconciliation. Il n'est pas versé contre quelqu'un, il est versé pour beaucoup, il est versé pour tous. » — Benoît XVI, Jésus de Nazareth, tome 2 : De l'entrée à Jérusalem à la Résurrection, 2011[29]
La lecture est décisive : Benoît XVI ne lit pas Mt 27, 25 comme une malédiction ethnique mais comme une parole prophétique retournée par la grâce. Le sang du Christ est versé pour ce peuple, pas contre lui. C'est, dans le magistère ordinaire d'un pape, l'une des relectures les plus profondes du verset le plus instrumentalisé par l'antijudaïsme chrétien des siècles passés.
Évangelii gaudium et la doctrine d'aujourd'hui
Le pape François, dans Evangelii gaudium, donne au regard catholique sur le judaïsme l'une de ses formulations les plus claires :
« Un regard très spécial s'adresse au peuple juif, dont l'Alliance avec Dieu n'a jamais été révoquée, parce que "les dons et les appels de Dieu sont sans repentance" (Rm 11, 29). L'Église, qui partage avec le Judaïsme une part importante des Saintes Écritures, considère le peuple de l'Alliance et sa foi comme une racine sacrée de sa propre identité chrétienne. (...) En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas considérer le judaïsme comme une religion étrangère, ni classer les juifs parmi ceux qui sont appelés à laisser les idoles pour se convertir au vrai Dieu. » — Pape François, Evangelii gaudium, § 247[30]
Le document du 10 décembre 2015 « Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables », publié par la Commission Saint-Siège pour les rapports avec le judaïsme à l'occasion du 50ᵉ anniversaire de Nostra aetate, prolonge cette ligne en affirmant deux choses qu'il faut tenir ensemble : l'unicité du salut en Jésus-Christ et le statut singulier de l'Alliance avec Israël, sans présenter d'incompatibilité absolue.[31] Nous y reviendrons en parlant de la mission.
VI. Nos grands frères dans la foi — ce que tout catholique doit aux juifs
Un catholique sérieux ne peut pas regarder le peuple juif sans gratitude et sans amour. Cette section est volontairement courte, dense et directe : elle dit ce que la foi catholique demande dans l'attitude intérieure du chrétien à l'égard d'Israël.
Une dette biblique
Tout ce qui nourrit la prière chrétienne vient d'Israël : la Bible (Ancien Testament), les Psaumes récités à la Liturgie des Heures, la Pâque, les fêtes de l'Esprit (Pentecôte) et de la lumière, le monothéisme, l'eschatologie messianique, l'attente de la résurrection, l'alliance, la circoncision du cœur, la prophétie, la sagesse, le culte raisonnable. Sans cet héritage, ni le Nouveau Testament, ni la liturgie, ni la théologie catholique ne tiennent debout. Saint Paul dit du peuple juif :
« Ils sont Israélites ; à eux appartiennent l'adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses ; à eux les patriarches, et c'est d'eux que le Christ est né, selon la chair. » — Saint Paul, Romains 9, 4-5[32]
Quiconque méprise les juifs méprise, en réalité, sa propre foi. C'est ce que disait avec force le pape Pie XI en 1938, à des pèlerins belges qui contemplaient un missel romain :
« L'antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites. » — Pie XI, à des pèlerins belges, 6 septembre 1938[33]
Un peuple choisi, non révoqué
L'Église a longtemps été tentée par une lecture « substitutionniste » (la theologia supersessionis) selon laquelle l'Église nouvelle aurait simplement remplacé Israël. Vatican II et le magistère post-conciliaire récusent fermement cette lecture. L'Alliance avec Israël n'a pas été révoquée ; elle est portée à plénitude dans le Christ, mais le peuple juif demeure peuple de Dieu d'une manière mystérieuse que l'Église confesse sans la maîtriser pleinement.
« Lorsque l'on considère l'avenir, le Peuple de Dieu de l'Ancienne Alliance et le nouveau Peuple de Dieu tendent vers des buts analogues : l'attente de la venue (ou du retour) du Messie. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 840[34]
Un devoir absolu de respect et de combat contre l'antisémitisme
Tout antisémitisme est, pour un catholique, un péché contre la foi. Nostra aetate l'a affirmé. Jean-Paul II l'a rappelé à Yad Vashem en 2000. Benoît XVI l'a redit dans la synagogue de Cologne en 2005 et dans celle de Rome en 2010. François n'a cessé de le répéter. L'attitude à observer est claire :
- aucune accusation collective ;
- aucune caricature ;
- aucune lecture de l'histoire chrétienne qui occulte les torts faits aux juifs ;
- aucune complaisance pour les théories complotistes anti-juives ;
- au contraire, gratitude active, étude des Écritures juives, dialogue, mémoire.
Cela n'enlève rien à la mission de l'Église, qui est de proposer le Christ à tous. Cela précise comment il faut le faire.
VII. Pourquoi il est dommage que les juifs ne reconnaissent pas Jésus
C'est ici la partie la plus délicate de l'article. Elle se traite avec une double exigence : respect intégral du peuple juif et fidélité intégrale au Christ. Ces deux fidélités ne s'opposent pas. Elles s'exigent l'une l'autre.
Une attente authentique qui se prive de sa joie
La grandeur de l'attente messianique juive est, justement, qu'elle est authentique. La Commission biblique pontificale l'écrit explicitement :
« L'attente juive messianique n'est pas vaine. Elle peut devenir pour nous chrétiens un puissant stimulant à maintenir vivante la dimension eschatologique de notre foi. » — Commission biblique pontificale, Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne, 2002, § 21[35]
Mais cette attente, du point de vue catholique, a déjà reçu son accomplissement décisif : Jésus de Nazareth est mort et ressuscité, et son Évangile est annoncé à toutes les nations. Le judaïsme rabbinique attend encore ce que l'Église confesse comme déjà venu et déjà donné. Il y a là quelque chose qui peut, sans aucun mépris, être dit « dommage » : non pas qu'Israël soit coupable de cette non-reconnaissance, mais qu'il se prive, dans la durée, d'une joie pour laquelle il avait été préparé.
Cette tristesse, l'apôtre Paul lui-même l'éprouvait, en juif, à propos de ses frères :
« J'ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Oui, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ, pour mes frères de race, ceux d'Israël. (...) Frères, le désir de mon cœur et la prière que j'adresse à Dieu pour eux, c'est qu'ils soient sauvés. » — Saint Paul, Romains 9, 2-3 ; 10, 1[36]
Cette tristesse n'a rien d'un mépris. Elle est une espérance brûlante. C'est l'espérance que tout juif, comme tout homme, puisse rencontrer celui qui est, pour la foi catholique, son Messie attendu.
Le scandale de la séparation
La rupture entre la synagogue et l'Église est, dans le mystère de l'histoire du salut, un scandale. Pas un scandale moral à imputer à un peuple ; un scandale au sens biblique, c'est-à-dire une pierre d'achoppement qui met en cause à la fois les disciples du Christ (par leurs trahisons) et le peuple juif (par sa non-reconnaissance). L'apôtre Paul désigne ce scandale en parlant de l'olivier franc et de la greffe sauvage.
« Si tu te mets à faire le fier aux dépens des branches, souviens-toi : ce n'est pas toi qui portes la racine, c'est la racine qui te porte. » — Saint Paul, Romains 11, 18[37]
L'avertissement vaut aussi pour aujourd'hui : un chrétien qui se croit « supérieur » aux juifs s'enorgueillit aux dépens de sa propre racine et ignore le Christ.
Pourquoi vouloir partager la joie de la foi
Si le christianisme est vrai — c'est sa confession — alors partager Jésus avec les juifs n'est ni mépris, ni colonisation, ni hostilité. C'est, au contraire, un acte d'amour fraternel. L'Église ne fait pas de mission organisée auprès des juifs comme auprès des païens, parce que la situation théologique est unique. Mais elle ne renonce pas à témoigner du Christ devant le peuple d'Israël :
« L'Église catholique ne mène pas et ne soutient aucune mission institutionnelle particulière en direction des juifs. (...) Cette différence dans la manière de procéder ne signifie pas que les chrétiens ne devraient pas témoigner de leur foi en Jésus-Christ également aux juifs ; ils devraient cependant le faire d'une manière humble et discrète, conscients qu'ils s'adressent au peuple porteur d'une Alliance spéciale, et que Dieu leur réserve un mystère qui le concerne lui-même. » — Commission Saint-Siège pour les rapports religieux avec le judaïsme, Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables, 10 décembre 2015, § 40[38]
Le témoignage chrétien à l'égard des juifs doit donc être humble, discret, respectueux, non institutionnellement organisé, conscient du mystère qui entoure Israël. Mais il reste un témoignage. Le chrétien qui aime vraiment ses frères aînés ne peut pas leur cacher ce qu'il croit avoir trouvé en Jésus.
VIII. Arguments intellectuels en faveur de la messianité de Jésus
L'invitation à reconnaître Jésus comme Messie ne peut pas se faire seulement par appel au cœur. Elle doit passer par des arguments intellectuels. Cette partie regarde sobrement ce que l'on peut dire — non pour humilier le judaïsme, mais pour exposer ce qui rend, du point de vue d'une raison qui examine les sources, la messianité de Jésus probable, voire, à beaucoup, convaincante.
Pour le détail technique des prophéties, on renvoie au dossier dédié : Les prophéties annonçant Jésus dans l'Ancien Testament, qui présente 41 prophéties messianiques majeures.
1. Une convergence prophétique sans équivalent
Le premier argument est la convergence. Aucune autre figure religieuse de l'histoire n'apparaît au croisement d'une telle série d'attentes textuelles antérieures, conservées et copiées par un peuple qui n'a pas, dans sa majorité, reconnu Jésus. Le Grand Rouleau d'Isaïe de Qumrân, copié vers 125 av. J.-C., et la Septante grecque, achevée au IIᵉ siècle av. J.-C., garantissent que les textes prophétiques majeurs — Isaïe 7, Isaïe 53, Daniel 7, Daniel 9, Michée 5, Psaume 22, Zacharie 9, 12 — étaient déjà reçus comme Écriture sainte avant la naissance de Jésus.
Cette convergence comprend :
- l'identité : fils de la vierge (Is 7, 14), fils de David (2 S 7, 12-16), fils de Dieu (Ps 2 ; Ps 110), né à Bethléem (Mi 5, 1) ;
- le temps : sceptre de Juda jusqu'à celui qui doit venir (Gn 49, 10), soixante-dix semaines avant la destruction de la ville (Dn 9, 24-27) ;
- la mission : lumière des nations (Is 9, 1), évangile aux pauvres (Is 61, 1) ;
- la Passion : Serviteur souffrant (Is 52-53), mains et pieds percés (Ps 22, 17), trahison à table (Ps 41, 10), trente sicles (Za 11, 12), tombeau avec le riche (Is 53, 9) ;
- la résurrection : « tu n'abandonneras pas mon âme au shéol » (Ps 16, 10) ;
- l'universalité : entrée des nations dans l'Alliance (Os 2, 25 ; Is 66, 18-21).
Aucun de ces traits, pris isolément, n'est démonstratif. Tous ensemble, ils forment une convergence dont la probabilité de coïncidence aléatoire est, pour le dire prudemment, extrêmement faible.[39] C'est l'argument apologétique classique des Pères, des médiévaux, et du concile Vatican I.
2. Daniel 9 et le calendrier des soixante-dix semaines
Le chapitre 9 du livre de Daniel — que la tradition juive et chrétienne tient pour l'œuvre du prophète Daniel au VIᵉ siècle av. J.-C., et que l'hypothèse historico-critique la plus répandue date au plus tard du IIᵉ siècle av. J.-C. — annonce une chronologie messianique :
« Soixante-dix semaines ont été décrétées sur ton peuple et sur ta ville sainte pour faire cesser la transgression, mettre fin au péché, expier la faute, instaurer une justice éternelle, sceller la vision et le prophète, et donner l'onction au Saint des saints. (...) Après les soixante-deux semaines, un oint sera retranché et personne ne sera plus pour lui. Le peuple d'un chef qui doit venir détruira la ville et le sanctuaire. » — Daniel 9, 24-26[40]
L'interprétation détaillée diffère selon les lectures proposées — lecture messianique (voir notamment R. T. Beckwith, 1981, cité en note) ou lecture antiochienne défendue par l'hypothèse historico-critique la plus répandue — sur le point de départ, la longueur exacte des semaines, la lecture symbolique ou littérale. Mais les éléments objectifs sont remarquables : un Oint doit être retranché avant la destruction d'une ville et d'un sanctuaire. Or, Jésus a été crucifié vers l'an 30, et le Temple a été détruit en 70. Il est très difficile d'expliquer comment un texte rédigé plusieurs siècles plus tôt — et conservé tel quel dans la tradition juive elle-même — annonce une telle configuration sans entrer dans le terrain de la coïncidence chargée.
3. La fin du sacrifice et la destruction du Temple
Pendant le ministère public de Jésus, le Temple fonctionne encore. Quarante ans plus tard, il est détruit, le sacerdoce sadducéen disparaît, le système sacrificiel d'Israël prend fin et il ne sera jamais restauré. Pour le christianisme, ce n'est pas une coïncidence : le vrai Temple est désormais le Corps du Christ ressuscité (Jn 2, 19-21), et le vrai sacrifice est sa mort offerte une fois pour toutes, rendue présente dans l'Eucharistie (He 9, 11-14 ; CEC § 1366).
Pour la tradition rabbinique, le système sacrificiel est suspendu, dans l'attente du Temple à reconstruire. Mais le fait reste : un peuple sacerdotal a perdu son sacerdoce sacrificiel au tournant même où une nouvelle communauté juive a annoncé que ce sacerdoce avait été accompli dans la croix d'un Messie. Il est très difficile d'imputer cela à un simple hasard historique.
4. Le Serviteur souffrant d'Isaïe 53
Le chapitre 53 d'Isaïe est, peut-être, l'argument scripturaire le plus fort. Il décrit, dans une langue prophétique antérieure, le destin d'un Serviteur juste, méprisé, qui porte les fautes des multitudes, qui est « blessé pour nos péchés », « broyé pour nos crimes », « comme un agneau conduit à la boucherie », et qui pourtant « verra une descendance » et « justifiera les multitudes ».
« Pourtant, c'étaient nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. (...) Il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous donne la paix est sur lui, et c'est par ses blessures que nous sommes guéris. (...) Le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. » — Isaïe 53, 4-6[41]
L'interprétation rabbinique majoritaire identifie ce Serviteur à Israël collectif. La lecture chrétienne y voit Jésus. Mais il y a un détail décisif : le texte distingue le Serviteur du « nous » qui parle (« il a été transpercé à cause de nos crimes » — nous, c'est Israël ; lui, c'est quelqu'un d'autre). Aucune lecture purement collective d'Israël ne rend compte de cette structure. Un Serviteur individuel, juste, qui souffre pour Israël, est ce que le texte appelle. Et qui, dans l'histoire, correspond à cette description ?
5. Une communauté juive qui annonce un Messie crucifié à Jérusalem
Les premiers chrétiens sont des juifs. Pierre, Jacques, Jean, Paul, Marie, Marc, Matthieu, Luc — tous juifs. Ils proclament que Jésus est ressuscité à Jérusalem, dans la ville où chacun peut vérifier le tombeau. Ils le proclament quelques semaines après les événements (Pentecôte, vers 33). Ils sont prêts à mourir pour cette annonce — et nombre d'entre eux meurent effectivement martyrs (Étienne, Jacques le Mineur, Pierre, Paul).
Pour l'historien sérieux, cette donnée est massive. Que des juifs monothéistes, élevés dans le strict Shema Israël, finissent par confesser un homme crucifié comme Seigneur et Dieu, dans Jérusalem même, à quelques jours de marche du Golgotha et du tombeau, et qu'ils maintiennent cette confession malgré la persécution — cela ne peut pas s'expliquer par un mythe lentement développé. Il faut, au minimum, un événement de réalité.
6. Le témoignage des juifs qui ont reconnu Jésus
L'histoire chrétienne est marquée, à intervalles réguliers, par des juifs qui ont reconnu Jésus comme Messie et qui en témoignent avec une lucidité particulière. Pas dans la rupture avec leur judéité, mais dans son accomplissement. Quelques figures :
- Saint Paul, ancien pharisien (Phil 3, 4-7), persécuteur des chrétiens, terrassé sur le chemin de Damas (Ac 9). Sa lettre aux Romains (chapitres 9-11) est la matrice de toute la théologie catholique sur Israël.
- Alphonse Ratisbonne (1814-1884), juif strasbourgeois, fiancé, athée, qui se moquait du christianisme et qui, le 20 janvier 1842, dans l'église romaine Sant'Andrea delle Fratte, voit la Vierge Marie et se convertit en quelques minutes ; il deviendra prêtre et fondera, avec son frère Théodore, des œuvres missionnaires.[42]
- Sainte Édith Stein (1891-1942), juive allemande, philosophe, élève de Husserl, athée puis convertie après la lecture de la Vie de sainte Thérèse d'Avila ; carmélite, déportée et tuée à Auschwitz en 1942 « comme fille d'Israël et fille de l'Église ». Elle est canonisée par Jean-Paul II en 1998 et déclarée copatronne de l'Europe en 1999.[43]
- Eugenio Zolli (1881-1956), grand rabbin de Rome de 1940 à 1945, baptisé le 13 février 1945 sous le prénom Eugenio en hommage à Pie XII pour son rôle dans le sauvetage des juifs.[44]
Eugenio Zolli a laissé un témoignage particulièrement éclairant, parce qu'il vient d'un homme qui connaissait le judaïsme de l'intérieur, à son plus haut niveau :
Dans son autobiographie Before the Dawn (1954), Zolli explique qu'il n'a pas renoncé au judaïsme : à ses yeux, le christianisme est l'accomplissement de la synagogue — la synagogue était une promesse, le christianisme l'accomplissement de cette promesse, et l'un ne va pas sans l'autre.[45]
Ces conversions ne prouvent pas la messianité de Jésus comme un théorème mathématique. Mais elles font tomber un argument répandu : la conversion d'un juif au christianisme n'est pas, par nature, une trahison de son peuple ou de sa foi. Pour ceux qui l'ont vécue, ce fut le contraire : l'accès à la plénitude de leur propre tradition.
7. Objections juives classiques et réponses catholiques
Plusieurs objections juives doivent être traitées honnêtement.
Objection — Le Messie est un homme, pas Dieu
C'est l'argument fondamental tiré du Shema Israël. Réponse catholique : la foi chrétienne n'introduit ni un second Dieu, ni un demi-dieu, ni une divinisation d'un homme. Elle confesse un seul Dieu, dans la pluralité de relations qu'il révèle en lui-même — Père, Fils, Esprit. Cette doctrine n'est pas étrangère à la dynamique biblique : le Verbe et la Sagesse de Dieu ont, dans Proverbes 8 et la sagesse juive ancienne, une vraie consistance ; le Fils de l'homme de Daniel 7 vient « sur les nuées du ciel » et reçoit « puissance, gloire et royauté » — des attributs divins. L'Ange de l'Éternel parle parfois comme Dieu (Gn 16 ; Ex 3). Il y a, dans l'Ancien Testament, une profondeur en Dieu que la révélation chrétienne reconnaît et nomme.
Objection — Le Messie doit apporter la paix universelle, ce que Jésus n'a pas fait
C'est la grande objection de Maïmonide. Réponse catholique : la première venue du Messie est celle de la rédemption des cœurs et de l'ouverture du salut aux nations ; la paix universelle visible appartient au retour glorieux. C'est précisément la grammaire des deux venues, qui n'est pas inconnue de la pensée juive ancienne : la littérature rabbinique distingue un Messie ben Joseph, figure souffrante et mise à mort, et un Messie ben David, figure glorieuse (voir notamment Talmud de Babylone, Soucca 52a) — distinction lue ici comme une hypothèse de lecture, et non comme un dogme du judaïsme. Le Catéchisme rappelle au § 674 que « la venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l'histoire à sa reconnaissance par "tout Israël" ».[46]
Objection — Les chrétiens ont torturé les juifs, donc leur Messie ne peut pas être le bon
Réponse catholique : la sainteté du Christ n'est pas suspendue aux péchés de ses disciples. Si l'on jugeait la vérité d'une religion à la sainteté empirique de ses adeptes, aucune religion ne survivrait à l'examen. L'Église reconnaît ces péchés (cf. § IV de cet article), s'en repent, et demande pardon. La grandeur de la repentance ne justifie pas les crimes commis ; elle reconnaît la profondeur de leur gravité.
Objection — Daniel 9 a été interprété en référence à Antiochus Épiphane
C'est l'argument historico-critique principal. Réponse : même en admettant l'interprétation antiochienne pour la rédaction finale, la réalisation d'une chronologie pesant sur un Oint retranché avant la destruction du Temple demeure remarquable, indépendamment de l'intention initiale du rédacteur ; et la lecture chrétienne, qui voit dans cet enchaînement un signe de la venue messianique, n'a pas été inventée a posteriori mais lue dès les premiers siècles.
Objection — Les chrétiens ont mal cité les Écritures hébraïques
C'est une objection sérieuse, qui demande honnêteté. Quelques citations néo-testamentaires d'Isaïe ou des Psaumes suivent une lecture qui n'est plus celle du texte massorétique reçu plus tardivement. Mais la Septante, source de nombre de ces citations, est une traduction juive antérieure à Jésus, qui reflète la lecture qu'en faisaient des juifs d'Alexandrie. Le débat textuel ne change rien à la convergence globale.
8. Le faisceau
Aucun de ces arguments, pris séparément, n'est démonstratif. Ensemble, ils forment un faisceau de convergences : convergence prophétique, convergence chronologique, convergence historique (Temple détruit en 70), convergence du fait massif d'une communauté juive du premier siècle confessant un crucifié comme Seigneur, convergence des conversions juives notables au fil des siècles, convergence du témoignage spirituel des saints juifs convertis.
Pour un catholique, ce faisceau ne prouve pas la foi (la foi suppose toujours la grâce et un acte libre), mais il rend la confession chrétienne rationnellement plus probable que l'attente d'un Messie encore à venir. Et il rend, pour un juif qui examinerait les sources avec patience, la question de la messianité de Jésus inévitable.
IX. Le mystère d'Israël — l'espérance de Romains 9-11
L'apôtre Paul, juif, pharisien, lecteur passionné des Écritures, ne renonce jamais à son peuple. Il consacre trois chapitres entiers de la Lettre aux Romains à un seul sujet : le mystère d'Israël. Ce passage, plus encore que Nostra aetate, est la matrice de tout regard catholique sur le judaïsme.
L'olivier franc et la greffe sauvage
Saint Paul utilise une image décisive. Israël est un olivier franc, l'olivier de Dieu. Le christianisme n'est pas un olivier concurrent : il est une greffe sauvage branchée sur cet olivier.
« Certaines branches ont été coupées, tandis que toi, olivier sauvage, tu as été greffé parmi les branches, comme un rameau du véritable olivier, et tu as part à la sève de la racine. Garde-toi de mépriser les branches : si tu te mets à faire le fier aux dépens des branches, souviens-toi : ce n'est pas toi qui portes la racine, c'est la racine qui te porte. » — Saint Paul, Romains 11, 17-18[47]
L'image interdit, pour un chrétien, toute forme d'arrogance vis-à-vis d'Israël.
Tout Israël sera sauvé
Paul énonce ensuite une espérance que l'Église, fidèlement, tient sans la maîtriser :
« Je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, pour que vous ne vous croyiez pas pleins de sagesse : l'endurcissement d'une partie d'Israël s'est produit pour laisser à l'ensemble des nations le temps d'entrer, et c'est ainsi qu'Israël tout entier sera sauvé. (...) Les dons de Dieu et son appel sont sans repentir. » — Saint Paul, Romains 11, 25-29[48]
Le sens précis de l'expression « tout Israël » est débattu (Israël ethnique ? Israël spirituel ? les deux ?), mais le sens d'ensemble est clair : l'attente de Dieu pour son peuple n'est pas close, et la fidélité divine, qui ne se reprend pas, garde un avenir au peuple juif dans le mystère du salut universel. Le Catéchisme reprend cette ligne au § 674 : la venue du Messie glorieux est suspendue à la reconnaissance par « tout Israël ».[49]
Une espérance pour le chrétien, une invitation pour le juif
Ce mystère n'autorise ni précipitation, ni mépris, ni manipulation. Il interdit en revanche de penser que la situation actuelle, où la majeure partie d'Israël ne reconnaît pas Jésus, est l'horizon final. La foi catholique tient ensemble ces deux convictions : Dieu n'a pas révoqué son Alliance avec Israël ; et l'accomplissement plénier des promesses d'Israël passe par la reconnaissance, à la fin des temps, du Messie. C'est une espérance, pas une stratégie.
X. Mission, dialogue, témoignage — comment l'Église se tient aujourd'hui
L'Église ne renonce pas à proposer le Christ à tous, mais elle reconnaît que la relation avec le peuple juif est singulière. Le document de 2015 « Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables » clarifie cette singularité.
- Pas de mission institutionnelle organisée envers le peuple juif comme on en mène envers les autres religions. Le mot « mission », au sens classique, ne convient pas.
- Mais un témoignage discret, humble, fraternel, ouvert. Un chrétien qui aime ses frères juifs ne peut pas leur cacher ce que sa foi confesse, mais il doit le proposer avec respect, sans pression, et conscient du mystère qui entoure leur destin.
- Un dialogue théologique, biblique, historique. Les commissions de dialogue entre catholiques et juifs travaillent depuis plusieurs décennies sur la Bible, sur les Écritures, sur l'histoire, sur les questions vives (Shoah, Israël contemporain, antisémitisme contemporain).
- Une mémoire purifiée, qui regarde sans dénégation les fautes chrétiennes commises au cours de l'histoire et qui s'en repent solennellement.
- Une prière pour les juifs, qui demeure dans la liturgie de l'Église, en particulier au Vendredi saint, dans une formulation qui depuis 1959 et a fortiori depuis 1970 a soigneusement écarté l'antique expression « perfidi judaei ».[50]
En substance, le Directoire pour la catéchèse (2020) comme les Notes de 1985 invitent le chrétien à reconnaître dans sa propre Bible, sa propre Pâque et sa bénédiction du pain et du vin l'héritage vivant du judaïsme — et le juif à découvrir un Jésus profondément juif par tout son enseignement. Cette redécouverte mutuelle est le sol où peut grandir l'espérance commune.[51]
XI. Conclusion
Le judaïsme occupe, dans le regard catholique, une place absolument unique. Il est la foi du peuple de l'Alliance, la racine biblique du christianisme, le sol historique d'où viennent Jésus, Marie, les apôtres, les Écritures et la prière de l'Église. Tout chrétien qui prie l'Office, qui célèbre l'Eucharistie, qui ouvre la Bible, tient quelque chose qui lui vient d'Israël.
La divergence sur Jésus demeure pourtant décisive : pour l'Église, il est le Messie promis, Fils de Dieu et Sauveur universel, « accomplissement de la Loi et des Prophètes ». Cette confession ne se rétracte ni ne se monnaie. Mais elle est portée, sur le terrain de la rencontre avec le peuple juif, dans une attitude commandée par l'Évangile lui-même : gratitude envers Israël, rejet absolu de tout antisémitisme, respect sans réserve, dialogue patient, espérance d'une plénitude eschatologique où « tout Israël sera sauvé ».
Il reste alors un dernier mot, à dire avec humilité. Si la foi catholique est vraie, le plus beau service que les disciples du Christ peuvent rendre à leurs frères juifs n'est ni la flatterie, ni le silence : c'est, à voix discrète et fraternelle, de proposer la joie d'avoir reconnu, en Jésus de Nazareth, le Messie attendu. Cette proposition se fait sans pression, sans mépris, dans la mémoire des plaies infligées, et dans la conscience que c'est Dieu qui agit. Mais elle se fait. Et elle se fait, parce que celui qui aime ne peut pas garder pour lui ce qu'il croit avoir reçu pour tous.
Pour aller plus loin
- La Bible — unité de l'Ancien et du Nouveau Testament.
- Les prophéties annonçant Jésus dans l'Ancien Testament — 41 prophéties messianiques.
- Jésus a-t-il vraiment existé ? — sources extra-bibliques sur Jésus.
- La divinité de Jésus — la question christologique centrale.
- La Résurrection de Jésus — point central de la foi chrétienne.
- Le concile de Jérusalem — l'ouverture aux nations sans la Loi mosaïque.
- La destruction du Temple de Jérusalem en 70 — la fin du sacerdoce sacrificiel.
- L'antijudaïsme des chrétiens et le rôle de Pie XII — relectures historiques.
- Pourquoi le catholicisme est la vraie religion — rapport entre vérité catholique et autres religions.
Notes et références
Concile Vatican II, déclaration Nostra aetate, § 4, 28 octobre 1965 : « Scrutant le mystère de l'Église, le saint Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la lignée d'Abraham. L'Église du Christ, en effet, reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, chez les patriarches, Moïse et les prophètes. » Texte sur vatican.va.
1 22Concile Vatican II, Nostra aetate, § 4 : « Les Juifs ne doivent ni être présentés comme réprouvés par Dieu ni comme maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. (...) L'Église, qui réprouve toutes les persécutions contre quelque homme que ce soit, (...) déplore les haines, les persécutions et toutes les manifestations d'antisémitisme qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. » Texte sur vatican.va.
2 23 24Genèse 12, 1-3, traduction liturgique francophone (AELF). Texte intégral sur aelf.org.
3Exode 3, 13-14, traduction liturgique francophone (AELF) : la révélation du Nom au buisson ardent. aelf.org.
42 Samuel 7, 12-16, traduction liturgique francophone (AELF) : la promesse davidique. aelf.org.
5Jérémie 31, 31-33, traduction liturgique francophone (AELF) : l'annonce de la Nouvelle Alliance. aelf.org.
6Grand Rouleau d'Isaïe (1QIsaᵃ), manuscrit retrouvé en 1947 dans la grotte 1 de Qumrân, daté paléographiquement vers 125 av. J.-C. ; il contient l'intégralité du texte d'Isaïe sous une forme très proche du texte massorétique reçu, et atteste la stabilité du texte messianique d'Isaïe 53 plus d'un siècle avant la naissance de Jésus. Conservé au Sanctuaire du Livre, Musée d'Israël, Jérusalem.
7Matthieu 5, 17, traduction liturgique francophone (AELF). aelf.org.
8Marc 14, 61-62, traduction liturgique francophone (AELF) : la confession messianique de Jésus devant le grand prêtre. aelf.org.
91 Corinthiens 1, 22-23, traduction liturgique francophone (AELF). aelf.org.
10Catéchisme de l'Église catholique, § 597, sous-titre « Les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus » : « En tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès (Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la responsabilité à l'ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d'une foule manipulée et les reproches globaux contenus dans les appels à la conversion après la Pentecôte. (...) Encore moins peut-on étendre la responsabilité aux autres Juifs dans l'espace et dans le temps. (...) L'Église n'hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus, responsabilité dont ils ont trop souvent accablé uniquement les Juifs. » Texte intégral du Catéchisme sur vatican.va.
11 12Luc 19, 41-44, traduction liturgique francophone (AELF) : pleurs de Jésus sur Jérusalem et annonce de la destruction. aelf.org.
13Sur le débat dit « de Jamnia », voir notamment L. M. McDonald et J. A. Sanders (éd.), The Canon Debate, Hendrickson, 2002 : l'idée d'un concile de Jamnia fixant le canon vers 90 y est largement révisée au profit d'un processus de stabilisation plus long et moins centralisé.
14Sur la Birkat ha-Minim, voir notamment William Horbury, Jews and Christians in Contact and Controversy, T&T Clark, Édimbourg, 1998 ; Reuven Kimelman, Birkat Ha-Minim and the Lack of Evidence for an Anti-Christian Jewish Prayer in Late Antiquity, dans E. P. Sanders (éd.), Jewish and Christian Self-Definition, vol. 2, Fortress Press, 1981 ; et Daniel Boyarin, Border Lines: The Partition of Judaeo-Christianity, University of Pennsylvania Press, 2004. La datation de la formule actuelle (fin du Iᵉʳ siècle, sous Gamliel II à Yavneh) et son rôle exact dans la séparation entre judéo-chrétiens et synagogue restent débattus, mais la pratique d'une malédiction liturgique des minim est largement attestée.
15Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 43a, à propos d'un certain Yeshu. La traduction du Soncino Talmud (1935) donne : « On the eve of the Passover Yeshu was hanged. For forty days before the execution took place, a herald went forth and cried, "He is going forth to be stoned because he has practised sorcery and enticed Israel to apostasy..." ». Édition critique disponible sur sefaria.org/Sanhedrin.43a. L'identification de ce Yeshu avec Jésus de Nazareth est proposée par une partie de la recherche — notamment Peter Schäfer, Jesus in the Talmud, Princeton University Press, 2007, p. 64-65, qui n'exclut pas que ce matériau rabbinique, d'époque amoraïque tardive, réponde aux Évangiles — et discutée par d'autres, notamment Johann Maier (Jesus von Nazareth in der talmudischen Überlieferung, 1978), pour qui le Talmud ne livre pratiquement aucun témoignage exploitable sur le Jésus historique.
16Moïse Maïmonide (Rambam), Commentaire sur la Mishna, traité Sanhédrin, chapitre 10 (Hélek), 13 articles de foi, 12ᵉ principe : « Je crois d'une foi parfaite à la venue du Messie ; et bien qu'il tarde à venir, je l'attendrai chaque jour. » La formule populaire est reprise dans l'hymne synagogal Yigdal et dans la version brève des Ani maamin. Cf. l'édition française du commentaire de la Mishna par J. Cohen ; pour la 12ᵉ profession de foi, voir aussi fr.chabad.org.
17Commission Saint-Siège pour les rapports religieux avec le judaïsme, Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah, 16 mars 1998. Document signé par le cardinal Edward Cassidy et publié par le Saint-Siège ; il reconnaît la responsabilité de l'antijudaïsme chrétien dans la préparation du climat européen qui a rendu la Shoah possible, tout en distinguant l'antijudaïsme religieux ancien et l'antisémitisme raciste moderne. Texte sur vatican.va.
18Sur le rôle de Pie XII dans le sauvetage des juifs durant la Seconde Guerre mondiale, voir notamment Pinchas Lapide, Three Popes and the Jews, Hawthorn Books, New York, 1967, p. 214-215 (le rabbin Lapide estime à environ 700 000 à 860 000 le nombre de juifs sauvés par les institutions catholiques sous Pie XII) ; Andrea Tornielli, Pio XII : il Papa degli ebrei, Edizioni Piemme, 2001 ; et les archives ouvertes en 2020 par les Archives apostoliques vaticanes. La discussion historique reste vive sur la question d'éventuelles déclarations publiques plus fortes ; mais le bilan opératoire de la nonciature, des couvents et des consignes papales est largement positif.
19Eugenio Zolli (Israel Anton Zoller), ancien grand rabbin de Rome, Antisemitismo, A.V.E., Roma, 1945, et plus largement son autobiographie Before the Dawn (Sheed and Ward, New York, 1954). Voir aussi Judith Cabaud, Eugenio Zolli ou la prophétie accomplie, F.-X. de Guibert, Paris, 2000.
20Sur Jules Isaac (1877-1963), historien français, et son audience décisive avec Jean XXIII le 13 juin 1960, voir Jean-Claude Gaucher (dir.), Jules Isaac, un historien dans la Grande Guerre. Lettres et carnets 1914-1917, Armand Colin, Paris, 2004 ; Pierre Pierrard, Jules Isaac ou la passion de la vérité, Plon, 1992 ; et le mémorandum remis à Jean XXIII, conservé dans les archives de l'Amitié judéo-chrétienne de France (ajcf.fr). Sur le rôle de Jules Isaac dans la genèse de Nostra aetate, voir aussi John Connelly, From Enemy to Brother: The Revolution in Catholic Teaching on the Jews, 1933-1965, Harvard University Press, 2012.
21Saint Jean-Paul II, allocution à la Grande Synagogue de Rome, 13 avril 1986, en présence du grand rabbin Elio Toaff : « La religion juive ne nous est pas extrinsèque, mais d'une certaine manière, elle est intrinsèque à notre religion. Nous avons donc envers elle des rapports que nous n'avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et, d'une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés. » Texte intégral sur vatican.va.
25Saint Jean-Paul II, prière au Mur occidental (Kotel), Jérusalem, 26 mars 2000. Texte glissé dans une fente du Mur, archivé au Mémorial de Yad Vashem.
26Benoît XVI, discours à la synagogue de Cologne, 19 août 2005, en présence du Dr Abraham Lehrer, président de la communauté juive de Cologne : « Ce patrimoine spirituel commun est très grand et profond. Les Juifs et les Chrétiens doivent prendre soin de leurs racines en s'appréciant et en se respectant mutuellement, afin que ces racines puissent toujours plus se développer pour le bien de tous. » Texte intégral sur vatican.va.
27Benoît XVI, allocution à Auschwitz-Birkenau, 28 mai 2006 : « Prendre la parole en ce lieu d'horreur, d'accumulation de crimes contre Dieu et contre l'homme sans pareils dans l'histoire, est presque impossible — et c'est particulièrement difficile et pesant pour un chrétien, pour un pape qui vient d'Allemagne. » Texte intégral sur vatican.va.
28Joseph Ratzinger (Benoît XVI), Jésus de Nazareth, tome 2 : De l'entrée à Jérusalem à la Résurrection, trad. fr. Dominique Tassel, Éditions du Rocher, Monaco, 2011, p. 207-208 (ch. 7, « Le procès de Jésus »). Édition originale allemande : Jesus von Nazareth — Zweiter Teil : Vom Einzug in Jerusalem bis zur Auferstehung, Verlag Herder, Freiburg im Breisgau, 2011. Texte original allemand : « Wenn aber bei Matthäus "das ganze Volk" gesagt hat, dann wird der Christ sich daran erinnern, dass das Blut Jesu eine andere Sprache redet als das Blut Abels (Hebr 12, 24) : Es schreit nicht nach Rache und Strafe, sondern ist Versöhnung. Es ist nicht gegen jemanden vergossen, sondern für viele, für alle. »
29Pape François, exhortation apostolique Evangelii gaudium, § 247, 24 novembre 2013 : « Un regard très spécial s'adresse au peuple juif, dont l'Alliance avec Dieu n'a jamais été révoquée, parce que "les dons et les appels de Dieu sont sans repentance" (Rm 11, 29). L'Église, qui partage avec le Judaïsme une part importante des Saintes Écritures, considère le peuple de l'Alliance et sa foi comme une racine sacrée de sa propre identité chrétienne. (...) En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas considérer le judaïsme comme une religion étrangère, ni classer les juifs parmi ceux qui sont appelés à laisser les idoles pour se convertir au vrai Dieu. » Texte intégral sur vatican.va.
30Commission Saint-Siège pour les rapports religieux avec le judaïsme, « Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables » (Rm 11, 29). Une réflexion sur les questions théologiques relatives aux rapports entre catholiques et juifs à l'occasion du 50ᵉ anniversaire de Nostra aetate (n° 4), 10 décembre 2015. Texte intégral sur christianunity.va. Sur le statut non magistériel mais autoritatif du document, voir la présentation du cardinal Kurt Koch lors de la conférence de presse du 10 décembre 2015.
31 38Romains 9, 4-5, traduction liturgique francophone (AELF). aelf.org.
32Pie XI, paroles improvisées à des pèlerins belges, 6 septembre 1938, à propos de la lecture de la Préface eucharistique : « Remarquez que dans le Canon de la Messe nous nous trouvons en présence d'une parole limpide et inéluctable, dans le rappel du sacrifice d'Abel, du sacrifice d'Abraham, notre patriarche. (...) L'antisémitisme est un mouvement auquel nous, chrétiens, nous ne pouvons avoir aucune part. (...) Spirituellement, nous sommes des Sémites. » Cité dans La Documentation catholique, n° 851, 27 novembre 1938, col. 1459-1460 ; voir aussi Emma Fattorini, Pio XI, Hitler e Mussolini. La solitudine di un papa, Einaudi, 2007.
33Catéchisme de l'Église catholique, § 840 : « Par ailleurs, lorsque l'on considère l'avenir, le Peuple de Dieu de l'Ancienne Alliance et le nouveau Peuple de Dieu tendent vers des buts analogues : l'attente de la venue (ou du retour) du Messie. » Texte sur vatican.va.
34Commission biblique pontificale, Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne, 2002, § 21 : « L'attente juive messianique n'est pas vaine. Elle peut devenir pour nous chrétiens un puissant stimulant à maintenir vivante la dimension eschatologique de notre foi. » Texte intégral sur vatican.va.
35Romains 9, 2-3 ; 10, 1, traduction liturgique francophone (AELF). aelf.org/bible/Rm/9 et aelf.org/bible/Rm/10.
36Romains 11, 17-18, traduction liturgique francophone (AELF) : la métaphore de l'olivier franc et de la greffe. aelf.org.
37 47Sur la convergence cumulative des prophéties messianiques, voir Peter Stoner, Science Speaks, Moody Press, Chicago, 1958, chap. 3 — méthode : probabilités individuelles estimées pour huit prophéties, multipliées en supposant leur indépendance (résultat : 1 chance sur 10¹⁷ pour huit prophéties accomplies en un seul homme, 1 sur 10¹⁵⁷ pour quarante-huit) ; limites : le calcul suppose l'indépendance des prophéties et dépend du choix comme de l'estimation des probabilités élémentaires — il vaut comme illustration apologétique, non comme démonstration statistique au sens strict ; Walter C. Kaiser Jr., The Messiah in the Old Testament, Zondervan, 1995 ; Risto Santala, The Messiah in the Old Testament in the Light of Rabbinical Writings, Keren Ahvah Meshihit, Jérusalem, 1992 (intéressant parce qu'il documente la lecture messianique de nombreux textes dans la littérature rabbinique antérieure au christianisme polémique). Cet article renvoie au dossier exhaustif d'Ignispedia, Les prophéties annonçant Jésus dans l'Ancien Testament.
39Daniel 9, 24-26, traduction liturgique francophone (AELF). aelf.org. Sur la portée messianique de ce passage et sa convergence chronologique avec la crucifixion de Jésus et la destruction du Temple en 70, voir notamment Roger T. Beckwith, Daniel 9 and the Date of Messiah's Coming in Essene, Hellenistic, Pharisaic, Zealot and Early Christian Computation, Revue de Qumrân, n° 40, 1981, p. 521-542. La datation finale du livre de Daniel est discutée (IIᵉ siècle pour la critique historico-critique majoritaire, antérieure pour la tradition juive et chrétienne), mais l'antériorité du texte par rapport à Jésus est acquise.
40Isaïe 53, 4-6, traduction liturgique francophone (AELF) : le chant du Serviteur souffrant. aelf.org. Sur l'unité littéraire du chant Is 52, 13 – 53, 12 et sa stabilité textuelle attestée par le Grand Rouleau d'Isaïe de Qumrân (1QIsaᵃ, vers 125 av. J.-C.), voir Émile Puech, Qoumrân et le Nouveau Testament, Cerf, 2003.
41Sur Alphonse Ratisbonne (1814-1884), voir Alphonse Ratisbonne, Ma conversion, lettre adressée au baron de Bussières, 22 janvier 1842 ; Théodore Ratisbonne, La question juive, Lyon, 1868 ; et Jean Guitton, La conversion de Ratisbonne, La Table Ronde, 1964. Les Filles et Pères de Sion, fondés par Alphonse et son frère Théodore (1855), demeurent une congrégation tournée vers le dialogue judéo-chrétien.
42Sainte Édith Stein (1891-1942), en religion sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, philosophe, élève de Husserl, carmélite, martyre à Auschwitz le 9 août 1942 ; canonisée par Jean-Paul II le 11 octobre 1998 ; proclamée copatronne de l'Europe (avec Catherine de Sienne et Brigitte de Suède) par la lettre apostolique Spes aedificandi, 1ᵉʳ octobre 1999. Voir Édith Stein, L'être fini et l'être éternel, Beauchesne ; Histoire d'une famille juive, traduction française au Cerf ; et Joan Mowat Erikson, Édith Stein, philosopher and Carmelite, Macmillan, 1992.
43Eugenio Zolli (Israel Anton Zoller), grand rabbin de Rome de 1940 à 1945, baptisé le 13 février 1945 à Sainte-Marie-des-Anges à Rome sous le prénom Eugenio en hommage à Pie XII (Eugenio Pacelli). Voir son autobiographie Before the Dawn (Sheed and Ward, New York, 1954), traduction française L'aube avant le jour, Salvator, 2017 ; et Judith Cabaud, Eugenio Zolli ou la prophétie accomplie, F.-X. de Guibert, 2000.
44Eugenio Zolli, Before the Dawn, Sheed and Ward, New York, 1954, chapitre final (paraphrase de la pensée de l'auteur ; aucune citation littérale n'est reprise ici).
45Catéchisme de l'Église catholique, § 674 : « La venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l'histoire à sa reconnaissance par "tout Israël" (Rm 11, 26 ; Mt 23, 39) dont "une partie s'est endurcie" (Rm 11, 25) dans "l'incrédulité" (Rm 11, 20) envers Jésus. (...) L'entrée de "la plénitude des juifs" (Rm 11, 12) dans le salut messianique, à la suite de "la plénitude des païens" (Rm 11, 25 ; cf. Lc 21, 24), donnera au Peuple de Dieu de "réaliser la plénitude du Christ" (Ep 4, 13) dans laquelle "Dieu sera tout en tous" (1 Co 15, 28). » Texte sur vatican.va.
46 49Romains 11, 25-29, traduction liturgique francophone (AELF) : « L'endurcissement d'une partie d'Israël s'est produit pour laisser à l'ensemble des nations le temps d'entrer, et c'est ainsi qu'Israël tout entier sera sauvé. (...) Les dons de Dieu et son appel sont sans repentir. » aelf.org.
48Sur la prière du Vendredi saint pour les juifs dans la forme romaine ordinaire et la forme romaine extraordinaire : la formulation de 1959 (Jean XXIII) a supprimé le terme « perfidi » (au sens latin classique d'infidèles, mais ayant pris en français un sens péjoratif), et le Missel de Paul VI (1970) a profondément reformulé l'oraison dans le sens du dialogue inauguré par Nostra aetate. Une réformulation de 2008 (Benoît XVI) pour la forme extraordinaire a maintenu l'éloignement de toute formulation polémique.
50Paraphrase rédactionnelle — et non citation littérale — s'appuyant sur le Directoire pour la catéchèse, Vatican, 2020, et sur les « Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l'Église catholique » publiées par la Commission Saint-Siège pour les rapports religieux avec le judaïsme, 24 juin 1985. Textes sur christianunity.va.
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