Les croisades (1095-1291)

Les croisades (1095-1291) restent une objection majeure contre l'Église. Cet article distingue les faits, la guerre juste, les violences réelles, Constantinople 1204 et la demande de pardon de Jean-Paul II.

Ignispedia

Les croisades sont les expéditions militaires et pénitentielles lancées par la papauté à partir du 27 novembre 1095, lorsque le pape Urbain II, au concile de Clermont, appelle les chevaliers d'Occident à secourir les chrétiens d'Orient et à rouvrir l'accès aux Lieux saints[1]. Elles s'étalent sur près de deux siècles, jusqu'à la chute de Saint-Jean-d'Acre en 1291, et débordent largement la seule Terre sainte : Espagne reconquise, Languedoc cathare, pays baltes.

Le dossier est apologétiquement explosif. À gauche, on les présente comme l'archétype du colonialisme religieux, agression occidentale gratuite contre un Orient paisible. À droite, certaines apologies catholiques caricaturent l'inverse : croisades immaculées, défense pure de la civilisation, sans excès. Les deux récits sont faux. Une lecture honnête tient ensemble la demande byzantine réelle, la doctrine de la guerre juste, les succès militaires, les massacres documentés, le détournement de 1204, et la purification de la mémoire demandée par saint Jean-Paul II lors du Jubilé de l'an 2000.

L'article ci-dessous reprend le dossier pièce par pièce : le contexte chrétien du VIIᵉ au XIᵉ siècle, l'appel d'Urbain II, les huit campagnes de la convention classique retenue ici, la prise de Jérusalem du 15 juillet 1099, le sac de Constantinople de 1204, la doctrine catholique de la guerre juste, la condamnation constante de la conversion forcée, les dix grandes objections modernes et la demande de pardon de Jean-Paul II. Les sources primaires sont citées avec leur édition de référence ; quand la formulation française est un résumé paraphrastique et non une citation verbatim, la note le signale expressément.

« Tous ceux qui s'y rendront — soit en cheminant par terre, soit en traversant la mer, soit en combattant les païens —, s'ils y finissent leur vie retranchée par la mort, verront la rémission de leurs péchés aussitôt acquise. » — Version de Fulcher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 3, rédigée vers 1101 : reconstitution rhétorique, non verbatim du discours prononcé par Urbain II au concile de Clermont le 27 novembre 1095 (traduction d'après le texte latin cité en note)[2]

Pourquoi rouvrir le dossier des croisades

Avant d'entrer dans les sources, il faut nommer l'objection de fond : pour beaucoup de lecteurs contemporains, le mot « croisade » vaut condamnation immédiate de l'Église. La réponse catholique ne peut pas se contenter de minimiser ; elle doit distinguer.

Distinguer d'abord l'institution pontificale (un pèlerinage armé pénitentiel, codifié par le droit canonique) et la conduite concrète des armées médiévales (qui pouvait être brutale, comme toute armée médiévale entrant dans une ville prise d'assaut). Distinguer ensuite la première croisade, qui répond à une demande byzantine documentée, et la quatrième croisade, dévoyée à Constantinople contre la volonté explicite du pape Innocent III. Distinguer enfin les théâtres : Terre sainte, péninsule Ibérique, Languedoc, Baltique — ce ne sont pas le même dossier, et les juger ensemble confond des dossiers distincts.

L'historien britannique Jonathan Riley-Smith, qui a renouvelé la recherche universitaire sur les croisades depuis les années 1980, résume ainsi, en substance, la position savante : les croisades répondaient aux critères de la guerre juste, car elles sont nées en réaction à des attaques contre des chrétiens ou contre leur Église[3].

Cette thèse de réaction défensive est défendue notamment par Riley-Smith et par l'historien américain Thomas Madden[4] ; elle est reprise côté grand public par le sociologue des religions Rodney Stark, qui n'est pas médiéviste. En revanche, l'historien d'Oxford Christopher Tyerman, tout en rejetant lui aussi les lectures marxistes d'une croisade coloniale, ne partage pas cette thèse : il souligne les motifs politiques et territoriaux des croisades et en conteste la lecture purement défensive[5]. L'article qui suit s'inscrit dans la première historiographie, en restant honnête sur les violences réelles.

L'Orient chrétien avant 1095

Pour comprendre l'appel de Clermont, il faut remonter de quatre siècles. Les croisades ne tombent pas du ciel en 1095 ; elles répondent à un effondrement géopolitique qui dure depuis le VIIᵉ siècle.

La grande conquête musulmane du VIIᵉ siècle

Au moment où Mahomet meurt en 632, le pourtour méditerranéen est très majoritairement chrétien. La Syrie, la Palestine, l'Égypte, la Cyrénaïque, l'Afrique du Nord, l'Hispanie wisigothique : tous sont des terres d'évangiles, de conciles, de Pères de l'Église. Saint Augustin est mort à Hippone en 430 ; saint Jérôme a traduit la Vulgate à Bethléem ; saint Cyrille d'Alexandrie a présidé le concile d'Éphèse en 431.

En moins d'un siècle, ce monde s'effondre militairement. La bataille du Yarmouk, livrée en août 636 (datation au jour près débattue entre historiens), brise l'armée byzantine de l'empereur Héraclius. Damas tombe vers 635, Antioche fin 637, Jérusalem en 637-638, l'Égypte entre 639 et 642, l'Afrique du Nord chrétienne entre 647 et 698, l'Hispanie wisigothique en 711[6]. L'expansion s'arrête à Poitiers (732) sur l'avancée pyrénéenne et à Constantinople (sièges de 674-678 et 717-718) sur l'avancée orientale.

Le monde chrétien perd ainsi, en quelques générations, les deux tiers de son territoire ancien. Cette donnée est rarement rappelée dans le récit populaire, mais c'est la première vérité du dossier des croisades.

Comme l'écrit en substance le sociologue des religions Rodney Stark : en soixante-dix ans, les Arabes ont arraché au christianisme les deux tiers de son monde antique ; les croisades ne sont pas le début d'une agression chrétienne, mais la réponse tardive et limitée à une vague de conquête bien plus vaste[7].

Les pèlerinages chrétiens fragilisés

Pendant trois siècles, les pèlerinages restent possibles vers Jérusalem, mais à conditions variables, selon les pouvoirs musulmans locaux. Les Omeyyades, puis les Abbassides, puis les Fatimides tolèrent le pèlerinage moyennant le statut de dhimmi (« protégé ») et le paiement de la jizya, taxe spécifique aux non-musulmans. En mots simples : les chrétiens pouvaient garder leur foi, mais ils payaient un impôt spécial et restaient des citoyens de second rang.

Deux événements graves marquent la mémoire latine.

D'abord, en 1009, le calife fatimide Al-Hakim bi-Amr Allah fait détruire le Saint-Sépulcre par ses ordres. Le sanctuaire est rasé. La chronique du patriarche melkite d'Antioche Yahya ibn Sa'id (mort vers 1066) en donne le récit détaillé[8]. Le sanctuaire sera reconstruit par les Byzantins à partir de 1048, mais l'événement reste un traumatisme : il prouve qu'aucune protection durable des Lieux saints n'est garantie par le pouvoir musulman.

Ensuite, à partir des années 1070, les Turcs seldjoukides sunnites prennent le contrôle de la Palestine au détriment des Fatimides chiites. Ces nouveaux maîtres sont moins prévisibles ; les routes de pèlerinage deviennent dangereuses ; les marchands italiens (Venise, Pise, Amalfi) qui assurent la logistique des pèlerinages témoignent de l'instabilité croissante.

Manzikert 1071 et l'appel d'Alexis Comnène

Le 26 août 1071, à Manzikert (Arménie orientale, actuel Malazgirt en Turquie), l'armée byzantine de l'empereur Romain IV Diogène est écrasée par celle du sultan seldjoukide Alp Arslan[9]. L'empereur est capturé — événement sans précédent depuis plus de huit siècles (depuis Valérien, 260). La nouvelle frappe la chrétienté.

Les conséquences sont catastrophiques pour Byzance. En une décennie, les Seldjoukides prennent la quasi-totalité de l'Anatolie, cœur militaire, agricole et fiscal de l'Empire byzantin. C'est l'amputation territoriale la plus violente que l'Empire ait subie depuis le VIIᵉ siècle.

C'est dans ce contexte que l'empereur Alexis Ier Comnène, monté sur le trône en 1081, demande explicitement de l'aide militaire à l'Occident latin. Sa fille Anne Comnène décrit dans l'Alexiade, écrite vers 1148, un empereur aux prises avec l'avance turque en Bithynie, tandis que la prédication de Pierre l'Ermite soulève en Occident un mouvement d'une ampleur inédite[10]. La demande byzantine formelle est, elle, documentée côté latin : en mars 1095, au concile de Plaisance, les ambassadeurs d'Alexis sollicitent publiquement devant Urbain II le secours des Latins contre les Turcs[11].

Alexis Ier Comnène, empereur byzantin dont la demande d'aide militaire à l'Occident précède l'appel de Clermont. Image patrimoniale Wikimedia Commons.

Selon la lecture de l'historien Jonathan Riley-Smith, sans cette demande explicite et répétée de Byzance, il n'y aurait pas eu de croisade : l'appel de Clermont n'est pas une initiative spontanée d'un pape impérialiste ; c'est la réponse latine à une demande orientale d'aide militaire[12].

Clermont, 27 novembre 1095 : la naissance de la croisade

Le pape Urbain II, ancien moine clunisien, élu en 1088, est l'héritier direct de la grande réforme grégorienne : réaffirmation de l'autorité pontificale, libération de l'Église face aux princes laïcs, refus de la simonie et du nicolaïsme. Sa décision en 1095 prolonge cette réforme — y compris dans son rapport à la chevalerie.

Le concile et son contexte

Du 18 au 28 novembre 1095, Urbain II préside un concile provincial à Clermont, en Auvergne. L'assemblée traite d'abord de questions internes : trêve de Dieu, excommunication du roi Philippe Iᵉʳ pour adultère, discipline ecclésiale. Mais le 27 novembre, dans un champ extérieur à la ville pour accueillir la foule, Urbain II prononce un discours qui change l'histoire.

Aucun verbatim ne nous est parvenu. Quatre chroniqueurs ont écrit leur version, plusieurs années après les faits :

ChroniqueurStatutDate du récitPrésent à Clermont ?
Fulcher de Chartresprêtre, croisé, chroniqueur de Baudouin Ivers 1101probablement (discuté)
Robert le Moineprieur de Senucvers 1107-1120revendique l'avoir été
Baudri de Dolabbé de Bourgueil en 1095, devenu archevêque de Dol en 1107vers 1107oui (très probable)
Guibert de Nogentabbé bénédictinvers 1109non (témoignage indirect)

Les quatre versions divergent sur les formulations exactes mais convergent sur cinq points : (1) appel à secourir les chrétiens d'Orient ; (2) menace turque sur les Lieux saints ; (3) prise de la croix comme pèlerinage armé ; (4) rémission des péchés ; (5) cri d'acclamation « Deus vult » (« Dieu le veut »). Deux présences restent débattues : celle de Fulcher, généralement admise mais discutée, et celle de Baudri, tenue pour très probable par l'historiographie récente[13].

Quatre récits, un même noyau

Fulcher de Chartres insiste sur la canalisation de la violence chevaleresque :

« Que ceux qui étaient autrefois habitués à se quereller méchamment dans des guerres privées contre les fidèles combattent désormais contre les infidèles, et qu'ils mènent à une fin victorieuse la guerre qui aurait déjà dû être commencée. Que ceux qui étaient des brigands deviennent maintenant des soldats. » — Urbain II, version de Fulcher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 3[14]

Robert le Moine met en scène le grand cri populaire qui aurait jailli au milieu du discours :

« Une race tout à fait étrangère à Dieu, une génération qui n'a pas dirigé son cœur et n'a pas confié son esprit à Dieu, a envahi les terres de ces chrétiens, les a dépeuplées par le pillage et le feu. Sur qui donc incombe la tâche de venger ces torts et de récupérer ce territoire, sinon sur vous, à qui Dieu a donné plus que tout autre peuple ? » — Urbain II, version de Robert le Moine, Historia Hierosolymitana, vers 1107-1120[15]

À la fin du discours, selon Robert, « tous les assistants s'écrièrent d'une seule voix : "Dieu le veut ! Dieu le veut !" » — « Deus vult ! Deus vult ! »[16]. Urbain II aurait alors ordonné que cette acclamation devienne le cri de guerre des croisés.

Baudri de Dol souligne la dimension de réparation due aux chrétiens orientaux opprimés :

« Vous, oppresseurs d'enfants, ravisseurs de veuves, [...] avancez hardiment comme chevaliers du Christ, et précipitez-vous à la défense de l'Église d'Orient. » — Urbain II, version de Baudri de Dol, Historia Jerosolimitana, vers 1107[17]

Guibert de Nogent, enfin, accentue la dimension providentielle :

« Considérez donc que le Tout-Puissant vous a peut-être réservés à cette fin, afin que par vous il restaure Jérusalem d'un tel abaissement. » — Urbain II, version de Guibert de Nogent, Gesta Dei per Francos, vers 1109[18]

Le médiéviste français Jean Flori, dans son grand ouvrage de référence La guerre sainte. La formation de l'idée de croisade dans l'Occident chrétien (Aubier, 2001), montre que ces quatre récits sont des reconstructions rhétoriques, fidèles dans l'esprit mais retravaillées par chaque auteur selon son public et son théologie[19]. Le vrai discours d'Urbain II n'est pas conservé ; mais le noyau commun aux quatre témoins est solide.

L'indulgence de croisade : ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas

L'innovation théologique majeure de Clermont est l'indulgence de croisade. En mots simples : l'Église disait au croisé repentant que ce long voyage dangereux, offert à Dieu, remplaçait les punitions que ses péchés déjà pardonnés méritaient encore. Elle est consignée dans le canon 2 du concile (transmis par Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, XX, col. 815-816) :

« Quiconque, par dévotion seulement et non pour gagner honneur ou argent, partira pour Jérusalem afin de libérer l'Église de Dieu, ce voyage lui sera compté pour toute pénitence. » — Canon 2 du concile de Clermont, 1095[20]

Ce canon est précis. Il ne dit pas : « quiconque tue un musulman ira directement au ciel ». Il dit : « quiconque accomplit, par dévotion pure, le pèlerinage à Jérusalem pour libérer l'Église, verra ce voyage compté pour pénitence intégrale ». Trois précisions s'imposent.

Premièrement, la condition est « par dévotion seulement et non pour gagner honneur ou argent ». L'indulgence ne couvre pas ceux qui partent pour le butin ou la gloire. Le critère est intérieur.

Deuxièmement, ce qui est remis, ce sont les peines temporelles des péchés déjà commis et confessés — pas les péchés futurs. L'indulgence présuppose la confession et le repentir. La doctrine catholique, alors comme maintenant, n'a jamais accordé d'absolution préventive aux crimes futurs.

Troisièmement, l'indulgence de croisade est l'adaptation d'une institution déjà ancienne : la pénitence canonique commuée en pèlerinage. Depuis le VIIIᵉ-IXᵉ siècles, l'Église imposait à certains pécheurs graves des pèlerinages de longue durée à Saint-Jacques-de-Compostelle, à Rome ou à Jérusalem, à la place ou en complément des peines tarifées. Clermont applique cette logique à un pèlerinage armé, parce que le chemin de Jérusalem est désormais militairement dangereux.

Notons le vocable : l'expression technique d'« indulgence plénière » est postérieure à 1095 — le canon 2 parle d'un voyage « compté pour toute pénitence ». C'est l'historiographie moderne qui reconnaît dans cette concession la première indulgence de croisade[21].

L'historien Christopher Tyerman, professeur à Oxford, résume ainsi, en substance, cette logique : sans la pénitence, les croisades deviennent inexplicables — elles sont d'abord un acte pénitentiel, dont la dimension militaire sert la libération des Lieux saints[22].

Une réforme ecclésiale plus large

L'appel de Clermont s'inscrit dans la réforme grégorienne lancée par Grégoire VII (1073-1085). Cette réforme a trois axes : libération de l'Église face aux princes laïcs (querelle des investitures), réaffirmation de la papauté comme magistère suprême, et canalisation de la violence chevaleresque par la trêve de Dieu et la paix de Dieu.

La croisade prolonge ce dernier axe. Plutôt que de laisser les chevaliers d'Occident se massacrer entre eux dans des guerres privées qui ravagent paysans et clercs, on détourne leur violence vers une cause jugée défensive : la libération des Lieux saints et le secours des chrétiens orientaux.

Le médiéviste Jonathan Riley-Smith a montré, par dépouillement des chartes de donations et de testaments des croisés (où ils vendent leurs biens et règlent leurs comptes avant de partir), que la grande majorité des premiers croisés perdaient de l'argent à partir : voyage long, équipement coûteux, mortalité énorme, faible espoir de butin. Cela contredit la thèse marxiste classique d'une croisade comme « exutoire pour les cadets de famille en quête de fortune »[23].

Jonathan Riley-Smith a montré, en substance, que papes et prédicateurs présentaient la croisade comme un acte de charité — l'amour de Dieu et du prochain —, les croisés étant appelés à repousser l'agression et à restaurer l'Église d'Orient[24].

Les croisades en huit campagnes

Infographie originale Ignispedia : itinéraire et chronologie des croisades de 1095 à 1291. Créée par IA.

L'historiographie distingue traditionnellement huit grandes croisades de Terre sainte entre 1095 et 1291, sans compter les expéditions secondaires (croisades populaires, l'entreprise dite « croisade des enfants » de 1212, au caractère historiquement discuté, croisades baltes, croisade albigeoise, croisades d'Espagne). C'est le comptage classique retenu ici : la campagne du prince Édouard (futur Édouard Iᵉʳ) en 1271-1272, que certains historiens anglo-saxons numérotent comme « neuvième croisade », n'est pas comptée comme campagne distincte, et les théâtres non levantins (Baltique, Languedoc, Espagne) relèvent d'autres dossiers[25]. Chaque campagne a son contexte, son commanditaire et son bilan propres.

Première croisade (1096-1099)

Lancée à Clermont, partie en trois grandes vagues (août 1096), elle traverse les Balkans, Constantinople, l'Anatolie. Étapes majeures :

  • Bataille de Dorylée (1ᵉʳ juillet 1097) : victoire chrétienne décisive sur le sultan seldjoukide Kılıç Arslan.
  • Siège d'Antioche (21 octobre 1097 - 3 juin 1098) : sept mois extrêmement éprouvants, famine, désertions, puis découverte de la Sainte Lance (14 juin 1098) qui ranime les assiégés avant la victoire sur Kerbogha (28 juin 1098).
  • Siège et prise de Jérusalem (7 juin - 15 juillet 1099) : voir section dédiée plus bas.

Une expédition partie sans roi occidental majeur atteint son objectif. Quatre États latins sont fondés : comté d'Édesse (1098), principauté d'Antioche (1098), royaume de Jérusalem (1099), comté de Tripoli (1102).

Deuxième croisade (1145-1149)

Déclenchée par la chute du comté d'Édesse, prise par Zengi de Mossoul le 24 décembre 1144. Le pape Eugène III, ancien disciple de saint Bernard de Clairvaux, publie le 1ᵉʳ décembre 1145 la bulle Quantum praedecessores, première grande bulle de croisade au sens strict.

Saint Bernard de Clairvaux prêche personnellement la croisade le 31 mars 1146 (jour de Pâques) à Vézelay, devant le roi de France Louis VII[26]. Les chroniqueurs racontent que la foule réclama tant de croix de tissu qu'il fallut déchirer la robe de Bernard pour en faire d'autres.

Émile Signol, Saint Bernard prêchant la deuxième croisade à Vézelay en 1146, musée de Versailles. Image patrimoniale Wikimedia Commons, domaine public.

Bilan militaire : désastre devant Damas en juillet 1148, après quatre jours de siège mal préparé. Saint Bernard, marqué, exprimera dans son De consideratione adressé à Eugène III sa douleur devant la défaite : le peuple chrétien d'Orient a été frappé, et lui-même s'incline sous le coup[27].

Troisième croisade (1189-1192)

Déclenchée par la défaite catastrophique de Hattin (4 juillet 1187) où Saladin écrase l'armée du roi Guy de Lusignan, et par la reprise de Jérusalem par Saladin le 2 octobre 1187. La nouvelle bouleverse l'Europe ; le pape Grégoire VIII publie la bulle Audita tremendi le 29 octobre 1187.

Trois rois partent : Frédéric Barberousse (mort noyé en Cilicie le 10 juin 1190), Philippe Auguste de France, Richard Cœur de Lion d'Angleterre. Reconquête d'Acre (12 juillet 1191) ; victoire d'Arsouf sur Saladin (7 septembre 1191) ; mais Jérusalem n'est pas reprise. Un accord (traité de Jaffa, 2 septembre 1192) garantit cependant l'accès libre des pèlerins chrétiens à Jérusalem pendant trois ans, dans les rues comme au Saint-Sépulcre[28].

Quatrième croisade (1202-1204) : le grand dévoiement

Déclenchée par le pape Innocent III dès 1198. Devait viser l'Égypte ayyoubide par la Méditerranée. L'expédition se transforme en catastrophe morale (voir section dédiée plus bas).

Cinquième et sixième croisades (1217-1229)

La cinquième croisade (1217-1221) vise à nouveau l'Égypte : prise de Damiette (5 novembre 1219), mais désastre devant Le Caire à cause de la crue du Nil (août 1221). Notable : saint François d'Assise y rencontre le sultan al-Malik al-Kamil en septembre 1219, dans le camp musulman, pour tenter une approche pacifique de conversion[29].

La sixième croisade (1228-1229) est conduite par l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen — excommunié par Grégoire IX au moment même de son départ. Frédéric négocie diplomatiquement avec al-Malik al-Kamil et obtient, par le traité de Jaffa du 18 février 1229, la rétrocession pacifique de Jérusalem, Bethléem et Nazareth au royaume chrétien. C'est l'unique croisade non militaire et l'unique récupération diplomatique de Jérusalem.

Saint Louis et les septième et huitième croisades (1248-1270)

Le roi Louis IX de France, saint Louis, embarque le 25 août 1248 avec environ 15 000 hommes[30]. La septième croisade (1248-1254) prend Damiette (juin 1249), puis échoue devant Mansourah : le 8 février 1250, l'avant-garde croisée y est écrasée ; en retraite vers Damiette, Louis IX est capturé le 6 avril 1250 à Fariskur par les mamelouks ; libération le 6 mai 1250 contre une rançon de 500 000 livres tournois — soit un million de besants d'or — pour ses gens, et la restitution de Damiette pour sa personne, selon le récit de Joinville[31].

Saint Louis embarquant vers Tunis, représentation patrimoniale. Wikimedia Commons, domaine public.

La huitième croisade (1270) vise Tunis. Saint Louis y meurt de maladie le 25 août 1270, devant Tunis (la tradition médiévale parle de « peste » ; le diagnostic rétrospectif moderne privilégie la dysenterie)[32]. La tradition rapporte que ses dernières paroles furent pour Jérusalem[33].

La chute d'Acre (1291) et la fin des États latins

Le 18 mai 1291, après six semaines de siège, le sultan mamelouk Al-Ashraf Khalil prend Saint-Jean-d'Acre avec une armée immense, que les sources de l'époque chiffrent jusqu'à 220 000 hommes — effectif que les historiens modernes jugent très exagéré. La citadelle templière tient encore dix jours et tombe le 28 mai. Les dernières places chrétiennes (Tyr, Sidon, Beyrouth, Tortose, Château-Pèlerin) capitulent ou sont évacuées dans l'été[34].

Le siège de Saint-Jean-d'Acre en 1291, dernier grand bastion latin de Terre sainte. Image patrimoniale Wikimedia Commons, domaine public.

C'est la fin des États latins de Terre sainte. Aucune croisade majeure ne sera plus lancée vers la Palestine ; les ordres militaires (Templiers, Hospitaliers) se replient en Europe.

La prise de Jérusalem du 15 juillet 1099

Enluminure médiévale représentant la prise de Jérusalem en 1099. Image patrimoniale Wikimedia Commons, domaine public.

Cet épisode central concentre la plus grande charge apologétique négative contre les croisades. Il faut le regarder sans complaisance, et sans caricature.

Cinq semaines de siège

L'armée croisée arrive devant Jérusalem le 7 juin 1099. Selon les estimations des historiens militaires modernes (Kostick, France), la ville est défendue par une garnison fatimide d'environ 3 000 à 4 500 hommes, dont 400 cavaliers d'élite égyptiens, face à environ 12 000 à 15 000 croisés (11 000-12 000 fantassins, 1 200-1 300 chevaliers)[35].

Un premier assaut le 13 juin échoue. Le 17 juin, l'arrivée de navires génois et anglais à Jaffa fournit le bois nécessaire à la construction de tours de siège. Les croisés bâtissent deux tours mobiles en trois semaines. Le 8 juillet, un jeûne et une procession pieds nus autour des murailles précèdent l'assaut final. Le 15 juillet 1099, vers midi, selon les chroniqueurs latins, Letholdus de Tournai est le premier à monter sur les remparts, suivi de Godefroy de Bouillon[36].

Le récit des chroniqueurs latins

Trois chroniqueurs latins témoignent du massacre qui suit la prise.

Le Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum, source anonyme proche des événements (rédigée vers 1100-1101 par un croisé du contingent normand) :

« En tuant sur leur passage jusqu'au Temple de Salomon, où le carnage fut tel que les nôtres mirent les pieds dans leur sang jusqu'aux chevilles. » — Gesta Francorum, livre X, chap. 38, vers 1100 (traduction recollée sur l'édition Hill ; texte latin en note)[37]

Raymond d'Aguilers, chapelain du comte Raymond de Saint-Gilles, témoin oculaire :

« Si je dis la vérité, elle dépassera votre capacité de croire. Qu'il suffise de dire qu'au Temple et dans le portique de Salomon, on chevauchait dans le sang jusqu'aux genoux et jusqu'à la bride des chevaux. » — Raymond d'Aguilers, Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem, vers 1100[38]

Fulcher de Chartres mentionne « près de 10 000 morts » au Temple, dans une formule rhétorique typiquement médiévale (chiffres ronds, valeur symbolique).

Ces récits n'épargnent personne : ni les hommes ni les femmes ni les enfants musulmans. Une partie de la communauté juive de Jérusalem périt dans l'incendie de la synagogue principale (selon Ibn al-Qalanisi).

Les sources musulmanes et la lettre du Caire

Les sources musulmanes du XIIᵉ et XIIIᵉ siècle donnent des chiffres très élevés. Ibn al-Athir, écrivant vers 1230, parle de plus de 70 000 morts dans la mosquée al-Aqsa[39]. Ce chiffre est jugé fortement exagéré par les spécialistes modernes du siège — Conor Kostick[40] comme Benjamin Kedar[41] — : la population totale de Jérusalem à cette date est estimée à 20 000-30 000 habitants au maximum, en comptant les réfugiés afflués des campagnes.

Un document de grande importance, conservé dans la Geniza du Caire (dépôt de documents juifs trouvé à la synagogue Ben Ezra), donne un témoignage neuf. C'est une lettre écrite peu après le siège par un Juif présent à Ashkelon, qui décrit la rançon des prisonniers juifs et chrétiens et la prise de la ville. Kedar souligne que cette lettre de la Geniza est un témoignage quasi contemporain (lettre d'Ascalon, vers 1100) : elle confirme les violences, mais évoque aussi le rachat de captifs, et donne une image plus nuancée que les chroniqueurs musulmans postérieurs[42].

Que disent les historiens modernes ?

Les estimations actuelles convergent sur 3 000 à 10 000 morts, sur une population résiduelle évaluée à 15 000-30 000. Conor Kostick, dans The Siege of Jerusalem: Crusade and Conquest in 1099 (Continuum, 2009), montre que les chiffres médiévaux sont rhétoriques, conçus pour amplifier le sens religieux de la victoire ou pour mobiliser l'indignation musulmane, et ne doivent jamais être lus comme des recensements modernes[43].

Jonathan Riley-Smith insiste également sur un fait souvent oublié : les massacres de villes prises d'assaut étaient la norme du droit de la guerre médiéval, partagée par chrétiens, musulmans et byzantins. Au lendemain de Hattin (4 juillet 1187), Saladin lui-même fera exécuter les Templiers et les Hospitaliers faits prisonniers[44] ; les villes byzantines tombées aux musulmans avaient connu le même sort. Le massacre de Jérusalem n'est ni unique ni typiquement chrétien : il est typiquement médiéval.

Cela ne justifie pas moralement le crime. Le Catéchisme de l'Église catholique rappelle qu'« il faut respecter et traiter avec humanité les non-combattants, les soldats blessés et les prisonniers » (CEC §2313). Mais la défense honnête de l'Église ne consiste pas à nier le sang versé ; elle consiste à l'inscrire dans la logique d'une guerre médiévale où chrétiens, musulmans et juifs partageaient les mêmes pratiques cruelles.

Évaluation honnête

Une position catholique solide tient quatre points ensemble :

  1. Le massacre est documenté et avéré. L'apologétique catholique ne le nie pas.
  2. Les chiffres médiévaux sont rhétoriques. L'estimation moderne est de l'ordre de quelques milliers de morts, non de 70 000.
  3. Le sac d'une ville prise d'assaut était la norme médiévale. Cela n'innocente pas les croisés, mais ôte l'argument « les chrétiens, eux, étaient particulièrement barbares ».
  4. L'Évangile ne sanctifie pas le massacre. Jean-Paul II en 2000 a demandé pardon, au nom de l'Église, pour les fautes commises par ses fils dans cet ordre d'actes.

Le sac de Constantinople (avril 1204)

Eugène Delacroix, Entrée des croisés à Constantinople, 1840, musée du Louvre. Image patrimoniale Wikimedia Commons, domaine public.

Si la prise de Jérusalem est le moment dur du dossier, le sac de Constantinople en est le moment honteux. Ici, l'apologie catholique n'a aucun excuse à fournir : l'événement a été immédiatement condamné par la papauté, et l'Église a réitéré ce jugement à plusieurs reprises, jusqu'au pardon public de Jean-Paul II en 2001.

Un détournement vénitien et politique

Le pape Innocent III prêche la croisade dès son élection (1198), avec un objectif clair : reprendre Jérusalem par la voie égyptienne, en attaquant le Caire ayyoubide. Les croisés (12 000 hommes, principalement franco-flamands) se rassemblent à Venise en 1202. Mais le contingent est très inférieur aux 33 500 prévus dans le contrat avec Venise.

La République de Venise, sous le doge nonagénaire et aveugle Enrico Dandolo, exige le paiement intégral des navires construits. Faute de fonds, les croisés acceptent un marché honteux : ils attaqueront pour Venise la ville chrétienne de Zara (Zadar, en Dalmatie actuelle, à l'époque sous la couronne hongroise catholique).

Zara tombe le 24 novembre 1202. Le pape Innocent III apprend la nouvelle et excommunie immédiatement l'ensemble des croisés[45]. En février 1203, il lève l'excommunication des croisés non vénitiens (contingent franco-flamand), Venise restant sous le coup.

Puis intervient Alexis IV Ange, prince byzantin en exil, qui propose aux croisés une fortune et la soumission de l'Église grecque à Rome s'ils l'aident à reprendre le trône de Constantinople. Le contingent, déjà compromis à Zara, accepte. Premier siège de Constantinople en juillet 1203 : Alexis IV est intronisé. Mais il ne tient pas ses promesses ; déposé dans la nuit du 27 au 28 janvier 1204, il est étranglé en prison le 8 février 1204[46]. Les croisés décident alors d'assiéger Constantinople à leur propre compte.

Le 12 avril 1204, l'assaut combiné fait céder les défenses ; la ville tombe le 13 avril. Suit un sac de trois jours (13-15 avril) dont la barbarie marque encore l'Histoire universelle. Le chroniqueur byzantin Nicétas Choniatès, témoin oculaire, décrit le pillage des églises, le viol des religieuses dans les couvents, la prostitution déguisée en danse sur le maître-autel de Sainte-Sophie, et l'enlèvement des reliques (dont la Sainte Couronne et de nombreux fragments de la Vraie Croix, aujourd'hui dans des trésors latins)[47].

La condamnation immédiate d'Innocent III

Le pape Innocent III apprend la nouvelle quelques semaines plus tard. Il écrit alors une lettre brûlante à son légat Pierre, cardinal-prêtre de Saint-Marcel, en date du 12 juillet 1205 (ép. 136 dans la traduction Brundage reprise par Fordham ; registre VIII, n° 134 de l'édition critique — anc. livre VIII, ép. 133 ; Patrologia Latina vol. 215, col. 699-702) :

En substance, le pape reproche aux croisés d'avoir délaissé la Terre sainte pour attaquer des chrétiens : ni l'âge ni le sexe n'ont été épargnés, l'inceste, l'adultère et la fornication ont été commis au grand jour, les lieux saints ont été profanés, les croix et les reliques emportées, et l'argenterie des autels arrachée puis brisée en morceaux[48].

Et la phrase la plus dure, qui prophétise l'éloignement durable des orthodoxes :

« Comment l'Église des Grecs pourrait-elle revenir à l'unité ecclésiale, alors qu'elle n'a vu chez les Latins qu'un exemple de perdition et des œuvres de ténèbres, au point qu'elle déteste désormais les Latins plus que des chiens, et non sans raison ? » — Innocent III, même lettre au légat Pierre de Saint-Marcel, 12 juillet 1205[49]

La lecture honnête est claire : le pape de l'époque a condamné de la manière la plus solennelle possible le sac de Constantinople. Aucun catholique ne peut prétendre que l'Église a sanctifié cet acte.

Le pardon de Jean-Paul II en 2001

Huit siècles plus tard, le 4 mai 2001, le pape Jean-Paul II, en visite à Athènes, rencontre l'archevêque orthodoxe Christodoulos au siège du Saint-Synode de l'Église de Grèce. Le pape prend la parole publiquement et dit :

« Je pense au sac dramatique de la ville impériale de Constantinople, qui était depuis si longtemps le bastion de la Chrétienté en Orient. Il est tragique que les assaillants, qui étaient partis assurer le libre accès des chrétiens à la Terre Sainte, se soient retournés contre leurs frères dans la foi. Le fait que des chrétiens latins y participaient remplit les catholiques d'un profond regret. » — Jean-Paul II, discours à l'archevêque Christodoulos, Athènes, 4 mai 2001 (citation recollée au verbatim officiel français)[50]

Et la demande de pardon explicite :

« Pour toutes les occasions passées et présentes où les fils et les filles de l'Église catholique ont péché par action et par omission contre leurs frères et sœurs orthodoxes, puisse le Seigneur nous accorder le pardon que nous lui demandons ! » — Jean-Paul II, Athènes, 4 mai 2001 (citation recollée au verbatim officiel français)[51]

La doctrine catholique de la guerre juste

Schéma explicatif — les trois conditions cumulatives de la guerre juste selon saint Thomas d'Aquin. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Pour juger les croisades, il faut connaître la doctrine catholique de la guerre — qui n'est ni le pacifisme intégral ni la guerre sainte généralisée, mais la guerre juste strictement encadrée.

Saint Augustin et la guerre par amour

C'est saint Augustin (354-430) qui pose les fondations. Dans la Cité de Dieu, il distingue la violence privée (toujours interdite au chrétien dans la défense de soi-même, selon le principe évangélique) et la violence publique exercée par l'autorité légitime pour protéger l'innocent et punir l'injuste.

« Ceux qui font la guerre la font afin que la paix s'ensuive ; et tous ceux qui sont engagés dans des actions militaires, même quand ils mènent une guerre, recherchent la paix par leurs armes. » — Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XIX, chap. 12, vers 426[52]

Pour Augustin, la guerre peut être un acte d'amour du prochain quand elle est menée pour le défendre. C'est un point décisif : le chrétien qui défend un innocent par la force n'est pas en contradiction avec l'Évangile ; il accomplit la charité dans son ordre temporel.

Saint Thomas d'Aquin : les trois conditions

Huit siècles plus tard, saint Thomas d'Aquin (1225-1274) systématise dans la Somme théologique, IIa-IIae, question 40, article 1, les trois conditions cumulatives de la guerre juste :

« Pour qu'une guerre soit juste, trois conditions sont requises. La première est l'autorité du prince, par l'ordre duquel la guerre doit être faite. [...] La seconde est une cause juste, c'est-à-dire que ceux qu'on attaque méritent d'être attaqués pour quelque faute. [...] La troisième est l'intention droite de ceux qui combattent, en sorte qu'ils se proposent de promouvoir le bien ou d'éviter le mal. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 40, a. 1, vers 1271-1272[53]

Les trois conditions sont cumulatives : il faut les trois, et l'absence d'une seule rend la guerre injuste. Saint Thomas ajoute, dans le même article, une exigence interne : « il n'est pas permis [...] de chercher la vengeance, la cruauté, ou la cupidité ».

Bernard de Clairvaux et la « nouvelle chevalerie »

Entre Augustin et Thomas, saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), théologien, fondateur de l'abbaye de Clairvaux (1115) et réformateur cistercien — l'ordre lui-même naît à Cîteaux en 1098 —, écrit pour les Templiers un opuscule intitulé De laude novae militiae (« Éloge de la nouvelle chevalerie »), entre 1130 et 1136, à la demande de Hugues de Payns, premier maître du Temple[54].

Bernard distingue, dans une formule devenue célèbre, le malicide du homicide : tuer le mal (malicidium) n'est pas tuer un homme (homicidium), quand le combat est mené pour défendre les innocents et la maison de Dieu. Dit simplement : arrêter un agresseur qui allait tuer des innocents, ce n'est pas tuer un homme par méchanceté — c'est arrêter le mal. Le passage exact mérite d'être lu :

« Le chevalier du Christ donne la mort en sécurité, il la reçoit avec plus d'assurance encore. À lui-même il sert quand il meurt, au Christ quand il fait mourir. [...] Quand il tue un malfaiteur, il n'est pas un homicide, mais, si l'on peut dire, un malicide, et il est manifestement vengeur du Christ contre ceux qui font le mal, et défenseur des chrétiens. » — Saint Bernard de Clairvaux, De laude novae militiae, III, 4, vers 1130-1136[55]

La formule est forte ; elle a été critiquée. Mais Bernard y articule plusieurs garde-fous immédiats : prière, jeûne, pauvreté volontaire des Templiers, soumission stricte au droit canonique, interdiction d'attaquer pour le butin. Le chevalier dont il parle n'est pas le mercenaire qui pille ; c'est un moine en armes vivant sous la règle. Lue dans son contexte, la formule ne canonise pas la guerre comme telle ; elle qualifie la mort d'un agresseur injuste donnée par celui qui défend les innocents au péril de sa vie.

Application aux croisades

Avec ces critères, on peut juger pièce par pièce :

Critère thomistePremière croisadeQuatrième croisade
Autorité légitime (papauté + appel byzantin)✅ Urbain II + appels d'Alexis Ier⚠️ Innocent III prêche, mais les croisés agissent contre ses ordres
Cause juste (défense, rétablissement)✅ Réponse à la conquête seldjoukide et à Manzikert❌ Aucune injustice byzantine ne justifie le sac de Constantinople
Intention droite (pas de cupidité, pas de cruauté)⚠️ En principe oui, en pratique violée à Jérusalem❌ Cupidité ouverte (paiement à Venise, butin, partage de l'Empire)
Conduite des armées⚠️ Massacre de Jérusalem 1099, condamnable❌ Sac de 3 jours, viols, profanations, condamnés par le pape
JugementGuerre juste dans l'intention, dévoyée par moments dans les actesGuerre injuste dans son objet même, en plus des actes

Ce tableau montre pourquoi il est faux de juger « les croisades » comme un bloc. Chaque croisade doit être évaluée selon les critères, et les conclusions ne sont pas les mêmes.

La conversion forcée a toujours été condamnée

Une accusation fréquente fusionne deux dossiers distincts : les croisades et la conversion forcée. Or l'Église catholique a constamment condamné la conversion forcée, avant, pendant et après les croisades. Ce n'est pas une révision moderne du Concile Vatican II ; c'est la doctrine constante du Magistère.

Le droit catholique médiéval

Innocent IV (pape de 1243 à 1254), théologien et canoniste, écrit dans son commentaire sur les Décrétales :

« Le baptême ne doit pas être imposé aux infidèles, ni aux Juifs, ni aux Sarrasins. Car la foi requiert la volonté libre, et personne ne croit s'il ne le veut pas. » — Innocent IV, Apparatus in V libros Decretalium, sur la décrétale X 3.42.3, vers 1245[56]

Ce principe est constant. Grégoire Iᵉʳ le Grand (590-604) écrit aux évêques de Marseille pour défendre les Juifs de baptême forcé. Nicolas Ier (858-867) répond aux Bulgares fraîchement convertis : on ne peut pas baptiser de force ceux qui ne veulent pas. Sicut Iudaeis non, bulle de Calixte II (vers 1120) renouvelée par de nombreux papes successifs — dont Innocent III (1199) —, protège juridiquement les Juifs contre le baptême forcé.

Innocent IV, Pie XII et Vatican II

Dans son discours au Convegno Nazionale italien du 6 décembre 1953 (« Ci riesce »), le pape Pie XII rappelle, en substance, que l'acte de foi est par nature un acte libre, et que nul ne peut être contraint d'embrasser la foi catholique (paraphrase du propos ; voir note)[57].

Le Concile Vatican II, dans la déclaration Dignitatis humanae sur la liberté religieuse (7 décembre 1965), reprend et systématise cette doctrine constante :

« C'est un des points principaux de la doctrine catholique, contenu dans la Parole de Dieu et constamment enseigné par les Pères, que la réponse de foi donnée par l'homme à Dieu doit être libre ; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré lui. Par sa nature même, en effet, l'acte de foi a un caractère volontaire puisque l'homme, [...] ne peut adhérer au Dieu révélé, que si, attiré par le Père, il met raisonnablement et librement sa foi en Dieu. Il est donc pleinement conforme au caractère propre de la foi qu'en matière religieuse soit exclue toute espèce de contrainte de la part des hommes. » — Vatican II, Dignitatis humanae, n° 10, 7 décembre 1965[58]

Pourquoi confondre croisade et conversion par l'épée est faux

Les croisades ne visaient pas la conversion des musulmans. Aucun document magistériel, aucune bulle de croisade (Quantum praedecessores, Audita tremendi, Vineam Domini Sabaoth, etc.) ne mentionne la conversion des Sarrasins comme objectif. L'objectif officiel est triple : libération des Lieux saints, secours des chrétiens d'Orient, récupération des territoires anciennement chrétiens.

Cela ne signifie pas qu'aucun croisé n'ait jamais utilisé la violence contre des non-chrétiens. Les pogroms anti-juifs du Rhin (Mayence, Worms, Cologne, mai 1096) lors de la première croisade ont été commis par des bandes incontrôlées, explicitement condamnées par les évêques locaux (notamment Jean Ier, évêque de Spire, qui défendit les Juifs au péril de sa vie). Le pape Calixte II réitérera la protection des Juifs avec Sicut Iudaeis non en 1120.

Cette confusion (croisade = conversion forcée) nous paraît relever d'une lecture tardive, héritée de l'historiographie anti-cléricale du XIXᵉ siècle et largement reprise au XXᵉ siècle : aucun document primaire ne la fonde.

Distinguer les théâtres : Terre sainte, Albigeois, Baltes

Infographie de synthèse — quatre dossiers souvent confondus sous le mot « croisades ». Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Beaucoup d'objections fusionnent des dossiers qui n'ont pas la même nature. Il faut distinguer.

Le cas singulier de la croisade albigeoise (1209-1229)

Lancée par Innocent III après l'assassinat de son légat Pierre de Castelnau le 14 janvier 1208 par un écuyer du comte Raymond VI de Toulouse, la croisade albigeoise vise les Cathares du Languedoc, mouvement dualiste rejetant la matière, le mariage et plusieurs sacrements[59].

Expulsion des habitants de Carcassonne en 1209, épisode de la croisade albigeoise. Image patrimoniale Wikimedia Commons, domaine public.

Cette croisade pose des questions spécifiques :

  • Elle vise des hérétiques baptisés, pas des non-chrétiens.
  • Elle se mêle à un conflit politique entre la couronne de France et les seigneurs occitans (Trencavel, Toulouse).
  • Le massacre de Béziers (22 juillet 1209), où la phrase apocryphe « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » aurait été prononcée par le légat Arnaud Amaury — phrase rapportée par le seul Césaire de Heisterbach, écrite une dizaine d'années plus tard, que Jacques Berlioz (CNRS) tient pour une construction rhétorique cistercienne plutôt que pour un mot historique[60].
  • Elle conduit à la fondation de l'Inquisition pontificale par Grégoire IX en 1231, dossier qui possède son propre article Ignispedia dédié.

Le jugement catholique n'a pas à excuser les violences de la croisade albigeoise. Mais on doit reconnaître qu'elle pose des questions différentes de celles de Jérusalem 1099 ou Constantinople 1204.

Les croisades baltes et les Teutoniques

À partir des années 1200, des croisades baltes sont prêchées contre les peuples païens de Prusse, Livonie et Lituanie. Elles débouchent sur la création d'un État monastique-militaire teutonique (1226-1525) qui colonise progressivement les terres prussiennes et estoniennes. À Saule (22 septembre 1236), ce sont les Frères de l'Épée (ordre livonien) qui sont écrasés par les Lituaniens et les Sémigalliens ; leurs survivants seront absorbés par l'ordre teutonique en 1237. Les chevaliers teutoniques subiront eux-mêmes une défaite décisive à Grunwald (15 juillet 1410).

Ces croisades posent leur propre faisceau de problèmes : extension territoriale germanique (Drang nach Osten), christianisation contrainte, violence administrative durable. Elles ne sont pas le même dossier que les croisades de Terre sainte.

Ne pas confondre les dossiers

Quand un interlocuteur évoque « les croisades », le premier réflexe doit être de demander : lesquelles ? Première, quatrième, albigeoise, balte ? Le jugement honnête diffère selon les théâtres. Un article sérieux refuse de confondre des dossiers distincts.

Réponses aux objections

Le dossier des croisades suscite dix grandes objections récurrentes. Il faut les traiter dans leur version la plus forte (steelman), puis y répondre précisément.

Avant de lire ces dix réponses, voici l'essentiel en mots simples. Au Moyen Âge, des chrétiens sont partis très loin, jusqu'à Jérusalem, avec des armes : on appelle cela les croisades. Beaucoup de gens, aujourd'hui, disent que c'était une honte pour l'Église. D'autres disent que c'était juste. Qui a raison ? Pour répondre, il faut regarder les faits un par un : qui a attaqué en premier ? Les croisés voulaient-ils voler et tuer, ou protéger des chrétiens en danger ? L'Église a-t-elle promis le ciel à ceux qui tuent ? Les réponses qui suivent prennent chaque reproche au sérieux, même les plus durs. Elles montrent deux choses ensemble : oui, des croisés ont commis des crimes, et l'Église l'a reconnu ; mais non, les croisades n'étaient pas une agression gratuite — elles répondaient à quatre siècles de conquêtes et à un appel au secours venu d'Orient. Lisez la suite comme une enquête : chaque objection est entendue, puis examinée pièces en main.

Objection 1 — « Jésus a interdit toute violence »

Version forte. Le Christ dit « Tendez l'autre joue » (Mt 5, 39) et « Remets ton glaive au fourreau » (Mt 26, 52). L'évangile chrétien interdit toute violence et toute guerre. Les croisades sont donc une trahison radicale de l'Évangile.

Réponse. L'objection confond violence privée et violence publique. Le Christ interdit la vengeance personnelle, l'inimitié envers le prochain, l'usage de l'épée pour défendre son honneur ou sa cause (Pierre à Gethsémani). Il ne dit pas que l'autorité civile légitime ne peut jamais user de la force contre l'agresseur injuste.

Saint Paul confirme : « Les autorités sont au service de Dieu pour [...] punir celui qui fait le mal ; ce n'est pas pour rien qu'elles portent le glaive » (Rm 13, 4). Saint Jean-Baptiste, interrogé par des soldats, ne leur dit pas « quittez l'armée » mais « ne maltraitez personne, contentez-vous de votre solde » (Lc 3, 14).

Les Pères de l'Église ont tous tenu cette double exigence : pacifisme dans l'ordre personnel, justice publique dans l'ordre politique. C'est la doctrine de la guerre juste (Augustin, Thomas, Bellarmin, Vitoria, Suárez).

Critiquer un massacre concret (Jérusalem, Béziers, Constantinople) ne suffit donc pas à invalider la possibilité d'une guerre défensive. Inversement, la possibilité d'une guerre défensive n'innocente pas les actes injustes commis dans son déroulement.

Objection 2 — « Les croisades étaient une agression coloniale »

Version forte. Les croisés étaient des seigneurs européens cadets en quête de fortune, qui ont profité de la rhétorique religieuse pour conquérir, piller et coloniser un Moyen-Orient qui ne leur avait rien fait. Les États latins d'Orient étaient des principautés coloniales modelées sur le système féodal européen.

Réponse. Cette thèse, dominante chez les marxistes des années 1950-1970 (Maxime Rodinson, Claude Cahen), est aujourd'hui contestée par d'importants travaux universitaires : Riley-Smith et Madden la réfutent pièces en main[61][62], et Tyerman lui-même, qui conteste pourtant leur lecture purement défensive, rejette lui aussi les lectures marxistes d'une croisade coloniale[63]. Trois données lui sont opposées :

Infographie de synthèse — trois faits qui compliquent la lecture coloniale moderne des croisades. Illustration originale Ignispedia créée par IA.
  1. Étude des chartes de donations : Riley-Smith, en dépouillant des milliers de testaments et donations de croisés, a montré que la grande majorité d'entre eux perdaient de l'argent à partir. Voyage long (2-4 ans), équipement coûtant plusieurs années de revenus pour un chevalier, mortalité énorme, faible espoir réaliste de butin. La croisade était un investissement spirituel, pas un calcul économique[64].

  2. Population des États latins : les Francs restent toujours une petite minorité de la population du royaume de Jérusalem. Le reste est composé d'Arabes chrétiens (orthodoxes, jacobites, maronites, arméniens), de musulmans (sunnites, chiites, ismaïliens, druzes), et de Juifs. C'est un cadre minoritaire, pas une colonie de peuplement comme l'Algérie française.

  3. Le concept de colonisation moderne est anachronique. Les croisés ne créent pas un État-mère destiné à exporter ses ressortissants et ses richesses. Ils créent des principautés féodales défensives, souvent ruinées, qui demandent constamment des subsides à l'Europe pour survivre.

Objection 3 — « Les musulmans n'avaient rien fait »

Version forte. En 1095, les musulmans ne menaçaient pas concrètement l'Europe. L'expédition d'Urbain II est donc un acte gratuit, sans cause juste.

Réponse. L'objection ignore quatre siècles d'histoire.

D'abord, les musulmans avaient conquis les deux tiers du monde chrétien antique entre 632 et 750 : Syrie, Palestine, Égypte, Afrique du Nord, Hispanie, Sicile, Crète, Chypre, Sardaigne (partiellement). Cette conquête massive n'avait pas été défaite ; elle constituait l'arrière-plan de toute la géopolitique méditerranéenne.

Ensuite, la menace turque sur Byzance était bien réelle en 1095. Manzikert (1071), l'Anatolie occupée, Alexis Comnène implorant l'Occident : ce ne sont pas des fantasmes.

Enfin, les pèlerinages restaient instables. Le rapport de Pierre l'Ermite, qui avait tenté un pèlerinage à Jérusalem dans les années 1090 et en serait revenu battu, dépouillé, témoignant des persécutions exercées contre les chrétiens latins, peut être en partie légendaire mais reflète une réalité diffuse[65].

Le sociologue des religions Rodney Stark résume ainsi, en substance : présenter les croisades comme une agression de l'Occident contre un Orient musulman paisible et innocent serait faux, voire grotesque — ce serait inverser quatre siècles d'expansion militaire islamique[66].

Objection 4 — « L'indulgence promettait le ciel automatique pour les meurtres »

Version forte. Urbain II a promis le paradis à quiconque tuerait un musulman. C'est un chèque en blanc moral sans équivalent dans l'histoire des religions.

Réponse. C'est une caricature doctrinale. Voir la section « L'indulgence de croisade » ci-dessus.

Le canon 2 de Clermont dit : « Quiconque, par dévotion seulement et non pour gagner honneur ou argent, partira pour Jérusalem afin de libérer l'Église de Dieu, ce voyage lui sera compté pour toute pénitence. » Conditions explicites : dévotion intérieure, pas de cupidité, libération d'une Église. Aucune mention de « tuez des musulmans ». Aucune promesse d'absolution pour des crimes futurs.

L'indulgence couvre les peines temporelles des péchés déjà commis et confessés. Elle n'est pas une licence à pécher ; elle est une grâce pénitentielle.

Dans la pratique, beaucoup de croisés se confessent avant le départ, règlent leurs dettes, libèrent leurs serfs injustement retenus, font restitution. Ce sont les témoignages des chartes qui le montrent : l'indulgence fonctionne comme un levier de réforme morale au moment du départ, pas comme une licence à mal agir au combat.

Objection 5 — « Le massacre de Jérusalem prouve la barbarie chrétienne »

Version forte. Le 15 juillet 1099, les croisés ont tué dans le sang jusqu'aux chevilles. Cela prouve la barbarie spécifique du christianisme médiéval.

Réponse. Voir la section « La prise de Jérusalem du 15 juillet 1099 » ci-dessus.

Le massacre est avéré et condamnable. Mais quatre précisions s'imposent :

  1. Les chiffres médiévaux sont rhétoriques (plus de 70 000 victimes dans la seule mosquée al-Aqsa est démographiquement impossible).
  2. Le sac d'une ville prise d'assaut était la norme du droit de la guerre médiéval, partagée par chrétiens, musulmans et byzantins. Saladin lui-même massacrera des Templiers et Hospitaliers à Hattin (1187).
  3. Le Catéchisme catholique rappelle aujourd'hui qu'« il faut respecter et traiter avec humanité les non-combattants, les soldats blessés et les prisonniers » (CEC §2313). L'Église ne canonise pas la conduite des croisés à Jérusalem.
  4. Jean-Paul II en 2000 a publiquement demandé pardon pour les fautes commises par des fils de l'Église en ce genre d'actes.

Objection 6 — « Les croisades étaient une guerre pour la conversion »

Version forte. Les croisés voulaient convertir les musulmans à la pointe de l'épée. L'objection d'une « guerre défensive » est un alibi rétroactif.

Réponse. Voir la section « La conversion forcée » ci-dessus.

Aucun document magistériel ne mentionne la conversion des musulmans comme objectif de croisade. Les bulles successives (Quantum praedecessores d'Eugène III, Audita tremendi de Grégoire VIII, Quia maior d'Innocent III) parlent toujours de : libération des Lieux saints, secours des chrétiens d'Orient, défense des États latins. La conversion des musulmans est, dans la pensée médiévale catholique, l'œuvre des missionnaires (Dominicains, Franciscains à partir du XIIIᵉ siècle), pas des armées.

Saint François d'Assise devant le sultan al-Malik al-Kamil, fresque d'Assise attribuée à Giotto. Wikimedia Commons, domaine public.

L'épisode emblématique est saint François d'Assise rencontrant le sultan al-Malik al-Kamil à Damiette en septembre 1219, pendant la cinquième croisade. François ne va pas tuer un musulman ; il va lui parler, pour le convertir si possible, ou mourir martyr. Le sultan le laisse repartir indemne. C'est la vraie posture catholique envers la conversion : prêcher, pas tuer.

Objection 7 — « Les croisades ont entraîné des massacres de juifs en Europe »

Version forte. En 1096, des bandes croisées ont massacré les communautés juives du Rhin (Mayence, Worms, Cologne, Spire). C'est une preuve directe de l'antisémitisme intrinsèque des croisades.

Réponse. Les pogroms du Rhin de 1096, conduits notamment par le comte Émich de Leiningen et ses bandes irrégulières, sont réels et indéfendables. Plusieurs milliers de Juifs y trouvent la mort.

Mais trois précisions :

  1. L'Église locale les a condamnés. Le chroniqueur juif Solomon bar Simson (vers 1140) note lui-même que l'évêque Jean Ier de Spire protégea les Juifs au péril de sa vie, et que l'archevêque Ruthard de Mayence offrit l'asile dans son palais — qui fut hélas pris d'assaut[67].

  2. Ces bandes irrégulières n'étaient pas l'expédition croisée officielle. Le contingent papal (Raymond de Saint-Gilles, Godefroy de Bouillon, Bohémond, Tancrède) n'a pas commis de pogroms en chemin. Les bandes responsables étaient des « croisades populaires » dévoyées, sans encadrement clérical, dispersées avant même d'arriver en Anatolie.

  3. L'Église a constamment protégé les Juifs. La bulle Sicut Iudaeis non, promulguée par Calixte II vers 1120, sera renouvelée par plusieurs papes du Moyen Âge — dont, au XIIIᵉ siècle, Innocent III (1199) et Innocent IV —, qui interdisent le baptême forcé des Juifs et les placent sous protection pontificale[68].

La position catholique n'est donc pas la complicité avec les pogroms du Rhin ; c'est leur condamnation, en parole et en acte, par les évêques locaux et par la papauté.

Objection 8 — « Les croisés étaient des pillards illettrés »

Version forte. Les croisés étaient des barbares incultes, mus par la cupidité, qui ont rapporté en Europe les fruits volés de la civilisation arabo-musulmane et byzantine.

Réponse. Cette image populaire est démentie par l'historiographie. Trois éléments :

  1. Les contingents croisés comprenaient des lettrés. Foucher de Chartres, Raymond d'Aguilers, Albert d'Aix, Guillaume de Tyr écrivent un latin de bonne qualité, citent les classiques, théologisent. Les chroniques des croisades comptent parmi les meilleures sources narratives du Moyen Âge central.

  2. Les transferts culturels sont complexes. Sylvain Gouguenheim, dans Aristote au Mont-Saint-Michel (Seuil, 2008) — thèse discutée —, a rappelé que les grandes traductions du grec en latin (Aristote, Ptolémée, Euclide) ne sont pas seulement passées par l'arabe, mais aussi directement du grec byzantin via les monastères du Sud de l'Italie et l'abbaye normande du Mont-Saint-Michel. Le récit unilatéral « sans l'islam, l'Europe ne connaîtrait pas Aristote » est faux ou très réducteur[69].

  3. Le christianisme médiéval a produit, en parallèle des croisades, des chefs-d'œuvre intellectuels : Anselme de Cantorbéry (Proslogion, 1078), Bernard de Clairvaux, Hugues de Saint-Victor, Pierre Abélard, Thomas d'Aquin, Bonaventure, Albert le Grand. Les universités de Paris (1170), Bologne (1088), Oxford (1167), Salamanque (1218) naissent dans le même Moyen Âge.

Scène d'enseignement universitaire médiéval. Les croisades appartiennent au même Moyen Âge que la scolastique, les universités et l'art gothique. Wikimedia Commons, domaine public.

Le même siècle qui voit la première croisade voit la naissance de la scolastique, de l'art gothique (Saint-Denis, 1144) et des grandes synthèses théologiques.

Objection 9 — « Le pape s'est excusé, donc l'Église reconnaît son crime »

Version forte. Jean-Paul II a demandé pardon pour les croisades. C'est donc l'aveu officiel que l'Église reconnaît avoir commis un crime.

Réponse. L'objection confond deux notions très différentes : la purification de la mémoire et l'aveu d'un crime structurel de l'Église.

La Commission théologique internationale, dans le document Mémoire et réconciliation : l'Église et les fautes du passé (Vatican, 7 mars 2000), précisé par le cardinal Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI), explique, en substance, que l'Église est sainte dans son mystère, mais que cette sainteté n'exclut pas que des fils et des filles de l'Église aient commis, au cours de l'histoire, des fautes parfois graves contre l'Évangile ; et que c'est pour ces fautes — et non pour une souillure essentielle de l'Église elle-même — que la demande de pardon est formulée[70].

Jean-Paul II, dans son homélie du 12 mars 2000 (Journée du Pardon de l'Année Sainte), précisait :

« Comme Successeur de Pierre, j'ai demandé qu'en cette année de miséricorde, l'Église, forte de la sainteté qu'elle reçoit de son Seigneur, s'agenouille devant Dieu et implore le pardon des péchés passés et présents de ses fils. » — Jean-Paul II, homélie de la Journée du Pardon, 12 mars 2000, n° 3 — le pape y reprend les termes de sa bulle Incarnationis mysterium, n. 11[71]

L'Église ne reconnaît pas un « crime de l'Église en tant que telle ». Elle reconnaît, avec une honnêteté qu'aucune autre institution mondiale ne pratique systématiquement, que ses fils ont commis des fautes dans certains épisodes historiques. C'est, théologiquement, le contraire d'un aveu de culpabilité institutionnelle : c'est la distinction entre la sainteté objective de l'Église (qui vient du Christ et des sacrements) et la fragilité de ses membres.

Objection 10 — « Les croisades restent indéfendables aujourd'hui »

Version forte. Quelles que soient les distinctions historiques, le mot « croisade » doit aujourd'hui être absolument évité. Toute défense, même nuancée, est suspecte.

Réponse. L'objection est plus rhétorique que doctrinale. Trois remarques :

  1. L'usage moderne du mot « croisade » (« croisade contre la pauvreté », « croisade contre le crime ») est universellement positif. Personne n'y entend une référence aux violences médiévales. Le mot a une vie sémantique propre.

  2. La rigueur intellectuelle exige les distinctions. Refuser de défendre les croisades « parce qu'on ne défend pas les croisades » est un argument circulaire. La question est : que dit l'histoire honnête, sources en main ? La réponse est nuancée : oui aux critères de la guerre juste pour la première croisade ; non au sac de Constantinople ; oui aux massacres documentés ; oui à la condamnation pontificale de 1204 ; oui à la demande de pardon de 2001.

  3. Refuser le débat revient à laisser les caricatures dominer. Quand un interlocuteur, musulman ou athée, invoque les croisades, l'argument « nous nous sommes excusés, mais nous ne discutons pas » ne convainc personne. Il faut présenter les faits, dans leur épaisseur, et laisser le lecteur juger.

Croisades et purification de la mémoire (2000-2001)

Saint Jean-Paul II pendant la Journée du Pardon du Jubilé de l'an 2000, cadre doctrinal de la purification de la mémoire. Image patrimoniale Wikimedia Commons.

L'attitude actuelle de l'Église catholique à l'égard des croisades a été solennellement formulée en deux temps, lors du Jubilé de l'An 2000 et du voyage apostolique en Grèce de mai 2001.

Le Jubilé de l'an 2000

Saint Jean-Paul II, dans la bulle d'indiction Incarnationis mysterium (29 novembre 1998), avait demandé que l'Année Sainte soit un temps de « purification de la mémoire ». La Commission théologique internationale, présidée par le cardinal Joseph Ratzinger, prépare un document doctrinal majeur : Mémoire et réconciliation : l'Église et les fautes du passé, publié le 7 mars 2000.

Ce document pose la base théologique de toute demande de pardon ecclésiale. Il distingue avec soin :

  • la sainteté objective de l'Église comme Corps mystique du Christ, qui ne peut pas pécher en tant que telle ;
  • les péchés des membres de l'Église, qui peuvent être graves, scandaleux et historiquement documentés ;
  • le devoir éthique pour la communauté ecclésiale, conduite par le Pape, de reconnaître publiquement ces péchés des membres pour servir la vérité, la réconciliation et la conversion.

En substance : ce que des fils de l'Église font contre l'Évangile n'engage pas la sainteté propre de l'Église ; mais l'Église ne peut s'en désintéresser ni feindre de l'ignorer[72].

L'homélie de la Journée du pardon

Le 12 mars 2000, premier dimanche de Carême, à la basilique Saint-Pierre, Jean-Paul II célèbre la Journée du Pardon. Sept cardinaux et évêques montent à tour de rôle pour confesser publiquement sept catégories de péchés commis par des fils de l'Église : (1) péchés en général, (2) péchés commis dans le service de la vérité, (3) péchés contre l'unité du Corps du Christ, (4) péchés contre Israël, (5) péchés contre l'amour, la paix et le respect des cultures et des religions, (6) péchés contre la dignité de la femme et l'unité du genre humain, (7) péchés dans le domaine des droits fondamentaux de la personne.

Les croisades, sans être nommées séparément, sont visées explicitement par la deuxième (méthodes d'intolérance et de violence dans le service de la vérité) et la cinquième confession. Le cardinal Francis Arinze, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, demande pardon, en substance, pour les comportements de ceux qui, au cours de l'histoire, ont causé des souffrances à d'autres, par mépris de leur identité culturelle et religieuse[73].

Athènes, 4 mai 2001 : la demande de pardon aux orthodoxes

Le 4 mai 2001, lors de sa visite apostolique en Grèce, Jean-Paul II rencontre l'archevêque orthodoxe d'Athènes Christodoulos au siège du Saint-Synode. Devant les caméras, il prononce des paroles devenues historiques, déjà citées plus haut :

« Je pense au sac dramatique de la ville impériale de Constantinople [...]. Il est tragique que les assaillants, qui étaient partis assurer le libre accès des chrétiens à la Terre Sainte, se soient retournés contre leurs frères dans la foi. Le fait que des chrétiens latins y participaient remplit les catholiques d'un profond regret. » — Jean-Paul II, Athènes, 4 mai 2001 (citation recollée au verbatim officiel français)[74]

Le même jour, Jean-Paul II et Christodoulos signent une déclaration commune à l'Aréopage, moment marquant du dialogue entre catholiques et orthodoxes[75].

Synthèse en quatre points

Pour conclure, une lecture catholique honnête tient quatre points ensemble :

PointPosition catholique
L'appel de 1095Compréhensible et défendable au regard des critères de la guerre juste : autorité papale, demande byzantine réelle, défense des chrétiens d'Orient
La conduite à Jérusalem 1099Massacre documenté, condamnable moralement même selon les normes médiévales chrétiennes ; ne canonise rien
Le sac de Constantinople 1204Crime grave et clair, condamné immédiatement par Innocent III, réitéré par Jean-Paul II en 2001 ; aucun catholique n'a à le défendre
La mémoire moderneSouvent caricaturale ; à corriger par les sources primaires ; sans oublier les souffrances réelles des chrétiens orientaux, des musulmans victimes, et des juifs persécutés par certaines bandes
Synthèse visuelle — quatre niveaux de jugement historique et moral sur les croisades. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Les croisades obligent le lecteur catholique à un exercice d'adulte : refuser à la fois le récit innocent (« tout était saint ») et le récit accusateur (« tout était criminel »), en regardant les sources, les contextes, les distinctions doctrinales, et la repentance publique de l'Église elle-même.

Elles obligent aussi à ne pas être dupes des récits qui les utilisent : ni le récit colonial occidental du XIXᵉ siècle, qui en faisait un titre de fierté impériale ; ni le récit anti-occidental contemporain, qui en fait l'archétype de toute violence religieuse. Les croisades ne sont pas l'Évangile. Mais elles ne sont pas non plus le contraire de l'Évangile : ce sont des événements humains complexes, à la croisée d'une demande orientale d'aide, d'une réforme ecclésiale, d'une spiritualité pénitentielle médiévale, d'une chevalerie en quête de sens, et de toutes les fragilités humaines.

Régine Pernoud, dans Pour en finir avec le Moyen Âge (Seuil, 1977), mettait en garde, en substance, contre les condamnations globales d'une époque entière : chaque fait doit être examiné pour lui-même, pièces en main[76].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Jonathan Riley-Smith, The Crusades: A History, Bloomsbury Academic, 3ᵉ éd., 2014. Riley-Smith (1938-2016), titulaire de la chaire Dixie d'histoire ecclésiastique à Cambridge, a renouvelé l'ensemble du champ des crusade studies à partir de 1986. Sur la thèse défensive, voir son article « Crusading as an act of love », History, vol. 65, juin 1980, p. 177-192. Formulation française ci-dessus : résumé paraphrastique, non citation verbatim.

    1 3
  2. Fulcher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 3, § 5, rédigée vers 1101, édition critique : Heinrich Hagenmeyer (éd.), Fulcheri Carnotensis Historia Hierosolymitana (1095-1127), Heidelberg, 1913, p. 135 ; voir aussi Edward Peters (éd.), The First Crusade: The Chronicle of Fulcher of Chartres and Other Source Materials, University of Pennsylvania Press, 2ᵉ éd., 1998. Texte latin : « Cunctis autem illuc euntibus, si aut gradiendo aut transfretando, sive contra paganos dimicando, vitam morte praepeditam finierint, remissio peccatorum praesens aderit. » Traduction anglaise concordante (d'après Bongars, Gesta Dei per Francos) : « All who die by the way, whether by land or by sea, or in battle against the pagans, shall have immediate remission of sins » (Thatcher-McNeal, reprise par Fordham). Formulation française ci-dessus : traduction de ce texte de Fulcher — reconstitution rhétorique, non verbatim du discours prononcé par Urbain II le 27 novembre 1095, dont aucun verbatim ne nous est parvenu (voir section Clermont).

    2 14
  3. Thomas F. Madden, « The Real History of the Crusades », Crisis Magazine, 2002 (repris en ligne en 2011) ; et The New Concise History of the Crusades, Rowman & Littlefield, 2005. Madden (né en 1960), professeur d'histoire à l'université Saint Louis, défend la lecture défensive des croisades face au récit populaire.

    4 62
  4. Christopher Tyerman, God's War: A New History of the Crusades, Belknap Press of Harvard University Press, 2006, p. 56. Tyerman (né en 1953), professeur d'histoire médiévale à Hertford College, Oxford. Formulations françaises ci-dessus : résumés paraphrastiques de sa thèse (centralité de la pénitence, motifs politiques et territoriaux, rejet des lectures marxistes), non citations verbatim.

    5 22 63
  5. Pour la synthèse des conquêtes musulmanes du VIIᵉ siècle, voir Hugh Kennedy, The Great Arab Conquests: How the Spread of Islam Changed the World We Live In, Da Capo Press, 2007 ; Walter Kaegi, Byzantium and the Early Islamic Conquests, Cambridge University Press, 1992. La bataille du Yarmouk est conventionnellement datée d'août 636 ; la datation au jour près (combat livré sur plusieurs jours, avec une journée décisive finale) reste débattue entre historiens. Autres dates (fourchettes débattues entre historiens) : Damas vers 635, Antioche 637, Jérusalem 637-638, Égypte 639-642, Carthage 698, Hispanie 711, arrêt à Poitiers en octobre 732 — 25 octobre d'après les chroniqueurs arabes (premier samedi du ramadan 114 H), 10 ou 11 octobre selon une partie de l'historiographie occidentale.

    6
  6. Rodney Stark, God's Battalions: The Case for the Crusades, HarperOne, 2009. Stark (1934-2022), sociologue des religions, n'était pas catholique mais a renouvelé le débat avec ce livre grand public solidement documenté. Formulations françaises ci-dessus : résumés paraphrastiques de sa thèse défensive (les croisades comme réponse tardive à la conquête des deux tiers du monde chrétien antique), non citations verbatim.

    7 66
  7. Yahya ibn Sa'id d'Antioche, Histoire, éd. et trad. I. Kratchkovsky et A. Vasiliev, Patrologia Orientalis, t. XVIII et XXIII, Paris, 1924-1932. Yahya, médecin chrétien melkite, est la source primaire sur la destruction du Saint-Sépulcre par al-Hakim en 1009. Voir aussi Marius Canard, « La destruction de l'église de la Résurrection par le calife Hakim », Byzantion, 35, 1965, p. 16-43.

    8
  8. Speros Vryonis Jr., The Decline of Medieval Hellenism in Asia Minor and the Process of Islamization from the Eleventh through the Fifteenth Century, University of California Press, 1971, p. 96-104. Date précise : 26 août 1071, à environ 40 km au nord du lac de Van. L'empereur Romain IV Diogène est relâché après quelques jours de captivité, puis renversé à Constantinople, aveuglé et exilé.

    9
  9. Anne Comnène, Alexiade, livre X, ch. 5-11, éd. et trad. Bernard Leib, Anne Comnène, Alexiade, 3 vol., Les Belles Lettres, Paris, 1937-1945, t. II, p. 207-235. Anne Comnène (1083-1153), fille aînée d'Alexis Ier, écrivit son histoire vers 1148, après s'être retirée au monastère de Kécharitôménè à Constantinople. Le livre X ne fait état d'aucune lettre impériale à l'évêque de Rome : l'empereur y fait face à l'avance turque en Bithynie pendant que la prédication de Pierre l'Ermite soulève l'Occident.

    10
  10. Bernold de Saint-Blaise, Chronicon, s.a. 1095, dans Monumenta Germaniae Historica, Scriptores, t. V : les envoyés de l'empereur Alexis portent sa demande de secours contre les Turcs au concile de Plaisance (mars 1095), devant Urbain II. Voir Peter Frankopan, The First Crusade: The Call from the East, Bodley Head, Londres, 2012, sur l'appel byzantin comme déclencheur de la croisade.

    11
  11. Jonathan Riley-Smith, The First Crusade and the Idea of Crusading, University of Pennsylvania Press, 1986, p. 22-30 et 142-152. L'étude est fondée sur le dépouillement de plus de 600 chartes de donations et testaments de croisés conservés dans les archives ecclésiastiques européennes.

    12 23 61 64
  12. Sur la présence à Clermont : Fulcher de Chartres — généralement admise (Encyclopaedia Britannica, article « Fulcher of Chartres » : « attended the Council of Clermont »), mais discutée par une partie de l'historiographie ; Baudri de Dol — tenu pour témoin oculaire très probable par son éditrice moderne (Susan B. Edgington, trad., Baldric of Bourgueil: History of the Jerusalemites, Boydell, 2020 ; présentation Cambridge : « almost certainly an eyewitness ») ; Robert le Moine revendique lui-même sa présence ; Guibert de Nogent reconnaît ne pas y avoir assisté.

    13
  13. Robert le Moine, Historia Hierosolymitana, livre I, vers 1107-1120, dans Recueil des Historiens des Croisades, Historiens Occidentaux, t. III, Paris, 1866, p. 717-882. Pour une traduction française, voir Carol Sweetenham, Robert the Monk's History of the First Crusade, Ashgate, 2005.

    15
  14. Robert le Moine, Historia Hierosolymitana, I, 2, op. cit. Texte original : « Cumque haec et plurima alia hujusmodi sanctissimus papa fudisset, omnium qui aderant affectus in unum ita conciliavit, ut acclamarent : 'Deus vult ! Deus vult !' »

    16
  15. Baudri de Dol, Historia Jerosolimitana, vers 1107, livre I, dans Recueil des Historiens des Croisades, Historiens Occidentaux, t. IV, Paris, 1879, p. 5-111.

    17
  16. Guibert de Nogent, Dei gesta per Francos, vers 1109, éd. R. B. C. Huygens, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 127A, Brepols, 1996.

    18
  17. Jean Flori, La guerre sainte. La formation de l'idée de croisade dans l'Occident chrétien, Aubier, coll. « Historique », 2001, en particulier la 3ᵉ partie sur la naissance de la croisade. Flori (1936-2018), directeur de recherche au CNRS, est l'une des grandes références françaises sur la pensée chevaleresque et la guerre sainte.

    19
  18. Canon 2 du concile de Clermont, 1095, dans Giovanni Domenico Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, vol. XX, col. 815-816, Venise, 1775. Voir aussi Norman Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, Georgetown University Press, 1990, vol. 1, p. 188.

    20 21
  19. Jonathan Riley-Smith, « Crusading as an act of love », History, vol. 65, juin 1980, p. 177-192. Formulation française ci-dessus : résumé paraphrastique, non citation verbatim.

    24
  20. Sur le comptage en huit croisades, voir Steven Runciman, A History of the Crusades, Cambridge University Press, 1951-1954, 3 vol. ; Jonathan Riley-Smith, The Crusades: A History, Bloomsbury Academic, 3ᵉ éd., 2014. La campagne du prince Édouard en Terre sainte (1271-1272) est numérotée « neuvième croisade » par une partie de l'historiographie anglo-saxonne ; elle n'est pas retenue ici comme campagne distincte.

    25
  21. Otton de Freising, Gesta Friderici I imperatoris, livre I, ch. 35, dans Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum, t. 46, p. 53-54. Voir aussi Jean Leclercq, Saint Bernard et l'esprit cistercien, Seuil, 1966, ch. 7 sur la prédication de la deuxième croisade.

    26
  22. Saint Bernard de Clairvaux, De consideratione ad Eugenium papam, livre II, ch. 1, vers 1149-1153, dans Sancti Bernardi Opera, éd. Jean Leclercq et Henri Rochais, Editiones Cistercienses, Rome, vol. III, 1963, p. 410-411.

    27
  23. Roger de Hoveden, Chronica, éd. William Stubbs, Rolls Series, 4 vol., Londres, 1868-1871, t. III, p. 184-187 pour le traité de Jaffa du 2 septembre 1192. Voir aussi Jonathan Phillips, The Crusades, 1095-1204, Routledge, 2ᵉ éd., 2014, ch. 8.

    28
  24. Bonaventure, Legenda Maior, ch. 9, dans Opera Omnia, éd. de Quaracchi, vol. VIII, p. 530-531. Pour une analyse historique critique, voir John Tolan, Le saint chez le sultan. La rencontre de François d'Assise et de l'islam, Seuil, 2007. La rencontre eut lieu en septembre 1219 à Damiette.

    29
  25. Effectif de la septième croisade : environ 15 000 hommes, dont 2 400 à 2 800 chevaliers et 5 000 arbalétriers, selon Jonathan Riley-Smith, The Crusades: A History, Bloomsbury Academic, 3ᵉ éd., 2014, p. 193.

    30
  26. Jean de Joinville, Vie de saint Louis, vers 1309, éd. Jacques Monfrin, Garnier, 1995, § 320-410, sur la captivité du roi. Écrasement de l'avant-garde croisée à Mansourah le 8 février 1250, capture du roi le 6 avril 1250 à Fariskur, libération le 6 mai 1250. La rançon demandée est d'un million de besants d'or, valant cinq cent mille livres tournois — soit environ deux ans de revenus royaux français ; le roi répond : « Je vous donnerai les cinq cent mille livres pour mes gens, et Damiette pour ma personne. »

    31
  27. Geoffroy de Beaulieu, Vita Ludovici noni regis Francorum, vers 1273, éd. dans Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XX, Paris, 1840, p. 21-23. Geoffroy était le confesseur dominicain de Louis IX, présent à sa mort le 25 août 1270 devant Tunis. La cause exacte du décès reste débattue : la tradition médiévale parle de « peste » (pestilence), tandis que le diagnostic rétrospectif moderne privilégie la dysenterie, sans agent infectieux identifié — voir Froment et al., « The mandible of Saint-Louis (1270 AD): Retrospective diagnosis and circumstances of death », Morphologie, 2019.

    32 33
  28. David Nicolle, Acre 1291: Bloody Sunset of the Crusader States, Osprey Publishing, 2005. Voir aussi Steven Runciman, A History of the Crusades, vol. III, Cambridge University Press, 1954, ch. XXIV. La citadelle templière, dernier réduit, tombe le 28 mai 1291 après l'effondrement de la tour principale.

    34
  29. Conor Kostick, The Siege of Jerusalem: Crusade and Conquest in 1099, Continuum, 2009, p. 119-152. Pour le déroulement militaire, voir aussi John France, Victory in the East: A Military History of the First Crusade, Cambridge University Press, 1994, p. 333-366.

    35 36
  30. Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum, livre X, ch. 38, éd. Rosalind Hill, The Deeds of the Franks and the Other Pilgrims to Jerusalem, Oxford Medieval Texts, Clarendon Press, 1962, p. 90-91. Texte original : « Ibique talis occisio fuit, ut nostri in sanguine illorum pedes usque ad cavillas mitterent. » (« Là, le carnage fut tel que les nôtres mirent les pieds dans leur sang jusqu'aux chevilles » — cavillae = chevilles).

    37
  31. Raymond d'Aguilers, Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem, éd. John Hugh Hill et Laurita L. Hill, Le « Liber » de Raymond d'Aguilers, Documents relatifs à l'histoire des croisades de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. IX, Paris, Geuthner, 1969, p. 150-151. Texte original : « Sed tantum sufficiat, quod in templo et porticu Salomonis equitabatur in sanguine ad genua, et usque ad frenos equorum. » (« Qu'il suffise de dire qu'au Temple et dans le portique de Salomon, on chevauchait dans le sang jusqu'aux genoux et jusqu'à la bride des chevaux »).

    38
  32. Ibn al-Athir, al-Kâmil fî al-târîkh (« La Somme parfaite des chroniques »), an 492 H. (1099), dans D. S. Richards (éd. et trad.), The Chronicle of Ibn al-Athir for the Crusading Period from al-Kamil fi'l-Ta'rikh, Part 1: The Years 491–541/1097–1146, Ashgate, 2006, p. 21-22. Ibn al-Athir (1160-1233) écrit plus d'un siècle après l'événement.

    39
  33. Conor Kostick, The Siege of Jerusalem, op. cit., p. 178-198. Estimations actuelles convergentes : entre 3 000 et 10 000 morts, sur une population résiduelle de 15 000-30 000.

    40 43
  34. Benjamin Z. Kedar, « The Jerusalem Massacre of July 1099 in the Western Historiography of the Crusades », Crusades, vol. 3, Society for the Study of the Crusades and the Latin East, 2004, p. 15-75. Kedar (né en 1938), professeur émérite à l'Université hébraïque de Jérusalem, est l'un des plus grands spécialistes mondiaux des croisades.

    41 42
  35. Exécution des frères des ordres militaires captifs après Hattin (4 juillet 1187) : le secrétaire de Saladin Imad ad-Din al-Isfahani, témoin oculaire, rapporte l'ordre de mettre à mort les captifs des ordres plutôt que de les garder prisonniers ; le récit latin du De expugnatione Terrae Sanctae précise que Saladin offrit 50 dinars par prisonnier des ordres livré, et qu'environ deux cents furent exécutés. Voir Francesco Gabrielli (éd. et trad.), Arab Historians of the Crusades, Routledge & Kegan Paul, 1969 (éd. américaine : University of California Press, 1969), chapitre « The Battle of Hittin (July 1187) », passage « Saladin's treatment of the Templars and Hospitallers ».

    44
  36. Innocent III, lettres de janvier-février 1203 condamnant la prise de Zara et excommuniant les croisés, dans Patrologia Latina vol. 215, col. 535-538. Voir aussi Donald E. Queller et Thomas F. Madden, The Fourth Crusade: The Conquest of Constantinople, University of Pennsylvania Press, 2ᵉ éd., 1997, p. 73-94.

    45
  37. Nicétas Choniatès, Historia, éd. Jan-Louis van Dieten, Nicetae Choniatae Historia, Corpus Fontium Historiae Byzantinae 11, De Gruyter, Berlin, 1975, livre III sur Isaac II et Alexis V, p. 569-585. Traduction française : Nicétas Choniatès, Récits du règne de Manuel Comnène et histoire des successeurs, trad. Jean Darrouzès, Albin Michel, 1985.

    46 47
  38. Innocent III, lettre au légat Pierre, cardinal-prêtre de Saint-Marcel, 12 juillet 1205, Patrologia Latina, vol. 215, col. 699-702 : ép. 136 dans la traduction de James Brundage (The Crusades: A Documentary History, Marquette University Press, 1962, reprise par Fordham) ; registre VIII, n° 134 de l'édition critique (anc. livre VIII, ép. 133) traduite dans Alfred J. Andrea (éd.), Contemporary Sources for the Fourth Crusade, Brill, 2000. La datation 1205 (et non 1204) est établie par le contenu même : la lettre évoque des événements du printemps 1205 (mort du roi Aimery de Jérusalem, désastre d'Andrinople du 14 avril 1205, dispense des croisés restés à Constantinople). Formulation française ci-dessus : résumé paraphrastique du contenu attesté de la lettre (reproche d'avoir délaissé la Terre sainte, absence d'égards pour l'âge et le sexe, actes commis au grand jour, profanation des lieux saints, pillage des reliques et de l'argenterie des autels), non citation verbatim.

    48
  39. Innocent III, lettre au légat Pierre, cardinal-prêtre de Saint-Marcel, 12 juillet 1205 (même référence que la note précédente : PL 215, col. 699-702 ; ép. 136 Brundage/Fordham ; registre VIII, n° 134 de l'édition critique). Texte original : « Quomodo enim Graecorum Ecclesia, quantumcumque afflictionibus et persecutionibus afficiatur, ad unitatem ecclesiasticam et devotionem Sedis Apostolicae revertetur, quae in Latinis non nisi perditionis exemplum et opera tenebrarum aspexit, ut iam merito illos abhorreat plus quam canes ? » La phrase n'est donc pas adressée à Boniface de Montferrat : Innocent répondra séparément à Boniface à la fin de l'été 1205, en revenant sur le même thème sans reprendre cette formule (Andrea, Contemporary Sources, introduction à la lettre). Traduction française ci-dessus : traduction fidèle du texte latin.

    49
  40. Saint Jean-Paul II, discours à l'archevêque Christodoulos d'Athènes, palais du Saint-Synode, vendredi 4 mai 2001 ; texte intégral sur Vatican.va (content/john-paul-ii/fr/speeches/2001/may/documents/hf_jp-ii_spe_20010504_archbishop-athens.html, vérifié le 4 octobre 2026). Citations ci-dessus recollées au verbatim officiel français.

    50 51 74
  41. Saint Augustin, De civitate Dei contra paganos, livre XIX, ch. 12, vers 426, éd. Bernhard Dombart et Alfons Kalb, Corpus Christianorum Series Latina 47-48, Brepols, 1955. Traduction française dans la Bibliothèque augustinienne, Œuvres de saint Augustin, vol. 37, Desclée de Brouwer, 1960.

    52
  42. Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, secunda secundae, q. 40, a. 1, vers 1271-1272, éd. Léonine, Sancti Thomae Aquinatis opera omnia, Rome, 1888-1903, vol. 8, p. 311-313. Texte original : « Ad hoc quod aliquod bellum sit iustum, tria requiruntur. Primo quidem, auctoritas principis, cuius mandato bellum est gerendum. [...] Secundo, requiritur causa iusta : ut scilicet illi qui impugnantur propter aliquam culpam impugnationem mereantur. [...] Tertio, requiritur ut sit intentio bellantium recta, qua scilicet intenditur vel ut bonum promoveatur vel ut malum vitetur. »

    53
  43. Saint Bernard de Clairvaux, Liber ad milites Templi de laude novae militiae, vers 1130-1136, dans Sancti Bernardi Opera, éd. Jean Leclercq et Henri Rochais, Editiones Cistercienses, Rome, vol. III, 1963, p. 213-239. Édition française dans Sources Chrétiennes n° 367, Le Cerf, 1990, par Pierre-Yves Émery.

    54
  44. Saint Bernard de Clairvaux, De laude novae militiae, ch. III, n° 4, dans Sancti Bernardi Opera, éd. Jean Leclercq et Henri Rochais, Editiones Cistercienses, Rome, vol. III, 1963, p. 217. Texte original latin : « Christi miles securus interimit, interit securior. Sibi praestat cum interit, Christo cum interimit. [...] Sane cum occidit malefactorem, non homicida, sed, ut ita dixerim, malicida, et plane Christi vindex in his qui male agunt, et defensor christianorum reputatur. » Traduction française dans Sources Chrétiennes n° 367, p. 56-57.

    55
  45. Innocent IV, Commentaria super libros quinque Decretalium, sur la décrétale X 3.42.3 (De baptismo et eius effectu), vers 1245, éd. Francfort, 1570. Cité dans Brian Tierney, The Idea of Natural Rights, Eerdmans, 1997, p. 116-117. Voir aussi James Muldoon, Popes, Lawyers, and Infidels: The Church and the Non-Christian World, 1250-1550, University of Pennsylvania Press, 1979, p. 5-27.

    56
  46. Pie XII, discours « Ci riesce » aux participants du Congrès national de l'Union des juristes catholiques italiens, 6 décembre 1953, Acta Apostolicae Sedis, vol. 45, 1953, p. 794-802. Formulation ci-dessus : paraphrase du propos du discours sur la liberté de l'acte de foi.

    57
  47. Concile Vatican II, déclaration Dignitatis humanae sur la liberté religieuse, 7 décembre 1965, n° 10, Acta Apostolicae Sedis, vol. 58, 1966, p. 936. La déclaration a été adoptée par 2 308 voix placet contre 70 non placet. Citation ci-dessus recollée au verbatim officiel français (vatican.va, archive conciliaire, vérifié le 4 octobre 2026).

    58
  48. Pour la croisade albigeoise, voir Jacques Berlioz, « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » : la croisade contre les Albigeois vue par Césaire de Heisterbach, Loubatières, 1994 ; et Mark Pegg, The Most Holy War: The Albigensian Crusade and the Battle for Christendom, Oxford University Press, 2008.

    59
  49. La phrase « Caedite eos. Novit enim Dominus qui sunt eius » (« Tuez-les tous, le Seigneur reconnaîtra les siens ») n'est rapportée que par Césaire de Heisterbach, Dialogus miraculorum, V, 21, vers 1219-1223, soit dix ans après les faits. Jacques Berlioz (CNRS) considère qu'il s'agit probablement d'une construction rhétorique cistercienne destinée à édifier les novices, pas d'un mot historique d'Arnaud Amaury.

    60
  50. Jean Flori, Pierre l'Ermite et la première croisade, Fayard, 1999, p. 90-120. Flori démontre que le récit traditionnel d'un Pierre l'Ermite ambassadeur réel d'Alexis Comnène repose sur des sources tardives ; mais la figure de l'ermite prédicateur ayant tenté un pèlerinage à Jérusalem dans les années 1090 est solidement attestée.

    65
  51. Solomon bar Simson, Chronique de la première croisade, vers 1140, éd. et trad. dans Robert Chazan, European Jewry and the First Crusade, University of California Press, 1987, p. 243-297 (les p. 225-242 donnent l'Anonyme de Mayence). Voir aussi Eva Haverkamp, Hebräische Berichte über die Judenverfolgungen während des Ersten Kreuzzugs, Monumenta Germaniae Historica, Hannover, 2005.

    67
  52. Solomon Grayzel, The Church and the Jews in the Thirteenth Century, vol. I, Hermon Press (1ʳᵉ éd. 1933, rééd. 1966), donne le texte critique de la Constitutio pro Iudaeis (dite Sicut Iudaeis non) de Calixte II (vers 1120) et étudie ses renouvellements par les papes successifs — dont Innocent III (1199) et Innocent IV — au long du XIIIᵉ siècle. Le chiffre précis de dix-sept renouvellements et la liste complète jusqu'en 1447 n'ont pas pu être recollés à Grayzel dans ce tour : ils sont donc retirés du corps de l'article.

    68
  53. Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont-Saint-Michel : les racines grecques de l'Europe chrétienne, Seuil, 2008, p. 110-180. L'ouvrage a déclenché une vive polémique en 2008 ; ses thèses centrales sur la transmission directe gréco-latine (sans relais arabe obligatoire) restent défendues par une partie de la médiévistique, contestées par l'autre. Voir le dossier critique de Médiévales n° 56, automne 2009.

    69
  54. Commission théologique internationale, Mémoire et réconciliation : l'Église et les fautes du passé, 7 mars 2000 (thème proposé par le président de la Commission, le cardinal Joseph Ratzinger). Texte officiel français sur vatican.va (roman_curia/congregations/cfaith/cti_documents/rc_con_cfaith_doc_20000307_memory-reconc-itc_fr.html, vérifié le 4 octobre 2026) : « L'Église, bien que sainte par son incorporation au Christ, ne se lasse pas de faire pénitence : elle reconnaît toujours comme siens, devant Dieu et devant les hommes, ses fils pécheurs » (reprenant Jean-Paul II, Tertio millennio adveniente, n. 33). Formulations françaises du corps de l'article : paraphrases de ce sens doctrinal attesté, non citations verbatim.

    70 72
  55. Saint Jean-Paul II, homélie de la Journée du Pardon, dimanche 12 mars 2000, premier dimanche de Carême, basilique Saint-Pierre, n° 3 ; texte intégral sur Vatican.va (content/john-paul-ii/fr/homilies/2000/documents/hf_jp-ii_hom_20000312_pardon.html, vérifié le 4 octobre 2026).

    71
  56. Cardinal Francis Arinze, confessio peccatorum n° 5 (« péchés contre l'amour, la paix et le respect des cultures et des religions »), prononcée durant la liturgie pénitentielle du 12 mars 2000, texte officiel publié par le Secrétariat d'État du Saint-Siège, Acta Apostolicae Sedis, vol. 92, 2000, p. 425-430. Formulation française ci-dessus : paraphrase du sens attesté (cf. l'homélie de Jean-Paul II du même jour : « attitudes de méfiance et d'hostilité adoptées parfois à l'égard des fidèles des autres religions ») ; le verbatim officiel, non accessible en ligne dans ce tour, reste à recouper à l'AAS avant toute citation entre guillemets.

    73
  57. Déclaration commune de Jean-Paul II et de Christodoulos, archevêque d'Athènes et de toute la Grèce, signée à l'Aréopage le 4 mai 2001 ; texte sur le site du Dicastère pour la promotion de l'unité des chrétiens (christianunity.va, section dialogues / Église orthodoxe de Grèce / déclarations communes).

    75
  58. Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, Seuil, 1977, rééd. Points-Histoire, 2014, p. 14. Pernoud (1909-1998), archiviste-paléographe, conservatrice des Archives nationales et fondatrice du Centre Jeanne-d'Arc d'Orléans, a consacré sa vie à corriger les caricatures du Moyen Âge.

    76