Grégoire VIII (Gregorius VIII), né Alberto di Morra à Bénévent vers 1100-1105 et mort à Pise le 17 décembre 1187, ne gouverne l'Église que cinquante-sept jours, du 21 octobre au 17 décembre 1187 — l'un des plus courts pontificats de l'histoire. La numérotation usuelle en fait le 173ᵉ pape de l'Église catholique[4], successeur de Urbain III et prédécesseur de Clément III.[5][6]
Vétéran de la curie, chancelier de l'Église romaine et l'un des juristes les plus respectés de son temps, Alberto di Morra est élu à Ferrare le 21 octobre 1187, le lendemain même de la mort d'Urbain III.[7][8] Il prend le nom de Grégoire, celui des grands papes réformateurs, et son très bref règne tient tout entier dans une urgence unique : répondre au désastre d'Orient. Trois mois plus tôt, l'armée latine avait été anéantie à Hattin (4 juillet 1187) et la Vraie Croix capturée, et Jérusalem était tombée aux mains de Saladin le 2 octobre 1187 — sans que cette nouvelle ait peut-être encore atteint Ferrare : la bulle, mise en chantier dès septembre selon Thomas W. Smith, répond d'abord à Hattin.[9][10][11]
Huit jours après son élection, le 29 octobre 1187, Grégoire VIII promulgue la bulle Audita tremendi — préparée dès septembre, selon la reconstitution de Smith, en réponse au désastre de Hattin —, l'appel à la troisième croisade — texte que l'historien Jonathan Phillips qualifie de plus puissant et plus émouvant appel de croisade.[12][13] Pour préparer cette croisade, il met aussitôt sa diplomatie au service de la paix : réconciliation avec l'empereur Frédéric Barberousse, dont son prédécesseur était l'ennemi déclaré, et tentative de pacifier les rivales maritimes Pise et Gênes.[14][15]
Réformateur austère, rattaché par la tradition aux chanoines réguliers de Prémontré (religieux vivant en communauté selon la règle de saint Augustin, dans l'ordre fondé par saint Norbert) — la tradition en fait le seul pape prémontré de l'histoire —, Grégoire VIII voulait aussi rendre au clergé et à la curie la simplicité évangélique.[16][17][18] Mais il n'eut pas le temps : parti vers Pise pour y rallier la flotte croisée, il y meurt d'une fièvre le 17 décembre 1187, sans avoir vu partir l'expédition qu'il avait appelée. Richard — encore comte de Poitou — avait déjà pris la Croix en 1187 ; c'est sous son successeur Clément III, élu le 19 décembre 1187, que Henri II et Philippe Auguste la prendront à Gisors le 21 janvier 1188, suivis par Frédéric Barberousse à la diète de Mayence la même année.[19]
Pourquoi Grégoire VIII compte-t-il ?
Le pape de cinquante-sept jours qui lança la troisième croisade
On retient souvent Grégoire VIII pour la seule brièveté de son règne. C'est une erreur de perspective : en moins de deux mois, il a posé l'acte qui réoriente toute la politique de la chrétienté pour la décennie suivante. Sa bulle Audita tremendi, publiée huit jours après son élection, ne se contente pas d'annoncer une expédition ; elle fonde théologiquement la troisième croisade et fixe pour longtemps le vocabulaire spirituel de l'appel aux armes pour la Terre sainte.[20][21] L'historien Jonathan Phillips la tient pour « la plus puissante et la plus émouvante de toutes les bulles de croisade », et Thomas W. Smith relève qu'elle « a longtemps été considérée comme le sommet des lettres pontificales du XIIᵉ siècle ».[22][23]
« La bulle Audita tremendi n'est pas seulement le plus passionné des appels à la croisade jamais lancés par un pape jusque-là, mais aussi l'exposé le plus complet, jusqu'à cette date, des récompenses et privilèges spirituels et temporels accordés aux croisés. » — Jessalynn Bird, Edward Peters et James M. Powell, présentation d'Audita tremendi[24]
Un réformateur austère sur le trône de Pierre
Avant d'être pape, Alberto di Morra avait passé sa vie à servir l'Église comme chanoine régulier — rattaché par la tradition à Prémontré —, juriste et chancelier. Peu avant son élection, il avait fondé un monastère à Bénévent et lui avait donné une règle qui révélait l'homme : un réformateur attaché à l'austérité et à la simplicité évangélique.[25][26][27] Devenu pape, il voulut étendre cette exigence à toute l'Église : imposer au clergé des règles de conduite sévères et alléger la curie en limitant les recours en appel à Rome (les causes portées en dernier ressort devant le pape) pour rendre aux évêques leurs prérogatives.[28] Son pontificat est trop bref pour qu'on puisse parler d'une réforme accomplie, mais ses intentions le rattachent clairement à la grande tradition de la réforme grégorienne, dont il portait désormais le nom.
Le diplomate qui réconcilia l'Église et l'Empire
Là où son prédécesseur Urbain III s'était dressé frontalement contre Frédéric Barberousse — il avait résolu d'excommunier l'empereur et mourut à Ferrare avant d'y donner suite —, Grégoire VIII renverse aussitôt la posture.[29] Comprenant qu'aucune croisade n'est possible si l'Occident chrétien se déchire, il recherche la conciliation rapide avec l'Empereur et s'emploie à éteindre les guerres entre cités italiennes, notamment entre Pise et Gênes, dont les flottes étaient indispensables au passage outre-mer.[30][31] Cette inflexion diplomatique portera ses fruits : Frédéric Barberousse prendra la Croix dès 1188 et partira en personne pour l'Orient.[32]
Les sources principales
La documentation sur ce pontificat de cinquante-sept jours est, par nature, limitée, mais convergente. Les notices de référence — Catholic Encyclopedia et New Catholic Encyclopedia — s'accordent sur l'essentiel des dates et des actes.[33][34] L'Encyclopædia Britannica n'est pas retenue ici pour les faits de 1187 : sa page actuelle intitulée « Gregory (VIII) » concerne l'antipape Maurice Bourdin (1118-1121), homonyme du pape de 1187.[35] La carrière cardinalice d'Alberto di Morra est documentée par les listes du Sacré Collège (l'assemblée des cardinaux) et les notices de Catholic-Hierarchy.[36] L'acte capital du règne, la bulle Audita tremendi, est conservé dans sa lettre et traduit dans les recueils savants de documents de croisade, notamment Crusade and Christendom (Bird, Peters et Powell).[37] Les régestes de Philipp Jaffé — l'inventaire analytique, acte par acte, des lettres pontificales — permettent enfin de dater les rares lettres et privilèges expédiés en ces deux mois.[38]
Alberto di Morra, de Bénévent à la chaire de Pierre
Une naissance bénéventine au tournant du XIIe siècle
Alberto di Morra naît à Bénévent, enclave pontificale de Campanie, vers 1100-1105 (certaines notices disent vers 1110) : le Dizionario Biografico le fait naître « dans la première décennie du XIIᵉ siècle », la Catholic Encyclopedia dit « vers le début du XIIᵉ siècle », Miranda donne « 1105/1110 » et la New Catholic Encyclopedia « vers 1110 ».[39][40][41][42] Il appartient à une famille de la noblesse locale ; le Dizionario Biografico comme la notice de Miranda lui donnent pour père Sartorius di Morra, membre d'une importante famille de la cité.[43][44] De cette patrie bénéventine, terre d'Église par excellence puisque relevant directement du Saint-Siège, Alberto gardera toute sa vie un attachement : c'est là, et non à Rome, qu'il fondera son monastère de réforme, et c'est de là que viendra son zèle pour la discipline ecclésiastique.[45][46]
Le chanoine régulier de Prémontré
Jeune, Alberto embrasse la vie religieuse. Les chroniqueurs médiévaux hésitent : certains le disent cistercien, d'autres bénédictin du Mont-Cassin.[47] La tradition la plus solide en fait surtout un chanoine régulier de Prémontré, rattaché à l'abbaye Saint-Martin de Laon, en France.[48][49] Ce détail n'est pas anecdotique : selon cette tradition, Grégoire VIII est ainsi resté dans l'histoire comme le seul pape issu de l'ordre de Prémontré, fondé par saint Norbert au siècle précédent.[50][51] L'esprit prémontré — vie commune, pauvreté, prédication, liturgie soignée — imprègne le programme de réforme qu'il tentera d'imposer une fois pape.
Le juriste de Bologne et le maître du cursus
Avant d'entrer dans la haute administration romaine, Alberto enseigne le droit canonique, peut-être à Bologne, capitale juridique de la chrétienté.[52][53] Surtout, il devient l'un des grands maîtres de l'art de la chancellerie (l'administration qui rédige et expédie les actes du pape). On lui attribue la codification du cursus, ces règles rythmiques qui régissaient les finales de phrase des actes pontificaux, et la rédaction d'une Forma dictandi, manuel de rédaction des actes pontificaux.[54][55] Le style qu'il fixe devient si caractéristique qu'on l'appellera longtemps le stylus gregorianus — le « style grégorien » de la curie.[56] Ce savoir-faire administratif explique l'autorité naturelle dont il jouira comme chancelier, puis comme pape.
Cardinal, légat, chancelier (1155-1187)
Cardinal-diacre puis cardinal-prêtre
La carrière d'Alberto di Morra se déploie sous quatre papes. Il est créé cardinal-diacre de Sant'Adriano — le premier degré du collège des cardinaux — par Adrien IV en 1155-1156, puis promu cardinal-prêtre de San Lorenzo in Lucina — titulaire de cette église de Rome — le 14 mars 1158.[57][58] Pendant le long schisme qui oppose Alexandre III aux antipapes — ces rivaux non reconnus qui prétendaient au trône pontifical — soutenus par Frédéric Barberousse (1159-1177), Alberto demeure un fidèle d'Alexandre III, qui en fait l'un de ses légats les plus employés à travers l'Europe.[59][60]
Le légat de l'affaire Becket et la rencontre d'Avranches (1172)
La mission diplomatique qui marque le plus sa carrière le conduit en Angleterre, après l'assassinat de l'archevêque Thomas Becket dans sa cathédrale de Cantorbéry (29 décembre 1170).[61][62] Alexandre III envoie deux légats — dont Alberto di Morra — enquêter sur le meurtre et régler le différend entre la curie et le roi Henri II d'Angleterre.[63][64] L'affaire se dénoue à Avranches, le 21 mai 1172 : reçu par les légats à Caen puis à Avranches, le roi est absous de l'interdit personnel qui le frappait depuis le meurtre, et un accord est conclu entre la Couronne et la papauté — le roi jure notamment de prendre lui-même la Croix, d'autoriser les appels (les recours en justice portés devant Rome) de l'Église anglaise et d'abolir les coutumes contraires aux libertés ecclésiastiques.[65][66]
Alexandre III lui confie aussi des légations au Portugal — où l'on rattache son nom à la reconnaissance pontificale du roi Alphonse Ier — et en Dalmatie, ainsi qu'en Italie entre 1177 et 1179.[67][68] Partout, c'est le même profil : un homme de droit, de négociation et de paix.
Chancelier de l'Église romaine
En février 1178, Alberto di Morra est nommé chancelier de l'Église romaine — la plus haute charge administrative de la curie, à la tête de toute la production des actes pontificaux.[69][70] La Catholic Encyclopedia (1909) donne pour cette nomination l'année 1172 (« Alexander III, in 1172, made him his chancellor ») ; la date retenue ici, le 22 février 1178, est celle du Dizionario Biografico (2002) et de Miranda.[71][72][73] Il occupe cette fonction décisive pendant près de dix ans, sous Alexandre III, Lucius III et Urbain III. Quand ce dernier meurt à Ferrare le 20 octobre 1187, c'est donc le chancelier, rouage central et mémoire vivante de la curie, que les cardinaux choisissent comme pape — un choix de continuité administrative et d'apaisement après les fractures du pontificat précédent.[74][75]
L'élection de Ferrare (21 octobre 1187)
La mort d'Urbain III et le choix d'un homme de paix
Urbain III, en conflit ouvert avec Frédéric Barberousse, meurt à Ferrare le 20 octobre 1187[76], accablé, disent les chroniqueurs, par la nouvelle du désastre de Hattin.[77][78] Dès le lendemain, 21 octobre 1187, les cardinaux réunis à Ferrare élisent le chancelier Alberto di Morra.[79][80] Le choix est éloquent : à un pape de la rupture succède un pape de la conciliation, vieux serviteur de la paix, capable de tendre la main à l'Empire au moment où la chrétienté a besoin d'unité. La Catholic Encyclopedia fixe la durée du règne avec précision : « élu à Ferrare le 21 octobre 1187, mort à Pise le 17 décembre 1187, après un pontificat d'un mois et vingt-sept jours ».[81]
Le nom de Grégoire : un programme
En choisissant le nom de Grégoire, Alberto di Morra prend celui des grands papes de la réforme et de la fermeté : Grégoire le Grand, Grégoire VII, artisan de la lutte pour la liberté de l'Église. Selon le Dizionario Biografico, par ce choix le nouveau pape « se déclara manifestement le successeur direct du grand Grégoire VII ».[82] En cinquante-sept jours, il n'aura le temps de poursuivre que la mobilisation de la chrétienté pour la Terre sainte ; mais ce nom de règne inscrit son bref pontificat dans l'horizon de la réforme de l'Église.
Audita tremendi : l'appel à la troisième croisade
Hattin, la Vraie Croix et la chute de Jérusalem
Pour comprendre l'urgence du règne, il faut mesurer l'ampleur de la catastrophe. Le 4 juillet 1187, à Hattin, près du lac de Tibériade, Saladin anéantit l'armée du royaume latin de Jérusalem.[83][84] Les ordres militaires sont décimés : Templiers et Hospitaliers prisonniers sont exécutés, et surtout la relique de la Vraie Croix, portée au combat, est capturée — choc spirituel immense pour la chrétienté.[85][86] Privé d'armée, le royaume s'effondre ville après ville ; Jérusalem capitule le 2 octobre 1187.[87] Quand Grégoire VIII est élu, la nouvelle du désastre de Hattin a frappé l'Europe ; celle de la chute de Jérusalem (2 octobre) n'est peut-être pas encore parvenue à Ferrare.[88][89]
La bulle du 29 octobre 1187
Le 29 octobre 1187, huit jours seulement après son élection, Grégoire VIII fait lire à la cour pontificale de Ferrare l'encyclique Audita tremendi, qui tire son nom de ses premiers mots.[90][91] Les passages cités ci-dessous sont donnés en traduction française Ignispedia, établie d'après le texte latin et la traduction anglaise de Bird, Peters et Powell (texte original en note). La bulle s'ouvre sur l'évocation bouleversée du désastre :
« Ayant appris avec quelle sévérité et quel jugement terrible la main divine a frappé la terre de Jérusalem, nous-mêmes et nos frères avons été bouleversés d'un tel trouble que nous savions à peine que faire ni que décider. » — Audita tremendi, Grégoire VIII, 29 octobre 1187[92]
Le pape y enjoint à tous les fidèles prières et jeûnes, fixe le cadre spirituel de l'expédition et énumère, plus complètement qu'aucun document antérieur, les récompenses et privilèges des croisés.[93][94] La bulle sera réémise avec des modifications les 30 octobre et 3 novembre 1187, puis dans une quatrième version par son successeur Clément III le 2 janvier 1188.[95]
Une lecture pénitentielle du désastre
Le génie spirituel de la bulle est de ne pas désigner d'abord l'ennemi extérieur, mais le péché de la chrétienté elle-même. Grégoire VIII interprète la perte de Jérusalem comme un jugement de Dieu appelant la conversion, et invite les chrétiens à regarder d'abord leurs propres fautes :
« Nous devons considérer et redouter non seulement les péchés des habitants de cette terre, mais aussi les nôtres. » — Audita tremendi, Grégoire VIII, 29 octobre 1187[96]
L'appel aux armes est donc d'abord un appel à la pénitence : c'est en se convertissant que la chrétienté pourra espérer reconquérir le tombeau du Christ.
« Que, expiant nos péchés, nous nous convertissions au Seigneur par la pénitence et les œuvres de piété, et que nous travaillions d'abord à corriger en nous-mêmes ce que nous avons commis de mal. » — Audita tremendi, Grégoire VIII, 29 octobre 1187[97]
À ceux qui prendront la route, le cœur contrit, la bulle promet la récompense la plus haute :
« À ceux qui entreprendront le labeur de ce voyage d'un cœur contrit et humilié [...] nous promettons la pleine rémission de leurs fautes et la vie éternelle. » — Audita tremendi, Grégoire VIII, 29 octobre 1187[98]
À cette indulgence plénière s'ajoutent des privilèges temporels précis : protection des biens et des familles des croisés, immunité contre les poursuites judiciaires pendant l'absence, suspension des intérêts sur leurs dettes, et trêve générale entre chrétiens.[99] C'est ce dosage de profondeur spirituelle et de garanties concrètes qui fait la force durable du texte.
L'écho dans la chrétienté
L'appel de Grégoire VIII trouve un retentissement immédiat : Richard — encore comte de Poitou — prend la Croix dès 1187, suivi l'année suivante par Henri II et Philippe Auguste à Gisors (21 janvier 1188), puis par l'empereur Frédéric Barberousse à la diète de Mayence (1188).[100][101] La troisième croisade (1189-1192) est née de la bulle de ce pape de cinquante-sept jours, qui n'en verra pourtant pas le départ.
Le programme de réforme d'un pontificat éclair
La paix avant la croisade : l'Empire, Pise et Gênes
Grégoire VIII a compris une vérité simple : une chrétienté divisée ne peut pas croiser. Sa diplomatie est donc tout entière ordonnée à la paix intérieure de l'Occident.[102] Il renoue avec Frédéric Barberousse, abandonnant la ligne de rupture d'Urbain III, et travaille à réconcilier les puissances maritimes italiennes — Pise et Gênes — dont les galères seraient indispensables pour transporter les armées vers la Terre sainte.[103][104] C'est précisément pour avancer cette réconciliation qu'il se rend à Pise à l'automne 1187, dernier voyage de sa vie.[105][106]
La réforme de la curie et du clergé
Réformateur dans l'âme, Grégoire VIII profite même de ces quelques semaines pour rappeler le clergé à sa vocation : selon le Dizionario Biografico, il « s'efforça en plusieurs occasions d'imposer des règles de conduite sévères au clergé et aux laïcs » et tint un concile dès le 29 novembre 1187.[107] Dans l'administration, il voulut alléger la curie en limitant les recours en appel au pape — ces causes que les plaideurs portaient en dernier ressort devant Rome — afin que les évêques ne soient pas dessaisis de leurs prérogatives.[108] Ces mesures, prises au seuil d'une croisade, disent la cohérence de l'homme : la conversion de l'Occident, qu'il appelle dans Audita tremendi, commence par la réforme de ceux qui le servent.
La mort à Pise (17 décembre 1187)
Parti vers Pise pour y sceller la paix entre la cité et sa rivale Gênes et y organiser le passage de la croisade, Grégoire VIII y est emporté par une fièvre le 17 décembre 1187, à peine deux mois après son élection.[109][110] Il est inhumé dans la cathédrale de Pise (Santa Maria Assunta).[111][112] Son tombeau et ses restes disparaîtront dans l'incendie qui ravage la cathédrale en 1595.[113][114]
Le jugement de l'histoire et de l'Église
Un pontificat bref mais lumineux
Cinquante-sept jours en durée écoulée, du 21 octobre au 17 décembre — un mois et 27 jours si l'on compte les deux bornes, comme le fait la Catholic Encyclopedia (d'où l'écart avec le « un mois et vingt-six jours » de Wikipédia) : statistiquement, l'un des règnes les plus courts de toute la liste pontificale. Et pourtant, peu de pontificats de quelques semaines ont laissé une trace aussi nette. La tradition résume volontiers son règne par une formule : « bref mais glorieux ».[115] La raison en est claire : Audita tremendi est un de ces textes qui survivent à leur auteur et façonnent durablement la pensée de l'Église — ici, toute la théologie de la croisade comme acte de pénitence.[116]
Ce que ce pontificat enseigne
L'histoire de Grégoire VIII illustre une leçon spirituelle que l'Église n'a cessé de méditer : devant le malheur, la première réponse n'est pas de chercher le coupable au-dehors, mais de revenir à Dieu par la pénitence. En lisant la chute de Jérusalem comme un appel à la conversion plutôt que comme une simple défaite militaire, ce pape donne à la chrétienté un examen de conscience avant de lui donner une armée. Que cet homme de droit, de paix et de réforme ait été choisi au plus noir de la crise, et qu'il ait su, en huit jours, donner à la chrétienté un mot d'ordre spirituel durable, dit quelque chose de la fécondité que Dieu peut tirer même d'un règne de quelques semaines.
Chronologie
- vers 1100-1105Naissance à Bénéventfamille di Morra
Alberto di Morra naît à Bénévent, enclave pontificale de Campanie.[117]
- jeunesseChanoine régulier de Prémontréabbaye Saint-Martin de Laon
Jeunesse religieuse aux contours incertains selon les notices (cistercien ou bénédictin du Mont-Cassin), puis chanoine régulier de Prémontré selon l'hypothèse reçue — tenu pour le seul futur pape de cet ordre.[118][119][120]
- 1155-1156Créé cardinal-diacreSant'Adriano, par Adrien IV
- 14 mars 1158Cardinal-prêtre de San Lorenzo in Lucinapromotion
Il reçoit l'un des titres prestigieux de Rome.[122]
- 21 mai 1172Rencontre d'Avranchesabsolution d'Henri II
Légat d'Alexandre III, il participe à l'absolution du roi d'Angleterre après le meurtre de Thomas Becket.[123]
- février 1178Chancelier de l'Église romainela plus haute charge de la curie
Alberto di Morra dirige la chancellerie pontificale pendant près de dix ans.[124]
- 20 octobre 1187Mort d'Urbain III à Ferrareaprès le désastre de Hattin
- 21 octobre 1187Élection à Ferrarele chancelier devient Grégoire VIII
Les cardinaux choisissent l'homme de la conciliation ; il prend le nom de Grégoire.[127]
- 25 octobre 1187Consécration173ᵉ pape (numérotation usuelle)
- 29 octobre 1187Bulle Audita tremendiappel à la troisième croisade
- automne 1187Vers Piseréconcilier Pise et Gênes
Il met sa diplomatie au service de la paix pour préparer le passage outre-mer.[131]
- 17 décembre 1187Mort à Pised'une fièvre, après 57 jours
Il meurt sans voir partir la croisade qu'il avait appelée ; Clément III lui succède.[132]
Pour aller plus loin
- Pape Urbain III (1185-1187) — le prédécesseur direct, mort à Ferrare la veille de l'élection de Grégoire VIII, dont la rupture avec l'Empire fut renversée par son successeur.
- Pape Alexandre III (1159-1181) — le pape du schisme et de la paix de Venise, qui employa Alberto di Morra comme légat et chancelier.
- Les croisades — la chute de Jérusalem en 1187 et la troisième croisade appelée par Audita tremendi.
- La première croisade — la conquête de Jérusalem en 1099, perdue de nouveau l'année du pontificat de Grégoire VIII.
- La réforme grégorienne — la liberté de l'Église et la réforme du clergé, dont le nom de règne de Grégoire VIII se réclame.
Notes et sources
Notes et références
Numérotation historiographique usuelle : le site du Saint-Siège présente « Gregory VIII — 173rd Pope of the Catholic Church », https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/gregorio-viii.html (rang d'usage : l'Annuario Pontificio ne numérote pas les papes, ce rang n'est donc pas un titre officiel).
1 4 129Statut prémontré — hypothèse reçue, non fait établi : la Catholic Encyclopedia (1909) ignore Prémontré et rapporte que les chroniqueurs le disent « cistercien ou bénédictin du Mont-Cassin » (« some say a Cistercian, some a Benedictine of Monte Cassino », https://www.newadvent.org/cathen/06795a.htm) ; Salvador Miranda écrit qu'Alberto « maintained frequent contact with the Canons Regular Premostratense of Saint-Martin de Laon » et qu'il « possibly took the vows as their member » (possibly : peut-être ; https://cardinals.fiu.edu/bios1155.htm#Morra). Le Dizionario Biografico (Treccani) dit de même qu'« è possibile che pronunciasse i voti in un periodo imprecisato della sua vita » — le rattachement est donc indatable par nature, d'où le « jeunesse » sans date précise dans la chronologie. La qualité de chanoine de Prémontré et le titre de « seul pape prémontré » sont donc la tradition la plus solide, non une certitude documentaire.
2 18 51 120Salvador Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church, notice « MORRA, Can. Reg. Prem. of Saint-Martin of Laon, Alberto de (1105/1110-1187) » : né à Bénévent en 1105/1110, d'une importante famille de la cité, père nommé Sartorius ; études en France, liens avec les prémontrés de Saint-Martin de Laon, droit canonique à Bologne, titre de magister ; cardinal-diacre de S. Adriano (décembre 1155), cardinal-prêtre de S. Lorenzo in Lucina (1158) ; légat en Dalmatie, en Hongrie et en France (Caen et Avranches, mai 1172) ; chancelier le 22 février 1178, auteur du traité Forma dictandi (stylus gregorianus) ; fondations bénéventines ; élu pape le 21 octobre 1187 à Ferrare, consacré évêque de Rome le 25 octobre 1187 ; mort de fièvre à Pise le 17 décembre 1187, inhumé dans la cathédrale, tombeau endommagé par l'incendie de la cathédrale (la notice dit 1600 ; datation documentée : 1595) ; avec bibliographie (Brixius 1912, Cardella 1792, Chacón 1677, Carpegna Falconieri 2000, Kelly 1986). URL : https://cardinals.fiu.edu/bios1155.htm#Morra.
3 41 44 55 73 112 114 128Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, Robert Appleton Company, New York, 1909), article « Pope Gregory VIII », vol. VI ; édition en ligne New Advent : Alberto di Morra né « vers le début du XIIᵉ siècle, à Bénévent » ; moine (cistercien ou bénédictin du Mont-Cassin selon les sources) ; créé cardinal-diacre en 1155 par Adrien IV, cardinal-prêtre de San Lorenzo in Lucina en 1158 ; chancelier ; l'un des deux légats envoyés en Angleterre par Alexandre III pour enquêter sur le meurtre de saint Thomas Becket ; élu à Ferrare le 21 octobre 1187, mort à Pise le 17 décembre 1187, après un pontificat d'un mois et vingt-sept jours ; politique dominante du pontificat : la croisade pour la délivrance du Saint-Sépulcre, avec lettres circulaires enjoignant prières et jeûnes ; voyage à Pise pour réconcilier Pise et Gênes et conciliation avec l'Empire. La notice donne 1172 pour la nomination comme chancelier (« Alexander III, in 1172, made him his chancellor »), datation ancienne non reprise par le Dizionario Biografico (22 février 1178). URL : https://www.newadvent.org/cathen/06795a.htm.
5 15 31 33 40 46 47 63 71 75 78 79 81 93 104 105 109 111 117 118 125 127 132New Catholic Encyclopedia, article « Gregory VIII, Pope » (repris par Encyclopedia.com) : Alberto de Morra né à Bénévent vers 1110, mort à Pise ; pontificat de 57 jours, du 21 octobre au 17 décembre 1187 ; élu à Ferrare le 21 octobre 1187 ; chanoine régulier à Laon, professeur de droit à Bologne, cardinal en 1155-1156, chancelier de l'Église romaine en 1178 ; missions en Angleterre, Dalmatie et Portugal pour Alexandre III ; impliqué dans le règlement du différend entre la curie et Henri II d'Angleterre après le meurtre de Thomas Becket en 1170 ; fondation d'un monastère à Bénévent avec une règle d'austérité et de simplicité évangélique peu avant son élection ; annonce d'une croisade majeure huit jours après le début du pontificat ; recherche d'une conciliation rapide avec Frédéric Iᵉʳ et promotion de la paix entre cités maritimes. À noter : la notice écrit « Genoa and Venice » au lieu de Pise et Gênes — lapsus isolé, contredit par la Catholic Encyclopedia (« the rival seaports of Pisa and Genoa ») et par le Dizionario Biografico (« mediò la pace tra quella città [Pise] e Genova ») : la NCE n'est donc pas citée pour « Pise et Gênes » dans le corps. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/gregory-viii-pope.
6 7 34 42 52 60 61 67 74 80 101 102 106 110 131Wikipedia (anglais), article « Pope Gregory VIII » (état consulté le 4 octobre 2026) : Alberto di Morra né à Bénévent vers 1105, fils du noble Sartorius di Morra ; chanoine de l'abbaye Saint-Martin de Laon, ordre de Prémontré ; professeur de droit canonique à Bologne ; cardinal-diacre de Sant'Adriano (Adrien IV, 1155/1156), cardinal-prêtre de San Lorenzo in Lucina (1158) ; légat sous Alexandre III, chargé d'enquêter sur le meurtre de Becket, absolution d'Henri II à Avranches ; chancelier de l'Église romaine en février 1178 ; cursus (« stylus gregorianus ») ; élu pape le 21 octobre 1187, consacré le 25 octobre, bulle Audita tremendi lançant la troisième croisade, réconciliation avec l'Empire ; mort d'une fièvre à Pise le 17 décembre 1187, pontificat de 57 jours, inhumé à la cathédrale de Pise (tombeau détruit lors de l'incendie de la cathédrale, que la notice date de 1600 ; datation documentée : 1595) ; formule reprise de Joseph S. Brusher, Popes Through the Ages : « His pontificate though brief was glorious » ; successeur Clément III. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Gregory_VIII.
8 16 26 53 54 56 59 70 115Wikipedia (anglais), article « Audita tremendi » : bulle promulguée par Grégoire VIII le 29 octobre 1187, lue à la cour pontificale de Ferrare, en réponse à la défaite du royaume de Jérusalem à la bataille de Hattin (4 juillet 1187), à l'exécution des Hospitaliers et des Templiers et à la perte de la Vraie Croix, ainsi qu'à la chute de Jérusalem (2 octobre 1187, dont la nouvelle n'avait peut-être pas encore atteint Ferrare lors de la première rédaction) ; rééditions des 30 octobre et 3 novembre 1187, et quatrième version envoyée par Clément III le 2 janvier 1188 ; indulgences pour les croisés, immunité judiciaire, exemption d'intérêts sur les dettes, protection des biens ; réponse des souverains : Richard — encore comte de Poitou — avait déjà pris la Croix en 1187, premier des grands princes d'Occident (article « Richard I of England » : « Richard had already taken the cross as Count of Poitou in 1187 », suivi par Henri II et Philippe Auguste à Gisors le 21 janvier 1188), puis Frédéric Barberousse. Prise de croix de Barberousse en 1188 : Catholic Encyclopedia, article « Frederick I » — « At the Diet of Mainz in 1188, Frederick took the cross », départ pour l'Orient le 11 mai 1189. Élection de Clément III (Paolo Scolari) le 19 décembre 1187 : Catholic Encyclopedia, article « Pope Clement III » — « elected 19 December, 1187 ». URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Audita_tremendi ; https://en.wikipedia.org/wiki/Richard_I_of_England ; https://www.newadvent.org/cathen/06252b.htm.
9 12 19 20 32 77 84 85 87 89 90 94 95 99 100Wikipedia (anglais), article « Battle of Hattin » : le 4 juillet 1187, Saladin écrase l'armée du royaume latin de Jérusalem près de Tibériade ; capture de la relique de la Vraie Croix, exécution des prisonniers templiers et hospitaliers, effondrement militaire du royaume ouvrant la voie à la prise de Jérusalem le 2 octobre 1187. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Hattin.
10 83 86Thomas W. Smith, « Audita Tremendi and the Call for the Third Crusade Reconsidered, 1187-1188 », Viator 49.3 (2018), p. 65-66 : la bulle, publiée fin octobre-début novembre 1187, aurait demandé « des semaines de rédaction depuis septembre, quand la nouvelle certaine de Hattin parvint à la curie, alors à Vérone » (« had taken weeks of drafting since September when definite news of Hattin reached the papal Curia, then in Verona ») ; Jonathan Riley-Smith estimait de même qu'elle « must have been drafted by Urban before his death ». Smith propose toutefois aussi l'interprétation inverse : les trois premières versions résulteraient d'une rédaction d'urgence contournant les contrôles normaux de la chancellerie.
11Audita tremendi (Grégoire VIII, 29 octobre 1187), document n° 1 (p. 4-5) de Crusade and Christendom: Annotated Documents in Translation from Innocent III to the Fall of Acre, 1187-1291, éd. Jessalynn Bird, Edward Peters et James M. Powell, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 2013. Texte latin : Patrologia Latina, éd. J.-P. Migne, vol. 202, col. 1539-1542 (incipit : « Audita tremendi severitate judicii, quod super terram Jerusalem divina manus exercuit, tanto sumus nos et fratres nostri horrore confusi… »). Les versions françaises citées dans le corps sont des traductions Ignispedia établies d'après le texte latin et la traduction anglaise de Bird, Peters et Powell. Extraits anglais de référence : « When we heard of the severity of the awesome judgment that the hand of God visited on the land of Jerusalem, we and our brothers were disturbed » ; « We should heed and be concerned about the sins not only of the inhabitants of that land but also of our own » ; « By atoning for our sins, we may be converted to the Lord by penance and works of piety » ; « We promise full remission of their sins and eternal life to those who take up the labor of this journey ». Évaluations historiographiques : Jonathan Phillips, The Crusades, 1095-1204 (Routledge), p. 138, qualifie la bulle de « the most powerful and emotive crusade bull of all » ; Thomas W. Smith (voir [^smith-audita]) ; Penny J. Cole, The Preaching of the Crusades to the Holy Land, 1095-1270 (Medieval Academy of America, 1991), p. 63, « perhaps the most emotive of all papal bulls ».
13 21 22 37 91 92 96 97 98 116 130Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 59 (2002), article « Gregorio VIII, papa » par Tommaso di Carpegna Falconieri (repris de Enciclopedia dei papi, vol. II, Rome, 2000, p. 314-316) : Alberto di Morra né à Bénévent « dans la première décennie du XIIᵉ siècle », fils de Sartorius, d'une importante famille de la cité ; formation en France, contacts avec la canonique prémontrée de Saint-Martin de Laon, droit canonique à Bologne, titre de magister ; cardinal-diacre de S. Adriano (1156), vice-chancelier fin 1157, cardinal-prêtre de S. Lorenzo in Lucina (mars 1158) ; légations en Dalmatie, en Hongrie, auprès de Barberousse (1163), en France avec le cardinal Teodino de S. Vitale (1171-1173, rencontres de Caen et d'Avranches en mai 1172, absolution de l'interdit personnel d'Henri II, concordat entre la Couronne et la papauté) ; chancelier le 22 février 1178 ; Forma dictandi et stylus gregorianus ; fondation bénéventine (S. Andrea in Platea, Ss. Trinità di Palazzolo), confirmée par Urbain III en 1187 ; élu le 21 octobre 1187 ; en prenant le nom de Grégoire, « il se déclara manifestement le successeur direct du grand Grégoire VII » ; quatre directions : paix avec l'Empire, réforme de l'Église, réforme de la curie (limitation des recours en appel à Rome), appel à la croisade ; concile du 29 novembre 1187 et règles sévères imposées au clergé et aux laïcs ; Pise atteinte le 10 décembre, médiation entre Pise et Gênes, mort le 17 décembre 1187 après cinquante-sept jours, inhumé dans la cathédrale. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-gregorio-viii_(Dizionario-Biografico)/.
14 27 28 30 39 43 65 72 82 88 103 107 108 126Academic Dictionaries and Encyclopedias (en-academic.com, reprise de l'encyclopédie anglophone) et notices convergentes : Alberto di Morra, chanoine de Prémontré rattaché à Laon, considéré comme le seul pape prémontré ; cardinal-diacre (décembre 1155) puis cardinal-prêtre de San Lorenzo in Lucina (1158) ; chancelier de l'Église romaine en février 1178 ; peu avant son élection, fondation d'un monastère à Bénévent doté d'une règle d'austérité ; comme pape, déclaration que les clercs ne doivent pas porter les armes mais se consacrer à l'aumône et à la louange de Dieu, interdiction des vêtements somptueux et des jeux, réforme de la curie par le renvoi des appels mineurs aux évêques et archidiacres. URL : https://en-academic.com/dic.nsf/enwiki/14786.
17 25 45 49 50 58 69 119 124Thomas W. Smith, « Audita Tremendi and the Call for the Third Crusade Reconsidered, 1187-1188 », Viator 49.3 (2018), p. 63-101 : « Audita tremendi has long been considered the pinnacle of twelfth-century papal crusade letters » (« Audita tremendi a longtemps été considérée comme le sommet des lettres pontificales de croisade du XIIᵉ siècle »).
23Jessalynn Bird, Edward Peters et James M. Powell, introduction du document « Pope Gregory VIII, Audita tremendi, October 29, 1187 » dans Crusade and Christendom: Annotated Documents in Translation from Innocent III to the Fall of Acre, 1187-1291, University of Pennsylvania Press, Philadelphie, 2013 (The Middle Ages Series) : « not only the most impassioned plea for a crusade ever issued by a pope until then, but the fullest detailed account of crusaders' spiritual and temporal rewards and privileges to date » (« non seulement l'appel à la croisade le plus passionné jamais lancé par un pape jusqu'alors, mais aussi l'exposé le plus complet, à cette date, des récompenses et privilèges spirituels et temporels des croisés »). Formule reprise par l'éditeur : https://www.pennpress.org/blog/medieval-monday-pope-gregory-viii-audita-tremendi-and-the-third-crusade/.
24Catholic Encyclopedia, article « Pope Urban III » (New Advent) : après avoir convoqué l'empereur devant son tribunal à Vérone (« summoning the emperor to appear before his tribunal at Verona »), Urbain « ne fut empêché de prononcer l'excommunication que par les Véronais » (« was only prevented from pronouncing excommunication against him by the Veronese, who, as Frederick's subjects, would not permit the sentence to be promulgated in their city ») ; parti pour Venise, où il aurait pu exécuter sa menace (« where he would have been able to carry out his threat »), il mourut à Ferrare. URL : https://www.newadvent.org/cathen/15211a.htm.
29Encyclopædia Britannica — désambiguïsation pape/antipape : la page actuelle « Gregory (VIII) » (URL : https://www.britannica.com/biography/Gregory-VIII-pope, consultée le 4 octobre 2026) concerne l'antipape Maurice Bourdin (Mauritius Burdinus, antipape de 1118 à 1121), et non Alberto di Morra, pape en 1187 ; elle n'est donc la source d'aucun fait de 1187 dans cet article. Le pape de 1187 faisait l'objet de l'article « Gregory VIII (Pope) » de la Britannica 1911 (Alberto de Mora, pape du 21 octobre au 17 décembre 1187).
35Catholic-Hierarchy et The Cardinals of the Holy Roman Church (cardinals.fiu.edu, S. Miranda) : Alberto di Morra créé cardinal-diacre de Sant'Adriano par Adrien IV en 1155-1156 ; promu cardinal-prêtre de San Lorenzo in Lucina le 14 mars 1158 ; chancelier de l'Église romaine ; élu pape le 21 octobre 1187 sous le nom de Grégoire VIII ; mort le 17 décembre 1187. URL : https://cardinals.fiu.edu/bios1155.htm#Morra.
36 57 121 122Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ édition revue par S. Loewenfeld, F. Kaltenbrunner et P. Ewald (Leipzig, 1885-1888), t. II, p. 528-535 : régestes des actes du pontificat de Grégoire VIII (octobre-décembre 1187), instrument de datation des rares lettres, bulles et privilèges expédiés au cours de ces deux mois, dont l'encyclique Audita tremendi (1ʳᵉ émission du 29 octobre 1187 : t. II, p. 529, n° 16019). Instrument complété par les Papstregesten de J. F. Böhmer, rev. U. Schmidt (Regesta Imperii, IV:4.4, Papstregesten 1124-1198, 4ᵉ partie) : Lieferung 3 : 1185-1187 (Cologne, 2012), n° 1307 (p. 661-662), 1311 (p. 663-664), 1330 (p. 677-678) ; Lieferung 4 : 1187-1191 (Cologne, 2014), p. 14-15, n° 25. Cotes Jaffé contrôlées sur le texte intégral du tome II : l'index donne « Gregorius VIII. (1187) II. 528 » et le n° 16019 porte la date « IV. kal. Nov. » (29 octobre) avec l'incipit « Audita tremendi severitate » (Migne 202, p. 1539) ; les cotes Böhmer reprennent la bibliographie de Smith (Viator 49.3).
38Wikipédia (français), article « Grégoire VIII » : Alberto di Morra, chanoine régulier de l'abbaye Saint-Martin de Laon (ordre de Prémontré), cardinal de San Lorenzo in Lucina ; élu le 21 octobre 1187, pontificat d'un mois et vingt-six jours, mort le 17 décembre 1187 ; bulle Audita tremendi appelant à la troisième croisade contre Saladin ; levée de l'excommunication d'Henri II d'Angleterre ; inhumé dans la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption (Santa Maria Assunta) de Pise ; successeur Clément III. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A9goire_VIII.
48 68Sur la légation d'Angleterre : Catholic Encyclopedia (Alberto di Morra fut l'un des deux légats envoyés par Alexandre III pour enquêter sur le meurtre de saint Thomas Becket) ; Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 59 (2002) (légation en France en 1171-1173 avec le cardinal Teodino de S. Vitale ; rencontres avec Henri II à Caen puis à Avranches en mai 1172 ; absolution de l'interdit personnel qui frappait le roi ; concordat entre la Couronne et la papauté) ; Wikipedia (anglais), article « Compromise of Avranches » (le roi, lavé de tout soupçon de complicité dans le meurtre, jure de prendre la Croix, d'autoriser les appels de l'Église anglaise vers Rome et d'abolir les coutumes contraires aux libertés de l'Église). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Compromise_of_Avranches. Le jour exact, 21 mai 1172 (concile tenu dans la ville sous la présidence des légats Albert et Théodouin) : Wikipédia (français), article « Avranches ». URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Avranches.
62 64 66 123Divergence de la Catholic Encyclopedia sur le jour de la mort d'Urbain III : la notice « Pope Gregory VIII » donne le 20 octobre (« Urban III is said to have died of a broken heart (20 Oct.) », https://www.newadvent.org/cathen/06795a.htm) tandis que la notice « Pope Urban III » donne le 19 octobre (« died at Ferrara, 19 October, 1187 », https://www.newadvent.org/cathen/15211a.htm). La date du 20 octobre est retenue ici, en cohérence avec la New Catholic Encyclopedia, la notice anglophone et l'élection du 21 octobre, « le lendemain » — même traitement que la divergence 1172/1178 sur la chancellerie, signalée dans le corps.
76Incendie de la cathédrale Santa Maria Assunta de Pise : 1595. La cathédrale fut gravement endommagée par un incendie en 1595 et les nouvelles portes de bronze de la façade, exécutées par l'entourage de Giambologna aux frais de Ferdinand Iᵉʳ de Médicis, furent achevées en 1602 — ce qui explique l'arrondi à « 1600 » de certaines notices (Miranda, Wikipedia anglais). Le musée de l'Opera del Duomo présente ses œuvres comme sauvées et restaurées après l'incendie de 1595. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pisa_Cathedral.
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