Saint Norbert est l'un des grands réformateurs du XIIᵉ siècle, ce « siècle des saints » où l'Occident chrétien se couvre d'ordres nouveaux. Grand seigneur rhénan, chanoine fortuné, aumônier de l'empereur Henri V, il mène d'abord une vie mondaine et brillante — jusqu'au jour où, vers 1115, la foudre le jette à terre sur une route et le réveille comme un nouveau saint Paul. De ce choc naît une conversion radicale : il vend ses biens, se fait prédicateur errant, marche pieds nus à travers la Rhénanie et la France du Nord, puis fonde, dans la vallée déserte de Prémontré, l'ordre des chanoines réguliers de Prémontré — les Norbertins, ou « chanoines blancs ».[1][2]
Sa spiritualité tient en trois traits : un amour brûlant de l'Eucharistie, qu'il met au cœur de toute sa mission ; une dévotion mariale dont l'habit blanc de ses fils est le signe ; et un zèle intransigeant pour la liberté et la pureté de l'Église — la libertas Ecclesiae qu'il défendra plus tard comme archevêque de Magdebourg, au prix d'attentats répétés. Conseiller de l'empereur Lothaire, allié de saint Bernard de Clairvaux, il joue un rôle décisif pour faire reconnaître le pape légitime Innocent II pendant le schisme de 1130.[3][4]
« Détourne-toi du mal et fais le bien. » — Psaume 36 (37), 27, parole que la tradition met au cœur de la conversion de Norbert sur la route de Vreden[5]
Cet article retrace la vie de Norbert — le grand seigneur, le converti, le prédicateur, le fondateur, l'archevêque —, puis sa spiritualité (Eucharistie, habit marial, pauvreté apostolique, liberté de l'Église), enfin sa mort, ses reliques et sa canonisation. Il ne refait pas l'histoire complète de l'ordre de Prémontré, ni la biographie de ses contemporains Bernard de Clairvaux et du pape Honorius II.
Un grand seigneur du siècle (vers 1080-1115)
Naissance à Xanten, dans la haute noblesse rhénane
Norbert naît vers 1080 à Xanten, sur le Rhin près de Wesel, dans une famille de la haute aristocratie de Rhénanie. Les Vies médiévales et la tradition le rattachent au comte Héribert de Gennep et le disent apparenté à la maison impériale des Salien et à la maison de Lorraine.[6][7] Troisième fils, destiné selon l'usage à l'Église, il reçoit les ordres mineurs, devient sous-diacre et obtient un canonicat à la collégiale Saint-Victor de Xanten — une charge confortable, assortie de revenus, qui n'oblige guère à la sainteté.
Il ne s'agit alors pour lui ni d'une vocation ni d'une ascèse, mais d'une carrière. Beau, cultivé, riche, Norbert appartient à ce haut clergé seigneurial que les réformateurs du XIᵉ et XIIᵉ siècle dénoncent : des clercs qui cumulent les bénéfices, vivent en grands seigneurs et ne se font pas même ordonner prêtres pour ne pas s'obliger.[8][9]
Aumônier à la cour de l'empereur Henri V
Le jeune chanoine entre au service du puissant : il devient aumônier (capellanus) à la chapelle de l'empereur Henri V, qu'il accompagne dans ses déplacements et jusqu'en Italie.[10][11] La cour impériale, au temps de la querelle des Investitures, est un milieu de pouvoir, d'intrigue et de luxe. Norbert y brille, y prospère, et y prend l'habitude des honneurs.
Le contraste avec le pénitent qu'il deviendra rendra sa conversion d'autant plus frappante aux yeux des contemporains : c'est un homme du monde accompli, et non un pauvre ou un cloîtré, que la grâce ira saisir.
Le refus de l'évêché de Cambrai
Sa réussite est telle qu'on lui offre des dignités épiscopales. Selon la tradition hagiographique, Norbert refuse l'évêché de Cambrai — non par humilité encore, mais parce que sa vie de cour lui convient.[12] Ce refus, qui aurait pu être un acte de détachement, n'est à ce moment que le signe d'un homme satisfait de son sort. Dieu attendra autre chose de lui qu'un calcul mondain.
La conversion (vers 1115)
L'éclair sur la route de Vreden
Vers 1115, Norbert chevauche vers Vreden (en Westphalie) lorsqu'un violent orage éclate. Les Vies rapportent qu'un coup de foudre s'abat aux pieds de son cheval ; la bête épouvantée le désarçonne, et il reste près d'une heure étendu à terre comme mort.[13][14] L'épisode, immédiatement lu comme un nouveau chemin de Damas, devient le motif central de son iconographie : Norbert terrassé, à l'image de saint Paul jeté à bas de son cheval.
« Un coup de foudre tomba aux pieds de son cheval ; l'animal effrayé jeta son cavalier, et près d'une heure durant il resta étendu comme mort. » — Catholic Encyclopedia, art. « St. Norbert » (traduction ; texte original anglais en note)[15]
« Détourne-toi du mal » : le réveil intérieur
Revenu à lui, Norbert entend en son cœur la parole du psaume : « Détourne-toi du mal et fais le bien » (Ps 36/37, 27).[16] Le grand seigneur comprend qu'il a vécu pour lui-même et non pour Dieu. Il rompt alors avec sa vie d'avant : il quitte la cour, se retire, se livre à la prière, au jeûne et aux mortifications, et commence à prêcher contre la mondanité — d'abord ses propres frères chanoines de Xanten.[17][18]
Ce retournement est total. L'homme qui refusait Cambrai par confort va bientôt renoncer à tous ses bénéfices par amour de la pauvreté évangélique. La conversion de Norbert n'est pas un attendrissement passager : c'est une révolution de toute l'existence, comme celle des Pères du désert ou de saint François un siècle plus tard.
Ordination à Cologne et retraite à Siegburg
Décidé à se donner entièrement, Norbert se fait ordonner prêtre par l'archevêque de Cologne.[19] Déjà sous-diacre de Xanten, il reçoit alors, par dispense, le diaconat et la prêtrise le même jour (en décembre 1115), et célèbre sa première messe vêtu non de soie mais d'un humble habit.[20] Il se retire un temps à l'abbaye bénédictine de Siegburg, foyer de la réforme, pour y apprendre la vie intérieure auprès de l'abbé Cunon.[21] Le courtisan se fait disciple ; le maître du monde se met à l'école du cloître.
Le prédicateur errant (1118-1120)
Tout vendre, marcher pieds nus
Sa conversion mûrie, Norbert prend une décision radicale : il vend l'ensemble de ses biens et de ses terres, en distribue le prix aux pauvres, et part sur les routes en prédicateur itinérant, pieds nus, vêtu d'un rude habit de laine, à la manière des apôtres.[22][23] Il parcourt la Rhénanie, les Pays-Bas et la France du Nord, prêchant la pénitence, la paix et la réforme des mœurs, dans une Europe encore meurtrie par les guerres seigneuriales.
L'autorisation de Gélase II à Saint-Gilles (1118)
Prêcher partout sans mandat exposait un clerc à la suspicion. Pour mettre sa mission sous l'autorité de l'Église, Norbert rejoint le pape Gélase II à Saint-Gilles, en Provence, en 1118, et en obtient la faculté de prêcher partout où il le jugerait bon.[24][25] Ce souci de se soumettre à Rome avant d'agir est, dès l'origine, une marque de Norbert : son zèle réformateur ne se sépare jamais de l'obéissance à l'Église. C'est ce qui le distinguera des prédicateurs errants suspects ou hérétiques de son temps.
Le concile de Fritzlar : l'« innovateur » contesté
Cette nouveauté ne va pas sans heurts. Au concile de Fritzlar (1118), ses adversaires — des clercs choqués par sa pauvreté ostentatoire et sa prédication mordante — l'accusent d'être un innovateur présomptueux.[26][27] Norbert répond non par l'éclat mais par le dépouillement : il renonce à toutes ses charges ecclésiastiques restantes et confirme son choix de la pauvreté. L'« innovateur » de Fritzlar deviendra, deux ans plus tard, le fondateur d'un des plus grands ordres de la chrétienté.
Prémontré et la naissance de l'ordre (1120-1126)
La vallée en forme de croix
En 1119, au concile de Reims présidé par le pape Calixte II, l'évêque de Laon, Barthélemy de Jur, invite Norbert à fonder une communauté dans son diocèse.[28][29] Le saint choisit un lieu désert, marécageux et solitaire, dans la forêt de Coucy, une vallée que la tradition dit avoir la forme d'une croix : Prémontré (Praemonstratum, « le lieu montré d'avance »).[30] Là, dans une petite chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste, il aurait eu une vision du Christ en croix lui révélant que ce désert deviendrait un grand monastère.[31]
Noël 1121 : la profession des premiers frères
Norbert reçoit le site vers 1120 et y rassemble des disciples. Dans la nuit de Noël 1121, environ quarante compagnons font leur profession religieuse : c'est l'acte de naissance de l'ordre de Prémontré.[32][33] Parmi les premiers figurent Hugues de Fosses, qui sera le véritable organisateur de l'ordre et son premier abbé général, et Évermode, futur évêque. Des femmes rejoignent aussi le mouvement, et dès 1122 Norbert institue un tiers-ordre pour les laïcs, qui compte parmi ses membres Thibaud, comte de Champagne.[34]
L'habit blanc et la Règle de saint Augustin
Norbert ne fonde pas des moines mais des chanoines réguliers : des prêtres vivant en communauté selon la Règle de saint Augustin, unissant la vie contemplative du cloître et le ministère apostolique (prédication, soin des âmes, service des paroisses).[35][36] À la rigueur augustinienne il ajoute des coutumes austères inspirées de Cîteaux — jeûnes, silence, pauvreté, longue prière liturgique.[37]
Le trait le plus visible est l'habit blanc, de laine écrue, qui vaudra aux Prémontrés le surnom de « chanoines blancs ». La tradition rapporte que la Vierge Marie elle-même aurait montré à Norbert cet habit blanc, « comme celui des anges qui annoncèrent la Résurrection » au matin de Pâques.[38] Le blanc dit à la fois la pauvreté (laine non teinte) et la pureté pascale : tout un programme spirituel cousu dans le vêtement.
« L'habit sera blanc, comme celui des anges qui, au matin de Pâques, annoncèrent le Christ ressuscité. » — Tradition prémontrée sur l'habit blanc montré à Norbert[39]
La confirmation pontificale (Honorius II, 1126)
L'ordre, organisé par Hugues de Fosses, reçoit la confirmation pontificale du pape Honorius II en février 1126.[40] Reconnu par Rome, Prémontré se répand avec une rapidité foudroyante : en quelques décennies, des centaines d'abbayes essaiment dans tout l'Occident, de l'Espagne à la Hongrie, de l'Angleterre à la Terre sainte. Pour l'histoire complète de cet essaimage, voir l'article ordre de Prémontré.
| Étape | Date | Lieu |
|---|---|---|
| Invitation de l'évêque de Laon | concile de Reims, 1119 | Reims |
| Choix de la vallée de Prémontré | vers 1120 | forêt de Coucy (Laon) |
| Profession des premiers frères | nuit de Noël 1121 | Prémontré |
| Institution du tiers-ordre | 1122 | Prémontré |
| Confirmation pontificale | février 1126 | par Honorius II |
La spiritualité de saint Norbert
L'Eucharistie, cœur de la mission
Le premier feu de Norbert est l'Eucharistie. Les sources insistent sur sa dévotion ardente au Saint-Sacrement : il considérait le sacrifice de la messe comme le cœur même de sa mission.[41] Cette centralité eucharistique deviendra une marque de l'ordre prémontré, voué à la solennité de la liturgie et, plus tard, à l'adoration. Norbert est aujourd'hui invoqué comme un apôtre de l'Eucharistie.
Selon la notice vaticane, sa dévotion à l'Eucharistie était si profonde qu'elle faisait du sacrifice de la messe le cœur même de sa mission (paraphrase).[42]
Tanchelm et l'« Apôtre d'Anvers »
Cet amour de l'Eucharistie se fait combat lorsque Norbert affronte à Anvers, en 1124, les disciples restants de Tanchelm : Tanchelm lui-même — prédicateur exalté qui niait la valeur des sacrements et en particulier la présence réelle dans l'Eucharistie — avait été tué dès 1115, mais ses partisans perpétuaient son erreur et faisaient encore profaner les Saintes Espèces.[43][44][45] Invité par l'évêque Burchard de Cambrai, Norbert prêche, réfute l'erreur, ramène le peuple à la foi catholique et restaure le culte du Saint-Sacrement, puis fonde l'abbaye Saint-Michel d'Anvers, confiée à son premier abbé Waltman.[46][47] Pour cette victoire, la tradition lui donne le titre d'« Apôtre d'Anvers ».[48] Son iconographie le montre souvent tenant un ostensoir et foulant aux pieds l'hérétique : la vérité eucharistique terrasse le mensonge.
La dévotion mariale et l'habit angélique
Le deuxième feu est marial. Dès l'origine, Norbert place son ordre naissant non sous la seule force des hommes mais sous la protection de la Vierge Marie, Reine des anges, modèle d'obéissance.[49] L'habit blanc que la tradition fait remonter à une apparition de Marie scelle ce lien : les Prémontrés se veulent des fils de la Vierge, vêtus de la blancheur pascale des anges. Cette mariologie pratique — Marie patronne, modèle et protectrice — anticipe les grands courants de dévotion mariale du Moyen Âge que portera aussi saint Bernard.
La liberté de l'Église (libertas Ecclesiae)
Le troisième feu est la réforme. Comme Thomas Becket et Bernard, Norbert appartient à la génération qui défend la liberté de l'Église (libertas Ecclesiae) contre les abus du pouvoir et la corruption du clergé. Aumônier d'empereur devenu pauvre, il sait de l'intérieur ce qu'il combat. Devenu archevêque, il combattra toujours pour la liberté et les droits de l'Église, dans la fidélité et l'obéissance au Pape (selon la notice vaticane, paraphrase).[50] Ce zèle, fidèle à Rome et non révolté contre elle, est exactement celui que l'Église canonisera.
Pauvreté apostolique et vie commune
Enfin, toute la spiritualité de Norbert est portée par la pauvreté apostolique et la vie commune. Il ne se contente pas de prêcher la réforme : il la vit, ayant tout vendu et tout donné. L'idéal qu'il transmet à ses fils — vita apostolica, vie commune des clercs à l'imitation des Apôtres de Jérusalem (Ac 4, 32) — est au cœur du grand renouveau canonial du XIIᵉ siècle.[51] Prêcher en ayant d'abord pratiqué : c'est la cohérence qui donne à sa parole son autorité.
L'archevêque de Magdebourg (1126-1134)
Une nomination inattendue
En 1126, alors qu'il accompagne l'empereur Lothaire à la diète de Spire, Norbert est, contre toute attente, désigné archevêque de Magdebourg et primat de Germanie.[52][53] L'ancien aumônier de cour, devenu pauvre prédicateur, se retrouve à la tête d'un des plus grands sièges de l'Empire. La légende veut qu'à son arrivée, pieds nus et misérablement vêtu, le portier de l'archevêché ne l'ait pas reconnu et lui ait refusé l'entrée.
Réformer un clergé hostile : les attentats
Norbert entreprend aussitôt de réformer son diocèse : restaurer la discipline du clergé, récupérer les biens d'Église aliénés, imposer la vie commune et la pauvreté. Cette intransigeance lui vaut des ennemis acharnés : il échappe à plusieurs tentatives d'assassinat et doit même, un temps, quitter la ville devant la révolte.[54][55] Comme Becket en Angleterre, Norbert apprend que défendre la liberté de l'Église contre les intérêts établis peut coûter la vie.
Le schisme de 1130 : défendre le pape légitime
Le sommet de son action publique est le schisme de 1130. À la mort d'Honorius II, une double élection oppose Innocent II à l'antipape Anaclet II (Pierre de Léon, Pierleoni). L'Église se divise. Norbert se range fermement du côté d'Innocent II, le pape légitime, et emploie tout son crédit à rallier l'empereur Lothaire et la Germanie à sa cause.[56][57] Avec Bernard de Clairvaux, il tente même — en vain — de convaincre Anaclet de renoncer. Les deux saints sont, de part et d'autre, les grands artisans de la victoire d'Innocent II.
« Dans le schisme de 1130, Norbert soutint la prétention d'Innocent II à la papauté et aida à persuader l'empereur d'adhérer à la cause d'Innocent. » — Encyclopædia Britannica, art. « Saint Norbert of Xanten »[58]
Conseiller de Lothaire, le voyage à Rome (1133)
Devenu conseiller et quasi-chancelier de l'empereur Lothaire, Norbert le persuade de conduire une armée à Rome en 1132-1133 pour y rétablir Innocent II.[59] L'expédition réussit : Innocent est réinstallé, Lothaire couronné empereur (1133). Mais Norbert revient de Rome épuisé et miné par la fièvre (la malaria, dit la tradition) contractée durant cette mission.[60] Le pauvre prédicateur a fini par servir l'Église jusque dans la haute politique de la chrétienté — sans jamais cesser d'être un homme de Dieu.
Mort, culte et canonisation
La mort à Magdebourg (6 juin 1134)
De retour à Magdebourg, épuisé, Norbert meurt le 6 juin 1134, le mercredi après la Pentecôte.[61][62] Aussitôt s'ouvre un conflit révélateur de sa réputation de sainteté : les chanoines de la cathédrale et l'abbaye prémontrée Sainte-Marie se disputent son corps. C'est l'empereur Lothaire qui tranche, attribuant la dépouille à l'abbaye Sainte-Marie de Magdebourg, maison de ses propres fils.[63]
Les reliques : de Magdebourg à Strahov (1627)
Le sort des reliques épouse les drames de l'histoire allemande. Après la Réforme protestante, Magdebourg devient luthérienne et le tombeau de Norbert se trouve en terre désormais étrangère à sa foi. En pleine guerre de Trente Ans, le 2 mai 1627, ses reliques sont solennellement transférées à l'abbaye prémontrée de Strahov, à Prague, où elles reposent encore.[64][65] Saint Norbert est alors proclamé patron et protecteur de la Bohême.
La canonisation (Grégoire XIII, 1582)
Le culte de Norbert, vivace dès sa mort dans l'ordre qu'il avait fondé, est officiellement consacré tardivement : il est canonisé le 28 juillet 1582 par le pape Grégoire XIII.[66][67] Son culte est ensuite étendu à toute l'Église par le pape Clément X au XVIIᵉ siècle.[68] Sa fête est fixée au 6 juin, jour de sa mort. Signe de sa stature, une statue de saint Norbert figure parmi les fondateurs d'ordres sur la colonnade de la basilique Saint-Pierre de Rome.
Patronage et héritage
Au-delà de l'ordre toujours vivant qu'il a fondé, Norbert laisse une figure exemplaire : celle du converti total, du réformateur fidèle à Rome, de l'apôtre de l'Eucharistie. Il est invoqué comme patron de la Bohême, de Magdebourg, des Prémontrés, et pour les accouchements heureux. Sa vie résume tout un programme spirituel : se laisser saisir par Dieu jusqu'à tout quitter, puis tout redonner à l'Église.
La notice vaticane le résume ainsi : comme archevêque, il combattit toujours pour la liberté et les droits de l'Église, dans la fidélité et l'obéissance au Pape (paraphrase).[69]
Pour aller plus loin
- Sources médiévales : les deux Vies contemporaines, la Vita Norberti A et la Vita Norberti B (Vita Norberti archiepiscopi Magdeburgensis), composées peu après sa mort dans les milieux prémontrés et éditées dans les Monumenta Germaniae Historica, Scriptores XII (éd. Roger Wilmans, Hanovre, 1856).[70]
- Études historiques : Bernard Ardura, Prémontré. Histoire et spiritualité (Université de Saint-Étienne, 1995) ; François Petit, La spiritualité des Prémontrés aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles (Vrin, 1947) ; Charles Dereine, études sur les chanoines réguliers et l'ordo monasterii ; Catholic Encyclopedia, art. « St. Norbert » (New Advent).
- Articles liés sur Ignispedia : l'ordre de Prémontré (les Norbertins, leur règle et leur essaimage) ; saint Bernard de Clairvaux, allié de Norbert pendant le schisme de 1130 ; le pape Honorius II, qui confirma l'ordre en 1126 ; saint Thomas Becket, autre champion de la libertas Ecclesiae.
Notes et références
Catholic Encyclopedia, art. « St. Norbert », New Advent (newadvent.org/cathen/11100b.htm) : notice catholique de référence sur la naissance vers 1080 à Xanten, la famille comtale de Gennep liée à la maison impériale, l'aumônerie de Henri V, le refus de Cambrai, la conversion sur la route de Vreden, l'ordination à Cologne, le concile de Fritzlar, l'autorisation de Gélase II, la fondation de Prémontré, le combat contre Tanchelm à Anvers (« Apôtre d'Anvers »), l'épiscopat de Magdebourg (1126), le schisme de 1130, la mort le 6 juin 1134, la canonisation par Grégoire XIII (1582) et la translation des reliques à Strahov (1627).
1 7 8 10 12 14 19 23 24 28 30 34 43 46 48 52 61 64 66 68Encyclopædia Britannica, art. « Saint Norbert of Xanten » : synthèse sur la fondation de l'ordre de Prémontré, l'épiscopat de Magdebourg (1126), le rôle dans le schisme de 1130 en faveur d'Innocent II, la mort en 1134, la canonisation en 1582 et la fête du 6 juin.
2 29 33 35 37 57 67Notice vaticane, Saint of the Day — June 6: Saint Norbert of Xanten, Bishop and Founder of the Canons Regular of the Norbertines, vaticanstate.va : récit officiel de la conversion (chute de cheval vers 35 ans, parole « Détourne-toi du mal et fais le bien »), de la fondation de Prémontré (1121, vision du Christ en croix, habit de laine écrue), de la dévotion eucharistique (« le sacrifice de la messe comme cœur de la mission »), de la protection mariale de l'ordre, de l'épiscopat de Magdebourg (1126), du soutien à Innocent II contre l'antipape Anaclet, de la mort le 6 juin 1134 et de la translation des reliques à Strahov en 1627.
3 17 31 32 41 49 50 55 60 62 65New Catholic Encyclopedia / Encyclopedia.com, art. « Norbert of Xanten, St. » : éléments sur la carrière de cour, le refus de Cambrai, la retraite à Siegburg, la prédication itinérante, l'épiscopat de Magdebourg, les tentatives d'assassinat, l'alliance avec Bernard de Clairvaux et l'empereur Lothaire pendant le schisme de 1130, le voyage à Rome (1132-1133) et la mort en 1134.
4 9 11 18 21 25 26 44 53 54 56 59 63Psaume 36 (37), 27 : « Détourne-toi du mal et fais le bien » (Declina a malo et fac bonum, Vulgate). La tradition hagiographique et la notice vaticane rattachent cette parole au moment de la conversion de Norbert. Texte : Bible de Jérusalem / Vulgate (numérotation hébraïque Ps 37 ; numérotation grecque-latine Ps 36).
5 16Vita Norberti archiepiscopi Magdeburgensis (Vita A et Vita B), sources primaires composées peu après 1134 dans les milieux prémontrés, éditées par Roger Wilmans dans les Monumenta Germaniae Historica, Scriptores (in folio), t. XII, Hanovre, 1856, p. 663-706. Ces deux Vies sont la base de toute la biographie de Norbert : jeunesse noble, conversion par la foudre, prédication, fondation de Prémontré, épiscopat de Magdebourg.
6 13 22 27 70Traduction du passage de la Catholic Encyclopedia, art. « St. Norbert » (New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/11100b.htm) : « A thunderbolt fell at his horse's feet; the frightened animal threw its rider, and for nearly an hour he lay like one dead. » L'épisode reprend le récit de la Vita Norberti (Vita Norberti archiepiscopi Magdeburgensis, Vita A et B, éd. Roger Wilmans, MGH Scriptores XII, Hanovre, 1856, p. 663-706).
15Butler, Vies des Saints, 6 juin, St Norbert (reprod. Bartleby.com) : Norbert « received [the priesthood] from the hands of the archbishop of Cologne, together with the order of deacon, his fervour seeming a sufficient cause for such a dispensation » ; notice de l'ordre de Prémontré, « St. Norbert (June 6) » (https://premontre.org/saints_and_blesseds/st-norbert-june-6/) : « in December 1115, he was ordained deacon and priest on the same day ». Norbert était déjà sous-diacre de Xanten avant sa conversion (Catholic Encyclopedia, art. cité : « Ordained subdeacon, Norbert was appointed to a canonry at Xanten »).
20François Petit, La spiritualité des Prémontrés aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, Vrin, Paris, 1947 ; et Bernard Ardura, Prémontré. Histoire et spiritualité, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 1995 : études de référence sur l'idéal canonial de Norbert — vita apostolica, vie commune des clercs selon la Règle de saint Augustin, union de la contemplation et du ministère, austérités d'inspiration cistercienne.
36 51Tradition prémontrée sur l'habit blanc : selon plusieurs récits hagiographiques, la Vierge Marie aurait montré à Norbert l'habit blanc que porteraient ses chanoines, « comme celui des anges » qui annoncèrent la Résurrection au matin de Pâques. La laine écrue, non teinte, exprime à la fois la pauvreté et la pureté pascale. Cf. notice vaticane, art. cité, et la tradition des « chanoines blancs ».
38 39Confirmation pontificale de l'ordre de Prémontré par le pape Honorius II en février 1126 : Catholic Encyclopedia, art. « St. Norbert » (New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/11100b.htm) : « The Bull of Confirmation is dated 27 February, 1126 » ; cf. art. « Pope Honorius II » (https://www.newadvent.org/cathen/07456a.htm) : approbation de l'ordre le 26 février 1126. L'article Ignispedia Honorius II détaille par ailleurs cette confirmation.
40Notice vaticane, art. cité (paraphrase en français dans le corps ; le texte exact de la notice n'ayant pu être recollé à une URL exacte, la citation directe a été remplacée par une paraphrase présentée comme telle). Élément repris par les sources prémontrées soulignant la centralité eucharistique de l'ordre.
42Tanchelm, prédicateur itinérant actif dans le Nord de la France et la Flandre, est tué par un prêtre en 1115 : Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. V, ch. 10 (« killed by a priest, 1115 » ; « Norbert himself preached in the Netherlands, 1124 ») ; Encyclopedia.com, art. « Tanchelm » : c'est l'hérésie rampante de Tanchelm qui conduit l'évêque Burchard de Cambrai à inviter Norbert à Anvers en 1124, où la prédication de Norbert et la fondation Saint-Michel renouvellent la dévotion à l'Eucharistie.
45Butler, Vies des Saints, 6 juin, St Norbert (reprod. Bartleby.com) : l'évêque de Cambrai confirme en 1124 la donation de Saint-Michel au saint ; notice de l'ordre de Prémontré, « St. Norbert (June 6) » (https://premontre.org/saints_and_blesseds/st-norbert-june-6/) : « At the request of Burchard of Cambray, Norbert went to Antwerp to preach against Tanchelm. There he founded the abbey of St. Michael. »
47Encyclopædia Britannica, art. « Saint Norbert of Xanten » : « In the schism of 1130, Norbert supported Innocent II's claim to the papacy and helped persuade the emperor to adhere to Innocent's cause » (traduction française dans le corps). Britannica précise aussi qu'avec Bernard de Clairvaux, Norbert tenta en vain de gagner Anaclet par la persuasion, et qu'il accompagna l'expédition de Lothaire en Italie (1132-1133).
58Notice vaticane, art. cité (paraphrase en français dans le corps ; le texte exact de la notice n'ayant pu être recollé à une URL exacte, la citation directe a été remplacée par une paraphrase présentée comme telle).
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