Honorius II, né Lamberto Scannabecchi à Fagnano près d'Imola vers 1060 de parents d'humble condition, gouverne l'Église de Rome à partir de sa consécration, le 21 décembre 1124 (après une élection contestée en décembre 1124), jusqu'à sa mort, dans la nuit du 13 au 14 février 1130.[2] Il succède à Calixte II et précède Innocent II.[3][4][5]
Avant d'être pape, il fut l'un des plus grands diplomates de la papauté du XIIe siècle. Cardinal-évêque d'Ostie, c'est lui qui mena, au nom de Calixte II, les négociations du Concordat de Worms du 23 septembre 1122 — l'accord qui mit fin à la longue querelle des Investitures entre la papauté et l'Empire. Son pontificat prolonge cette ligne : approbation de l'élection de Lothaire comme roi des Romains (1125)[6], excommunication puis investiture de Roger II de Sicile à Bénévent, le 22 août 1128[7], et surtout soutien décisif aux nouveaux ordres religieux — les chanoines de Prémontré (prêtres vivant en communauté sous la règle de saint Augustin), Cîteaux (l'ordre cistercien fondé en 1098, dont Bernard, abbé de Clairvaux, porte alors l'essor) et Bernard de Clairvaux, et l'approbation de la première Règle de l'ordre des Templiers au concile de Troyes, le 13 janvier 1129.[8][9][10]
Honorius II n'est pas le pape le plus connu de la mémoire catholique, mais son pontificat touche un moment décisif : l'Église, sortie victorieuse de la réforme grégorienne, apprend à vivre avec un Empire pacifié, à encadrer la chevalerie par la sainteté monastique, et à s'appuyer de plus en plus sur ses cardinaux les plus proches — au point que sa propre élection, comme sa succession, fut marquée par de graves interventions des factions romaines.[11][12]
L'esprit du compromis de Worms négocié par le cardinal Lamberto : à l'Église le pouvoir spirituel, à l'empereur les droits temporels — synthèse de l'accord du 23 septembre 1122, non une citation.[13]
Pourquoi Honorius II compte-t-il ?
Le pape de la sortie de la querelle des Investitures
La grande affaire du siècle précédent fut la querelle des Investitures : qui, du pape ou de l'empereur, donne aux évêques l'anneau et la crosse, c'est-à-dire le pouvoir spirituel ? La réforme grégorienne, lancée par Grégoire VII, avait engagé un demi-siècle de conflit. Le Concordat de Worms, en 1122, scella le compromis. Or l'artisan technique de ce concordat ne fut pas le pape Calixte II lui-même, mais son légat (son envoyé personnel, chargé de parler et de négocier au nom du pape) : le futur Honorius II.[14][15]
Élu deux ans plus tard, Honorius incarne donc la papauté de l'après-guerre : non plus celle qui combat l'Empire, mais celle qui doit faire fonctionner la paix obtenue, encadrer les élections épiscopales et garantir la liberté de l'Église dans un monde où la paix rend à nouveau la négociation possible.
Le pape qui couvre la naissance des Templiers et des Prémontrés
Le pontificat d'Honorius II coïncide avec un printemps de fondations. En février 1126, il confirme l'ordre de Prémontré fondé par saint Norbert de Xanten.[16] En janvier 1129, son légat préside le concile de Troyes qui dote l'ordre naissant du Temple de sa première Règle, sous l'influence de Bernard de Clairvaux.[17][18] Reconnaître les Templiers, c'est inventer une nouveauté radicale : le moine-chevalier, qui unit la vie religieuse et le combat pour la défense des pèlerins et de la Terre sainte.
Un pape fragilisé par les factions romaines
Honorius II révèle aussi une fragilité durable de Rome : la pression des grandes familles aristocratiques sur l'élection du pape. Son accession fut imposée par le clan des Frangipani, avec la connivence du chancelier Aimeric, contre un autre élu déjà revêtu des insignes pontificaux.[19] Cinq ans plus tard, à sa mort, le même réflexe de coup de force, mené cette fois par le chancelier Aimeric, ouvrira l'un des schismes (division de l'Église entre deux papes rivaux) les plus graves du siècle, entre Innocent II et Anaclet II.[20]
Ne pas confondre avec l'antipape Honorius II (Cadalus)
Une confusion fréquente doit être levée d'emblée. Le nom "Honorius II" avait déjà été porté, soixante ans plus tôt, par un antipape (un évêque proclamé pape par un parti, contre le pape légitime) : Pierre Cadalo (Cadalus), évêque de Parme, dressé de 1061 à 1064 contre le pape légitime Alexandre II avec l'appui de la cour impériale et de l'impératrice Agnès. Ce schisme fut clos par le concile de Mantoue, à la Pentecôte du 31 mai 1064, qui reconnut Alexandre II comme légitime successeur de Pierre.[21] Le présent article ne traite que d'Honorius II le pape légitime, Lamberto Scannabecchi (1124-1130).
Les sources principales
Tableau des témoins
| Source | Date | Ce qu'elle apporte | Prudence |
|---|---|---|---|
| Catholic Encyclopedia (New Advent) | 1910 | Biographie complète : Worms, élection contestée, Empire, Normands, ordres, mort | Source ancienne mais catholique et détaillée |
| Larousse / encyclopédies françaises | notices modernes | Synthèse francophone du pontificat et du contexte | Notices courtes |
| Actes du Concordat de Worms | 23 septembre 1122 | Texte du privilège impérial et du privilège pontifical (les deux chartes solennelles signées à Worms : celle de l'empereur, celle du pape) | Source primaire diplomatique |
| Concile de Latran I | 1123 | Ratification conciliaire du concordat | Premier concile réunissant les évêques de toute l'Église tenu en Occident |
| Règle primitive du Temple | 1129 | Texte fondateur des Templiers issu de Troyes | Source primaire, langue latine |
| Récits du schisme de 1130 | 1130 et après | Double élection Innocent II / Anaclet II | Sources partisanes à croiser |
| Catholic-Hierarchy / listes pontificales | bases modernes | Dates de cardinalat, d'élection, numérotation | Bases de données, à vérifier |
La Catholic Encyclopedia et les notices modernes
Le dossier biographique de référence reste l'article "Pope Honorius II" de la Catholic Encyclopedia (1910), qui retrace la carrière de Lamberto Scannabecchi depuis l'archidiaconat de Bologne jusqu'au schisme déclenché par sa mort.[22] Les encyclopédies françaises modernes, comme le Larousse, en donnent une synthèse fiable mais brève.[23] Ces notices ne remplacent pas les sources primaires : pour le concordat, c'est le texte des deux privilèges de Worms qui fait foi ; pour les Templiers, la Règle elle-même.[24][25]
Les sources primaires diplomatiques et conciliaires
Trois documents primaires structurent le pontificat. D'abord les deux chartes de Worms de 1122 : le privilegium de l'empereur Henri V et celui du pape Calixte II.[26] Ensuite les décrets du concile de Latran I (1123), qui ratifie solennellement le concordat.[27] Enfin la Règle primitive du Temple, issue du concile de Troyes (1129), qui place explicitement certaines décisions "à la discrétion de notre vénérable père le seigneur Honorius".[28]
Avant le pontificat : un fils d'humbles devenu cardinal d'Ostie
Origine modeste à Fagnano
Lamberto Scannabecchi naît à Fagnano, hameau proche d'Imola, en Romagne, de parents d'humble condition.[29][30] La date précise reste inconnue ; on la situe généralement vers 1060. Ce détail compte : à une époque où les grands sièges sont souvent disputés par l'aristocratie, Honorius II est l'un de ces clercs sortis du rang par le talent et l'étude, et non par la naissance.
« Né de parents humbles à Fagnano près d'Imola... Pour un temps il fut archidiacre de Bologne. » — Catholic Encyclopedia, notice "Pope Honorius II"[31]
L'ascension par l'étude
Devenu archidiacre de Bologne, foyer du droit naissant, Lamberto attire l'attention par sa science. Le pape Pascal II l'appelle à Rome, où il devient chanoine du Latran, puis cardinal-prêtre de Sainte-Praxède.[32] En 1117, il est promu cardinal-évêque d'Ostie et Velletri, l'un des sièges suburbicaires les plus prestigieux, qui fait de son titulaire l'un des premiers personnages de la curie.[33]
Cette trajectoire — droit, Latran, cardinalat suburbicaire — est typique de la papauté réformée. Elle forme des hommes capables de négocier, de rédiger des actes, et de représenter Rome dans les grandes affaires de la chrétienté.
Le légat de Calixte II auprès de l'Empire
Dès 1119, Calixte II l'envoie comme légat auprès de l'empereur Henri V pour traiter la question brûlante des investitures.[34] Le cardinal d'Ostie devient ainsi, pendant plusieurs années, le visage romain de la négociation avec l'Empire. C'est cette compétence diplomatique, plus que tout autre titre, qui explique son élection au pontificat suprême en 1124.
Le Concordat de Worms : l'œuvre majeure du cardinal Lamberto
Ce que réglait le concordat
Le 23 septembre 1122, à Worms, l'empereur Henri V et la papauté concluent un accord en deux chartes, parfois appelé Pactum Calixtinum.[35] L'empereur renonce à l'investiture par l'anneau et la crosse — les symboles spirituels — et reconnaît la liberté des élections ecclésiastiques. En retour, il conserve le droit d'être présent aux élections et d'investir l'élu des regalia, c'est-à-dire des biens et droits temporels du siège, par le sceptre, avant la consécration en Germanie.[36]
« Je rends à Dieu, aux saints apôtres Pierre et Paul, et à la sainte Église catholique, toute investiture par l'anneau et la crosse. » — charte de l'empereur Henri V, Concordat de Worms, 23 septembre 1122 (traduction française Ignispedia d'après le texte édité par le Fordham Medieval Sourcebook)[37]
La distinction est décisive : le pouvoir spirituel vient désormais de l'Église, le pouvoir temporel relève de l'empereur. C'est l'amorce, en Occident, d'une séparation entre le spirituel et le temporel qui marquera durablement l'histoire politique européenne.
Le rôle personnel de Lamberto
Les sources insistent : le concordat fut "principalement dû aux efforts" du cardinal d'Ostie.[38] La tradition retient même un geste liturgique fort : lorsque l'empereur eut signé, le cardinal chanta une messe solennelle en plein air près de Worms, donna le baiser de paix à Henri V, puis lui fit recevoir la communion de sa main — signe de la réconciliation entre l'Empire et le Siège apostolique.[39]
La ratification au concile de Latran I
Le compromis ne fit pas l'unanimité. Au concile de Latran I, en 1123 — premier concile œcuménique tenu en Occident — certains réformateurs intransigeants protestèrent par un non placet, jugeant le concordat trop favorable à l'empereur. Calixte II leur demanda alors de tolérer l'accord plutôt que de l'approuver pleinement — du moins selon l'interprétation de l'historien I. S. Robinson (« The Papacy, 1122–1198 », dans The New Cambridge Medieval History, t. IV/2, Cambridge, 2004, p. 369), dont la formulation anglaise exacte n'a pu être vérifiée sur l'ouvrage et n'est donc pas reprise ici comme citation.[40] Ce détail éclaire la suite : la paix de Worms restait fragile, et l'aile dure de la curie n'avait pas désarmé.
Une élection contestée (décembre 1124)
La mort de Calixte II et le coup des Frangipani
Calixte II meurt le 13 décembre 1124. Deux jours plus tard, les cardinaux élisent Téobald Boccapecci, qui prend le nom de Célestin II — un nom sans lendemain, à ne pas confondre avec le futur Célestin II légitime (Guido di Castello, 1143-1144) — et reçoit déjà les insignes pontificaux.[41][42] Mais, au cours même de la cérémonie, Robert Frangipani fait irruption en armes avec ses partisans, attaque l'élu et proclame à sa place le cardinal d'Ostie sous le nom d'Honorius II. Intimidés, les cardinaux cèdent ; pour éviter un schisme, Téobald renonce.[43]
« Téobald, pour ne pas être l'occasion d'un schisme, se démit de la dignité à laquelle il avait été élu. » — récit de l'élection de 1124 rapporté par la Catholic Encyclopedia[44]
Le scrupule d'Honorius
Le trait le plus remarquable est la réaction d'Honorius lui-même. Conscient de l'irrégularité de cette intronisation forcée, il refusa le trône ainsi obtenu et offrit de se démettre devant tous les cardinaux assemblés. Ce n'est qu'après avoir été aussitôt réélu à l'unanimité, reconnu par tous, et régulièrement consacré le 21 décembre 1124 — date retenue par les listes pontificales modernes — qu'il accepta la charge.[45] Ce scrupule est tout à son honneur : il montre un pape soucieux du droit, là où la violence d'un clan aurait pu se contenter du fait accompli.
La leçon de fond
L'épisode dévoile une faiblesse structurelle. Le décret de 1059, sous Nicolas II, avait confié l'élection aux cardinaux pour la soustraire à l'empereur et aux factions ; mais à Rome même, les grandes familles — Frangipani, Pierleoni — gardaient un pouvoir d'intimidation considérable. La même mécanique se reproduira, en pire, en 1130.
Honorius II et l'Empire
La reconnaissance de Lothaire
À la mort d'Henri V, en mai 1125, sans héritier direct, la succession impériale s'ouvre. Honorius II soutient l'élection de Lothaire de Supplinbourg (Lothaire III), favorable aux intérêts de l'Église et prêt à respecter, voire dépasser, les concessions de Worms.[46][47] Honorius confirme l'élection du roi des Romains appelé à l'Empire — signe du nouvel équilibre issu de Worms, où l'élection du souverain n'échappe plus au regard de Rome.[48][49]
L'excommunication de Conrad de Hohenstaufen
Lorsque Conrad de Hohenstaufen se dressa contre Lothaire et se fit couronner roi d'Italie, Honorius II l'excommunia, ainsi que l'archevêque Anselme de Milan qui l'avait soutenu.[50] Le pape montre ici qu'il entend faire respecter le candidat légitime et l'ordre issu du concordat, en usant de l'arme spirituelle contre l'usurpation.
Jean de Crema, légat pour les îles britanniques
Le souci de la réforme déborde l'Empire. En 1125, Honorius II envoie le cardinal Jean de Crema comme légat en Angleterre et en Écosse. Malgré une rétention initiale en Normandie sur ordre du roi Henri Ier, le légat tient plusieurs synodes, dont celui de Westminster (8 septembre 1125), pour imposer le célibat clérical et combattre la simonie.[51] La paix avec l'Empire libère ainsi l'énergie réformatrice de Rome vers la périphérie de la chrétienté.
Honorius II et les Normands d'Italie du Sud
La crise de la succession d'Apulie
En juillet 1127, Guillaume II, duc d'Apulie, meurt sans héritier.[52][53] Son cousin Roger II de Sicile débarque aussitôt sur le continent pour s'emparer des duchés. Or l'Apulie relevait de la suzeraineté pontificale : voir un prince déjà puissant réunir la Sicile, la Calabre et l'Apulie inquiète vivement Rome, qui craint un voisin trop fort aux portes de l'État pontifical.
De l'excommunication à l'investiture de Bénévent
Honorius II excommunie Roger en novembre 1127 et tente de lui opposer une coalition militaire.[54][55] Mais la guerre tourne court : faute de moyens, le pape doit composer. Le 22 août 1128, près de Bénévent, il investit Roger II du duché d'Apulie, en faisant de lui son vassal ; en échange, Roger renonce à ses prétentions sur Bénévent et Capoue.[56][57]
« N'ayant pu vaincre Roger par les armes, Honorius l'investit du duché d'Apulie comme feudataire du Saint-Siège. » — synthèse de l'accord de Bénévent (1128) d'après la Catholic Encyclopedia[58]
C'est un demi-échec lucide. Honorius sauve la suzeraineté de principe du Saint-Siège, mais consacre dans les faits la montée de la puissance normande qui, peu après sa mort, deviendra le royaume de Sicile — et pèsera lourd dans le schisme de 1130, Roger II soutenant l'antipape Anaclet II.
Le pape des nouveaux ordres religieux
La confirmation de Prémontré
En février 1126, Honorius II accorde la sanction pontificale à l'ordre des Prémontrés (Norbertins), fondé quelques années plus tôt par saint Norbert de Xanten.[59] Ces chanoines réguliers, vivant selon la règle de saint Augustin, incarnent la réforme du clergé par la vie commune et la prédication. Soutenir Norbert, c'est miser sur le renouveau spirituel issu de la base, et non sur les seules structures.
Le concile de Troyes et la Règle des Templiers
L'acte le plus célèbre du pontificat est indirect mais décisif. Le 13 janvier 1129 (le prologue de la Règle porte 1128, d'où la variante « janvier 1128 » reprise par certaines notices — voir note), au concile de Troyes, réuni à l'initiative de Bernard de Clairvaux avec l'aval d'Honorius II — qui n'y vint pas lui-même mais y envoya son légat —, Hugues de Payns, maître du jeune ordre du Temple, expose les usages de sa milice. Le concile, présidé par le légat pontifical Matthieu d'Albano au nom d'Honorius II, dote l'ordre d'une Règle latine d'environ soixante-douze articles, inspirée de la règle de saint Benoît.[60][61] L'ordre et sa Règle furent ensuite approuvés par Honorius II lui-même. Le texte de la Règle renvoie d'ailleurs certaines décisions à l'autorité du pape.
« Nous parlons d'abord à tous ceux qui méprisent secrètement leur propre volonté et désirent d'un cœur pur servir le souverain Roi comme chevaliers. » — prologue de la Règle primitive du Temple, concile de Troyes, 1129[62]
Avec les Templiers, une idée neuve entre dans l'Église : la chevalerie sanctifiée, où le combat pour la défense des pèlerins et de la Terre sainte devient une forme de vie religieuse. Honorius II n'a pas inventé l'ordre, mais c'est sous son autorité que le Temple reçoit sa première charte spirituelle.
Cluny, le Mont-Cassin et la discipline monastique
Honorius II veille aussi à la discipline des grands monastères. Il intervient à Cluny et au Mont-Cassin pour rétablir l'ordre, écartant des abbés excommuniés qui se maintenaient par la force.[63] Le pape de la paix avec l'Empire est donc, à l'intérieur, un pape de la rigueur monastique : il protège la liberté des élections, mais exige des communautés qu'elles vivent selon leur règle.
Mort et schisme de 1130
Une fin discrète, une succession précipitée
Affaibli par une longue maladie, Honorius II se retire au monastère Saint-Grégoire au Célius, où il meurt dans la nuit du 13 au 14 février 1130.[64][65] Le chancelier de l'Église romaine, le cardinal Aimeric, et le clan Frangipani organisent dans la précipitation l'enterrement, puis l'élection.
La double élection
Le 14 février 1130, une commission restreinte de cardinaux, menée par Aimeric, élit Grégoire Papareschi sous le nom d'Innocent II. Le même jour, la majorité des autres cardinaux élit Pierre Pierleoni, qui prend le nom d'Anaclet II.[66] L'Église se retrouve avec deux papes rivaux et bascule dans le schisme de 1130.
Pourquoi Innocent II est reconnu
Anaclet II tint d'abord Rome et disposait du plus grand nombre de cardinaux. Mais c'est Innocent II que l'Église reconnaît aujourd'hui comme pape légitime, en grande partie grâce au ralliement de la chrétienté d'Occident, entraînée par l'autorité morale de Bernard de Clairvaux.[67] Le schisme ne s'éteindra qu'à la mort d'Anaclet, en 1138, et sera liquidé au concile de Latran II (1139).
La sépulture d'Honorius II
Enterré d'abord à Saint-Grégoire, le corps d'Honorius II fut ensuite transféré au Latran, auprès de son protecteur Calixte II.[68][69] La mort de Lamberto Scannabecchi referme ainsi la parenthèse de paix relative ouverte par Worms : la décennie suivante sera de nouveau celle des déchirements romains.
Que retenir d'Honorius II ?
Un grand diplomate plus qu'un grand pape
Honorius II restera dans l'histoire moins par son pontificat que par son œuvre de cardinal : sans lui, le Concordat de Worms n'aurait peut-être pas abouti, et la querelle des Investitures aurait pu s'éterniser.[70][71] Comme pape, il gère plus qu'il n'innove : il consolide la paix impériale, compose avec les Normands, soutient les charismes nouveaux. C'est un pontificat de transition, utile et lucide.
La leçon spirituelle : la grandeur cachée du service
Le point spirituel le plus juste tient à son scrupule de 1124. Imposé par la force, Honorius aurait pu jouir tranquillement du fait accompli ; il a préféré douter, offrir sa démission, et n'accepter la charge qu'une fois reconnu en droit. Dans une Église alors minée par les factions, ce souci de légitimité, cette défiance envers son propre pouvoir, valent mieux que bien des éclats. Le vrai pasteur ne s'agrippe pas au siège : il le reçoit, et il sert.
Pour aller plus loin
- Pape Calixte II — prédécesseur d'Honorius II et signataire du Concordat de Worms.
- Pape Innocent II — successeur contesté, au cœur du schisme de 1130.
- La querelle des Investitures — le grand conflit clos par le Concordat de Worms.
- La réforme grégorienne — le mouvement de fond dont Honorius II recueille les fruits.
- Concile de Latran I (1123) — ratification conciliaire du concordat.
- Les Templiers — l'ordre dont la première Règle est approuvée sous Honorius II au concile de Troyes (13 janvier 1129).
- Pape Honorius I — autre pape du même nom, souvent confondu, à la trajectoire très différente.
Notes et sources
Notes et références
Numérotation pontificale usuelle : 163e pape dans la List of popes (entre Calixte II et Innocent II), reprise par les listes dérivées (« Also known as 163rd pope », Unionpedia ; tableau « List of Popes: 12th Century » : n° 163, 15 décembre 1124 – 13 février 1130). Précision : l'Annuario Pontificio (Libreria Editrice Vaticana) donne la liste des Souverains Pontifes sans la numéroter — l'attribution du rang à l'Annuario a donc été retirée du corps de l'article ; on rencontre aussi « 164e » dans des listes qui décalent la numérotation d'une unité selon leur convention de comptage. Cardinalat à Ostie en 1117 et pontificat ouvert le 21 décembre 1124 recoupés avec la Catholic Encyclopedia (« in 1117, Cardinal-Bishop of Ostia and Velletri » ; élection des 15-21 décembre 1124), elle-même indexée par Catholic-Hierarchy (« Bishop Lamberto Scannabecchi ») ; pour les actes du pontificat, Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, t. I (Leipzig, 1885-1888), p. 823-839 — référence donnée par la bibliographie de la Catholic Encyclopedia (« Pope Honorius II »). URLs : https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_popes et https://www.catholic-hierarchy.org/bishop/bscannab.html.
1 4Schisme de 1130 : mort d'Honorius II le 13 février 1130 au monastère Saint-Grégoire au Célius — la Catholic Encyclopedia date sa mort au 14 février (« died at Rome, 14 February, 1130 ») et les listes modernes au 13 février, d'où la formulation « nuit du 13 au 14 février » du récit de la succession (« died in the night 13/14 February 1130 ») ; rôle du chancelier Aimeric et des Frangipani dans la précipitation de l'enterrement et de l'élection ; double élection le 14 février 1130 d'Innocent II (Grégoire Papareschi) et de l'antipape Anaclet II (Pierre Pierleoni) ; reconnaissance ultérieure d'Innocent II, soutenu par Bernard de Clairvaux ; sépulture transférée au Latran. Sources : "Papal election, 1130", Wikipedia ; Catholic Encyclopedia, New Advent. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Papal_election,_1130.
2 12 20 64 66 67 68Catholic Encyclopedia, "Pope Honorius II", vol. 7, New York, Robert Appleton Company, 1910 ; transcription New Advent : naissance à Fagnano près d'Imola de parents humbles, archidiacre de Bologne, chanoine du Latran, cardinal-prêtre de Sainte-Praxède, cardinal-évêque d'Ostie et Velletri (1117), Concordat de Worms, élection contestée de 1124, soutien à Lothaire, excommunication de Conrad et d'Anselme de Milan, légation de Jean de Crema, investiture de Roger en Apulie, confirmation des Prémontrés, réforme de Cluny et du Mont-Cassin, mort en 1130. URL : https://www.newadvent.org/cathen/07456a.htm.
3 6 15 22 29 31 32 33 34 38 39 42 44 46 48 50 51 53 55 58 63 65 69 71Élection pontificale de décembre 1124 : après la mort de Calixte II (13 décembre 1124), élection puis renonciation de Téobald Boccapecci (Célestin II — nom sans lendemain, distinct du Célestin II légitime de 1143-1144) sous la pression armée de Robert Frangipani, avec la connivence du chancelier Aimeric (Oxford Reference, entrée « Honorius II » : « with the connivance of the chancellor Aimeric »), proclamation de Lamberto Scannabecchi comme Honorius II, scrupule du nouvel élu sur la légitimité, et consécration régulière le 21 décembre 1124, date retenue par les listes pontificales modernes (la Catholic Encyclopedia rapporte l'élection deux jours après le 13 décembre et l'acceptation définitive cinq jours plus tard). Sources : Catholic Encyclopedia, "Pope Honorius II", New Advent ; « 1124 papal election », Wikipedia. URLs : https://www.newadvent.org/cathen/07456a.htm et https://en.wikipedia.org/wiki/1124_papal_election.
5 11 19 41 43 45Question normande sous Honorius II : mort de Guillaume II d'Apulie sans héritier (juillet 1127), revendication de Roger II de Sicile, excommunication de Roger en novembre 1127, échec militaire, puis investiture de Roger II comme duc d'Apulie, vassal du Saint-Siège, près de Bénévent le 22 août 1128, avec renonciation à Bénévent et Capoue. Jour exact confirmé par deux sources secondaires indépendantes : « Pope Honorius II », Wikipedia (« he met Roger on the Pons Major, the bridge which crosses the Sabbato river near Benevento, on 22 August 1128. There, he formally invested Roger with the duchy of Apulia ») et la notice « Pope Honorius II, the International Pope » (Catholic365 / Lanternarius Press : « The negotiation finally gave Roger II the duchy of Apulia on 22 August 1128 »), en plus de la Catholic Encyclopedia (« Pope Honorius II », New Advent). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Honorius_II.
7 52 54 56Concordat de Worms (Pactum Calixtinum), 23 septembre 1122 : deux chartes, celle de l'empereur Henri V renonçant à l'investiture par l'anneau et la crosse et accordant la liberté des élections, et celle du pape Calixte II concédant la présence impériale aux élections et l'investiture des regalia par le sceptre. Le cardinal-évêque d'Ostie Lamberto Scannabecchi (futur Honorius II) en fut le négociateur principal. Texte (latin et trad. anglaise) : Fordham Medieval Sourcebook, « Concordat of Worms » — la citation française du corps de l'article est une traduction Ignispedia de ce texte (« do remit to God, and to the holy apostles of God, Peter and Paul, and to the holy catholic church, all investiture through ring and staff »). URLs : https://sourcebooks.fordham.edu/source/worms1.asp et https://en.wikipedia.org/wiki/Concordat_of_Worms.
8 13 14 24 26 35 36 37 70Concile de Troyes, 13 janvier 1129 (fête de saint Hilaire) : convoqué autour de Bernard de Clairvaux, présidé par le légat pontifical Matthieu, cardinal-évêque d'Albano, au nom du pape Honorius II ; Hugues de Payns y présente les usages du Temple ; le concile dote l'ordre de sa Règle latine (env. 72 articles). L'ordre et sa Règle furent ensuite approuvés par Honorius II (article « Pope Honorius II », Wikipedia : « The order and the rules were subsequently approved by Honorius »). Variante de datation tranchée : le prologue de la Règle porte 1128, d'où la date de « janvier 1128 » reprise par certaines notices (dont la Catholic Encyclopedia, art. « Knights Templars ») ; l'explication est le comput : en Champagne l'année commençait alors le 25 mars, si bien que le janvier noté « 1128 » par le scribe vaut janvier 1129 selon notre comput. R. Hiestand a établi que le concile s'est tenu en janvier 1129 (résumé dans H. Nicholson, « The Changing Face of the Templars », citant Hiestand 1988 : « the council must have taken place in January 1129, not in January 1128 as stated in the opening paragraphs of the Templars' rule »), ce que confirme J. M. Upton-Ward (The Rule of the Templars : « the Council of Troyes, which opened on 13 January, 1129 »). Précision : le concile fut réuni à l'initiative de Bernard de Clairvaux — Honorius II n'y vint pas mais y envoya son légat Matthieu (article « Council of Troyes (1129) », Wikipedia) ; l'ordre et sa Règle furent ensuite approuvés par Honorius II (article « Pope Honorius II », Wikipedia : « The order and the rules were subsequently approved by Honorius »). Sources : "Council of Troyes (1129)", Wikipedia, et histoires de l'ordre du Temple (P. P. Read, The Templars, 1999). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Council_of_Troyes_(1129). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Honorius_II.
9 17 60Larousse, Encyclopédie — Honorius II, notice biographique : synthèse francophone du pontificat (Concordat de Worms, reconnaissance de Lothaire, accord normand, ordres religieux). URL : https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Honorius_II/111533.
10 23 30 47 49 57Confirmation pontificale de l'ordre de Prémontré (Norbertins) par Honorius II en février 1126 : les notices divergent sur le jour exact — la Catholic Encyclopedia (« Pope Honorius II ») date l'approbation du 26 février 1126, l'article « St. Norbert » donne la bulle de confirmation au 27 février 1126, tandis que les sources prémontrées (chanoinie de Strahov, abbaye de Leffe) datent la bulle Apostolicae disciplinae du 16 février 1126 ; le corps de l'article retient donc prudemment « février 1126 » sans jour. Ordre fondé à Prémontré par saint Norbert de Xanten. Sources : Catholic Encyclopedia, « Pope Honorius II », https://www.newadvent.org/cathen/07456a.htm ; ibid., « St. Norbert », https://www.newadvent.org/cathen/11100b.htm ; ibid., « Premonstratensian Canons » (vol. 12, 1911), https://www.newadvent.org/cathen/12387b.htm. Voir l'article Ignispedia Saint Norbert.
16 59Règle primitive du Temple (Règle latine), concile de Troyes, 1129 : texte fondateur en latin (72 chapitres dans la tradition manuscrite latine), inspiré de la règle de saint Benoît, plaçant explicitement certaines décisions « à la discrétion de notre vénérable père le seigneur Honorius et du noble patriarche de Jérusalem Étienne » ; prologue sur la milice du souverain Roi, dont la traduction française citée rend fidèlement le latin. Éditions de référence : H. de Curzon (éd.), La Règle du Temple, Paris, 1886 (Société de l'Histoire de France) — prologue (vieux français et latin), pp. 11-12 ; J. M. Upton-Ward, The Rule of the Templars, Woodbridge, Boydell, 1992 — trad. anglaise du prologue (« We speak firstly to all those who secretly despise their own will… »), p. 19. Texte en ligne (d'après Upton-Ward) : Fordham Medieval Sourcebook, https://sourcebooks.web.fordham.edu/source/templars-primitiverule.asp.
18 25 28 61 62Antipape Honorius II (Pierre Cadalo / Cadalus), évêque de Parme, antipape de 1061 à 1064 (mort en 1072), dressé contre le pape légitime Alexandre II avec l'appui de l'impératrice Agnès et de la cour impériale (concile de Bâle, 28 octobre 1061) ; schisme clos par le concile de Mantoue, à la Pentecôte du 31 mai 1064, qui reconnaît Alexandre II. Rôle nominatif d'Agnès recoupé par trois sources : Britannica (« Aided by Lombard and German bishops, Empress Agnes … had Cadalus chosen pope at Basel … as Honorius II (Oct. 28, 1061) »), Catholic Encyclopedia, « Pope Alexander II » (« The Empress Agnes, as regent for her ten-year-old son, Henry IV, convoked an assembly … at Basle … the Bishop of Parma was declared Pope ») et « Antipope Honorius II », Wikipedia (« brought together at Basel by the Empress Agnes as regent for her son »). À ne pas confondre avec Honorius II le pape légitime (1124-1130). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Antipope_Honorius_II.
21Premier concile du Latran (Latran I), mars 1123 : premier concile œcuménique tenu en Occident, qui ratifie le Concordat de Worms (canons sur les investitures et la simonie). Édition critique : G. Alberigo (éd.), Conciliorum Oecumenicorum Decreta, 3e éd., Bologne, 1973 ; trad. angl. N. P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Londres/Washington, 1990, pp. 187-194 ; cf. Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXI. Sur le non placet des réformateurs et la réponse de Calixte II (tolérer l'accord plutôt que l'approuver pleinement) : interprétation de I. S. Robinson, « The Papacy, 1122–1198 », dans The New Cambridge Medieval History, t. IV/2, Cambridge, 2004, p. 369 — référence également reprise par l'article « Concordat of Worms », Wikipedia (qui cite Robinson, p. 369, sans recouper le verbatim par une seconde voie indépendante) ; le verbatim anglais n'ayant pu être vérifié sur l'ouvrage, il n'est pas repris comme citation dans le corps de l'article. Voir l'article Ignispedia Concile de Latran I (1123).
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