Alexandre II (Alexander II), de son nom de baptême Anselme de Baggio, fut pape de 1061 à 1073. Évêque de Lucques et l'un des chefs de file du mouvement réformateur milanais de la Pataria, il est le premier pape élu selon le décret de 1059 qui réservait l'élection pontificale aux cardinaux, soustrayant le Siège de Pierre à la tutelle des familles romaines et de la cour impériale.[1][2]
Son pontificat est dominé par un schisme : la cour germanique, écartée de l'élection, fit proclamer à Bâle un antipape, Cadalus de Parme, sous le nom d'Honorius II. Pendant près de trois ans, deux hommes se disputèrent Rome, jusqu'à ce que le concile de Mantoue (1064) reconnaisse solennellement Alexandre II.[3][4]
Derrière Alexandre II se tient déjà celui qui lui succédera : l'archidiacre Hildebrand, futur saint Grégoire VII, et le cardinal-ermite saint Pierre Damien. Avec eux, Alexandre II prépare et lance la grande réforme grégorienne : lutte contre la simonie, le mariage des prêtres et l'investiture laïque. Son nom reste pourtant attaché à trois gestes qui marquent l'Europe : la bannière pontificale envoyée, selon Guillaume de Poitiers, à Guillaume le Conquérant avant la conquête de l'Angleterre (1066), l'appel à la guerre contre l'islam en Espagne (Barbastro, 1064), et une série de lettres protégeant les Juifs contre les violences des combattants partant pour l'Espagne.[5][6][7]
Sa mort, le 21 avril 1073, débouche sur l'un des épisodes les plus célèbres de l'histoire de la papauté : aux funérailles, le peuple et le clergé de Rome acclament Hildebrand, qui devient Grégoire VII. Alexandre II est ainsi le dernier pape de la transition et le véritable seuil de la révolution grégorienne.[8][9]
Pourquoi Alexandre II compte-t-il ?
Le premier pape de la liberté électorale
Pendant plus d'un siècle, l'élection du pape avait été l'enjeu des grandes familles romaines — Crescentii, comtes de Tusculum — puis le privilège quasi exclusif de l'empereur germanique, qui avait imposé à Rome une lignée de papes allemands après le synode de Sutri (1046).[10] Le décret In Nomine Domini, promulgué par Nicolas II en 1059, change la règle : désormais, ce sont les cardinaux-évêques qui élisent, les autres cardinaux qui consentent, le clergé et le peuple qui acclament — l'empereur ne conservant qu'un honneur résiduel.[11]
Alexandre II est le premier pape élu sous ce régime. Son élection est donc un test : la papauté peut-elle se donner un chef sans l'aval de la cour impériale ? La crise de Cadalus qui suit montre que la rupture est réelle et coûteuse. Mais la victoire finale d'Alexandre II établit dans les faits le principe que l'Église entend désormais se gouverner elle-même.
Le pape de la réforme avant Grégoire VII
On présente souvent la « réforme grégorienne » comme l'œuvre du seul Grégoire VII. C'est une erreur de perspective. Le programme — lutte contre la simonie (achat des charges sacrées), contre le nicolaïsme (mariage et concubinage des clercs) et contre l'investiture laïque des évêques — est déjà déployé sous Alexandre II, dont Hildebrand est le bras droit.[12][13] Le pontificat d'Alexandre II est le laboratoire où se forge l'équipe réformatrice qui dominera l'Église pendant un demi-siècle.
Un pontificat fondateur sous-estimé
Coincé entre la papauté allemande de Léon IX et la figure tonitruante de Grégoire VII, Alexandre II est resté dans l'ombre. Pourtant, c'est sous lui que l'Église romaine commence à parler à l'Europe entière : elle bénit une conquête en Angleterre[14], arme une croisade avant l'heure en Espagne[15], intervient à Milan[16][17], en Pologne[18], en Germanie[19], et fixe une doctrine de protection des Juifs qui fera jurisprudence[20][21]. Sous-estimer Alexandre II, c'est manquer le moment exact où la papauté médiévale devient une puissance d'initiative, et non plus seulement de réaction.
Anselme de Baggio avant Rome
Une famille capitaniale milanaise
Anselme naît vers 1010-1015 dans la région de Milan, dans une famille de la petite noblesse — les capitanei, vassaux supérieurs liés à l'archevêché et au service impérial.[22][23] La famille tire son nom du district de Baggio et détenait le capitanat de la pieve de Cesano. Cette origine est décisive pour comprendre l'homme : Anselme appartient au monde milanais, le plus riche et le plus turbulent de l'Italie du Nord, où le combat pour la réforme du clergé sera le plus violent.
La question de Lanfranc et du Bec
Une tradition tenace, reprise par la Catholic Encyclopedia et par l'Encyclopædia Britannica, fait d'Anselme un élève de Lanfranc de Pavie à l'abbaye normande du Bec, vers 1045.[24][25] Plusieurs historiens modernes contestent ce détail, faute de source contemporaine fiable, et y voient une projection rétrospective liée à l'amitié ultérieure entre le pape et l'archevêque de Cantorbéry.[26] La prudence s'impose : l'épisode est possible mais non démontré. Ce qui est certain, c'est qu'Alexandre II et Lanfranc se connaissaient et se faisaient confiance, comme le montrera la promotion de Lanfranc à Cantorbéry en 1070.
La Pataria de Milan
Anselme est ordonné prêtre par l'archevêque Guido de Velate à Milan, vers 1055.[27] Mais c'est comme réformateur qu'il s'impose.
Il est l'un des animateurs de la Pataria, ce mouvement populaire milanais qui, sous la conduite du diacre Ariald et du chevalier Erlembald, dénonce les prêtres mariés et simoniaques et refuse les sacrements administrés par des clercs indignes.[28] La Pataria n'est pas une simple agitation : c'est le premier grand mouvement de laïcs réformateurs de l'histoire de l'Église, et il fournira à la réforme romaine sa base populaire et son énergie. Selon l'historien Cinzio Violante, auteur de l'étude fondatrice sur le mouvement, la cause de la Pataria milanaise rejoint dans son fond celle de la réforme romaine elle-même : la purification du clergé et la fin du commerce des choses saintes.[29]
L'engagement d'Anselme dans la Pataria explique l'hostilité durable de l'épiscopat lombard à son égard : c'est en partie pour le neutraliser que l'empereur l'éloigne de Milan en lui donnant un évêché.
Évêque de Lucques (1057)
En 1056, à la cour de l'empereur Henri III — mort le 5 octobre de la même année —, Anselme est nommé évêque de Lucques, l'un des grands sièges de la Toscane.[30][31] Sa première mention documentée comme évêque date du 24 mars 1057. À Lucques, il poursuit son combat contre la simonie et pour le célibat des clercs, et devient un pilier du parti réformateur romain qui gravite autour de Hildebrand et de Pierre Damien.
Légat de la réforme
Avant même son élévation, Anselme agit pour Rome comme légat. Il accompagne Hildebrand à Milan en 1057, puis Pierre Damien en 1059, lors des grandes missions destinées à imposer la réforme à l'Église ambrosienne.[32][33] Quand le siège romain devient vacant à la mort de Nicolas II, Anselme est donc un homme déjà connu, éprouvé, et porté par le groupe réformateur le plus déterminé de la chrétienté.
Le décret de 1059 et l'élection de 1061
In Nomine Domini, la grande réforme électorale
Pour comprendre l'élection d'Alexandre II, il faut partir du décret électoral de 1059. Réuni au Latran le 13 avril 1059, un synode présidé par Nicolas II promulgue la bulle In Nomine Domini.[34] Le texte fixe une procédure révolutionnaire : l'initiative de l'élection revient aux cardinaux-évêques, rejoints par les autres cardinaux ; le clergé et le peuple romains donnent ensuite leur assentiment ; et l'empereur ne garde qu'un droit d'honneur, soigneusement limité.
L'enjeu est immense. Pendant le saeculum obscurum, le Siège de Pierre avait été le butin des factions romaines ; depuis Sutri (1046), il était devenu une fonction impériale. Le décret de 1059 entend rendre l'Église à elle-même. Detlev Jasper a montré qu'il existe deux versions du texte — une version « papale » et une version « impériale » remaniée — preuve que l'enjeu fut immédiatement perçu comme un bras de fer entre Rome et l'Empire.[35]
L'élection du 30 septembre 1061
À la mort de Nicolas II (1061), les cardinaux appliquent pour la première fois la nouvelle règle. Le 30 septembre 1061, ils élisent Anselme de Lucques, qui prend le nom d'Alexandre II.[36][37] L'élection se fait avec l'appui militaire des Normands d'Italie du Sud, désormais alliés de la papauté réformatrice. Le lendemain, 1er octobre 1061, Alexandre II est consacré à la basilique Saint-Pierre-aux-Liens — la basilique Saint-Pierre du Vatican étant alors inaccessible en raison de l'hostilité d'une partie de l'aristocratie romaine.[38]
Une élection sans l'aval de la cour germanique
Le choix du nom n'est pas neutre. Alexandre évoque les premiers papes martyrs et une autorité romaine ferme. Mais surtout, l'élection a été faite sans consultation préalable de la cour impériale, alors gouvernée par l'impératrice Agnès de Poitiers, régente au nom du jeune Henri IV.[39] Pour les réformateurs, c'est l'application logique du décret de 1059. Pour la cour germanique, c'est une provocation : on a élu un pape derrière son dos. La réplique ne se fait pas attendre.
Le schisme de l'antipape Cadalus
Bâle, 28 octobre 1061
Quatre semaines après l'élection romaine, la cour impériale riposte. Le 28 octobre 1061, une assemblée d'évêques et de grands hostiles à la réforme se réunit à Bâle, convoquée par l'impératrice Agnès et présidée par le chancelier impérial pour l'Italie, Guibert de Parme — le futur antipape Clément III qui, vingt ans plus tard, affrontera Grégoire VII.[40][41] L'assemblée élit Cadalus, évêque de Parme, qui prend le nom d'Honorius II. Le schisme est ouvert.
La marche sur Rome (1062)
Au printemps 1062, Cadalus descend sur Rome à la tête de troupes. Le 14 avril 1062, un combat bref mais sanglant se déroule aux abords de la Ville : les forces d'Alexandre II ont le dessous, et Cadalus s'empare des abords de Saint-Pierre.[42] L'arrivée de Godefroy le Barbu, duc de Toscane et protecteur d'Alexandre, force l'antipape à se replier vers Parme en mai. La papauté réformatrice tient, mais de justesse, et grâce à la force armée d'un prince italien.
Le coup de Kaiserswerth et le retournement allemand
Le tournant vient d'Allemagne, et non d'Italie. En 1062, un coup de force — le célèbre enlèvement de Kaiserswerth — arrache le jeune Henri IV à sa mère Agnès et place le gouvernement entre les mains de l'archevêque Annon II de Cologne.[43] Or Annon, plus sensible aux intérêts de l'Église, fait basculer la position allemande. Le concile d'Augsbourg (octobre 1062) reconnaît Alexandre II comme pape légitime, et un synode du Latran excommunie Cadalus en 1063.[44]
« Cette prétention rivale fut abandonnée en 1062 par les régents allemands. » — Encyclopædia Britannica, article "Alexander II", traduction française[45]
Pierre Damien, avocat d'Alexandre
La crise n'est pas seulement militaire : elle est doctrinale. Qui est le vrai pape ? Le grand théologien réformateur saint Pierre Damien, cardinal-évêque d'Ostie, prend la plume. En 1062, il compose la Disceptatio synodalis — une « discussion synodale » mise en scène comme un débat fictif entre un défenseur de l'Église romaine et un défenseur de l'Empire — pour établir la légitimité d'Alexandre II et l'illégitimité de Cadalus.[46] Pierre Damien adresse aussi directement à Cadalus des lettres cinglantes, le sommant de renoncer.[47] La défense d'Alexandre II par l'un des plus grands docteurs spirituels du siècle est décisive pour rallier les consciences.
Le concile de Mantoue (1064)
Le règlement définitif intervient au concile de Mantoue, réuni à la Pentecôte 1064 (31 mai-1er juin).[48][49] Devant les évêques d'Italie et de Germanie, Alexandre II défend sa cause « avec éloquence et fermeté », se purge par serment de l'accusation de simonie, et obtient la reconnaissance solennelle de sa légitimité. Cadalus est anathématisé. Le schisme est juridiquement clos, même si l'antipape s'obstine à porter le titre jusqu'à sa mort, à Parme, en 1072.[50]
- 30 septembre 1061Élection d'Alexandre II
Les cardinaux élisent Anselme de Lucques selon le décret de 1059, avec l'appui des Normands.
- 28 octobre 1061Antipape à Bâle
La cour impériale fait élire Cadalus de Parme sous le nom d'Honorius II.
- 14 avril 1062Combat aux portes de Rome
Les troupes de Cadalus l'emportent un temps et occupent les abords de Saint-Pierre.
- 1062Coup de Kaiserswerth
Annon de Cologne s'empare du jeune Henri IV ; la politique allemande se retourne en faveur d'Alexandre.
- Octobre 1062Concile d'Augsbourg
L'Empire reconnaît Alexandre II comme pape légitime.
- 31 mai 1064Concile de Mantoue
Alexandre II est solennellement confirmé ; Cadalus est anathématisé.
La réforme de l'Église
Les synodes du Latran contre la simonie et le nicolaïsme
Le cœur du pontificat n'est pas le schisme, mais la réforme du clergé. Dès le synode du Latran d'avril 1063, Alexandre II renouvelle les interdictions fondamentales : interdiction de la simonie (vente et achat des charges et des sacrements), interdiction du mariage et du concubinage des prêtres (le nicolaïsme), interdiction de l'investiture laïque des évêques.[51][52] Le pape n'hésite pas à déposer des évêques convaincus de simonie, comme l'évêque de Constance.
Ces mesures ne sont pas des nouveautés absolues : elles reprennent le programme de Léon IX et de Nicolas II. Mais Alexandre II les applique avec constance, soutenu par un réseau de légats qui portent les décrets romains jusqu'aux extrémités de la chrétienté — Espagne, France, Germanie, Angleterre, Pologne.
L'investiture laïque
Le point le plus explosif est l'investiture laïque : l'usage par lequel un roi ou un seigneur « investit » un évêque de sa charge en lui remettant la crosse et l'anneau, symboles spirituels. Pour les réformateurs, c'est une intrusion du pouvoir temporel dans l'ordre sacré. Sous Alexandre II, la condamnation reste encore mesurée ; mais elle pose la bombe à retardement qui explosera sous Grégoire VII et déclenchera la querelle des Investitures.
Hildebrand, l'archidiacre
Aucune figure ne domine autant le pontificat que celle de l'archidiacre Hildebrand, le futur saint Grégoire VII. Administrateur du patrimoine de l'Église romaine, diplomate, stratège, il est l'âme du parti réformateur. Les chroniqueurs hostiles voient déjà en lui le vrai maître de Rome sous le règne d'Alexandre II.[53][54] Cette continuité explique pourquoi le passage d'Alexandre II à Grégoire VII se fera dans une fidélité de programme presque parfaite : ce n'est pas un changement de cap, c'est l'accélération d'un même mouvement.
Alexandre II et l'Angleterre normande
La bannière de saint Pierre à Guillaume le Conquérant (1066)
C'est l'acte le plus célèbre — et le plus discuté — du pontificat. En 1066, Guillaume, duc de Normandie, revendique le trône d'Angleterre contre Harold Godwinson. Il sollicite l'appui de Rome. Alexandre II — sur le conseil, croit-on, de Hildebrand — lui accorde sa bénédiction ; et, selon le seul Guillaume de Poitiers, chroniqueur normand (Gesta Guillelmi), il y aurait ajouté un anneau contenant, dit-on, une relique de saint Pierre, et surtout une bannière pontificale, le vexillum sancti Petri.[55][56] Les historiens débattent : Catherine Morton tient la bannière pour une invention de Guillaume de Poitiers et le soutien romain pour rétrospectif, tandis que d'autres font valoir une lettre postérieure de Grégoire VII à Guillaume évoquant explicitement son soutien à l'invasion.[57][58] La conquête devient ainsi, aux yeux de Rome, une entreprise placée sous le patronage du prince des apôtres et destinée à réformer une Église anglaise jugée corrompue. L'historien Carl Erdmann, dans son étude classique sur la naissance de l'idée de croisade, situe précisément à ce moment l'apparition de cet usage : le pape accorde la bannière de saint Pierre aux princes qui se reconnaissent en retour ses vassaux — ce que fait Guillaume le Conquérant avant l'invasion de l'Angleterre.[59]
La portée, si le récit de Guillaume de Poitiers est exact, est considérable : pour la première fois, la papauté sacraliserait une guerre de conquête entre chrétiens en y attachant son drapeau. C'est l'un des actes fondateurs de ce que Carl Erdmann a appelé la « naissance de l'idée de croisade ».[60]
La déposition de Stigand
La conquête une fois acquise, Alexandre II envoie des légats en Angleterre — dont l'évêque Ermenfried de Sion — pour réformer l'Église insulaire. En 1070, ils déposent et excommunient Stigand, archevêque de Cantorbéry, coupable de simonie et de pluralisme (il cumulait Cantorbéry et Winchester).[61] La déposition de Stigand est un signal : la réforme romaine ne s'arrête pas aux frontières de l'Italie.
Lanfranc à Cantorbéry
Pour remplacer Stigand, Alexandre II soutient la promotion de Lanfranc, abbé du Bec puis de Saint-Étienne de Caen, son ancien maître supposé.[62][63] Lanfranc est élu archevêque de Cantorbéry le 15 août 1070 et consacré le 29 août. En 1071, Lanfranc et Thomas d'York se rendent à Rome pour recevoir leur pallium des mains mêmes du pape. L'Angleterre normande devient ainsi un terrain modèle de la réforme grégorienne, sous la houlette d'un primat fidèle à Rome.
L'Espagne et la guerre contre l'islam
Barbastro, une croisade avant les croisades
En 1063, Alexandre II prêche la Reconquista comme une urgence chrétienne et soutient une expédition internationale contre la ville musulmane de Barbastro, dans l'Aragon, prise en 1064.[64] L'armée rassemble des combattants venus de toute l'Europe occidentale. Le caractère exact de l'entreprise est débattu, mais l'historien espagnol Ramón Menéndez Pidal y a vu une croisade avant les croisades — une caractérisation restée célèbre.[65]
Le vexillum sancti Petri
Comme pour la conquête normande, Alexandre II associe à l'expédition espagnole la bannière de saint Pierre et une indulgence pour les combattants.[66][67] Barbastro est ainsi l'un des premiers cas où la papauté arme spirituellement une guerre contre l'islam, plus de trente ans avant l'appel d'Urbain II à Clermont. Le geste d'Alexandre II appartient à la préhistoire des croisades : il montre que l'idée d'une guerre sainte placée sous l'autorité du pape était déjà en germe au milieu du XIᵉ siècle.
La protection des Juifs
Les lettres de 1063
La même année où il prêche la guerre contre l'islam, Alexandre II écrit pour protéger les Juifs. Des combattants en route vers l'Espagne — l'expédition qui aboutira à Barbastro (1064) — avaient commis des violences contre des Juifs sur leur passage, confondant tous les « infidèles ». Le pape réagit par une série de lettres — aux évêques d'Espagne, à l'archevêque Gaufrid de Narbonne, et au vicomte de la même cité — pour louer ceux qui ont empêché les massacres et condamner ceux qui versent le sang des Juifs.[68][69]
Dispar nimirum est
L'argument du pape est d'une grande netteté : la cause des Juifs et celle des Sarrasins est radicalement différente. On peut justement combattre les seconds, qui persécutent et chassent les chrétiens ; mais les Juifs, eux, vivent paisiblement et ne menacent personne.
« La cause des Juifs et celle des Sarrasins est tout à fait différente. Car contre ceux qui persécutent les chrétiens et les chassent de leurs villes et de leurs demeures, on combat à juste titre ; ceux-là, au contraire, sont prêts à vivre dans la servitude. » — Alexandre II, lettre aux évêques d'Espagne, vers 1063 (traduction)[70]
La phrase latine qui ouvre la décision — « Dispar nimirum est Iudeorum et Sarracenorum causa » — sera reprise au siècle suivant dans le Décret de Gratien, devenant l'un des fondements du droit canonique sur la coexistence avec les Juifs.[71]
Dans la lignée de Grégoire le Grand
Alexandre II ne fait pas œuvre nouvelle : il renoue avec saint Grégoire le Grand, qui avait déjà interdit qu'on contraigne les Juifs ou qu'on attente à leur vie. Le pape reprend ce principe en substance : il serait impie de vouloir anéantir ceux que la miséricorde de Dieu a épargnés (paraphrase).[72][73]
Ces lettres comptent parmi les premiers grands textes pontificaux protégeant explicitement les Juifs contre la violence des combattants en route vers l'Espagne. Elles préfigurent la bulle Sicut Iudaeis, qui deviendra la charte permanente de protection des Juifs dans la chrétienté médiévale, réémise par les papes à partir du XIIᵉ siècle.[74] Sur ce point, l'apologétique catholique a tout intérêt à citer ses sources exactes : la position romaine, en pleine ferveur guerrière, fut une voix de modération qui distingue le combat militaire de la persécution des innocents.
Le conflit naissant avec Henri IV
L'affaire du divorce de Berthe de Savoie (1069)
À mesure que Henri IV grandit et reprend le pouvoir en Germanie, les tensions resurgissent. En 1069, le roi veut répudier son épouse Berthe de Savoie. Alexandre II envoie en légation son meilleur théologien, Pierre Damien, qui au synode de Francfort avertit Henri IV : s'il persiste dans ce divorce, il ne sera jamais couronné empereur.[75][76] Henri IV cède. L'épisode montre une papauté capable de dicter sa loi morale au plus puissant prince de la chrétienté — chose impensable un demi-siècle plus tôt.
Le siège de Milan et l'excommunication des conseillers (1072)
Le vrai point de rupture est Milan, foyer de la Pataria. À la mort de l'archevêque, Henri IV impose un candidat, Godefroy de Castiglione, contre le candidat réformateur Atton soutenu par Rome.[77][78] Alexandre II déclare la nomination royale nulle, anathématise Godefroy (février 1072) et excommunie les conseillers de Henri IV qui ont conseillé cette intrusion. Le roi et le pape sont désormais en conflit ouvert sur la question décisive : qui nomme les évêques ?
Aux portes de la querelle des Investitures
À la mort d'Alexandre II, le bras de fer avec Henri IV n'est pas tranché — il est légué intact à Grégoire VII, qui en fera la grande affaire de son pontificat.[79] L'excommunication des conseillers royaux en 1072-1073 est, à bien des égards, le premier acte de la querelle des Investitures, qui culminera avec l'humiliation de Henri IV à Canossa (1077). Alexandre II est le pape qui a allumé la mèche que Grégoire VII fera exploser.
Mort et succession
21 avril 1073
Alexandre II meurt au palais du Latran le 21 avril 1073. Selon la notice la plus répandue, il aurait été inhumé dans la basilique du Latran ; sa tombe étant perdue, ce lieu traditionnel ne peut être affirmé avec certitude.[80][81][82] Son pontificat de près de douze ans laisse une Église transformée : libérée de la tutelle impériale par le décret de 1059, dotée d'un programme de réforme cohérent, présente en Angleterre, en Espagne, en Pologne — où, selon la tradition hagiographique, il aurait ordonné en 1072 au chanoine Stanislas de Szczepanów d'accepter le siège de Cracovie[83] —, et engagée dans un conflit décisif avec l'Empire.
L'acclamation d'Hildebrand
La scène de sa succession est l'une des plus fameuses de l'histoire de la papauté. Pendant les funérailles, le peuple et le clergé de Rome interrompent la cérémonie par une acclamation spontanée en faveur de l'archidiacre Hildebrand. Les récits de l'élection de 1073 rapportent en substance que la foule assemblée l'acclama comme pape au nom de saint Pierre (paraphrase).[84][85]
Hildebrand devient ainsi Grégoire VII le 22 avril 1073. La continuité est totale : l'homme qui avait inspiré le pontificat d'Alexandre II en devient le successeur direct. La réforme « grégorienne » est en réalité née sous Alexandre II ; elle prend simplement, avec Grégoire VII, le nom de son plus célèbre porte-drapeau.
Ce que révèle ce pontificat
Une Église qui s'émancipe
Le cas Alexandre II illustre un basculement : l'Église cesse d'être un objet dans les mains des pouvoirs temporels pour devenir un sujet de l'histoire européenne. Le décret de 1059 lui donne un mode d'auto-gouvernement ; la victoire sur Cadalus prouve qu'elle peut tenir contre l'Empire ; les interventions en Angleterre, en Espagne et à Milan montrent qu'elle entend désormais agir au-delà de Rome. C'est la matrice de la « monarchie pontificale » qui dominera le Moyen Âge.
La légitimité par la réception, non par la force
Comme pour Clément II ou Léon VIII, le cas d'Alexandre II rappelle une vérité doctrinale importante : une élection peut être contestée, violente, disputée par un antipape, et néanmoins être pleinement légitime parce qu'elle est reçue par l'Église. Le concile de Mantoue ne crée pas la légitimité d'Alexandre II ; il la reconnaît. Aucun successeur n'a jamais douté qu'Alexandre II fût le vrai pape et Cadalus l'usurpateur. Contre les lectures schismatiques qui voudraient invalider tel pape pour une irrégularité de procédure, l'histoire d'Alexandre II montre que la réception ecclésiale durable stabilise la mémoire pontificale.
Un réformateur équilibré
Alexandre II n'est ni un tiède ni un fanatique. Il applique la réforme avec constance mais sait composer : il temporise avec l'Empire tant qu'il le peut, protège les Juifs au moment même où il prêche la guerre contre l'islam, et laisse à son successeur le soin de pousser la rupture jusqu'au bout. Cet équilibre est sa marque propre — et c'est précisément ce qui rend son pontificat si décisif : il a rendu la révolution grégorienne possible sans la rendre suicidaire.
Sources
Sources primaires médiévales
Les principales sources contemporaines ou proches du pontificat sont :
- Bonizo de Sutri, Liber ad amicum, livre VI, vers 1085-1086 — récit grégorien partisan, à utiliser avec prudence mais incontournable pour l'élection de 1061 et la succession de 1073 ; éd. dans les MGH Libelli de lite imperatorum et pontificum I.[86]
- Pierre Damien, Disceptatio synodalis (1062) et Lettres — défense de la légitimité d'Alexandre II contre Cadalus ; Disceptatio dans les MGH Libelli de lite I, Briefe éd. Kurt Reindel, MGH Die Briefe der deutschen Kaiserzeit IV.[87][88]
- Benzon d'Albe, Ad Heinricum IV imperatorem — pamphlet pro-impérial violemment hostile à Alexandre II et favorable à Cadalus ; précieux pour entendre la version adverse ; éd. MGH Scriptores XI.[89]
- Décret électoral de 1059 (In Nomine Domini) — éd. critique Detlev Jasper, Das Papstwahldekret von 1059, Sigmaringen, 1986.[90]
- Lettres d'Alexandre II sur les Juifs — recueillies et éditées par Shlomo Simonsohn, The Apostolic See and the Jews, Toronto, 1988.[91]
- Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum — recensement des actes pontificaux d'Alexandre II.[92]
Sources savantes modernes
| Auteur | Référence | Apport |
|---|---|---|
| Tilmann Schmidt | Alexander II. (1061-1073) und die römische Reformgruppe seiner Zeit, Stuttgart, 1977 | Monographie de référence sur le pontificat |
| Cinzio Violante | La Pataria milanese e la riforma ecclesiastica, Rome, 1955 | Étude fondatrice sur la Pataria |
| Detlev Jasper | Das Papstwahldekret von 1059, Sigmaringen, 1986 | Édition et analyse du décret de 1059 |
| Carl Erdmann | Die Entstehung des Kreuzzugsgedankens, Stuttgart, 1935 | Bannière de saint Pierre et préhistoire des croisades |
| Catherine Morton | "Pope Alexander II and the Norman Conquest", Latomus 34, 1975 | Bénédiction de la conquête normande |
| Alberto Ferreiro | "The Siege of Barbastro 1064-65: a reassessment", Journal of Medieval History 9, 1983 | Campagne de Barbastro |
| Shlomo Simonsohn | The Apostolic See and the Jews, Toronto, 1988 | Lettres pontificales sur les Juifs |
| Margaret Gibson | Lanfranc of Bec, Oxford, 1978 | Lanfranc, Stigand et Cantorbéry |
| I. S. Robinson | The Papacy 1073-1198, Cambridge, 1990 ; Henry IV of Germany, Cambridge, 1999 | Contexte de la réforme et de Henri IV |
Sources encyclopédiques et de référence
Les notices encyclopédiques croisées — Catholic Encyclopedia (1907), Enciclopedia dei Papi (Treccani), Encyclopædia Britannica — fournissent le cadre factuel et chronologique de base, à confronter systématiquement aux sources primaires et aux monographies.[93][94][95]
Chronologie
La chronologie d'Alexandre II suit un arc simple : une réforme électorale, un schisme, puis la consolidation progressive d'une papauté capable d'agir à l'échelle européenne.
Mantoue marque le point de bascule : après 1064, la question n'est plus de savoir qui est le vrai pape, mais jusqu'où Rome peut pousser la réforme.
| Date | Événement | Portée |
|---|---|---|
| vers 1010-1015 | Naissance d'Anselme à Baggio (Milan) | Famille capitaniale milanaise |
| vers 1055 | Ordination sacerdotale à Milan | Engagement dans la Pataria |
| 1056-1057 | Évêque de Lucques | Pilier du parti réformateur |
| 13 avril 1059 | Décret In Nomine Domini | Élection papale réservée aux cardinaux |
| 30 septembre 1061 | Élection d'Alexandre II | Premier pape élu sous le décret de 1059 |
| 28 octobre 1061 | Antipape Cadalus élu à Bâle | Ouverture du schisme |
| 14 avril 1062 | Combat aux portes de Rome | Cadalus occupe les abords de Saint-Pierre |
| Octobre 1062 | Concile d'Augsbourg | L'Empire reconnaît Alexandre II |
| Avril 1063 | Synode du Latran | Réforme : simonie, nicolaïsme, investiture |
| 1063-1064 | Lettres sur les Juifs, campagne de Barbastro | Protection des Juifs ; bannière en Espagne |
| 31 mai 1064 | Concile de Mantoue | Légitimité d'Alexandre II reconnue |
| 1066 | Bannière à Guillaume le Conquérant | Conquête normande de l'Angleterre |
| 1070 | Déposition de Stigand, Lanfranc à Cantorbéry | Réforme de l'Église anglaise |
| 1069-1072 | Divorce de Henri IV, archevêché de Milan | Conflit naissant avec l'Empire |
| 21 avril 1073 | Mort au palais du Latran | Fin du pontificat |
| 22 avril 1073 | Acclamation et élection de Grégoire VII | Continuité de la réforme |
Pour aller plus loin
- Saint Grégoire VII (1073-1085) — l'archidiacre Hildebrand, conseiller puis successeur d'Alexandre II.
- Saint Pierre Damien — cardinal-ermite, défenseur d'Alexandre II contre l'antipape Cadalus.
- Saint Léon IX (1049-1054) — inaugurateur de la papauté réformatrice qu'Alexandre II prolonge.
- Pape Nicolas II — auteur du décret électoral de 1059.
- Pape Clément II (1046-1047) — premier pape allemand de la réforme, autre cas de légitimité reçue a posteriori.
- Antipape Honorius II (Cadalus de Parme) — le rival d'Alexandre II.
- La réforme grégorienne — le grand mouvement dont Alexandre II est l'un des fondateurs.
- La querelle des Investitures — conflit que prépare l'affaire de Milan sous Alexandre II.
- La Pataria milanaise — mouvement réformateur dont Anselme de Baggio fut l'un des chefs.
- Guillaume le Conquérant — bénéficiaire de la bannière pontificale en 1066.
Notes et références
Detlev Jasper, Das Papstwahldekret von 1059. Überlieferung und Textgestalt, Beiträge zur Geschichte und Quellenkunde des Mittelalters 12, Sigmaringen, Jan Thorbecke, 1986 : édition critique et analyse du décret In Nomine Domini de Nicolas II (synode du Latran, 13 avril 1059), versions papale et impériale, rôle décisif des cardinaux-évêques.
1 11 34 35 90Treccani, "Alessandro II", Enciclopedia dei Papi (2000) et Enciclopedia on line : Anselmo da Baggio, famille capitaniale milanaise liée à la cour impériale, formation, évêque de Lucques (nomination par Henri III en 1056, première mention documentée le 24 mars 1057), légations milanaises, élection du 30 septembre 1061, schisme cadalien, mort le 21 avril 1073. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/alessandro-ii_(Enciclopedia-dei-Papi)/.
2 10 22 31 36 80 94Catholic Encyclopedia, "Cadalous" (antipape Honorius II) : évêque de Parme, élu à Bâle le 28 octobre 1061 par une assemblée convoquée par l'impératrice Agnès et présidée par le chancelier impérial Guibert, marche sur Rome, combat du 14 avril 1062, concile d'Augsbourg (octobre 1062), excommunication, concile de Mantoue (1064), mort à Parme en 1072. URL : https://www.newadvent.org/cathen/03128c.htm.
3 40 42 44 49 50Tilmann Schmidt, Alexander II. (1061-1073) und die römische Reformgruppe seiner Zeit, Päpste und Papsttum 11, Stuttgart, Anton Hiersemann, 1977 : monographie de référence sur le pontificat d'Alexandre II, le groupe réformateur romain, le déroulement du schisme cadalien et le concile de Mantoue.
4 12 26 48 51Catherine Morton, "Pope Alexander II and the Norman Conquest", Latomus. Revue d'études latines 34, fasc. 2, 1975, p. 362-382 : étude critique soutenant que la bannière serait une invention de Guillaume de Poitiers et que le soutien romain à la conquête serait rétrospectif.
5 14 55 57Alberto Ferreiro, "The Siege of Barbastro 1064-65: a reassessment", Journal of Medieval History 9, n° 2, 1983, p. 129-144 : réexamen de l'expédition de Barbastro soutenue par Alexandre II, de son caractère « pré-croisade » et de la caractérisation de Ramón Menéndez Pidal.
6 15 64 67Shlomo Simonsohn, The Apostolic See and the Jews. Documents 492-1404, Pontifical Institute of Mediaeval Studies, Toronto, 1988 : édition des trois lettres d'Alexandre II (1063) — « Omnes leges » (p. 35), « Placuit nobis » (p. 35-36) et « Noverit prudentia » (p. 36) — adressées aux évêques d'Espagne ainsi qu'à l'archevêque Gaufrid de Narbonne et au vicomte de la même cité, dans le contexte des violences commises par des combattants en route vers l'Espagne (expédition de Barbastro) ; elles distinguent la cause des Juifs de celle des Sarrasins et interdisent de verser le sang des Juifs.
7 20 68 70 72 74 91Sur la mort d'Alexandre II (21 avril 1073) et l'acclamation de Hildebrand comme Grégoire VII (22 avril 1073) lors des funérailles au Latran : voir les récits de l'élection de 1073 rassemblés dans le Registrum de Grégoire VII (éd. Erich Caspar, MGH Epistolae selectae II) et le Liber ad amicum de Bonizo de Sutri.
8 81 84Bonizo de Sutri, Liber ad amicum, livre VI, rédigé vers 1085-1086, éd. Ernst Dümmler, MGH Libelli de lite imperatorum et pontificum I, Hanovre, 1891 : chronique grégorienne partisane couvrant l'élection de 1061, le schisme cadalien et l'acclamation de Hildebrand en 1073.
9 53 85 86Ian Stuart Robinson, The Papacy 1073-1198. Continuity and Innovation, Cambridge University Press, Cambridge, 1990 : contexte institutionnel de la réforme romaine, continuité entre Alexandre II et Grégoire VII, rôle de l'archidiacre Hildebrand.
13 41 52 54 79Cinzio Violante, La Pataria milanese e la riforma ecclesiastica, vol. I, Le premesse (1045-1057), Istituto Storico Italiano per il Medio Evo, Rome, 1955 : étude fondatrice sur la Pataria milanaise, Ariald, Erlembald et le rôle d'Anselme de Baggio dans le mouvement réformateur.
16 28 29 33 78Ian Stuart Robinson, Henry IV of Germany, 1056-1106, Cambridge University Press, Cambridge, 1999 : régence d'Agnès de Poitiers, coup de Kaiserswerth et prise de pouvoir d'Annon de Cologne, affaire du divorce de Berthe de Savoie (1069), conflit de l'archevêché de Milan et excommunication des conseillers royaux (1072).
17 19 39 43 75 77Tradition hagiographique ancienne, confirmée au niveau encyclopédique mais sans source primaire citée : la New Catholic Encyclopedia (notice "Stanislaus of Cracow, St.", via encyclopedia.com) écrit que "Pope Alexander II nominated him successor to Bishop Lambert in the Diocese of Cracow in 1072". URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/stanislaus-cracow-st. L'ancienne Catholic Encyclopedia (notice "St. Stanislaus of Cracow", reprise par Catholic Answers) précise qu'élu après la mort de Lambert, il n'accepta que "on explicit command of Pope Alexander II". URL : https://www.catholic.com/encyclopedia/stanislaus-of-cracow-saint. Même tradition relayée par le diocèse de Burlington ("Saint Stanislaus of Krakow") : Stanislas, élu en 1072 après la mort de l'évêque Lambert, "accepted it in obedience to Pope Alexander II's order". URL : https://www.vermontcatholic.org/saints/saint-stanislaus-of-krakow/. Même tradition relayée par Sacred Space (jésuites irlandais), commentaire du 11 avril : "would only accept the post on the explicit command of Pope Alexander II". URL : https://sacredspace.com/commentary/f0411s/.
18 83Décret de Gratien (Concordia discordantium canonum, vers 1140), C. 23, q. 8, c. 11, éd. Emil Friedberg, Corpus iuris canonici I, Leipzig, 1879, col. 955 : reprise de la décision d'Alexandre II sous l'incipit « Dispar nimirum est Iudeorum et Sarracenorum causa », entrée dans le droit canonique classique.
21 71J. P. Kirsch (et auteurs associés), "Pope Alexander II", The Catholic Encyclopedia, vol. 1, Robert Appleton Company, New York, 1907, repris par New Advent : Anselme de Baggio, fondateur de la Pataria, élève supposé de Lanfranc au Bec, évêque de Lucques en 1057, élection sous le décret de 1059, antipape Cadalus, concile de Mantoue 1064, soutien à Guillaume le Conquérant, promotion de Lanfranc à Cantorbéry, mort le 21 avril 1073. URL : https://www.newadvent.org/cathen/01286a.htm.
23 24 27 30 32 37 38 93Encyclopædia Britannica, "Alexander II (pope)" : naissance à Baggio près de Milan, études au Bec sous Lanfranc, évêque de Lucques, pape de 1061 à 1073, opposition de la cour germanique et antipape Honorius II (Cadalus de Parme) « abandonné en 1062 par les régents allemands », collaboration avec Hildebrand et Pierre Damien, bénédiction de la conquête de l'Angleterre par Guillaume en 1066, mort le 21 avril 1073. URL : https://www.britannica.com/biography/Alexander-II-pope.
25 45 63 95Pierre Damien, Disceptatio synodalis (1062), éd. dans les MGH Libelli de lite imperatorum et pontificum saeculis XI. et XII. conscripti I, Hanovre, 1891 : débat fictif entre un défenseur de l'Église romaine et un défenseur du roi, établissant la légitimité d'Alexandre II contre l'antipape Cadalus.
46 87Pierre Damien, Briefe, éd. Kurt Reindel, Monumenta Germaniae Historica. Die Briefe der deutschen Kaiserzeit IV, 4 tomes, Munich, 1983-1993 : lettres contre Cadalus et légation auprès de Henri IV au sujet de la répudiation de Berthe de Savoie.
47 76 88Marc Morris, The Norman Conquest, Londres, 2012, notes du chapitre sur Hastings : contre Morton, le soutien romain s'appuie notamment sur une lettre de Grégoire VII à Guillaume évoquant explicitement son soutien à l'invasion (avec renvoi à Elisabeth van Houts et George Garnett).
58Carl Erdmann, Die Entstehung des Kreuzzugsgedankens, Forschungen zur Kirchen- und Geistesgeschichte 6, Stuttgart, W. Kohlhammer, 1935 (trad. anglaise The Origin of the Idea of Crusade, Princeton, 1977) : ouvrage classique sur la naissance de l'idée de croisade et le rôle du vexillum sancti Petri sous Alexandre II.
59 60 66Margaret Gibson, Lanfranc of Bec, Clarendon Press, Oxford, 1978 : biographie de référence de Lanfranc, déposition de Stigand pour simonie et pluralisme, élection de Lanfranc à Cantorbéry (15 août 1070), réception du pallium à Rome (1071) sous Alexandre II.
61 62Ramón Menéndez Pidal, La España del Cid, Madrid, 1929 (rééditions ultérieures) : c'est à lui qu'est attribuée la caractérisation de l'expédition de Barbastro de 1064 comme une croisade avant les croisades — attribution notoire, relayée et discutée par Alberto Ferreiro dans son réexamen de 1983 (voir [^ferreiro-1983]). Faute d'accès à l'ouvrage, le libellé espagnol exact et la page n'ont pu être contrôlés sur le texte : la formule est donc donnée ici en paraphrase, non en citation.
65Council of Centers on Jewish-Christian Relations, "Pope Alexander II, Warning Against Violence Toward the Jews (ca. 1060)", d'après Alexis P. Rubin, Scattered Among the Nations. Documents Affecting Jewish History 49 to 1975, p. 30 : traduction de la lettre aux évêques d'Espagne distinguant Juifs et Sarrasins et citant le principe de Grégoire le Grand. URL : https://www.ccjr.us/dialogika-resources/primary-texts-from-the-history-of-the-relationship/alexander-ii.
69 73Le lieu de sépulture reste hypothétique : la notice courante donne la basilique du Latran comme lieu traditionnel, sans tombe conservée qui permette de l'établir. Recension indicative (non savante) « List of non-extant papal tombs » : « Unknown but lost — Either the Lateran Archbasilica or St. Peter's ».
82Benzon d'Albe (Benzo von Alba), Ad Heinricum IV imperatorem libri VII, éd. dans les MGH Scriptores XI : pamphlet pro-impérial hostile à Alexandre II et favorable à l'antipape Cadalus, source adverse à confronter avec les sources réformatrices.
89Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ éd. revue par S. Loewenfeld, F. Kaltenbrunner et P. Ewald, Leipzig, Veit, 1885-1888 : recensement chronologique des actes pontificaux conservés sous le nom d'Alexandre II.
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