Pape Clément II (Clemens II), de son nom de baptême Suidger de Morsleben et Hornburg, est le 149e pape de l'Église catholique selon la liste officielle du Saint-Siège.[2] Évêque de Bamberg avant son élection, il est élu le 24 décembre 1046 et consacré le 25 décembre 1046, jour de Noël, à la basilique Saint-Pierre.[3][4] Son pontificat, l'un des plus courts du Moyen Âge, prend fin neuf mois et demi plus tard, le 9 octobre 1047, près de Pesaro.[5]
Clément II n'est pas seulement un pape de transition. Il est le premier d'une série de papes germaniques réformateurs voulus par l'empereur Henri III pour mettre fin à un siècle de papauté dynastique romaine.[6] Son élection sort directement du synode de Sutri (20 décembre 1046 : déposition de Sylvestre III, abdication de Grégoire VI), prolongé par une session romaine (24 décembre : déposition de Benoît IX en son absence) — et qui ouvre, selon les historiens modernes, la voie pratique à la réforme grégorienne.[7][8][9]
Son pontificat tient en trois actes. D'abord, le couronnement impérial d'Henri III et de l'impératrice Agnès de Poitou le jour même de sa propre consécration. Ensuite, un synode anti-simonie tenu au Latran en janvier 1047, qui excommunie les vendeurs de charges spirituelles et impose une pénitence de quarante jours aux ordonnés simoniaques de bonne foi.[10][11] Enfin, la canonisation de sainte Wiborada de Saint-Gall, présentée par le Dictionnaire historique de la Suisse (Peter Erhart) comme la première canonisation d'une femme selon la procédure officielle romaine.[12][13]
Sa mort prématurée, dans des circonstances disputées entre la malaria romaine et un empoisonnement au plomb — hypothèse longtemps tenue pour folklorique, à laquelle Blumenthal donne crédit (« lending credence ») d'après l'examen chimico-toxicologique des restes exhumés à Bamberg (sarcophage ouvert en 1942, étude allemande publiée en 1959), avec la réserve expresse de Laqua — fait de Clément II l'un des rares papes dont la mort a été examinée par les méthodes contemporaines.[14][15][16] Son tombeau, conservé dans le chœur occidental de la cathédrale de Bamberg, est celui du seul pape enterré au nord des Alpes.[17]
« Clément est le premier de plusieurs papes "allemands" qui poussèrent les buts de la réforme ecclésiastique dans la ville de Rome. » (traduction française ; original anglais : « Clement II is the first of several "German" popes who pushed the aims of ecclesiastical reform in the city of Rome. ») — Uta-Renate Blumenthal, New Catholic Encyclopedia, 2003, vol. 3, p. 781-782[18]
Pourquoi Clément II compte-t-il ?
Un pape court, un tournant long
Neuf mois et demi de pontificat ne suffisent pas à laisser une œuvre doctrinale : le Regesta de Jaffé ne recense sous son nom qu'une vingtaine d'actes (n° 4131-4152)[19] — aucune encyclique au sens moderne du terme, aucune décrétale fondatrice, et une correspondance conservée mince. Pourtant, son élection est l'un des points de bascule les plus nets de l'histoire de la papauté médiévale — au même titre que celle de Léon IX deux ans plus tard ou que la mort de Grégoire VII en 1085.
La raison est simple : avant Sutri, l'élection pontificale était devenue, depuis près d'un siècle, le butin de quelques familles romaines — les Crescentii puis les Comtes de Tusculum — qui transmettaient le siège de Pierre de frère en frère puis d'oncle en neveu — Benoît VIII, puis son frère Jean XIX, puis leur neveu Benoît IX.[20][21] Après Sutri, l'empereur germanique impose un pape étranger à ces réseaux. Le principe d'une réforme par le haut est posé. La papauté ne s'en remettra plus, jusqu'à la querelle des Investitures, au pouvoir des grandes familles romaines.
Le premier d'une série
Clément II n'est pas un cas isolé. Il ouvre une série de quatre papes germaniques voulus par Henri III : lui-même (1046-1047), Damase II (1048), saint Léon IX (1049-1054) et Victor II (1055-1057). Tous viennent du clergé impérial allemand, tous portent un programme de lutte contre la simonie et l'incontinence cléricale.[22][23] Léon IX est celui qui rendra ce programme spectaculaire ; Clément II est celui qui le rend possible.
Une question canonique qui hante l'historiographie
L'élection de Clément II soulève aussi une question canonique réelle : un empereur peut-il faire élire un pape ? Et un évêque peut-il conserver son siège local en devenant pape ? Clément II garde Bamberg ; il signe encore certains actes comme évêque de Bamberg pendant son pontificat romain.[24][25] Cette pratique — papa qui et episcopus, « pape qui est aussi évêque » — sera progressivement abandonnée dans la seconde moitié du XIᵉ siècle, à mesure que s'imposera la conscience canonique de l'incompatibilité entre la charge papale et un évêché local.[26]
Le rédacteur catholique ne doit ni cacher cette difficulté ni en faire une condamnation rétrospective. L'Église, à l'époque, a reçu Clément II comme pape légitime. Les usuels consultés (Kelly-Walsh, Laqua) ne signalent aucune protestation durable ni aucun synode postérieur ayant remis en cause son inscription dans la liste officielle.[27][28] Mais l'historien voit clairement que la forme de son élection appartient à un monde qui s'éteint, et que la réforme qu'il inaugure aboutira à exclure ce même type d'élection.
Suidger de Morsleben avant Rome
Une famille comtale saxonne
Suidger naît vers 1005 à Hornburg, en Saxe, dans une famille comtale — son nom séculier officiel est « Suidger, Graf von Morsleben und Hornburg » — liée par le sang aux grandes lignées du Saint-Empire.[29][30][31] L'année 1005 est donnée par l'Ökumenisches Heiligenlexikon ; la Catholic Encyclopedia (Loughlin, 1908) indique prudemment « Date of birth unknown » et la NDB (Elze) ne date pas la naissance — d'où le « vers ».[32][33] Son père est le comte Konrad de Morsleben et Hornburg ; sa mère, Amulrad, est la sœur de l'archevêque Walthard de Magdebourg († 1012).[34][35] Son frère cadet Konrad, chanoine de Saint-Maurice de Magdebourg, est donné par l'Annalista Saxo comme patriarche d'Aquilée — identification que Laqua écarte comme une confusion probable avec une autre personne, son nom étant absent de la liste épiscopale locale.[36]
Cette origine n'est pas un détail. Elle situe Suidger dans une élite cléricale germanique habituée à servir à la fois l'Église et l'Empire, sans voir entre eux la séparation que la réforme grégorienne posera plus tard. Cette continuité explique en grande partie pourquoi Henri III pourra l'appeler à Rome : Suidger n'est pas un étranger au monde impérial, il en est un fruit.
La formation à Halberstadt
Suidger est éduqué à l'école cathédrale de Halberstadt, l'une des grandes écoles épiscopales du Reich.[37][38] Il y devient chanoine du chapitre Saint-Étienne — une charge qui n'est ni glorieuse ni triviale : elle marque l'entrée dans le clergé majeur et ouvre l'accès aux postes de chapellenie impériale.
Les sources ne disent rien de ses lectures ni de son style intellectuel. Aucune œuvre théologique ne lui est attribuée. Ce profil est typique des évêques saliens : des administrateurs ecclésiastiques plus que des théologiens, formés à gérer un diocèse, conseiller un empereur et tenir liturgie et finances ensemble.
Chapelain impérial sous Conrad II puis Henri III
Vers 1032, Suidger entre comme chapelain de l'archevêque Hermann II de Hambourg-Brême.[39] Vers 1035, il passe à la chapelle impériale sous Conrad II le Salique, puis sous son fils Henri III. La chapelle impériale est, au XIᵉ siècle, le réservoir de cadres ecclésiastiques de l'Empire : on y forme les futurs évêques, archevêques et même papes. Suidger y gagne la confiance d'Henri III, élément décisif pour la suite.
Évêque de Bamberg en 1040
Henri III confie à Suidger le siège épiscopal de Bamberg, fondé en 1007 par l'empereur Henri II le Saint et son épouse Cunégonde. Suidger est consacré évêque le 28 décembre 1040 par Bardo, archevêque de Mayence.[40][41] Bamberg n'est pas un siège ordinaire : c'est un évêché impérial direct, fondation personnelle de la dynastie ottonienne, lié à la mémoire d'un empereur saint. Y nommer son chapelain est un signe de confiance.
Comme évêque, Suidger consolide la cathédrale, accroît les biens du diocèse et participe aux assemblées impériales. Ses six années à Bamberg (1040-1046) lui donnent le profil que cherche Henri III en 1046 : un évêque allemand pieux, loyal, sans réseau romain, sans liens avec les Crescentii ni avec les Tusculans.
Loughlin le décrit comme un Saxon de noble extraction, évêque de Bamberg, que le roi Henri III présenta au clergé et au peuple romains malgré ses protestations, et qui tint à conserver son évêché (résumé).[42]
Rome avant Sutri : la papauté capturée
Le siècle des Comtes de Tusculum
Pour comprendre Sutri, il faut comprendre ce qui le précède. Depuis la fin du saeculum obscurum romain (la « siècle obscur » des Xᵉ-XIᵉ siècles), la chaire de Pierre est devenue la propriété quasi-héréditaire d'une famille : les Comtes de Tusculum, descendants du sénateur romain Théophylacte.[43] Trois Tusculans se succèdent sur le siège romain :
- Benoît VIII (1012-1024), Théophylacte II ;
- Jean XIX (1024-1032), frère du précédent, laïc consacré en quelques jours pour recevoir la papauté ;
- Benoît IX (élu en 1032), Théophylacte III, neveu des deux précédents, élu vers l'âge de vingt ans, peut-être moins.[44][45]
Cette papauté héréditaire n'est pas une fiction polémique : elle est la structure réelle de l'Église de Rome au début du XIᵉ siècle. Les Tusculans rachètent leurs ennemis, paient leurs alliés, et tiennent la ville par les armes. Le pape est, simultanément, le successeur de Pierre, le seigneur féodal du Patrimonium Petri et le chef d'une famille armée.
Benoît IX, trois fois pape
Le cas de Benoît IX est le plus extrême. Élu vers 1032 contre toute règle canonique de l'âge minimum, expulsé une première fois en 1044 au profit de Sylvestre III (Jean de Sabina, soutenu par la faction Crescentienne), rétabli en 1045, il vend ensuite la papauté à son parrain — l'archiprêtre Jean Gratien — qui prend le nom de Grégoire VI.[46][47][48]
Le portrait que Desiderius du Mont-Cassin (futur pape Victor III) trace de Benoît IX au livre III de ses Dialogues sur les miracles de saint Benoît (vers 1080) est sans complaisance : il y accumule contre lui rapines, meurtres et autres actes inavouables (résumé, non citation au mot près).[49]
L'apologétique catholique n'a aucun intérêt à minimiser ce témoignage. L'histoire réelle de l'Église passe par des moments où le Siège de Pierre est gravement compromis dans la personne de ses titulaires. La promesse faite à Pierre n'a jamais été que les hommes seraient saints ; elle est que la doctrine serait gardée. C'est précisément en regardant Benoît IX qu'on mesure la liberté avec laquelle l'Église catholique reconnaît l'indignité de certains papes — et la solidité de la structure qui leur survit.
Le geste extraordinaire de Grégoire VI
Le cas de Grégoire VI mérite d'être posé honnêtement. Jean Gratien, son nom de baptême, est un homme pieux. Celui dont Hildebrand — le futur saint Grégoire VII — fut le chapelain n'est pas un simoniaque ordinaire. Selon plusieurs sources médiévales et savantes, il rachète la papauté à Benoît IX précisément pour la lui arracher et restaurer la dignité du Siège apostolique.[50][51] L'opération est canoniquement illicite — l'argent pour une charge spirituelle est par définition simonie — mais l'intention est, selon ses défenseurs ultérieurs (au premier rang desquels Pierre Damien), pénitente et réformatrice.
C'est ce qui rendra le synode de Sutri si délicat. Grégoire VI n'est pas un brigand ; c'est un réformateur qui a employé un moyen défendu pour servir un bien. Henri III doit décider, et l'Église après lui : peut-on garder un pape dont l'élection est entachée de simonie matérielle, même si l'intention était droite ? La réponse de Sutri sera non.
Le synode de Sutri (20-24 décembre 1046)
Henri III en Italie
À l'automne 1046, Henri III descend en Italie avec ses grands et son armée. Il vient se faire couronner empereur — ce que ses prédécesseurs avaient fait à Rome — mais il doit d'abord résoudre le scandale des trois papes. Aucun des trois prétendants n'est canoniquement défendable : Benoît IX par son indignité notoire, Sylvestre III par les conditions troubles de son élection, Grégoire VI par la simonie matérielle.
Le 20 décembre 1046, Henri III convoque un synode à Sutri, à une quarantaine de kilomètres au nord de Rome. Les évêques d'Allemagne et d'Italie y sont rassemblés. Le but n'est pas seulement de dénouer une querelle locale : il est de rendre la papauté à elle-même.[52][53][54]
Quatre décisions
Le synode de Sutri, prolongé par une seconde session à Rome les 23-24 décembre, prend quatre décisions :
- Sylvestre III est déposé, dégradé du rang sacerdotal et enfermé dans un monastère.[55][56]
- Grégoire VI se dépose lui-même après avoir reconnu publiquement que son élection était entachée de simoniaca pravitas. Les sources ne sont pas tout à fait unanimes sur le caractère volontaire ou contraint de ce geste.[57][58]
- Benoît IX, qui refuse de comparaître, est déposé en son absence lors de la seconde session, à Rome, les 23-24 décembre.[59]
- Le siège romain étant déclaré vacant, Henri III propose un candidat. Son premier choix, Adalbert, archevêque de Brême, refuse. Henri propose alors Suidger de Bamberg, qui — selon Loughlin — proteste avant d'accepter.[60][61]
La question de la validité canonique
Le synode de Sutri n'est pas un concile œcuménique. L'Église catholique ne le compte pas dans la liste des conciles généraux.[62] C'est un synode local convoqué par l'empereur, dans une situation d'urgence canonique, avec l'autorité du titre romain de patricius qui sera officialisée le jour du couronnement.
Faut-il en déduire que Sutri est invalide ? Non. La réception ultérieure de l'Église — qui a pleinement reconnu Clément II et toute la lignée de ses successeurs réformateurs — vaut régularisation effective. Les usuels consultés (Kelly-Walsh, Laqua) ne rapportent aucune remise en cause par un successeur de la déposition des trois prétendants.[63][64] La réforme grégorienne, qui voudra bientôt interdire toute intervention impériale dans l'élection papale, n'a pas pour autant déclaré nuls les pontificats de Clément II, Damase II, Léon IX ou Victor II.
Ce point est important contre une lecture sédévacantiste hâtive. L'irrégularité de la procédure n'annule pas la validité de l'élection ratifiée par la réception ecclésiale. Le cas Clément II est, avec celui de Léon VIII, le grand cas d'école médiéval de cette distinction.
La notice Britannica sur Grégoire VI décrit de même un concile de Sutri tenu par Henri III en 1046, où Grégoire, accusé de simonie, fut déposé le 20 décembre.[65]
Élection et couronnement (24-25 décembre 1046)
Une élection romaine sous regard impérial
Après la déposition des trois prétendants, le clergé et le peuple romains procèdent à une nouvelle élection le 24 décembre 1046. Suidger est élu pape.[66][67] La forme romaine est respectée — élection par le clergé et acclamation du peuple — mais la pression impériale est manifeste. Henri III a présenté le candidat ; les Romains acceptent.
Suidger prend le nom de Clément II. Le choix n'est pas neutre. Il évoque saint Clément I (vers 88-97), troisième successeur de Pierre et figure de la clementia romaine. Il évoque aussi un pape de réforme contre les schismes — Clemens signifiant à la fois clément et apaisé. Le programme est en germe dans le nom.
Le 25 décembre 1046 : trois actes en un jour
Le jour de Noël 1046, Clément II est consacré évêque de Rome à la basilique Saint-Pierre. Le même jour, il couronne empereur Henri III et l'impératrice Agnès. Henri III reçoit en outre du peuple romain et du pape le titre de Patricius Romanorum, dignité qui, depuis le Xᵉ siècle, conférait un droit moral d'intervention dans l'élection pontificale.[68][69][70]
La simultanéité est saisissante. En une seule journée, Rome reçoit un pape allemand, l'empereur reçoit la couronne romaine, et l'empereur reçoit aussi le titre romain qui légalise sa surveillance sur les futures élections pontificales. C'est, en miniature, toute la logique du XIᵉ siècle germanique : protection mutuelle entre l'empereur et le pape, mais protection qui penche du côté impérial.
Suidger reste évêque de Bamberg
Détail qui paraîtra anecdotique au lecteur moderne et qui ne l'est pas pour l'historien de la réforme : Clément II garde son siège de Bamberg. Plusieurs actes de son pontificat le mentionnent comme évêque de Bamberg et comme pape simultanément.[71][72] Werner Goez a consacré à cette pratique un article fondateur, Papa qui et episcopus (Archivum Historiae Pontificiae 8, 1970), qui montre que la conscience canonique de l'incompatibilité entre la charge papale et un évêché local ne s'imposera que progressivement, dans la seconde moitié du XIᵉ siècle.[73]
| Date | Acte | Portée |
|---|---|---|
| 20 décembre 1046 | Synode de Sutri — déposition de Sylvestre III, auto-déposition de Grégoire VI | Sortie de la papauté tusculane |
| 23-24 décembre 1046 | Seconde session à Rome — déposition de Benoît IX en son absence | Vacance complète du siège |
| 24 décembre 1046 | Élection de Suidger | Premier pape allemand de la série réformatrice |
| 25 décembre 1046 | Consécration de Clément II | 149e pape selon la liste officielle |
| 25 décembre 1046 | Couronnement d'Henri III et d'Agnès | Renaissance impériale salienne |
| 25 décembre 1046 | Henri III reçoit le titre de Patricius Romanorum | Encadrement futur des élections papales |
| Janvier 1047 | Synode du Latran contre la simonie | Acte fondateur de la réforme |
Le synode anti-simonie de janvier 1047
Tenu sous la double présidence
Le synode romain de janvier 1047 est tenu au Latran sous la présidence de Clément II, en présence d'Henri III.[74][75] La double présidence n'est pas une concession ; elle est l'expression normale, à l'époque, de la solidarité entre le pape et l'empereur dans la lutte contre les abus internes de l'Église. Le synode rassemble les évêques disponibles à Rome — y compris l'ermite Pierre Damien, qui n'est pas encore évêque mais déjà une voix spirituelle écoutée.[76]
Le décret central
Le décret central, rapporté par la Catholic Encyclopedia sous la plume de James Loughlin (1908), tient en deux propositions :
- Toute vente ou achat de chose spirituelle est puni d'excommunication.
- Tout clerc qui aurait sciemment reçu l'ordination des mains d'un prélat coupable de simonie doit accomplir une pénitence canonique de quarante jours.[77]
« L'achat et la vente des choses spirituelles fut puni d'excommunication ; quiconque accepterait sciemment l'ordination des mains d'un prélat coupable de simonie devra faire pénitence canonique pendant quarante jours. » — James Loughlin, Catholic Encyclopedia, 1908, traduction française[78]
La portée est plus subtile qu'elle n'en a l'air. Le décret ne prononce pas l'invalidité des ordres conférés par des prélats simoniaques. Il impose seulement une pénitence. Cette modération aura un effet immédiat : elle permet à toute une partie du clergé européen, ordonné dans des conditions douteuses, de rester en place après pénitence, sans qu'on doive réordonner des milliers de prêtres.
La défense par Pierre Damien
La question reviendra. En 1052, Pierre Damien consacre un livre entier à ce point — Liber Gratissimus — pour défendre la validité des ordinations simoniaques contre les rigoristes qui veulent les déclarer nulles.[79] La position pastorale modérée de Clément II en 1047 est ainsi théorisée par l'un des grands docteurs spirituels du XIᵉ siècle. Le décret de 1047 n'est donc pas un texte isolé ; il est la première pièce d'un dossier doctrinal sur la validité des sacrements conférés par des indignes.
La canonisation de sainte Wiborada
Au cours de la même année 1047, Clément II canonise sainte Wiborada, recluse bénédictine martyrisée par les Hongrois à Saint-Gall en 926.[80][81] L'acte est présenté par le Dictionnaire historique de la Suisse (Peter Erhart) comme la première canonisation d'une femme selon la procédure officielle romaine — l'institution même de la canonisation papale formelle étant en train de se constituer au XIᵉ siècle.[82] Le geste mérite d'être noté car il révèle déjà, sous Clément II, l'embryon de la centralisation romaine de la canonisation, processus qui ne sera totalement achevé qu'avec Innocent III et son décret Audivimus (1199-1234).
Le voyage en Italie du Sud et la mort (1047)
Bénévent, Capoue, Monte-Cassino
Au printemps et à l'été 1047, Clément II accompagne Henri III dans une expédition en Italie du Sud.[83] À Bénévent, où les habitants refusent l'accueil de l'empereur, le pape frappe la ville d'une censure : Laqua parle de « scomunica » lancée contre la ville, Loughlin d'un « interdict » placé sur Bénévent.[84][85] La cortège passe ensuite par Capoue, Salerne et le Mont-Cassin, abbaye fondamentale de l'Italie médiévale.
Ces déplacements ne sont pas anodins. Ils montrent un pape qui ne se laisse pas confiner à Rome, qui sanctionne, qui légifère, qui couronne. Sur un pontificat de neuf mois et demi, Clément II est à Rome moins de la moitié du temps. Sa figure d'homme du Nord parcourant l'Italie du Centre et du Sud avec l'empereur préfigure la mobilité de Léon IX.
La mort à San Tommaso in Foglia
Sur le chemin du retour, Clément II tombe malade et meurt le 9 octobre 1047 au monastère San Tommaso sull'Aposella près de Pesaro (San Tommaso in Foglia).[86][87] Les sources médiévales latines parlent d'un valido corporis languore — un puissant affaiblissement du corps — survenu peu avant la fin.[88]
Deux causes ont été avancées immédiatement, et une troisième l'a été par la science moderne :
- Malaria romaine — endémique dans les marais de la côte tyrrhénienne, elle a fauché plusieurs papes du XIᵉ siècle (notamment Damase II l'année suivante). C'est l'hypothèse la plus naturelle.[89]
- Empoisonnement par les partisans de Benoît IX — la rumeur médiévale est ancienne. Loughlin, dans la Catholic Encyclopedia de 1908, la qualifie de « a mere suspicion without proof » (une simple suspicion sans preuve).[90]
- Intoxication subchronique au plomb — hypothèse contemporaine, fondée sur l'examen médico-légal de ses restes en 1959 (voir section suivante).
L'empoisonnement au plomb : enquête médico-légale
L'exhumation du XXᵉ siècle
Les restes de Clément II ont été examinés au cours du XXᵉ siècle dans le cadre des travaux de la cathédrale de Bamberg. Les sources divergent légèrement sur la date de cet examen — la New Catholic Encyclopedia (Blumenthal) donne une exhumation en 1942, l'Ökumenisches Heiligenlexikon parle d'un examen des restes en 1958.[91][92] Ce qui est certain, c'est que l'étude médico-légale est publiée en 1959, dans l'une des revues criminalistiques de référence du monde germanophone.
L'étude Specht & Fischer (1959)
L'étude de référence est :
Walter Specht et Kurt Fischer, « Vergiftungsnachweis an den Resten einer 900 Jahre alten Leiche (Papst Clemens II.) » — Archiv für Kriminologie, Bd. 124, H. 3-4 (1959), p. 61-84.[93]
Les deux toxicologues, attachés à l'université de Munich, examinent les os et fragments organiques conservés dans le tombeau. Le titre est explicite : Preuve d'empoisonnement sur les restes d'un cadavre vieux de 900 ans (le pape Clément II). Le diagnostic central tient en deux propositions :
- Les os de Clément II présentent des concentrations de plomb anormalement élevées par rapport aux valeurs attendues pour un homme de son époque.
- Le profil correspond à une intoxication subchronique — c'est-à-dire répétée et prolongée sur plusieurs semaines ou mois — plutôt qu'à un empoisonnement aigu unique.
« Les examens ont fourni des indices en faveur d'un empoisonnement subchronique au plomb. » — Hans Peter Laqua, Enciclopedia dei Papi, Treccani, 2000, traduction française[94]
Sucre de plomb ?
La substance suspectée par les auteurs est l'acétate de plomb — le Bleizucker, « sucre de plomb » — utilisé au Moyen Âge et bien au-delà pour adoucir le vin. Le composé est doux au goût et soluble. Une consommation régulière de vin sucré au plomb produit exactement le tableau observé par Specht et Fischer : accumulation osseuse progressive, langueur, troubles digestifs, faiblesse terminale.
Meurtre ou usage médicinal ?
L'étude de 1959 reste prudente sur la qualification. Une intoxication subchronique au plomb est compatible avec trois scénarios :
- Empoisonnement intentionnel répété par un adversaire de Clément II — la rumeur médiévale des partisans de Benoît IX trouverait alors un fondement matériel.
- Empoisonnement involontaire d'origine alimentaire — vin sucré au plomb consommé sur des mois, ce qui était banal dans l'aristocratie ecclésiastique de l'époque.
- Usage médicinal du plomb — l'acétate de plomb avait au Moyen Âge des applications médicinales en cataplasme ou en pommade ; une exposition prolongée par voie cutanée ou orale est plausible.
La discussion historiographique ultérieure — synthétisée par Steffen Berg dans Anwalt der Opfer (2002) et par Markus Knipp dans sa recension du Gresser (2008) — a modéré la thèse du meurtre intentionnel sans la réfuter totalement.[95][96] Laqua (2000), lui, va plus loin dans l'autre sens : il juge les rumeurs d'empoisonnement « prive di fondamento » (dénuées de fondement), les indices de plomb s'expliquant selon lui par l'usage répandu du vaisselier de plomb à l'époque.[97] On peut donc dire : des indices d'intoxication subchronique au plomb sont rapportés par les comptes rendus seconds de l'examen toxicologique (Laqua, Blumenthal, d'après Specht & Fischer 1959, non contrôlé au primaire), mais l'empoisonnement intentionnel reste non démontré — et contesté par Laqua.
Ce que cela change
L'étude Specht & Fischer fait de Clément II l'un des rares papes médiévaux dont la mort a été examinée par les méthodes contemporaines de toxicologie. Le résultat est intéressant pour l'apologétique : il ne prouve pas l'innocence du parti tusculan, mais il interdit de réduire la mort de Clément II à une légende noire forgée par les réformateurs. L'histoire de l'Église comprend aussi ces affaires-là, et la rigueur catholique n'exige pas de les cacher.
« Une exhumation en 1942 a révélé un taux anormalement élevé de plomb dans ses os, donnant crédit à l'ancienne rumeur selon laquelle il aurait été empoisonné. » (traduction française ; original anglais : « An exhumation in 1942 revealed an abnormally high lead content in his bones, thus lending credence to the ancient rumor that he was poisoned. ») — Uta-Renate Blumenthal, New Catholic Encyclopedia, 2003, vol. 3, p. 781-782[98]
Le tombeau de Bamberg
Translation et inhumation
Selon le souhait de Clément II lui-même, son corps est ramené en Allemagne et inhumé dans la cathédrale impériale de Bamberg, dont il était évêque.[99][100][101] Le transfert en plein automne 1047, depuis Pesaro jusqu'au cœur de la Bavière, est une opération considérable.
Ce choix funéraire est unique dans l'histoire : aucun autre pape de l'histoire ne repose au nord des Alpes.[102] Tous les autres pontifes — y compris les autres papes allemands de la série réformatrice — sont enterrés à Rome ou dans le diocèse de Rome. Clément II fait exception parce qu'il n'avait jamais renoncé à Bamberg pendant son pontificat ; il y retourne donc mort, comme évêque, autant que comme pape.
Le hochgrab du XIIIᵉ siècle
Le tombeau actuel n'est pas celui de 1047. Lors de la grande reconstruction de la cathédrale de Bamberg sous l'évêque Eckbert (le « Dom Eckbertien », consacré en 1237), un nouveau hochgrab — tombeau haut — en marbre italien est exécuté ; Hubel date l'ensemble des environs de 1230.[103] Il est placé dans le chœur occidental, le Westchor, opposé liturgiquement au chœur oriental où sont les autels principaux.
L'iconographie sculptée est riche et structurée :
- Côtés longs : les quatre vertus cardinales — la Justice (balance et épée), la Force (Samson terrassant le lion), la Prudence (au serpent à figure de dragon) et la Tempérance (versant un liquide d'un vase à l'autre).[104]
- Petits côtés : le pape sur son lit de mort et saint Jean-Baptiste.[105]
Achim Hubel a consacré à ce programme iconographique une étude détaillée (Universität Bamberg) qui montre comment le tombeau du XIIIᵉ siècle réinterprète la figure de Clément II dans le sens d'un modèle d'évêque-prince, intégrant les vertus civiles et les figures du seuil de la mort.[106]
Le trésor liturgique
Lors d'ouvertures de la tombe au cours des siècles — notamment en 1731 —, on a retrouvé un ensemble exceptionnel de tissus liturgiques : soies dorées byzantines à médaillons représentant des panthères et des griffons, un calice et une patène. Ces pièces sont aujourd'hui conservées au Diözesanmuseum de Bamberg et constituent l'un des rares ensembles textiles liturgiques du XIᵉ siècle parvenus jusqu'à nous.[107] Sigrid Müller-Christensen leur a consacré une étude technique de référence (1960).
Un sanctuaire impérial
Le tombeau de Clément II ne se comprend pas isolément. Il s'inscrit dans le programme funéraire impérial de la cathédrale de Bamberg, qui abrite aussi les tombeaux de l'empereur Henri II le Saint († 1024) et de son épouse sainte Cunégonde († 1033). Bamberg est ainsi le lieu où l'on peut visiter, en quelques pas, la tombe d'un saint empereur, d'une sainte impératrice et d'un pape — fait unique en Europe.
« Sein Grab ist das einzige erhaltene Papstgrab nördlich der Alpen. » — Formule récurrente des sources allemandes : « Sa tombe est la seule sépulture papale conservée au nord des Alpes. »[108][109]
Statut canonique : une mémoire locale, pas un bienheureux
Clément II n'a jamais fait l'objet d'une béatification ni d'une canonisation formelle : aucune mention de selig, de Seligsprechung ou d'Heiligsprechung ne figure à sa notice.[110] Il n'est pas inscrit au calendrier romain général. Mais il est vénéré localement à Bamberg, et l'Ökumenisches Heiligenlexikon le mentionne avec un Gedenktag (jour de mémoire) au 9 octobre, date de sa mort.[111]
Pourquoi cette demi-canonisation ? Plusieurs raisons s'additionnent :
- Brièveté du pontificat — neuf mois ne suffisent pas à constituer un dossier de sainteté, qui demande une durée d'exemplarité observable.
- Suspicion d'origine impériale — le parti réformateur ultérieur (Léon IX, Pierre Damien, Hildebrand) a chéri Clément II comme déclencheur, mais sans le placer au rang des modèles intouchables.
- Tradition allemande — la mémoire locale de Bamberg a maintenu un culte sobre, sans pousser à une canonisation romaine, ce qui correspond aux usages du Reich médiéval.
Le statut historique est donc clair : Clément II fait l'objet d'une mémoire locale à Bamberg (Gedenktag le 9 octobre), sans béatification ni canonisation formelle ; il n'a donc ni le titre de bienheureux ni celui de saint canonisé. Il reste un repère majeur de l'histoire universelle de l'Église. Erwin Panofsky, cité par Hubel, voit même dans le programme de son tombeau l'indice que Clément II était regardé à Bamberg comme un saint — vénération locale, sans acte romain.[112] L'article doit dire cela honnêtement, sans hagiographie excessive ni dévalorisation moderniste.
Sources : ce qu'on sait, ce qu'on peut dire, ce qu'on ne sait pas
Le noyau sûr
Les sources principales se répartissent en quatre familles : fiches officielles (Vatican.va, Britannica), encyclopédies catholiques (Catholic Encyclopedia 1908, New Catholic Encyclopedia 2003), encyclopédies italiennes savantes (Treccani — Enciclopedia dei Papi 2000) et monographies allemandes (Gresser 2007, Herrmann 1973, Goez 1970, Elze 1957).[113][114][115][116][117][118][119][120][121]
| Point historique | Degré de certitude | Sources principales |
|---|---|---|
| Naissance saxonne (Hornburg, vers 1005) | Fort | Heiligenlexikon (« * 1005 ») ; NDB Elze et Loughlin muets sur l'année |
| Famille comtale de Morsleben | Très fort | NDB Elze |
| Études à Halberstadt, chapelain à Hambourg-Brême | Très fort | NDB Elze ; Laqua |
| Évêque de Bamberg consacré le 28 décembre 1040 | Très fort | NDB Elze ; Treccani |
| Synode de Sutri du 20 décembre 1046 | Très fort | Loughlin ; Laqua ; Bonizo |
| Déposition simultanée de trois prétendants | Fort | Loughlin ; Laqua ; Kelly-Walsh |
| Élection le 24 décembre, consécration le 25 décembre 1046 | Très fort | Vatican ; NCE ; Loughlin ; NDB Elze ; Laqua ; Bamberg |
| Couronnement d'Henri III et d'Agnès le 25 décembre 1046 | Très fort | Vatican ; Loughlin ; Britannica |
| Synode anti-simonie du Latran, janvier 1047 | Très fort | Loughlin ; Laqua |
| Canonisation de sainte Wiborada en 1047 | Fort | DHS (Erhart) ; Loughlin 1908 |
| Mort le 9 octobre 1047 près de Pesaro | Très fort | Vatican ; Laqua |
| Inhumation à Bamberg | Très fort | Bamberger Dom ; Heiligenlexikon |
| Indices d'intoxication subchronique au plomb (seconds comptes rendus) | Moyen | Specht & Fischer 1959 via Laqua et Blumenthal ; primaire non contrôlé |
| Empoisonnement intentionnel | Non démontré ; contesté par Laqua | Loughlin 1908 ; Berg 2002 ; Laqua 2000 |
| Cumul Bamberg + Rome pendant le pontificat | Très fort | Goez 1970 ; Elze |
Sources primaires médiévales
Les principales sources primaires médiévales pour Clément II et le synode de Sutri sont :
- Hermann de Reichenau (Hermannus Contractus), Chronicon, vers 1048-1054 — la chronique allemande la plus proche temporellement des événements.[122]
- Bonizo de Sutri, Liber ad amicum, livre V, vers 1085-1086 — chronique partisane grégorienne à utiliser avec prudence, mais incontournable.[123]
- Desiderius du Mont-Cassin (futur pape Victor III), Dialogi de miraculis sancti Benedicti, livre III, vers 1080 — portrait de Benoît IX.[124]
- Pierre Damien, Liber Gratissimus, 1052, et Lettres — éd. K. Reindel dans les MGH Briefe der deutschen Kaiserzeit IV.[125][126]
- Annales Romani — éd. G. H. Pertz, MGH Scriptores V.
- Liber Pontificalis — éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. II, Paris, 1892, réédité 1955.[127]
- Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum — recensement chronologique des actes pontificaux, éd. 2 par S. Loewenfeld, Leipzig, 1885-1888.[128]
Sources savantes modernes
| Auteur | Référence | Apport |
|---|---|---|
| Reinhard Elze | Neue Deutsche Biographie 3, Berlin, 1957, p. 281-282 — art. « Clemens II. » | Biographie allemande de référence |
| Hans Peter Laqua | Enciclopedia dei Papi, Treccani, Roma, 2000, vol. II | Notice italienne complète |
| Klaus-Jürgen Herrmann | Das Tuskulanerpapsttum (1012-1046), Stuttgart, 1973 | Contexte tusculan |
| Werner Goez | Papa qui et episcopus, Archivum Historiae Pontificiae 8 (1970), p. 27-59 | Cumul Bamberg-Rome |
| Georg Gresser | Clemens II. Der erste deutsche Reformpapst, Paderborn, 2007 | Monographie de référence |
| Uta-Renate Blumenthal | New Catholic Encyclopedia, 2003, art. "Clement II, Pope" | Synthèse anglophone récente |
| James Loughlin | The Catholic Encyclopedia, 1908, vol. 4, art. "Pope Clement II" | Référence catholique classique |
| Reinhard Elze | NDB 1957 (cf. supra) | Détail prosopographique |
| Walter Specht & Kurt Fischer | Archiv für Kriminologie 124 (1959), p. 61-84 | Étude médico-légale |
| Sigrid Müller-Christensen | Étude sur le trésor textile du tombeau, 1960 | Pièces liturgiques exhumées |
| Achim Hubel | Überlegungen zum Grabmal des Papstes Clemens II., Universität Bamberg | Iconographie du tombeau |
| J. N. D. Kelly & M. J. Walsh | Oxford Dictionary of Popes, 2ᵉ éd., 2010 | Notice anglophone synthétique |
| Philippe Levillain | Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994 | Notice française |
Ce qu'on ne sait pas
On ne possède pas de portrait spirituel de Clément II. Aucun témoignage direct de sa prière, de ses lectures ou de ses choix pastoraux n'est conservé. Les actes signés à son nom sont en nombre limité (une vingtaine de pièces, n° 4131-4152, rassemblées par Jaffé[129]). Les sources médiévales s'intéressent essentiellement à sa fonction politique. C'est l'une des raisons pour lesquelles Clément II reste, malgré l'importance objective de son pontificat, une figure pâle par rapport à Léon IX ou Grégoire VII.
Ce que révèle ce pontificat
La distinction entre forme et réception
Le cas Clément II oblige à distinguer rigoureusement deux ordres dans la théologie de l'élection pontificale :
- La forme canonique de l'élection — celle de Clément II est défectueuse : pression impériale, candidat externe imposé, déposition de trois prétendants par un synode local, cumul de deux sièges épiscopaux. Les canonistes ultérieurs jugeront tout cela contraire à la pleine régularité.
- La réception ecclésiale de l'élu — celle de Clément II est pleine : aucun pape successeur ne conteste sa légitimité, son nom entre dans toutes les listes officielles, son tombeau est vénéré, son décret anti-simonie est repris par ses successeurs.
C'est cette distinction qui permet à l'Église catholique de regarder son histoire avec honnêteté. Une élection pontificale peut être politiquement violente, canoniquement irrégulière, puis être reçue par l'Église dans une situation régularisée. Ce n'est pas une faiblesse de la papauté ; c'est la marque d'une institution capable de survivre à ses crises de procédure parce que sa structure sacramentelle et doctrinale ne dépend pas de la pureté de chaque étape humaine.
Cette même logique vaut pour les cas frères de Léon VIII (963-965) et, dans l'ordre inverse, contre les lectures sédévacantistes contemporaines qui voudraient invalider tel ou tel pape parce que telle étape de son élection ou de son enseignement leur paraît irrégulière. L'Église catholique a toujours laissé à la réception ecclésiale durable, plus qu'à l'inspection ponctuelle des procédures, le soin de stabiliser la mémoire pontificale.
Un pape de réforme involontaire
Clément II n'a pas voulu, semble-t-il, être un réformateur radical. Sa modération sur la simonie (pénitence de quarante jours et non invalidation des ordres) le montre. Sa fidélité à Henri III aussi. Il n'est pas Grégoire VII avant l'heure ; il n'est pas non plus Léon IX.
Mais c'est précisément cette modération qui fait de lui un bon point de départ. La réforme grégorienne radicale aurait été impossible directement après les Tusculans : elle aurait été perçue comme une rupture inacceptable. Le pontificat de Clément II prépare la transition en habituant Rome à un pape étranger aux familles locales, sans encore briser le partenariat impérial.
La papauté ne se mesure pas seulement à ses grandes figures
Clément II est un argument à conserver contre une vision trop monumentale de la papauté. Tous les papes n'ont pas l'envergure d'un Léon le Grand ou d'un Innocent III. La plupart sont des hommes ordinaires, parfois faibles, parfois courts, parfois mal élus. La promesse faite à Pierre ne dit pas que chaque successeur sera grand ; elle dit que la doctrine sera gardée et que la communion sera maintenue. Clément II est l'exemple typique d'un pape secondairement personnel et historiquement décisif : sa figure individuelle disparaît derrière la fonction, et c'est par la fonction qu'il agit dans l'histoire.
Chronologie
| Date | Événement | Portée |
|---|---|---|
| vers 1005 | Naissance de Suidger à Hornburg (Saxe) | Famille comtale impériale |
| vers 1032 | Chapelain de l'archevêque de Hambourg-Brême | Entrée dans le clergé majeur |
| vers 1035 | Chapelain impérial sous Conrad II puis Henri III | Confiance de la dynastie salienne |
| 28 décembre 1040 | Consacré évêque de Bamberg | Évêché impérial direct |
| Automne 1046 | Descente d'Henri III en Italie | Crise des trois papes |
| 20 décembre 1046 | Synode de Sutri | Déposition de Sylvestre III et auto-déposition de Grégoire VI |
| 23-24 décembre 1046 | Seconde session à Rome | Déposition de Benoît IX en son absence |
| 24 décembre 1046 | Élection de Suidger | Premier pape allemand de la série réformatrice |
| 25 décembre 1046 | Consécration de Clément II | Jour de Noël, Saint-Pierre |
| 25 décembre 1046 | Couronnement d'Henri III et d'Agnès, titre de Patricius Romanorum | Renaissance impériale salienne |
| Janvier 1047 | Synode anti-simonie du Latran | Pénitence de 40 jours pour les ordonnés simoniaques |
| 1047 | Canonisation de sainte Wiborada | Première canonisation d'une femme selon la procédure romaine (DHS, Erhart) |
| Printemps-été 1047 | Voyage en Italie du Sud avec Henri III | Censure de Bénévent (« scomunica » selon Laqua, « interdict » selon Loughlin) |
| 9 octobre 1047 | Mort à San Tommaso in Foglia (Pesaro) | Pontificat de 9 mois et demi |
| Automne 1047 | Translation du corps à Bamberg | Seul pape enterré au nord des Alpes |
| 8 nov. 1047 – 17 juil. 1048 | Retour de Benoît IX (3e pontificat, 150e selon la liste officielle) | Intermède tusculan entre Clément II et Damase II[130] |
| 17 juil. 1048 | Élection de Damase II | Continuité de la lignée allemande |
| 1959 | Publication de l'étude Specht & Fischer | Indices d'intoxication subchronique rapportés au second degré (Laqua, Blumenthal) ; meurtre non démontré, contesté par Laqua |
| vers 1230 | Hochgrab du Westchor de la cathédrale de Bamberg | Programme iconographique des quatre vertus |
Pour aller plus loin
- Pape Benoît IX — Théophylacte de Tusculum, déposé à Sutri.
- Pape Sylvestre III — élu par la faction crescentienne, déposé à Sutri.
- Pape Grégoire VI — Jean Gratien, dont Hildebrand fut le chapelain, déposé pour simonie.
- Pape Damase II (juil.-août 1048) — second pape allemand de la série, après l'intermède du troisième pontificat de Benoît IX.
- Saint Léon IX (1049-1054) — troisième pape allemand, vrai inaugurateur de la réforme militante.
- Saint Pierre Damien — défenseur de la validité des ordinations simoniaques après pénitence (Liber Gratissimus, 1052).
- La réforme grégorienne — programme de fond dont Clément II inaugure la dynamique romaine.
- La querelle des Investitures — conflit ultérieur que prépare indirectement le titre de Patricius Romanorum d'Henri III.
- Le synode de Sutri (1046) — décision canonique qui ouvre le pontificat de Clément II.
- Pape Léon VIII (963-965) — cas frère de pape élu sous pression impériale et reçu a posteriori.
Notes et références
Saint-Siège, fiche officielle « Benedict IX » (troisième pontificat) : « 150th Pope of the Catholic Church. Beginning Pontificate ...X.1047. End Pontificate ... VIII.1048. Secular Name Theophylactus of Tusculum » (page relue en HTML statique le 4 octobre 2026, HTTP 200). URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/benedetto-ix-3.html. Les dates au jour (8 novembre 1047 – 17 juillet 1048, Damase II intronisé le 17 juillet) sont celles retenues par l'article Ignispedia « Pape Benoît IX » d'après Treccani et Britannica.
1 130Saint-Siège, page officielle « Clement II » (relue en HTML statique le 4 octobre 2026, HTTP 200) : « 149th Pope of the Catholic Church. Beginning Pontificate 24.XII.1046. End Pontificate 9.X.1047. Secular Name Suidger, Graf von Morsleben und Hornburg. Birth Saxony ». La numérotation « 149e pape » est celle de la liste officielle des souverains pontifes (Annuario Pontificio), cohérente avec les notices voisines relues en live (Grégoire VI 148e, Benoît IX 3e pontificat 150e, Damase II 151e) et reprise par les usuels (Kelly-Walsh, Levillain). URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/clemente-ii.html.
2 3 30 66 86 113James Loughlin, "Pope Clement II", The Catholic Encyclopedia, vol. 4, Robert Appleton Company, New York, 1908, repris par New Advent (texte intégral revérifié à la page le 4 octobre 2026) : synode de Sutri du 20 décembre 1046, seconde session à Rome les 23 et 24 décembre, intronisation le 25 décembre 1046, mort le 9 octobre 1047, synode romain de janvier 1047 (excommunication des simoniaques, pénitence canonique de quarante jours pour les ordonnés de mains simoniaques), canonisation de Wiborada (martyre daté de 925, datation dépassée), interdit de Bénévent, legs du corps à Bamberg, rumeur d'empoisonnement qualifiée de « a mere suspicion without proof ». Loughlin indique « Date of birth unknown » : la naissance vers 1005 et la consécration de 1040 viennent des notices allemandes (NDB, Heiligenlexikon), pas de lui. URL : https://www.newadvent.org/cathen/04017a.htm.
4 9 10 32 42 54 55 59 60 67 68 74 77 78 85 90 114Treccani, "Clemente II papa", Enciclopedia on line : Suidger né en Saxe, mort le 9 octobre 1047 au monastère de S. Tommaso sull'Aposella près de Pesaro. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/clemente-ii/.
5 116Encyclopedia.com d'après la New Catholic Encyclopedia : continuité Clément II → Damase II → Léon IX → Victor II comme série réformatrice voulue par Henri III. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/clement-ii-pope.
6 13 70 81 91Georg Gresser, Clemens II. Der erste deutsche Reformpapst, Paderborn, Ferdinand Schöningh, 2007, 195 p., ISBN 978-3-506-76329-7 : monographie allemande de référence ; recensée par Markus Knipp, sehepunkte 8/5, 2008.
7 53 118Hans Peter Laqua, "Clemente II", in Enciclopedia dei Papi, dir. Massimo Bray, Istituto della Enciclopedia Italiana / Treccani, Roma, vol. II, 2000 (texte intégral revérifié à la page le 4 octobre 2026) : parents Konrad de Morsleben et Hornburg et Amulrad, sœur de Walthard de Magdebourg († 1012) ; chanoine de Halberstadt puis chapelain de Hermann II de Hambourg-Brême (1032-1035) ; consacré par Bardo de Mayence « domenica 28 dicembre 1040 » ; synode de Sutri du 20 décembre ; premier concile romain début janvier 1047, décret contre les simoniaques « abbastanza cauto » ; mort « il 9 ottobre 1047 nel monastero di S. Tommaso sull'Aposella presso Pesaro », après un « valido corporis languore » ; analyses donnant « indizi a favore di un avvelenamento subcronico da piombo ». Laqua ne mentionne pas Wiborada ; sur le frère cadet Konrad (chanoine de Saint-Maurice de Magdebourg), c'est l'Annalista Saxo qui affirme qu'il serait devenu patriarche d'Aquilée (M.G.H., Scriptores, VI, p. 685) — identification écartée comme une confusion probable (G. Schwartz), son nom étant absent de la liste épiscopale locale ; Elze (NDB) ne mentionne aucun frère. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/clemente-ii_(Enciclopedia-dei-Papi)/.
8 16 28 35 36 38 41 48 50 52 56 58 61 64 69 75 83 84 87 88 89 94 97 117Uta-Renate Blumenthal, "Clement II, Pope", New Catholic Encyclopedia, 2ᵉ éd., Detroit, Gale, 2003, vol. 3, p. 781-782, repris par Encyclopedia.com (reprise relue en direct le 4 octobre 2026 : les deux verbatims anglais cités dans l'article y figurent exactement, au mot près ; la pagination papier 781-782, donnée d'éditeur, n'est pas contrôlable en ligne — Encyclopedia.com déclare que ses notices ne portent pas de numéros de pages). En-tête vérifié : « Pontificate: Dec. 24, 1046 (election, Rome); Dec. 25, 1046 (consecration), to Oct. 9, 1047 ». La notice confirme en outre la chapellenie (chapelain de Hermann de Hambourg-Brême en 1032, chapelain impérial en 1035), la mort « at the abbey of St. Thomas de Foglia, near Pesaro », l'exhumation de 1942, « the only papal tomb north of the Alps » et les vêtements pontificaux conservés au trésor de Bamberg. Bibliographie : Goez, « Papa qui et episcopus », AHP 8 (1970), p. 27-59. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/clement-ii-pope. Dates retenues par l'article (élection le 24, consécration le 25) : concordantes avec le Vatican (début de pontificat 24.XII.1046), Loughlin (intronisé le 25 décembre 1046), Elze (weihen le 25.12.1046) et le Dom de Bamberg (élu « am Heiligen Abend »). Une chronologie en ligne divergente (21/24) signalée par l'audit n'a pu être retrouvée à la page exacte en session et n'est pas retenue.
11 15 18 98 115Sur la canonisation de sainte Wiborada par Clément II en 1047, présentée comme la première canonisation formelle d'une femme par un pape selon plusieurs historiens (formulation maintenue comme opinion historienne, non comme certitude) : Peter Erhart, « Wiborada (sainte) », Dictionnaire historique de la Suisse (HLS), art. 010227, version de 2012 remaniée le 16.04.2021, trad. Pierre-G. Martin — page rouverte et recoupée en live le 4 octobre 2026 : mort « 1.5.926 à Saint-Gall », « qui fut en 1047, sous le pape Clément II, la première femme canonisée selon la procédure officielle romaine » (verbatim confirmé ; bibliographie : Walter Berschin, Vitae sanctae Wiboradae, 1983). URL : https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/010227/. L'acte lui-même est attesté par James Loughlin, « Pope Clement II », Catholic Encyclopedia, 1908 (« he canonized Wiborada, a nun of St. Gall » — avec un martyre daté de 925, datation dépassée). À confronter avec la mise en place progressive de la canonisation papale formelle (Innocent III, décret Audivimus vers 1199-1234).
12 80 82Walter Specht et Kurt Fischer, "Vergiftungsnachweis an den Resten einer 900 Jahre alten Leiche (Papst Clemens II.)", Archiv für Kriminologie, vol. 124, fasc. 3-4, 1959, p. 61-84 : le fascicule papier de 1959 n'a pas pu être contrôlé au primaire en session — tentative documentée le 4 octobre 2026 : requête Crossref sans DOI pour cet article, SRU du catalogue de la Deutsche Nationalbibliothek à 0 notice article, recherche web sans aucun plein texte (revue non numérisée en accès libre pour cette année-là) ; son contenu reste donc attesté au seul second degré par Laqua (« Le analisi dettero indizi a favore di un avvelenamento subcronico da piombo », notice relue à la page le 4 octobre 2026) et par Blumenthal (« abnormally high lead content », verbatim vérifié au mot près) — avec la réserve de Laqua : rumeurs d'empoisonnement « prive di fondamento », explicables par l'usage répandu du vaisselier de plomb à l'époque.
14 93Cathédrale de Bamberg, site officiel — Westchor, Papstgrab Clemens II. (hochgrab du XIIIᵉ siècle, Eckbertsdom, vers 1237 ; page du tombeau : https://bamberger-dom.de/kirchenraum/westchor/Papstgrab/index.html) et page diocésaine « Der Papst aus Bamberg – Clemens II. » : « Damit ist er der einzige Papst, der nördlich der Alpen begraben liegt. » URL : https://bamberger-dom.de/bischoefe/Der-Papst-aus-Bamberg-Clemens-II./ (les deux pages rouvertes et recoupées en live le 4 octobre 2026 — la formule d'unicité figure sur la page diocésaine avec le verbe begraben (enterré, inhumé), d'où la formule figée de l'article : « seul pape enterré au nord des Alpes »).
17 99 102 108Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ éd. revue par S. Loewenfeld, F. Kaltenbrunner et P. Ewald, Leipzig, Veit, 1885-1888 : recensement des actes pontificaux conservés sous le nom de Clément II. Elze (NDB) précise, bibliographie vérifiée à la page le 4 octobre 2026 : « Wenige Briefe u. Privilegien erhalten, Verz. b. Ph. Jaffé, Regg. Pontificum Romanorum I, ²1885, S. 525-28, Nr. 4131-52 » (t. I, p. 525-528, n° 4131-4152 : 22 pièces, d'où « une vingtaine ») ; Laqua cite le n° 4148 (donation du 24 septembre 1047, « valido corporis languore »), recoupé à la page le 4 octobre 2026.
19 128 129Klaus-Jürgen Herrmann, Das Tuskulanerpapsttum (1012-1046). Benedikt VIII., Johannes XIX., Benedikt IX., Päpste und Papsttum 4, Stuttgart, Anton Hiersemann, 1973 : généalogie des trois papes tusculans et continuité familiale du Siège romain.
20 43 44 119J. N. D. Kelly et Michael J. Walsh, The Oxford Dictionary of Popes, 2ᵉ éd., Oxford University Press, Oxford, 2010, s. v. "Clement II" et "Benedict IX", "Sylvester III", "Gregory VI" : reconstruction synthétique des dépositions et de l'élection.
21 22 27 45 47 51 57 62 63Reinhard Elze, "Clemens II.", Neue Deutsche Biographie, vol. 3, Duncker & Humblot, Berlin, 1957, p. 281-282 (S. 281 f. selon la notice elle-même) — notice en ligne relue le 4 octobre 2026 : « Aus sächsischem Adel; V Konrad v. Morsleben u. Horneburg; M Amulrad, Schw des Walthard († 1012), EB v. Magdeburg » ; chanoine de Halberstadt, chapelain en 1032 à la suite d'Hermann promu à Hambourg, chapelle impériale en 1035, « am 28.12.1040 von EB Bardo von Mainz geweiht », « ließ der König ihn am 25.12.1046 in Rom zum Papst weihen ». La notice en ligne ne mentionne aucun frère patriarche d'Aquilée : l'article ne reprend plus cette identification, écartée par Laqua (voir note laqua). URL : https://www.deutsche-biographie.de/sfz8438.html.
23 25 31 33 34 37 39 40 72 121Werner Goez, "Papa qui et episcopus. Zum Selbstverständnis des Reformpapsttums im 11. Jahrhundert", Archivum Historiae Pontificiae 8 (1970), p. 27-59 (référence corroborée le 4 octobre 2026 par la bibliographie de la notice Blumenthal) : étude fondatrice sur le cumul du siège romain et d'un évêché local, dont Clément II offre le cas le plus net (Bamberg + Rome 1046-1047).
24 26 71 73 120Ökumenisches Heiligenlexikon, "Clemens II." (page rouverte et recoupée en live le 4 octobre 2026) : Gedenktag katholisch : 9. Oktober, naissance *1005 à Hornburg, mort le 9 octobre 1047 à Montelabbate près de Pesaro, examen des restes en 1958, « Sein Grab ist das einzige erhaltene Papstgrab nördlich der Alpen. » (verbatim confirmé) ; aucune mention de selig, Seligsprechung ou Heiligsprechung sur la page — donc mémoire locale sans acte formel de béatification ni canonisation. URL : https://www.heiligenlexikon.de/BiographienC/Clemens_II.html.
29 92 100 109 110 111Desiderius du Mont-Cassin (futur pape Victor III), Dialogi de miraculis sancti Benedicti, livre III, rédigé vers 1080 ; éd. dans les MGH Scriptores XXX/2 : portrait noir de Benoît IX au livre III (le français de l'article est un résumé, non une citation au mot près — le texte latin n'a pas pu être revérifié à la page en session).
46 49 124Encyclopaedia Britannica, notice « Gregory VI » : concile de Sutri tenu par l'empereur Henri III en 1046, Grégoire VI accusé de simonie et déposé le 20 décembre (recoupé le 4 octobre 2026). URL : https://www.britannica.com/biography/Gregory-VI-pope (l'URL « /event/Council-of-Sutri » n'a pas pu être ouverte en session — protection Cloudflare — et la formulation exacte précédemment citée n'a pas été retrouvée : elle est remplacée par cette paraphrase vérifiée).
65Pierre Damien, Briefe, éd. Kurt Reindel, Monumenta Germaniae Historica. Die Briefe der deutschen Kaiserzeit, vol. IV, 4 tomes, Munich, 1983-1993 : présence de Damien au synode du Latran de janvier 1047.
76 126Pierre Damien, Liber Gratissimus, 1052 ; éd. dans les MGH Libelli de lite imperatorum et pontificum I, Hanovre, 1891 : défense de la validité des ordinations conférées par des prélats simoniaques après pénitence, dans la ligne du décret de Clément II en janvier 1047.
79 125Steffen Berg, Anwalt der Opfer. Aus dem Tagebuch eines Pathologen, Hanovre, Schlütersche, 2002, p. 142 sq. : discussion contemporaine du cas Clément II, atténuant la thèse du meurtre intentionnel sans la réfuter totalement.
95Markus Knipp, recension de Georg Gresser, Clemens II. Der erste deutsche Reformpapst, dans sehepunkte. Rezensionsjournal für die Geschichtswissenschaften 8/5, 15 mai 2008. URL : https://www.sehepunkte.de/2008/05/13797.html.
96Achim Hubel, "Überlegungen zum Grabmal des Papstes Clemens II. im Bamberger Dom", Forschungsinformationssystem, Universität Bamberg (PDF de 39 pages téléchargé et vérifié à la page le 4 octobre 2026) : élection la veille de Noël 1046, mort le 9 octobre 1047 (fête de saint Denys), testament fixant la sépulture à Bamberg, monument dû au jeune atelier du Dom (« dürfte um 1230 entstanden sein »), Westchor, quatre vertus cardinales sur les côtés longs (Justitia à la balance et à l'épée, Fortitudo en Samson terrassant le lion, Prudentia au serpent à figure de dragon, Temperantia versant un liquide d'un vase à l'autre), petits côtés montrant Jean-Baptiste et Clément sur son lit de mort, Panofsky cité sur la vénération locale comme saint. URL : https://fis.uni-bamberg.de/bitstream/uniba/43342/1/Hubel_Ueberlegungen_A3a.pdf.
101 103 104 105 106 112Sigrid Müller-Christensen, Das Grab des Papstes Clemens II. im Dom zu Bamberg, Munich, F. Bruckmann, 1960 (titre et édition corroborés le 4 octobre 2026) : étude technique de référence sur les textiles liturgiques exhumés de la tombe — soies dorées byzantines à médaillons (panthères, griffons), calice et patène, aujourd'hui conservés au Diözesanmuseum de Bamberg.
107Hermann de Reichenau (Hermannus Contractus), Chronicon, rédigé vers 1048-1054 ; éd. dans les MGH Scriptores V : chronique allemande contemporaine couvrant 1046-1047.
122Bonizo de Sutri, Liber ad amicum, livre V, rédigé vers 1085-1086 ; éd. Ernst Dümmler, MGH Libelli de lite imperatorum et pontificum I, Hanovre, 1891 : récit grégorien partisan de Sutri.
123Louis Duchesne (éd.), Le Liber pontificalis. Texte, introduction et commentaire, t. II, Paris, Ernest Thorin, 1892, réédité avec C. Vogel, Paris, De Boccard, 1955-1957 : notice du Liber pontificalis sur Clément II.
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