Pape Benoît IX (1032-1048)

Pape trois fois entre 1032 et 1048, Théophylacte des comtes de Tusculum vendit le pontificat en 1045 à son parrain Grégoire VI avant d'être déposé au concile de Sutri sous Henri III en 1046.

Ignispedia

Pape Benoît IX (Benedictus IX), né Théophylacte des comtes de Tusculum vers 1012, est l'un des cas les plus extraordinaires de toute l'histoire de la papauté. Élu une première fois à environ vingt ans en octobre 1032[1], il est le seul pape à avoir occupé trois fois le siège de Pierre — successivement en 1032-1044, en 1045 (10 mars – 1er mai), puis en 1047-1048 (8 novembre – 17 juillet)[2][3][4].

Il est aussi le seul pape de l'histoire dont la vente du pontificat est attestée : dénoncée par ses contemporains Pierre Damien, Désidérius du Mont-Cassin et Bonizo de Sutri, elle est sanctionnée par la déposition de Sutri et de Rome (décembre 1046) puis par l'excommunication (avril 1049). Le 1er mai 1045, après quelques semaines d'un deuxième règne marqué par la pression des factions romaines, Théophylacte rédige un « acte de renonciation » en faveur de son parrain Jean Gratien — archiprêtre romain — qui prend alors le nom de Grégoire VI[5][6]. Aucun document contemporain n'en fixe le montant — le chiffre d'environ 1450 livres parfois repris par des synthèses modernes est une estimation tardive sans source primaire[7] — et l'unanimité des chroniqueurs réformateurs y voit la marque d'une simonie qualifiée : l'épisode reste l'une des images les plus violentes de la crise pontificale d'avant Grégoire VII.

La crise atteint son paroxysme à l'automne 1046, quand Henri III, roi de Germanie, descend en Italie pour recevoir la couronne impériale et trouve trois prétendants se disputant Rome : Benoît IX au Latran, Sylvestre III à Sainte-Marie-Majeure, Grégoire VI à Saint-Pierre[8][9]. Au concile de Sutri des 20-23 décembre 1046, Henri III fait déposer ou renoncer les trois claimants ; Clément II, évêque de Bamberg, est élu et intronisé jour de Noël 1046[10][11]. Benoît IX rebondit une dernière fois après la mort de Clément II — 8 novembre 1047 — avant d'être chassé le 17 juillet 1048 par Boniface de Toscane, agissant pour l'empereur[12].

Excommunié en avril 1049 par le concile romain de Léon IX[13], Théophylacte se retire dans les châteaux familiaux de la Sabine et meurt entre le 18 septembre 1055 et le 9 janvier 1056[14]. La tradition du monastère de Grottaferrata, fixée par l'abbé Luc à la fin du XIᵉ siècle, voit en lui un pénitent guéri par saint Barthélemy de Grottaferrata[15][16]. L'historiographie moderne, plus prudente, observe que les chartes notariales de 1055-1056 le nomment encore Benedictus, jamais Theophylactus : il aurait donc continué à se considérer comme pape jusqu'au dernier jour[17]. Entre ces deux lectures, le cas de Benoît IX reste l'un des plus probants de l'histoire ecclésiastique : il montre que la promesse faite à Pierre ne supprime pas les chutes humaines, mais qu'elle peut transformer une déchéance en germe de réforme.

Pourquoi Benoît IX compte-t-il ?

Le seul pape qui ait vendu le siège de Pierre

Benoît IX n'est pas le premier pape indigne, et il ne sera pas le dernier ; mais il est le seul dont la chronique officielle conserve l'image d'une transaction commerciale sur le siège apostolique. Treccani parle expressément d'une « compravendita » dont un « acte de renonciation » (charta refutationis) aurait fixé les termes juridiques au 1er mai 1045[18]. Le souvenir de cette transaction — réelle, exagérée, ou en partie reconstruite a posteriori par les réformateurs — restera, des siècles plus tard, le contre-modèle absolu : aucun successeur de Pierre n'aura plus jamais à laver une telle accusation.

Le caractère unique de l'événement explique pourquoi les chroniqueurs y reviennent. Désidérius du Mont-Cassin, futur pape Victor III, en parle dans ses Dialogi de miraculis sancti Benedicti (vers 1080)[19]. Bonizo de Sutri, dans le Liber ad amicum (vers 1085-1086), en fait l'un des arguments centraux de sa lecture providentielle de la réforme[20][21]. Pierre Damien, contemporain immédiat, en tire la matière de plusieurs de ses lettres et de son Liber Gomorrhianus[22]. La répétition du récit dans des sources indépendantes interdit de tenir l'épisode pour une légende noire purement polémique.

Le déclencheur involontaire de la réforme grégorienne

Le second motif d'importance est ecclésiologique. La fin du pontificat de Benoît IX et le concile de Sutri marquent le moment où l'Empire intervient pour rétablir la dignité du siège romain — et où la conscience ecclésiale prend acte que ni le clan des Tusculans, ni celui des Crescenzi, ni même la procédure simoniaque d'un transfert privé ne peuvent désormais légitimer un pape. C'est sur la cendre de cette crise que sera bâtie la réforme grégorienne : campagne anti-simoniaque, exigence de célibat clérical (lutte contre le nicolaïsme), interdiction des investitures laïques, structuration du collège des cardinaux comme corps électif autonome[23].

Le paradoxe est saisissant. Le pape vendeur du siège est, malgré lui, le déclencheur de la papauté la plus réformatrice du Moyen Âge. Hildebrand de Soana — futur Grégoire VII — entre dans l'histoire en accompagnant Grégoire VI en exil après Sutri, en mai 1047[24]. Sans la crise de 1044-1048, la révolution grégorienne aurait pris un autre visage et probablement un autre rythme.

La fin de la dynastie tusculane

Infographie originale Ignispedia — Benoît IX est compté trois fois dans la liste officielle du Saint-Siège : 145e, 147e et 150e pape.

Enfin, Benoît IX est le dernier pape des comtes de Tusculum. Pendant un demi-siècle, cette dynastie aristocratique du Latium méridional a dominé le siège romain : Benoît VIII (1012-1024), Jean XIX (1024-1032), puis Théophylacte-Benoît IX, neveu des deux précédents[25][26]. La chute de Benoît IX, son éviction par Sutri, le tour pris par la succession germanique (Clément II, Damase II, Léon IX) ferment l'ère où la papauté se transmettait quasiment par cooptation familiale. Ce changement structurel est l'une des conditions de possibilité de la papauté médiévale telle que la connaîtra le XIIᵉ siècle.

Les sources et leurs limites

Le Saint-Siège, le Liber Pontificalis et les chroniques médiévales

La fiche officielle du Saint-Siège est minimale mais juridiquement décisive : elle compte Benoît IX trois fois dans la liste des successeurs de Pierre — 145e (premier pontificat à partir d'octobre 1032)[27], 147e (10 mars – 1er mai 1045)[28], 150e (octobre 1047 – août 1048)[29]. Cette comptabilité a une portée doctrinale : malgré l'indignité personnelle du pontife et malgré la vente, Rome a reconnu et continue de reconnaître ses trois pontificats comme légitimes au plan canonique.

Le Liber Pontificalis, qui s'arrête sensiblement avant cette période dans sa rédaction classique, ne donne pas de notice étendue. Les chroniqueurs médiévaux comblent le vide : la Catholic Encyclopedia note que les sources principales sont les chroniques de Glaber, Hermann de Reichenau, Léon d'Ostie, Bonizo de Sutri et Desiderius / Victor III, ainsi que la tradition de Grottaferrata transmise par les abbés Luc et Barthélemy[30].

Pierre Damien — témoin contemporain et accusateur

Saint Pierre Damien (1007-1072), témoin contemporain et accusateur le plus virulent de Benoît IX. Source : Biblioteca Classense, via Wikimedia Commons.

Saint Pierre Damien (1007-1072), ermite réformateur de Fonte Avellana, cardinal-évêque d'Ostie en 1057, futur docteur de l'Église, est le témoin contemporain le plus virulent. Son Liber Gomorrhianus, adressé à Léon IX vers 1049, est un manifeste contre la simonie et l'incontinence du clergé qui prend Benoît IX comme exemple-type de la corruption pontificale. La littérature secondaire moderne résume ce réquisitoire par la formule anglaise « feasting on immorality » : c'est une paraphrase journalistique, sans équivalent latin attesté dans l'ouvrage, et non une citation verbatim du saint[31].

Pierre Damien n'est pas un témoin neutre : il combat pour la réforme. Mais il écrit de l'intérieur du clergé romain, à un moment où plusieurs cardinaux ont personnellement connu Benoît IX. Il n'écrit pas une légende posthume ; il décrit ce que la curie réformatrice perçoit comme le sommet d'une corruption pontificale[32].

Désidérius du Mont-Cassin — le futur Victor III

Désidérius du Mont-Cassin (vers 1027-1087), abbé de la grande abbaye bénédictine campanienne à partir de 1058, brièvement pape sous le nom de Victor III en 1086-1087, écrit autour de 1080 ses Dialogi de miraculis sancti Benedicti. Le livre III est l'un des récits primaires sur Benoît IX[33]. Son verdict est cinglant :

« Adonné au plaisir, il préférait vivre en épicurien plutôt qu'en pape. » — Désidérius du Mont-Cassin, Dialogi de miraculis sancti Benedicti, livre III, vers 1080, trad. fr.[34]

Désidérius ajoute, selon les compilations postérieures, que la vie de Théophylacte fut « si vile, si infâme, si exécrable » qu'il ne peut être décrit en détail[35]. Comme Pierre Damien, Désidérius est l'un des plus grands ecclésiastiques du XIᵉ siècle et un partisan de la réforme : son témoignage est partial, mais informé.

Bonizo de Sutri — le pamphlétaire de la réforme

Bonizo de Sutri (vers 1045 – vers 1095), évêque de Sutri puis de Plaisance, est l'un des grands plumes de la réforme grégorienne. Son Liber ad amicum, composé après la mort de Grégoire VII (1085), est moins une chronique qu'un récit théologique de l'histoire des rapports entre l'Église et le pouvoir séculier de Constantin à Grégoire VII[36]. Bonizo y présente Benoît IX comme l'exemple-type de la captation aristocratique du siège romain et de la simonie pratiquée jusque dans la procédure pontificale elle-même. Il appartient à la mémoire active de la réforme, écrivant sur des protagonistes qu'il a connus directement (Hildebrand, Pierre Damien, Anselme de Lucques) ou indirectement.

Hermann de Reichenau, Rodolphe Glaber, les Annales Romani

Hermann de Reichenau (1013-1054), moine bénédictin, chroniqueur germanique, donne dans son Chronicon les dates et événements vus depuis l'Empire. Rodolphe Glaber (vers 985 – vers 1047), moine clunisien, propose dans ses Historiarum libri quinque un récit ample mais souvent imprécis (Treccani note plusieurs erreurs chronologiques dans son traitement de Benoît IX, notamment sur l'éclipse solaire de 1033 confondue avec l'an 1000)[37]. Les Annales Romani complètent ces sources sur les événements romains entourant Sutri[38].

La tradition de Grottaferrata

À la fin du XIᵉ siècle, l'abbé Luc de Grottaferrata (mort vers 1085) compose une Vie de saint Barthélemy de Grottaferrata (quatrième abbé du monastère, mort en 1065)[39][40]. C'est dans cette Vie que se trouve la version pénitentielle du destin de Benoît IX : le jeune pontife serait venu trouver Barthélemy dans le monastère grec de Frascati pour chercher un remède à ses désordres, et l'abbé l'aurait conduit à une résignation définitive puis à une mort en pénitence. Cette tradition est corroborée, selon la Catholic Encyclopedia, par des « monuments sépulcraux et autres » conservés dans le monastère[41].

L'historiographie moderne : Schaff, Mann, Treccani, Britannica

À l'époque moderne, plusieurs synthèses font autorité. Horace K. Mann rédige la notice de la Catholic Encyclopedia (vol. 2, 1907)[42]. Philip Schaff consacre une section au scandale dans son History of the Christian Church (vol. IV)[43]. Britannica synthétise les acquis du XXᵉ siècle dans une notice mise à jour[44]. Mais la référence prosopographique la plus dense reste l'article de Treccani dans l'Enciclopedia dei Papi (2000), qui reprend l'apport critique de l'historiographie italienne (Poole, Borino, Herrmann) sur l'âge réel de Théophylacte à l'élection, sur l'authenticité de la charta refutationis, sur la nature des accusations et sur la fin de sa vie[45].

SourceNatureApport principalLimite
Saint-SiègeListe officielleTriple pontificat compté (145e, 147e, 150e)Pas de récit
Liber Gomorrhianus (Pierre Damien)Pamphlet anti-simoniaqueTémoin contemporain ; ton patristique cinglantPartialité réformatrice assumée
Dialogi (Désidérius / Victor III)Hagiographie bénédictineTémoignage proche, Mont-CassinRécit moral plus que biographique
Liber ad amicum (Bonizo)Pamphlet grégorienMise en récit théologique des trois pontificatsPolémique partisane
Chronicon (Hermann de Reichenau)Chronique germaniqueDates et lien impérialBref
Glaber, Historiarum libri VChronique clunisienneCadre européenChronologie incertaine
Annales RomaniAnnales localesDétails romainsStyle annalistique
Vita Bartholomei (Luc de Grottaferrata)HagiographieTradition pénitentielleRécit dévotionnel postérieur
Mann (Catholic Encyclopedia)Synthèse 1907État de la question avant 1910Sources patristiques anciennes
Schaff, History of the Christian ChurchSynthèse protestante 1882Cadre européenBrève sur Benoît IX
Treccani, Enciclopedia dei PapiNotice prosopographique 2000Apport critique contemporainItalien académique
BritannicaNotice moderneSynthèse anglophone récenteTrès brève

Ce que l'on ne sait pas

Plusieurs points restent débattus. La date exacte de naissance de Théophylacte est seulement reconstruite à partir des indications d'âge à l'élection ; les chroniqueurs donnent « puer decennis » (un enfant de dix ans), « duodecim annorum » (de douze ans) ou « quatuordecim » (quatorze ans), mais l'analyse documentaire moderne (R. L. Poole) conclut qu'il était « plus proche de trente que de dix ans » en 1032, et propose environ vingt-cinq ans[46][47]. La somme exacte versée à Théophylacte par Jean Gratien n'est pas attestée par un document contemporain ; les « 1450 livres » (environ 650 kg) que reprennent plusieurs synthèses modernes sont une estimation tardive sans source primaire, non un chiffre primaire[48]. Enfin, l'authenticité du repentir final est, comme on le verra, le sujet d'un débat historiographique vif.

La dynastie des comtes de Tusculum

Tusculum, ville-forteresse à 25 km de Rome

Tusculum est, au Xᵉ et au XIᵉ siècle, une cité-forteresse aristocratique perchée sur les collines des Castelli Romani, à environ 25 kilomètres au sud-est de Rome, à proximité immédiate de l'actuelle Frascati. Son contrôle politique tombe au tournant du Xᵉ siècle dans les mains d'une dynastie locale issue de Théophylacte l'Ancien et de sa femme Théodora, parents de la fameuse Marozia[49]. Cette famille n'est pas seulement riche : elle peut, depuis la Sabine et le Latium méridional, exercer une pression militaire et fiscale décisive sur le siège romain quand celui-ci se trouve vacant.

Vestiges de l'acropole de Tusculum, siège du pouvoir des comtes qui imposèrent trois papes en un demi-siècle. Source : Wikimedia Commons (CC0).

Plusieurs générations plus tard, c'est le comte Grégoire de Tusculum, marié à Maria, qui donne directement à Rome trois de ses fils : Théophylacte, futur Benoît VIII ; Romanus, futur Jean XIX ; et Albéric III, qui lui succède comme comte de Tusculum et qui est le père de Théophylacte-Benoît IX[50]. Benoît VIII et Jean XIX ne sont donc pas les frères de Benoît IX, mais ses oncles : ce sont les frères de son père Albéric III.

Trois papes en cinquante ans

Au début du XIᵉ siècle, après les pontificats troublés liés aux Crescenzi (rivaux héréditaires des Tusculans), la maison de Tusculum impose successivement trois de ses fils sur le siège romain :

  • Benoît VIII (Théophylacte de Tusculum, 18 mai 1012 – 9 avril 1024) — frère du futur Jean XIX et du futur père de Benoît IX[51]
  • Jean XIX (Romanus de Tusculum, 19 avril 1024 – 1032) — laïc avant l'élection, ordonné en quelques jours pour devenir pape
  • Benoît IX (Théophylacte de Tusculum, octobre 1032 – 1048) — neveu des deux précédents et fils du comte Albéric III

Cette suite n'est pas un accident. Elle exprime un système : la transmission quasi-héréditaire du siège apostolique dans une grande maison aristocratique romaine, par achat des voix électorales et par pression armée sur Rome. Treccani et Britannica concordent à voir en Benoît IX « le dernier des papes tusculans »[52][53].

L'élection de 1032 : l'argent du père

Selon la Catholic Encyclopedia, l'élection de Théophylacte est achetée par son père Albéric III, soucieux de prolonger le pouvoir tusculan après la mort de son frère Jean XIX en 1032[54]. Treccani précise que Théophylacte n'est pas, à proprement parler, « puer decennis » comme l'écrira plus tard Glaber, mais probablement un homme jeune d'environ vingt-cinq ans, sans formation ecclésiastique solide, brusquement projeté au sommet de l'ordre clérical par décision familiale[55].

Cette procédure n'est pas légèrement irrégulière : elle est, du point de vue canonique, profondément contestable. Mais elle suit le modèle déjà éprouvé par Benoît VIII et Jean XIX. L'Église romaine, à ce moment, ne possède pas encore l'instrument réformateur qui lui permettra de séparer formellement la fonction de Pierre de la pression aristocratique séculière : ce sera précisément la conquête des décennies suivantes, à partir du décret pontifical de Nicolas II sur l'élection papale en 1059, sept ans seulement après la mort de Théophylacte[56].

Premier pontificat (1032-1044)

Une élection forcée par Albéric

Théophylacte est élu et consacré en octobre 1032, à un âge encore débattu mais probablement aux alentours de vingt ans[57][58]. La Catholic Encyclopedia est sans ambiguïté : « Si la corruption de la papauté à cette époque avait son habituel cours à Rome, l'élection ne fut pas régulière » ; le père Albéric « plaça son fils sur le trône pontifical, payant ce qu'il fallait pour faire élire son fils Théophylacte »[59].

L'attentat n'est pas idéologique : il est familial. L'évêque de Rome n'est pas choisi pour conduire la réforme ; il est placé pour perpétuer la domination tusculane. Cette désynchronisation entre la fonction et la personne est le drame structurel du règne de Benoît IX.

Une conduite très contestée

Les sources contemporaines décrivent la conduite personnelle du pontife en termes très sévères. Désidérius parle d'une « vie épicurienne ». Pierre Damien évoque une « impureté » continue. Bonizo de Sutri énumère pratiquement tous les vices possibles. La Catholic Encyclopedia synthétise :

« Un disgrâce pour la chaire de Pierre. » — Horace K. Mann, Catholic Encyclopedia, 1907, trad. fr.[60]

Treccani, lecture critique à l'appui, observe que la nature exacte des accusations doit être pesée. Plusieurs des reproches les plus durs reflètent l'intention polémique des réformateurs : associer Benoît IX au plus grand vice possible justifiait a posteriori l'intervention impériale et la révolution grégorienne[61]. Mais Treccani ajoute que cette pesée critique n'innocente pas Théophylacte : les Acta Concilii Remensis de 1049, sous Léon IX, conservent une condamnation formelle pour simonie, et la résignation contre rançon de 1045 est attestée par les chroniqueurs les mieux placés[62].

Actes ecclésiaux conservés

Malgré la mauvaise réputation, le pontificat de Benoît IX produit quelques actes ecclésiaux notables. En 1036, il intervient dans la querelle qui oppose les ordres bénédictins de la Marche d'Ancône à propos de propriétés monastiques. En 1038, il confirme certains privilèges à l'abbaye de Fruttuaria, alors centre de la réforme clunisienne en Italie du Nord. En 1037-1038, il accompagne l'empereur Conrad II dans son expédition en Italie méridionale (Marsico, Cassino), confirmant juridiquement le rôle de la papauté comme arbitre supérieur des seigneurs lombards[63].

Mais la signature pontificale n'efface pas la fragilité personnelle. Treccani note que les actes qui portent le nom de Benoît IX sont, pour beaucoup, rédigés par la chancellerie romaine et expriment davantage la continuité des bureaux pontificaux que l'initiative propre du pape[64].

Expulsion de Rome (septembre 1044) et antipape Sylvestre III

L'opposition romaine éclate à l'automne 1044. Des troubles violents secouent Rome ; selon Glaber et Bonizo, Théophylacte est chassé en septembre 1044[65]. La faction adverse — vraisemblablement liée aux Crescenzi, ennemis héréditaires des Tusculans — élit le 20 janvier 1045 un nouveau pape, Jean de Sabine, qui prend le nom de Sylvestre III[66][67].

Sylvestre III ne tient pas longtemps : quarante-neuf jours. Le 10 mars 1045, les forces tusculanes reviennent en force et expulsent Sylvestre III, qui rentre à son siège épiscopal de Sabine. Théophylacte reprend possession du Latran : c'est le deuxième pontificat[68].

La vente du pontificat (10 mars – 1er mai 1045)

Un deuxième règne de sept semaines

Le deuxième pontificat est extraordinairement bref — sept semaines exactement, du 10 mars au 1er mai 1045, selon la fiche officielle du Saint-Siège[69]. Théophylacte est revenu, mais Rome ne le supporte plus. Selon Treccani, « le pontificat devint intolérable aux Romains eux-mêmes »[70].

Plusieurs raisons sont avancées par les sources. Bonizo de Sutri rapporte un projet de mariage : Théophylacte aurait voulu épouser une parente, peut-être sa cousine, fille du seigneur Gérard de Saxo[71]. Désidérius parle d'une lassitude personnelle du pontife pour la charge[72]. Treccani retient surtout l'impossibilité politique : ni les Crescenzi ni le reste du clergé romain ne supportent plus la domination tusculane[73].

L'intervention de Jean Gratien

C'est dans ce contexte que paraît Jean Gratien, Iohannes Gratianus, archiprêtre de Saint-Jean-Porte-Latine, parrain (compater) de Théophylacte[74]. Né dans une famille romaine modérée, Gratien est tenu pour un homme de mœurs honorables, hostile à la corruption qui ruine la papauté. Les chroniqueurs réformateurs — Pierre Damien le premier — accueillent son élection avec enthousiasme : Damien lui écrit pour saluer « la colombe qui annonce le retour des eaux » sur le siège romain[75].

Mais la procédure laisse une cicatrice. Le 1er mai 1045, Théophylacte signe un acte par lequel il « renonce » au pontificat en faveur de Gratien — qui prend immédiatement le nom de Grégoire VI. Treccani signale qu'une « charta refutationis » a très probablement existé pour formaliser l'opération[76]. C'est cette procédure même qui posera ensuite problème : le transfert d'une charge spirituelle par contrat privé, avec contrepartie financière, est précisément la définition de la simonie.

La somme : un montant inconnu

Aucun document contemporain ne fixe la somme exacte. Le chiffre de 1450 livres (environ 650 kilogrammes) repris par plusieurs synthèses modernes est une estimation tardive sans source primaire, présentée avec une balise « référence nécessaire » depuis 2007[77]. La Catholic Encyclopedia sur Grégoire VI parle prudemment d'« une grosse somme d'argent » sans en fixer le montant[78].

Treccani propose une lecture nuancée. La transaction a bien eu lieu : la charta refutationis attestée plus tard suffit à le prouver. Mais le sens à lui donner reste discuté :

  • Lecture simoniaque (Pierre Damien, Bonizo, plus tard les réformateurs) : c'est l'achat-vente d'un bien spirituel, sanctionnable canoniquement par la déposition.
  • Lecture patrimoniale (certains apologètes médiévaux de Grégoire VI) : Théophylacte aurait reçu non un « prix » mais une compensation pour les dépenses d'élection et le remboursement de certains frais courants ; l'opération aurait été conduite en « bonne foi » par Gratien lui-même[79].

Cette seconde lecture, plus favorable à Grégoire VI, est précisément celle qu'il tentera de défendre à Sutri en décembre 1046 : « in bona fide et simplicitate »[80]. Elle suffira à éviter au pape déposé l'infamie majeure, mais elle ne suffira pas à le maintenir sur le siège.

Pourquoi Pierre Damien s'est réjoui

Un détail historiographique mérite attention. Pierre Damien — futur grand procureur de l'anti-simonie — se réjouit publiquement de l'avènement de Grégoire VI en mai 1045[81][82]. Comment l'accusateur le plus virulent de Benoît IX peut-il saluer une élection acquise par transaction ?

La réponse tient en deux mouvements. D'abord, Pierre Damien ne connaît pas, en mai 1045, le détail de la transaction financière : il voit seulement qu'un homme réputé probe remplace un homme réputé indigne. Ensuite, lorsqu'il en apprendra l'arrière-plan simoniaque, sa lecture deviendra plus sévère, et c'est ce revirement qui prépare le diagnostic du concile de Sutri : il faut rétablir la pureté du siège, ce qui implique non seulement la déposition de Benoît IX et de Sylvestre III, mais aussi le départ de Grégoire VI, dont le titre est intrinsèquement entaché.

Trois papes pour un siège (mai 1045 – décembre 1046)

Trois basiliques, trois prétendants

Entre l'abdication de mai 1045 et le concile de Sutri en décembre 1046, Rome connaît une situation sans précédent. Trois hommes se réclament du siège de Pierre, chacun installé dans une basilique majeure :

PrétendantIdentitéBasilique tenueFaction d'appui
Grégoire VIJean Gratien, parrain de Benoît IXSaint-PierreRéformateurs et clergé romain modéré
Sylvestre IIIJean, évêque de SabineSainte-Marie-MajeureFamille des Crescenzi (rentrée à son siège, mais revendiquant le titre)
Benoît IXThéophylacte, déposant officielSaint-Jean-de-LatranComtes de Tusculum

Le tableau est rapporté par les chroniqueurs contemporains et par les historiographes modernes[83][84]. Il ne s'agit pas simplement d'une crise d'élection ; il s'agit d'une partition de fait du siège apostolique entre trois lignages politico-ecclésiastiques.

L'Europe regarde

La situation devient connue dans l'ensemble de la chrétienté latine. Hermann de Reichenau la consigne dans son Chronicon ; Glaber, depuis Cluny, en parle ; les évêques germaniques, français, anglais font remonter la difficulté à leurs métropolitains[85]. La question est posée nettement : si trois hommes prétendent au titre de successeur de Pierre, qui est le pape légitime ? La chrétienté ne peut indéfiniment laisser cette question sans réponse, faute de quoi l'autorité ecclésiale entière vacille.

C'est précisément cette pression internationale qui décide Henri III, roi de Germanie depuis 1039 et futur empereur, à intervenir.

Henri III, l'évêque-empereur réformateur

Henri III du Saint-Empire, roi de Germanie puis empereur, arbitre impérial de la crise pontificale de 1046. Source : miniature médiévale, Wikimedia Commons.

Henri III (1017-1056), fils de Conrad II, est l'un des souverains les plus religieux du Moyen Âge. Élève des écoles cathédrales, marié à Agnès de Poitou, il a fait sienne la cause de la paix de Dieu et de la réforme clunisienne. Son confesseur est Suidger, évêque de Bamberg ; ses conseillers comprennent les hommes qui seront les premiers papes réformateurs (Brunon de Toul, Poppon de Brixen, Hugues de Cluny)[86].

À l'automne 1046, Henri III franchit les Alpes à la tête d'une grande armée, accompagné d'une cour ecclésiastique et séculière qui constitue une véritable assemblée de réforme itinérante. Son projet est double : être couronné empereur par un pape légitime et incontesté, et restaurer dans le duché de Rome un ordre canonique acceptable. Sutri sera l'instrument du second objectif ; le couronnement impérial de Noël 1046 sera la conclusion du premier.

Le concile de Sutri (20-23 décembre 1046)

Sutri, ville-frontière du duché de Rome

Sutri, ville étrusque ancienne devenue siège épiscopal sous la suzeraineté romaine, se trouve à environ 40 kilomètres au nord de Rome, sur la via Cassia, à la frontière du duché pontifical[87]. Le choix du lieu n'est pas innocent : Henri III ne veut pas pénétrer dans Rome avant d'avoir réglé la question pontificale, sous peine de paraître prendre parti pour l'un des trois prétendants. Sutri est l'antichambre du Latran : là où l'empereur instruit le procès, et d'où il enverra à Rome l'élu d'un nouveau pontife.

La procédure : convocation des trois prétendants

Le concile s'ouvre le 20 décembre 1046. Henri III préside la réunion entouré des évêques germaniques (Bamberg, Cologne, Mayence, Trèves) et de la grande aristocratie ecclésiastique du nord. Les trois prétendants sont convoqués :

  • Sylvestre III : il ne se présente pas. Treccani note qu'il s'était déjà retiré à son siège épiscopal de Sabine depuis l'avènement de Grégoire VI[88]. Sutri le déclare déposé, le dépouille de son rang sacerdotal, et le condamne à l'exil monastique[89].
  • Grégoire VI : il est présent. Il reconnaît avoir acquis le pontificat dans des conditions canoniquement irrégulières, mais affirme avoir agi « en toute bonne foi et simplicité » (in bona fide et simplicitate) pour libérer le siège romain de Benoît IX[90]. Le concile le presse de renoncer. Il s'exécute.
  • Benoît IX : il ne se présente pas. La sentence le concernant est prononcée au synode romain du 24 décembre 1046, immédiatement après Sutri[91].

« Au concile de Sutri en décembre 1046, Benoît IX et Sylvestre III furent déclarés déposés tandis que Grégoire VI fut encouragé à renoncer, parce que l'arrangement passé avec Benoît était jugé simoniaque, c'est-à-dire avoir été acheté. » — Synthèse historiographique sur Sutri[92]

Suidger de Bamberg, pape Clément II

Le siège vidé, Henri III propose son confesseur Suidger de Bamberg. Né en Saxe vers 1005, Suidger appartient au cercle réformateur germanique. Il accepte à condition de conserver son siège épiscopal de Bamberg, jugeant — non sans une certaine ironie historique — que ce siège lui donnerait une assise économique propre, hors de la portée des factions romaines[93].

Infographie originale Ignispedia — Sutri, décembre 1046 : trois prétendants écartés, puis l'élection de Clément II sous l'arbitrage d'Henri III.

Suidger est intronisé sous le nom de Clément II le jour de Noël 1046 au Latran. La même journée, et dans la même basilique, il couronne Henri III empereur romain[94]. La coïncidence n'est pas seulement liturgique : elle institue, pour quelques années, un mode opératoire dans lequel l'empereur tient l'initiative de la désignation pontificale en assumant qu'il agit pour le bien de l'Église.

L'exil de Grégoire VI et l'apparition de Hildebrand

En mai 1047, Henri III rentre en Germanie avec Grégoire VI et un jeune clerc romain qui appartiendra bientôt à la première génération réformatrice : Hildebrand de Soana, futur saint Grégoire VII[95]. Grégoire VI meurt peu après en exil. Hildebrand, formé dans le cercle clunisien-germanique d'outre-Alpes, reviendra à Rome plus tard avec Léon IX et deviendra le principal artisan de la réforme grégorienne.

C'est l'un des paradoxes les plus saisissants de l'histoire ecclésiastique : la chute de Benoît IX produit, indirectement, l'envoi en Germanie du futur pape qui imposera le décret sur l'élection pontificale de 1059, l'interdiction de l'investiture laïque (1075), et la première grande affirmation de la libertas Ecclesiae.

Le troisième pontificat (8 novembre 1047 – 17 juillet 1048)

Mort de Clément II et retour de Benoît IX

Clément II meurt le 9 octobre 1047, probablement empoisonné selon certaines hypothèses, plus probablement de paludisme selon les analyses contemporaines[96]. Le siège est de nouveau vacant. Henri III est en Germanie, occupé par les troubles saxons. Théophylacte saisit l'occasion : il revient sur Rome, occupe le Latran, et reprend le pontificat le 8 novembre 1047[97][98].

Ce troisième pontificat est lui-même reconnu par la liste officielle du Saint-Siège comme le 150e pontificat de l'histoire de l'Église[99]. La comptabilité vaticane n'efface pas la difficulté canonique : elle reconnaît que, malgré la déposition de Sutri, Théophylacte tient à nouveau le siège, et que ses actes ecclésiaux durant cette période ont valeur pontificale.

L'expulsion par Boniface de Toscane (17 juillet 1048)

Henri III réagit cependant aussitôt. Le 17 juillet 1048, le marquis Boniface de Toscane, agissant comme représentant impérial, chasse Théophylacte de Rome[100][101]. Ce coup de force met fin au troisième pontificat de Benoît IX et permet l'avènement, le 17 juillet 1048, de Damase II — Poppon, évêque de Brixen — qui meurt malheureusement quelques semaines plus tard (9 août 1048).

L'intermède Damase II est si bref que les chroniqueurs y voient parfois le signe d'un autre empoisonnement, sans preuve sérieuse. Quoi qu'il en soit, Henri III convoque alors Brunon de Toul, évêque alsacien réformateur, qui prend le nom de Léon IX et entre à Rome pieds nus en pèlerin le 12 février 1049[102]. C'est le commencement effectif de la réforme grégorienne.

L'excommunication d'avril 1049

Au concile romain de la mi-avril 1049, Léon IX et les évêques réformateurs excommunient formellement Théophylacte / Benoît IX[103]. La sentence sanctionne moins l'identité personnelle de l'homme que l'obstination dans la prétention au pontificat : Théophylacte refuse de reconnaître la légitimité de Sutri, n'admet ni les sentences précédentes ni l'élection de Léon IX, et continue à se faire désigner comme Benedictus IX dans ses actes privés depuis ses châteaux de Sabine[104].

L'excommunication n'a pas seulement valeur disciplinaire : elle interdit toute possibilité d'un quatrième retour. Théophylacte ne reviendra plus jamais à Rome.

Fin de vie : Grottaferrata ou résistance ?

La tradition de Grottaferrata : Théophylacte pénitent

Abbaye de Grottaferrata, monastère grec lié à la tradition pénitentielle de la fin de Benoît IX. Source : Wikimedia Commons.

À la fin du XIᵉ siècle, l'abbé Luc de Grottaferrata (mort vers 1085) rédige une Vita de saint Barthélemy de Grottaferrata, quatrième abbé du monastère grec (mort en 1065)[105]. C'est dans ce texte que se trouve la version dévotionnelle du destin de Benoît IX. Théophylacte, retiré dans la région des Castelli Romani, serait venu trouver Barthélemy ; l'abbé l'aurait reçu, instruit, conduit à la pénitence, et le pontife déchu serait mort en pénitent dans l'enclos du monastère[106].

La Catholic Encyclopedia prend cette tradition au sérieux : elle est « corroborée par des monuments sépulcraux et autres conservés dans les murs du monastère »[107]. Mann concluait, en 1907 : « Il semble que le jeune pontife se détourna de son péché, vint demander à Barthélemy un remède à ses désordres ; sur le conseil du saint, Benoît résigna définitivement le pontificat et mourut en pénitence à Grottaferrata. »[108]

La critique historiographique moderne

Treccani, à partir d'une analyse précise des chartes notariales conservées, rejette catégoriquement l'hagiographie de Grottaferrata[109]. L'argument est philologique. Une donation faite le 18 septembre 1055 par Théophylacte à un monastère du diocèse de Tibur conserve le titre Benedictus papa ; une mention de suffrages célébrés par ses frères Grégoire, Pierre et Octavien avant le 9 janvier 1056 désigne aussi le défunt comme Benedictus[110]. Or si Théophylacte avait sincèrement renoncé au pontificat, comme le veut la tradition de Grottaferrata, il aurait dû redevenir Theophylactus dans la documentation juridique privée.

« Le refus de Benoît IX d'utiliser son nom séculier jusqu'à la mort démontre qu'il continua à se considérer comme pape et à entretenir ses prétentions, incarnant la volonté indomptée des forces particularistes romaines. » — Treccani, Enciclopedia dei Papi, trad. fr.[111]

Treccani conclut donc que la tradition de Grottaferrata, écrite trente à quarante ans après la mort de Théophylacte, dans le contexte d'un monastère grec sous influence réformatrice latine, vise sans doute à réhabiliter la mémoire du dernier Tusculan en lui prêtant une conversion qui n'a pas eu lieu, à des fins liturgiques et hagiographiques locales[112].

Comment trancher ?

Les deux lectures peuvent être tenues ensemble si l'on distingue plusieurs niveaux. Sur le plan juridique, Théophylacte n'a effectivement jamais reconnu la déposition de Sutri ni l'élection de Léon IX : il est mort excommunié, sans avoir fait acte public d'obéissance à l'Église réformatrice. Sur le plan personnel et spirituel, il est possible que ses dernières années aient comporté un retour intérieur, une retraite, des actes de pénitence privée et un contact avec Barthélemy, sans renier sa prétention publique.

L'Église, dans ses listes officielles, a tranché d'une manière intermédiaire : elle compte trois pontificats de Benoît IX (145e, 147e, 150e successeur de Pierre), c'est-à-dire reconnaît la validité canonique des trois élections successives ; elle ne le canonise pas, c'est-à-dire ne sanctionne pas l'hagiographie de Grottaferrata ; mais elle n'efface pas non plus son nom de la suite apostolique, ce qu'un jugement définitif d'illégitimité aurait imposé.

Mort entre septembre 1055 et janvier 1056

Les dernières traces documentaires de Théophylacte conservent ainsi une chronologie précise. Il est encore vivant le 18 septembre 1055, où il signe une donation. Il est mort avant le 9 janvier 1056, date à laquelle ses trois frères Grégoire, Pierre et Octavien font célébrer pour lui des messes de suffrage[113]. La sépulture est traditionnellement située à Grottaferrata, mais la matérialité du tombeau a été perdue au cours des siècles ; les « monuments sépulcraux » signalés par la Catholic Encyclopedia relèvent davantage de la mémoire monastique que d'une identification archéologique sûre[114].

Sens catholique du pontificat de Benoît IX

La promesse faite à Pierre ne supprime pas les chutes humaines

Le cas de Benoît IX est l'un des plus utiles, pédagogiquement, pour montrer la différence entre la promesse divine faite au siège de Pierre et la sainteté personnelle des successeurs. La foi catholique confesse que les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre l'Église fondée sur Pierre (Matthieu 16, 18-19), que le successeur de Pierre reçoit le munus de confirmer ses frères (Luc 22, 32), et que, dans les conditions canoniquement requises, son enseignement engage l'infaillibilité du Magistère. Mais elle ne confesse nulle part que tous les successeurs de Pierre seront saints, irrépréhensibles, prudents, ni même simplement décents.

Benoît IX est exactement le contraire d'une vision naïve de la papauté. Il est pape légitime au plan canonique, compté trois fois dans la liste officielle ; il est pape indigne au plan personnel ; il vend son siège ; il revient par la force ; il est excommunié ; il meurt sans qu'on sache s'il s'est converti vraiment. Et pourtant, l'Église subsiste, le Magistère continue, la succession apostolique tient. Aucun dogme n'est promulgué pendant son pontificat ; aucun précédent doctrinal contraignant n'est laissé pour la suite ; les actes canoniques courants (consécrations, confirmations de privilèges) conservent leur effet sacramentel ou juridique selon la doctrine constante de l'Église sur la validité indépendante de l'indignité du ministre (formulée plus tard par les Réformateurs des XIVᵉ-XVᵉ siècles et confirmée par le concile de Trente, mais déjà reçue par la tradition patristique).

Validité des sacrements et indignité du ministre

Infographie originale Ignispedia — le principe ex opere operato permet de comprendre pourquoi l'indignité d'un ministre ne détruit pas la validité sacramentelle.

Le principe doctrinal qui sous-tend la lecture catholique du règne de Benoît IX est ancien. Saint Augustin, contre les donatistes, enseignait que la validité d'un sacrement ne tient pas à la dignité du ministre mais à la puissance du Christ qui agit à travers lui : « Que ce soit Pierre qui baptise, c'est le Christ qui baptise ; que ce soit Judas qui baptise, c'est le Christ qui baptise. »[115] Le siège de Pierre transmet la succession apostolique non en vertu de la sainteté de tel pontife précis, mais en vertu de l'institution divine confiée par le Christ. Si Benoît IX a validement ordonné des évêques, consacré des autels, confirmé des élections épiscopales, ces actes conservent leur portée sacramentelle ou disciplinaire, indépendamment de l'état moral du pape qui les a posés[116].

C'est l'un des effets pratiques de la doctrine qui empêche que la crise de 1032-1048 ne ruine en cascade tout l'épiscopat occidental. Sans cette assurance dogmatique, les évêques sacrés par Benoît IX auraient été remis en cause, leurs propres actes auraient été contestés, et la communion ecclésiale tout entière aurait pu se déliter en sectes locales se réclamant chacune d'un autre pontife légitime.

Le scandale qui prépare la réforme

Infographie originale Ignispedia — de la vente de 1045 au décret de Nicolas II et à la réforme grégorienne.

Le second sens catholique du pontificat est providentiel sans être providentialiste. Benoît IX est, sans le vouloir, l'instrument par lequel la réforme grégorienne devient nécessaire. La vente de 1045, la triple papauté de 1045-1046, le concile de Sutri convoqué par Henri III, l'exil de Grégoire VI avec Hildebrand, la succession Clément II – Damase II – Léon IX, le décret de Nicolas II sur l'élection pontificale en 1059, l'interdiction de l'investiture laïque par Grégoire VII en 1075 : tout cet enchaînement s'enracine, historiquement, dans l'impossibilité scandaleuse vécue à Rome entre 1044 et 1048.

Saint Augustin observait déjà que Dieu « ne permettrait pas qu'un mal existât dans ses œuvres s'il n'était assez puissant et bon pour faire sortir un bien du mal même »[117]. La crise de Benoît IX en est un cas d'école : la chute la plus visible de la dignité pontificale au Moyen Âge produit, en moins de soixante ans, la papauté la plus reformatrice et la plus universelle que l'Occident connaisse alors.

Un avertissement contre les lectures simplistes

Le pontificat de Benoît IX oblige enfin à rejeter deux lectures simplistes opposées. La première — protestante classique, mais reprise par certains polémistes catholiques et apologètes athées — voudrait que la corruption d'un pape médiéval prouve l'illégitimité de la papauté elle-même. Mais Rome a précisément reconnu la corruption sans l'effacer, l'a sanctionnée par déposition et excommunication, et a entrepris la plus grande réforme institutionnelle de son histoire à partir de cette reconnaissance même. La papauté tient non parce que tous les papes sont saints, mais parce que la succession apostolique est une institution divine reçue dans le cadre d'une Église visible capable de se réformer.

La seconde lecture simpliste — dévotionnelle naïve — voudrait a contrario sauver Benoît IX par la seule tradition de Grottaferrata, en effaçant la gravité historique du scandale. C'est précisément ce que la critique historiographique contemporaine refuse, et avec elle l'Église dans ses listes officielles : Benoît IX est compté comme pape, mais il n'est pas canonisé ; sa mémoire est conservée, mais elle est explicitement marquée du sceau de la pénitence inachevée.

Chronologie

  1. vers 1012
    Naissance de Théophylacte

    Naissance probable de Théophylacte, fils d'Albéric III, comte de Tusculum ; neveu des futurs papes Benoît VIII et Jean XIX.

  2. octobre 1032
    Premier pontificat

    Élection et consécration de Théophylacte comme pape sous le nom de Benoît IX, à environ vingt ans, par achat des voix opéré par son père Albéric ; 145e pape officiel de la liste vaticane.

  3. 1036-1038
    Voyages et actes pontificaux

    Confirmation de privilèges à plusieurs abbayes, intervention dans la Marche d'Ancône, accompagnement de Conrad II en Italie méridionale.

  4. septembre 1044
    Expulsion de Rome

    Soulèvement de l'opposition romaine ; Théophylacte est chassé du Latran.

  5. 20 janvier 1045
    Antipape Sylvestre III

    Jean, évêque de Sabine, est élu par la faction des Crescenzi sous le nom de Sylvestre III ; il ne tiendra que quarante-neuf jours.

  6. 10 mars 1045
    Deuxième pontificat

    Théophylacte revient à Rome par la force, expulse Sylvestre III, reprend le siège pontifical ; 147e pape officiel selon la liste vaticane.

  7. 1er mai 1045
    Vente du pontificat

    Théophylacte abdique en faveur de son parrain Jean Gratien, archiprêtre de Saint-Jean-Porte-Latine, qui prend le nom de Grégoire VI ; contre une somme d'argent dont le montant exact n'est attesté par aucun document contemporain.

  8. mai 1045 – décembre 1046
    Trois prétendants

    Grégoire VI tient Saint-Pierre, Sylvestre III revendique depuis Sainte-Marie-Majeure, Benoît IX au Latran ; partition de fait du siège apostolique.

  9. automne 1046
    Henri III en Italie

    Le roi de Germanie Henri III franchit les Alpes pour recevoir la couronne impériale et résoudre la triple papauté.

  10. 20-23 décembre 1046
    Concile de Sutri

    Sutri dépose Sylvestre III (absent) et reçoit la démission de Grégoire VI (présent, plaidant la bonne foi) ; le synode romain du 24 décembre dépose Benoît IX in absentia.

  11. 25 décembre 1046
    Clément II et couronnement impérial

    Suidger de Bamberg, élu sous le nom de Clément II, est intronisé jour de Noël 1046 au Latran et couronne immédiatement Henri III empereur romain.

  12. mai 1047
    Exil de Grégoire VI et Hildebrand

    Grégoire VI part en exil avec Henri III pour la Germanie, accompagné du jeune Hildebrand de Soana, futur saint Grégoire VII.

  13. 9 octobre 1047
    Mort de Clément II

    Clément II meurt prématurément à Pesaro ; le siège romain est de nouveau vacant.

  14. 8 novembre 1047
    Troisième pontificat

    Théophylacte revient à Rome, reprend le Latran et reprend le pontificat ; 150e pape officiel selon la liste vaticane.

  15. 17 juillet 1048
    Expulsion par Boniface de Toscane

    Le marquis Boniface de Toscane, agissant pour Henri III, chasse définitivement Théophylacte de Rome ; Damase II est intronisé le même jour.

  16. 9 août 1048
    Mort de Damase II

    Damase II (Poppon de Brixen) meurt après vingt-trois jours de pontificat.

  17. 12 février 1049
    Léon IX entre à Rome

    Brunon de Toul (Léon IX) entre à Rome pieds nus en pèlerin ; commencement effectif de la réforme grégorienne.

  18. avril 1049
    Excommunication

    Le concile romain de Léon IX excommunie formellement Théophylacte qui continue à se proclamer pape depuis ses châteaux de Sabine.

  19. 18 septembre 1055
    Dernière trace vivante

    Théophylacte signe une donation à un monastère du diocèse de Tibur sous le titre Benedictus papa.

  20. avant le 9 janvier 1056
    Mort de Théophylacte

    Ses frères Grégoire, Pierre et Octavien font célébrer des messes de suffrage pour le défunt désigné comme Benedictus ; sépulture traditionnellement située au monastère de Grottaferrata.

  21. 1059
    Décret de Nicolas II

    Le décret pontifical de Nicolas II réforme l'élection pontificale et confie son initiative aux cardinaux, soustrayant en principe la papauté aux factions romaines et à l'influence impériale.

Pour aller plus loin

  • Pape Benoît VIII (1012-1024) — oncle de Théophylacte, premier des trois papes tusculans, allié de l'empereur Henri II.
  • Pape Jean XIX (1024-1032) — second oncle de Théophylacte, élu laïc et ordonné à la hâte ; prédécesseur direct dans la dynastie tusculane.
  • Pape Grégoire VI (1045-1046) — Jean Gratien, parrain de Benoît IX et acheteur du pontificat ; déposé à Sutri et exilé en Germanie avec Hildebrand.
  • Pape Clément II (1046-1047) — Suidger de Bamberg, premier des papes germaniques de la réforme, intronisé après Sutri.
  • Pape Damase II (juillet-août 1048) — Poppon de Brixen, second pape germanique, mort après vingt-trois jours.
  • Pape Léon IX (1049-1054) — Brunon de Toul, vrai inaugurateur de la réforme grégorienne ; auteur de l'excommunication d'avril 1049.
  • Pape Grégoire VII (1073-1085) — Hildebrand de Soana, témoin du concile de Sutri, exilé avec Grégoire VI, futur architecte de la réforme.
  • Le concile de Sutri (20-23 décembre 1046) — synode décisif convoqué par Henri III, modèle de l'intervention impériale dans la crise pontificale.
  • La réforme grégorienne (XIᵉ siècle) — le grand mouvement de purification dont la chute de Benoît IX est le déclencheur involontaire.
  • Le saeculum obscurum (904-964) — siècle de captation aristocratique romaine du siège pontifical, dont le règne de Benoît IX est l'ultime prolongement.
  • Saint Pierre Damien (1007-1072) — cardinal-évêque d'Ostie, docteur de l'Église, principal accusateur contemporain de Benoît IX.
  • Pape bienheureux Victor III (1086-1087) — Désidérius du Mont-Cassin, témoin des derniers Tusculans, auteur des Dialogi.

Notes et références

  1. Paolo Delogu (avec apport critique de Pio Paschini), « Benedetto IX », Enciclopedia dei Papi, Treccani, 2000 : reconstruction prosopographique des trois pontificats (octobre 1032 – septembre 1044 ; 10 mars – 1er mai 1045 ; novembre 1047 – juillet 1048), discussion de l'âge à l'élection (Poole : ≈25 ans, et non puer decennis), authentification de la charta refutationis du 1er mai 1045, rejet de la tradition pénitentielle de Grottaferrata sur base des chartes notariales 1055-1056 où Théophylacte est encore nommé Benedictus papa, mort entre le 18 septembre 1055 et le 9 janvier 1056. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/benedetto-ix_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/.

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  2. Saint-Siège, fiche officielle « Benedict IX » (premier pontificat) : 145e pape de l'Église catholique, nom séculier Theophylactus of Tusculum, pontificat débuté en 1032 et terminé en 1044. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/benedetto-ix-1.html.

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  3. Saint-Siège, fiche officielle « Benedict IX » (deuxième pontificat) : 147e pape de l'Église catholique ; dates 10 mars 1045 – 1er mai 1045. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/benedetto-ix-2.html.

    3 28 69
  4. Saint-Siège, fiche officielle « Benedict IX » (troisième pontificat) : 150e pape de l'Église catholique ; dates octobre 1047 – août 1048. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/benedetto-ix-3.html.

    4 29 97 99
  5. Catholic Encyclopedia, « Pope Gregory VI » : Jean Gratien, archiprêtre romain, élu pape le 1er mai 1045 avec le nom de Grégoire VI après l'abdication de Benoît IX contre une « grosse somme d'argent » ; reconnu de bonne foi par les contemporains réformateurs ; déposition au concile de Sutri en décembre 1046 sous Henri III ; exil en Germanie en mai 1047 avec son chapelain Hildebrand, futur Grégoire VII. URL : https://www.newadvent.org/cathen/06791a.htm.

    6 24 74 78 79 80 90 95
  6. Wikipedia (article « Pope Benedict IX », consulté pour vérification croisée) : trois pontificats avec dates précises (8 novembre 1047 pour le retour du troisième pontificat ; 17 juillet 1048 pour l'expulsion par Boniface de Toscane) ; mort vers fin décembre 1055 ou début janvier 1056 (43-44 ans). Le chiffre d'environ 1450 livres (soit ~650 kg) qu'il mentionne pour la transaction de 1045 y est présenté au conditionnel (« possibly ») avec une balise « référence nécessaire » depuis avril 2007, sans source primaire, en livres-poids et non en monnaie. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Benedict_IX.

    7 48 77
  7. Wikipedia, article « Council of Sutri » : ouverture du concile 20 décembre 1046, durée jusqu'au 23 décembre ; synode romain consécutif du 24 décembre 1046 pour la déposition de Benoît IX ; rôle prépondérant d'Henri III, élection consécutive de Clément II ; mention des Annales Romani comme source contemporaine. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Council_of_Sutri.

    8 10 38 84 87 89 91
  8. History of the Germans Podcast / Wikipedia / Britannica, synthèse historique sur le concile de Sutri : Henri III franchit les Alpes à l'automne 1046 avec armée et grands ecclésiastiques germaniques ; concile ouvert le 20 décembre 1046 à Sutri (~40 km de Rome sur la via Cassia) ; déposition de Sylvestre III in absentia, démission de Grégoire VI plaidant la bona fides, déposition de Benoît IX au synode romain consécutif ; élection et intronisation de Clément II (Suidger de Bamberg) le jour de Noël 1046 et couronnement impérial d'Henri III le même jour. URL : https://historyofthegermans.com/2021/12/otd-in-1046-the-council-of-sutri-deposes-three-popes/.

    9 11 23 56 83 86 92 93 94 102
  9. Luc, abbé de Grottaferrata (mort vers 1085), Vita Sancti Bartholomei abbatis Cryptae Ferratae, composée à la fin du XIᵉ siècle ; édition : Acta Sanctorum, novembre, vol. III. La Vita rapporte la rencontre entre Barthélemy (quatrième abbé du monastère, mort en 1065) et Théophylacte / Benoît IX, conduit selon le récit à la pénitence et à la mort en repentir. Tradition reprise par la Catholic Encyclopedia (Mann 1907), discutée par Treccani (2000) sur la base des chartes notariales 1055-1056 qui désignent encore Théophylacte par son nom pontifical Benedictus.

    15 39 105
  10. Horace K. Mann, « Pope Benedict IX », The Catholic Encyclopedia, vol. 2, Robert Appleton Company, New York, 1907, repris par New Advent : Théophylacte, fils d'Albéric, neveu de Benoît VIII et de Jean XIX, élu à environ vingt ans en octobre 1032 par achat des voix par son père ; résignation en 1045 en faveur de Jean Gratien (Grégoire VI) pour une grosse somme ; déposition par Henri III au concile de Sutri en 1046 ; tradition de Grottaferrata d'une fin pénitente sous l'abbé Barthélemy. URL : https://www.newadvent.org/cathen/02429a.htm.

    16 30 40 41 42 54 59 60 106 107 108 114
  11. Désidérius du Mont-Cassin (futur pape bienheureux Victor III), Dialogi de miraculis sancti Benedicti, vers 1080 ; édition de référence : Monumenta Germaniae Historica, Scriptores XXX, 2, p. 1111-1151. Le livre III contient les passages relatifs à Benoît IX et au scandale de 1045-1048. La citation « Adonné au plaisir, il préférait vivre en épicurien plutôt qu'en pape » (texte original : « Voluptati deditus, magis Epicureo more quam papae vivere malebat ») est l'un des passages les plus cités sur Théophylacte ; reprise par les chroniqueurs et historiographes des XIIᵉ-XIIIᵉ siècles.

    19 33 34 72
  12. Bonizo de Sutri, Liber ad amicum, composé entre 1085 et 1086 ; édition de référence : Monumenta Germaniae Historica, Libelli de Lite Imperatorum et Pontificum I, p. 568-620. Le livre V évoque la séquence Benoît IX – Grégoire VI – Sutri, présente le projet de mariage de Théophylacte avec une parente (fille de Gérard de Saxo selon une lecture proposée par Bonizo), et inscrit la déposition de 1046 dans une lecture providentielle de l'histoire de l'Église romaine.

    20
  13. Wikipedia, article « Bonizo of Sutri » : vie (vers 1045 – vers 1095), évêque de Sutri puis de Plaisance, partisan de la réforme grégorienne ; Liber ad amicum comme grand pamphlet historico-théologique de la réforme. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Bonizo_of_Sutri.

    21 36 71
  14. Saint Pierre Damien, Liber Gomorrhianus, adressé à Léon IX vers 1049 ; édition de référence : Migne, Patrologia Latina, vol. 145, col. 159-190. L'ouvrage dénonce la simonie et l'incontinence du clergé en prenant Benoît IX comme exemple-type ; la formule anglaise « feasting on immorality » que la presse secondaire moderne lui attribue n'a aucun équivalent latin attesté dans l'ouvrage et doit se lire comme une paraphrase journalistique, non comme une citation du saint.

    22 31
  15. Encyclopaedia Britannica, « Benedict IX » : Teofilatto, fils du comte Albéric de Tusculum, dernier pape de la maison tusculane ; trois pontificats 1032-1044, 10 mars – 1er mai 1045, novembre 1047 – 17 juillet 1048 ; vente du pontificat à Giovanni Graziano (Grégoire VI) ; concile de Sutri décembre 1046 sous Henri III ; expulsion par Boniface de Toscane 17 juillet 1048 ; mort à Grottaferrata 1055/1056. URL : https://www.britannica.com/biography/Benedict-IX.

    25 44 47 51 53 58 67 96 98 100
  16. Horace K. Mann, « St. Peter Damian », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton Company, New York, 1911, repris par New Advent : carrière de Pierre Damien, accueil enthousiaste de l'élection de Grégoire VI en mai 1045 (lettre saluant le « retour des eaux »), revirement critique après connaissance de la charta refutationis simoniaque, rédaction du Liber Gomorrhianus en 1049 pour Léon IX. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11764a.htm.

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  17. Désidérius / Victor III, Dialogi, livre III, formules complémentaires sur Benoît IX rapportées par les compilations médiévales : « Vita ejus tam vilis, tam foeda, tam execrabilis fuit ut horreat tantum vel commemorare » (« Sa vie fut si vile, si infâme, si exécrable que je n'ose même la rappeler »). Les chroniqueurs réformateurs reprennent ces qualificatifs, notamment au concile romain de 1049 sous Léon IX.

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  18. Philip Schaff, History of the Christian Church, volume IV : Mediaeval Christianity. A.D. 590-1073, Charles Scribner's Sons, New York, 1882-1910, chapitre sur la crise pontificale du XIᵉ siècle : « Benoît IX et Sylvestre III furent vite réglés, le premier ayant deux fois résigné », « Le malheureux Benoît IX reprit possession du Latran (jusqu'au 16 juillet 1048) », « Il mourut ensuite à Grotto Ferrata, selon une tradition en pénitent saint, selon une autre en pécheur endurci dont le fantôme effrayait les vivants ». URL : https://ccel.org/ccel/schaff/hcc4/hcc4.i.iv.xix.html.

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  19. F. Donald Logan, A History of the Church in the Middle Ages, 2ᵉ éd., Routledge, Londres/New York, 2013, p. 95, cité par l'article « Gregory I of Tusculum » : le comte Grégoire de Tusculum, marié à Maria, est le père de trois fils — Albéric III, qui lui succède comme comte de Tusculum et qui est le père de Benoît IX ; Théophylacte, futur pape Benoît VIII ; Romanus, futur pape Jean XIX. Benoît VIII et Jean XIX sont donc les oncles, et non les frères, de Benoît IX. Corrobore et précise la filiation déjà indiquée par Britannica[^britannica-benoit-ix] (Benoît IX « fils du comte Albéric de Tusculum ») et par la Catholic Encyclopedia[^newadvent-benoit-ix] (Benoît IX « neveu de Benoît VIII et de Jean XIX »).

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  20. Saint Augustin d'Hippone, In Iohannis Evangelium tractatus VI, 7 (vers 406-407), argument central contre les donatistes : la validité du baptême et des sacrements ne dépend pas de la sainteté du ministre mais du Christ qui agit par lui. Texte original : « Quod ergo Petrus baptizat, hic est qui baptizat; … quod Iudas baptizat, hic est qui baptizat ». Éditions de référence : Corpus Christianorum, Series Latina 36 ; Migne, Patrologia Latina 35, col. 1428. Principe magistériellement codifié par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1128.

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  21. Catéchisme de l'Église catholique, § 1128 : les sacrements agissent ex opere operato, « par le fait même que l'action sacramentelle est accomplie ». Texte : « le sacrement n'est pas réalisé par la justice de celui qui le donne ou de celui qui le reçoit, mais par la puissance de Dieu ». La validité du sacrement ne dépend donc pas de la dignité morale du ministre — réponse magistérielle directe au donatisme. Texte intégral sur vatican.va.

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  22. Saint Augustin d'Hippone, Enchiridion de fide, spe et caritate 11, 3 (vers 421), cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 311. Texte original : « Deus omnipotens … nullo modo sineret malum aliquod esse in operibus suis, nisi usque adeo esset omnipotens et bonus, ut bene faceret etiam de malo » — « Dieu tout-puissant … ne permettrait jamais aucun mal dans ses œuvres s'il n'était assez puissant et bon pour faire le bien à partir du mal même ». Référence : Migne, Patrologia Latina 40, col. 236.

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