Pape Benoît VIII (1012-1024)

Premier pape de la dynastie de Tusculum, Benoît VIII couronne saint Henri II en 1014, fait chanter le Filioque dans le Credo romain, défait les Sarrasins à Luni en 1016 et promulgue les sept canons réformateurs du concile de Pavie en 1022.

Ignispedia

Pape Benoît VIII (Benedictus VIII), né Théophylacte II des comtes de Tusculum, gouverne l'Église romaine du 18 mai 1012 au 9 avril 1024. Le Saint-Siège le compte comme le 143e pape de l'Église catholique, élu à la mort de Serge IV et premier pape issu de la dynastie des comtes de Tusculum, qui dominera Rome pendant un demi-siècle.[1]

Son pontificat marque un tournant dans l'histoire de la papauté médiévale. Élu après une élection contestée par un antipape soutenu par les Crescenzi, Benoît VIII obtient sa restauration grâce à l'intervention de saint Henri II, qu'il couronne empereur du Saint-Empire à Saint-Pierre le 14 février 1014. À cette occasion, et à la demande de l'empereur, il ordonne l'insertion du Filioque dans le chant du Credo de la messe romaine — un acte liturgique aux conséquences immenses pour les relations avec l'Orient chrétien.[2][3][4]

Loin d'être un pape de transition, Benoît VIII se révèle un chef politique et militaire : il organise en 1016 la coalition navale qui défait, à Luni et en Sardaigne, l'émir de Denia Mujahid al-Amiri ; il soutient à partir de 1017 la révolte de Melo de Bari contre Byzance et accueille les premiers mercenaires normands en Italie méridionale ; il convoque avec Henri II le concile de Pavie de 1022, dont les sept canons préparent la réforme grégorienne en condamnant simonie et concubinage clérical. La Catholic Encyclopedia le qualifie de « l'un des rares papes du Moyen Âge à être à la fois puissant chez lui et grand à l'extérieur ».[5][6][7]

À sa mort le 9 avril 1024, le siège romain est tenu fermement par la maison de Tusculum : son frère Romano lui succède immédiatement sous le nom de Jean XIX, et son neveu deviendra plus tard le très contesté Benoît IX. Le bilan reste paradoxal : authentique réformateur, premier prince ecclésiastique à frapper la simonie depuis des décennies, Benoît VIII installe en même temps la dynastie tusculane qui produira l'un des pires scandales pontificaux du siècle suivant.[8][9]

Pourquoi Benoît VIII compte-t-il ?

Le premier pape de la dynastie de Tusculum

Benoît VIII se comprend par quatre dossiers majeurs : restauration de l'autorité romaine, couronnement impérial et Filioque, victoire navale contre Mujahid, puis réforme disciplinaire à Pavie.

Avec Benoît VIII s'ouvre la papauté tusculane (1012-1048), troisième grande phase de la papauté du Xe-XIe siècle après la domination des Théophylactes (904-962) et la papauté ottonienne stricte (963-1003). Les comtes de Tusculum, descendants de la même souche aristocratique romaine, dominent désormais l'élection pontificale : Benoît VIII, son frère Jean XIX, puis son neveu Benoît IX se succèdent au siège de Pierre.[10][11]

Cette stabilité dynastique n'a pas que des inconvénients. Pour la première fois depuis des décennies, le pape dispose d'une base de pouvoir militaire et fiscale suffisante pour gouverner Rome sans dépendre constamment d'un protecteur extérieur. Benoît VIII saura en tirer parti pour relever l'autorité pontificale dans la péninsule, là où Benoît V, Benoît VI ou Jean XIV n'avaient pu que subir.

Le pape qui couronne Henri II et noue le pacte impérial

Le 14 février 1014, à Saint-Pierre, Benoît VIII pose la couronne impériale sur la tête de Henri II le Saint et de son épouse Cunégonde de Luxembourg. Ce couronnement n'est pas simplement une cérémonie : il scelle un pacte de gouvernement entre la papauté tusculane et la Germanie ottonienne, qui se traduira par une convergence d'action sur la réforme ecclésiastique, la défense de l'Italie contre les Sarrasins et la résistance à Byzance en Italie méridionale.[12][13]

Le couronnement de 1014 prolonge le Privilegium Ottonianum de 962, mais il l'infléchit. Avec Otton I, le pape avait été remis sur son siège par l'empereur ; avec Benoît VIII et Henri II, c'est le pape qui fait l'empereur et qui obtient en échange un soutien militaire et politique sans précédent depuis Charlemagne.

Le pape qui introduit le Filioque dans la messe romaine

À l'occasion même du couronnement, Henri II demande à Benoît VIII que le Credo soit chanté en latin avec l'addition du Filioque (« et du Fils ») lors de la messe pontificale — usage déjà répandu en Germanie depuis Charlemagne, mais auquel les papes romains avaient jusqu'alors résisté pour ne pas heurter l'Orient. Benoît VIII consent.[14][15][16]

Cet acte de 1014 n'invente pas le Filioque : la doctrine de la procession du Saint-Esprit ex Patre Filioque est tenue à Rome depuis bien avant. Mais il fixe pour la première fois l'usage liturgique romain. À partir de Benoît VIII, le Credo romain chante le Filioque. Sur le plan dogmatique, la doctrine sera ratifiée plus tard par les conciles d'union de Lyon II (1274) et de Florence (1439).

« Lorsque j'étais avec lui à Rome, et que j'écoutai à la messe le Symbole de la foi, j'observai qu'il était récité sans aucune mention du Filioque. Sur ma demande, l'empereur intervint auprès du seigneur pape Benoît VIII pour que le Credo soit chanté à la messe comme il l'est dans toute l'Église gauloise et germanique. » — Berno, abbé de Reichenau, Libellus de quibusdam rebus ad missae officium pertinentibus, vers 1042 (rapportant les faits de 1014)[17]

Un précurseur de la réforme grégorienne

Plus d'un demi-siècle avant Grégoire VII et la querelle des Investitures, Benoît VIII et Henri II frappent ensemble la simonie et le concubinage clérical au concile de Pavie (1022). Les sept canons promulgués anticipent presque mot pour mot les mesures de la réforme grégorienne et constituent l'un des actes les plus fermes de la papauté médiévale en matière de discipline ecclésiastique.[18][19][20]

Ce point est important pour ne pas caricaturer le Xe-XIe siècle. La réforme grégorienne ne sort pas de nulle part. Elle prolonge un travail commencé sous Léon IX, mais aussi, plus discrètement, sous Benoît VIII et Henri II. Le Tusculan et le Saxon ont déjà tracé la ligne : célibat clérical réel, achat des charges interdit, biens d'Église protégés.

Les sources principales

Saint-Siège, Catholic Encyclopedia, Treccani, Britannica

La fiche officielle du Saint-Siège identifie Benoît VIII comme le 143e pape de l'Église, né Teofilatto, pontificat du 18 mai 1012 au 9 avril 1024. Cette fiche fournit le cadre canonique : Benoît VIII est reçu comme pape légitime ; l'antipape Grégoire de 1012 ne figure pas dans la liste.[21]

La notice de Horace K. Mann dans la Catholic Encyclopedia (1907) reste l'exposé classique en langue catholique : élection, fuite et restauration par Henri II, couronnement impérial, addition du Filioque, victoire navale de Luni, concile de Pavie, amitié avec saint Odilon de Cluny. C'est de Mann qu'est issue la formule devenue traditionnelle : Benoît VIII fut « l'un des rares papes du Moyen Âge à être à la fois puissant chez lui et grand à l'extérieur ».[22]

Pour l'historien moderne, la référence est l'article de Gerd Tellenbach dans l'Enciclopedia dei Papi de Treccani (Rome, 2000). Tellenbach, médiéviste allemand spécialiste de la réforme grégorienne, fournit un état de la question à la fois rigoureux et critique : sources primaires, fond familial tusculan, mécanique de l'élection contestée, dossier des actes pontificaux, relations avec l'Empire, problème de la canonisation de Siméon de Padolirone, place de Benoît VIII dans la pré-réforme.[23]

L'Encyclopaedia Britannica et Encyclopedia.com (qui reprend la New Catholic Encyclopedia) complètent en synthétisant la chronologie, les principaux actes et les sources bibliographiques.[24][25]

Thietmar de Merseburg, témoin contemporain

Le Chronicon de Thietmar de Merseburg (975-1018), évêque saxon qui suit personnellement Henri II, est l'une des rares sources contemporaines directes sur les rapports entre Benoît VIII et la Germanie. Thietmar rapporte la fuite de l'antipape Grégoire à Pöhlde fin 1012, le couronnement impérial de 1014 et plusieurs anecdotes diplomatiques, dont la fameuse correspondance symbolique entre le pape et l'émir Mujahid.[26][27]

« Mujahid envoya à Pierre, prince des apôtres, un sac de châtaignes pour signifier le nombre des soldats musulmans qu'il jetterait sur l'Italie. Le seigneur pape Benoît, sans s'émouvoir, lui retourna un sac de millet en disant : voici le nombre des chrétiens prêts à venir à la rencontre. » — Thietmar de Merseburg, Chronicon, livre VII, traduction française de l'original latin[28]

Berno de Reichenau et la liturgie

L'abbé Berno de Reichenau (vers 978-1048), accompagne Henri II à Rome en 1014. Réformateur du chant grégorien et théoricien liturgique, il laisse dans son Libellus de quibusdam rebus ad missae officium pertinentibus un témoignage de première main sur l'addition du Filioque au Credo de la messe romaine — c'est sa propre intercession qui motive la requête d'Henri II auprès de Benoît VIII.[29][30]

Le Liber Pontificalis et les regestes

Le Liber Pontificalis du XIe siècle conserve une notice de Benoît VIII, brève mais utile pour la liste des principaux actes et l'identification de la sépulture. Les regestes de Jaffé-Löwenfeld rassemblent quant à eux les bulles et privilèges pontificaux : on y trouve les actes pour Cluny, Fécamp, Bobbio, le Mont-Cassin, Saint-Apollinaire-in-Classe, ainsi que les correspondances avec l'épiscopat franc, italien et germanique.[31][32]

SourceAuteur / ÉditionCe qu'elle apportePrudence
Saint-SiègeListe officielleRang (143), nom, dates, identité tusculaneNotice minimale
Catholic Encyclopedia (1907)Horace K. MannSynthèse catholique classique, formules de jugementDépend des éditions de 1907 ; à compléter par les études récentes
Enciclopedia dei Papi (2000)Gerd TellenbachÉtat critique de la question, sources primaires, contexte tusculanRéférence principale pour la recherche moderne
Encyclopaedia BritannicaSynthèse moderneConfirmation des dates et du récit principalTrès brève
ChroniconThietmar de Merseburg († 1018)Témoignage contemporain saxon, anecdote MujahidAuteur engagé du côté impérial
LibellusBerno de Reichenau († 1048)Témoignage direct sur l'addition du Filioque (1014)Source liturgique partisane du Filioque
Liber PontificalisXIᵉ siècleNotice canonique, sépulture, principaux actesTrès condensé
RegestesJaffé-LöwenfeldInventaire systématique des bullesÀ croiser avec les éditions d'actes

Ce que les sources ne disent pas

Comme pour la plupart des papes du Xe-XIe siècle, nous ne possédons aucune homélie, aucune correspondance personnelle intime, et aucun portrait spirituel direct de Benoît VIII. Sa physionomie morale ne peut être reconstruite qu'à partir de ses actes : privilèges, bulles, conciles, expéditions, alliances. Tellenbach insiste sur ce point : tout exposé sur Benoît VIII qui prétendrait reconstituer une biographie intérieure relèverait de l'invention.[33]

Origine, famille et carrière avant le pontificat

La maison des comtes de Tusculum

La papauté tusculane naît d'un noyau familial très resserré : Benoît VIII, son frère Jean XIX et son neveu Benoît IX sortent de la même maison aristocratique romaine.

Les comtes de Tusculum (aujourd'hui Frascati, près de Rome) descendent par filiation directe de la grande famille des Théophylactes, dont le patriarche Théophylacte I (mort vers 924) avait été vestararius et senator romanorum sous le pape Serge III. Le château de Tusculum, perché sur les Albains, contrôle militairement la via Latina et constitue depuis la fin du Xe siècle l'un des bastions stratégiques du Latium.[34][35]

Cette ascendance n'est pas anecdotique. Elle explique à la fois la légitimité aristocratique de Benoît VIII à occuper le siège de Pierre dans l'esprit des Romains de 1012 — il appartient à la famille de plusieurs papes du Xe siècle, dont Jean XI, Jean XII et Benoît VII — et la résistance des Crescenzi, qui voient dans cette élection la consécration définitive de la prééminence tusculane.

Grégoire I, sénateur et amiral

Le père de Benoît VIII, Grégoire I de Tusculum, est un personnage majeur de la Rome du tournant de l'an mil. Sénateur de Rome (senator omnium romanorum), il commande sous le pape Sylvestre II et l'empereur Otton III la flotte papale et urbaine engagée dans la lutte contre les Sarrasins en Tyrrhénienne. À la mort d'Otton III (24 janvier 1002), c'est lui qui dirige le parti tusculan face aux Crescenzi rivaux.[36][37]

Cette formation maritime familiale n'est pas sans conséquence pour la suite : quand en 1016 Benoît VIII organise la coalition navale de Pise, de Gênes et de la papauté contre Mujahid, il agit en héritier d'une tradition militaire familiale et non comme un improvisateur.

Trois frères, trois destins

Grégoire I et son épouse Marie ont au moins trois fils, qui scellent ensemble la fortune de la maison :

  • Théophylacte, l'aîné ou le second selon les hypothèses, devient pape sous le nom de Benoît VIII ;
  • Romano prend en main la cité de Rome comme consul, dux et senator, puis succède à son frère sous le nom de Jean XIX (1024-1032), élu en avril 1024 ;
  • Albéric III, qui hérite du comté de Tusculum, est le père du futur — et tragique — pape Benoît IX (1032-1048, plusieurs déposés et rétablis).

Tellenbach souligne ici un fait à la fois remarquable et inquiétant : trois papes successifs et un quatrième neveu sortent de la même famille. La papauté tusculane est en train de devenir une affaire patrimoniale.[38]

Théophylacte avant 1012 : laïc, cardinal ou clerc ?

Le statut canonique de Théophylacte juste avant son élection est débattu. Plusieurs catalogues anciens, notamment au sein de la Catholic Encyclopedia, le présentent comme cardinal-évêque de Porto, possiblement promu par Sylvestre II en 1001. D'autres notices, dont l'Enciclopedia dei Papi, hésitent et signalent qu'il est probablement encore laïc au moment de son élection — comme l'avaient été plusieurs papes ottoniens.[39][40][41]

L'incertitude tient à la pauvreté des sources : aucun acte conservé ne le mentionne nominativement comme évêque ou cardinal avant 1012. Mais le débat lui-même est instructif : il témoigne d'une époque où l'aristocratie laïque pouvait, en quelques semaines, élire pape l'un des siens avant même qu'il fût clerc, à charge ensuite d'ordonner infra missarum solemnia. Cette pratique sera condamnée par la réforme grégorienne.

L'élection contestée de 1012

La mort de Serge IV et la rivalité Crescenzi-Tusculani

Le pape Serge IV meurt le 12 mai 1012. Sa mort, suivie d'un mois exact par celle de Jean Crescentius, patricius romain et chef de la faction des Crescenzi, ouvre une double vacance au sommet de Rome : siège pontifical et seigneurie civile. Les chroniqueurs contemporains soupçonnent un empoisonnement coordonné — Thietmar évoque l'hypothèse, sans la trancher.[42][43]

Les deux grandes maisons aristocratiques s'affrontent immédiatement : Tusculani d'un côté, Crescenzi de l'autre. Pour la première fois depuis quinze ans, les Crescenzi perdent le contrôle de Rome. Ils tentent malgré tout d'imposer leur propre candidat au siège pontifical.

La double élection

Vers le 17 mai 1012, Théophylacte de Tusculum est élu pape par la faction tusculane. Il est consacré le 18 mai sous le nom de Benoît VIII. À peu près au même moment, les Crescenzi proclament un autre Théophylacte (ou Grégoire selon les sources), qui prend le nom de Grégoire — désigné dans l'historiographie postérieure comme Grégoire VI (à ne pas confondre avec le pape canonique Grégoire VI, 1045-1046, qui est un personnage distinct).[44][45][46]

Pendant quelques semaines, Rome compte deux papes. La situation rappelle 964-965 (Léon VIII contre Benoît V), mais elle s'en distingue : ici, ce n'est plus l'Empire qui impose son candidat aux Romains, c'est une faction romaine qui doit aller chercher l'arbitrage de l'Empire.

La fuite à Pöhlde et le recours à Henri II

À la fin de 1012, le rapport de force tourne nettement à l'avantage de Benoît VIII et des Tusculani. L'antipape Grégoire fuit Rome et part vers le nord. Il rejoint Henri II en Saxe, à Pöhlde, et se présente comme pape légitime persécuté. Thietmar de Merseburg rapporte la scène : Grégoire arrive en habits sacerdotaux, supplie le roi de le rétablir, est reçu avec courtoisie — puis renvoyé.[47]

Henri II prend son temps. Politicien expérimenté, il sait qu'arbitrer une querelle d'élection romaine engage tout son prestige impérial. Il choisit Benoît VIII. Ce choix est probablement déterminé par plusieurs considérations : la légitimité supérieure de la procédure tusculane (consécration précoce, occupation effective du siège), l'orthodoxie de Benoît VIII, mais surtout l'intérêt impérial à voir Rome stabilisée par une seule autorité reconnue.

La restauration et l'effacement définitif de l'antipape

Une fois la décision impériale prise, le sort de l'antipape Grégoire est scellé. Il disparaît de l'histoire sans déposition formelle, sans procès, sans excommunication retentissante. La papauté tusculane se présentera désormais comme la papauté légitime sans rivale.[48][49]

Ce silence vaut décision. La liste officielle du Saint-Siège ne mentionne aucun antipape entre Serge IV et Benoît VIII : le bref Grégoire de 1012 a été effacé de la mémoire canonique de Rome.

Le couronnement impérial du 14 février 1014

Le voyage romain d'Henri II

Henri II, roi des Romains depuis 1002, attend douze ans avant d'aller chercher la couronne impériale à Rome. La date n'est pas anodine : il marche vers Rome quand il a stabilisé son royaume en Germanie, vaincu Boleslav de Pologne et assuré sa succession spirituelle par la fondation de l'évêché de Bamberg (1007). Il part de Saxe à l'automne 1013, hiverne en Lombardie, et entre dans Rome au début de février 1014.[50][51]

À ses côtés, son épouse Cunégonde de Luxembourg, future sainte canonisée, et un cortège d'évêques germaniques parmi lesquels Berno de Reichenau, dont la présence sera décisive pour l'histoire liturgique.

La cérémonie à Saint-Pierre

Le 14 février 1014, dans l'ancienne basilique constantinienne de Saint-Pierre du Vatican, Benoît VIII consacre solennellement Henri II et Cunégonde imperatores. Selon le rite ottonien adapté par Benoît, le pape frappe légèrement d'une masse d'or la tête du nouvel empereur — geste rituel de prise de possession qui sera codifié par les pontificaux médiévaux ultérieurs.[52][53]

Sept mois plus tard, Henri II est de retour à Bamberg. Sa visite romaine n'aura duré que quelques semaines, mais elle marque un tournant : le sacre impérial de 1014 fixe pour deux siècles la liturgie du couronnement à Rome par le pape, et institue la convergence entre réforme germanique et réforme romaine.

Un pacte de gouvernement

Le couronnement de 1014 n'est pas qu'une cérémonie. Plusieurs actes concrets le suivent dans les mois et années qui viennent : Henri II confirme et étend les biens de l'Église romaine ; il consent à des privilèges pour Cluny, Bobbio et le Mont-Cassin ; il accepte que Benoît VIII préside des synodes communs et fasse la police de l'Église impériale. Inversement, Benoît VIII confirme les fondations bambergeoises de l'empereur, consacre des évêques germaniques et lui accorde, en 1020, la solennité de sa propre venue dans le royaume.[54][55]

« Quelques-uns des successeurs de saint Pierre furent à la fois grands chez eux et grands au-dehors ; Benoît VIII, le premier des papes tusculans, est l'un d'eux. » — Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. V, Londres, 1910, p. 167[56]

Le Filioque dans la messe romaine (1014)

Une doctrine ancienne, un chant nouveau

En 1014, Benoît VIII n'invente pas la doctrine latine du Filioque ; il autorise son chant dans le Credo romain, à la demande d'Henri II.

La doctrine de la procession du Saint-Esprit ex Patre Filioque (« du Père et du Fils ») est défendue à Rome bien avant 1014 : on la trouve attestée chez saint Augustin dès le début du Vᵉ siècle (De Trinitate), chez le pape Léon le Grand au Vᵉ siècle, chez les Pères wisigothiques au concile de Tolède (589), et confessée par tous les théologiens latins du haut Moyen Âge.[57][58]

Ce qui distingue la décision de 1014 n'est donc pas l'adoption doctrinale du Filioque — qui est déjà acquise — mais sa liturgisation dans le chant officiel du Credo lors de la messe pontificale à Rome. Avant Benoît VIII, le Credo récité à Rome ne contenait pas le mot Filioque dans son chant. Après lui, oui.[59][60]

La requête d'Henri II et l'intercession de Berno

L'initiative ne vient pas du pape, mais de l'empereur. Berno de Reichenau raconte : présent à la messe pontificale donnée par Benoît VIII, il s'étonne d'entendre le Credo récité sans le mot Filioque, alors que toutes les Églises gauloises et germaniques le chantent depuis Charlemagne. Il en parle à Henri II ; celui-ci intervient auprès du pape ; Benoît consent.[61]

L'épisode est bien documenté par Berno lui-même dans son Libellus de quibusdam rebus ad missae officium pertinentibus (vers 1042), rédigé près de trente ans plus tard mais à partir d'un témoignage direct.

Le précédent de Léon III

La résistance romaine antérieure à chanter le Filioque dans le Credo de la messe n'était pas doctrinale : elle était diplomatique et archéologique. Doctrinale : Rome enseignait la procession ex Patre Filioque ; diplomatique : Rome voulait éviter de heurter les Grecs ; archéologique : Rome tenait à conserver le texte du Credo de Constantinople (381) tel qu'il avait été promulgué, par respect pour l'antiquité conciliaire.[62][63]

Léon III, en 810, avait expliqué au théologien franc Smaragdus pourquoi il refusait l'addition du Filioque au chant du Credo, tout en confessant la doctrine elle-même. Pendant deux siècles, ce compromis liturgique avait tenu. En 1014, sous la pression d'Henri II, Benoît VIII l'abandonne.

Conséquences pour l'Orient chrétien

Sur le plan théologique, l'addition de 1014 n'enseigne rien que les latins n'enseignaient déjà. Mais sur le plan symbolique et diplomatique, elle pèse lourdement : pour les Grecs, Rome cesse à partir de 1014 de respecter la forme conciliaire originelle du Credo. L'addition unilatérale du Filioque sera l'un des griefs explicites de Michel Cérulaire en 1054 lors du schisme.[64][65][66]

Il faut pourtant garder la mesure exacte de cette décision. La rupture de 1054 n'est pas due à Benoît VIII ; elle a des causes politiques, ecclésiologiques (primat romain) et liturgiques (azymes, jeûne du samedi, mariage des prêtres) bien plus larges. L'acte de 1014 ajoute un grief sans en être la cause profonde. Lyon II (1274) et Florence (1439) montreront ensuite que la formule Filioque, correctement comprise, peut être confessée en union avec l'enseignement grec des Pères cappadociens.[67][68]

La bataille de Luni (1016) contre Mujahid al-Amiri

Mujahid de Denia : un émir slave en Méditerranée

La bataille de Luni et de Sardaigne (1016) fait entrer la papauté dans une coalition maritime : Pise, Gênes et Rome contiennent l'expansion de Mujahid al-Amiri en Tyrrhénienne.

Mujahid al-Amiri (m. 1045), surnommé chez les Latins Mogetus ou Mujetus, est un esclave d'origine slave élevé à la cour de Cordoue, devenu émir de Denia et des Baléares à la chute du califat omeyyade en 1011. Cultivé, mécène de la grammaire et de l'exégèse coranique, il rêve d'étendre son émirat sur les côtes tyrrhéniennes et lance, à partir de 1015, des expéditions contre la Sardaigne, alors politiquement morcelée entre quatre judicati chrétiens.[69][70]

120 navires sur la Sardaigne

En 1015, Mujahid arme une flotte de 120 navires et débarque sur la côte méridionale sarde. Il occupe la plaine côtière, mais se heurte à une première résistance pisane et génoise et doit se retirer. En 1016, il revient avec une force de cavalerie, défait l'armée du judex de Cagliari et fortifie la zone conquise. Une expédition complémentaire débarque alors à Luni, sur la côte italienne entre Pise et Gênes : la ville est prise par surprise, l'évêque s'enfuit, la cité et son arrière-pays sont pillés.[71][72][73]

L'enjeu n'est pas seulement matériel. Si Mujahid réussit à tenir la Sardaigne et à bombarder régulièrement les côtes italiennes, c'est tout l'équilibre maritime de la Tyrrhénienne — et l'avenir des cités marchandes de Pise et de Gênes — qui basculent.

Le rôle militaire et symbolique de Benoît VIII

Benoît VIII intervient à plusieurs titres. Politique : il sollicite la coalition entre Pise, Gênes, le judicat sarde de Cagliari et la papauté elle-même. Spirituel : il accorde des privilèges canoniques aux participants — premier exemple d'une indulgence-croisade avant la croisade. Symbolique : selon des sources reprises par Tellenbach, il remet aux flottes coalisées une bannière vermeille marquée de l'image de saint Pierre, ancêtre direct des étendards consulaires que Pise et Gênes brandiront plus tard dans leurs expéditions méditerranéennes.[74][75]

« Le pape Benoît VIII, ayant en sa curie un cardinal originaire de Sardaigne, fut probablement déterminant pour obtenir l'approbation pontificale et le soutien actif de l'entreprise militaire, et il alla jusqu'à accorder des privilèges à ceux qui y participèrent et à lui remettre une bannière vermillon. » — Travis Bruce, The Politics of Violence and Trade: Denia and Pisa in the Eleventh Century, Journal of Medieval History 32, 2006, p. 127[76]

L'anecdote des châtaignes et du millet

L'image qui restera, dans la littérature médiévale, est celle de la correspondance symbolique entre Mujahid et Benoît VIII rapportée par Thietmar : l'émir envoie au pape un sac de châtaignes, pour signifier le nombre de soldats musulmans prêts à débarquer en Italie ; le pape lui retourne un sac de millet, pour signifier le nombre de chrétiens prêts à les recevoir. L'épisode, peut-être brodé, traduit une réalité : Benoît VIII se positionne sur ce dossier comme protecteur militaire de l'Italie chrétienne, fonction que la papauté n'avait plus tenue depuis Léon IV au IXᵉ siècle.[77]

Mai 1016 : la victoire navale

En mai 1016, les flottes coalisées de Pise et de Gênes, soutenues par les contingents pontificaux et sardes, débarquent en Sardaigne. Une mutinerie éclate dans le camp musulman ; Mujahid tente de s'enfuir par mer ; une tempête disperse sa flotte ; les navires survivants sont harcelés et coulés par les Pisans et les Génois. La mère et le fils de Mujahid sont capturés. Mujahid lui-même réussit à regagner Denia mais ne reviendra plus jamais sur les côtes italiennes.[78][79]

L'écho de cette victoire sera durable : elle inaugure deux siècles d'hégémonie tyrrhénienne chrétienne et constitue, avant la lettre, un précédent matriciel pour les croisades.

Réforme monastique et synodes (1014-1022)

Synodes romains de 1014 et 1015

Entre 1014 et 1022, Benoît VIII protège plusieurs abbayes réformées par exemptions et privilèges, préparant un réseau monastique directement lié au Siège apostolique.

Dès les mois qui suivent le couronnement impérial, Benoît VIII tient à Rome deux synodes consacrés aux questions disciplinaires : ordinations irrégulières, aliénations de biens d'Église, abus dans les conseils diocésains. Les actes de ces synodes ne sont conservés que de façon fragmentaire, mais leur ligne est claire : restaurer le droit ecclésiastique romain comme norme universelle.[80][81]

Ces synodes ne sont pas isolés. Ils préparent — méthodologiquement et politiquement — le grand acte de 1022 à Pavie.

Cluny, Fécamp, Bobbio : protéger la liberté monastique

Benoît VIII multiplie les privilèges en faveur des grandes abbayes réformées. En 1016, il accorde à Cluny une bulle qui étend ses exemptions aux maisons subordonnées — geste décisif pour la constitution future de l'ordre clunisien au sens strict.[82][83]

Il accorde aussi des privilèges à Fécamp (abbaye normande réformée par Guillaume de Volpiano), à Bobbio (fondée par saint Colomban), au Mont-Cassin, à Saint-Apollinaire-in-Classe. Le réflexe est constant : soustraire l'abbaye réformée aux ingérences de l'évêque local ou du seigneur laïque, et la rattacher directement au Saint-Siège.

DateBénéficiaireContenu principalSens ecclésial
1014Évêché de BambergConfirmation de la fondation d'Henri II, mise en dépendance directe de RomeModèle de l'évêché impérial réformé
1016ClunyExtension des privilèges aux maisons subordonnéesNaissance de l'ordre clunisien stricto sensu
1016FécampProtection des biens, exemptionSoutien à la réforme normande
Vers 1020Mont-CassinConfirmation des biens et privilègesRestauration du grand foyer bénédictin
1020-1022Bobbio, Saint-ApollinaireConfirmation des protections monastiquesContinuité avec la politique ottonienne

L'amitié avec saint Odilon de Cluny

Avec saint Odilon de Cluny (abbé 994-1049), Benoît VIII entretient une correspondance personnelle et amicale. Odilon vient à Rome en 1016, peu après l'octroi du privilège ; Benoît lui remet alors la bulle d'exemption élargie. Odilon, de son côté, soutient le pape dans la promotion de la Trêve de Dieu en Bourgogne et en Auvergne — ce mouvement de pacification interne de la chevalerie qui prendra plus tard une forme conciliaire à Toulouges (1027), mais qui doit beaucoup, dans sa pré-formation, à l'appui pontifical de Benoît VIII.[84][85]

« Au seigneur très saint et très aimé, élu de Dieu pour gouverner l'Église universelle, le pape Benoît, frère Odilon, son très indigne fils, salut et obéissance dans le Christ. » — Saint Odilon de Cluny, Epistolae, lettre à Benoît VIII (vers 1018), traduction française[86]

La canonisation de Siméon de Padolirone (26 juillet 1016)

Le 26 juillet 1016, Benoît VIII canonise solennellement Siméon de Padolirone (mort en 1016), moine arménien venu d'Orient et mort en odeur de sainteté dans le monastère de Padolirone, près de Mantoue. C'est, après la canonisation d'Ulric d'Augsbourg par Jean XV en 993, la deuxième canonisation pontificale de l'histoire de l'Église occidentale.[87][88]

Cet acte n'est pas mineur. Il scelle la translation d'un pouvoir : avant le Xᵉ siècle, la canonisation se faisait par évêque local ou par acclamation populaire ; à partir de Jean XV puis surtout de Benoît VIII, c'est Rome qui canonise. Le futur monopole pontifical des canonisations, codifié au XIIᵉ siècle, prend sa source dans cette pratique.

Le concile de Pavie de 1022

Convocation conjointe avec Henri II

En août 1022 — la date communément retenue, malgré une variante 1020 que l'on trouve dans certaines sources — Benoît VIII et Henri II convoquent à Pavie un concile commun, présidé par le pape et patronné par l'empereur. C'est le premier grand concile mixte pape-empereur du XIᵉ siècle, et il préfigure la collaboration de Léon IX et d'Henri III dans la décennie suivante.[89][90][91]

Le choix de Pavie n'est pas neutre. Ancienne capitale lombarde, siège de la cancelleria impériale italienne, Pavie symbolise la convergence entre l'autorité pontificale et l'autorité impériale.

Les sept canons

Les actes de Pavie 1022 promulguent sept canons majeurs, dont le contenu peut être résumé ainsi :

CanonContenuSanction
1Interdiction du mariage et du concubinage pour les clercs majeurs (évêques, prêtres, diacres, sous-diacres)Déposition du clerc en cause
2Interdiction pour les clercs majeurs de vivre sous le même toit qu'une femmeSuspension
3Les enfants nés d'unions illicites de clercs ne peuvent hériter des biens ecclésiastiquesRéduction au statut de servi Ecclesiae
4Interdiction absolue de la simonie (achat ou vente de charges et de biens ecclésiastiques)Privation de l'office et de la dignité
5Interdiction de l'aliénation des biens d'Église par des seigneurs laïquesRestitution sous peine d'excommunication
6Discipline des évêques laxistes : devoir de visite, sanctions canoniquesSuspension épiscopale
7Confirmation pontificale et impériale conjointe des canons précédentsForce exécutoire en droit canonique et en droit impérial
Le concile de Pavie (1022) condense la pré-réforme grégorienne : célibat clérical, lutte contre la simonie, protection des biens d'Église et responsabilité épiscopale.

Le canon le plus discuté, dans l'historiographie moderne, est le canon 3 : il prive les enfants des clercs concubinaires de tout droit successoral sur les biens d'Église et les réduit au statut de serfs de l'Église. Cette sévérité s'explique par le contexte économique — au XIᵉ siècle, les bénéfices ecclésiastiques tendent à se transmettre héréditairement de père clerc à fils clerc, ce qui sape à la fois la discipline du célibat et l'intégrité des patrimoines diocésains.[92][93]

Une étape vers la réforme grégorienne

Le concile de Pavie n'invente pas la réforme : il reprend et systématise ce que les conciles francs du IXᵉ siècle, les pré-réformes ottoniennes et les abbés de Cluny enseignaient déjà. Mais en faisant promulguer ses canons par le pape et par l'empereur, il leur confère une autorité juridique inédite.

Cinquante ans plus tard, Grégoire VII reprendra mot pour mot plusieurs dispositions de Pavie 1022 dans ses propres décrets contre la simonie et le nicolaïsme. Les historiens parlent à juste titre d'une pré-réforme grégorienne dont Benoît VIII est l'un des principaux artisans, aux côtés d'Odilon et d'Henri II.[94][95]

L'Italie méridionale, Byzance et les Normands

Melo de Bari et la rébellion contre Byzance

Vers 1020, l'Italie méridionale devient un carrefour : influence byzantine, révolte lombarde, arrivée normande et diplomatie pontificale s'y croisent.

L'Italie méridionale au début du XIᵉ siècle est partagée entre quatre puissances : l'Empire byzantin au sud (catépanat d'Italie), les principautés lombardes de Bénévent, Capoue et Salerne, les émirats musulmans de Sicile, et — depuis Benoît VIII — un quatrième acteur en germe : les Normands. Le contexte est tendu : les Byzantins durcissent leur fiscalité, les Lombards résistent, le pape cherche à étendre l'influence latine.[96][97]

À partir de 1009, un noble lombard, Melo de Bari, lève la révolte contre le catépan byzantin. Il est défait en 1011, exilé en principauté de Salerne, puis à Bénévent. C'est là qu'à partir de 1017, Benoît VIII l'accueille à Rome, le reçoit officiellement et lui accorde un soutien diplomatique et financier.[98]

Les frères Drengot et les premiers Normands en Italie

C'est probablement à Rome, en 1017, que la rencontre décisive a lieu : Melo de Bari fait venir des frères Drengot, gentilshommes normands en pèlerinage italien, et les recrute comme mercenaires pour sa guerre contre Byzance. Parmi eux, Osmond et Gilbert Drengot, futurs ancêtres des dynasties normandes d'Aversa et de Capoue.[99][100]

Cet épisode est l'acte de naissance de la présence normande en Italie méridionale, qui aboutira un demi-siècle plus tard à la conquête du royaume de Sicile par les Hauteville. La papauté tient là un rôle non négligeable : sans la médiation romaine de Benoît VIII, les frères Drengot ne seraient probablement pas restés en Italie.

Voyage de Benoît VIII à Bamberg (1020)

L'année 1020 marque un acte rare dans l'histoire de la papauté médiévale : un voyage personnel du pape en territoire allemand, à Bamberg, pour rencontrer Henri II et obtenir un soutien militaire. C'est, après les voyages d'Étienne II à Pépin le Bref (754) et de Léon IX en Allemagne (1049), l'un des seuls déplacements pontificaux importants au nord des Alpes du haut Moyen Âge.[101][102]

À Bamberg, Benoît VIII consacre l'église Saint-Étienne, fondée par Cunégonde, et reçoit de l'empereur la donation en fief du domaine épiscopal de Bamberg lui-même — geste exceptionnel qui sera repris dans le Liber censuum romain comme précédent du droit pontifical.

Une géopolitique italienne

L'objectif politique du voyage est clair : Benoît VIII veut obtenir d'Henri II une descente militaire en Italie méridionale pour stabiliser le sud, contenir les Byzantins et appuyer la révolte de Melo. Henri II accepte. En 1021-1022, il mène une expédition dans les Pouilles, prend Troia, mais doit rebrousser chemin après une épidémie. Les ambitions pontificales en Italie du Sud ne se réaliseront vraiment qu'avec Léon IX et les batailles de Civitate (1053).[103][104]

La fin du pontificat et la succession

Conflit avec Aribon de Mayence (1023)

L'année 1023 est marquée par un différend significatif avec l'archevêque Aribon de Mayence, primat de Germanie. Aribon tente, dans un synode tenu à Seligenstadt, de restreindre le droit d'appel à Rome pour les causes ecclésiastiques majeures : si un fidèle veut recourir au pape, il devra d'abord obtenir l'autorisation de son évêque. Benoît VIII réplique par une lettre vigoureuse qui réaffirme le principe : tout fidèle peut appeler directement au siège apostolique, sans intermédiaire.[105][106]

Ce conflit est plus important qu'il n'y paraît. Il anticipe la grande querelle des appels qui marquera tout le XIIᵉ siècle entre Rome et les épiscopats nationaux, et il témoigne de la fermeté avec laquelle Benoît VIII défend le primat romain.

Mort à Rome, 9 avril 1024

Benoît VIII meurt le 9 avril 1024 à Rome, probablement de causes naturelles. Aucune source contemporaine ne suggère un empoisonnement ou une mort violente — fait notable pour la papauté du Xᵉ-XIᵉ siècle. La nouvelle de sa mort, rapporte Thietmar, est reçue avec un deuil sincère à la cour impériale.[107][108]

Son frère Henri II le suit dans la tombe quelques mois plus tard, le 13 juillet 1024 — Henri II canonisé en 1146 par Eugène III, fait extrêmement rare pour un empereur médiéval.[109]

Jean XIX, le frère qui succède

Quelques jours après la mort de Benoît VIII, son frère Romano est élu pape sous le nom de Jean XIX. La transition est immédiate et incontestée : la maison de Tusculum garde le siège. Jean XIX règne huit ans (1024-1032) avant de céder la place à son neveu, le tristement célèbre Benoît IX.[110][111]

Avec ces trois pontificats successifs, on voit fonctionner pleinement la papauté patrimoniale tusculane. Le bilan est mêlé : tant que Benoît VIII et Jean XIX gouvernent, la papauté progresse en autorité et en discipline ; quand l'adolescent Benoît IX accède au siège, le système s'effondre.

Sépulture à Saint-Pierre

Benoît VIII est enseveli dans l'ancienne basilique constantinienne de Saint-Pierre, conformément à la tradition pontificale médiévale. Sa tombe n'a pas été conservée lors de la reconstruction de Saint-Pierre au XVIᵉ siècle, mais sa localisation à proximité de la confessio de l'apôtre Pierre est attestée par le Liber Pontificalis et les notices anciennes.[112]

Sens catholique du pontificat

Un pape efficace, mais une institution encore fragile

Benoît VIII réussit ce que peu de papes du Xᵉ siècle avaient réussi : il gouverne réellement. Il est respecté à Rome, écouté par l'empereur, suivi par les abbés, redouté par les Sarrasins, et capable d'imposer des canons aux évêques germains les plus puissants. Sur le plan politique, il rétablit l'autorité pontificale comme jamais depuis l'an mil.

Mais la base de ce pouvoir reste familiale et patrimoniale. Benoît VIII gouverne en partie parce qu'il est tusculan, et parce que son frère tient l'administration civile de Rome. Le jour où la dynastie défaille (avec Benoît IX en 1032), tout s'effondre. La leçon catholique est nette : tant que la papauté ne s'est pas libérée de l'aristocratie laïque, son indépendance reste fragile. C'est précisément cette libération que la réforme grégorienne accomplira au XIᵉ siècle.

Le Filioque : justice doctrinale ou maladresse diplomatique ?

L'acte de 1014 sur le Filioque divise les historiens. Du point de vue doctrinal, il n'innove pas : il enregistre liturgiquement une foi déjà tenue à Rome. Du point de vue pastoral, il harmonise la liturgie romaine avec celle de Germanie. Du point de vue œcuménique, en revanche, il complique la situation : pendant deux siècles, Léon III avait évité ce geste précisément pour ne pas heurter Constantinople ; Benoît VIII l'accomplit.[113][114]

Faut-il le lui reprocher ? La question doit être posée avec nuance. À l'époque de Benoît VIII, l'Orient et l'Occident sont déjà séparés de facto sur de nombreux points : Photius (867) avait théologiquement contesté le Filioque, le concile photien de 879-880 avait condamné toute addition au Credo, et les Grecs ne reconnaissaient pas vraiment la communion romaine depuis l'élection de Serge IV (1009-1012, date à laquelle le nom du pape avait été rayé des diptyques constantinopolitains). En 1014, Benoît VIII ne crée pas la rupture, il en accepte un signe.

L'enseignement catholique constant — confirmé par les conciles d'union de Lyon II (1274) et de Florence (1439) — est que la formule Filioque, correctement comprise, est conciliable avec la théologie grecque de la procession ex Patre per Filium. Le geste de 1014 fut donc dogmatiquement orthodoxe ; son timing diplomatique fut, lui, contestable.[115][116]

Une lecture catholique du Xᵉ-XIᵉ siècle

Le cas de Benoît VIII permet de corriger deux lectures opposées et également fausses du Xᵉ-XIᵉ siècle pontifical :

  • La lecture noire (héritée d'auteurs protestants comme Baronius lu de travers, ou de pamphlétaires anticléricaux) qui ne voit que corruption, simonie, scandales et déchéance jusqu'à Grégoire VII.
  • La lecture rose (parfois traditionaliste) qui idéalise la papauté médiévale comme si l'Esprit Saint avait toujours protégé l'institution de toute faiblesse humaine.

Benoît VIII oblige à tenir les deux réalités ensemble. Oui, il vient d'une famille aristocratique qui transforme la papauté en patrimoine héréditaire. Oui, son neveu Benoît IX deviendra le pire scandale du siècle. Et en même temps, il gouverne avec compétence, frappe la simonie, défend la liberté monastique, soutient le primat romain, organise la défense de l'Italie chrétienne. La foi catholique enseigne que la sainteté de l'Église ne dépend pas de la moralité parfaite de chaque pape, mais de la promesse faite à Pierre et des grâces sacramentelles qui passent à travers le ministère. Benoît VIII en est une illustration historique tangible.

Une figure à réhabiliter

La chronologie du pontificat montre une concentration remarquable d'actes politiques, liturgiques, militaires et disciplinaires en seulement douze ans.

Comparé à son neveu Benoît IX, à son frère Jean XIX, ou à de nombreux papes du Xᵉ siècle, Benoît VIII apparaît finalement comme l'un des chefs ecclésiastiques les plus solides du haut Moyen Âge. La Catholic Encyclopedia l'avait bien vu en 1907, et Tellenbach l'a confirmé en 2000 : ce pape "réveille" la papauté médiévale en attendant que Léon IX et Grégoire VII la transforment de l'intérieur.[117][118]

Pour une encyclopédie catholique, la juste mesure consiste à reconnaître les ombres de la papauté patrimoniale et la grandeur de l'œuvre accomplie. Benoît VIII n'est ni un saint canonisé, ni un héros parfait. Il est un grand pape médiéval qui, avec l'empereur saint Henri II, a sauvé l'Italie chrétienne des Sarrasins, ravivé la discipline ecclésiastique et préparé la réforme grégorienne. C'est, dans la longue durée de l'Église, un témoignage solide de cette providence qui, comme dit saint Paul, « reste fidèle quand nous-mêmes manquons de fidélité » (2 Tm 2, 13).

Chronologie

  1. Avant 980
    Naissance de Théophylacte

    Théophylacte II naît dans la famille tusculane de Grégoire I et de Marie, probablement à Rome ou Tusculum.

  2. 1001 ?
    Cardinal-évêque de Porto ?

    Sylvestre II l'aurait peut-être promu cardinal-évêque de Porto, mais le statut canonique de Théophylacte avant 1012 reste discuté.

  3. 12 mai 1012
    Mort de Serge IV

    La mort presque simultanée du pape Serge IV et du patrice Jean Crescentius ouvre une double vacance à Rome.

  4. 17-18 mai 1012
    Double élection

    Théophylacte est élu et consacré sous le nom de Benoît VIII ; un antipape Grégoire (Crescenzi) est proclamé en face.

  5. Décembre 1012
    L'antipape fuit à Pöhlde

    Grégoire rejoint Henri II en Saxe pour solliciter sa restauration ; le roi refuse et choisit Benoît VIII.

  6. 14 février 1014
    Couronnement impérial

    Benoît VIII couronne Henri II et Cunégonde à Saint-Pierre ; à cette occasion, le Filioque est introduit dans le chant du Credo.

  7. 1014-1015
    Synodes romains

    Benoît VIII tient à Rome deux synodes sur les ordinations irrégulières et l'aliénation des biens d'Église.

  8. 1015-mai 1016
    Coalition contre Mujahid

    Le pape organise la coalition navale Pise-Gênes-papauté contre l'émir de Denia ; la flotte musulmane est défaite en Sardaigne.

  9. 26 juillet 1016
    Canonisation de Siméon de Padolirone

    Deuxième canonisation pontificale de l'histoire, après celle d'Ulric d'Augsbourg par Jean XV.

  10. 1016
    Privilège pour Cluny

    Bulle pontificale étendant les exemptions de Cluny à ses maisons subordonnées : naissance juridique de l'ordre clunisien.

  11. 1017-1018
    Melo de Bari à Rome

    Benoît VIII accueille le rebelle lombard et lui fait rencontrer les frères Drengot, premiers Normands installés en Italie.

  12. 1020
    Voyage à Bamberg

    Benoît VIII consacre l'église Saint-Étienne et reçoit l'évêché de Bamberg en fief direct du Saint-Siège.

  13. 1021-1022
    Expédition impériale en Pouille

    Henri II descend en Italie méridionale pour appuyer la politique pontificale ; expédition partiellement contrariée par une épidémie.

  14. Août 1022
    Concile de Pavie

    Benoît VIII et Henri II promulguent sept canons contre la simonie et le concubinage clérical, jalon majeur de la pré-réforme grégorienne.

  15. 1023
    Conflit avec Aribon de Mayence

    Le pape réaffirme contre l'archevêque le droit d'appel direct à Rome pour tout fidèle.

  16. 9 avril 1024
    Mort de Benoît VIII

    Le pape meurt à Rome, probablement de causes naturelles, et est enseveli à Saint-Pierre du Vatican.

  17. Avril 1024
    Jean XIX, le frère, lui succède

    Romano de Tusculum, frère du défunt, est élu pape sous le nom de Jean XIX : la dynastie tusculane se confirme.

  18. 13 juillet 1024
    Mort de saint Henri II

    L'empereur protecteur de Benoît VIII meurt à son tour ; il sera canonisé en 1146 par Eugène III.

Pour aller plus loin

  • Pape Serge IV (1009-1012) — le prédécesseur immédiat dont la mort ouvre la voie aux Tusculani.
  • Pape Jean XIX (1024-1032) — le frère et successeur de Benoît VIII, second pape tusculan.
  • Pape Benoît VII (974-983) — autre pape de la souche tusculane, lié à l'ascendance de Benoît VIII.
  • Saint Henri II (973-1024) — l'empereur germanique couronné en 1014, canonisé en 1146.
  • Le Filioque dans la doctrine catholique — pour la théologie de la procession du Saint-Esprit et son histoire dogmatique.
  • Le concile de Pavie (1022) — les sept canons contre la simonie et le concubinage.
  • La réforme grégorienne (XIᵉ siècle) — l'aboutissement institutionnel de la pré-réforme initiée par Benoît VIII.
  • Le saeculum obscurum (904-964) — le contexte aristocratique romain dont la papauté tusculane est encore l'héritière.

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle "Benoît VIII" : 143e pape de l'Église catholique, nom de naissance Teofilatto, début du pontificat 18 mai 1012, fin 9 avril 1024. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/fr/holy-father/benedetto-viii.html.

    1 21 49
  2. Gerd Tellenbach, "Benedetto VIII", Enciclopedia dei Papi, vol. 2, Istituto dell'Enciclopedia Italiana, Roma, 2000 : fond familial tusculan (père Gregorio comte de Tuscolo, mère Maria, frères Romano [Jean XIX] et Alberico [père de Benoît IX]), élection contestée de mai 1012, fuite de l'antipape Grégoire à Pöhlde, couronnement impérial du 14 février 1014, addition du Filioque, coalition de 1016 contre Mujahid avec bannière vermillon, privilèges à Cluny, Fécamp, Bobbio, Mont-Cassin, soutien à Melo de Bari, voyage à Bamberg en 1020, concile de Pavie 1022, conflit avec Aribon de Mayence en 1023, mort le 9 avril 1024, sépulture à Saint-Pierre. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/benedetto-viii_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/.

    2 8 10 12 23 33 36 38 40 43 44 48 52 54 74 80 83 87 90 97 100 101 105 108 118
  3. Horace K. Mann, "Pope Benedict VIII", The Catholic Encyclopedia, vol. 2, Robert Appleton Company, New York, 1907, repris par New Advent : Théophylacte de Tusculum, élu en mai 1012, opposition de l'antipape Grégoire, restauration par Henri II, couronnement impérial du 14 février 1014, addition du Filioque, bataille de Luni 1016, concile de Pavie 1022, amitié avec saint Odilon de Cluny, mort 9 avril 1024 ; jugement de synthèse cité textuellement : "one of the few popes of the Middle Ages who was at once powerful at home and great abroad". URL : https://www.newadvent.org/cathen/02428f.htm.

    3 5 22 39 45 117
  4. Berno de Reichenau, Libellus de quibusdam rebus ad missae officium pertinentibus, écrit vers 1042 et publié dans Patrologia Latina, vol. 142, col. 1055-1080 : récit personnel de l'addition du Filioque au chant du Credo de la messe romaine en 1014, à la demande de Berno auprès d'Henri II qui obtient ensuite l'accord du pape Benoît VIII. C'est la source de première main pour l'épisode. Texte original latin : "cum apud Romam essem et missarum solemniis interfuissem, animadverti symbolum fidei sine ulla mentione Filioque cantari".

    4 14 17 29 59 61
  5. Encyclopedia.com / New Catholic Encyclopedia, "Benedict VIII, Pope" : pontificat du 18 mai 1012 au 9 avril 1024, Théophylacte fils de Grégoire de Tusculum, frère d'Alberic (consul et dux de Rome) et de Jean XIX, "premier pape des Tusculani", couronnement d'Henri II en 1014, alliance avec Gênes et Pise en 1016 qui libère la Sardaigne des Sarrasins espagnols, voyage à Bamberg en 1020, synode de Pavie d'août 1020 ou 1022 décrétant la dégradation pour les clercs non célibataires. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/benedict-viii-pope.

    6 20 25 41 81 88 91
  6. Encyclopaedia Britannica, "Benedict VIII" : pape de 1012 à 1024, originaire du comté de Tusculum, couronnement d'Henri II en 1014, lutte contre les Sarrasins en 1016-1017, soutien aux Normands contre Byzance, concile de Pavie 1022 interdisant le clergé non célibataire et la vente de charges ecclésiastiques, frère Romanus successeur sous le nom de Jean XIX, mort 9 avril 1024. URL : https://www.britannica.com/biography/Benedict-VIII.

    7 24
  7. Liber Pontificalis (XIᵉ siècle), notice sur Benoît VIII : brève biographie canonique, liste des principaux actes (couronnement, synodes, privilèges) et indication de la sépulture dans l'ancienne basilique de Saint-Pierre du Vatican. Édition de référence : Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis : texte, introduction et commentaire, 3 vol., Paris, 1886-1957.

    9 31 107 112
  8. Ferdinand Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter, livre VII, Cotta, Stuttgart, 1872, traduction française Histoire de la ville de Rome au Moyen Âge, t. IV : émergence des comtes de Tusculum après la mort d'Otton III, prise du contrôle pontifical en 1012, élection de Théophylacte sous le nom de Benoît VIII, et conséquences pour la papauté du XIᵉ siècle. Référence d'historiographie classique malgré son anticléricalisme libéral.

    11 34 46
  9. Thietmar de Merseburg, Chronicon, livre VII, vers 1015-1018 : fuite de l'antipape Grégoire à Pöhlde en décembre 1012 et accueil par Henri II ; expédition romaine d'Henri II en 1013-1014 ; couronnement impérial du 14 février 1014 ; anecdote du sac de châtaignes envoyé par Mujahid au pape et de la réponse pontificale par sac de millet. Édition de référence : Die Chronik des Bischofs Thietmar von Merseburg und ihre Korveier Überarbeitung, éd. Robert Holtzmann, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum, Nova series, t. IX, Berlin, 1935.

    13 26 28 47 50 53 77
  10. Jaroslav Pelikan, Credo: Historical and Theological Guide to Creeds and Confessions of Faith in the Christian Tradition, Yale University Press, New Haven, 2003 : histoire de l'introduction du Filioque dans la liturgie carolingienne, refus de Léon III en 810 d'imposer son chant à Rome, adoption romaine sous Benoît VIII en 1014 à la demande d'Henri II, et conséquences ecclésiologiques. Voir en particulier le chapitre sur les ajouts latins au Credo de Nicée-Constantinople, pp. 184-198.

    15 30 58 63 65 114
  11. A. Edward Siecienski, The Filioque: History of a Doctrinal Controversy, Oxford University Press, New York, 2010 : étude exhaustive du Filioque depuis les Pères jusqu'aux conciles d'union ; chapitres 4-5 sur la pré-histoire latine (Augustin, Léon, Tolède 589) et l'addition liturgique romaine de 1014 sous Benoît VIII ; analyse de la résistance romaine antérieure et des conséquences pour 1054.

    16 57 62 64 113
  12. Giovanni Domenico Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, vol. 19, Venise, 1774, col. 343-352 : édition critique des actes du concile de Pavie de 1022 avec les sept canons promulgués par Benoît VIII et Henri II contre la simonie, le concubinage clérical, l'aliénation des biens d'Église et les ordinations irrégulières ; texte de référence pour toute citation conciliaire de Pavie 1022.

    18 89 92
  13. Lucia Lucidi, "Il concilio di Pavia del 1022 e la riforma pre-gregoriana", in Rivista di storia della Chiesa in Italia, 2008 : analyse historiographique du concile de Pavie comme jalon majeur de la pré-réforme grégorienne, étude des sept canons, mise en perspective avec les conciles francs antérieurs et avec les décrets postérieurs de Léon IX et Grégoire VII.

    19 93 94
  14. Texte intégral du Chronicon de Thietmar de Merseburg dans la Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum, Nova series, t. IX, Berlin, 1935 (édition Holtzmann), avec apparat critique et concordances ; lecture moderne accessible dans la traduction anglaise de David A. Warner, Ottonian Germany: The Chronicon of Thietmar of Merseburg, Manchester University Press, 2001.

    27
  15. Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum ab condita Ecclesia ad annum post Christum natum MCXCVIII, 2ᵉ éd. par Samuel Loewenfeld et al., Leipzig, 1885-1888 : recension chronologique des actes pontificaux ; les numéros relatifs à Benoît VIII (1012-1024) couvrent les privilèges à Cluny, Fécamp, Bobbio, Mont-Cassin, Saint-Apollinaire-in-Classe, ainsi que la correspondance avec Aribon de Mayence et la curie byzantine.

    32
  16. Treccani, "Tuscolo" et "Tuscolani", Enciclopedia Italiana et Enciclopedia dei Papi : généalogie des comtes de Tusculum, descendance des Théophylactes, rôle de Grégoire I sénateur et amiral pontifical sous Otton III, alliances matrimoniales et bases stratégiques du Latium, succession dynastique sur le siège romain. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/tuscolo_%28Enciclopedia-Italiana%29/.

    35 37
  17. Thietmar de Merseburg, Chronicon, livre VI : récit de la mort de Serge IV (12 mai 1012) et de Jean Crescentius peu après, soupçon d'empoisonnement coordonné, ouverture de la double vacance pontificale et patriciate. Même édition que ci-dessus.

    42
  18. Dirk Hoffmann, History of the Germans Podcast, série Henri II (1002-1024), épisodes consacrés au couronnement impérial de 1014, au voyage de Benoît VIII à Bamberg en 1020, à l'expédition impériale en Pouille de 1021-1022, et aux relations Henri II – Benoît VIII. URL : https://historyofthegermans.com/henry-ii-1002-1024/. Source de vulgarisation universitaire utile pour la chronologie générale ; les faits doivent être recoupés avec Tellenbach et les sources primaires.

    51 55 102 103
  19. Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. V : The Popes in the Days of Feudal Anarchy, 891-999, et vol. V/2 The Popes of the Gregorian Renaissance, 999-1073, Kegan Paul, Londres, 1910 : exposé biographique complet de Benoît VIII et formulation du jugement souvent cité : "Benedict VIII, the first of the Tuscan popes, was one of the few popes of the Middle Ages who was at once great at home and great abroad", vol. V, p. 167.

    56
  20. J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, 3ᵉ éd., Longman, Londres, 1972 : histoire textuelle du Credo de Nicée-Constantinople, ajouts médiévaux successifs et statut canonique de l'addition romaine du Filioque en 1014. Voir en particulier les annexes sur les variantes liturgiques latines.

    60
  21. Michel Cérulaire, Lettre synodale aux Églises orientales (1054), texte grec dans Patrologia Graeca, vol. 120, col. 781-796 : la lettre énumère les griefs orientaux contre Rome, dont l'addition unilatérale du Filioque au Credo, l'usage des azymes, la position romaine sur le jeûne du samedi et le mariage des prêtres.

    66
  22. Concile de Lyon II (1274), constitution Fideli ac devota professione : profession de foi des envoyés byzantins de l'empereur Michel VIII Paléologue confessant la procession du Saint-Esprit ex Patre Filioque tamquam ex uno principio, formule d'union dogmatique reconnaissant la légitimité du Filioque tel que confessé par Rome.

    67 115
  23. Concile de Florence (1439), décret d'union Laetentur caeli du 6 juillet 1439 : nouvelle union ecclésiale entre Latins et Grecs, fondée sur la formule patristique grecque ex Patre per Filium harmonisée avec le Filioque latin. Texte dans Heinrich Denzinger, Enchiridion symbolorum, n. 1300-1308.

    68 116
  24. Treccani, "Muǧāhid al-ʿĀmirī" et "Sardegna : storia", Enciclopedia Italiana : biographie de l'émir slave de Denia, expéditions de 1015-1016 sur la Sardaigne, beachhead à Luni, contre-attaque pisane et génoise, rôle de Benoît VIII dans la coalition chrétienne, retraite musulmane et capture de la famille de Mujahid en mai 1016.

    69 71 75 79
  25. David J. Wasserstein, The Caliphate in the West: An Islamic Political Institution in the Iberian Peninsula, Clarendon Press, Oxford, 1993 : étude des taifas andalouses post-2010, biographie politique de Mujahid al-Amiri, contexte de l'expédition sarde et conséquences pour les Baléares ; complète Bruce 2006 sur le versant musulman du dossier.

    70 72
  26. Travis Bruce, "The Politics of Violence and Trade: Denia and Pisa in the Eleventh Century", Journal of Medieval History 32 (2006), pp. 127-142 : analyse de la rivalité commerciale entre Denia et Pise, contexte de l'expédition de Mujahid en 1015-1016, rôle clé de Benoît VIII dans l'obtention de l'approbation pontificale, octroi des privilèges aux participants et remise d'une bannière vermillon à la coalition navale ; texte cité en blockquote : "Pope Benedict VIII, who had a Cardinal from Sardinia in his curia, was probably instrumental in obtaining papal approval and active support of a military venture, and even granted privileges to those who took part in the campaign and granted it a 'vermilion banner'".

    73 76 78
  27. Bulle de Benoît VIII pour Cluny, 31 mars 1016 (datée par Jaffé-Löwenfeld), texte dans Bullarium sacri Ordinis Cluniacensis, éd. Pierre Symon, Lyon, 1680 : extension des privilèges d'exemption de l'abbaye-mère aux maisons subordonnées, étape juridique fondatrice de l'ordre clunisien stricto sensu.

    82 85
  28. Dominique Iogna-Prat, Agni immaculati : recherches sur les sources hagiographiques relatives à saint Maieul de Cluny, 954-994, Cerf, Paris, 1988 ; et Order and Exclusion: Cluny and Christendom Face Heresy, Judaism, and Islam (1000-1150), Cornell University Press, 2002 : sur la correspondance entre saint Odilon de Cluny et Benoît VIII, le voyage d'Odilon à Rome en 1016 et le contenu de la bulle pontificale élargie ; pour la lettre d'Odilon au pape, voir PL 142, col. 939-940.

    84 86
  29. H. E. J. Cowdrey, Pope Gregory VII, 1073-1085, Clarendon Press, Oxford, 1998 : étude de référence sur la réforme grégorienne ; chapitres 1-3 sur les précédents du XIᵉ siècle, incluant l'œuvre disciplinaire de Benoît VIII et Henri II à Pavie 1022 et les privilèges clunisiens de 1016 comme pré-réforme structurelle.

    95
  30. Ferdinand Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile, 2 vol., Paris, 1907, réimpr. Bouquins, 1999 : étude classique sur l'arrivée des Normands en Italie méridionale, rôle de Melo de Bari, des frères Drengot et de Benoît VIII dans l'accueil romain de la première troupe normande en 1017-1018. Référence d'historiographie incontournable.

    96 98 99 104
  31. Synode de Seligenstadt (vers 1023), texte dans Monumenta Germaniae Historica, Constitutiones et Acta Publica, vol. 1 : Aribon de Mayence présidant le synode et y faisant adopter des restrictions au droit d'appel à Rome, suivi de la réplique de Benoît VIII réaffirmant l'appel direct du fidèle au siège apostolique. Sur cet épisode, voir aussi Joseph Greving, Pfalzgraf Gottfried als Vogt von Reichenau und Konstanz, Münster, 1893, pp. 137-141, et Tellenbach 2000.

    106
  32. Saint-Siège / Vatican News, fiche "Saint Henri II, empereur" : roi des Romains depuis 1002, couronné empereur à Rome le 14 février 1014 par Benoît VIII, mort le 13 juillet 1024, canonisé par le pape Eugène III en 1146 ; seul empereur du Saint-Empire à figurer au martyrologe romain comme saint canonisé. URL : https://www.vaticannews.va/fr/saints/07/13/saint-henri-ii-empereur.html.

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  33. Treccani, "Giovanni XIX", Enciclopedia dei Papi, 2000 : élection en avril 1024 immédiatement après la mort de Benoît VIII, Romano de Tusculum frère du défunt pape, consul, dux et senator romanorum avant son élection, pontificat 1024-1032, transition canonique vers Benoît IX.

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  34. Saint-Siège, fiche officielle "Jean XIX" : 144e pape de l'Église catholique, début du pontificat avril 1024, fin 20 octobre 1032. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/fr/holy-father/giovanni-xix.html.

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