Saint Odilon de Cluny (960-1049)

Saint Odilon de Cluny (vers 962-1049), cinquième abbé de Cluny, est le moine qui inventa la fête des morts : c'est lui qui fixa au 2 novembre la commémoration de tous les fidèles défunts, bientôt adoptée par toute l'Église. Successeur de saint Maïeul, il porta l'ordre clunisien à son apogée, promut la Trêve de Dieu et fit fondre les trésors de l'abbaye pour nourrir les affamés. Si doux qu'on l'appela « l'archange des moines », il refusa l'archevêché de Lyon et mourut à Souvigny au seuil de l'an 1049.

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Saint Odilon de Cluny (vers 962 – 1049) est le cinquième abbé de la grande abbaye bourguignonne, et l'une des figures les plus rayonnantes du monachisme médiéval. Sous son long gouvernement — près de cinquante-quatre ans —, Cluny atteint son apogée : de quelques maisons héritées de ses prédécesseurs, l'« ordre » clunisien passe à plusieurs dizaines de monastères répartis dans toute la chrétienté latine[1][2].

Mais si l'histoire retient un seul de ses actes, c'est d'avoir inventé la fête des morts. C'est Odilon qui, le premier, fixe au 2 novembre la « Commémoration de tous les fidèles défunts », pour que ses moines prient chaque année pour les âmes du purgatoire. Née à Cluny, la coutume gagne bientôt toute l'Église d'Occident[3][4] : c'est de ce moine d'Auvergne que vient le jour où, encore aujourd'hui, les catholiques du monde entier prient pour leurs défunts.

Réformateur exigeant, il fut surtout un père des pauvres : pendant les grandes famines, il fit fondre les trésors de l'abbaye pour nourrir des milliers d'affamés[5][6]. Homme de paix, il porta la Trêve de Dieu qui désarmait les guerres privées. Si doux que l'évêque Fulbert de Chartres l'appela « l'archange des moines »[7][8], il refusa par deux fois l'archevêché de Lyon pour demeurer simple abbé[9].

À sa mort, à Souvigny, dans la nuit du Nouvel An 1049, on le vénéra aussitôt comme un saint. Pierre Damien, qui écrivit sa vie pour ouvrir sa cause, voyait en lui le modèle accompli de l'abbé selon le cœur de Dieu.

Comment connaît-on saint Odilon ?

Nous connaissons Odilon par deux biographies anciennes et de premier ordre. La première, la Vita sancti Odilonis, est l'œuvre de Jotsald de Saint-Claude (Jotsaldus), moine et chancelier de Cluny, qui vécut auprès du saint et écrivit peu après sa mort, entre 1049 et 1053[10][11]. Dédiée au neveu d'Odilon, Étienne, évêque du Puy, elle se compose de trois livres : la vie, puis les miracles avant et après la mort[12]. C'est un témoignage direct, recueilli par un familier.

La seconde est due à Pierre Damien, le grand réformateur ermite : en 1063, pour porter la cause d'Odilon dont le culte est déjà reconnu, il rédige une Vita beati Odilonis, abrégé remanié du travail de Jotsald[13][14].

« Souvent, j'entends les esprits des ténèbres se plaindre amèrement de la puissance des prières et des aumônes de la communauté de Cluny, et nommément de l'abbé Odilon, qui arrache les âmes au lieu de leur peine. » — propos du solitaire de Sicile, rapporté par la tradition clunisienne[15][16]

La vie de saint Odilon en sept jalons, avec les principales fourchettes chronologiques discutées. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Comme toute Vita médiévale, ces récits sont des hagiographies : elles veulent édifier autant qu'informer. C'est pourquoi plusieurs dates de la vie d'Odilon — son année de naissance, le jour exact de sa mort, l'année de l'institution de la fête des morts — restent discutées, et cet article les présente honnêtement comme des fourchettes.

Origines : un fils des comtes d'Auvergne

Naissance vers 962 dans la famille de Mercœur

Odilon naît vers 962 — les sources hésitent entre 960, 961 et 962 — au cœur de l'Auvergne, dans la puissante famille de Mercœur, une branche de la noblesse comtale d'Auvergne[17][18]. Son père, Béraud de Mercœur, est un seigneur considérable ; la tradition lui donne pour mère Gerberge et le fait naître dans une nombreuse fratrie[19][20]. Par sa naissance, Odilon appartient au monde des armes et du pouvoir ; mais, comme saint Odon avant lui, il le quittera pour Dieu seul.

L'enfant guéri et le chanoine de Brioude

Une tradition pieuse, rapportée par sa Vie, veut qu'enfant chétif et longtemps malade, Odilon ait été déposé par sa nourrice sur l'autel d'une église dédiée à la Vierge, et qu'il en soit revenu guéri[21]. Vrai ou embelli, le récit dit une chose : la dévotion mariale marquera toute sa vie.

Encore jeune, il est placé comme chanoine au célèbre chapitre de Saint-Julien de Brioude, l'un des grands sanctuaires de l'Auvergne, où il se forme aux lettres et devient, dit-on, un spécialiste du droit canon[22][23]. Cette compétence juridique lui servira plus tard pour défendre la liberté de Cluny face aux évêques et aux laïques.

L'appel de Cluny et l'entrée sous Maïeul (991)

Mais la vie canoniale, trop tiède, ne comble pas son désir d'absolu. Vers 991, à environ vingt-neuf ans, Odilon demande l'habit monastique à Cluny, alors gouvernée par son quatrième abbé, saint Maïeul[24][25]. La sainteté du vieil abbé l'attire : il se met à son école comme un fils.

Maïeul discerne vite en lui un successeur. Avant même la fin de son année de probation, le jeune moine est fait coadjuteur de l'abbé vieillissant[26]. Puis, peu avant la mort de Maïeul (994), Odilon est désigné pour lui succéder et reçoit les ordres sacrés[27][28]. L'enfant d'Auvergne devient ainsi, à un peu plus de trente ans, le cinquième père de la plus grande abbaye d'Occident.

Cinquième abbé de Cluny (994-1049)

Successeur de Maïeul

Quand Odilon prend en main Cluny, l'abbaye a déjà derrière elle un siècle de sainteté : Bernon, Odon, Aymard, Maïeul. Mais c'est sous lui qu'elle devient le centre spirituel de l'Europe latine[29][30]. Son abbatiat, l'un des plus longs de l'histoire monastique, couvre la charnière de l'an mille : un demi-siècle où Cluny rayonne sur les rois, les papes et les empereurs.

Cluny « de bois » devenu Cluny « de marbre »

Odilon ne fut pas seulement un chef d'âmes : il fut un bâtisseur. Il achève entre 1002 et 1018 la grande église abbatiale dite Cluny II (Saint-Pierre-le-Vieil), et relève en pierre ce qui n'était que de bois[31][32]. La tradition clunisienne lui prête une parole restée célèbre, écho chrétien du mot d'Auguste sur Rome :

« J'ai trouvé une abbaye de bois, je la laisse de marbre. » — parole que la tradition clunisienne prête à saint Odilon[33]

La formule dit l'ampleur de l'œuvre. Sous Odilon, Cluny ne se contente pas de prier : elle se dote des murs, de la liturgie et du prestige d'une véritable capitale spirituelle.

L'apogée de l'« ordre » clunisien

Le rayonnement de Cluny sous Odilon : un réseau monastique centré sur la prière liturgique, la réforme et la paix chrétienne. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le grand fait de son gouvernement est l'expansion de la famille clunisienne. À son arrivée, Cluny ne compte qu'une poignée de maisons rattachées ; à sa mort, elles sont environ soixante-dix, réparties de l'Auvergne à l'Italie[34][35]. Surtout, Odilon transforme une fédération de monastères en un véritable ordre centralisé : les prieurés ne sont plus seulement réformés, ils dépendent directement de l'abbé de Cluny, qui en nomme et révoque les supérieurs[36]. C'est l'invention d'une structure neuve dans l'Église — la première grande congrégation monastique.

Trait du gouvernement d'OdilonCe qu'il apporte
CentralisationLes prieurés dépendent directement de l'abbé de Cluny, non plus seulement de sa réforme[37]
ExemptionPrivilèges pontificaux (998, 1024) soustrayant Cluny à l'autorité des évêques[38][39]
ExpansionD'une poignée de maisons à environ 70 dépendances à sa mort[40][41]
BâtimentAchèvement de Cluny II (Saint-Pierre-le-Vieil), 1002-1018[42][43]
LiturgieSplendeur du chant, fondation de la fête des morts (2 novembre)[44]

L'inventeur de la fête des morts (le 2 novembre)

La légende du pèlerin et des âmes du purgatoire

L'acte qui a rendu Odilon immortel a une origine légendaire, racontée par Jotsald puis par Pierre Damien. Un pèlerin revenant de Jérusalem est jeté par la tempête sur une côte de Sicile. Là, un ermite vivant parmi les rochers, près d'un gouffre d'où montaient des gémissements, lui confie qu'il entend sans cesse les démons se plaindre : les prières et les aumônes des moines de Cluny, et de leur abbé Odilon, arrachent les âmes aux peines du purgatoire[45][46]. Rentré chez lui, le pèlerin court avertir l'abbé.

Comment naît le 2 novembre : le récit du pèlerin, la prière de Cluny et l'institution d'une mémoire liturgique pour tous les fidèles défunts. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Les esprits malins se lamentaient que, par les suffrages des saints et particulièrement des moines de Cluny, les âmes des défunts fussent soustraites à leurs supplices. » — d'après Pierre Damien, Vie de saint Odilon[47][48]

L'institution de la Commémoration des fidèles défunts

Touché par ce signe, Odilon ordonne que, dans tous les monastères clunisiens, le lendemain de la Toussaint — le 2 novembre — soit consacré à la prière, aux aumônes et au sacrifice de la messe pour tous les fidèles défunts[49][50]. Ce qui n'était jusque-là qu'une dévotion locale devient une fête fixe : c'est l'acte de naissance du Jour des morts. De Cluny, la coutume se répand de proche en proche, et l'Église romaine finira par l'adopter pour tout l'Occident[51][52].

Pour la doctrine catholique du purgatoire elle-même — ce que l'Église enseigne de la purification des âmes et de la prière pour les morts —, voir l'article Que dit l'Église sur le purgatoire ?. Le présent article ne traite que le geste fondateur d'Odilon.

Une date débattue : 998 ou après 1030 ?

La tradition place volontiers l'institution en 998. Mais la critique historique est plus prudente : la Catholic Encyclopedia note que la fête fut établie « probablement pas en 998, mais après 1030 »[53], et la New Catholic Encyclopedia la situe vers 1030-1031[54]. Le décret d'Odilon lui-même, conservé, ne porte pas de date assurée. Sur ce point, l'honnêteté commande de retenir une fourchette plutôt qu'une certitude : l'essentiel n'est pas l'année exacte, mais le fait que c'est bien de Cluny, sous Odilon, qu'est née la commémoration universelle des morts.

L'abbé de la paix : Paix et Trêve de Dieu

Au temps d'Odilon, l'effondrement de l'autorité royale livre la chrétienté aux guerres privées des seigneurs. Pour protéger les faibles, l'Église lance deux grands mouvements : la Paix de Dieu, qui met hors d'atteinte les non-combattants (clercs, pauvres, paysans), et la Trêve de Dieu (Treuga Dei), qui interdit de combattre certains jours et certaines saisons.

La Paix de Dieu selon Odilon : protéger les faibles, former les consciences et sanctifier le temps social. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Odilon en fut l'un des plus actifs promoteurs. Il soutient la Paix de Dieu — notamment au concile tenu près de Lausanne (vers 1037) — et œuvre dès 1041 à l'extension de la Trêve de Dieu, dont la conclusion eut une grande portée sociale et économique[55][56]. Le moine désarmé pesait, dans cette Europe violente, plus lourd que les armées : sa parole valait parce qu'elle ne cherchait aucun pouvoir pour elle-même.

Le père des pauvres

La charité dans les famines

La sainteté d'Odilon eut un visage privilégié : les pauvres. Dès la famine de 1006, il vend, pour acheter du blé, la couronne d'or offerte à l'abbaye par l'empereur Henri II[57]. Et quand la famine ravage de nouveau la France — particulièrement entre 1028 et 1033 —, il déploie une charité héroïque et, selon ses biographes, « sauve des milliers d'hommes de la mort »[58], n'hésitant pas à vendre et faire fondre les trésors de l'abbaye : vases sacrés, ornements précieux[59][60].

« Toujours soucieux de secourir les pauvres, il vendit les trésors du monastère pendant la famine. » — New Catholic Encyclopedia, art. « Odilo of Cluny »[61]

Pour Odilon, l'or de l'autel n'avait de sens que rendu au Christ présent dans le pauvre. Sa rigueur envers lui-même n'a jamais séparé l'ascèse de la miséricorde envers les petits.

Le refus de l'archevêché de Lyon

Cette humilité se vérifie dans un autre épisode : par deux fois, les papes Jean XIX et Benoît IX lui offrirent l'archevêché de Lyon, l'un des plus grands sièges de la Gaule. Par deux fois, Odilon refusa, préférant rester simple abbé de ses moines[62][63]. Là où d'autres couraient aux honneurs, lui ne voulait que la dernière place — celle du serviteur.

Au service des empereurs et des papes

Sa stature morale faisait de lui un confident des grands. Odilon fut lié aux empereurs Otton III, Henri II et Conrad II, et il assista au couronnement impérial d'Henri III à Rome en 1046[64][65]. Il intervint à plusieurs reprises pour obtenir la clémence lors des révoltes de Pavie (1004, 1026)[66].

Sainte Adélaïde, impératrice, dont Odilon écrivit l'éloge funèbre. Peinture d'Abel Terral, Wikimedia Commons, domaine public.

Il fut surtout l'ami et le parent de l'impératrice Adélaïde, veuve d'Otton Iᵉʳ, dont il écrira l'éloge funèbre[67]. De ses séjours en Italie, il rapporta des privilèges pontificaux (998, 1024) garantissant l'autonomie de Cluny face aux évêques diocésains[68][69] — l'arme juridique qui, depuis Odon, faisait la force de la réforme.

L'œuvre écrite de saint Odilon

Formé aux lettres à Brioude, Odilon laisse une œuvre où la culture classique se met au service de la doctrine spirituelle. Quatre ensembles surtout retiennent l'attention.

ŒuvreGenreContenu
Vita sancti MaioliHagiographieLa vie de son maître et prédécesseur, saint Maïeul[70]
Epitaphium Adelheidae imperatricisÉloge funèbreLa vie de l'impératrice Adélaïde, source historique majeure[71][72]
Sermons et hymnesLiturgieSermons pour les fêtes, hymnes (dont un en l'honneur de Maïeul)[73]
LettresCorrespondanceÉchanges avec papes, empereurs et abbés de la chrétienté[74]
Saint Odilon en quatre œuvres : la fête des morts, la paix chrétienne, la charité des famines et l'apogée clunisien. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'Épitaphe d'Adélaïde est particulièrement précieuse : Odilon y trace le portrait d'une sainte impératrice, montrant — comme Odon l'avait fait pour le laïc Géraud d'Aurillac — qu'on peut atteindre la sainteté dans le siècle, au sommet du pouvoir, par la justice et l'aumône.

La spiritualité de saint Odilon

La miséricorde envers les morts

La spiritualité de saint Odilon : liturgie, miséricorde envers les pauvres et intercession pour les défunts. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le cœur de sa spiritualité est la charité qui franchit la mort. En fixant le 2 novembre, Odilon a inscrit dans l'année chrétienne une vérité simple : les vivants peuvent aider les défunts par la prière, l'aumône et la messe. Sa dévotion aux âmes du purgatoire lui a valu d'en être, dans la piété catholique, le patron par excellence[75][76].

La douceur : « l'archange des moines »

Comme Odon, Odilon réformait par la bonté plus que par la contrainte. Sa douceur était si grande que Fulbert de Chartres, l'un des plus grands évêques de son temps, le surnomma « l'archange des moines »[77][78]. Le mot dit tout : un homme de gouvernement qui pesait sur l'Europe entière, et qui restait pourtant d'une mansuétude angélique.

« On l'appela l'archange des moines, tant sa douceur et sa charité rayonnaient sur tous ceux qui l'approchaient. » — d'après Fulbert de Chartres, cité par la tradition clunisienne[79]

La dévotion à Marie

Enfin, fidèle au souvenir de sa guérison d'enfant, Odilon nourrit une tendre dévotion à la Vierge. Il développe à Cluny le culte marial et compose pour Marie des pièces liturgiques[80]. Chez lui, l'austérité monastique n'éteint pas la tendresse : elle la purifie.

La mort à Souvigny (1049) et le culte

Le dernier voyage

Vieux et épuisé par les voyages, Odilon visite une dernière fois ses monastères. Il s'arrête au prieuré de Souvigny, en Bourbonnais, là même où reposait son maître saint Maïeul. C'est là qu'il meurt, dans la nuit du Nouvel An 1049 — le 1ᵉʳ janvier selon la tradition la plus reçue, le 31 décembre 1048 selon d'autres sources —, à l'âge d'environ quatre-vingt-sept ans[81][82][83].

Reliques, canonisation, fête

Vénéré aussitôt comme un saint, Odilon est enseveli à Souvigny, qui devient la nécropole des grands abbés de Cluny. En 1063, Pierre Damien rédige sa vie pour porter sa cause, son culte étant déjà reconnu — la Catholic Encyclopedia parle du « procès de sa canonisation » entrepris cette année-là, au sens médiéval de reconnaissance du culte[84][85]. Ses reliques furent longtemps honorées à Souvigny ; elles furent détruites en 1793, pendant la Révolution française[86][87]. Sa fête se célèbre le 1ᵉʳ janvier chez les bénédictins français, le 29 avril dans plusieurs calendriers, parfois le 11 mai[88][89].

La prieurale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Souvigny, nécropole des grands abbés de Cluny. Photo Wikimedia Commons, licence libre.
  1. vers 962
    Naissance en Auvergne
    Dans la famille de Mercœur

    Odilon naît vers 962 (960 ou 961 selon les sources), fils de Béraud de Mercœur, seigneur d'Auvergne.[90][91]

  2. jeunesse
    Chanoine de Brioude
    Spécialiste du droit canon

    Placé jeune au chapitre de Saint-Julien de Brioude, il s'y forme aux lettres et au droit de l'Église.[92][93]

  3. vers 991
    Entrée à Cluny sous Maïeul
    Coadjuteur du quatrième abbé

    Vers 29 ans, Odilon prend l'habit à Cluny sous saint Maïeul, qui le fait bientôt coadjuteur.[94]

  4. 994
    Cinquième abbé de Cluny
    Successeur de Maïeul

    À la mort de Maïeul, Odilon devient abbé et reçoit les ordres sacrés ; commence un abbatiat de 54 ans.[95][96]

  5. 1002-1018
    Cluny « de bois » devenu « de marbre »
    Achèvement de Cluny II

    Il relève l'abbatiale en pierre : « J'ai trouvé une abbaye de bois, je la laisse de marbre » — parole que la tradition clunisienne lui prête.[97]

  6. vers 998-1030
    L'institution de la fête des morts
    Le 2 novembre

    Odilon fixe au 2 novembre la commémoration de tous les fidèles défunts, bientôt adoptée par tout l'Occident.[98][99]

  7. 1028-1033
    La charité des grandes famines
    Les trésors fondus pour les pauvres

    Pendant la famine, il vend et fond les trésors de l'abbaye et sauve des milliers d'affamés.[100][101]

  8. 1037-1041
    Paix et Trêve de Dieu
    L'abbé pacificateur

    Il soutient la Paix de Dieu près de Lausanne (v. 1037) et œuvre à la Trêve de Dieu dès 1041.[102][103]

  9. 1ᵉʳ janvier 1049
    La mort à Souvigny
    Près du tombeau de Maïeul

    Épuisé par ses voyages, Odilon meurt à Souvigny à environ 87 ans, dans la nuit du Nouvel An.[104][105]

Pourquoi prier saint Odilon aujourd'hui ?

À mille ans de distance, saint Odilon reste, dans la prière catholique, l'avocat des morts. Chaque 2 novembre, quand l'Église entière prie pour ses défunts, elle prolonge le geste de ce moine d'Auvergne. Il rappelle une vérité que le monde moderne oublie : la mort ne coupe pas la charité. On peut encore aimer, secourir, soulager ceux qui nous ont précédés — par la prière, l'aumône et la messe.

Il enseigne aussi la liberté du cœur. Capable de peser sur les empereurs, il refusa l'archevêché de Lyon pour rester abbé ; capable d'amasser des trésors, il les fondit pour nourrir les pauvres. Sa grandeur n'était pas dans le pouvoir, mais dans le dépouillement.

Il enseigne enfin la douceur efficace. « Archange des moines », il a montré qu'on réforme et qu'on gouverne mieux par la bonté que par la dureté — leçon que toute autorité, dans l'Église comme dans la famille, peut encore méditer.

« J'ai trouvé une abbaye de bois, je la laisse de marbre. » — Cette parole que la tradition prête à saint Odilon vaut aussi pour les âmes : il a trouvé une chrétienté oublieuse de ses morts, il lui a laissé le jour des morts.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, article « St. Odilo » (newadvent.org/cathen/11207c.htm) : descendant de la noblesse d'Auvergne, clerc au séminaire de Saint-Julien de Brioude ; « In 991 he entered Cluny and before the end of his year of probation was made coadjutor to Abbot Mayeul, and shortly before the latter's death (994) was made abbot » ; « established All Souls Day (2 November) in Cluny and its monasteries (probably not in 998 but after 1030) » ; Paix de Dieu (Treuga Dei) à laquelle il travaille dès 1041 ; charité pendant les famines (« particularly 1028-33 ») qui « saved thousands from death » ; Jean XIX et Benoît IX lui offrent l'archevêché de Lyon, qu'il décline ; mort à Souvigny (« 31 December 1048 ») ; « In 1063 Peter Damien undertook the process of his canonization, and wrote a short life, an abstract from the work of Jotsald ».

    1 3 5 9 13 22 24 26 27 29 44 49 51 53 55 58 59 62 81 84 92 94 95 98 100 102 104
  2. New Catholic Encyclopedia, article « Odilo of Cluny, St. » (repris par encyclopedia.com) : né v. 962 en Auvergne, de la famille de Mercœur ; clerc à Saint-Julien de Brioude avant de demander l'habit à Cluny sous saint Maïeul (Majolus) ; coadjuteur en 991, abbé en titre à partir de 994 ; abbatiat « characterized by an ever-growing number of Cluniac daughter houses » ; institue la commémoration de tous les défunts pour Cluny et ses dépendances vers 1030-1031, puis adoptée universellement ; favorise l'extension de la Trêve de Dieu en 1041 ; « always concerned with helping the poor », vend les trésors du monastère pendant la famine ; écrits : Vita S. Maioli, Epitaphium Adelheidae, lettres, sermons, hymnes (dont un pour Maïeul), Medicina spiritualis ; mort le 1ᵉʳ janvier 1049 à l'abbaye de Souvigny au retour d'Italie ; successeur Hugues de Cluny ; canonisation datée de 1063 (reconnaissance du culte, au sens médiéval du terme) ; fêtes : 1ᵉʳ janvier (bénédictins français) et 29 avril (général).

    2 17 23 25 36 37 38 54 61 64 67 69 70 71 73 74 82 88 90 93 101
  3. Encyclopædia Britannica, article « Saint Odilo of Cluny » : cinquième abbé de Cluny (994-1049), successeur de Mayeul ; institue la Commémoration de tous les fidèles défunts (All Souls' Day, 2 novembre), bientôt adoptée par toute l'Église d'Occident ; promoteur de la Trêve de Dieu ; mort en 1049.

    4 28 50 96 99
  4. Odilon de Cluny, notice fr.wikipedia.org/wiki/Odilon_de_Cluny et sources liées : naissance v. 962 dans la famille de Mercœur, branche des comtes d'Auvergne ; tradition de l'enfant malade guéri devant un autel de la Vierge ; chanoine de Saint-Julien de Brioude ; cinquième abbé de Cluny (994-1049) ; achève l'église Saint-Pierre-le-Vieil (Cluny II) entre 1002 et 1018 et relève l'abbaye « de bois » en « marbre » ; développe la dévotion mariale ; charité des famines (vente et fonte des trésors, jusqu'à la couronne offerte par l'empereur) ; écrits dont la Vie de Maïeul et l'Épitaphe d'Adélaïde ; mort à Souvigny ; reliques détruites en 1793.

    6 18 20 21 31 42 60 72 80 91
  5. Odilo of Cluny, notice encyclopédique de synthèse (en.wikipedia.org/wiki/Odilo_of_Cluny) et sources liées : né v. 962 en Auvergne, fils de Béraud de Mercœur et de Gerberge ; séminaire de Saint-Julien de Brioude ; entre à Cluny en 991 à 29 ans, coadjuteur de Mayeul, abbé en 994, environ 54 ans d'abbatiat ; Cluny devient le monastère le plus important d'Europe occidentale ; institue All Souls' Day (2 novembre), « soon adopted in the whole Western church » ; promeut la Trêve de Dieu ; pendant la famine de 1006, « melted down the sacred vessels and ornaments to raise funds » et « sold the gold crown Henry II had presented to the abbey » (d'après Butler, cité en référence) ; refuse l'archevêché de Lyon offert par Jean XIX ; assiste aux couronnements d'Henri II (1014), Conrad II et Henri III (1046) ; obtient des privilèges papaux garantissant l'autonomie de Cluny (998, 1024) ; surnommé par Fulbert de Chartres « the Archangel of the Monks » ; patron des âmes du purgatoire ; reliques détruites en 1793 ; canonisation entreprise par Pierre Damien en 1063.

    7 19 30 34 39 40 52 57 65 66 68 75 77 86
  6. Notice hagiographique « Saint Odilo of Cluny OSB (962-1049), the Archangel of the Monks » (anastpaul.com, 1ᵉʳ janvier 2021) et notices liées (catholicsaints.info, catholicireland.net) : cinquième abbé de Cluny ; surnom « archange des moines » donné par Fulbert de Chartres ; patron des âmes du purgatoire ; refus de l'archevêché de Lyon ; mort le 1ᵉʳ janvier 1049 à Souvigny ; reliques brûlées en 1793 ; fêtes selon les calendriers (1ᵉʳ janvier, 29 avril, 11 mai).

    8 63 76 78 79 83 87 89 105
  7. Jotsald de Saint-Claude (Jotsaldus), Vita sancti Odilonis (« Vie de saint Odilon »), composée entre 1049 et 1053, peu après la mort du saint, par un moine et chancelier de Cluny qui vécut auprès de lui. Texte dans la Patrologia Latina (PL 142, 895-940). Première biographie d'Odilon, dédiée à son neveu Étienne, évêque du Puy, en trois livres (vie, miracles avant et après la mort) : source fondatrice de tout ce que nous savons de lui, à lire comme une hagiographie édifiante appuyée sur un témoignage direct.

    10
  8. Notice critique sur les abbés clunisiens (Persée, Cahiers de civilisation médiévale / études clunisiennes) : la plus ancienne Vie d'Odilon, écrite par le moine Jotsald entre 1049 et 1053, chancelier de Cluny, dédiée au neveu du saint Étienne, évêque du Puy, en trois livres (biographie, miracles avant et après la mort).

    11 12
  9. Pierre Damien, Vita beati Odilonis abbatis (1063), abrégé remanié de la Vie de Jotsald, rédigé pour porter la cause d'Odilon, dont le culte est déjà reconnu. Texte dans la Patrologia Latina (PL 144, 925-944). C'est dans cette Vie que Pierre Damien rapporte la légende du pèlerin et des âmes du purgatoire à l'origine de la fête des morts. Voir Saint Pierre Damien.

    14 47 85
  10. Aleteia, « Why All Souls' Day was established by this Benedictine monk » (2 novembre 2019) : récit de la légende à l'origine de la fête des morts — le pèlerin de retour de Jérusalem jeté sur une côte de Sicile, l'ermite près d'un gouffre entendant les démons se plaindre des prières de Cluny et de l'abbé Odilon, qui arrachent les âmes au purgatoire ; Odilon fixe alors le 2 novembre comme jour d'intercession pour tous les défunts.

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  11. Tradition clunisienne de l'institution de la fête des morts, telle que rapportée par Jotsald et Pierre Damien et popularisée par les recueils hagiographiques (cf. Donahoe's Magazine, 1880, et synthèses ultérieures) : version la plus répandue du récit du pèlerin, de l'ermite de Sicile et des âmes du purgatoire. Récit édifiant, à recevoir comme tel ; le fait historique sûr est l'institution de la commémoration du 2 novembre par Odilon à Cluny.

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  12. Clunypedia, notice « Odilon de Mercœur (994-1049), 5ᵉ grand abbé de Cluny » (clunypedia.com/odilon) : achèvement de Cluny II (1002-1018) ; fondation/réception de prieurés (Paray-le-Monial le 5 mai 999, Lavoûte-Chilhac le 14 septembre 1025) ; introduction de la Paix de Dieu à Lausanne v. 1037 ; expansion des dépendances clunisiennes ; formule « de bois… de marbre » prêtée à Odilon par la tradition clunisienne (sans lieu exact identifié chez Jotsald).

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