Saint Vladimir de Kiev (v. 956-1015)

Saint Vladimir de Kiev (v. 956-1015), le grand-prince qui baptisa la Rus'. Petit-fils de sainte Olga mais élevé en chef païen — fratricide, idolâtre de Perun, polygame —, il connaît vers 988 une conversion qui change le destin d'un peuple : c'est le baptême de la Rus'. Après son enquête sur les religions et le célèbre rapport de ses envoyés à Sainte-Sophie (« au ciel ou sur la terre ? »), il épouse Anna Porphyrogénète, jette les idoles au Dniepr, baptise son peuple, renvoie ses concubines et nourrit les pauvres. Saint d'avant le schisme, « égal-aux-apôtres », honoré par les catholiques comme par les orthodoxes.

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Saint Vladimir de Kiev (vers 956 – 1015), en slave Volodimer Sviatoslavitch, est le grand-prince qui a fait entrer tout un peuple dans l'Église. Petit-fils de sainte Olga mais élevé en chef païen, guerrier brutal et fratricide, polygame entouré d'idoles et de sang, il connaît vers 988 une conversion qui change non seulement sa vie, mais le destin spirituel d'une nation : c'est le baptême de la Rus', l'acte de naissance chrétien de la Russie, de l'Ukraine et de la Biélorussie[2][3]. L'Église d'Orient l'honore comme Ravnoapostol, « égal-aux-apôtres » — le titre le plus haut, réservé à ceux qui, comme Constantin, ont ouvert au Christ la porte d'un empire.

Ce qui frappe dans sa figure, c'est le contraste. Avant le baptême, Vladimir est l'un des princes les plus violents de son temps : il tue son frère pour le trône, dresse à Kiev des statues sanglantes au dieu Perun, entretient, selon la chronique, des centaines de concubines. Après le baptême, le même homme renvoie ses femmes, vit dans une fidélité unique avec son épouse chrétienne, fait porter le pain aux pauvres de la ville par charrettes entières et hésite même à punir de mort les brigands, de peur de pécher[4][5]. La tradition l'a justement rangé parmi les patrons des pécheurs repentis : sa sainteté n'efface pas son passé, elle le retourne.

Sa vie nous est connue par une source maîtresse, le Récit des temps passés — la grande chronique de la Rus' compilée vers 1113 au monastère des Grottes de Kiev, traditionnellement attribuée au moine Nestor[6][7]. C'est elle qui rapporte le récit fameux de l'enquête sur les religions, où les envoyés de Vladimir, entrés dans Sainte-Sophie de Constantinople, ne savent plus « s'ils sont au ciel ou sur la terre ». Le présent article suit le saint lui-même : ses origines païennes, sa conquête de Kiev, sa recherche de la vraie foi, sa conversion, le baptême de son peuple, la transformation de ses mœurs, sa charité, sa mort et son culte — y compris le fait, important pour un catholique, qu'il s'agit d'un saint d'avant le schisme de 1054, honoré par l'Orient et l'Occident.

Qui est saint Vladimir de Kiev ?

Le prince qui a baptisé un peuple

L'histoire connaît beaucoup de rois convertis. Peu ont entraîné dans leur baptême une nation tout entière. Vladimir est de ceux-là. En décidant, vers 988, de recevoir le Christ et de faire baptiser les habitants de Kiev dans les eaux du Dniepr, il ne change pas seulement de religion personnelle : il oriente pour mille ans la civilisation de la Rus' vers le christianisme de tradition byzantine[8][9]. C'est pourquoi on parle, pour cet événement, du baptême de la Rus' — et pourquoi les peuples slaves orientaux voient en lui leur père dans la foi.

Sa place est ainsi comparable, à l'Est, à celle de Constantin pour l'Empire romain, ou de saint Étienne pour la Hongrie : un souverain dont la conversion devient celle d'un royaume. Mais là où Constantin demeure une figure lointaine et discutée, Vladimir offre quelque chose de plus rare : le récit, conservé avec un détail rare, d'une âme qui cherche, doute, compare, choisit, puis se laisse transformer.

« Égal-aux-apôtres » : le sens d'un titre

L'Église byzantine ne donne pas à la légère le titre d'isapóstolos, « égal-aux-apôtres ». Il distingue ceux qui ont fait pour une terre ce que les Douze ont fait pour le monde : y annoncer pour la première fois l'Évangile et y enfanter une Église. Vladimir le reçoit comme Constantin, comme Hélène, comme sa propre grand-mère sainte Olga[10][11]. Le titre dit l'essentiel : aux yeux de la chrétienté orientale, le baptême de la Rus' n'est pas un simple fait politique, c'est un acte apostolique — la naissance d'un peuple chrétien.

Une vie connue par la Chronique de Nestor

Manuscrit laurentien (1377), folio 27 recto. Moine Laurent ; Bibliothèque nationale de Russie — domaine public, Wikimedia Commons.

Tout ce que nous savons de Vladimir vient d'abord d'une œuvre : le Récit des temps passés (en slavon Povest' vremennykh let), la plus ancienne chronique de la Rus', achevée vers 1113 au monastère des Grottes de Kiev et liée au nom du moine Nestor[12][13]. C'est un document mêlé : annales, légendes, discours reconstitués, théologie. L'historien y distingue le noyau des faits — la guerre fratricide, la prise de Cherson, le mariage byzantin, le baptême — des amplifications édifiantes, comme le long « discours du philosophe » grec ou le détail miraculeux de la cécité guérie au baptême.

Cette part de stylisation n'enlève rien à la valeur de la source : la chronique a été écrite à Kiev, à un siècle de distance, par des moines qui vivaient encore dans l'Église fondée par Vladimir. Elle nous donne, mieux qu'aucun autre texte, la voix intérieure de la Rus' naissante sur son propre baptême. Son plus ancien témoin conservé, le Codex laurentien copié en 1377 par le moine Laurent et gardé à la Bibliothèque nationale de Russie, permet encore aujourd'hui de lire ce récit sur parchemin[14].

Les origines : un prince né du sang et du paganisme

Fils de Sviatoslav, petit-fils de sainte Olga

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Vladimir naît vers 956-958. Il est le fils de Sviatoslav Ier, le plus guerrier des princes de Kiev, qui passa sa vie à cheval, des steppes de la Volga aux Balkans, et qui « vécut et mourut païen »[15]. Sa mère, Maloucha, était l'intendante de la cour : Vladimir n'était donc, par elle, pas de rang royal, ce que ses adversaires lui reprocheront plus tard.

Mais il y a, dans cette famille de guerriers, une racine chrétienne : sa grand-mère, la princesse Olga, s'était fait baptiser à Constantinople sous le nom d'Hélène et fut la première souveraine chrétienne de la Rus'[16][17]. Elle n'avait pu convertir ni son fils Sviatoslav ni le peuple ; mais la semence était jetée. Le baptême de Vladimir, deux générations plus tard, sera comme la moisson de la prière de cette aïeule sainte — un détail que la piété slave n'a jamais oublié.

La guerre fratricide et la prise de Kiev (vers 980)

L'accession de Vladimir au trône fut tout sauf douce. À la mort de Sviatoslav, ses fils se partagent la Rus' ; bientôt la guerre éclate entre les frères. Iaropolk, l'aîné, tue Oleg ; Vladimir, alors prince de Novgorod, s'enfuit chez les Varègues (les Vikings de Scandinavie), revient avec une armée, et marche sur Kiev. Iaropolk, assiégé puis attiré à une fausse négociation, est assassiné lors de sa reddition. Vladimir se rend ainsi « maître de Kiev et de toute la Rus' en 980 »[18].

Le futur saint commence donc son règne par un fratricide et par la prise de la femme de son frère. Aucune hagiographie n'a tenté d'effacer ce sang : il fait partie du contraste qui rend sa conversion bouleversante. L'homme que l'Église appellera « égal-aux-apôtres » fut d'abord un usurpateur sans pitié.

Le prince des idoles : Perun et les dieux de Kiev

Maître de la Rus', Vladimir se fait aussi le champion du paganisme slave. Loin de tolérer mollement les vieux cultes, il les organise et les exalte : il dresse à Kiev, sur la colline près de son palais, « de nombreuses statues et sanctuaires aux dieux païens slaves : Perun, Dajbog, Simargl, Mokoch, Stribog » et d'autres[19]. L'idole de Perun, le dieu du tonnerre et de la guerre, à la tête d'argent et à la moustache d'or, domine l'ensemble. La chronique laisse entendre que ce culte réclamait même des sacrifices humains — on tirait au sort, parmi les jeunes gens, des victimes offertes aux idoles[20].

Sa vie privée est à l'avenant. La chronique lui attribue, outre plusieurs épouses, « des centaines de concubines »[21][22]. Polygame, conquérant, idolâtre : rien dans le Vladimir de 980 ne laisse présager le saint de 990. C'est précisément ce point de départ qui donne tout son relief à ce qui va suivre.

La recherche de la vraie foi

L'enquête sur les religions (vers 986)

Le tournant de sa vie commence par une scène d'une étonnante modernité, rapportée par la Chronique de Nestor : Vladimir, vers 986, examine les religions. Des émissaires de plusieurs fois viennent plaider devant lui. Les Bulgares de la Volga, musulmans, lui vantent l'islam ; des Allemands, envoyés de Rome latine, lui présentent le christianisme occidental ; des Khazars juifs défendent le judaïsme ; enfin viennent les Grecs, chrétiens de Constantinople[23].

Le prince pèse chaque proposition avec un mélange de sérieux religieux et de bon sens charnel. À l'islam, dont la loi interdit le vin et la viande de porc, il oppose, selon la chronique, un mot resté célèbre : « Boire est la joie des Russes ; nous ne pouvons exister sans ce plaisir »[24]. Aux Juifs, il objecte que leur dispersion et la perte de Jérusalem semblent dire que Dieu les a rejetés. Devant chaque foi, il cherche un signe — non d'argumentation seulement, mais de vérité visible.

Foi proposéeÉmissaires (vers 986)Objection ou impression de Vladimir, selon la Chronique
IslamBulgares de la VolgaJoie de la conversion sensuelle, mais interdiction du vin : « boire est la joie des Russes »[25]
Christianisme latinEnvoyés « allemands » de RomeCulte jugé sans la même splendeur ; « nous n'y avons vu aucune gloire »[26]
JudaïsmeKhazars juifsDispersion d'Israël et perte de Jérusalem lues comme un signe de réprobation[27]
Christianisme grecByzantins de ConstantinopleLe discours du « philosophe » grec et, surtout, la liturgie de Sainte-Sophie emportent la décision[28]

Les envoyés à Sainte-Sophie : « au ciel ou sur la terre ? »

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Plutôt que de trancher sur des discours, Vladimir prend une décision toute concrète : il envoie des observateurs étudier chaque culte sur place. Ses dix hommes parcourent les sanctuaires des Bulgares, des Latins, des Grecs. Chez les musulmans, ils ne voient « aucune joie » ; chez les Latins, « aucune gloire » ; mais à Constantinople, introduits par l'empereur dans la liturgie solennelle de Sainte-Sophie, ils sont saisis. Leur rapport au prince est l'un des plus beaux textes de toute la chronique :

« Nous ne savions plus si nous étions au ciel ou sur la terre. Car il n'existe sur la terre ni tel éclat ni telle beauté, et nous ne savons comment le dire ; nous savons seulement que là, Dieu demeure parmi les hommes. […] Nous ne pouvons oublier cette beauté. » — Les envoyés de Vladimir, Récit des temps passés[29]

Ce témoignage est capital pour comprendre la conversion de la Rus'. Elle ne procède pas d'abord d'une démonstration, mais d'une expérience de la beauté liturgique comme preuve du divin : la splendeur de la liturgie byzantine apparaît aux Russes comme une fenêtre ouverte sur le ciel. Les conseillers de Vladimir ajoutent un argument décisif : « Si la foi des Grecs était mauvaise, ta grand-mère Olga, la plus sage des humains, ne l'aurait pas embrassée »[30]. La mémoire de la sainte aïeule emporte la décision.

La prise de Cherson (988)

Reste un dernier acte, où la foi et la politique s'entremêlent. Vladimir veut épouser une princesse byzantine — exigence prodigieuse pour un « barbare » du Nord. Pour forcer la main de l'empereur Basile II, il assiège et prend la riche cité grecque de Cherson (Korsoun), en Crimée, en lui coupant l'eau jusqu'à la reddition[31][32]. De cette position de force, il réclame la main d'Anna Porphyrogénète, sœur des empereurs Basile II et Constantin VIII — et pose, ou accepte, la condition qui scellera tout : son baptême.

La conversion et le baptême de la Rus'

Le baptême de Vladimir (988)

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Acculés mais sauvant l'honneur de l'Empire, Basile II et Constantin VIII consentent au mariage à une condition : que Vladimir devienne chrétien. La princesse Anna part pour Cherson avec un cortège de clercs. Là, « Vladimir fut baptisé, la même année, par le métropolite Michel, et prit le nom de baptême de Basile », en l'honneur de son nouveau beau-frère l'empereur[33][34]. La chronique ajoute un trait édifiant : atteint d'un mal aux yeux avant le baptême, le prince recouvre la vue au moment où l'eau coule sur lui, et s'écrie : « À présent j'ai connu le vrai Dieu »[35]. Détail qu'on peut tenir pour une amplification pieuse, mais qui dit bien le sens spirituel de l'épisode : le baptême est illumination, passage des ténèbres à la lumière.

Il épouse alors Anna, renvoie ses anciennes épouses païennes, restitue Cherson à l'Empire comme « douaire » de sa femme, et rentre à Kiev en prince chrétien[36].

Perun jeté dans le Dniepr

De retour dans sa capitale, Vladimir agit en baptiseur de tout un peuple. Son premier geste est la destruction publique des idoles qu'il avait lui-même dressées. La grande statue de Perun est abattue, attachée à la queue d'un cheval, traînée dans la boue à coups de bâton, puis jetée dans le Dniepr[37][38]. Des hommes l'escortent en aval pour empêcher qu'on la repêche. Le dieu de la guerre, hier objet de terreur sacrée, est livré au courant comme un vulgaire tronc.

« Que Perun soit attaché à la queue d'un cheval et traîné […], et que douze hommes le frappent de bâtons. » — Ordre de Vladimir, Récit des temps passés[39]

Cet acte n'est pas une simple démolition : c'est une catéchèse en action, semblable à l'abattage du chêne de Thor par saint Boniface en Germanie. En montrant que l'idole ne peut ni se défendre ni se venger, Vladimir administre à son peuple la preuve sensible de son néant.

Le baptême du peuple dans le Dniepr

Vient alors la scène fondatrice. Vladimir convoque les habitants de Kiev au bord du Dniepr et les invite — ou les contraint, selon la lecture — à descendre dans le fleuve pour y être baptisés en masse par les prêtres venus de Cherson et de Constantinople. La chronique décrit une foule innombrable entrant dans l'eau, les uns jusqu'au cou, les autres tenant leurs enfants, tandis que les prêtres prient depuis la rive[40][41].

La Catholic Encyclopedia résume ainsi la scène : le peuple se fit baptiser de bon gré, s'avançant jusque dans le fleuve pour être plus vite atteint par le prêtre[42].

Cet événement, traditionnellement daté de 988, est l'acte de naissance chrétien de la Rus'. De Kiev, le baptême se répand à Novgorod et aux autres cités. Vladimir fait « établir des églises et des monastères non seulement à Kiev, mais à Pereïaslav, Tchernigov, Belgorod, Vladimir-en-Volhynie et beaucoup d'autres villes »[43].

  1. vers 956-958
    Naissance de Vladimir
    Fils de Sviatoslav, petit-fils de sainte Olga

    Né dans une dynastie guerrière et païenne, mais déjà touchée par le christianisme d'Olga.[44]

  2. vers 980
    Prise de Kiev
    Guerre fratricide contre Iaropolk

    Vladimir s'empare du trône par les armes et devient maître de toute la Rus'.[45]

  3. 980-985
    Le prince des idoles
    Perun et les dieux slaves

    Il dresse les statues païennes de Kiev et mène une vie polygame et violente.[46]

  4. vers 986
    L'enquête sur les religions
    Islam, judaïsme, Rome, Constantinople

    Vladimir examine les fois et envoie des observateurs étudier chaque culte.[47]

  5. vers 987
    Sainte-Sophie de Constantinople
    « Au ciel ou sur la terre ? »

    Le rapport des envoyés sur la liturgie grecque emporte sa décision.[48]

  6. 988
    Cherson, baptême et mariage
    Anna Porphyrogénète

    Prise de Cherson, baptême de Vladimir (nom de Basile), mariage avec la sœur de Basile II.[49]

  7. 988
    Le baptême de la Rus'
    Le peuple de Kiev dans le Dniepr

    Perun est jeté au fleuve ; le peuple est baptisé en masse. Naissance de la Rus' chrétienne.[50]

  8. 996
    L'église de la Dîme
    Premier grand sanctuaire de pierre de Kiev

    Vladimir consacre un dixième de ses revenus à l'église de la Dormition.[51]

  9. 15 juillet 1015
    Mort à Berestovo
    Le « beau soleil » de la Rus'

    Le prince s'éteint près de Kiev et est enseveli dans l'église de la Dîme.[52]

L'homme nouveau : la conversion des mœurs

Du polygame à l'époux fidèle

Le plus grand miracle de Vladimir n'est pas la cécité guérie : c'est le changement de l'homme. L'Église orthodoxe le dit sans détour : « À partir de son baptême, Vladimir connut une véritable conversion spirituelle. Il mit de côté ses nombreuses concubines et sa manière de vivre sauvage et violente, et vécut dans une sobre et respectueuse monogamie avec la princesse Anna »[53]. Le guerrier sanguinaire devient un prince doux ; l'idolâtre, un bâtisseur d'églises ; le polygame, un époux fidèle.

« À partir de son baptême, Vladimir connut une véritable conversion spirituelle : il mit de côté ses concubines et sa vie violente, et vécut dans une monogamie sobre et respectueuse avec la princesse Anna. » — Église orthodoxe d'Amérique, vie de saint Vladimir[54]

Cette métamorphose est au cœur de son culte. Vladimir n'est pas un saint né saint : il est un converti, et c'est comme tel qu'on l'invoque. La tradition en a fait l'un des patrons des pécheurs repentis et des convertis — preuve vivante que la grâce du baptême peut retourner même un cœur de guerrier.

La charité aux pauvres

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La foi nouvelle de Vladimir se traduit aussitôt en œuvres. La Chronique de Nestor garde le souvenir d'une charité spectaculaire : non content de nourrir les pauvres qui venaient à sa cour, le prince fit charger des charrettes de pain, de viande, de poisson, de légumes, de miel et de boisson, qu'on promenait par la ville pour les distribuer aux malades et aux indigents incapables de marcher jusqu'au palais[55]. L'Église d'Orient résume : « avec toute la ferveur de la jeunesse, il se mit à accomplir les préceptes du Christ, surtout ceux qui regardent l'aide aux pauvres, aux malades et aux déshérités »[56].

« À travers toute la Russie, on recherchait les pauvres pour leur donner tout ce dont ils avaient besoin, et les malades recevaient des soins. » — Église orthodoxe d'Amérique, vie de saint Vladimir[57]

Le prince qui craignait de punir

Un épisode, plus subtil, montre jusqu'où alla sa conversion. Le brigandage augmentant, les évêques durent presque convaincre Vladimir de châtier les malfaiteurs : le prince hésitait à condamner à mort, « de peur de pécher ». Les évêques lui rappelèrent qu'il était « établi par Dieu pour le châtiment des méchants et la pratique de la miséricorde envers les justes »[58]. Le détail est révélateur : ce n'est plus le fratricide de 980, mais un souverain devenu si scrupuleux du sang versé qu'il faut lui enseigner le devoir de justice. La grâce avait, chez lui, presque trop bien fait son œuvre.

L'œuvre de fondation

L'église de la Dîme et les sanctuaires de la Rus'

Plan des fondations de l’église de la Dîme (1826), K. A. Lokhvitsky — domaine public, Wikimedia Commons.

Vladimir voulut donner à la jeune Église de la Rus' des lieux dignes. À Kiev, sur le site même où, selon la tradition, deux chrétiens varègues — Théodore et son fils Jean — avaient été massacrés par les païens, il éleva la première grande église de pierre, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, qu'on appela bientôt l'église de la Dîme (Desiatinnaïa) parce qu'il lui consacra « un dixième de ses revenus pour son entretien »[59][60]. Achevée vers 996, elle fut le cœur liturgique de Kiev jusqu'à sa destruction lors du sac mongol de 1240[61].

Autour de ce centre, Vladimir multiplia églises et monastères dans tout son domaine et introduisit des écoles pour former le clergé et instruire la jeunesse de la noblesse[62]. La Rus' chrétienne qu'il léguait à son fils Iaroslav le Sage — qui bâtira la grande Sainte-Sophie de Kiev — était déjà dotée d'une armature ecclésiale solide.

Une foi reçue de Byzance, un saint d'avant le schisme

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Le christianisme que Vladimir donne à la Rus' vient de Constantinople : rite byzantin, liturgie en slavon, hiérarchie rattachée au patriarcat grec. Mais il faut le souligner avec netteté : Vladimir meurt en 1015, près de quarante ans avant le schisme de 1054 qui sépara durablement Rome et Constantinople. Il appartient donc à l'Église encore indivise. C'est pourquoi il figure parmi les saints que catholiques et orthodoxes vénèrent en commun : la Catholic Encyclopedia le présente comme saint, sa fête est inscrite au 15 juillet dans les calendriers des Églises catholiques de rite byzantin (notamment ruthène), et il est honoré par les catholiques latins comme un grand baptiseur de peuples[63][64].

Pour Ignispedia, ce point est doctrinalement important : reconnaître Vladimir, c'est reconnaître la continuité d'une sainteté antérieure aux divisions, et l'origine commune des Églises d'Orient et d'Occident dans la foi des apôtres.

La mort et le culte

La fin à Berestovo (1015)

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Les dernières années de Vladimir furent assombries par les révoltes de ses fils. Alors qu'il se préparait à marcher contre l'un d'eux, Iaroslav, prince de Novgorod entré en rébellion, il tomba malade et mourut le 15 juillet 1015, dans son domaine bien-aimé de Berestovo, près de Kiev[65][66]. On l'ensevelit dans l'église de la Dîme qu'il avait fondée, aux côtés de son épouse Anna, morte quelques années plus tôt.

Deux de ses fils, Boris et Gleb, refusant la guerre fratricide et se laissant tuer plutôt que de verser le sang d'un frère, deviendront les premiers saints canonisés de la Rus'[67] — comme si la douceur nouvelle entrée dans la dynastie par le baptême de leur père avait porté en eux son fruit le plus pur.

« Égal-aux-apôtres » : la canonisation

Le peuple de Kiev pleura Vladimir comme un père ; la tradition épique des bylines l'appelle Krasnoe solnyshko, le « Beau soleil » de la Rus'[68]. Son culte se développa au cours du XIIIᵉ siècle et il fut canonisé vers le milieu du XIIIᵉ siècle, au moment même où l'invasion mongole ravageait son œuvre[69]. L'Église lui décerna le titre suprême de Ravnoapostol, « égal-aux-apôtres, illuminateur de la terre russe »[70] — le rangeant avec Constantin, Hélène et sa grand-mère Olga parmi ceux qui ont enfanté au Christ un peuple entier.

« Saint Vladimir fut glorifié comme un saint de l'Église, sous le titre d'égal-aux-apôtres, illuminateur des terres russes. » — Église orthodoxe d'Amérique, vie de saint Vladimir[71]

Sa fête est célébrée le 15 juillet. Il est honoré comme patron des convertis, des parents de familles nombreuses et des pénitents — toutes vocations qui disent une même vérité : la sainteté n'est pas réservée aux purs de toujours, mais offerte à quiconque, comme ce prince de sang et d'idoles, se laisse un jour saisir par le Christ.

Pourquoi lire saint Vladimir aujourd'hui ?

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À mille ans de distance, Vladimir parle encore, et d'abord par son contraste. Sa vie est la démonstration vivante que nul passé n'est trop lourd pour la grâce. Fratricide, idolâtre, polygame, il devient époux fidèle, père de saints, nourricier des pauvres, prince si scrupuleux du sang qu'il faut lui enseigner à punir. Le baptême n'a pas seulement changé son étiquette religieuse : il a changé son cœur. Pour tout pécheur qui croit son cas désespéré, Vladimir est un patron de choix.

Il rappelle ensuite que la foi peut entrer dans une âme par la beauté. Ses envoyés n'ont pas été convaincus par un syllogisme, mais par la splendeur d'une liturgie où « Dieu demeure parmi les hommes ». La Rus' chrétienne est née d'un éblouissement — et ce chemin de la beauté vers la vérité reste l'un des plus sûrs pour le cœur humain.

Il rappelle enfin l'unité originelle des chrétiens. Saint d'avant le schisme, vénéré par l'Orient et reconnu par Rome, Vladimir est un pont. À l'heure où l'on pleure les divisions entre catholiques et orthodoxes, sa figure rappelle qu'avant les ruptures, il y eut une seule Église, une seule foi, un seul baptême — celui-là même qu'un prince de Kiev reçut dans le Dniepr et donna à tout un peuple.

« Saint prince Vladimir, tu fus comme un marchand en quête de perles fines. En envoyant des serviteurs à Constantinople pour la foi orthodoxe, tu as trouvé le Christ, la perle sans prix. Il a fait de toi un autre Paul, lavant dans le baptême ton aveuglement corporel et spirituel. Nous célébrons ta mémoire, te demandant de prier pour tous les chrétiens orthodoxes et pour nous, tes enfants spirituels. » — Tropaire de saint Vladimir (ton 4), traduction d'après le texte anglais de l'Église orthodoxe d'Amérique[72]

Pour aller plus loin

  • Saint Étienne de Hongrie — l'exact contemporain de Vladimir, roi qui fit comme lui entrer tout un peuple, les Hongrois, dans la chrétienté.
  • Saint Venceslas — le prince martyr de Bohême, autre figure de souverain slave converti et saint.
  • Sainte Ludmila — l'aïeule chrétienne de Venceslas, miroir slave de ce que fut sainte Olga pour Vladimir.
  • Saint Henri II — l'empereur saint d'Occident, contemporain de Vladimir, autre exemple de pouvoir mis au service de la foi.
  • Saint Boniface — l'apôtre de la Germanie qui, comme Vladimir abattant Perun, renversa les idoles païennes pour y planter la Croix.

Notes et références

  1. Anna Porphyrogénète (963 – 1011/1012), princesse byzantine « née dans la pourpre » (porphyrogénète), fille de l'empereur Romain II et sœur des empereurs régnants Basile II dit le Bulgaroctone et Constantin VIII. Son mariage avec Vladimir, exigé par le prince après la prise de Cherson et conditionné à son baptême, fut un événement diplomatique exceptionnel : jamais une princesse impériale byzantine n'avait épousé un souverain « barbare » du Nord. La tradition lui attribue un rôle actif dans la christianisation de la Rus' (conseil religieux du prince, fondation d'églises). Source : notices encyclopédiques sur Anna Porphyrogénète (recoupées avec la Catholic Encyclopedia et le Récit des temps passés).

    1
  2. Catholic Encyclopedia (1913), article « St. Vladimir the Great », newadvent.org/cathen/15497a.htm : naissance vers 956 ; petit-fils de sainte Olga ; père Sviatoslav, « vécut et mourut païen » ; prise de Kiev et meurtre de Iaropolk, maître de la Rus' en 980 ; statues païennes (Perun, Dajbog, Simargl, Mokoch, Stribog) ; nombreuses épouses et concubines ; siège et prise de Kherson (Cherson) en Crimée ; mariage avec Anna, sœur de Basile II ; baptême par le métropolite Michel, nom de Basile ; Perun traîné dans la boue et jeté au Dniepr ; baptême volontaire du peuple dans le fleuve ; fondation d'églises et de monastères à Kiev, Pereïaslav, Tchernigov, Belgorod, Vladimir-en-Volhynie ; église de la Dîme (Desiatinny Sobor, cathédrale de la Dormition) en 989-996 ; mort en 1015 ; fête le 15 juillet ; titre de Ravnoapostol (égal-aux-apôtres) ; canonisation vers le milieu du XIIIᵉ siècle.

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  3. Récit des temps passés (slavon Povest' vremennykh let), chronique de la Rus' compilée vers 1113 au monastère des Grottes de Kiev, traditionnellement attribuée au moine Nestor. Édition et traduction anglaise de référence : Samuel H. Cross & Olgerd P. Sherbowitz-Wetzor, The Russian Primary Chronicle: Laurentian Text, Cambridge (Mass.), The Medieval Academy of America, 1953. Source du récit de l'enquête sur les fois (Bulgares musulmans, Allemands latins, Khazars juifs, Grecs), du mot « boire est la joie des Russes », du rapport des envoyés sur Sainte-Sophie (« nous ne savions plus si nous étions au ciel ou sur la terre »), de la prise de Cherson, du baptême de Vladimir et de la guérison de sa vue, de l'ordre de jeter Perun dans le Dniepr, du baptême du peuple de Kiev, de la charité aux pauvres (charrettes de pain et de viande) et de l'épisode des évêques sur le châtiment des brigands. À lire en tenant compte de la part d'amplification édifiante propre au genre chronistique.

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  4. Église orthodoxe d'Amérique (Orthodox Church in America), vies de saint Vladimir, égal-aux-apôtres, illuminateur de la Rus' (oca.org), et page « Troparion & Kontakion » du 15 juillet (tropaire ton 4 : Holy Prince Vladimir, you were like a merchant in search of fine pearls...) : conversion spirituelle réelle à partir du baptême ; renoncement aux concubines et à la vie violente ; monogamie « sobre et respectueuse » avec la princesse Anna ; accomplissement des préceptes du Christ sur l'aide aux pauvres, aux malades et aux déshérités ; recherche des pauvres dans toute la Russie ; construction de l'église de la Dîme sur le lieu du martyre des Varègues Théodore et Jean, dédiée à la Dormition, dotée du dixième de ses revenus ; mort le 15 juillet 1015 à Berestovo, sépulture dans l'église de la Dîme ; glorification comme saint « égal-aux-apôtres, illuminateur des terres russes ».

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  5. Nestor le Chroniqueur (vers 1056 – vers 1114), moine du monastère des Grottes de Kiev (Petchersk), à qui la tradition attribue la compilation du Récit des temps passés. La critique moderne nuance cette attribution : la chronique est une œuvre composite, reprise et augmentée par plusieurs mains au début du XIIᵉ siècle. Nestor est lui-même vénéré comme saint par les Églises orthodoxe et gréco-catholique ; sa figure de moine-historien fait de lui le « père de l'historiographie russe ».

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  6. Titre d'« égal-aux-apôtres » (grec isapóstolos, slavon Ravnoapostol) : distinction liturgique de l'Église byzantine réservée aux saints qui ont, à l'image des Douze, porté pour la première fois l'Évangile à un peuple ou à un empire — ainsi Constantin et Hélène, sainte Marie-Madeleine, sainte Nina de Géorgie, sainte Olga et saint Vladimir. Le titre figure dans l'intitulé de la fête et dans le tropaire de saint Vladimir. Il souligne que le baptême de la Rus' est compris non comme un fait politique, mais comme un acte apostolique fondateur.

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  7. Codex laurentien (Lavrent'evskaïa letopis'), 1377 : copie du Récit des temps passés exécutée par le moine Laurent (Lavrentij) pour le prince Dimitri de Souzdal ; plus ancien témoin conservé de la chronique, gardé à la Bibliothèque nationale de Russie (Saint-Pétersbourg). Le fac-similé reproduit dans cet article (folio 27 recto) appartient à ce manuscrit. Source : notice du manuscrit (Bibliothèque nationale de Russie) ; Récit des temps passés, éd. Cross & Sherbowitz-Wetzor, 1953, introduction.

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  8. Sainte Olga de Kiev (Hélène au baptême, vers 890-969), épouse du prince Igor et grand-mère de Vladimir, régente de la Rus' et première souveraine de Kiev baptisée, lors d'un séjour à Constantinople (vers 957). Elle ne put convertir ni son fils Sviatoslav ni son peuple, mais la chronique en fait l'aurore chrétienne de la dynastie ; les conseillers de Vladimir invoquent sa sagesse pour justifier le choix de la foi grecque. Elle est, comme son petit-fils, honorée du titre d'« égale-aux-apôtres ». Source : Récit des temps passés ; Catholic Encyclopedia, « St. Vladimir the Great ».

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  9. Perun et le panthéon slave de Kiev : Perun, dieu du tonnerre, de la foudre et de la guerre, était la divinité suprême du paganisme slave oriental ; son idole de Kiev, selon la chronique, avait la tête d'argent et la moustache d'or. Autour de lui, Vladimir avait dressé les statues de Dajbog (soleil, abondance), Stribog (vent), Simargl et Mokoch (seule divinité féminine, liée à la fécondité et au filage). Le Récit des temps passés mentionne des sacrifices, y compris humains par tirage au sort (épisode des « martyrs varègues » Théodore et Jean). Source : Récit des temps passés (éd. Cross & Sherbowitz-Wetzor) ; Catholic Encyclopedia, « St. Vladimir the Great ».

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  10. Église de la Dîme (Desiatinnaïa tserkov, « église des Dîmes »), première grande église de pierre de Kiev, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, construite par Vladimir entre 989 et 996 et dotée d'un dixième (десятина) des revenus princiers pour son entretien — d'où son nom. Elle abrita les sépultures de Vladimir et d'Anna. Détruite lors de la prise de Kiev par les Mongols de Batu Khan en 1240, elle ne subsiste qu'à l'état de fondations archéologiques. Source : Catholic Encyclopedia ; vie de saint Vladimir (oca.org).

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  11. Catholic Answers Encyclopedia, article « Vladimir the Great, Saint » (catholic.com) : présentation de Vladimir comme saint catholique ; conversion et baptême de la Rus' de Kiev ; établissement d'écoles et de tribunaux ecclésiastiques ; douceur et zèle pour la diffusion de la foi après sa conversion ; fondations de l'église de la Dîme (vers 989) et d'autres sanctuaires ; mort en 1015 ; fête le 15 juillet dans les calendriers orthodoxe russe et gréco-catholique ruthène ; titre d'égal-aux-apôtres.

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  12. Saints Boris et Gleb (baptisés Romain et David), fils de Vladimir, tués en 1015 dans la lutte pour la succession par leur demi-frère Sviatopolk « le Maudit ». Refusant de lever les armes contre un aîné, ils acceptèrent la mort en martyrs de la non-violence fraternelle ; ils furent les premiers saints canonisés de la Rus', sous le titre de strastoterptsy (« passionnés », porteurs-de-la-passion). Leur culte, immédiat et populaire, manifeste le fruit chrétien de la conversion paternelle. Source : notices hagiographiques sur Boris et Gleb ; Récit des temps passés.

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  13. Surnom de « Beau soleil » (Krasnoe solnyshko) : il appartient à la tradition épique orale des bylines, les chants de geste russes dont les héros se rassemblent autour de la table du « prince Vladimir Beau soleil de Kiev » — sans endroit démontré dans le Récit des temps passés. Source : P. Kropotkine, Ideals and Realities in Russian Literature, ch. 1 : les héros des chants épiques russes réunis « round the table of the Kieff Prince, Vladimir the Fair Sun ».

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