L'islam est une religion monothéiste née en Arabie au VIIᵉ siècle, autour de la prédication de Muhammad ibn Abd Allah (vers 570-632), tenu par les musulmans pour le dernier prophète envoyé par Dieu. Son texte central est le Coran, auquel s'ajoute la Sunna, c'est-à-dire l'ensemble des paroles et actes attribués à Muhammad dans les recueils de hadiths et les biographies anciennes.
Du point de vue catholique, l'islam doit être abordé avec deux exigences indissociables : la charité envers les personnes musulmanes et la vérité sur les doctrines. Le concile Vatican II affirme que l'Église regarde les musulmans avec estime parce qu'ils adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, créateur du ciel et de la terre, miséricordieux et tout-puissant ; mais cette estime ne signifie pas que l'islam soit reconnu comme révélation divine ni que Muhammad soit reconnu comme prophète au sens biblique du terme.[1]
La divergence centrale porte sur Jésus-Christ. Le Coran reconnaît Jésus comme Messie, né de la Vierge Marie et thaumaturge ; la tradition musulmane lui attribue en outre un retour à la fin des temps, dossier surtout hadithique adossé à une lecture débattue de deux versets coraniques (4:159 et 43:61)[2] ; mais il nie précisément ce qui constitue le cœur de la foi chrétienne : Jésus n'est pas seulement prophète, il est le Fils éternel de Dieu fait homme, mort sur la Croix et ressuscité pour le salut du monde. En niant la filiation divine, la crucifixion et la Résurrection rédemptrice, l'islam touche non pas un détail secondaire, mais le noyau du Credo chrétien.[3]
Cet article présente l'islam sous un angle encyclopédique catholique : ce que l'Église reconnaît positivement chez les musulmans, ce que les sources musulmanes disent d'elles-mêmes, les points de rupture doctrinale, la question de Muhammad comme prophète, la transmission et la cohérence interne du Coran, l'objection de la « Bible falsifiée », les critiques apologétiques classiques sur la vie de Muhammad et sur le statut divin du Coran, et la réponse catholique qui explique pourquoi l'Église ne peut pas reconnaître l'islam comme accomplissement de la Révélation biblique.
L'approche est apologétique mais respectueuse : présenter loyalement les meilleurs arguments musulmans avant d'y répondre, distinguer le Coran et la Sunna des dérives politiques contemporaines, et donner au lecteur des arguments opposables à un musulman sincère — c'est-à-dire des arguments qui ne supposent pas déjà la vérité du christianisme pour fonctionner.[4]
Ce que l'Église catholique reconnaît chez les musulmans
L'estime de Vatican II
Le texte de référence est Nostra Aetate, déclaration du concile Vatican II sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, promulguée le 28 octobre 1965. Au § 3, l'Église affirme qu'elle regarde avec estime les musulmans parce qu'ils adorent le Dieu unique, se réclament d'Abraham, vénèrent Jésus comme prophète, honorent Marie, attendent le jugement de Dieu, pratiquent la prière, l'aumône et le jeûne.[5]
« L'Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s'ils sont cachés, comme s'est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu'ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l'invoquent avec piété. » — Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate, § 3, 28 octobre 1965[6]
Cette formule est capitale : elle interdit deux erreurs opposées. D'un côté, le chrétien ne peut pas traiter les musulmans comme des ennemis ou des êtres de moindre dignité. Ils sont créés à l'image de Dieu, appelés au salut, capables d'une recherche sincère du Créateur. De l'autre, l'estime conciliaire ne transforme pas l'islam en révélation équivalente au christianisme. Vatican II ne dit pas que le Coran vient de Dieu, ni que Muhammad est prophète, ni que la doctrine islamique sur Jésus est compatible avec l'Évangile. La distinction entre estime envers des personnes et reconnaissance d'une religion comme révélation est ici décisive : confondre les deux, c'est trahir le texte conciliaire dans les deux sens, soit en méprisant les musulmans, soit en relativisant le Christ.
Le Catéchisme et le dessein de salut
Le Catéchisme de l'Église catholique reprend la même ligne au § 841 : le dessein de salut enveloppe aussi ceux qui reconnaissent le Créateur, « en tout premier lieu les musulmans », puisqu'ils professent tenir la foi d'Abraham et adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, juge des hommes au dernier jour.[7]
« Les relations de l'Église avec les musulmans. "Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, en déclarant qu'ils gardent la foi d'Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, juge des hommes au dernier jour" (LG 16 ; cf. NA 3). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 841[8]
Le mot important est « enveloppe » : l'Église affirme l'universalité de la volonté salvifique de Dieu, non la suffisance doctrinale de l'islam comme tel. Le § 846 du même Catéchisme rappelle en effet que tout salut vient du Christ-Tête par l'Église qui est son Corps. Il peut donc exister chez les musulmans des semences de vérité et des dispositions religieuses sincères, tout en restant vrai que la plénitude de la Révélation est en Jésus-Christ.[9]
Cette position catholique a été constamment réaffirmée. Saint Jean-Paul II, à Casablanca le 19 août 1985, devant des dizaines de milliers de jeunes musulmans réunis au stade Mohammed-V, lors de la visite effectuée à l'invitation du roi Hassan II, déclara : « Nous croyons au même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant, le Dieu qui crée les mondes et porte ses créatures à leur perfection ».[10] Le même discours énonce inséparablement l'autre versant : « La loyauté exige aussi que nous reconnaissions et respections nos différences. La plus fondamentale est évidemment le regard que nous portons sur la personne et œuvre de Jésus de Nazareth », les chrétiens reconnaissant et proclamant Jésus « Seigneur et Sauveur » — différence doctrinale majeure avec l'islam sur Jésus.[11]
Les convergences réelles
Le chrétien peut reconnaître plusieurs vérités professées par l'islam : Dieu est créateur, Dieu juge les hommes, la vie terrestre n'est pas le tout de l'existence, Marie est vierge, Jésus est né miraculeusement, Jésus a accompli des signes, et le monde sera soumis au jugement divin. Le Coran lui-même affirme que Jésus est le Messie, « fils de Marie », et que Dieu l'a soutenu par l'Esprit Saint.[12]
Il faut aussi reconnaître des vertus fréquemment visibles chez les musulmans : sens de la prière, pudeur, jeûne, générosité familiale, hospitalité, respect de Dieu, résistance à certains matérialismes contemporains. Cette reconnaissance n'est pas tactique ; elle est juste. Une critique catholique de l'islam qui commencerait par mépriser les musulmans manquerait déjà la vérité chrétienne qu'elle prétend défendre.
Les sources musulmanes : Coran, Sunna, sîra et tafsîr
Le Coran
Le Coran est le texte central de l'islam. Selon la foi musulmane, il ne s'agit pas d'un livre simplement inspiré, mais de la parole de Dieu révélée à Muhammad en arabe par l'ange Gabriel, progressivement, de 610 à 632. Le Coran se compose de 114 sourates. La tradition sunnite dominante affirme que le texte a été fixé officiellement sous le troisième calife, Uthman ibn Affan (r. 644-656).
Le récit musulman classique de cette fixation se trouve dans le Sahih al-Bukhari : Uthman charge Zayd ibn Thabit et plusieurs Qurayshites de produire un exemplaire standard à partir des feuillets conservés chez Hafsa, puis envoie des copies dans les provinces et ordonne de brûler les autres matériaux coraniques.[13] Ce point est important : l'unification du Coran appartient elle-même à l'histoire islamique traditionnelle, et non à une hypothèse hostile inventée de l'extérieur.
La Sunna et les hadiths
La Sunna désigne le modèle de Muhammad : ses paroles, ses actes, ses approbations tacites, tels qu'ils sont transmis par les hadiths. Sauf indication contraire, les numéros de hadiths cités dans cet article suivent la numérotation de l'édition Darussalam, reprise par le site de référence Sunnah.com (lien donné en note à chaque fois) ; la numérotation variant selon les éditions, ce repère permet au lecteur de retrouver chaque texte au mot près. Dans le sunnisme, six recueils sont particulièrement importants : Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim, Jami al-Tirmidhi, Sunan Abi Dawud, Sunan al-Nasa'i et Sunan Ibn Majah. Les deux premiers, Bukhari et Muslim, jouissent d'une autorité exceptionnelle dans le sunnisme.
Le rôle des hadiths est décisif, car le Coran seul ne donne pas le détail de nombreuses pratiques islamiques : nombre exact des prières quotidiennes, modalités de la prière, détails du pèlerinage, épisodes de la vie de Muhammad. C'est pourquoi un islam « coraniste » pur se trouve en tension avec l'islam historique majoritaire : il veut garder le Coran, mais se prive des sources qui expliquent comment l'islam a concrètement été vécu.
La sîra et le tafsîr
La sîra est la biographie de Muhammad. La plus célèbre est celle d'Ibn Hisham, réécriture au IXᵉ siècle d'un matériau plus ancien associé à Ibn Ishaq (mort vers 767). Les tafsîrs sont les commentaires du Coran : ils expliquent les versets, leur contexte, les traditions juridiques et théologiques qui s'y rattachent.
Un article catholique sérieux sur l'islam ne peut donc pas citer seulement le Coran. Il doit aussi regarder la Sunna et la sîra, parce que l'islam historique ne s'est jamais présenté comme un simple livre isolé : il est une tradition religieuse, juridique, communautaire et politique structurée autour du modèle de Muhammad.
Chronologie résumée des origines de l'islam
Une frise très simplifiée des grandes dates permet de fixer les repères avant d'examiner la doctrine. Les dates exactes peuvent varier selon les sources musulmanes traditionnelles ; les datations universitaires (Donner, Robin, Hoyland) sont parfois plus larges.
- vers 570Naissance traditionnelle de Muhammad à La Mecque
Selon Ibn Hisham et al-Tabari, Muhammad naît dans le clan des Banu Hashim de la tribu de Quraysh, à La Mecque.
- 610Première révélation au Mont Hira
À l'âge d'environ 40 ans, Muhammad reçoit, selon la tradition, sa première révélation par l'ange Gabriel dans la grotte de Hira. La sourate 96 (al-ʿAlaq) est traditionnellement présentée comme la première révélée.
- 610-622Prédication mecquoise
Phase mecquoise : sourates courtes, thèmes spirituels, défense d'un monothéisme contre le polythéisme arabe. Persécution de la communauté naissante. Émigration partielle en Abyssinie chrétienne (615), terre asile.
- 622Hégire — émigration à Médine
Muhammad et ses compagnons quittent La Mecque pour Yathrib (rebaptisée Médine). L'année 622 devient l'an 1 de l'Hégire (calendrier musulman). La phase médinoise est marquée par la fondation d'une umma politico-religieuse.
- 624Bataille de Badr
Première grande victoire militaire de la communauté musulmane sur les Mecquois. Selon la sîra d'Ibn Hisham, environ 313 musulmans affrontent quelque 900 à 1 000 Mecquois (950 dans le récit le plus courant).[14] La bataille fonde l'autorité militaire de Muhammad et consolide l'idéal de jihad fī sabīl Allāh (combat sur la voie de Dieu).
- 627Bataille du Fossé et Banu Qurayza
Échec du siège mecquois de Médine grâce au fossé creusé sur conseil persan (Salman). À la suite, la tribu juive des Banu Qurayza, accusée de trahison, voit ses hommes exécutés selon le verdict de Saʿd ibn Muʿādh — entre 400 et 900 selon les sources.
- 630Prise pacifique de La Mecque
Muhammad entre dans La Mecque à la tête de 10 000 hommes. La Kaaba est purifiée des idoles ; la tribu de Quraysh se rallie. La prédication islamique devient hégémonique en Arabie occidentale.
- 632Mort de Muhammad à Médine
Muhammad meurt à Médine à 63 ans selon le comput hégirien traditionnel (soit environ 61 ans solaires). La succession s'engage immédiatement : Abu Bakr est élu premier calife. Le Coran existe alors sous forme de récitations mémorisées et de feuillets dispersés.
- 644-656Recension uthmanienne du Coran
Le troisième calife Uthman ordonne la production d'un Coran officiel, à partir des feuillets conservés par Hafsa. Plusieurs exemplaires sont envoyés dans les provinces et les autres matériaux coraniques sont brûlés. C'est le texte aujourd'hui appelé muṣḥaf ʿUthmān.
- vers 750-770Première sîra (Ibn Ishaq) et premières grandes collections de hadiths
La première biographie connue de Muhammad, par Ibn Ishaq, est rédigée environ 130 ans après sa mort. Elle ne nous parvient qu'à travers la réécriture d'Ibn Hisham († 833). Les Maghāzī d'al-Wāqidī (vers 820) suivent.
- 850-875Compilation des Sahih de Bukhari et Muslim
Bukhari (mort 870) et Muslim (mort 875) compilent leurs collections de hadiths considérés authentiques. Distance temporelle avec Muhammad : environ 220 à 250 ans, soit l'équivalent de chroniques de la Révolution française écrites aujourd'hui à partir de témoignages oraux.
Cette frise rend manifeste un fait épistémologique : la quasi-totalité de ce que l'islam classique tient pour vrai sur la vie de Muhammad est consigné par écrit entre 120 et 250 ans après les événements. La transmission orale a porté cette mémoire, qu'elle a aussi nécessairement déformée — comme le savent les chercheurs musulmans eux-mêmes, qui ont précisément développé la science des chaînes de transmission (isnād) pour répondre à cette difficulté structurelle.
La fracture décisive : Jésus-Christ
Ce que le Coran affirme positivement sur Jésus
Le Coran dit beaucoup de choses élevées sur Jésus. Il l'appelle al-Masih — le Messie ; il affirme sa naissance virginale ; il présente Marie comme choisie et purifiée ; il attribue à Jésus des miracles, notamment la guérison de l'aveugle-né et du lépreux, la résurrection des morts « avec la permission de Dieu », et même l'épisode apocryphe de l'oiseau d'argile animé par son souffle.[15]
Ces affirmations expliquent pourquoi beaucoup de musulmans disent aux chrétiens : « Nous reconnaissons Jésus, pourquoi ne reconnaissez-vous pas Muhammad ? » La réponse catholique tient en une distinction simple : reconnaître un nom ne suffit pas ; il faut reconnaître qui est réellement Jésus. Or le Jésus coranique n'est pas le Jésus confessé par les Apôtres, les martyrs, les Pères de l'Église, les conciles et la liturgie chrétienne.
Le Coran nie la divinité du Christ
Le Coran rejette explicitement l'affirmation que le Christ soit Dieu ou Fils de Dieu. La sourate 5 déclare incrédules ceux qui disent que Dieu est le Messie, fils de Marie (5:17 ; 5:72), et ceux qui parlent de Dieu comme « troisième de trois » (5:73).[16] La sourate 112 affirme de façon lapidaire que Dieu « n'engendre pas et n'est pas engendré ».[17]
Pour un chrétien, ce n'est pas une divergence secondaire. Le Nouveau Testament confesse que le Verbe était Dieu, qu'il s'est fait chair, que Thomas appelle Jésus « mon Seigneur et mon Dieu », que tout a été créé par le Fils et pour le Fils.[18] Le concile de Nicée (325) puis Constantinople (381) ne fabriquent pas cette foi : ils la formulent contre les réductions qui niaient la pleine divinité du Fils.
Le Coran nie la crucifixion rédemptrice
La sourate 4, verset 157 affirme que les juifs n'ont ni tué ni crucifié Jésus, mais que cela leur a été rendu semblable.[19] Les exégèses musulmanes ont interprété ce passage de différentes manières : selon la lecture sunnite majoritaire, Dieu aurait fait monter Jésus au ciel vivant et donné l'apparence du Christ à un autre homme — souvent identifié à Judas ou à Simon de Cyrène — qui aurait été crucifié à sa place. D'autres lectures, notamment ahmadies, soutiennent que Jésus aurait survécu à la Croix et serait mort plus tard. Le résultat doctrinal commun reste cependant clair : l'islam refuse que Jésus soit réellement mort sur la Croix pour sauver les hommes.
La crucifixion : un fait historique attesté hors christianisme
Cette négation coranique se heurte à un obstacle massif : la crucifixion de Jésus est, parmi les événements de l'Antiquité, l'un des mieux attestés par des sources extra-chrétiennes. Ce point est crucial pour le dialogue islamo-chrétien : un musulman ne reconnaît pas l'autorité du Nouveau Testament — il pense précisément que les chrétiens auraient falsifié l'Évangile (doctrine du taḥrīf). Citer saint Paul à un musulman pour réfuter le Coran serait donc circulaire. Il faut donc s'appuyer sur des sources que le musulman lui-même reconnaît comme historiquement valides, c'est-à-dire les chroniqueurs païens, juifs et non-chrétiens du Iᵉʳ et IIᵉ siècles.[20]
Au moins cinq témoins indépendants extérieurs au christianisme attestent la mort par crucifixion de Jésus :
| Source | Date | Statut | Mention |
|---|---|---|---|
| Tacite, Annales XV, 44 | vers 116 | Historien romain païen | « Christ, sous le règne de Tibère, avait été livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate » |
| Flavius Josèphe, Antiquités juives XVIII, 63-64 | vers 93-94 | Historien juif | « Pilate l'avait condamné à la croix » (noyau tenu pour authentique ; le reste du passage, dit Testimonium Flavianum, est partiellement interpolé — cf. la recension arabe étudiée par Shlomo Pines, 1971)[21] |
| Mara bar Sérapion, lettre à son fils | entre 73 et 200 | Philosophe syriaque | « Quel avantage les Juifs ont-ils retiré d'avoir mis à mort leur sage Roi ? » |
| Lucien de Samosate, La Mort de Pérégrinos | vers 165 | Satiriste païen grec | « Ce sophiste qui fut crucifié en Palestine » |
| Talmud babylonien, Sanhédrin 43a | rédaction IVᵉ-VIᵉ s. | Source juive hostile | « On a pendu Yeshou à la veille de la Pâque » |
Ces sources sont indépendantes du christianisme, parfois hostiles, et se recoupent sur le fait minimal : un homme nommé Jésus a été exécuté sous Ponce Pilate en Judée vers l'an 30. L'historien John Meier, dans son enquête A Marginal Jew, retient la crucifixion de Jésus sous Ponce Pilate comme l'un des deux seuls faits de la vie de Jésus à recueillir un assentiment presque universel des historiens, avec le baptême par Jean-Baptiste.[22]
Le critère d'embarras renforce cette conclusion : la crucifixion était, dans l'Antiquité, une mort infâmante réservée aux esclaves rebelles et aux brigands. Comme le souligne l'historien Martin Hengel, spécialiste de la crucifixion antique, personne n'aurait inventé un Messie crucifié pour fonder une religion : la proclamation du Crucifié comme Messie ne s'explique que par un événement historique massif.[23]
La position coranique se trouve donc en contradiction frontale avec ce que John Meier décrit, au terme de son enquête, comme l'un des deux seuls faits de la vie de Jésus à recueillir un assentiment presque universel des historiens — y compris non chrétiens —, conclusion reprise par Ehrman (2012) et Van Voorst (2000), indépendamment de toute autorité chrétienne.[24][25] C'est l'un des très rares cas où une religion postérieure prétend corriger l'histoire elle-même, sans pouvoir produire de témoin contemporain. Pour la démonstration détaillée, voir La Résurrection de Jésus et Jésus a-t-il vraiment existé ?.
Le silence prophétique du Coran sur la Croix
Au-delà de la négation matérielle, la position coranique pose un problème de cohérence interne. Le Coran reconnaît que Jésus est Messie (3:45 ; 4:171), or le mot Messie (Mashiaḥ, al-Masīḥ) n'est pas un titre vague : il a un contenu précis dans la prophétie juive. Le Messie est celui qu'annoncent les psaumes 22 et 69, et surtout Isaïe 53, écrits plusieurs siècles avant Jésus :
« Il était méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance. […] Ce sont nos souffrances qu'il portait, et nos douleurs dont il s'était chargé. […] Il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. […] Comme un agneau qu'on mène à la boucherie, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche. » — Isaïe 53, 3-7, Bible de Jérusalem[26]
Ce texte d'Isaïe est contenu intégralement dans le rouleau 1QIsaᵃ de Qumrân, daté par paléographie et radiocarbone du IIᵉ siècle avant Jésus-Christ — donc bien avant toute possibilité d'interpolation chrétienne.[27] Le Coran ne récuse pas Isaïe ; il ne dit nulle part que ce texte serait falsifié. Mais en niant que le Messie ait été transpercé, il rend Isaïe 53 inintelligible : si le Messie ne souffre pas, si le Messie ne meurt pas, qui était donc l'homme de douleurs annoncé ? La doctrine coranique laisse cette grande prophétie messianique sans accomplissement.
Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas reconnaître Muhammad comme prophète
Le critère biblique du vrai prophète
Dans la Bible, un prophète n'est pas seulement un homme religieux puissant. Il est envoyé par Dieu pour appeler à la fidélité à l'Alliance, non pour contredire une révélation déjà donnée. Le Deutéronome donne deux critères : ne pas entraîner vers un autre culte, et ne pas parler faussement au nom de Dieu.[28]
Le Nouveau Testament ajoute un critère christologique radical. Saint Paul écrit aux Galates : même si un ange venu du ciel annonçait un autre Évangile que celui reçu des Apôtres, qu'il soit anathème.[29] Cette phrase vise exactement le type de cas que pose l'islam : une révélation postérieure, attribuée à un messager céleste, qui corrige l'Évangile apostolique sur Jésus.
Le problème christologique suffit déjà
Le premier obstacle à la reconnaissance de Muhammad est donc doctrinal : il transmet un message qui nie la divinité du Christ, sa crucifixion, sa filiation divine et la Trinité. Même si Muhammad avait eu une vie moralement irréprochable selon tous les critères, le chrétien ne pourrait pas reconnaître comme prophète de Dieu quelqu'un dont le message détruit le cœur de la Révélation chrétienne.
Le point n'est pas psychologique — « les chrétiens n'aiment pas Muhammad » — mais théologique : le prophète biblique confirme et approfondit la Révélation ; il ne l'inverse pas. Un message qui dit au chrétien : « Jésus n'est pas le Fils éternel, il n'est pas mort sur la Croix, les Apôtres ont mal compris ou falsifié l'essentiel » ne peut pas venir de l'Esprit qui a fondé l'Église.
Aucune prophétie messianique vérifiée à l'avance
Un deuxième critère distingue les prophètes bibliques de Muhammad : les prophètes de l'Ancien Testament annoncent à l'avance des événements vérifiables. Isaïe annonce le Messie souffrant (Is 53), Michée annonce la naissance à Bethléem (Mi 5, 2), Zacharie annonce les trente pièces d'argent (Za 11, 12-13), Daniel annonce les soixante-dix semaines (Dn 9, 24-27), David annonce la perforation des mains et des pieds (Ps 22, 17). Ces prophéties sont antérieures de plusieurs siècles à leur accomplissement, et leur existence préchrétienne est attestée par les manuscrits de Qumrân et la Septante d'Alexandrie (IIIᵉ-IIᵉ siècle avant J.-C.).[30]
Le Coran, en revanche, ne contient aucune prophétie vérifiable à l'avance et publiquement contrôlable. Les seules prédictions explicites concernent souvent des événements politiques imminents : ainsi la sourate 30, 2-5 (al-Rūm) prédit la victoire prochaine des Byzantins (al-Rūm) sur les Perses — passage dont la datation est débattue : la tradition musulmane le place avant la contre-offensive byzantine (vers 615-616, victoire accomplie en 627-628), tandis que des historiens critiques défendent une rédaction plus tardive, contemporaine des succès d'Héraclius. Surtout, le Coran ne donne aucune prédiction précise vérifiable sur la fin des temps, sur des découvertes futures, ou sur des événements indépendamment datables. C'est une asymétrie de structure avec la prophétie biblique, fondée sur Dt 18, 22 : un prophète vrai est reconnu à ce que ses paroles s'accomplissent.
Aucun miracle public solidement attesté
Un troisième critère est miraculeux. Les prophètes bibliques majeurs accomplissent des miracles publics et indépendamment attestés : Moïse devant Pharaon (Ex 7-12), Élie face aux prêtres de Baal (1 R 18, 20-40), Jésus multipliant les pains devant 5 000 hommes (Jn 6, 1-15), guérissant des aveugles connus à Jérusalem (Jn 9), ressuscitant Lazare devant une foule (Jn 11). Les Actes des Apôtres rapportent les miracles de Pierre et Paul devant des témoins identifiables.
Or le Coran lui-même dit que Muhammad n'a pas accompli de miracles publics confirmant sa mission. La sourate 17, verset 90-93 rapporte que ses contemporains lui demandent des signes — qu'il fasse jaillir une source, possède un jardin, fasse tomber le ciel par fragments, monte au ciel — et Muhammad répond simplement par ordre de Dieu : « Mon Seigneur soit glorifié ! Que suis-je sinon un homme, un messager ? »[31]
« Et rien ne nous a empêché d'envoyer les signes [miracles], si ce n'est que les anciens les avaient traités de mensonges. » — Coran, sourate 17, verset 59[32]
Le Coran déclare donc lui-même que le seul miracle confiant la mission de Muhammad est le Coran lui-même — argument circulaire qu'un chrétien ou un athée ne peut accepter sans preuve indépendante. Les miracles attribués à Muhammad (le voyage nocturne, la lune fendue, l'eau jaillissant entre ses doigts) apparaissent dans les hadiths postérieurs, sans témoins extérieurs à la communauté, et sont eux-mêmes contestés à l'intérieur de la tradition musulmane.[33]
Le critère deutéronomique appliqué
Le Deutéronome donne deux tests pour reconnaître un prophète : (1) Dt 13, 2-6 — un prophète qui détourne du Dieu d'Israël vers un autre culte est un faux prophète, même s'il accomplit des signes ; (2) Dt 18, 22 — un prophète dont les paroles ne s'accomplissent pas est un faux prophète.
Appliqué à Muhammad par un chrétien :
- Test n°1 (orthodoxie) : Muhammad nie la Trinité et la divinité du Christ, alors que la Révélation accomplie en Jésus a déjà été donnée et confirmée par les miracles publics du Christ et de ses Apôtres. Un message postérieur qui inverse la Révélation antérieure échoue ce test.
- Test n°2 (accomplissement) : Muhammad n'a pas annoncé d'événement précis vérifiable à long terme dont la communauté chrétienne primitive aurait pu être témoin.
Du point de vue chrétien, Muhammad ne franchit donc ni l'un ni l'autre des deux tests deutéronomiques. Pour un musulman, cet argument est évidemment refusé, mais il a au moins le mérite de répondre à la question : « sur quelle base le chrétien refuse-t-il de reconnaître Muhammad ? » — sur la base du critère biblique lui-même, et non d'un rejet arbitraire.
Le problème moral et politique du modèle prophétique
La question morale est traitée en détail dans la section « Les problèmes de la vie de Muhammad » ci-dessous : si un chrétien doit reconnaître un prophète comme modèle spirituel, il doit pouvoir y voir une sainteté conforme à la Loi accomplie dans l'amour. Or plusieurs traditions musulmanes authentiques attribuent à Muhammad des actes ou permissions difficiles à concilier avec l'idéal chrétien.
Pour le christianisme, la norme du prophète n'est pas seulement l'efficacité religieuse ou politique ; c'est la conformité au Christ, doux et humble de cœur, qui refuse de faire descendre le feu sur ceux qui ne l'accueillent pas (Lc 9, 54-56), interdit à Pierre de défendre le Royaume par l'épée (Mt 26, 52) et pardonne à ses bourreaux (Lc 23, 34).[34]
Les problèmes de la vie de Muhammad
Aucune accusation ad personam ne peut tenir lieu d'argument théologique : une religion ne se réfute pas par les défauts de son fondateur. Mais l'islam fait de Muhammad un modèle moral absolu (al-insān al-kāmil, « l'homme parfait »), à imiter dans le détail des comportements (la Sunna). Le Coran le présente comme « un excellent modèle à suivre » pour le croyant (sourate 33, 21). Cela rend la vie de Muhammad apologétiquement décisive : si elle contient des éléments graves moralement incompatibles avec la sainteté biblique, le statut d'« insān al-kāmil » devient intenable. Cette section présente loyalement, à partir des sources sunnites elles-mêmes — Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim, sîra d'Ibn Hisham, chroniques d'al-Tabari, Maghāzī d'al-Wāqidī — les épisodes qui ont nourri l'apologétique chrétienne sur ce point depuis Jean Damascène jusqu'à nos jours.[35]
La nature tardive des sources
Avant même d'examiner le contenu, il faut noter un fait épistémologique fort : toutes les biographies de Muhammad sont tardives. Muhammad meurt en 632 (an 10 de l'Hégire). Or :
- La première sîra connue, celle d'Ibn Ishaq, est rédigée vers 760-770 — soit 130 ans après la mort de Muhammad. Elle ne nous est parvenue qu'à travers la réécriture d'Ibn Hisham (mort 833), parfois avec des coupures de passages jugés embarrassants.[36]
- Les grandes collections de hadiths sont compilées vers 850-870 : Sahih al-Bukhari († 870), Sahih Muslim († 875), al-Tirmidhi († 892).
- Les Maghāzī d'al-Wāqidī († 822), source majeure pour les expéditions militaires, datent du début du IXᵉ siècle.
Cette distance temporelle — comparable à celle qui sépare la Révolution française des chroniques que nous écririons aujourd'hui à son sujet — pose le problème classique des chaînes de transmission orale. Les chercheurs musulmans eux-mêmes ont développé toute la science du jarḥ wa-l-taʿdīl (critique des transmetteurs) précisément parce qu'ils savaient que des hadiths apocryphes circulaient en masse : al-Bukhari aurait examiné plus de 600 000 hadiths pour n'en retenir que 7 397.[37] L'orientaliste Ignaz Goldziher, dès la fin du XIXᵉ siècle, puis l'historienne Patricia Crone au XXᵉ siècle, ont montré à quel point les hadiths anciens reflètent souvent les débats théologico-juridiques du IIᵉ-IIIᵉ siècle de l'Hégire plus que les paroles de Muhammad.[38]
Le mariage avec Aïcha (six ans / neuf ans)
L'épisode le plus discuté est le mariage de Muhammad avec Aïcha bint Abu Bakr. Plusieurs hadiths considérés authentiques (ṣaḥīḥ) rapportent les âges :
« Le Prophète m'épousa quand j'avais six ans, et la consommation du mariage eut lieu quand j'avais neuf ans. » — ʿĀʾisha, citée dans Sahih al-Bukhari, hadith 5134[39]
Le même fait est rapporté dans :
- Sahih al-Bukhari, hadiths 3894, 3896, 5133, 5134, 5158, 6130, 7011 ;
- Sahih Muslim, hadith 1422a-d ;
- Sunan Abī Dāwūd, hadith 4933 ;
- Sunan al-Nasāʾī, hadith 3257 ;
- Sunan Ibn Mājah, hadith 1877.[40]
La récurrence multiple et concordante des deux collections les plus autorisées du sunnisme (Bukhari et Muslim) rend l'événement difficile à écarter pour un musulman qui revendique l'autorité de la Sunna. Certains apologistes musulmans modernes proposent une chronologie alternative, recalculant l'âge d'Aïcha à 15-18 ans à partir des dates de mort de sa sœur Asma et des grands événements de l'Hégire. Ces recalculs ne sont cependant pas attestés dans les isnāds anciens, et reposent sur des arguments inférentiels et non sur des sources primaires.
Pour la conscience chrétienne — et désormais pour la conscience humaine universelle telle qu'elle se cristallise dans le droit international des droits de l'enfant — le mariage consommé d'un homme adulte avec une fillette de neuf ans est une catégorie morale grave qui ne peut pas être justifiée par le contexte. Cette donnée, conservée fidèlement par les hadiths les plus autorisés, est en tension structurelle avec la prétention d'« insān al-kāmil ».
Les expéditions militaires (ghazawāt)
La sîra d'Ibn Hisham et les Maghāzī d'al-Wāqidī rapportent que Muhammad a personnellement dirigé 27 expéditions militaires (ghazawāt) et envoyé environ 38 raids commandés (sarāyā) durant les dix années médinoises (622-632).[41] La plupart visaient des caravanes mecquoises, des tribus arabes refusant l'islam, ou des communautés juives de Médine. Cette dimension militaire massive est intrinsèquement liée à l'histoire de l'islam médinois : la prédication s'accompagne d'un projet politique et armé. Le mot jihad (effort), qui peut désigner aussi un combat spirituel, désigne dans le Coran médinois principalement la lutte armée pour la cause de Dieu.[42]
Comparaison instructive avec Jésus : les évangiles ne rapportent aucune action militaire de Jésus en environ trois années de prédication publique. Il refuse explicitement d'instaurer un royaume terrestre (Jn 6, 15 ; Jn 18, 36), désarme Pierre à Gethsémani (Mt 26, 52), et meurt sans armée. Cette différence structurelle entre les deux modèles prophétiques n'est pas un détail biographique : elle commande deux théologies du royaume entièrement différentes.
L'élimination des Banu Qurayza
L'épisode le plus controversé de la vie médinoise est le sort réservé à la tribu juive des Banu Qurayza après la bataille du Fossé (627). Ibn Hisham et al-Tabari rapportent que, à la reddition de la tribu, Muhammad accepte que le jugement soit confié à Saʿd ibn Muʿādh. Celui-ci décide :
« Mon jugement est qu'on tue les hommes [combattants], qu'on partage leurs biens, et qu'on réduise en captivité les femmes et les enfants. » — Ibn Hisham, al-Sīra al-Nabawiyya (éd. Mustafa al-Saqqa, Caire, 1955), vol. 3, p. 240 ; al-Tabari, Tārīkh al-rusul wa-l-mulūk (éd. De Goeje, Leyde, 1879-1901), vol. 2, p. 251[43]
Le nombre des hommes tués varie selon les sources entre 400 et 900 ; les femmes et enfants sont vendus comme esclaves. Muhammad approuve la sentence et la qualifie, selon la formule transmise par la sîra, de « jugement de Dieu venu d'au-dessus des sept cieux ».[44] L'événement a profondément marqué les apologètes chrétiens du Moyen Âge ; il est aussi reconnu et discuté par des chercheurs musulmans modernes, qui proposent différentes lectures (légitime défense, normes de guerre antiques, transmission exagérée). Aucune lecture cependant ne supprime le caractère massif et délibéré de l'exécution.
Les assassinats commandités
Plusieurs sources rapportent que Muhammad a fait assassiner des opposants verbaux. Trois cas sont attestés dans la sîra :
- Kaʿb ibn al-Ashraf, poète juif de Médine, est assassiné en 624 par Muhammad ibn Maslama et quatre compagnons sur ordre exprès du Prophète : « Qui se chargera pour moi d'Ibn al-Ashraf ? Il a fait du tort à Dieu et à Son Messager. » — Sahih al-Bukhari, hadith 4037 ; Ibn Hisham, vol. 3, pp. 51-58.[45]
- Asma bint Marwan, poétesse qui avait composé des vers contre Muhammad, est tuée dans son lit par ʿUmayr ibn ʿAdī al-Khaṭmī ; Ibn Saʿd et al-Wāqidī rapportent que Muhammad approuva l'acte (Ṭabaqāt II, 31).
- Abū ʿAfak, vieillard juif satirique, est tué par Sālim ibn ʿUmayr alors qu'il dormait (Ibn Saʿd, II, 32 ; al-Wāqidī, Maghāzī I, 174).
Ces récits sont absents de Bukhari pour les deux derniers cas, mais bien présents dans la sîra et les Tabaqāt, traditionnellement reçus dans le corpus historique sunnite. Comparativement, Jésus défend Marie-Madeleine contre la lapidation (Jn 8, 1-11), guérit l'oreille de Malchus (Lc 22, 51), et meurt en pardonnant à ses propres bourreaux (Lc 23, 34).
L'esclavage, les concubines et les captives
Le Coran et la sîra n'abolissent pas l'esclavage ; ils le réglementent. La sourate 23, versets 5-6 distingue clairement deux catégories de femmes licites pour les croyants :
« Sauf avec leurs épouses ou les esclaves qu'ils possèdent, car là ils ne sont pas blâmables. » — Coran, sourate 23, versets 5-6 ; voir aussi 33, 50 ; 70, 30[46]
Les hadiths discutent explicitement les modalités de relations avec les captives de guerre : Sahih Muslim 1438 rapporte la question du ʿazl (coït interrompu) avec les captives d'Awtas. Sahih al-Bukhari 5210 confirme l'usage. L'ensemble institue un cadre juridique de concubinage sacralisé par la possession.[47]
Le contraste avec saint Paul, qui demande à Philémon de recevoir l'esclave Onésime « non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé » (Phm 16) et avec la condamnation explicite de l'esclavage des chrétiens par les bulles pontificales (Eugène IV, Sicut dudum, 1435 ; Paul III, Sublimis Deus, 1537 ; Léon XIII, In Plurimis, 1888), est radical.[48]
Le mariage avec Zaynab et le statut spécial du Prophète
La sourate 33, verset 37 raconte un événement controversé : Muhammad épouse Zaynab bint Jahsh, l'ex-épouse de son fils adoptif Zayd ibn Hāritha, après que Zayd a divorcé. Le texte coranique justifie ce mariage en disant que Dieu lui-même l'a autorisé pour abolir l'interdit du mariage avec l'ex-épouse d'un fils adoptif :
« Quand Zayd eut cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu'il n'y ait nul empêchement pour les croyants à épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci ont cessé toute relation avec elles. » — Coran, sourate 33, verset 37[49]
Les commentateurs musulmans expliquent qu'il s'agit d'abolir une coutume tribale. Les exégètes critiques notent cependant la coïncidence troublante : c'est précisément le mariage que le Prophète désire qui devient une exemption de l'interdit social. La sourate 33, verset 50 multiplie d'ailleurs les privilèges matrimoniaux propres au Prophète : nombre d'épouses illimité, exemption de dot, exemption d'attente, accès aux cousines paternelles, droit sur les captives — privilèges réservés à « toi seul, à l'exclusion des autres croyants ».[50]
Le tableau récapitulatif
| Critère apologétique | Jésus (sources : 4 évangiles canoniques, rédigés vers 65-95 apr. J.-C. ; faits relatés vers 30-33) | Muhammad (sources : sîra 130-200 ans plus tard, hadiths 220 ans plus tard) |
|---|---|---|
| Mariage avec enfant | Aucun mariage | Aïcha 6 ans / 9 ans (Bukhari 5134, Muslim 1422a) |
| Direction militaire personnelle | Aucune | 27 expéditions personnelles, ~38 raids commandés |
| Ordre de tuer des opposants | Aucun | Kaʿb ibn al-Ashraf, Asma bint Marwan, Abū ʿAfak |
| Massacre prisonniers | Aucun | Banu Qurayza : 400-900 hommes (Ibn Hisham, éd. al-Saqqa, III, 240) |
| Esclavage / concubinage | Aucun (Paul demande affranchissement, Phm 16) | Réglementé, autorisé (Coran 23:6 ; 33:50) |
| Privilèges sexuels personnels | Aucun, vit célibataire | Privilèges explicites (Coran 33:50) |
| Miracles publics indépendamment attestés | Multiples témoins, sources non chrétiennes | Aucun selon le Coran lui-même (17:90-93) |
| Prophéties vérifiées à l'avance | Isaïe, Michée, Daniel, Zacharie, Ps 22 (texte préchrétien à Qumrân) | Aucune prophétie à long terme vérifiable |
Le but de ce tableau n'est pas l'invective : c'est le discernement honnête entre deux modèles prophétiques. Un catholique peut comprendre qu'un musulman pieux soit choqué par cette comparaison ; il doit cependant lui rappeler que ces faits sont rapportés par les sources musulmanes elles-mêmes, dans les recueils que la tradition sunnite reconnaît comme les plus authentiques.
Réponses musulmanes contemporaines
Beaucoup de musulmans contemporains relisent ces récits avec finesse. Plusieurs stratégies sont employées : contestation historique (les hadiths seraient des forgeries tardives reflétant les débats du IIᵉ-IIIᵉ siècle de l'Hégire) ; contextualisation (les normes médinoises ne seraient pas universalisables) ; allégorisation (les épisodes auraient un sens spirituel non politique) ; ou hiérarchisation (le Coran l'emporte sur les hadiths, et le Coran serait moins sévère). Le penseur musulman suisse d'origine égyptienne Tariq Ramadan, dans The Messenger (2007), propose une lecture spirituelle et humanisante. Le réformateur soudanais Mahmoud Mohamed Taha († 1985, exécuté à Khartoum pour apostasie) proposait de distinguer les sourates mecquoises spirituelles et les sourates médinoises politiques, en donnant priorité aux premières.[51]
Ces lectures sont précieuses, mais elles se heurtent à un mur intra-islamique : elles entrent en conflit avec le consensus sunnite traditionnel sur l'authenticité de Bukhari et Muslim. Pour relire massivement ces récits, il faudrait d'abord déclasser les hadiths les plus autorisés — ce qui revient à reconstruire l'islam classique sur d'autres fondations. C'est précisément ce que tentent les penseurs musulmans réformateurs ; c'est précisément ce que refuse l'orthodoxie sunnite et l'orthodoxie chiite duodécimaine.
Le Coran et la Bible : la question de la falsification
L'objection musulmane classique
Face aux divergences entre Bible et Coran, une objection musulmane revient souvent : les juifs et les chrétiens auraient falsifié leurs Écritures. Le Coran accuse certains détenteurs de l'Écriture de tordre les mots ou de cacher une partie de ce qui leur a été révélé.[52] Dans la polémique islamo-chrétienne postérieure, cette accusation devient souvent plus forte : la Torah et l'Évangile auraient été textuellement corrompus.
Le problème est historique : pour que l'objection fonctionne, il faudrait expliquer quand, où, par qui et comment une falsification massive aurait modifié les doctrines centrales du christianisme, tout en échappant aux communautés chrétiennes dispersées dans l'Empire romain, en Perse, en Syrie, en Égypte, en Arménie, en Éthiopie et en Inde. Plus la falsification supposée est vaste, plus elle devient invraisemblable.
L'Ancien Testament et Qumrân
Les manuscrits de la mer Morte, découverts à partir de 1947, ont fourni des témoins bibliques juifs antérieurs ou contemporains du Christ. Ils montrent une transmission textuelle complexe, avec des familles de textes, mais ils ne révèlent pas une Bible anciennement islamique qui aurait ensuite été christianisée. Les grands thèmes bibliques — Alliance, sacrifice, péché, Messie, peuple élu, Loi, Temple — sont déjà là.
Les différences entre le texte massorétique, la Septante et certains manuscrits de Qumrân relèvent de la critique textuelle normale d'une bibliothèque antique, non d'une falsification doctrinale tardive. Surtout, elles sont antérieures à l'islam de plusieurs siècles. Elles ne peuvent donc pas être expliquées comme une modification chrétienne destinée à cacher Muhammad.
Le Nouveau Testament et la transmission manuscrite
Le Nouveau Testament est le corpus antique le mieux attesté par la masse de ses manuscrits grecs, latins, syriaques, coptes et autres traditions anciennes. La critique textuelle relève de nombreuses variantes, mais l'immense majorité concerne orthographe, ordre des mots, omissions accidentelles ou harmonisations mineures. Les variantes substantielles sont connues, imprimées dans les éditions critiques, et ne produisent pas une christologie islamique cachée.
Surtout, les doctrines que l'islam conteste — divinité du Christ, mort sur la Croix, Résurrection, culte rendu à Jésus — sont attestées très tôt. Elles ne dépendent pas d'une altération médiévale : on les trouve dans les lettres de Paul, dans les évangiles, dans Ignace d'Antioche, Justin, Irénée, Tertullien, Athanase, et dans la liturgie baptismale ancienne. Pour supprimer ces doctrines, il aurait fallu falsifier simultanément les manuscrits bibliques, les citations patristiques, les controverses anti-hérétiques et la mémoire liturgique de communautés très éloignées.
L'Évangile de Barnabé et les apocryphes
Certains apologètes musulmans invoquent l'Évangile de Barnabé, texte tardif présentant un Jésus conforme à l'islam. Mais les spécialistes le situent au Moyen Âge tardif ou à l'époque moderne, avec un texte italien et espagnol, très éloigné du christianisme apostolique. Il ne s'agit pas d'un évangile du Ier siècle, ni d'un témoin indépendant de la vie de Jésus.
À l'inverse, le Coran reprend au moins un motif célèbre d'un apocryphe chrétien : Jésus enfant façonnant un oiseau d'argile, puis lui donnant vie par son souffle, épisode absent des quatre évangiles canoniques mais présent dans les traditions de l'enfance de Jésus.[53] Le problème n'est pas que le Coran connaisse des traditions extra-canoniques ; c'est qu'il prétend corriger les évangiles canoniques tout en intégrant des récits que l'Église n'a jamais reçus comme apostoliques.
Le texte coranique : unité, variantes et histoire
Le récit d'Uthman
Le récit de Bukhari sur Uthman montre que l'histoire musulmane connaît une étape de standardisation du texte coranique.[54] Cela ne prouve pas à soi seul que le Coran serait « faux » ; cela prouve seulement que l'idée d'un texte tombé matériellement du ciel sous forme d'exemplaire unique et immédiatement stabilisé ne correspond pas au récit traditionnel lui-même.
Le travail du croyant et de l'historien n'est pas le même. Le musulman peut croire que Dieu a protégé le Coran à travers cette standardisation. L'historien, lui, constate un processus : récitation, mémorisation, collecte, codex, recension, lectures canoniques. Le chrétien n'a pas besoin d'exagérer ce point ; il suffit de montrer que l'histoire du Coran est une histoire réelle, avec transmission et décisions humaines.
Les lectures coraniques
L'islam sunnite reconnaît plusieurs lectures canoniques (qirâ'ât) du Coran, transmises par des chaînes différentes : Hafs d'après Asim est aujourd'hui la plus répandue, mais Warsh d'après Nafi reste utilisée notamment en Afrique du Nord. Ces lectures ne sont pas simplement des « accents » ; elles comportent parfois des différences de voyelles, de formes verbales, de mots, et donc de nuances de sens.
Là encore, il ne faut pas caricaturer : les savants musulmans ont développé une science précise de ces lectures. Mais l'existence même des qirâ'ât rend difficile l'argument populaire selon lequel le Coran serait, matériellement et en tout point, un bloc textuel sans aucune histoire comparable aux autres textes anciens.
Birmingham et Sanaa
Le manuscrit de Birmingham, radiocarboné sur le parchemin dans une fourchette ancienne compatible avec le VIIᵉ siècle, est souvent présenté comme preuve de l'ancienneté du texte coranique.[55] Il montre effectivement que des portions du Coran circulaient très tôt. Mais l'ancienneté d'un témoin manuscrit ne prouve pas l'origine divine du texte : elle prouve une transmission ancienne.
Le palimpseste de Sanaa, quant à lui, est important parce que son texte inférieur présente des variantes par rapport au texte coranique standard. Son existence ne renverse pas l'histoire de l'islam ; elle confirme seulement que les débuts du texte coranique relèvent, eux aussi, d'une histoire manuscrite que l'on peut étudier. Les travaux de Behnam Sadeghi et Mohsen Goudarzi (Der Islam, 2012) ont catalogué des dizaines de variantes textuelles entre le texte inférieur de Sanaa I et le texte uthmanien standard.[56]
Le révisionnisme universitaire contemporain
Depuis les années 1970, un courant universitaire — dit parfois « école révisionniste » — propose des reconstructions très différentes des origines de l'islam. John Wansbrough (École des études orientales et africaines, Londres) dans Quranic Studies (1977) et The Sectarian Milieu (1978) soutient que le Coran s'est cristallisé tardivement, sur deux siècles, dans le milieu sectaire juif et chrétien de Mésopotamie ; Patricia Crone et Michael Cook, dans Hagarism (1977), proposent un récit alternatif des origines arabes ; Christoph Luxenberg (pseudonyme), dans Die syro-aramäische Lesart des Koran (2000), propose une lecture syro-araméenne d'environ un quart des passages obscurs du Coran ; Angelika Neuwirth (Berlin), tout en restant plus modérée, replace le Coran dans son contexte tardo-antique d'« Antiquité tardive arabe ».[57]
Ces travaux ne font pas consensus, et les chercheurs musulmans contestent souvent leurs méthodes. Mais ils montrent au moins une chose : l'histoire des origines du Coran est aujourd'hui un champ universitaire actif, qui produit des hypothèses concurrentes à la chronologie traditionnelle. La position musulmane d'un Coran tombé matériellement du ciel sous une forme parfaite et immédiatement stabilisée n'est plus une donnée évidente même dans les meilleures universités du monde musulman occidental.
Le Coran peut-il être un livre d'origine divine ?
Cette question est, pour l'apologétique chrétienne, peut-être plus décisive encore que celle de Muhammad. Si le Coran est réellement la Parole incréée de Dieu (kalām Allāh) dictée mot à mot à Muhammad par Gabriel, alors aucune critique chrétienne ne tient. Si, en revanche, le Coran présente des anachronismes historiques, des erreurs scientifiques affirmées comme certaines, des contradictions internes structurées par la théorie de l'abrogation, et des dépendances littéraires à des textes juifs et chrétiens antérieurs, alors la thèse d'une origine purement divine devient difficile à tenir. Cette section présente loyalement les arguments avancés par les apologistes chrétiens et juifs depuis Jean Damascène (VIIIᵉ siècle) jusqu'aux orientalistes contemporains.
Anachronismes : Marie sœur d'Aaron, Haman pharaonien, tour de Pharaon
Le Coran identifie Marie, mère de Jésus, comme sœur d'Aaron et fille d'Imran (sourate 19, verset 28 ; sourate 3, versets 35-36 ; sourate 66, verset 12). Or Aaron et Imran (Amram, le père d'Aaron et de Moïse) sont des personnages bibliques qui vivent plus de 1 200 ans avant Marie. La Bible distingue clairement deux Marie : Miriam, sœur de Moïse et d'Aaron, fille d'Amram (Ex 6, 20 ; Nb 26, 59) ; et Marie, mère de Jésus (Lc 1, 27). Confondre les deux constitue un anachronisme historique massif.[58]
Les commentateurs musulmans classiques ont senti la difficulté. Le hadith de Muslim 2135 rapporte que les chrétiens de Najran auraient déjà posé la question à Muhammad, qui aurait répondu : « Les Anciens nommaient leurs enfants d'après leurs ancêtres et leurs hommes de bien. » Cette explication est peu convaincante : la Marie biblique a un généalogie connue (Luc 3, 23-38), différente de celle d'Aaron. Le Coran semble fusionner deux figures bibliques distinctes — phénomène typique de transmission tardive et secondaire, non de révélation divine fraîche.
Un second anachronisme frappant concerne Haman, identifié dans le Coran (sourate 28, versets 6, 8, 38 ; sourate 29, verset 39 ; sourate 40, versets 24, 36) comme le ministre du Pharaon à l'époque de Moïse en Égypte. Or Haman est un personnage biblique du livre d'Esther (chapitre 3), ministre du roi perse Assuérus (Xerxès Iᵉʳ, vers 480 av. J.-C.) à Suse — donc presque mille ans après Moïse et dans un autre empire. Cette identification est inconnue de toutes les sources égyptologiques. Maurice Bucaille, médecin français, tente de contester en réinterprétant Hāmān comme un dignitaire amenophite, mais aucune attestation égyptologique n'existe.[59]
Un troisième anachronisme : le Coran (sourate 28, verset 38) fait construire à Pharaon, par Haman, une tour élevée pour atteindre le Dieu de Moïse. C'est manifestement un emprunt à la Tour de Babel (Gn 11) attribué par confusion à l'Égypte pharaonique.
Erreurs scientifiques affirmées comme certaines
Le Coran prétend décrire la nature avec autorité divine. Plusieurs passages affirment, comme certain, ce que la science a depuis démenti. Précisons : un texte ancien peut être muet sur la science sans être faux ; mais quand il affirme un fait naturel et que cet énoncé contredit les faits, la prétention divine devient difficile.
Le coucher du soleil dans une source boueuse
« Jusqu'à ce qu'il [Dhū'l-Qarnayn] arrivât au couchant du soleil, il le trouva qui se couchait dans une source boueuse, et trouva près d'elle un peuple. » — Coran, sourate 18, verset 86 (récit de Dhū'l-Qarnayn)[60]
Le texte affirme que Dhū'l-Qarnayn — généralement identifié à Alexandre le Grand — voyage jusqu'à l'endroit où le soleil se couche, et le trouve se couchant dans une source d'eau boueuse. Un hadith rapporte littéralement que le soleil « se couche dans une source d'eau chaude » (Sunan Abī Dāwūd 4002, récit d'Abū Dharr).[61] Les commentateurs classiques al-Tabarī, Ibn Kathīr et al-Qurtubī tentent diverses harmonisations, mais le texte arabe (ʿayn ḥamiʾa) signifie clairement « source d'eau boueuse ». Affirmer cela comme fait naturel relève d'une cosmologie pré-galiléenne incompatible avec une révélation divine intemporelle.
L'embryologie
Le Coran décrit la formation de l'embryon en plusieurs étapes (sourate 23, versets 12-14 ; sourate 22, verset 5 ; sourate 75, versets 37-39 ; sourate 76, verset 2) :
« Nous avons certes créé l'homme d'un extrait d'argile. Puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide. Ensuite, Nous avons fait de la goutte de sperme un caillot de sang [ʿalaqa], puis Nous avons fait du caillot de sang une masse de chair [muḍgha], puis Nous avons fait de la masse de chair des os, puis Nous avons revêtu les os de chair. » — Coran, sourate 23, versets 12-14[62]
Le médecin français Maurice Bucaille a soutenu, dans La Bible, le Coran et la Science (1976), que cette description anticipait l'embryologie moderne. La thèse a été reprise par le médecin canadien Keith Moore. Mais l'historien Basim F. Musallam et des critiques documentés (Robert Spencer) ont montré que cette description suit en fait la physiologie galénique du IIᵉ siècle, transmise à travers les écoles médicales d'Alexandrie et de Gondichapour, et déjà présente chez Hippocrate et Galien : conception comme caillot, puis masse de chair, puis os, puis revêtement.[63] Cette séquence est aujourd'hui scientifiquement fausse : les os ne se forment pas avant la chair, ils se forment simultanément avec la mésenchyme et le tissu conjonctif. Le Coran ne décrit donc pas l'embryologie moderne ; il reproduit la science médicale tardo-antique qui circulait dans l'Arabie du VIIᵉ siècle.
Le ciel comme toit protecteur
« Et Nous avons fait du ciel un toit protégé. » — Coran, sourate 21, verset 32[64]
La sourate 13 (verset 2) et la sourate 31 (verset 10) précisent que Dieu a élevé les cieux « sans piliers que vous puissiez voir ». Cette cosmologie d'un ciel solide (raqīʿ) au-dessus de la terre suit la cosmologie biblique tardo-antique et grecque (cf. Genèse 1, 6-7 sur le firmament), mais affirmée comme donnée actuelle — alors que la révélation chrétienne intègre par la suite Galilée, Newton, Hubble et la cosmologie moderne. Le pape Jean-Paul II, en 1992, a reconnu officiellement l'erreur du procès de Galilée. L'islam classique, lui, n'a pas eu son procès de Galilée : la cosmologie coranique reste théoriquement contraignante.
Contradictions internes et théorie de l'abrogation
L'islam classique reconnaît lui-même que le Coran contient des passages apparemment contradictoires entre eux. La théorie de l'abrogation (nāsikh wa-mansūkh) résout ces contradictions en disant qu'un verset postérieur peut abroger un verset antérieur — y compris quand les deux versets sont la Parole de Dieu. Le fondement scripturaire est :
« Si Nous abrogeons un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur, ou un semblable. Ne sais-tu pas qu'Allah est Omnipotent ? » — Coran, sourate 2, verset 106[65]
Les savants musulmans classiques — al-Suyūṭī, al-Zarkashī — ont catalogué entre 5 et 71 cas d'abrogation, selon les écoles juridiques.[66] Exemples notables :
| Verset antérieur (souvent mecquois) | Verset postérieur (médinois) abrogateur |
|---|---|
| « Pas de contrainte en religion » (2:256) | « Combattez ceux qui ne croient pas en Allah… » (9:29) selon plusieurs juristes |
| « Si on ne lutte pas contre vous, ne luttez pas » (2:190) | « Tuez-les où vous les trouvez » (9:5, verset du sabre) |
| « À vous votre religion, à moi la mienne » (109:6) | « Combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de discorde » (8:39) |
Cette doctrine pose un problème théologique majeur. Si Dieu est immuable et omniscient, comment peut-il révéler successivement des règles incompatibles, présenter chacune comme sa Parole, puis abroger la première par la seconde ? L'historien Olivier Hanne y voit la trace d'une élaboration historique ajustée à des situations politiques évolutives — des sourates pacifiques de la Mecque persécutée vers les sourates martiales de Médine victorieuse — plutôt que celle d'une Parole divine intemporelle.[67]
Pour les apologistes musulmans, l'abrogation est une pédagogie divine progressive. Pour les apologistes chrétiens, elle est plutôt l'indice qu'on est en présence d'un texte composé en plusieurs strates historiques, et non d'une dictée directe.
Dépendance à des sources judéo-chrétiennes antérieures
Un grand nombre de récits coraniques apparaissent comme réécritures d'apocryphes juifs et chrétiens circulant en Arabie au VIIᵉ siècle. Quelques exemples bien établis :
- L'oiseau d'argile que Jésus enfant anime de son souffle (Coran 3, 49 ; 5, 110) figure dans l'Évangile de l'enfance selon Thomas, apocryphe chrétien du IIᵉ siècle.[68]
- Le récit des Sept Dormants d'Éphèse (Coran 18, 9-26) est une légende chrétienne syriaque attestée chez Jacques de Saroug (mort 521).
- Le récit d'Abraham brisant les idoles (Coran 21, 51-71) provient du midrash juif Bereshit Rabbah (fin IVᵉ-début Vᵉ siècle).
- La reine de Saba et la huppe (Coran 27, 17-44) provient du Targum sheni d'Esther.
- L'incarnation et le bavardage de Jésus au berceau (Coran 19, 29-33) provient de l'Évangile arabe de l'enfance.
- Le récit d'Alexandre comme porteur des deux cornes (Coran 18, 83-101) provient du Roman syriaque d'Alexandre.
L'orientaliste allemand Theodor Nöldeke, dans sa Geschichte des Qorâns (1860, refonte par Friedrich Schwally 1909-1938) reste la référence pour cette philologie comparative.[69] Tor Andrae, Mahomet, sa vie et sa doctrine (1932), montre comment l'environnement chrétien syriaque, manichéen et juif d'Arabie a façonné les récits coraniques.
Pour un musulman, ce n'est pas un problème : Dieu peut faire mentionner par le Coran des récits vrais que les sources judéo-chrétiennes ont transmis. Mais le problème est inversé : si Dieu corrige réellement la Révélation antérieure, pourquoi reprend-il précisément des récits que l'Église n'a jamais retenus comme apostoliques ? Pourquoi confirmer l'oiseau d'argile, qui ne figure pas dans les évangiles canoniques, plutôt que la mort en croix, qui figure dans tous les évangiles et toutes les sources extra-chrétiennes ?
Le défi coranique de l'inimitabilité
Le Coran lui-même lance un défi : « Ils disent : Il l'a inventé. Dis : Composez donc une sourate semblable à ceci et appelez à votre aide qui vous pourrez en dehors d'Allah » (sourate 10, verset 38 ; cf. 2, 23 ; 11, 13 ; 17, 88). C'est le célèbre argument de l'inimitabilité (iʿjāz). La théologie sunnite classique en a fait un argument central : la beauté littéraire arabe du Coran serait surnaturelle.
Plusieurs réponses possibles :
- Argument culturel : la beauté littéraire est appréciable mais subjective ; un Européen sans formation arabe avancée ne peut pas en juger, et inversement.
- Argument comparatif : la littérature arabe pré-islamique (les Muʿallaqāt) et postérieure (al-Mutanabbī, Ibn al-Muqaffaʿ, al-Ḥarīrī) atteint des sommets esthétiques comparables.
- Argument épistémique : la beauté littéraire ne démontre pas l'origine divine. La Divine Comédie de Dante, les Métamorphoses d'Ovide, le Hamlet de Shakespeare sont d'extraordinaires textes — sans pour autant être tombés du ciel.
- Argument intra-islamique : plusieurs personnages ont historiquement tenté de produire des « sourates semblables » — Musaylima al-Kadhdhāb (mort 632), Tulayḥa al-Asadī, et plus tard al-Maʿarrī (mort 1057) avec son Risālat al-Ghufrān. Le verdict d'incapacité reposait sur le jugement musulman lui-même, ce qui rend le défi méthodologiquement non décidable.
L'inimitabilité ne constitue donc pas une preuve apologétique opposable à un non-musulman ; elle reste une appréciation intra-communautaire respectable mais non probatoire.
Synthèse philosophique : huit objections contre l'origine divine du Coran
Les sections précédentes ont examiné une à une les difficultés du Coran : anachronismes, erreurs naturelles, abrogation, dépendances littéraires, défi d'inimitabilité. Cette section les rassemble en dossier probatoire numéroté, dans la forme d'un argumentaire apologétique cumulatif. Aucune des objections, prise isolément, ne suffit peut-être à clore le débat : un musulman peut toujours proposer une harmonisation locale. Mais leur convergence fait poids. Pour soutenir la thèse coranique d'un livre dicté par Dieu à Muhammad en arabe par l'ange Gabriel et préservé sans altération, il faudrait répondre cumulativement aux huit objections suivantes — sans en désamorcer une seule par concession majeure, faute de quoi la structure entière s'effrite.
L'angle est volontairement philosophique et apologétique : on n'y présuppose pas la vérité du christianisme. Chaque objection est formulée de manière à pouvoir être posée par un esprit rationnel non-chrétien — historien, philosophe, athée bienveillant ou musulman réformateur — et chaque réponse est construite à partir de données opposables à l'intérieur même de la tradition islamique. Le but n'est pas de gagner un débat, mais de rendre rationnellement intenable la thèse d'un livre tombé du ciel sous une forme parfaite. Cette tradition d'objections rassemblées remonte à Jean Damascène, est reprise par Pierre le Vénérable (Liber contra sectam sive haeresim Saracenorum, 1156), Riccoldo de Monte Croce (Contra legem Saracenorum, vers 1300), Nicolas de Cues (Cribratio Alkorani, 1461), Ludovico Marracci (Refutatio Alcorani, 1698) et, en pleine ère universitaire, par Theodor Nöldeke et Leone Caetani (1869-1935).[70]
Objection 1 — « La révélation n'a aucun témoin externe »
Quand Moïse reçoit la Loi au Sinaï, tout le peuple d'Israël est présent au pied de la montagne et entend la voix venue du milieu du feu (Exode 19, 16-19 ; Deutéronome 4, 33). Quand le Christ enseigne, multiplie les pains et ressuscite Lazare, c'est devant des foules d'hommes et de femmes vivants, identifiables et interrogeables. Le critère apologétique central de Blaise Pascal le formulait ainsi :
« Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger. » — Blaise Pascal, Pensées, éd. Brunschvicg, n° 593[71]
Or les révélations à Muhammad sont systématiquement reçues dans la solitude : grotte de Hira, méditation isolée, sommeil, transes signalées par les hadiths. Personne ne voit l'ange Gabriel, personne n'entend la voix divine, sauf Muhammad lui-même. Ce schéma est structurellement différent du Sinaï, de la Pentecôte ou des miracles évangéliques publics. La théologie musulmane elle-même n'invoque jamais un témoin autre que le Prophète, sauf à recourir aux miracles tardifs des hadiths — eux-mêmes contestés intra-islamiquement (cf. supra). Une révélation universelle, qui prétend abroger toutes les précédentes, ne devrait-elle pas s'authentifier par un signe public, vérifiable indépendamment ? La structure même de la révélation coranique pose un problème de vérifiabilité épistémique de premier plan.
Objection 2 — « Le Coran lui-même reconnaît l'absence de miracles publics »
Le critère du miracle attestant l'envoi divin est universel en religion. Moïse opère les dix plaies devant Pharaon ; Élie fait descendre le feu sur le Carmel devant les prêtres de Baal ; Jésus rend la vue à des aveugles connus de tous, ressuscite Lazare devant une foule, multiplie les pains devant 5 000 hommes (cf. supra). Or, dans la sourate 17, versets 90-93 et 59, le Coran reconnaît explicitement que Muhammad n'a pas accompli les signes que ses contemporains lui demandaient. La justification donnée est embarrassante : Dieu ne les envoie pas, parce que les peuples passés y ont répondu par l'incrédulité — argument qui n'a pas de sens si la mission est universelle et qui contredit la logique des prophètes bibliques.
Les hadiths postérieurs (lune fendue, eau jaillissant des doigts, voyage nocturne) ne suffisent pas à compenser cette lacune : ce sont des récits intra-communautaires, sans témoin extérieur identifiable et sans contrôle indépendant. Selon l'orientaliste danois Frants Buhl, auteur d'une vie de Muhammad longtemps classique (1903, trad. allemande 1930), le contraste est net : le Muhammad coranique n'accomplit pas de miracles publics, tandis que le Muhammad thaumaturge des hadiths relève d'une piété postérieure qui comble ce silence.[72]
Le seul miracle revendiqué par le Coran est le Coran lui-même (défi de l'inimitabilité, traité plus haut). Cet argument est circulaire : c'est précisément le statut du Coran qui est en débat. On ne peut pas prouver l'origine divine d'un livre en disant que le livre est divin.
Objection 3 — « Le Coran fait fond sur des sources judéo-chrétiennes reconnaissables »
Si le Coran est dicté par Dieu mot à mot, on attend qu'il apporte une lumière supplémentaire sur l'histoire sainte, non qu'il reprenne des récits déjà en circulation dans l'environnement religieux du VIIᵉ siècle arabe. Or les chercheurs ont identifié dans le Coran de nombreux récits réécrits à partir de sources connues : Évangile de l'enfance selon Thomas (oiseau d'argile, 3:49), Bereshit Rabbah (Abraham brisant les idoles, 21:51-71), Roman syriaque d'Alexandre (Dhū'l-Qarnayn, 18:83-101), Targum sheni d'Esther (reine de Saba, 27:17-44), légende chrétienne syriaque des Sept Dormants d'Éphèse (18:9-26), Évangile arabe de l'enfance (bavardage de Jésus au berceau, 19:29-33). L'orientaliste allemand Theodor Nöldeke, Tor Andrae, Heinrich Speyer (Die biblischen Erzählungen im Qoran, 1931) puis Gabriel Said Reynolds (The Qurʾān and Its Biblical Subtext, 2010) en ont dressé l'inventaire systématique.[73]
Le problème n'est pas que le Coran connaisse ces récits — un homme du VIIᵉ siècle dans l'Arabie chrétienne, juive et manichéenne ne peut pas les ignorer. Le problème est qu'il les confirme tout en récusant les Écritures canoniques de ceux qui les portent. Si Dieu corrige réellement la Révélation antérieure, pourquoi reprend-il l'oiseau d'argile, qui ne figure dans aucun évangile, plutôt que la mort en croix, qui figure dans tous ? Le critère du tri coranique apparaît cohérent avec une production humaine dans un milieu religieux composite, pas avec une dictée divine intemporelle censée trier le vrai du faux.
Objection 4 — « Le Coran contient des anachronismes historiques massifs »
Les sections précédentes ont signalé trois cas particulièrement nets :
- Marie sœur d'Aaron (Coran 19:28 ; 3:35-36 ; 66:12) — confusion avec Miriam, sœur de Moïse et d'Aaron, à 1 200 ans de distance.
- Haman ministre du Pharaon (Coran 28:6, 38 ; 40:24 ; etc.) — Haman est le ministre persan de Xerxès Iᵉʳ dans le livre d'Esther, à près de 1 000 ans et 2 500 km du contexte mosaïque égyptien.
- Tour de Babel attribuée à Haman et au Pharaon (Coran 28:38) — réécriture transposée de Genèse 11.
À ces trois cas s'ajoutent d'autres tensions étudiées par les universitaires : les Samaritains au temps de Moïse (Coran 20:85-97 mentionne un al-Sāmirī qui fabrique le veau d'or — anachronisme de plus de mille ans, puisque la communauté samaritaine date d'après l'exil) ; le crucifiement menacé par Pharaon (Coran 7:124 ; 20:71 ; 26:49 — supplice inconnu de l'Égypte pharaonique du IIᵉ millénaire) ; les Romains comme dénominateur ethnique précoce dans la sourate 30 — discutée en linguistique sémitique comparée par Richard Bell (1926) et plus récemment par Stephen Shoemaker.[74]
L'apologiste musulman peut tenter de défendre chaque cas isolément ; mais la convergence des anachronismes trahit un auteur humain qui mélange ses sources, non un Dieu omniscient parlant à travers l'histoire. Par ailleurs, le dossier du crucifiement menacé par Pharaon (Coran 7:124 ; 20:71 ; 26:49 : Pharaon menace de couper mains et pieds puis de crucifier) : la crucifixion comme supplice est inconnue de l'Égypte du IIᵉ millénaire avant J.-C. Pour la chronologie biblique elle-même, voir L'arche de Noé : faisabilité et les difficultés similaires que les apologistes musulmans relèvent à juste titre dans certaines lectures chrétiennes fondamentalistes — mais où la théologie catholique, qui tient le Déluge pour un événement historique réel, distingue le fait affirmé par le texte inspiré des questions de datation précise et de genre littéraire, distinction que la théorie coranique de la dictée mot à mot interdit.
Objection 5 — « La science du Coran est celle du VIIᵉ siècle, pas celle de Dieu »
Une révélation divine peut être muette sur la science sans être fausse. Mais quand elle affirme positivement un état du monde naturel et que cet énoncé contredit ce qu'on sait aujourd'hui, la prétention d'origine divine devient difficile à tenir. Le Coran présente :
- Le coucher du soleil dans une source boueuse (18:86) — cosmologie pré-galiléenne assumée.
- L'embryologie galénique (23:12-14 ; 22:5 ; 75:37-39) — séquence sperme → caillot → mâchée → os puis chair, reprise directe de Galien et Hippocrate, contredite par l'embryologie moderne qui montre que les os et le tissu conjonctif se développent simultanément depuis le mésenchyme.
- Le ciel comme toit solide (21:32 ; 13:2 ; 31:10) — cosmologie tardo-antique du raqīʿ.
- Les sept cieux superposés (67:3 ; 71:15 ; 78:12) — cosmographie ptolémaïque à plusieurs sphères, reprise quasi mot pour mot des écrits judéo-syriaques.
- Les étoiles comme projectiles contre les démons (67:5 ; 37:6-10 ; 72:8-9) — mythologie pré-scientifique sur les démons écoutant aux portes du ciel.
- Les montagnes plantées comme pieux pour stabiliser la terre (78:6-7 ; 16:15 ; 21:31) — géologie pré-galiléenne, contredite par la tectonique des plaques moderne.
L'apologétique islamique populaire, notamment La Bible, le Coran et la science du Dr Maurice Bucaille (Seghers, 1976), a tenté la voie inverse — celle du concordisme : prouver que le Coran anticipait la science moderne. Mais l'historien Basim F. Musallam (Sex and Society in Islam, 1983) et l'essayiste catholique américain Robert R. Reilly (The Closing of the Muslim Mind, 2010) ont démontré, textes médicaux antiques en main, que les passages coraniques cités par Bucaille suivent point par point la physiologie galénique du IIᵉ siècle, transmise dans les écoles d'Alexandrie et de Gondichapour, et déjà disponible en arabe au VIIᵉ siècle via les chrétiens nestoriens.[75] Un Dieu qui parle en 610-632 utilise donc le vocabulaire et les concepts naturels disponibles à cette date. Ce n'est pas plus surnaturel que les cosmologies bibliques anciennes — sauf que la théologie chrétienne distingue genre littéraire et message théologique, alors que la théologie islamique de l'inerrance verbale du Coran ne le permet pas.
Objection 6 — « L'abrogation rend impossible une parole divine intemporelle »
Le Coran lui-même autorise l'abrogation (2:106) : un verset postérieur peut annuler ou remplacer un verset antérieur. Les juristes musulmans classiques en ont catalogué entre 5 et 71 cas selon les écoles, et les manuels d'uṣūl al-fiqh en font une science majeure de la jurisprudence islamique (ʿilm al-nāsikh wa-l-mansūkh). Le problème théologique est de premier ordre :
Si Dieu est éternel, immuable et omniscient, observe l'historien Olivier Hanne, la succession de deux règles incompatibles dont la seconde annule la première est difficilement compatible avec une parole divine intemporelle : soit Dieu aurait changé d'avis, soit il se serait adapté à une situation historique — et dans les deux cas le texte porte la marque d'une histoire.[76]
La théologie chrétienne connaît un développement organique du dogme, mais elle distingue soigneusement la substance immuable de la Révélation (close à la mort du dernier Apôtre) et l'explicitation progressive de cette substance par l'Église (cf. Dei Verbum 8). Le Coran ne fait pas cette distinction : il prétend être la parole divine qua talis. L'abrogation devient alors un paradoxe insoluble. Le philosophe musulman médiéval Averroès (Ibn Rushd, 1126-1198), conscient de la difficulté, tente une lecture allégorique réservée à l'élite (Faṣl al-Maqāl) ; mais cette position fut condamnée par l'orthodoxie sunnite après lui, et l'islam classique a maintenu la doctrine de l'inerrance verbale.
Objection 7 — « Le contenu moral entre en tension avec la sainteté biblique »
La section sur la vie de Muhammad a montré que les sources sunnites les plus autorisées (Bukhari, Muslim) attestent : mariage avec Aïcha à six ans / consommation à neuf ans ; 27 expéditions militaires personnelles ; assassinats commandités d'opposants verbaux ; exécution massive des Banu Qurayza ; concubinage avec captives ; privilèges matrimoniaux personnels exemptant le Prophète des règles communes (33:50). Ces faits sont rapportés par la tradition islamique elle-même ; ils ne sont pas une caricature chrétienne hostile.
L'argument apologétique est le suivant : si le modèle prophétique parfait (al-insān al-kāmil) accomplit des actes qu'aujourd'hui le droit international qualifie de crime de guerre, crime contre l'humanité ou abus sur enfant, alors la prétention d'imitation universelle (Coran 33:21) devient moralement intenable. On peut bien sûr contextualiser, recalculer, recontextualiser — c'est ce que font de nombreux musulmans contemporains. Mais cette relecture conteste précisément l'autorité des hadiths les plus authentiques et reconstruit l'islam sur d'autres fondations.
L'argument est rendu plus aigu par la comparaison directe avec Jésus de Nazareth. Le Christ refuse l'épée à Gethsémani (Mt 26:52), ordonne d'aimer ses ennemis (Mt 5:44), pardonne à ses bourreaux (Lc 23:34), refuse de faire descendre le feu sur les Samaritains qui ne l'accueillent pas (Lc 9:54-56), place l'enfant au centre du Royaume (Mt 18:1-4 ; 19:14), condamne avec une extrême gravité le scandale fait aux petits (Mt 18:6). Un prophète qui prétend accomplir et corriger la Révélation antérieure devrait au minimum égaler la sainteté du modèle qu'il dépasse — non l'inverser. Le théologien anglican Kenneth Cragg (1913-2012), l'un des islamologues chrétiens les plus estimés du XXᵉ siècle, admirait en Muhammad le réformateur tribal, le législateur et le chef politique, tout en estimant qu'un chrétien ne peut le placer au-dessus du Christ qui meurt en pardonnant : question d'élévation morale, non de partisanerie.[77]
Objection 8 — « Aucune prophétie messianique antérieure n'annonce Muhammad »
Les prophètes de l'Ancien Testament tirent une partie décisive de leur autorité de ce qu'ils s'accomplissent dans l'histoire ultérieure (critère du Deutéronome 18:22). Isaïe annonce le Serviteur souffrant ; Michée annonce Bethléem ; Daniel donne le calcul des soixante-dix semaines ; le Psaume 22 annonce les détails de la Passion. L'existence de ces prophéties avant Jésus est attestée par les manuscrits préchrétiens de Qumrân et par la Septante d'Alexandrie (IIIᵉ-IIᵉ siècle av. J.-C.). C'est précisément cette vérification croisée historique qui distingue la prophétie biblique d'une simple prédication religieuse.
Or aucune prophétie de l'Ancien Testament ou du Nouveau Testament n'annonce Muhammad. L'apologétique musulmane a tenté plusieurs identifications :
| Passage biblique invoqué | Lecture musulmane | Difficulté |
|---|---|---|
| Deutéronome 18:18 (« prophète comme Moïse ») | Muhammad | Le texte précise « du milieu de leurs frères » — il s'agit donc d'un Israélite, et le Nouveau Testament l'applique à Jésus (Actes 3:22) |
| Jean 14:16 (« Paraclet ») | Periklytos = Muhammad (le « loué » = Aḥmad) | Le mot grec est Parakletos (Avocat), pas Periklytos ; et le Christ identifie l'Esprit Saint, descendu à la Pentecôte (Jn 14:26) |
| Cantique 5:16 (« Mahamaddim ») | Muhammad | C'est le pluriel de majesté hébreu « les délices », pas un nom propre |
| Isaïe 21:7 (« cavalier sur un chameau ») | Muhammad | Le texte parle d'un message militaire, pas d'un prophète |
Ces lectures sont rejetées par une large convergence d'hébraïsants et d'hellénistes, juifs, protestants et catholiques.[78] L'apologétique chrétienne n'a pas inventé cette difficulté : c'est la communauté musulmane qui a cherché — et n'a pas trouvé — un appui prophétique biblique solide. Or si l'islam est l'accomplissement de la Révélation antérieure, le silence des prophètes et du Nouveau Testament est un fait massif. La doctrine du taḥrīf (falsification biblique) est précisément l'aveu de cette lacune : elle dit que les passages annonçant Muhammad ont été effacés par les juifs et les chrétiens — explication ad hoc qui ne résiste pas à la critique textuelle (cf. supra Qumrân et NT).
Synthèse cumulative
Pris isolément, chaque argument peut être affaibli par une parade locale. Mais leur convergence systémique rend la thèse d'un livre divin intemporel difficile à défendre rationnellement :
| # | Objection | Force | Type d'argument |
|---|---|---|---|
| 1 | Aucun témoin externe de la révélation | Très forte | Épistémique |
| 2 | Coran reconnaît l'absence de miracles publics (17:90-93) | Forte | Intra-coranique |
| 3 | Réécriture d'apocryphes juifs et chrétiens identifiés | Forte | Philologique |
| 4 | Anachronismes massifs (Marie sœur d'Aaron, Haman) | Très forte | Historique |
| 5 | Science galénique et cosmologie tardo-antique | Forte | Scientifique |
| 6 | Abrogation contradictoire d'une parole intemporelle | Très forte | Théologique |
| 7 | Tension morale avec la sainteté biblique | Forte | Éthique |
| 8 | Aucune prophétie antérieure n'annonce Muhammad | Très forte | Apologétique |
Prise isolément, chaque difficulté particulière peut être discutée ou nuancée ; mais leur conjonction systémique est incompatible avec l'hypothèse d'une dictée divine intemporelle — jugement de raison philosophique, non d'hostilité envers l'islam. Sur l'arrière-plan philosophique de la rencontre entre christianisme, judaïsme et islam, voir les travaux du philosophe catholique français Rémi Brague, professeur émérite à la Sorbonne et lauréat du prix Ratzinger 2012.[79]
Cette conclusion n'est ni anti-musulmane, ni triomphaliste. Elle dit seulement que la thèse de l'islam classique — Coran dicté mot à mot par Dieu en arabe à Muhammad par l'ange Gabriel, parfaitement préservé, abrogeant la Bible — n'est pas rationnellement soutenable à l'aune des critères philosophiques, historiques et apologétiques que l'islam lui-même invoque. Un musulman réformateur peut maintenir une foi spirituelle dans l'inspiration coranique sans souscrire à cette théologie maximaliste ; mais alors il s'écarte de l'orthodoxie sunnite et chiite traditionnelle, et la conversation devient possible sur des bases nouvelles.
Les Dix Commandements comme grille chrétienne
La Loi assumée par le Christ
Un angle pédagogique éclairant consiste à repartir des Dix Commandements. Jésus ne les abolit pas ; il les accomplit. Il rappelle le commandement de ne pas tuer, l'interdiction de l'adultère, l'honneur dû aux parents, le devoir de vérité, et il les porte à leur profondeur intérieure : colère, convoitise, hypocrisie, dureté du cœur.[80]
Pour un chrétien, un prophète ne peut donc pas seulement être jugé à sa réussite historique. Il doit manifester une vie conforme à la Loi de Dieu accomplie dans l'amour. C'est pourquoi la question « pourquoi ne reconnaissez-vous pas Muhammad ? » ne peut pas recevoir une réponse purement diplomatique. Elle touche au modèle de sainteté.
La version coranique des commandements
Le Coran évoque Moïse recevant des tablettes, mais ne rapporte pas explicitement les Dix Commandements de l'Exode ou du Deutéronome dans leur forme biblique.[81] Plusieurs commentateurs musulmans rapprochent néanmoins la sourate 6, versets 151-153, d'une sorte de décalogue coranique : ne rien associer à Dieu, bien traiter ses parents, ne pas tuer ses enfants par pauvreté, éviter les turpitudes, ne pas tuer injustement, protéger les biens de l'orphelin, donner juste mesure, parler équitablement, remplir l'engagement envers Dieu, suivre le droit chemin.[82]
Ce passage contient de vrais éléments moraux. Mais il ne suffit pas à établir une continuité parfaite avec la Loi mosaïque, puisque le Coran ne le présente pas comme le contenu des tablettes du Sinaï et que sa structure diffère de celle transmise par la tradition biblique.
Violence, contrainte et apostasie
Les textes pacifiques existent
Il serait faux de réduire l'islam à la violence. Le Coran contient des passages souvent cités dans un sens pacifique, notamment « pas de contrainte en religion » en sourate 2, 256.[83] De nombreux musulmans vivent leur foi comme une discipline personnelle de prière, de jeûne, de famille et de charité, sans projet de violence.
Une critique catholique sérieuse doit donc distinguer les personnes, les périodes, les écoles juridiques, les contextes politiques et les lectures spirituelles. L'islam vécu par une famille pieuse et pacifique n'est pas identique à l'islam politique d'un juriste médiéval ni à l'islamisme contemporain.
Les textes de combat existent aussi
Il serait tout aussi faux de cacher les textes difficiles. La sourate 9, 29 ordonne de combattre ceux qui ne croient pas jusqu'à ce qu'ils paient la jizya en état de soumission.[84] Plusieurs hadiths authentiques ordonnent la mise à mort de celui qui change de religion.[85] Ces textes ont nourri des doctrines juridiques concrètes sur le statut des non-musulmans et des apostats.
Le contraste avec le christianisme ne signifie pas que tous les chrétiens historiques ont vécu l'Évangile parfaitement ; l'histoire chrétienne connaît des violences réelles, parfois graves. Mais la question normative demeure : Jésus, dans l'Évangile, interdit de contraindre la foi par l'épée ; l'islam classique possède des textes normatifs qui lient religion, ordre politique, guerre et statut juridique des vaincus.
L'apostasie comme révélateur
La question de l'apostasie est l'un des révélateurs les plus nets. Dans le christianisme, quitter la foi est un péché grave et une tragédie spirituelle ; mais l'Église ne possède aucun mandat évangélique pour tuer l'apostat. Dans de nombreuses traditions juridiques islamiques classiques, l'apostasie publique du musulman adulte est punissable de mort, en s'appuyant notamment sur un hadith très bref :
« Quiconque change sa religion [islamique], tuez-le. » — Sahih al-Bukhari, hadith 3017, transmis par Ibn ʿAbbās[86]
Cette norme a été reprise par les quatre grandes écoles juridiques sunnites (hanafite, malikite, shafiite, hanbalite) et par l'école jaʿfarite chiite. Des États contemporains continuent d'appliquer la peine de mort pour apostasie : Arabie saoudite, Mauritanie, Yémen, Afghanistan sous les Talibans, certains États du Nigeria appliquant la charia. Le Soudan, lui, a aboli la peine de mort pour apostasie en juillet 2020.[87] Le rapport Pew 2013 estimait que, parmi les musulmans favorables à la charia comme loi officielle, la peine de mort pour apostasie était approuvée par 76 % au Pakistan, 86 % en Égypte et 79 % en Afghanistan.[88]
Ce point doit être dit avec prudence, car des penseurs musulmans contemporains contestent ou recontextualisent cette doctrine : Mahmoud Taha (Soudan), Abdullahi An-Naʿim (États-Unis), Ahmad Subhi Mansour (Égypte/États-Unis) ont défendu la liberté religieuse contre la peine pour apostasie. Mais, historiquement et juridiquement, la position majoritaire reste contraignante. Elle touche à une différence anthropologique profonde : la foi chrétienne appelle une adhésion libre à la vérité révélée en Jésus-Christ ; elle ne peut pas être produite par la menace pénale.
Dans son message pour la Journée mondiale de la paix du 1ᵉʳ janvier 1988, intitulé La liberté religieuse, condition pour vivre ensemble la paix, saint Jean-Paul II fait de la liberté religieuse un critère décisif de la justice et de la paix entre les nations.[89]
Le Concile Vatican II, dans Dignitatis Humanae (1965), a clarifié pour toujours la position catholique : « La personne humaine a droit à la liberté religieuse », droit fondé non sur l'indifférence mais sur la dignité même de la personne créée à l'image de Dieu et appelée à une adhésion libre.[90]
Islam, femmes et mariage : points de vérité et points de rupture
Des améliorations historiques réelles
L'islam a pu apporter, dans le contexte arabe du VIIᵉ siècle, certaines protections juridiques : limitation de certaines pratiques tribales, droit d'hériter dans certaines proportions, protection des orphelins, encadrement du mariage, condamnation de l'infanticide des filles. Le Coran condamne explicitement le meurtre des enfants par peur de la pauvreté.[91]
Ces éléments doivent être reconnus. Une critique sérieuse ne consiste pas à nier tout bien dans l'islam, mais à comparer les principes ultimes et leur développement.
Le mariage d'Aïcha
Le cas d'Aïcha reste l'un des plus difficiles pour un regard chrétien. Plusieurs hadiths authentiques rapportent qu'elle fut mariée à Muhammad à six ans et que le mariage fut consommé à neuf ans.[92] Certains musulmans modernes contestent cette chronologie en s'appuyant sur d'autres calculs historiques ; d'autres l'acceptent mais la contextualisent. Le fait demeure : les deux recueils les plus autorisés du sunnisme, Bukhari et Muslim, transmettent cette donnée.
Pour le chrétien, même replacé dans un contexte ancien, ce modèle ne peut pas devenir une norme prophétique. La sainteté chrétienne ne se mesure pas seulement à ce que certaines sociétés ont toléré, mais à la lumière du Christ, qui place l'enfant au centre du Royaume et condamne avec une extrême gravité le scandale fait aux petits.
Captives et esclavage
Les sources musulmanes classiques connaissent aussi la question des captives de guerre et de l'esclavage. Certains hadiths discutent explicitement de relations avec des captives et de coït interrompu après les combats.[93] Là encore, il faut éviter les anachronismes faciles : l'Antiquité et le Moyen Âge ont connu l'esclavage dans de nombreuses civilisations, chrétiennes comprises. Mais le problème pour l'islam est que ces pratiques se trouvent liées au modèle prophétique et à une jurisprudence religieuse.
Le christianisme a mis du temps à tirer toutes les conséquences sociales de sa propre doctrine, mais son principe intérieur est clair : en Christ, il n'y a plus ni esclave ni homme libre comme dignité devant Dieu ; le maître et l'esclave ont le même Seigneur ; la loi nouvelle travaille l'histoire de l'intérieur jusqu'à rendre moralement intenable la possession de l'homme par l'homme.[94]
Marie, Jésus et les apocryphes dans le Coran
Marie dans l'islam
Marie occupe une place exceptionnelle dans le Coran : elle est nommée, choisie, purifiée, donnée comme signe. La sourate 19 porte même son nom. Cette vénération explique certains points de proximité affective entre catholiques et musulmans, spécialement dans les pays où la piété mariale est visible.
Mais la mariologie coranique reste séparée de son centre chrétien. Marie est honorée parce qu'elle enfante Jésus miraculeusement, non parce qu'elle est la Mère de Dieu au sens du concile d'Éphèse (431), c'est-à-dire la mère selon la chair du Verbe éternel incarné. Sans la divinité du Christ, le titre de Théotokos perd son contenu.
Jésus, l'oiseau d'argile et les traditions apocryphes
Le Coran attribue à Jésus l'épisode de l'oiseau façonné dans l'argile puis animé par son souffle.[95] Cet épisode n'apparaît pas dans les évangiles canoniques. Il se trouve dans des traditions apocryphes de l'enfance, où le merveilleux prend souvent une forme étrangère à la sobriété des évangiles reçus par l'Église.
Ce point affaiblit l'accusation selon laquelle le Coran corrigerait les évangiles authentiques. Historiquement, le Coran semble connaître des traditions juives et chrétiennes tardives circulant dans l'Arabie et le Proche-Orient tardo-antiques. Il les réorganise dans sa propre prédication monothéiste, mais cela ne suffit pas à établir qu'il restaure l'Évangile primitif.
Tableau comparatif : christianisme et islam sur Jésus
| Question | Foi catholique | Islam coranique |
|---|---|---|
| Jésus est-il Messie ? | Oui, Christ et Seigneur | Oui, Messie fils de Marie |
| Jésus est-il Fils éternel de Dieu ? | Oui, consubstantiel au Père | Non, Dieu n'engendre pas |
| Jésus est-il Dieu fait homme ? | Oui, Verbe incarné | Non, prophète et serviteur |
| Jésus est-il mort sur la Croix ? | Oui, sous Ponce Pilate | Non selon la lecture dominante de 4,157 |
| Jésus est-il ressuscité ? | Oui, corporellement | Non comme événement rédempteur chrétien |
| Jésus sauve-t-il par son sang ? | Oui, cœur de la Rédemption | Non |
| Marie est-elle vierge ? | Oui, avant, pendant et après l'enfantement | Oui, naissance virginale de Jésus |
| La Trinité est-elle vraie ? | Oui, un Dieu en trois Personnes | Non, rejetée |
Ce tableau montre pourquoi les convergences réelles ne suffisent pas. L'islam dit des choses hautes sur Jésus, mais refuse les affirmations qui font de Jésus le Sauveur. Pour un chrétien, le problème n'est donc pas que l'islam parle trop de Jésus ; c'est qu'il parle de Jésus en retirant précisément ce qui sauve.
La réponse apologétique catholique : douze siècles de dialogue
L'argumentation chrétienne contre la prétention prophétique de Muhammad ne date pas d'aujourd'hui. Elle remonte aux premiers contacts entre l'islam conquérant et le christianisme oriental, au VIIIᵉ siècle, et n'a cessé d'être reprise par les penseurs catholiques les plus rigoureux.
Saint Jean Damascène (vers 675-749)
Saint Jean Damascène, docteur de l'Église, fonctionnaire chrétien à la cour omeyyade de Damas avant de devenir moine, est le premier théologien à avoir traité l'islam comme un sujet apologétique. Dans le chapitre 100/101 de son traité Des hérésies (De Haeresibus), il qualifie l'islam d'« hérésie des Ismaélites » et avance plusieurs arguments encore actuels :
« Il y a aussi celle qui prévaut jusqu'à nos jours, l'hérésie populaire des Ismaélites, qui est la précurseure de l'Antichrist. Elle vient d'Ismaël, fils d'Abraham et d'Agar… Un faux prophète apparu chez eux, nommé Mamed [Muhammad], étant tombé sur l'Ancien et le Nouveau Testament et ayant conversé, semble-t-il, avec un moine arien, fabriqua sa propre hérésie. » — Saint Jean Damascène, De Haeresibus, c. 100/101 (vers 745), édition critique par Bonifatius Kotter, dans Die Schriften des Johannes von Damaskos, vol. IV, De Gruyter, Berlin, 1981, p. 60[96]
Jean Damascène pointe trois points décisifs : (1) le caractère solitaire de la révélation (pas de témoin externe contrairement à Moïse au Sinaï devant le peuple, ou aux Apôtres au Cénacle) ; (2) l'absence de prophéties messianiques accomplissant l'Ancien Testament ; (3) les emprunts à des sources judéo-chrétiennes diverses (le moine arien évoque la tradition syriaque sur Bahira).
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274)
Saint Thomas d'Aquin consacre à l'islam le chapitre 6 du livre I de la Somme contre les Gentils (vers 1259-1265), traité conçu précisément pour le dialogue avec les non-chrétiens. Son argument est devenu classique :
« Mahomet a séduit les peuples par les promesses de plaisirs charnels, auxquels la concupiscence pousse fortement. Sa loi a aussi donné des préceptes conformes à ces promesses, en lâchant la bride à la volupté. […] Ce qu'il enseignait de vrai, il le mêlait à beaucoup de fables et de doctrines absolument fausses. […] Aucun témoignage divin antérieur ne le prédisait, alors que Moïse et les autres prophètes annonçaient successivement la venue du Christ ; au contraire, il a perverti presque tous les enseignements de l'Ancien et du Nouveau Testament par une narration fabuleuse, comme on le voit en parcourant sa loi. » — Saint Thomas d'Aquin, Summa contra Gentiles, livre I, chapitre 6, n° 4, vers 1259-1265, traduction française par Cyrille Michon, GF Flammarion, Paris, 1999[97]
L'argument structurel de saint Thomas tient en quatre points : (a) absence de prophéties messianiques préfigurant Muhammad ; (b) absence de miracles publics manifestant l'origine divine ; (c) succès par les armes et non par la lumière intérieure ; (d) doctrines morales facilitant la nature charnelle plutôt que de la convertir.
Le pape Benoît XVI à Ratisbonne (2006)
En septembre 2006, à l'université de Ratisbonne, Benoît XVI prononce un discours qui suscitera la controverse mondiale. Il y cite l'empereur byzantin Manuel II Paléologue, dans son dialogue avec un savant musulman persan vers 1391 :
« Montre moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que du mauvais et de l'inhumain comme ceci, qu'il a prescrit de répandre par l'épée la foi qu'il prêchait » — Manuel II Paléologue, Entretiens avec un mahométan, 7ᵉ controverse, cité par Benoît XVI, discours à l'université de Ratisbonne, 12 septembre 2006[98]
Le pape ne reprenait pas cette phrase à son compte sans nuance — il l'employait pour introduire la thèse philosophique centrale de son discours : la rationalité intrinsèque de Dieu, qui exclut une conversion par la contrainte. Le discours fut violemment attaqué, mais il a relancé un débat universitaire et théologique sérieux sur le rapport entre foi musulmane et raison (Marie-Thérèse Urvoy, Rémi Brague, Joseph Fadelle).
Le père Samir Khalil Samir (1938-)
Jésuite égyptien copte, professeur à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth et à l'Institut pontifical oriental de Rome, Samir Khalil Samir a renouvelé l'apologétique catholique en langue arabe. Dans L'islam : un défi pour l'Europe (entretiens avec Giorgio Paolucci et Camille Eid, 2002 ; éd. fr. Cerf, 2004), il distingue :
« Il faut soigneusement distinguer trois choses : l'islam comme religion personnelle des musulmans, où chacun reçoit ce qu'il peut recevoir de Dieu ; l'islam comme système juridico-religieux total (sharīʿa) où religion, politique et droit forment un seul bloc ; et l'islam comme objet d'étude critique, où l'on examine ses textes, son histoire et sa cohérence. Confondre les trois rend tout dialogue impossible. » — Père Samir Khalil Samir, sj, L'islam : un défi pour l'Europe, traduction française, Éditions du Cerf, Paris, 2004, p. 23[99]
Conclusions de douze siècles d'apologétique
Quelle que soit l'époque et la sensibilité, on retrouve une matrice argumentative convergente :
| Argument | Période | Forme classique |
|---|---|---|
| Absence de prophéties à long terme | Jean Damascène, Thomas, Benoît XVI | Aucun prophète d'Israël n'a annoncé Muhammad |
| Absence de miracles publics indépendamment attestés | Damascène, Thomas, Pascal | Le Coran lui-même reconnaît (17:90-93) |
| Modèle moral en tension avec la sainteté chrétienne | Damascène, Manuel II, Thomas | Mariage Aïcha, raids, Banu Qurayza |
| Rationalité interne et abrogation | Manuel II, Benoît XVI | Comment Dieu peut-il abroger sa propre Parole ? |
| Dépendance à des sources antérieures | Damascène, Nöldeke, Luxenberg | Apocryphes chrétiens, midrash juif, légendes syriaques |
| Conversion par contrainte | Manuel II, Benoît XVI | Le Christ refuse l'épée |
| Anachronismes historiques | Pères grecs, Thomas, modernes | Marie sœur d'Aaron, Haman pharaonien |
L'apologétique chrétienne contre l'islam n'est donc pas un réflexe défensif récent : c'est une tradition continue, qui se nourrit de l'examen rigoureux des sources musulmanes elles-mêmes — pas d'une caricature.
Pourquoi l'islam tient malgré ces contradictions avec l'Évangile
Transmission familiale et identité
La plupart des musulmans ne deviennent pas musulmans après une enquête historique sur les manuscrits, les hadiths, la christologie nicéenne et la critique textuelle du Nouveau Testament. Ils naissent dans une famille, une langue, une civilisation, un tissu de gestes religieux. Cela vaut d'ailleurs pour beaucoup de catholiques. L'appartenance religieuse est souvent d'abord reçue, puis seulement réfléchie.
Il faut donc éviter de parler comme si tout musulman avait personnellement pesé toutes les objections. Beaucoup ignorent les hadiths difficiles, la formation du Coran, les raisons historiques de la foi chrétienne, ou même la doctrine chrétienne réelle sur la Trinité. Souvent, ils rejettent une caricature : trois dieux, un Dieu qui aurait une épouse, un Jésus divinisé tardivement.
Peur religieuse et pression sociale
Dans certains contextes, quitter l'islam entraîne des conséquences familiales, sociales, économiques, parfois pénales. Même lorsqu'il n'y a pas d'État appliquant une peine religieuse, la peur de trahir sa famille ou de perdre toute appartenance peut suffire à empêcher une recherche libre.
Le chrétien doit entendre cela avec compassion. L'objectif n'est pas d'humilier le musulman, mais de lui présenter le Christ avec clarté, patience et courage. Une personne qui sort d'un système religieux totalisant ne doit pas être laissée dans un vide spirituel ; elle doit découvrir le vrai visage de Jésus, non seulement des objections contre l'islam.
Force d'une discipline religieuse simple
L'islam offre une structure visible : cinq prières, jeûne, aumône, pèlerinage, règles alimentaires, appartenance communautaire. Dans une société occidentale fragmentée, cette discipline peut apparaître comme une force. Beaucoup de catholiques pourraient d'ailleurs être édifiés par le sérieux de certains musulmans dans la prière ou le jeûne.
Mais la force sociologique d'une discipline ne prouve pas la vérité doctrinale d'une révélation. La question ultime demeure : qui est Jésus ? Si Jésus est seulement prophète, l'islam peut être vrai. Si Jésus est le Verbe fait chair, mort et ressuscité pour le salut du monde, alors l'islam se trompe sur le centre de l'histoire.
Réponse catholique : vérité sans mépris
Ne jamais confondre critique et haine
Critiquer l'islam comme système religieux n'autorise jamais à mépriser les musulmans. Le chrétien doit refuser l'insulte, les généralisations ethniques, les humiliations gratuites, et toute confusion entre une personne et un système doctrinal. Un musulman sincère peut être plus fidèle à la lumière qu'il possède qu'un catholique tiède à la plénitude qu'il a reçue.
Mais la charité n'est pas le silence. Si le Christ est vraiment Dieu fait homme, alors cacher aux musulmans la vérité sur Jésus serait une fausse paix. Le dialogue authentique ne consiste pas à dire que toutes les doctrines se valent ; il consiste à chercher la vérité ensemble, avec assez de respect pour ne pas mentir.
Annoncer Jésus, pas seulement réfuter Muhammad
Le but ultime d'une réponse catholique à l'islam n'est pas de gagner un débat sur Muhammad. C'est de conduire à Jésus-Christ. Les objections sur le Coran, les hadiths, la Bible ou la morale prophétique ont leur place ; elles retirent des obstacles. Mais elles ne remplacent pas l'annonce positive : Dieu a tant aimé le monde qu'il a envoyé son Fils unique ; le Verbe s'est fait chair ; il a porté nos péchés ; il est ressuscité ; il appelle tout homme à la vie éternelle.
Pour cette raison, l'approche catholique doit être à la fois ferme et missionnaire : ferme sur la Trinité, l'Incarnation, la Croix, la Résurrection ; missionnaire dans le ton, parce que les musulmans ne sont pas des adversaires à abattre mais des frères et sœurs à aimer dans la vérité.
Pour aller plus loin
- Jésus a-t-il vraiment existé ? — sources antiques et historicité de Jésus, opposables à un musulman puisque non chrétiennes
- Jésus était-il Dieu ? — fondements bibliques et patristiques de la divinité du Christ
- La résurrection de Jésus — cœur historique et théologique de la foi chrétienne, indépendant de toute autorité ecclésiale
- Le dogme de la Trinité — un Dieu unique en trois Personnes, contre le rejet coranique du « troisième de trois »
- La Bible — canon, manuscrits, inspiration et objections de falsification (taḥrīf)
- Réponses au protestantisme — autre dossier de divergence autour de la Bible et de l'autorité
- L'arche de Noé : faisabilité — preuves catholiques de l'historicité biblique, opposables à la lecture musulmane du Déluge (sourate 11)
Notes et références
Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate, § 3, 28 octobre 1965, texte officiel français sur vatican.va.
1 5 6Coran, sourate 4, verset 159 et sourate 43, verset 61, lus par une partie de l'exégèse musulmane comme annonçant le retour de Jésus à la fin des temps — lecture débattue, les deux versets ne nommant ce retour ni explicitement ni unanimement. Le dossier est surtout hadithique : Sahih al-Bukhari, hadith 3448 (la descente du fils de Marie comme juge équitable) et Sahih Muslim, hadith 155, textes sur Sunnah.com Bukhari 3448, Quran.com 4,159 et Quran.com 43,61.
2Coran, sourate 5, versets 72-73 ; sourate 4, versets 157-159 ; sourate 112, versets 1-4. Traductions consultables sur Quran.com, Quran.com 4,157 et Quran.com 112.
3Sur la méthode apologétique opposable à un musulman, voir Père Samir Khalil Samir, sj, L'islam : un défi pour l'Europe, entretiens avec Giorgio Paolucci et Camille Eid, Éditions du Cerf, Paris, 2004, ISBN 978-2-204-07533-3 ; Rémi Brague, Au moyen du Moyen Âge : philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam, La Transparence, Chatou, 2006 ; Olivier Hanne, L'Alcoran : comment l'Europe a découvert le Coran (1143-1543), Belin, Paris, 2019.
4Catéchisme de l'Église catholique, § 841, texte officiel français sur vatican.va.
7 8Catéchisme de l'Église catholique, § 846 : « Hors de l'Église, point de salut », formulation reprise positivement : tout salut vient du Christ-Tête par l'Église qui est son Corps. Texte sur vatican.va.
9Saint Jean-Paul II, Discours aux jeunes musulmans, stade Mohammed V de Casablanca, 19 août 1985, texte intégral sur vatican.va.
10 11Coran, sourate 3, verset 45 ; sourate 4, verset 171 ; sourate 5, verset 110. Voir Quran.com 3,45 et Quran.com 5,110.
12Sahih al-Bukhari, livre des Vertus du Coran (Kitāb Faḍāʾil al-Qurʾān), hadith 4987 (numérotation Darussalam) : récit de la recension uthmanienne, de Zayd ibn Thabit et de l'ordre de brûler les autres matériaux coraniques. Texte anglais-arabe sur Sunnah.com.
13 54Sur les effectifs de Badr (environ 313 musulmans contre quelque 900 à 1 000 Mecquois), voir Ibn Hishām, al-Sīra al-Nabawiyya, récit de la bataille de Badr (trad. Alfred Guillaume, The Life of Muhammad, Oxford UP, Oxford, 1955) ; W. Montgomery Watt, Muhammad at Medina, Oxford UP, Oxford, 1956, sur la bataille et ses effectifs.
14Coran, sourate 3, verset 49 ; sourate 5, verset 110. Ces passages mentionnent l'oiseau d'argile, les guérisons et la résurrection des morts « par permission de Dieu ».
15Coran, sourate 5, versets 17, 72-73 : 5:17 et 5:72 sur le refus de l'identification du Messie à Dieu, 5:73 sur le rejet de la formule « troisième de trois ».
16Coran, sourate 112, versets 1-4 (al-Ikhlas), texte sur Quran.com.
17Jean 1, 1-14 ; Jean 20, 28 ; Colossiens 1, 15-20 ; Hébreux 1, 1-4. Voir aussi le symbole de Nicée-Constantinople (325/381).
18Coran, sourate 4, verset 157, texte sur Quran.com.
19Sur les sources extra-chrétiennes attestant la crucifixion, voir John P. Meier, A Marginal Jew: Rethinking the Historical Jesus, vol. 1, Doubleday, New York, 1991 ; Bart D. Ehrman, Did Jesus Exist?, HarperOne, New York, 2012 ; Robert E. Van Voorst, Jesus Outside the New Testament: An Introduction to the Ancient Evidence, Eerdmans, Grand Rapids, 2000.
20 24Shlomo Pines, An Arabic Version of the Testimonium Flavianum and Its Implications, Israel Academy of Sciences and Humanities, Jérusalem, 1971 : recension arabe du passage de Josèphe transmise par Agapius, sans les interpolations christologiques explicites. Sur le consensus actuel (noyau authentique sur l'exécution sous Pilate, interpolations partielles), voir James D. G. Dunn, Jesus Remembered, Eerdmans, Grand Rapids, 2003.
21John P. Meier, A Marginal Jew: Rethinking the Historical Jesus, vol. 1: The Roots of the Problem and the Person, Doubleday, New York, 1991. Thèse : le baptême par Jean-Baptiste et la crucifixion sous Ponce Pilate sont les deux seuls faits à recueillir un assentiment presque universel des historiens. Sur les critères historiques, voir aussi vol. 1, ch. 6.
22 25Martin Hengel, Crucifixion in the Ancient World and the Folly of the Message of the Cross, traduction anglaise par John Bowden, Fortress Press, Philadelphia, 1977. Texte original allemand dans la Festschrift Conzelmann, Mohr Siebeck, Tübingen, 1975.
23Isaïe 53, 3-7, Bible de Jérusalem, édition 1998, Cerf-Desclée de Brouwer, Paris ; voir aussi Traduction œcuménique de la Bible (TOB), édition 2010, Cerf-Bibli'O.
26Sur la datation paléographique et radiocarbone du grand rouleau d'Isaïe (1QIsaᵃ), voir Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 3ᵉ édition, Fortress Press, Minneapolis, 2012. Datation radiocarbone : Bonani et al., Radiocarbon Dating of the Dead Sea Scrolls, dans Atiqot 20, 1991, pp. 27-32 (fourchette centrée sur le IIᵉ siècle av. J.-C., env. 200-120 av. J.-C.).
27Deutéronome 13, 1-6 ; Deutéronome 18, 15-22.
28Galates 1, 6-9.
29Sur les prophéties messianiques antérieures à Jésus attestées dans les manuscrits de Qumrân, voir John J. Collins, The Scepter and the Star: Messianism in Light of the Dead Sea Scrolls, 2ᵉ éd., Eerdmans, Grand Rapids, 2010, ISBN 978-0-8028-3193-4 ; Étienne Nodet, Le fils de Dieu : procès de Jésus et évangiles, Cerf, Paris, 2002, ISBN 978-2-204-06857-1.
30Coran, sourate 17 (al-Isrāʾ), versets 90-93, traduction Hamidullah, Quran.com 17:90.
31Coran, sourate 17, verset 59, traduction Hamidullah, Quran.com 17:59.
32Les miracles attribués à Muhammad dans les hadiths (lune fendue, eau jaillissant des doigts, voyage nocturne) sont discutés notamment dans Sahih al-Bukhari 3637 (lune fendue) et Sahih Muslim 162 (Isrāʾ wa-Miʿrāj). Sur le débat intra-musulman entre rationalistes muʿtazilites et traditionalistes, voir Daniel Gimaret, Une lecture muʿtazilite du Coran, Peeters, Louvain, 1994.
33Luc 9, 54-56 ; Matthieu 26, 52 ; Jean 18, 36 ; Luc 23, 34.
34Sur Muhammad comme al-insān al-kāmil, voir Annemarie Schimmel, And Muhammad Is His Messenger: The Veneration of the Prophet in Islamic Piety, University of North Carolina Press, Chapel Hill, 1985, ISBN 978-0-8078-1639-4. Sur l'obligation d'imitation, voir Coran 33, 21 et le taqlīd dans les écoles juridiques.
35Sur la chronologie de la sîra et ses limites épistémologiques, voir Maxime Rodinson, Mahomet, Le Seuil, Paris, 1961 (rééd. 1994), pp. 11-39 ; Patricia Crone, Meccan Trade and the Rise of Islam, Princeton UP, 1987 ; Alfred Felix Landon Beeston (dir.), The Cambridge History of Arabic Literature: Arabic Literature to the End of the Umayyad Period, Cambridge UP, 1983.
36Muhammad ibn Ismāʿīl al-Bukhārī (810-870) aurait sélectionné, selon son propre récit, environ 7 397 hadiths jugés authentiques sur 600 000 examinés (chiffres traditionnels). Voir G.H.A. Juynboll, The Authenticity of the Tradition Literature: Discussions in Modern Egypt, Brill, Leiden, 1969, ISBN 978-90-04-04200-3.
37Ignaz Goldziher, Muhammedanische Studien, vol. 2, Halle, 1890 ; Patricia Crone, Slaves on Horses: The Evolution of the Islamic Polity, Cambridge UP, 1980, ISBN 978-0-521-22961-6 ; G.H.A. Juynboll, Encyclopedia of Canonical Hadith, Brill, Leiden, 2007, ISBN 978-90-04-15674-8.
38Sahih al-Bukhari, livre du Mariage (Kitāb an-Nikāḥ), hadith 5134 (numérotation Darussalam), traduction anglaise de Muhammad Muhsin Khan : « The Prophet wrote the (marriage contract) with ʿĀʾisha while she was six years old and consummated his marriage with her while she was nine years old », texte sur Sunnah.com Bukhari 5134.
39Pour la liste complète des hadiths transmettant le mariage avec Aïcha (Bukhari 3894, 3896, 5133, 5134, 5158, 6130, 7011 — dont le livre du Mariage pour 5133, 5134, 5158 ; Muslim 1422a-d, livre du Mariage ; Abū Dāwūd 4933 ; al-Nasāʾī 3257, livre du Mariage ; Ibn Mājah 1877, livre du Mariage — numéros selon l'édition Darussalam, reprise par Sunnah.com, où le livre de chaque référence est précisé), voir l'article ʿĀʾisha bint Abī Bakr dans l'Encyclopedia of Islam, 2ᵉ éd., vol. I, Brill, Leiden, 1986, pp. 307-308.
40Muhammad ibn ʿUmar al-Wāqidī (748-822), Kitāb al-Maghāzī, édition critique par Marsden Jones, Oxford UP, 1966, 3 vol. Sur le décompte des expéditions, voir Hamidullah, Muhammad, Le Prophète de l'Islam : sa vie, son œuvre, 2 vol., Vrin, Paris, 1979, vol. II, pp. 845-872.
41Sur l'évolution sémantique du terme jihad entre les sourates mecquoises et médinoises, voir David Cook, Understanding Jihad, University of California Press, Berkeley, 2005, ISBN 978-0-520-24448-2 ; Patricia Crone, God's Rule: Government and Islam, Columbia UP, 2004, ISBN 978-0-231-13290-7.
42Ibn Hishām, al-Sīra al-Nabawiyya, édition Mustafa al-Saqqa, Caire, 1955, vol. 3, p. 240 ; al-Ṭabarī, Tārīkh al-rusul wa-l-mulūk, édition De Goeje, Leiden, 1879-1901, vol. 2, p. 251 ; Sahih Muslim, hadith 1768. Sur la formule du jugement « d'au-dessus des sept cieux », voir la tradition de la sîra discutée par W. Montgomery Watt, Muhammad at Medina, Oxford UP, 1956 ; Marco Schöller, Sīra and Tafsīr: Muḥammad al-Kalbī on the Jews of Medina, dans The Biography of Muḥammad (Harald Motzki éd.), Brill, Leiden, 2000.
43 44Sahih al-Bukhari, livre des Expéditions militaires (Kitāb al-Maghāzī), hadith 4037 (numérotation Darussalam), texte sur Sunnah.com Bukhari 4037 ; Ibn Hishām, al-Sīra, éd. Mustafa al-Saqqa, Caire, 1955, vol. 3, pp. 51-58 ; Ibn Saʿd, al-Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. II, pp. 31-32 (sur Asma bint Marwan et Abū ʿAfak) ; al-Wāqidī, Maghāzī, éd. Marsden Jones, Oxford, 1966, vol. I, p. 174.
45Coran, sourate 23 (al-Muʾminūn), versets 5-6 ; sourate 33 (al-Aḥzāb), verset 50 ; sourate 70 (al-Maʿārij), verset 30, texte sur Quran.com 23:5.
46Sahih Muslim, livre du Mariage, hadith 1438 (a, b, c, numérotation Darussalam) sur le coït avec les captives d'Awtas, Sunnah.com Muslim 1438a ; Sahih al-Bukhari, livre du Mariage (Kitāb an-Nikāḥ), hadith 5210 (numérotation Darussalam ; réf. interne livre 67, hadith 143, chapitre de l'ʿazl : « We got female captives in the war booty and we used to do coitus interruptus with them »), Sunnah.com Bukhari 5210. Discussion juridique : Joseph Schacht, An Introduction to Islamic Law, Clarendon Press, Oxford, 1964, pp. 127-130.
47Sur la condamnation pontificale historique de l'esclavage : Eugène IV, bulle Sicut dudum (13 janvier 1435) ; Paul III, bulle Sublimis Deus (2 juin 1537) ; Urbain VIII, bref Commissum Nobis (22 avril 1639) ; Léon XIII, encyclique In Plurimis (5 mai 1888). Voir Joel S. Panzer, The Popes and Slavery, Alba House, Staten Island, 1996, ISBN 978-0-8189-0764-7.
48Coran, sourate 33 (al-Aḥzāb), verset 37, traduction Hamidullah, Quran.com 33:37. Contexte historique chez al-Ṭabarī, Tafsīr, ad locum.
49Coran, sourate 33, verset 50, qui établit les privilèges matrimoniaux exclusifs du Prophète : « Ô Prophète ! Nous t'avons rendu licites tes épouses à qui tu as donné leur mahr, ce que tu as possédé légalement parmi les captives qu'Allah t'a données comme butin de guerre, et les filles de ton oncle paternel, les filles de tes tantes paternelles, les filles de ton oncle maternel, et les filles de tes tantes maternelles… ce privilège t'est réservé à l'exclusion des croyants. »
50Tariq Ramadan, In the Footsteps of the Prophet: Lessons from the Life of Muhammad, Oxford UP, New York, 2007 (édition britannique : The Messenger, Penguin, Londres, 2007), ISBN 978-0-19-530880-9 ; Mahmoud Mohamed Taha, The Second Message of Islam, traduction anglaise par Abdullahi Ahmed An-Naʿim, Syracuse UP, Syracuse, 1987, ISBN 978-0-8156-2410-3.
51Coran, sourate 2, verset 75 ; sourate 4, verset 46 ; sourate 5, versets 13-15.
52Coran, sourate 3, verset 49 ; sourate 5, verset 110. Le motif de l'oiseau d'argile est connu dans des traditions apocryphes de l'enfance de Jésus, notamment l'Évangile de l'enfance selon Thomas.
53 95University of Birmingham, annonce du 22 juillet 2015 sur le manuscrit coranique de Birmingham, daté par radiocarbone dans une fourchette 568-645 pour le parchemin : Birmingham Qur'an manuscript dated among the oldest in the world.
55Behnam Sadeghi, Mohsen Goudarzi, Ṣanʿāʾ 1 and the Origins of the Qurʾān, dans Der Islam 87, 1-2 (2012), pp. 1-129, DOI : 10.1515/islam-2011-0025. Catalogue de variantes en pp. 41-79.
56John Wansbrough, Quranic Studies: Sources and Methods of Scriptural Interpretation, Oxford UP, 1977, ISBN 978-0-19-713561-7 ; Patricia Crone, Michael Cook, Hagarism: The Making of the Islamic World, Cambridge UP, 1977, ISBN 978-0-521-21133-8 ; Christoph Luxenberg, Die syro-aramäische Lesart des Koran, Das Arabische Buch, Berlin, 2000, ISBN 978-3-86093-274-5 ; Angelika Neuwirth, Der Koran als Text der Spätantike, Verlag der Weltreligionen, Berlin, 2010, ISBN 978-3-458-71026-4.
57Coran, sourate 19 (Maryam), verset 28 : « Sœur d'Aaron » ; sourate 3, versets 35-36 ; sourate 66, verset 12. Discussion : Suleiman Mourad, On the Qurʾānic Stories about Mary and Jesus, dans Bulletin of the Royal Institute for Inter-Faith Studies 1, 1999, pp. 13-24. La réponse de Sahih Muslim 2135 (numérotation Darussalam) est consultable sur Sunnah.com Muslim 2135.
58Coran, sourate 28 (al-Qaṣaṣ), versets 6, 8, 38 ; sourate 29, verset 39 ; sourate 40, versets 24, 36. Pour le personnage biblique original, voir Esther 3-9 et la stèle de Persépolis. L'argument de Maurice Bucaille, Moïse et Pharaon, Le Seuil, Paris, 1995, ISBN 978-2-02-026005-6, est analysé critiquement par Marcel Sigrist et André Lemaire dans Revue Biblique 104 (1997), pp. 304-308.
59Coran, sourate 18 (al-Kahf), verset 86, traduction Hamidullah ; voir aussi Sunan Abī Dāwūd, hadith 4002 (numérotation Darussalam ; récit d'Abū Dharr : le soleil « se couche dans une source d'eau chaude », ʿayn ḥamiʾa). Discussion : Brannon M. Wheeler, Moses in the Qurʾan and Islamic Exegesis, Routledge, Londres, 2002, chap. 4.
60 61Coran, sourate 23, versets 12-14, Quran.com 23:12. Voir aussi sourate 22, verset 5 ; sourate 75, versets 37-39 ; sourate 76, verset 2.
62Maurice Bucaille, La Bible, le Coran et la science, Seghers, Paris, 1976. Critique embryologique : Basim Musallam, Sex and Society in Islam: Birth Control before the Nineteenth Century, Cambridge UP, 1983, ISBN 978-0-521-26217-0, chap. 3 sur la transmission galénique. Voir aussi Robert R. Reilly, The Closing of the Muslim Mind, ISI Books, Wilmington, 2010, ISBN 978-1-935191-81-2.
63Coran, sourate 21 (al-Anbiyāʾ), verset 32 ; voir aussi sourate 13, verset 2 ; sourate 31, verset 10.
64Coran, sourate 2 (al-Baqara), verset 106, Quran.com 2:106.
65Jalāl al-Dīn al-Suyūṭī, al-Itqān fī ʿulūm al-Qurʾān, traduction Olivier Carré, Vrin, Paris, 1995. Sur les listes d'abrogations selon les écoles : John Burton, The Sources of Islamic Law: Islamic Theories of Abrogation, Edinburgh UP, Édimbourg, 1990, ISBN 978-0-7486-0149-7.
66Olivier Hanne, Mahomet : Le lecteur divin, Belin, Paris, 2016.
67Évangile de l'enfance selon Thomas, chapitre 2 ; texte grec critique dans Tony Burke (éd.), De Infantia Iesu Evangelium Thomae Graece, Corpus Christianorum Series Apocryphorum 17, Brepols, Turnhout, 2010. Traduction française dans François Bovon, Pierre Geoltrain (éd.), Écrits apocryphes chrétiens, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, vol. I, 1997, ISBN 978-2-07-011387-9, pp. 197-204.
68Theodor Nöldeke, Geschichte des Qorâns, Verlag der Dieterichschen Buchhandlung, Göttingen, 1860 ; édition révisée et augmentée par Friedrich Schwally, Gotthelf Bergsträsser, Otto Pretzl, 3 vol., Leipzig, 1909-1938 ; traduction anglaise : The History of the Qurʾān, traduction Wolfgang H. Behn, Brill, Leiden, 2013, ISBN 978-90-04-21234-3.
69Pour la généalogie de l'apologétique chrétienne contre l'islam, voir Pierre le Vénérable, Liber contra sectam sive haeresim Saracenorum, vers 1156, édition critique par James Kritzeck, Peter the Venerable and Islam, Princeton UP, 1964 ; Riccoldo de Monte Croce, Contra legem Saracenorum, édition critique par J.-M. Mérigoux, Memorie domenicane 17, 1986, pp. 1-144 ; Nicolas de Cues, Cribratio Alkorani (1461), édition critique dans Nicolai de Cusa Opera Omnia, vol. VIII, Felix Meiner, Hambourg, 1986 ; Ludovico Marracci, Refutatio Alcorani, Padoue, 1698 ; Leone Caetani (1869-1935), Annali dell'Islam, 10 vol., Hoepli, Milan, 1905-1926 ; synthèse contemporaine : Rémi Brague, La loi de Dieu : histoire philosophique d'une alliance, Gallimard, Paris, 2005, ISBN 978-2-07-076853-4.
70Blaise Pascal, Pensées, fragment Brunschvicg n° 593 : « Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger. » Édition de référence : Blaise Pascal, Pensées, édition Philippe Sellier, Classiques Garnier, Paris, 2010, ISBN 978-2-8124-0064-2. Sur la portée apologétique de ce critère, voir Pierre Magnard, Pascal ou l'art de la digression, Ellipses, Paris, 1997.
71Frants Buhl, Das Leben Muhammeds, traduction allemande Hans Heinrich Schaeder, Quelle & Meyer, Leipzig, 1930. Texte original danois : Muhammeds Liv, Copenhague, 1903.
72Heinrich Speyer, Die biblischen Erzählungen im Qoran, Schocken, Berlin, 1931 (réimpr. Olms, Hildesheim, 1961, ISBN 978-3-487-09124-2) ; Tor Andrae, Mohammed, sein Leben und sein Glaube, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 1932 ; traduction française Mahomet, sa vie et sa doctrine, Adrien-Maisonneuve, Paris, 1945 ; Gabriel Said Reynolds, The Qurʾān and Its Biblical Subtext, Routledge, Londres, 2010, ISBN 978-0-415-77893-0 ; Sidney H. Griffith, The Bible in Arabic: The Scriptures of the People of the Book in the Language of Islam, Princeton UP, 2013, ISBN 978-0-691-15082-6.
73Sur les anachronismes coraniques, voir Richard Bell, The Origin of Islam in Its Christian Environment, Macmillan, Londres, 1926, rééd. Frank Cass, Londres, 1968 ; Stephen J. Shoemaker, The Death of a Prophet: The End of Muhammad's Life and the Beginnings of Islam, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, 2012, ISBN 978-0-8122-4356-7 ; Patricia Crone, The Qurʾanic Pagans and Related Matters: Collected Studies in Three Volumes, vol. 1, Brill, Leiden, 2016, ISBN 978-90-04-31926-7 ; Guillaume Dye, Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.), Le Coran des Historiens, 3 vol., Cerf, Paris, 2019, ISBN 978-2-204-13551-1.
74Sur la critique de Bucaille et le concordisme islamique, voir Basim F. Musallam, Sex and Society in Islam: Birth Control before the Nineteenth Century, Cambridge UP, 1983, ISBN 978-0-521-26217-0, chap. 3 ; Robert R. Reilly, The Closing of the Muslim Mind: How Intellectual Suicide Created the Modern Islamist Crisis, ISI Books, Wilmington, 2010, ISBN 978-1-935191-81-2 ; Mark Durie, The Qur'an and Its Biblical Reflexes: Investigations into the Genesis of a Religion, Lexington Books, Lanham, 2018, ISBN 978-1-4985-6938-7.
75Olivier Hanne, Mahomet : Le lecteur divin, Belin, Paris, 2016. Voir aussi Olivier Hanne, L'Alcoran : comment l'Europe a découvert le Coran (1143-1543), Belin, Paris, 2019.
76Kenneth Cragg, Muhammad and the Christian: A Question of Response, Darton, Longman & Todd, Londres, 1984. Cragg (1913-2012), évêque anglican et islamologue, fut l'un des plus rigoureux interlocuteurs chrétiens de la pensée musulmane au XXᵉ siècle ; voir aussi son The Event of the Qurʾan, Allen & Unwin, Londres, 1971, et son Jesus and the Muslim: An Exploration, Allen & Unwin, Londres, 1985, où il développe la même ligne : estime pour le réformateur Muhammad, confession de l'unicité du Christ qui pardonne.
77Sur la critique des relectures musulmanes des prophéties bibliques (Dt 18:18, Jn 14:16, Cantique 5:16, Is 21:7), voir Étienne Couvert, De Mahomet à Bahaullah, le grand projet contre la foi, Éditions de Chiré, 1989 ; Samir Khalil Samir, Le Coran et le Christ, dans Études 397, 2002, pp. 765-776 ; Anne-Sophie Vivier-Muresan, Le débat sur le Paraclet entre chrétiens et musulmans, dans Proche-Orient Chrétien 60, 2010, pp. 53-79 ; pour la philologie comparée, Christian Robin (dir.), Le Judaïsme de l'Arabie antique, Brepols, Turnhout, 2015, ISBN 978-2-503-55272-1.
78Rémi Brague, Au moyen du Moyen Âge : philosophies médiévales en chrétienté, judaïsme et islam, La Transparence, Chatou, 2006. Voir aussi Rémi Brague, Sur la religion, Flammarion, Paris, 2018 ; et son discours de réception du prix Ratzinger, Rome, 24 novembre 2012.
79Matthieu 5, 17-48 ; Matthieu 19, 16-19 ; Marc 10, 17-19 ; Luc 18, 18-20.
80Coran, sourate 7, versets 142-150 (les tablettes : 7, 145 ; les Tables jetées : 7, 150) ; sourate 28, verset 44.
81Coran, sourate 6, versets 151-153.
82Coran, sourate 2, verset 256, texte sur Quran.com.
83Coran, sourate 9, verset 29, texte sur Quran.com.
84Sahih al-Bukhari, livre 56 du Jihad, hadith 3017 (numérotation Darussalam ; « Whoever changed his Islamic religion, then kill him » dans la traduction anglaise de Sunnah.com), Sunnah.com. Voir aussi Sahih al-Bukhari, hadith 6922 (numérotation Darussalam).
85 86Le gouvernement de transition soudanais a aboli le crime d'apostasie (article 126 du code pénal de 1991, passible de mort) par la loi d'amendements divers de juillet 2020. Voir Al Jazeera, « Criminal law: Sudan annuls apostasy death sentence », 12 juillet 2020 ; Humanists UK, « Sudan abolishes death penalty for apostasy », 14 juillet 2020 ; Library of Congress, Global Legal Monitor : « Sudan: New Law Amending Penal Code Takes Effect », 23 juillet 2020 (loc.gov).
87Pew Research Center, The World's Muslims: Religion, Politics and Society, rapport publié le 30 avril 2013, chapitre 1 (« Beliefs About Sharia ») : chiffres cités parmi les musulmans favorables à la charia comme loi officielle. Données par pays sur pewresearch.org.
88Saint Jean-Paul II, Message pour la célébration de la XXIᵉ Journée mondiale de la paix : la liberté religieuse, condition pour la paix, 8 décembre 1987 (pour le 1ᵉʳ janvier 1988), n° 1. Texte sur vatican.va.
89Concile Vatican II, déclaration Dignitatis Humanae, 7 décembre 1965, n° 2 ; texte officiel français sur vatican.va.
90Coran, sourate 6, verset 151 ; sourate 17, verset 31.
91Sahih al-Bukhari, hadiths 5133-5134 ; Sahih Muslim, hadith 1422a. Textes sur Sunnah.com Bukhari 5134 et Sunnah.com Muslim 1422a.
92Sahih Muslim, hadith 1438a ; Sunan Abi Dawud, hadith 2155, sur les captives d'Awtaas et la question du coït interrompu. Voir Sunnah.com Muslim 1438a et Sunnah.com Abu Dawud 2155.
93Galates 3, 28 ; Éphésiens 6, 5-9 ; Philémon. Sur le développement doctrinal catholique contre l'esclavage, voir Catéchisme de l'Église catholique, § 2414.
94Saint Jean Damascène, De Haeresibus, c. 100/101 (vers 745), édition critique par Bonifatius Kotter, dans Die Schriften des Johannes von Damaskos, vol. IV : Liber de haeresibus, Opera polemica, Patristische Texte und Studien 22, De Gruyter, Berlin, 1981, pp. 60-67. Traduction française : Raymond Le Coz, Jean Damascène : Écrits sur l'islam, Sources Chrétiennes 383, Cerf, Paris, 1992, ISBN 978-2-204-04632-6.
96Saint Thomas d'Aquin, Summa contra Gentiles, livre I, chapitre 6, n° 4, vers 1259-1265 ; traduction française par Cyrille Michon, Saint Thomas d'Aquin : Somme contre les gentils — Livre sur la vérité de la foi catholique contre les erreurs des infidèles, livre I, GF Flammarion, Paris, 1999, ISBN 978-2-08-070685-2.
97Benoît XVI, Foi, raison et université — souvenirs et réflexions, conférence à l'université de Ratisbonne, 12 septembre 2006, texte intégral sur vatican.va. La citation de Manuel II Paléologue provient de l'Entretien VII avec un mahométan, édité par Adel-Théodore Khoury dans Sources Chrétiennes 115, Cerf, Paris, 1966.
98Père Samir Khalil Samir, sj, L'islam : un défi pour l'Europe, entretiens avec Giorgio Paolucci et Camille Eid, traduction française, Éditions du Cerf, Paris, 2004, ISBN 978-2-204-07533-3, p. 23.
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