Les prophéties messianiques

Comment l'Ancien Testament dessine peu à peu le visage d'un libérateur attendu : naissance et développement de l'espérance messianique, de la promesse faite à David aux multiples attentes du judaïsme ancien.

Ignispedia

Les prophéties messianiques désignent l'ensemble des promesses, oracles et figures par lesquels l'Ancien Testament dessine peu à peu le visage d'un libérateur attendu : le Messie. Le mot vient de l'hébreu mashiah, « oint », rendu en grec par Christos ; il désigne d'abord, dans la Bible, un homme consacré par l'onction d'huile au service de Dieu — un roi, un prêtre, parfois un prophète — avant de viser l'Oint par excellence que Dieu enverrait « pour instaurer définitivement son Règne ».[1][2]

Comprises comme un thème de l'Ancien Testament, ces prophéties ne forment pas un catalogue de prédictions isolées, mais une espérance qui grandit au fil de l'histoire d'Israël. Elle naît avec les premières promesses faites aux patriarches, se cristallise autour de la dynastie de David, se purifie dans l'épreuve de l'exil, puis s'élargit chez les prophètes en autant de visages : roi de justice, prêtre éternel, prophète semblable à Moïse, Serviteur souffrant, mystérieux Fils de l'homme venant sur les nuées. À l'époque du Second Temple, le judaïsme porte ainsi non pas une attente uniforme, mais un faisceau d'attentes messianiques dont témoignent la Septante, les manuscrits de Qumrân et les écrits intertestamentaires.[3][4]

L'enjeu, pour la foi catholique, n'est pas mince. Le Catéchisme range cette attente dans la longue préparation évangélique par laquelle l'Esprit Saint dispose le cœur d'un peuple à reconnaître son Sauveur : « Les traits du visage du Messie attendu commencent à apparaître dans le Livre de l'Emmanuel. »[5] Lire le thème messianique de l'Ancien Testament, c'est donc apprendre à lire la Bible comme un seul livre, où le Nouveau Testament est « caché dans l'Ancien » et l'Ancien « dévoilé dans le Nouveau ».[6]

La naissance de l'espérance messianique : des premières promesses au judaïsme du Second Temple. Infographie Ignispedia, d'après les textes bibliques étudiés dans l'article.

Cet article expose la genèse et les figures de l'espérance messianique telles qu'elles se déploient à l'intérieur de l'Ancien Testament et du judaïsme ancien. La question de l'accomplissement de ces prophéties en Jésus de Nazareth — l'argument apologétique proprement dit — fait l'objet de l'article Les prophéties annonçant Jésus dans l'Ancien Testament, auquel le lecteur est renvoyé chaque fois que la matière l'exige.

Qu'est-ce qu'une « prophétie messianique » ?

Avant de parcourir les textes, il faut s'entendre sur les mots. Le vocabulaire de « prophétie messianique » est souvent employé de manière vague ; or, dans l'Ancien Testament, le Messie n'est pas d'abord un personnage futur, et la prophétie n'est pas d'abord une prédiction. Saisir ces deux déplacements de sens, c'est entrer dans la logique même du thème.

« Messie » : le sens de l'onction dans l'Ancien Testament

Dans la Bible hébraïque, mashiah ne désigne presque jamais un sauveur de la fin des temps : il qualifie un homme réellement vivant, consacré par l'onction d'huile pour une charge venant de Dieu. Sont « oints » les rois — Saül, puis David, sacrés par Samuel[7] — et les prêtres, dont le grand prêtre est appelé le prêtre oint.[8] Le verbe s'applique exceptionnellement aux prophètes, comme lorsque Élie reçoit l'ordre d'« oindre » Élisée.[9]

« Christ vient de la traduction grecque du terme hébreu Messie, qui veut dire oint. […] En Israël, étaient oints au nom de Dieu ceux qui lui étaient consacrés pour une mission venant de lui. C'était le cas des rois, des prêtres et, en de rares cas, des prophètes. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 436[10]

Le cas le plus déroutant est celui de Cyrus, le roi païen de Perse, que le Seigneur appelle « mon oint » (mashiah) en Is 45, 1, dans l'oracle rapporté par Isaïe, parce que Dieu se sert de lui pour libérer Israël de l'exil.[11] La tradition catholique reçoit en effet le livre comme l'œuvre du seul prophète Isaïe, position confirmée par la Commission biblique pontificale le 28 juin 1908 — décision à portée doctrinale et disciplinaire, non une définition dogmatique irréformable : comme l'a précisé en 1955 le secrétariat de la Commission — le secrétaire A. Miller, avec le sous-secrétaire A. Kleinhans —, tant que ces décisions ne touchent ni directement ni indirectement la foi et les mœurs, l'exégète garde sa liberté de recherche, et la position traditionnelle reste librement tenable sans être imposée comme seule recevable[12] ; quand une partie de l'exégèse contemporaine attribue les chapitres 40 à 55, datés d'après l'exil, à un « Second Isaïe » distinct, elle suppose d'abord qu'une prophétie aussi précise — le nom même de Cyrus annoncé d'avance — serait impossible, présupposé que la Commission a précisément écarté.[13] Cet emploi interdit de réduire l'onction à une catégorie purement spirituelle : être « messie », au sens premier, c'est être investi d'une mission de salut au nom de Dieu, fût-on un souverain étranger.

Du roi présent au Roi attendu : naissance d'une espérance

Comment passe-t-on de l'oint présent — le roi sur son trône — à l'Oint attendu ? Par l'écart, sans cesse creusé, entre la promesse et la réalité. Dieu a juré à David une dynastie « pour toujours » ; mais les rois historiques déçoivent, se corrompent, et la monarchie s'effondre vers 586 av. J.-C. (587 selon une partie de la littérature) avec la prise de Jérusalem. L'onction royale, désormais sans roi, devient une promesse en attente. Les prophètes la projettent alors vers un fils de David idéal et futur, en qui s'accomplirait enfin ce que les rois réels n'avaient pas tenu.[14]

C'est ce déplacement que les biblistes appellent la naissance du messianisme au sens strict : l'espérance d'une figure future, oint définitif, qui réaliserait pleinement la royauté, le sacerdoce ou la médiation prophétique. Le terme moderne « messianique » recouvre ainsi un mouvement intérieur à l'Ancien Testament — un texte qui, écrit pour son temps, garde « une valeur et une signification immédiates pour les contemporains » avant d'avoir « une signification plus pleine pour les auditeurs futurs ».[15]

Prophétie, promesse, figure : trois manières d'annoncer

Toutes les annonces messianiques ne fonctionnent pas de la même façon, et c'est une source constante de malentendus. On distingue utilement trois registres, qui se superposent souvent dans un même passage :

Registre d'annonceComment il fonctionneExemple vétéro-testamentaire
Oracle directLe prophète décrit un trait du libérateur attenduMichée 5 (Bethléem) ; Jérémie 23 (le Germe juste)
Promesse-allianceDieu s'engage par serment ; la promesse appelle un accomplissement2 Samuel 7 (dynastie de David) ; Genèse 12 (bénédiction des nations)
Figure / typologieUn personnage ou un événement préfigure une réalité plus grandeLe sacerdoce de Melchisédech ; le Serviteur d'Isaïe 53
Oracle direct, promesse-alliance et figure typologique : trois registres complémentaires de l'annonce messianique. Infographie Ignispedia.

Cette distinction est décisive pour lire le thème sans le caricaturer. Une prophétie biblique n'est pas toujours une phrase ressemblant à une prédiction moderne datée ; c'est souvent une promesse, une fonction (royale, sacerdotale, prophétique) ou une figure que l'histoire du salut déploie progressivement. Le détail de la manière dont la tradition chrétienne articule ces niveaux à l'accomplissement en Jésus est traité dans l'article voisin sur les prophéties annonçant Jésus.

La racine de l'espérance : les premières promesses

Bien avant David et les prophètes, la Torah sème les germes de l'attente. Ces textes anciens ne parlent pas encore d'un « Messie » ; mais la tradition juive, puis chrétienne, y a reconnu rétrospectivement les premières pierres de l'édifice messianique. Lus dans leur contexte vétéro-testamentaire, ils dessinent déjà une trajectoire : une descendance, une bénédiction universelle, une royauté, une médiation prophétique.

Genèse 3, 15 : la descendance de la femme

Au cœur du récit de la chute, Dieu adresse au serpent une parole d'inimitié entre lui et la descendance de la femme :

« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : elle t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. » — Genèse 3, 15[16]

Dans son contexte immédiat, l'oracle annonce un combat permanent entre l'humanité et le mal. Mais la tradition l'a très tôt appelé Protévangile — « premier Évangile » — parce qu'il ouvre, dès les origines, l'horizon d'une victoire sur le mal par un descendant de la femme. Le Catéchisme y voit « la première annonce du Messie et Rédempteur ».[17]

Abraham : une bénédiction pour toutes les nations

La promesse faite à Abraham introduit une dimension capitale : l'universalité. « En toi seront bénies toutes les familles de la terre. »[18] Le salut espéré ne sera pas une affaire ethnique close, mais débordera Israël vers les nations. Cette ouverture devient l'un des fils rouges du thème messianique : le roi attendu régnera « d'une mer à l'autre », et la lumière d'Israël éclairera les peuples.[19]

Le sceptre de Juda

Dans la bénédiction de Jacob à ses douze fils, Juda reçoit une promesse royale : « Le sceptre ne s'éloignera pas de Juda […] jusqu'à ce que vienne celui à qui il appartient, et à qui obéiront les peuples. »[20] Le texte, célèbre et difficile — notamment autour du mot obscur Shilo —, a été lu très tôt comme une promesse royale attachée à la tribu de Juda. La tradition targumique l'explicite : le Targum Onkelos sur Genèse 49, 10 parle ouvertement de la venue du roi Messie et du rassemblement des peuples autour de lui.[21]

Le prophète semblable à Moïse

Le Deutéronome fixe une autre attente, prophétique cette fois : « Le Seigneur ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de tes frères, un prophète comme moi ; c'est lui que vous écouterez. »[22] Israël gardera la mémoire de cette promesse comme l'espérance d'un prophète eschatologique, médiateur d'une parole décisive de Dieu, à la mesure de Moïse. Cette attente d'un « prophète » distinct du roi-Messie est encore vivante au Second Temple, comme on le verra à Qumrân.

L'oracle de Balaam : l'étoile de Jacob

Enfin, dans les Nombres, le devin païen Balaam, contraint de bénir Israël, prophétise : « Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d'Israël. »[23] Cet astre de Jacob nourrira durablement l'imaginaire royal et guerrier de l'espérance. Sa fortune est telle qu'au IIᵉ siècle de notre ère, le chef de la révolte juive sera surnommé Bar Kokhba, « fils de l'étoile », en référence directe à cet oracle — preuve de la vitalité messianique du texte bien après sa rédaction.[24]

Le messianisme royal : la promesse faite à David

Promesse, rupture, attente : l'exil ne supprime pas l'alliance davidique, mais la projette vers un roi futur. Infographie Ignispedia, d'après 2 Samuel 7 et les prophètes.

Si une seule promesse devait être appelée la matrice du messianisme, ce serait celle de 2 Samuel 7. C'est elle qui fixe le messianisme dans la lignée de David, et c'est sa non-réalisation apparente, après la chute de la monarchie, qui transforme l'espérance royale en attente d'un Roi futur.

2 Samuel 7 : une maison, un trône, un règne « pour toujours »

David veut bâtir une « maison » — un temple — pour Dieu. Le prophète Natan lui transmet une réponse qui renverse les rôles : ce n'est pas David qui bâtira une maison à Dieu, c'est Dieu qui bâtira une maison — une dynastie — à David.

« Quand tes jours seront accomplis […] je susciterai après toi ta descendance […] et j'affermirai sa royauté. […] Je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils. […] Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi ; ton trône sera affermi pour toujours. » — 2 Samuel 7, 12-16[25]

Trois mots portent tout le poids du thème : une descendance, une filiation divine (« je serai pour lui un père »), et une pérennité (« pour toujours »). Cette « alliance davidique » devient la clé de voûte : tout roi de Juda est désormais un héritier de la promesse, et toute déception historique creuse l'écart entre la promesse éternelle et la fragilité des rois réels.[26]

Les Psaumes royaux : le Roi-Fils

Le Psautier prolonge l'alliance davidique en prière. Les psaumes royaux célèbrent le sacre du roi en des termes si élevés qu'ils débordent toute figure historique. Le Psaume 2 met dans la bouche de Dieu une parole d'adoption : « Tu es mon fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. »[27] Le Psaume 110, le psaume le plus cité dans le Nouveau Testament, associe royauté et sacerdoce : « Oracle du Seigneur à mon seigneur : Siège à ma droite […]. Tu es prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. »[28] Le Psaume 72 dessine le portrait d'un roi de justice et de paix, défenseur du pauvre, dont le règne s'étend « d'une mer à l'autre ».[29]

Lus après la disparition de la monarchie, ces psaumes ne pouvaient plus viser un roi présent : ils sont devenus des textes d'espérance, décrivant le Roi idéal que Dieu donnerait un jour.

Le Germe de David : un rejeton juste

Les prophètes forgent pour cette espérance une image botanique appelée à une grande fortune : le Germe (hébreu tsémah), le rejeton qui repousse de la souche royale. Jérémie l'annonce avec netteté :

« Voici venir des jours — oracle du Seigneur — où je susciterai pour David un Germe juste ; il régnera en roi sagement, il exercera dans le pays le droit et la justice. […] On l'appellera : Le-Seigneur-est-notre-justice. » — Jérémie 23, 5-6[30]

Zacharie reprend le motif et le nomme explicitement : « Voici un homme dont le nom est Germe », associant cette fois la figure au sacerdoce et à la reconstruction du Temple.[31] Isaïe avait déjà chanté le rameau de la souche de Jessé, le père de David : d'un tronc coupé jaillit un surgeon porteur de l'Esprit.[32] Ce réseau d'images — souche, rameau, germe, rejeton — fait du messianisme royal une espérance de vie renaissante après la mort apparente de la dynastie.

Quand le trône s'effondre : l'exil et l'espérance maintenue

La catastrophe de 586 av. J.-C. (587 selon une partie de la littérature) — Jérusalem brûlée, le Temple détruit, le dernier roi déporté — aurait pu éteindre l'attente. Elle l'a au contraire purifiée et projetée vers l'avenir. Privé de roi, Israël reporte la promesse davidique sur une figure à venir. Ézéchiel annonce un unique Pasteur, « mon serviteur David », qui rassemblera le troupeau dispersé.[33] La vision des ossements desséchés qui reprennent vie devient l'emblème d'un peuple — et d'une espérance — que Dieu relèvera de la mort.[34]

C'est exactement le sens du rameau d'Isaïe 11 : il ne pousse pas d'un arbre florissant, mais « de la souche de Jessé », d'un tronc abattu. Le messianisme devient ainsi indissociable d'une logique de résurrection : l'attente la plus haute naît au moment où tout semble fini.

Les visages du Messie chez les prophètes

Les visages du Messie chez les prophètes : cinq figures distinctes qui enrichissent progressivement l'attente. Infographie Ignispedia.

À mesure que l'espérance se précise, elle se diversifie. Les grands prophètes ne décrivent pas un seul portrait, mais plusieurs visages complémentaires — au point que le judaïsme ancien hésitera sur leur unité. Cette section parcourt ces visages tels qu'ils apparaissent dans le texte prophétique ; leur convergence en une seule personne relève de la lecture chrétienne, développée dans l'article voisin.

Isaïe et le Livre de l'Emmanuel

Le bloc d'Isaïe 6-12, que la tradition appelle le Livre de l'Emmanuel, concentre les oracles royaux les plus denses. Le Catéchisme y voit le lieu où « les traits du visage du Messie attendu commencent à apparaître ».[35] Trois sommets s'y détachent. L'oracle de l'Emmanuel : « Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils, et elle lui donne le nom d'Emmanuel » — « Dieu-avec-nous ».[36] L'annonce de l'enfant royal aux titres prodigieux : « Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-paix. »[37] Et le rameau de Jessé sur qui repose la plénitude de l'Esprit — sagesse, intelligence, conseil, force, science, crainte du Seigneur.[38] Ce dernier texte fonde la tradition des sept dons de l'Esprit et lie indissolublement le Messie à l'Esprit Saint.

Le Serviteur souffrant

La figure la plus saisissante — et la plus discutée — apparaît dans les quatre chants du Serviteur du livre d'Isaïe.[39] L'expression de « Second Isaïe », par laquelle une partie de l'exégèse contemporaine désigne l'auteur supposé des chapitres 40 à 55, nomme une hypothèse et non un fait établi : elle suppose, elle aussi, qu'une prophétie précise serait impossible, tandis que la tradition catholique tient le livre pour l'œuvre du seul Isaïe.[40] Le quatrième chant, Isaïe 52-53, décrit un homme méprisé, broyé, chargé des péchés de la multitude, qui offre sa vie en réparation et que Dieu glorifie.

« Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs […]. Ce sont nos souffrances qu'il portait […]. Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche, comme l'agneau conduit à l'abattoir. » — Isaïe 53, 3-7[41]

Qui est ce Serviteur ? Le texte lui-même hésite entre une lecture collective — Israël, peuple souffrant au milieu des nations — et une lecture individuelle — un juste singulier qui souffre pour le peuple. Le judaïsme ancien a connu les deux. Fait remarquable, le Targum d'Isaïe ouvre le chant en identifiant le personnage au Messie : « Voici que mon serviteur, le Messie, prospérera » — tout en transférant les souffrances au peuple et la gloire au Messie.[42] La lecture messianique personnelle d'Isaïe 53 n'est donc pas une invention chrétienne tardive : elle a des racines juives, même si elle coexiste avec d'autres interprétations.

Michée et Bethléem ; Zacharie et le roi humble

Deux oracles brefs ajoutent des traits précis au portrait. Michée localise l'origine du chef d'Israël : « Et toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c'est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. »[43] Zacharie corrige par avance toute illusion de messianisme guerrier : le roi attendu vient « humble, monté sur un âne », et c'est lui qui « brisera l'arc de guerre » et « proclamera la paix aux nations ».[44] Le même prophète annonce un deuil mystérieux : le peuple « regardera vers celui qu'ils ont transpercé ».[45] Le détail de la reprise de ces textes par les évangiles est traité dans l'article voisin.

Le messager de l'Alliance

Le dernier prophète du canon, Malachie, scelle l'attente par l'annonce d'un double envoi : un messager qui prépare le chemin, puis le Seigneur lui-même qui « entrera dans son Temple ».[46] Le livre s'achève sur la promesse du retour d'Élie « avant que vienne le jour du Seigneur ».[47] L'Ancien Testament se referme ainsi sur une attente ouverte : un précurseur est annoncé, et avec lui la venue décisive de Dieu.

Daniel et l'apocalyptique : le Fils de l'homme

Avec le livre de Daniel, l'espérance messianique change de registre. Elle quitte le seul plan de la royauté terrestre pour s'ouvrir à une dimension céleste et cosmique, propre à la littérature dite apocalyptique. C'est là que naît l'une des figures les plus énigmatiques de toute la Bible.

Daniel 7 : « comme un Fils d'homme venant sur les nuées »

Dans une vision nocturne, Daniel voit quatre bêtes monstrueuses surgir de la mer — les empires violents —, puis une figure radicalement autre :

« Je regardais, au cours des visions de la nuit, et voici, venant sur les nuées du ciel, comme un Fils d'homme. Il s'avança jusqu'à l'Ancien des jours […]. À lui furent donnés domination, gloire et royauté ; tous les peuples, nations et langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera pas. » — Daniel 7, 13-14[48]

Daniel 7 oppose les empires violents au règne universel et éternel reçu par celui qui vient comme un Fils d'homme. Infographie Ignispedia.

Ce Fils de l'homme n'émerge pas de la mer comme les bêtes : il vient du ciel, sur les nuées — prérogative divine. Il reçoit un règne universel et éternel. Le texte amorce ainsi un messianisme transcendant : non plus seulement un roi davidique au milieu des nations, mais une figure venant d'auprès de Dieu pour inaugurer un Royaume qui ne sera jamais détruit.[49]

Les soixante-dix semaines et le « Messie »

Daniel 9 est l'un des très rares textes de l'Ancien Testament à employer le mot mashiah pour une figure future : la prophétie des « soixante-dix semaines » annonce qu'après un temps fixé, « un Messie sera retranché ».[50] Le passage est techniquement complexe — découpage des semaines, comput des années, identité du « prince » — et fait l'objet de débats exégétiques nourris. On se gardera ici d'en faire une équation : ce qui importe pour le thème, c'est que Daniel inscrit l'attente du Messie dans une chronologie, donnant à l'espérance une échéance et une tension historiques. L'usage apologétique de cette chronologie est discuté dans l'article voisin.

Un messianisme céleste et eschatologique

Daniel marque donc un tournant : l'espérance se fait eschatologique, tournée vers la fin de l'histoire et le jugement de Dieu. Cette veine apocalyptique, on le verra, sera intensément cultivée dans le judaïsme du Second Temple, où le « Fils de l'homme » deviendra une figure pleinement messianique, juge des nations et révélateur des secrets divins.

Le messianisme prêtre, le messianisme prophète

L'attente d'Israël ne se réduit pas au roi. À côté du messianisme royal, l'Ancien Testament nourrit deux autres lignes — sacerdotale et prophétique — dont la convergence finira par dessiner la « triple charge » que la théologie appellera munus triplex.

Le prêtre selon l'ordre de Melchisédech

Le Psaume 110 superpose au roi davidique une dignité sacerdotale d'un type inédit :

« Oracle du Seigneur à mon seigneur : Siège à ma droite […]. Tu es prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech. » — Psaume 110, 1.4[51]

Melchisédech, ce roi-prêtre de Salem qui bénit Abraham dans la Genèse, n'appartient pas à la lignée lévitique : il représente un sacerdoce antérieur et supérieur à celui d'Aaron.[52] En rattachant le Messie à cet ordre, le Psaume ouvre l'attente d'un médiateur qui serait à la fois roi et prêtre — une fonction que le judaïsme du Second Temple cherchera parfois à répartir entre deux personnages distincts.

L'attente d'un prophète eschatologique

La promesse du Deutéronome d'« un prophète comme Moïse » entretient, parallèlement, l'espérance d'un médiateur de la Parole.[53] À cela s'ajoute l'annonce du retour d'Élie chez Malachie.[54] Au tournant de notre ère, certains juifs attendent ainsi « le Prophète » comme une figure propre, parfois nettement distincte du roi-Messie. L'évangile de Jean conservera la trace de cette pluralité quand on demandera au Baptiste s'il est « le Christ », « Élie » ou « le Prophète » — trois attentes énumérées comme distinctes.[55]

Royauté, sacerdoce, prophétie : les trois onctions

Roi, prêtre et prophète : trois onctions développées séparément dans l'Ancien Testament et réunies par la lecture chrétienne. Infographie Ignispedia.

On retrouve ici les trois catégories d'oints repérées au début : roi, prêtre, prophète. L'Ancien Testament les développe d'abord séparément ; c'est leur unification en une seule personne qui constitue la nouveauté de la lecture chrétienne. Le Catéchisme résume : le Messie devait être oint « à la fois comme roi et prêtre […] mais aussi comme prophète ».[56] La tradition catholique parlera du Christ prêtre, prophète et roi — la triple charge dont les racines plongent dans ces trois lignes vétéro-testamentaires.

L'espérance messianique dans le judaïsme du Second Temple

Le messianisme pluriel du Second Temple : deux Messies à Qumrân, thaumaturge de 4Q521, fils de David et figure céleste. Infographie Ignispedia, d'après 1QS, 4Q521, Psaumes de Salomon 17, 1 Hénoch et 4 Esdras.

Entre le retour d'exil (VIᵉ siècle av. J.-C.) et la destruction du Temple en 70 ap. J.-C., l'attente messianique connaît un foisonnement extraordinaire. Loin d'un dogme unique, le judaïsme du Second Temple porte un éventail d'espérances, que les sources écrites de l'époque permettent aujourd'hui de reconstituer avec précision. Comme l'a montré le bibliste John J. Collins, le judaïsme ancien ne connaissait pas un concept unique et normatif du messianisme, mais un ensemble de schémas en partie distincts.[57]

Les manuscrits de Qumrân : deux Messies, d'Aaron et d'Israël

Les rouleaux découverts près de la mer Morte, copiés entre le IIᵉ siècle av. J.-C. et le Iᵉʳ siècle ap. J.-C., offrent le témoignage le plus net. La Règle de la Communauté attend non pas un, mais deux Messies, encadrés par un prophète :

« […] jusqu'à la venue du Prophète et des Messies d'Aaron et d'Israël. » — Règle de la Communauté (1QS IX, 11), Qumrân[58]

Cette double messianité — un Messie sacerdotal (d'Aaron) et un Messie royal (d'Israël), le roi étant souvent subordonné au prêtre — structure plusieurs textes de la communauté.[59] D'autres rouleaux confirment l'attente royale davidique : le Florilège (4Q174) lit la promesse de 2 Samuel 7 comme l'annonce du « rejeton de David » qui se lèvera à la fin des jours.[60] L'espérance de Qumrân est donc à la fois plurielle (plusieurs figures) et enracinée dans l'Écriture (David, Aaron, le Prophète du Deutéronome).

4Q521 : le Messie qui guérit et ressuscite

Un fragment surnommé l'Apocalypse messianique (4Q521) est particulièrement frappant. Il décrit les œuvres qui accompagneront le Messie en reprenant le vocabulaire d'Isaïe 61 et des Psaumes :

« […] car il guérira les blessés, il fera revivre les morts, il annoncera la bonne nouvelle aux humbles. » — Apocalypse messianique (4Q521), Qumrân[61]

Ce texte, que l'on date généralement du début du Iᵉʳ siècle av. J.-C. (datation paléographique de la copie), atteste qu'avant le christianisme, un courant juif associait déjà le temps du Messie à des guérisons et à la résurrection des morts. Il documente ainsi, de l'intérieur du judaïsme, l'horizon dans lequel s'inscrira plus tard la prédication chrétienne.[62]

Les Psaumes de Salomon : le fils de David qui purifie Jérusalem

Composés au milieu du Iᵉʳ siècle av. J.-C., peu après la prise de Jérusalem par le général romain Pompée (63 av. J.-C.), les Psaumes de Salomon offrent le portrait le plus développé d'un Messie davidique royal :

« Vois, Seigneur, et suscite-leur leur roi, fils de David, au temps que tu connais, ô Dieu, pour qu'il règne sur Israël ton serviteur. […] Il rassemblera un peuple saint qu'il conduira dans la justice. » — Psaumes de Salomon 17, 21-26[63]

Ce Messie est un homme, descendant de David, qui purifiera Jérusalem des occupants païens, brisera l'orgueil des pécheurs « non par l'épée » mais « par la parole de sa bouche », et établira un règne de sainteté.[64] On y mesure combien l'attente d'un libérateur royal et national était vive à la veille de l'ère chrétienne.

Le Fils de l'homme d'Hénoch et de 4 Esdras

La veine apocalyptique de Daniel s'épanouit dans deux grands écrits. Les Paraboles d'Hénoch (1 Hénoch 37-71) développent un « Fils de l'homme » préexistant, choisi avant la création, qui siège sur le trône de gloire pour juger les rois de la terre.[65] Le quatrième livre d'Esdras (chap. 13), généralement daté de la fin du Iᵉʳ siècle ap. J.-C., reprend la vision de Daniel : un homme monte de la mer, vole avec les nuées du ciel et anéantit les nations hostiles par le souffle de sa bouche.[66] Ces textes prouvent que, dans certains milieux, le « Fils de l'homme » de Daniel était déjà compris comme une figure messianique céleste, juge et sauveur.

Un messianisme pluriel : roi, prêtre, prophète, figure céleste

Le tableau suivant récapitule cette diversité, qui est la donnée historique majeure du thème à l'époque du Second Temple. Il ne s'agit pas d'attentes contradictoires, mais de facettes que les différents milieux juifs accentuaient diversement.

Figure attendueTrait dominantSource du Second Temple
Messie royal davidiqueRoi libérateur, juge, restaurateur d'IsraëlPsaumes de Salomon 17 ; 4Q174
Messie sacerdotalMédiateur du culte, supérieur au roiRègle de la Communauté (1QS)
Prophète eschatologiqueMédiateur d'une parole décisive de Dieu1QS ; attente du « Prophète »
Messie thaumaturgeGuérit les malades, ressuscite les mortsApocalypse messianique (4Q521)
Fils de l'homme célesteJuge préexistant venant sur les nuées1 Hénoch 37-71 ; 4 Esdras 13

Cette pluralité éclaire une difficulté souvent soulevée : si les juifs « attendaient le Messie », pourquoi tous ne l'ont-ils pas reconnu de la même manière ? Précisément parce qu'il n'existait pas une image unique et arrêtée, mais un riche entrelacs d'espérances que nul roi historique n'avait encore unifiées.[67]

La lecture catholique du thème messianique

Comment l'Église lit-elle cet immense thème ? Non comme un oracle codé qu'il suffirait de déchiffrer, mais comme une pédagogie divine : Dieu prépare lentement, à travers l'histoire d'un peuple, la reconnaissance de son Sauveur. Quatre principes guident cette lecture.

L'unité des deux Testaments

Le premier principe est l'unité de l'Écriture. L'Ancien et le Nouveau Testament s'éclairent mutuellement ; aucun ne se comprend sans l'autre. Le concile Vatican II reprend la formule de saint Augustin :

« Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, et l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau. » — Saint Augustin, cité par le concile Vatican II, Dei Verbum, § 16[68]

C'est pourquoi le thème messianique ne peut être tenu pour une projection rétrospective : les textes étaient écrits, copiés, traduits et lus des siècles avant le christianisme, comme l'attestent la Septante et les manuscrits de Qumrân.[69]

Sens littéral et sens spirituel

Le deuxième principe distingue les sens de l'Écriture. Le sens littéral est ce que le texte signifiait dans son contexte d'origine : Isaïe parlant à Jérusalem au VIIIᵉ siècle, l'oracle de Bethléem visant la dynastie de Juda. Le sens spirituel — dont la typologie est une forme — discerne dans ces réalités une préfiguration de réalités plus grandes.[70] La lecture catholique refuse deux excès symétriques : réduire le texte à son seul sens historique (en niant toute portée messianique), ou évacuer le sens littéral au profit d'allégories arbitraires. Le sens plus plein ne contredit jamais le sens littéral ; il l'accomplit.[71]

L'attente du Messie et de son Esprit

Le troisième principe situe tout le thème dans une histoire de l'Esprit. Le Catéchisme intitule la section décisive « L'attente du Messie et de son Esprit » et y décrit deux lignes prophétiques convergentes :

« Deux lignes prophétiques vont se dessiner, portant l'une sur l'attente du Messie, l'autre sur l'annonce d'un Esprit nouveau, et elles convergent dans le petit Reste, le peuple des Pauvres (cf. So 2, 3), qui attend dans l'espérance la « consolation d'Israël » et « la délivrance de Jérusalem » (cf. Lc 2, 25. 38). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 711[72]

Le Messie attendu n'est pas séparable de l'Esprit qui « repose sur lui » (Isaïe 11) et qu'il « répandra sur toute chair » (Joël 3). Et cette attente trouve son foyer humain dans le Reste, les anawim — les pauvres et les humbles dont les Psaumes expriment le cœur, et que l'Esprit dispose à accueillir le Sauveur.[73]

De l'attente à l'accomplissement

Le dernier principe est celui de l'accomplissement. Pour la foi catholique, le faisceau d'attentes vétéro-testamentaires — roi, prêtre, prophète, Serviteur souffrant, Fils de l'homme — trouve son unité non dans une idée, mais dans une personne : Jésus de Nazareth, reconnu comme le Christ. L'Ancien Testament garde toutefois sa valeur propre : il n'est pas une simple énigme dissoute par sa solution, mais la plante qui, « privée de ses racines », se dessécherait sans lui.[74] L'examen détaillé de cet accomplissement — textes, objections juives et critiques, lecture des évangiles — est l'objet de l'article Les prophéties annonçant Jésus dans l'Ancien Testament.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 436 : « Christ » vient du grec Christos, traduction de l'hébreu Messie, « oint » ; rois, prêtres et, en de rares cas, prophètes étaient oints au nom de Dieu.

    1 10
  2. Sur le sens de mashiah : John J. Collins, The Scepter and the Star. Messianism in Light of the Dead Sea Scrolls, 2ᵉ éd., Eerdmans, Grand Rapids, 2010, chap. 1, qui rappelle que le terme désigne d'abord un personnage oint réellement en fonction (roi ou prêtre) avant de prendre son sens eschatologique.

    2
  3. John J. Collins, The Scepter and the Star, 2ᵉ éd., Eerdmans, 2010 : étude de référence sur le messianisme juif à la lumière des manuscrits de la mer Morte.

    3
  4. Commission biblique pontificale, Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne, Vatican, 2001, § 62 (« le fils et successeur de David ») : l'oracle de Natan, au sens obvie non messianique, devenu portrait d'un roi idéal ; l'espérance messianique, maintenue dans les traditions du judaïsme sans être centrale dans tous les courants.

    4
  5. Catéchisme de l'Église catholique, § 712 : « Les traits du visage du Messie attendu commencent à apparaître dans le Livre de l'Emmanuel » (cf. Is 6-12), en particulier Is 11, 1-2.

    5 35
  6. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, 18 novembre 1965, § 16, sur l'unité des deux Testaments : « Dieu […] a sagement disposé les choses de telle sorte que le Nouveau soit caché dans l'Ancien et que, dans le Nouveau, l'Ancien soit dévoilé » (ut Novum in Vetere lateret et in Novo Vetus pateret), reprenant la formule de saint Augustin (Quaestiones in Heptateuchum, 2, 73 : in Vetere Novum lateat, et in Novo Vetus pateat).

    6
  7. 1 Samuel 16, 1-13 : onction de David par Samuel à Bethléem ; cf. 1 Samuel 10, 1 pour l'onction de Saül.

    7
  8. Lévitique 4, 3.5.16 ; 6, 15 : mention du « prêtre oint » (le grand prêtre), consacré par l'onction d'huile sainte (cf. Ex 29, 7).

    8
  9. 1 Rois 19, 16 : Élie reçoit l'ordre d'« oindre » Élisée comme prophète à sa place — cas rare d'onction prophétique.

    9
  10. Isaïe 45, 1 : Dieu appelle Cyrus, roi de Perse, « son oint » (mashiah), parce qu'il le suscite pour libérer Israël de l'exil de Babylone — seul païen ainsi nommé dans la Bible.

    11
  11. Mise au point publiée en 1955 par le T.R.P. Athanasius Miller, O.S.B., secrétaire de la Commission biblique pontificale, avec le sous-secrétaire A. Kleinhans (compte rendu signé « A.M. », « Das Neue Biblische Handbuch », Benediktinische Monatsschrift, 1955 ; repris et traduit en anglais par E. F. Siegman, « The Decrees of the Pontifical Biblical Commission: A Recent Clarification », Catholic Biblical Quarterly 18, 1956, p. 23-29) : tant que les décisions anciennes de la Commission ne proposent pas de vues liées, immédiatement ou médiatement, aux vérités de foi et de mœurs, le chercheur peut poursuivre librement ses recherches, pourvu qu'il défère toujours au magistère suprême de l'Église — la position traditionnelle reste ainsi librement tenable, sans être imposée comme seule recevable.

    12
  12. Commission biblique pontificale, décision sur le caractère et l'auteur du livre d'Isaïe, 28 juin 1908 : les prophéties du livre ne peuvent être enseignées ni comme des récits composés après l'événement, ni comme de simples conjectures tirées des événements passés au lieu d'une révélation surnaturelle (question 1, réponse : Non) ; la seconde partie du livre (Is 40-66) ne doit pas être attribuée à un prophète inconnu vivant parmi les exilés de Babylone plutôt qu'à Isaïe lui-même (question 3, réponse : Non) ; aucun argument solide, même pris collectivement, ne démontre une pluralité d'auteurs pour ce livre (questions 4-5, réponse : Non).

    13 40
  13. Sur le passage du roi présent au roi attendu après la chute de la monarchie : J. J. Collins, The Scepter and the Star, op. cit., chap. 2 ; Commission biblique pontificale, Le peuple juif…, § 62. Date débattue : 586 (chronologie usuelle) ou 587 (chronologie révisée d'après les chroniques babyloniennes).

    14
  14. Commission biblique pontificale, Le peuple juif et ses Saintes Écritures, § 21 : « Tous les textes, y compris ceux qui, par la suite, ont été lus comme des prophéties messianiques, ont eu une valeur et une signification immédiates pour les contemporains, avant d'avoir une signification plus pleine pour les auditeurs futurs. »

    15
  15. Genèse 3, 15 : l'inimitié entre la descendance de la femme et celle du serpent, traditionnellement appelée Protévangile.

    16
  16. Catéchisme de l'Église catholique, § 410 : Gn 3, 15 est lu comme la première annonce du Messie et Rédempteur (Protévangile).

    17
  17. Genèse 12, 3 : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » — promesse faite à Abraham ; cf. Gn 18, 18 ; 22, 18.

    18
  18. Sur l'universalité de la promesse : Genèse 22, 18 et Psaume 72, 8-11 (le roi régnant « d'une mer à l'autre ») ; cf. Isaïe 49, 6 (« lumière des nations »).

    19
  19. Genèse 49, 10 : « Le sceptre ne s'éloignera pas de Juda […] jusqu'à ce que vienne Shilo » ; le terme Shilo est obscur et diversement traduit, mais sa lecture royale et messianique est ancienne.

    20
  20. Targum Onkelos (paraphrase araméenne) sur Genèse 49, 10 : « Until the Messiah comes, whose is the kingdom, and him shall the nations obey » (« jusqu'à ce que vienne le Messie, à qui appartient le royaume, et à qui obéiront les nations ») ; trad. anglaise dans Bernard Grossfeld, Targum Onqelos to Genesis (The Aramaic Bible, 6), Glazier, 1988.

    21
  21. Deutéronome 18, 15-19 : annonce d'« un prophète comme Moïse » que le peuple devra écouter.

    22
  22. Nombres 24, 17 : oracle de Balaam, « un astre issu de Jacob […], un sceptre se lève d'Israël ».

    23
  23. Le chef de la seconde révolte juive (132-135 ap. J.-C.) fut surnommé Bar Kokhba, « fils de l'étoile », par référence à Nb 24, 17 ; Rabbi Aqiba le salua comme roi-Messie. Voir J. J. Collins, The Scepter and the Star, op. cit., chap. 9 (prétendants messianiques).

    24
  24. 2 Samuel 7, 12-16 : oracle de Natan ; promesse d'une dynastie, d'une filiation divine (« je serai pour lui un père ») et d'un trône affermi « pour toujours » — l'« alliance davidique ». Cf. le parallèle de 1 Chroniques 17 et Psaume 89.

    25
  25. Sur l'alliance davidique comme matrice du messianisme royal : Psaume 89, 4-5.20-38 (relecture de la promesse à l'épreuve de l'histoire) ; J. J. Collins, The Scepter and the Star, op. cit., chap. 2.

    26
  26. Psaume 2, 7 : « Tu es mon fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré » — parole d'adoption royale au jour du sacre.

    27
  27. Psaume 110, 1.4 : « Oracle du Seigneur à mon seigneur : Siège à ma droite […] Tu es prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech » — psaume associant royauté et sacerdoce ; c'est le psaume le plus cité dans le Nouveau Testament (Ps 110, 1 en Mt 22, 44 ; Ac 2, 34-35 ; He 1, 13 ; Ps 110, 4 en He 5, 6 ; 7, 17 ; cf. D. M. Hay, Glory at the Right Hand. Psalm 110 in Early Christianity, SBLMS 18, Abingdon, 1973).

    28
  28. Psaume 72 : portrait du roi de justice et de paix, défenseur du pauvre, dont le règne s'étend « d'une mer à l'autre » (v. 8) et devant qui se prosternent les nations (v. 10-11).

    29
  29. Jérémie 23, 5-6 : annonce du « Germe juste » (tsémah) pour David, roi de droit et de justice, nommé « Le-Seigneur-est-notre-justice » ; cf. Jérémie 33, 15.

    30
  30. Zacharie 3, 8 et 6, 12 : le serviteur nommé « Germe » (tsémah), associé à la reconstruction du Temple et au sacerdoce.

    31
  31. Isaïe 11, 1-3 : « Un rameau sortira de la souche de Jessé […] sur lui reposera l'Esprit du Seigneur » — sagesse, intelligence, conseil, force, science, crainte du Seigneur (source de la tradition des sept dons de l'Esprit).

    32 38
  32. Ézéchiel 34, 23-24 et 37, 24-25 : annonce d'un Pasteur unique, « mon serviteur David », qui rassemblera et conduira le troupeau dispersé.

    33
  33. Ézéchiel 37, 1-14 : vision des ossements desséchés qui reviennent à la vie — symbole de la restauration d'Israël et d'une espérance plus forte que la mort.

    34
  34. Isaïe 7, 14 : oracle de l'Emmanuel, « Dieu-avec-nous » ; le terme hébreu almah (jeune femme) est traduit parthenos (vierge) par la Septante.

    36
  35. Isaïe 9, 5 : l'enfant royal aux titres « Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-paix ».

    37
  36. Les quatre chants du Serviteur : Isaïe 42, 1-9 ; 49, 1-6 ; 50, 4-10 ; 52, 13 – 53, 12 ; cf. Catéchisme, § 713.

    39
  37. Isaïe 52, 13 – 53, 12 (4ᵉ chant du Serviteur) : le Serviteur méprisé, « homme de douleurs », qui « portait nos souffrances » et offre sa vie « en sacrifice de réparation » (53, 10).

    41
  38. Targum Jonathan aux Prophètes, sur Isaïe 52, 13 : « Behold, my servant, the Messiah, shall prosper » (« Voici que mon serviteur, le Messie, prospérera ») ; le Targum identifie le Serviteur au Messie pour la gloire, tout en rapportant les souffrances au peuple. Trad. anglaise de Bruce D. Chilton, The Isaiah Targum (The Aramaic Bible, 11), M. Glazier, Wilmington, 1987 (réimpr. Liturgical Press, 1990), qui y voit l'œuvre du meturgeman tannaïtique.

    42
  39. Michée 5, 1 : « Et toi, Bethléem Éphrata […], c'est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël », aux origines « d'autrefois, des jours d'éternité ».

    43
  40. Zacharie 9, 9-10 : le roi « humble, monté sur un âne », qui retranche les chars et l'arc de guerre et proclame la paix aux nations.

    44
  41. Zacharie 12, 10 : « Ils regarderont vers moi, vers celui qu'ils ont transpercé », et feront sur lui un deuil amer.

    45
  42. Malachie 3, 1 : « Voici que j'envoie mon messager pour qu'il prépare le chemin devant moi ; aussitôt entrera dans son Temple le Seigneur que vous cherchez. »

    46
  43. Malachie 3, 23-24 : promesse de l'envoi d'« Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, grand et redoutable ».

    47
  44. Daniel 7, 13-14 : vision du « comme un Fils d'homme » venant sur les nuées du ciel jusqu'à l'Ancien des jours, recevant domination, gloire et royauté éternelles sur tous les peuples.

    48
  45. Sur la nature céleste du Fils de l'homme de Dn 7 (qui vient du ciel, à la différence des bêtes issues de la mer) : J. J. Collins, The Scepter and the Star, op. cit., chap. 8 (« The Danielic Son of Man »).

    49
  46. Daniel 9, 24-26 : prophétie des « soixante-dix semaines » ; après un temps fixé, « un Messie (mashiah) sera retranché ». Le passage est techniquement débattu (comput des semaines, identité du prince).

    50
  47. Psaume 110, 4 : « Tu es prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech » — superposition d'une dignité sacerdotale à la royauté davidique.

    51
  48. Genèse 14, 18-20 : Melchisédech, roi de Salem et « prêtre du Dieu Très-Haut », bénit Abraham et lui offre pain et vin ; sacerdoce extérieur et antérieur à la lignée lévitique.

    52
  49. Deutéronome 18, 15-19 (voir supra) : la promesse du prophète « comme Moïse » nourrit l'attente d'un médiateur de la Parole.

    53
  50. Malachie 3, 23-24 (voir supra) : retour annoncé d'Élie avant le jour du Seigneur.

    54
  51. Jean 1, 19-21 : on demande à Jean-Baptiste s'il est « le Christ », « Élie » ou « le Prophète » — trois attentes énumérées comme distinctes dans le judaïsme du Iᵉʳ siècle.

    55
  52. Catéchisme de l'Église catholique, § 436 : le Messie devait être oint « à la fois comme roi et prêtre […] mais aussi comme prophète » — racine de la doctrine de la triple charge (munus triplex) du Christ.

    56
  53. John J. Collins, The Scepter and the Star, 2ᵉ éd., Eerdmans, 2010, conclusion : il n'existait pas un concept juif unique et normatif du messianisme, mais un ensemble de schémas partiellement distincts (royal, sacerdotal, prophétique, céleste).

    57
  54. Règle de la Communauté (Serek ha-Yahad, 1QS), colonne IX, ligne 11, Qumrân : la communauté attend « le Prophète et les Messies d'Aaron et d'Israël ». Texte dans F. García Martínez & E. J. C. Tigchelaar, The Dead Sea Scrolls Study Edition, Brill / Eerdmans, 1997-1998.

    58
  55. Sur la « double messianité » (Messie sacerdotal d'Aaron et Messie royal d'Israël), avec subordination fréquente du roi au prêtre : cf. 1QSa (1Q28a) II ; J. J. Collins, The Scepter and the Star, op. cit., chap. 4 (« The Messiahs of Aaron and Israel »).

    59
  56. Florilège (4Q174 / 4QFlorilegium), Qumrân : lecture de la promesse de 2 Samuel 7 comme annonce du « rejeton de David » qui se lèvera à la fin des jours, avec citation d'Amos 9, 11. Texte dans García Martínez & Tigchelaar, Study Edition, op. cit.

    60
  57. Apocalypse messianique (4Q521), fragment 2, colonne II, Qumrân (copie paléographique généralement datée du début du Iᵉʳ siècle av. J.-C.) : Dieu, au temps de son Messie, « guérira les blessés, fera revivre les morts, annoncera la bonne nouvelle aux humbles » (reprise d'Is 61, 1 et du Ps 146). Édition princeps : É. Puech, DJD XXV ; texte et trad. anglaise dans García Martínez & Tigchelaar, Study Edition, op. cit. L'attribution exacte du sujet des verbes (Dieu ou son Messie) est discutée ; la formulation retient la lecture prudente : Dieu agissant au temps de son Messie.

    61
  58. Sur 4Q521 comme attestation pré-chrétienne d'un Messie associé aux guérisons et à la résurrection : J. J. Collins, The Scepter and the Star, op. cit., chap. 5 ; le parallèle avec Lc 7, 22 / Mt 11, 5 est discuté dans l'article voisin.

    62
  59. Psaumes de Salomon 17, 21-26 (milieu du Iᵉʳ siècle av. J.-C.) : prière pour que Dieu suscite « leur roi, fils de David », qui purifiera Jérusalem et rassemblera un peuple saint. Traduction de référence dans J. H. Charlesworth (éd.), The Old Testament Pseudepigrapha, vol. 2, Doubleday, 1985.

    63
  60. Psaumes de Salomon 17, 24.35-37 : le Messie brise les pécheurs « par la parole de sa bouche », non par les armes ; il règne dans la sainteté, instruit par Dieu. Cf. Charlesworth, OTP, vol. 2.

    64
  61. 1 Hénoch 37-71 (les Paraboles ou Similitudes d'Hénoch) : un « Fils de l'homme » / « Élu » préexistant, caché auprès de Dieu avant la création, siège sur le trône de gloire pour juger rois et puissants. Traduction dans Charlesworth, OTP, vol. 1, 1983.

    65
  62. 4 Esdras 13 (2 Esdras 13, apocalypse juive rédigée vers la fin du Iᵉʳ siècle ap. J.-C.) : un homme monte de la mer, vole avec les nuées du ciel et détruit les nations hostiles par le souffle de sa bouche — relecture de Daniel 7. Charlesworth, OTP, vol. 1.

    66
  63. Sur la pluralité des attentes comme donnée historique majeure : J. J. Collins, The Scepter and the Star, op. cit., conclusion ; Commission biblique pontificale, Le peuple juif…, § 62.

    67
  64. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 16, reprenant saint Augustin, Quaestiones in Heptateuchum, 2, 73 (in Vetere Novum lateat, et in Novo Vetus pateat) : « Le Nouveau Testament est caché dans l'Ancien, et l'Ancien est dévoilé dans le Nouveau » (formulation conciliaire : ut Novum in Vetere lateret et in Novo Vetus pateret).

    68
  65. L'antériorité des textes au christianisme est attestée par la Septante (traduction grecque commencée au IIIᵉ siècle av. J.-C.) et les manuscrits de Qumrân (dont le Grand Rouleau d'Isaïe, 1QIsaᵃ, copié vers le IIᵉ siècle av. J.-C.).

    69
  66. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 115-119, sur les sens de l'Écriture (littéral et spirituel : allégorique, moral, anagogique) et la typologie (§§ 128-130).

    70
  67. Commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église, 1993, sur le « sens plénier » qui accomplit le sens littéral sans le contredire ; cf. Le peuple juif…, § 21.

    71
  68. Catéchisme de l'Église catholique, § 711 (section « L'attente du Messie et de son Esprit ») : deux lignes prophétiques — attente du Messie et annonce d'un Esprit nouveau — convergent dans le petit Reste, le peuple des Pauvres.

    72
  69. Catéchisme de l'Église catholique, § 716 : le peuple des « pauvres » (anawim), humbles et doux, qui attendent la justice « non des hommes mais du Messie », est finalement « la grande œuvre de la mission cachée de l'Esprit Saint […] pour préparer la venue du Christ » ; cf. So 2, 3 ; Ps 22, 27 ; 34, 3 ; Is 49, 13 ; 61, 1.

    73
  70. Commission biblique pontificale, Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne, § 84 : « Sans l'Ancien Testament, le Nouveau Testament serait un livre indéchiffrable, une plante privée de ses racines et destinée à se dessécher. »

    74