L'interprétation catholique de la Bible

Comment l'Église lit-elle la Bible sans la trahir ni l'idolâtrer ? Les règles reçues des Pères et des conciles, les quatre sens de l'Écriture, et le débat avec l'exégèse moderne.

Ignispedia

Lire la Bible en catholique, ce n'est ni la prendre au pied de la lettre matérielle contre toute raison, ni la dissoudre en hypothèses savantes jusqu'à ce qu'il n'en reste rien : c'est recevoir une Parole inspirée par Dieu, écrite par des hommes, confiée à l'Église, et ordonnée au Christ. L'Église n'a jamais laissé chaque lecteur seul face au texte : depuis les apôtres, elle transmet avec l'Écriture la manière de la comprendre, et elle l'a précisée chaque fois que l'époque l'exigeait, de Trente (1546) à Vatican II (1965)[1][2].

Cet article est le dossier doctrinal de référence sur cette lecture : ce que l'Église reçoit avant même d'ouvrir le Livre, comment elle l'a lu pendant vingt siècles, les trois règles fixées par Dei Verbum, la place de l'Écriture dans la liturgie, les réponses romaines à la crise moderniste, et enfin, à sa vraie place, ce que propose l'exégèse historico-critique moderne, avec ses apports et ses limites. Le geste quotidien du lecteur (par où commencer, comment prier, que faire des passages difficiles) est exposé pour lui-même dans Comment lire la Bible catholiquement ? ; la formation du canon et la liste des 73 livres dans La Bible et Comment la Bible a-t-elle été formée ? ; la doctrine des sens spirituels dans Le sens spirituel de l'Écriture.

Ce que l'Église tient pour acquis : une Parole inspirée, sans erreur

Avant toute méthode, il y a un donné reçu : la Bible n'est pas un recueil d'écrits religieux parmi d'autres, que chacun interpréterait à sa guise. Elle est Parole de Dieu en langage humain, et c'est cette conviction qui commande toutes les règles qui suivent[3].

Dieu auteur, et les écrivains sacrés vrais auteurs

La foi catholique tient ensemble deux affirmations que les lectures infidèles séparent toujours : Dieu est l'auteur de l'Écriture, et les écrivains sacrés en sont les vrais auteurs, non des secrétaires passifs. Saint Paul l'énonce pour Timothée : « Toute Écriture est inspirée de Dieu » (2 Tm 3, 16), et saint Pierre précise le mode : « ce n'est pas d'une volonté humaine qu'est jamais venue une prophétie ; c'est portés par l'Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 P 1, 21)[4]. Vatican II reprend la formule exacte : les livres saints « ont Dieu pour auteur », rédigés « sous l'inspiration de l'Esprit Saint »[5].

Concrètement, cela veut dire que le texte porte la marque de son temps : langue, culture, tempérament de l'auteur, genres littéraires de son époque. Chercher Moïse, Isaïe ou saint Paul derrière les mots n'est donc pas une option pieuse, c'est la conséquence directe de l'inspiration : Dieu parle par des hommes, il ne les court-circuite pas[6]. C'est pourquoi l'Église a toujours défendu les attributions reçues (Moïse pour le Pentateuque, David au cœur des Psaumes, les prophètes pour les livres qui portent leur nom, les apôtres pour le Nouveau Testament) : elles appartiennent au témoignage par lequel ces livres ont été transmis comme Écriture[7].

L'inerrance : l'Écriture ne se trompe pas

De cette double paternité découle le dogme de l'inerrance : puisque Dieu est l'auteur, l'Écriture ne peut errer dans ce qu'elle affirme. Le concile Vatican I l'a défini en 1870 : les livres saints, « écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, ont Dieu pour auteur »[8]. Léon XIII, dans Providentissimus Deus (18 novembre 1893), tranche sans ambiguïté : les Écritures divines, « telles qu'elles nous ont été livrées par les écrivains sacrés, sont exemptes de toute erreur »[9]. Vatican II confirme : « puisque toutes les assertions des auteurs inspirés doivent être tenues pour assertions de l'Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l'Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut »[10].

Saint Augustin donnait déjà la méthode pour les difficultés apparentes, dans une lettre à saint Jérôme restée célèbre :

« S'il m'arrive de buter, dans ces livres, sur un passage qui semble contraire à la vérité, je tiens pour assuré que c'est le manuscrit qui est fautif, ou le traducteur qui s'est trompé, ou moi-même qui n'ai pas compris. »

  • Saint Augustin, lettre 82 à saint Jérôme, I, 3[11]

Autrement dit : devant une contradiction apparente, le catholique vérifie le texte, vérifie la traduction, puis se remet lui-même en question, dans cet ordre. Il ne conclut jamais d'emblée que l'Écriture s'est trompée. Cette confiance n'est pas de la naïveté : elle a produit quinze siècles de critique textuelle chrétienne, depuis les Hexaples d'Origène (vers 240) jusqu'aux éditions critiques modernes[12].

Soixante-treize livres reçus, pas inventés

L'Église n'interprète pas n'importe quel texte : elle interprète les livres qu'elle a reçus comme canoniques, 46 pour l'Ancien Testament et 27 pour le Nouveau, dont la liste complète est rappelée par le Catéchisme[13]. Cette liste n'est pas tombée du ciel en 1546 : les conciles de Rome (382), d'Hippone (393) et de Carthage (397) l'avaient déjà reçue, Florence (1442) l'avait confirmée pour l'Orient, et Trente (IVe session, décret du 8 avril 1546) l'a définie solennellement face aux contestations de la Réforme[14]. L'histoire détaillée de cette formation (témoins juifs, listes patristiques, fragment de Muratori, lettre festale d'Athanase en 367, question des sept livres deutérocanoniques) appartient aux articles spécialisés : Comment la Bible a-t-elle été formée ?, Le canon de l'Ancien Testament, Le canon du Nouveau Testament et Pourquoi les catholiques ont-ils sept livres de plus ?. Retenir ici l'essentiel : on n'interprète bien que ce qu'on a d'abord reçu, et l'Église interprète le corpus qu'elle a reconnu, ni plus ni moins.

Comment l'Église a toujours lu : vingt siècles de fidélité

L'interprétation catholique n'est pas née en 1965 : elle est aussi ancienne que l'Église elle-même, et même plus, car Israël interprétait déjà l'Écriture avant le Christ. Chaque génération a reçu les règles de la précédente, en les explicitant face aux questions de son temps[15].

Israël interprétait déjà

Après l'exil à Babylone, le scribe Esdras lit la Loi devant le peuple rassemblé à Jérusalem, et les lévites « donnaient le sens » pour que chacun comprenne (Ne 8, 1-8) : la prédication explicative naît avec le judaïsme lui-même[16]. Les rabbins développeront ensuite le midrash, recherche patiente du sens à partir de la lettre, et le Talmud de Babylone conserve les attributions reçues : Moïse a écrit le Pentateuque et Job, Josué son livre, Samuel les Juges et Ruth, Jérémie les Rois, Isaïe son livre (traité Baba Bathra 14b-15a)[17]. Ces attributions ne sont pas des opinions tardives : elles sont le témoignage continu du peuple à qui les livres furent d'abord confiés.

Deux autres faits juifs commandent encore notre lecture. D'abord la traduction grecque dite des Septante (Alexandrie, IIIe-IIe siècle avant J.-C.), entourée par la Lettre d'Aristée du récit des 72 traducteurs inspirés : c'est dans cette Bible grecque que le Nouveau Testament cite l'Ancien dans la plupart des cas, et l'Église l'a reçue comme sa propre Ancien Testament en grec[18]. Ensuite les commentaires de Qumrân (les pesharim, IIe-Ier siècle avant J.-C.), qui lisent les prophètes comme parlant du temps présent de la communauté : la lecture actualisante, que l'Église pratiquera à son tour, existait avant elle[19]. Voir La Septante et Les manuscrits de Qumrân.

La Règle de foi : lire avec les apôtres

Face aux gnostiques du IIe siècle, qui tordaient les Écritures vers leurs mythes, les Pères posent le principe qui ne sera plus jamais abandonné : l'Écriture s'interprète dans la foi que les apôtres ont transmise aux Églises, non dans les systèmes des nouveaux venus. Saint Irénée de Lyon, auditeur de saint Polycarpe qui avait lui-même connu l'apôtre Jean, l'énonce avec force : la prédication apostolique, gardée dans la succession des évêques, est la clé des Écritures[20]. C'est lui qui défend les quatre Évangiles, ni plus ni moins :

« Il n'est pas possible que les Évangiles soient ni plus nombreux ni moins nombreux que quatre. »

Tertullien, vers l'an 200, appelle cette clé la règle de foi (regula fidei) : le résumé du Symbole transmis au baptême, qui juge toute interprétation[22]. Et saint Vincent de Lérins, en 434, donne le critère pour trancher entre les lectures : tenir « ce qui a été cru partout, toujours et par tous » :

« Ce qui a été cru partout, toujours et par tous : voilà ce qui est vraiment et proprement catholique. »

  • Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, ch. 2[23]

Texte original latin : « quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est ». Cette phrase n'est pas un slogan conservateur : c'est un test. Une interprétation inédite, que nul Père n'a connue et que nulle Église n'a priée, part avec un handicap qu'elle doit combler par des preuves, non par des présupposés.

Alexandrie et Antioche : deux accents, une même foi

Au IIIe-IVe siècle, deux grandes écoles affinent l'art de lire, avec des accents différents que l'Église gardera tous deux. Alexandrie (Origène, puis Athanase et Cyrille) cherche sous la lettre l'esprit : Origène distingue le corps, l'âme et l'esprit de l'Écriture, et voit le Christ partout dans l'Ancien Testament[24]. Antioche (Diodore, Théodore, saint Jean Chrysostome) insiste sur l'histoire et la lettre : le texte dit d'abord ce qu'il dit, dans son temps, et c'est sur ce socle que se bâtit tout le reste[25]. L'Église a gardé l'exigence antiochienne (le sens littéral d'abord, toujours) et l'audace alexandrine (tout sens spirituel enraciné dans la lettre), en condamnant les excès des deux côtés : ni allégorisme sans texte, ni littéralisme sans Christ. Le concile de Constantinople II (553) condamnera ainsi les écrits de Théodore de Mopsueste quand l'école d'Antioche tourne à la dissolution du sens prophétique[26].

Deux docteurs résument l'équilibre. Saint Jérôme, chargé par le pape Damase en 382 de réviser le texte latin, donne à l'Occident sa Bible (la Vulgate) et sa méthode : retourner à l'hébreu (hebraica veritas), peser chaque mot, commenter livre par livre[27]. Sa devise traverse les siècles : « l'ignorance des Écritures, c'est l'ignorance du Christ »[28]. Saint Augustin, dans le De doctrina christiana (vers 396-426), fixe la boussole morale de toute lecture : comprendre l'Écriture, c'est apprendre à aimer Dieu et le prochain, et toute interprétation qui n'édifie pas la charité a manqué son but[29]. C'est aussi Augustin qui lance la formule reprise par tout le Moyen Âge et par Vatican II :

« Le Nouveau Testament se cache dans l'Ancien, et l'Ancien se dévoile dans le Nouveau. »

  • Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque, II, 73[30]

Texte original latin : « Novum Testamentum in Vetere latet, Vetus in Novo patet ».

Le Moyen Âge et les quatre sens

Les médiévaux systématisent l'héritage dans la doctrine des quatre sens de l'Écriture, que saint Thomas d'Aquin expose dans la Somme théologique (Ire partie, question 1, article 10) : le sens littéral, que les mots signifient d'abord, fonde les trois sens spirituels (allégorique, moral, anagogique), car seul Dieu, auteur de l'histoire elle-même, peut ordonner les réalités entre elles pour qu'elles se signifient l'une l'autre[31]. Le distique des écoles le résume : la lettre enseigne les faits, l'allégorie ce qu'il faut croire, la morale ce qu'il faut faire, l'anagogie vers quoi il faut tendre[32]. Le dossier complet de cette doctrine, avec ses sources et ses dérives, est exposé dans Le sens spirituel de l'Écriture ; on y renvoie pour le détail et l'on retient ici le principe : aucun sens spirituel sans sens littéral, et tout sens littéral ordonné au Christ.

  1. Ve siècle avant J.-C.
    Esdras lit la Loi

    De retour d'exil, le scribe lit la Loi devant le peuple et les lévites « donnent le sens » (Ne 8) : la prédication explicative naît avec le judaïsme.

  2. IIIe-IIe siècle avant J.-C.
    La Septante à Alexandrie

    La Bible hébraïque est traduite en grec ; la Lettre d'Aristée entoure l'œuvre des 72 traducteurs d'un prestige d'inspiration. L'Église citera l'Ancien Testament dans cette version.

  3. 382-405
    Saint Jérôme et la Vulgate

    Chargé par le pape Damase de réviser le latin à partir de l'hébreu, Jérôme donne à l'Occident sa Bible pour quinze siècles.

  4. 393-397
    Hippone et Carthage : la liste reçue

    Les conciles africains reçoivent la liste des 73 livres : Rome (382), Hippone (393), Carthage III (397).

  5. 434
    Vincent de Lérins : le critère catholique

    Le Commonitorium fixe le test de toute interprétation : ce qui a été cru partout, toujours et par tous.

  6. 8 avril 1546
    Trente définit le canon

    La IVe session définit solennellement la liste des livres saints et déclare la Vulgate texte authentique, face aux retranchements de la Réforme.

  7. 24 avril 1870
    Vatican I : Dieu auteur

    La constitution Dei Filius définit que les livres saints « ont Dieu pour auteur ».

  8. 18 novembre 1893
    Léon XIII : Providentissimus Deus

    Première grande encyclique biblique : inerrance complète, encouragement aux études, critique des rationalistes.

  9. 1907
    La crise moderniste tranchée

    Décret Lamentabili (3 juillet) et encyclique Pascendi (8 septembre) : 65 propositions condamnées, dont la dissolution de l'Écriture par l'histoire.

  10. 30 septembre 1943
    Pie XII : Divino Afflante Spiritu

    Cinquante ans après Léon XIII : langues originales, genres littéraires, critique textuelle et archéologie au service du sens littéral.

  11. 18 novembre 1965
    Vatican II : Dei Verbum

    Adoptée par 2 344 voix contre 6 : la charte contemporaine de la Révélation, de l'inspiration et de l'interprétation (§ 11-13).

  12. 15 avril 1993
    La Commission biblique fait le point

    L'Interprétation de la Bible dans l'Église : la méthode historico-critique est « indispensable », le fondamentalisme est « dangereux ».

  13. 30 septembre 2010
    Benoît XVI : Verbum Domini

    Exhortation post-synodale : l'exégèse au service de la Parole, les pages obscures éclairées par la pédagogie divine.

Les trois règles de Dei Verbum

Le cœur doctrinal de l'article tient en un paragraphe du concile, le § 12 de Dei Verbum, que le Catéchisme reprend aux §§ 109-114[33]. Trois critères, aucun de plus, aucun de moins : ils forment ensemble la méthode catholique complète.

Chercher ce que les auteurs ont vraiment voulu dire

Première règle : « Pour découvrir l'intention des hagiographes, on doit, entre autres choses, considérer aussi les genres littéraires. Car c'est de façon bien différente que la vérité se propose et s'exprime en des textes diversement historiques, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d'autres genres d'expression »[34]. Autrement dit : lire la Genèse 1 comme un procès-verbal de laboratoire, c'est trahir la lettre autant que la lire comme un mythe. Le psaume se lit en psaume, la parabole en parabole, l'apocalypse en apocalypse, la lettre pastorale en lettre. Pie XII l'avait déjà exigé en 1943 : discerner « quels genres littéraires les auteurs de cet âge antique ont voulu employer », pourvu que le genre reconnu « ne répugne ni à la sainteté ni à la vérité de Dieu »[35].

Cette attention aux genres n'est pas une concession à l'esprit du temps : elle appartient à la foi en l'inspiration. Puisque Dieu parle par des hommes situés, il faut connaître leur langue, leurs coutumes, leurs manières de raconter, pour entendre ce qu'ils affirment vraiment. L'exégète catholique apprend donc l'hébreu et le grec, compare les manuscrits, étudie l'archéologie : non pour prendre le texte en défaut, mais pour établir solidement le sens littéral, sans lequel tout le reste s'effondre[36].

Les trois critères inséparables

Vatican II ne s'arrête pas au travail historique : « l'Écriture Sainte doit être lue et interprétée à la lumière de cette même foi vive de l'Église qui a guidé sa rédaction », en tenant compte de trois exigences conjointes[37]. Le tableau suivant les résume avec leur application concrète.

CritèreCe qu'il demandeExemple d'application
Le contenu et l'unité de toute l'ÉcritureNe jamais isoler un verset : le lire dans l'ensemble du dessein de Dieu, l'Ancien éclairé par le Nouveau« Tu ne tueras pas » (Ex 20, 13) se comprend avec le Sermon sur la montagne (Mt 5, 21-22), qui accomplit sans abolir
La Tradition vivante de toute l'ÉgliseLire avec les Pères, les conciles, la liturgie : vingt siècles de lecture valent mieux qu'une intuition privéeLe « rocher » de Mt 16, 18 lu avec les Pères (Pierre, puis sa foi, puis le Christ lui-même selon les aspects) plutôt qu'au gré des systèmes
L'analogie de la foiLa cohérence interne de la Révélation : un passage obscur s'éclaire par les passages clairs, jamais l'inverseLes récits de la création (Gn 1-2) lus avec le prologue de Jean (Jn 1, 1-3) et le Ps 104, jamais contre eux

Ces trois critères se contrôlent mutuellement : l'unité sans la Tradition devient subjectivisme pieux ; la Tradition sans la lettre devient traditionalisme ; la lettre sans l'unité devient fondamentalisme. Ensemble, ils interdisent à la fois de faire dire au texte n'importe quoi et de lui faire dire moins qu'il ne dit.

Le centre : le Christ, et l'Ancien Testament accompli

Tout converge vers le Christ, qui lui-même donnait la clé aux disciples d'Emmaüs : « commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait » (Lc 24, 27)[38]. L'Église lit donc l'Ancien Testament comme promesse et figure, le Nouveau comme accomplissement et plénitude : Adam et le Christ (Rm 5, 14), l'agneau pascal et l'Eucharistie (1 Co 5, 7), le serpent d'airain et la Croix (Jn 3, 14), Jonas et la Résurrection (Mt 12, 40), la manne et le Pain de vie (Jn 6), Melchisédech et le sacerdoce du Christ (He 7)[39]. Le dossier complet de ces préfigurations est déplié dans Les figures du Christ dans l'Ancien Testament ; on retient ici le principe herméneutique : toute lecture qui éloigne du Christ s'est égarée, et toute lecture qui y conduit marche dans la Tradition.

La condescendance divine éclaire ce chemin : « les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, se sont faites semblables au langage des hommes, de même que jadis le Verbe du Père éternel, ayant assumé l'infirmité de notre chair, s'est fait semblable aux hommes »[40]. Comme le Christ s'est abaissé sans cesser d'être Dieu, l'Écriture s'abaisse au langage des hommes sans cesser d'être Parole de Dieu. Mépriser la lettre au nom de l'esprit, c'est mépriser l'Incarnation elle-même.

Les quatre sens, en bref

La Tradition distingue quatre sens, un littéral et trois spirituels, que saint Thomas fonde ainsi : Dieu pouvant ordonner les choses elles-mêmes les unes aux autres, les réalités racontées par la lettre signifient à leur tour d'autres réalités[41]. Le mot « Jérusalem » les montre tous les quatre d'un coup.

SensQuestion posée« Jérusalem » signifie
LittéralQue disent les mots dans leur temps ?La ville réelle, capitale de Juda, avec son temple et son histoire
Allégorique (ce qu'il faut croire)Que figure-t-elle dans le dessein de Dieu ?L'Église, cité rassemblée par le Christ, « Jérusalem d'en haut » (Ga 4, 26)
Moral ou tropologique (ce qu'il faut faire)Que dois-je en faire ?L'âme fidèle, qui doit se laisser bâtir comme une pierre vivante (1 P 2, 5)
Anagogique (vers quoi il faut tendre)Où cela conduit-il ?Le Ciel, la Jérusalem céleste de l'Apocalypse (Ap 21, 2)

Deux garde-fous, rappelés par le magistère : le sens spirituel ne se reçoit que fondé sur le littéral et dans la foi de l'Église, jamais comme une invention privée ; et les dérives allégoristes (tout transformer en symbole jusqu'à vider l'histoire) sont aussi condamnées que le littéralisme[42]. Le développement complet, avec les sources patristiques, les exemples étendus et les mises en garde, se trouve dans Le sens spirituel de l'Écriture.

L'Écriture priée : l'usage liturgique

L'interprétation catholique ne vit pas seulement dans les livres : elle se chante, se proclame et se prie. La liturgie est la première école d'exégèse du peuple chrétien, et elle applique chaque dimanche les règles exposées plus haut[43].

Le lectionnaire : trois ans pour tout entendre

Depuis la réforme promulguée après Vatican II (Ordo lectionum Missae, 1969), les lectures du dimanche suivent un cycle de trois ans (années A, B, C, adossées aux Évangiles de Matthieu, Marc et Luc, Jean revenant chaque année aux fêtes) : première lecture tirée de l'Ancien Testament, psaume chanté en réponse, épître, puis Évangile[44]. Le choix n'est jamais arbitraire : la première lecture est accordée à l'Évangile du jour, manifestant l'unité des deux Testaments dans chaque célébration. En semaine, un cycle de deux ans parcourt le reste. Un catholique qui suit la messe dominicale entend ainsi proclamer, en trois ans, l'essentiel de toute l'Écriture, ordonné au mystère célébré.

Les psaumes, respiration quotidienne

Le psautier est la prière officielle de l'Église : la Liturgie des Heures en répartit les 150 psaumes sur quatre semaines, et les moines comme les prêtres les chantent chaque jour[45]. Les psaumes sont le seul livre que le Christ ait prié tel quel (les cris de la Croix viennent des Ps 22 et 31), et l'Église y a toujours lu, sous la lettre d'Israël priant, la voix du Christ et de son Corps[46]. C'est l'exemple le plus ancien et le plus quotidien du sens spirituel vécu : le même verset dit historiquement la plainte de David et, dans la bouche de l'Église, la prière du Christ abandonné.

La Vigile pascale : la typologie chantée

Une nuit par an, l'Église déploie sa lecture en grand : la Vigile pascale proclame jusqu'à sept lectures de l'Ancien Testament (création, sacrifice d'Isaac, passage de la mer Rouge, Isaïe, Baruch, Ézéchiel) avant l'épître et l'Évangile de la Résurrection[47]. Chaque texte est une figure du baptême et de Pâques, et l'assemblée les entend comme tels. Puis retentit l'Exsultet, le chant qui ose la formule la plus audacieuse de la typologie chrétienne :

« O heureuse faute, qui nous a valu un tel et si grand Rédempteur ! »

  • Exsultet de la Vigile pascale[48]

Texte original latin : « O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere Redemptorem ! ». La chute elle-même, relue depuis la Résurrection, devient figure de la miséricorde : voilà l'interprétation catholique en acte, que nul traité ne remplace.

La crise moderniste et la réponse de l'Église

Au tournant du XXe siècle, l'Église affronte la première attaque systématique contre sa lecture : non plus tel livre contesté, mais la méthode elle-même, qui prétend réserver l'histoire aux savants et la foi aux simples. La réponse romaine, échelonnée de 1902 à 1950, fixe pour un siècle les limites du débat[49].

Loisy et le divorce entre histoire et foi

L'abbé Alfred Loisy (1857-1940), professeur à l'Institut catholique de Paris, publie en 1902 L'Évangile et l'Église, puis en 1903 Le Quatrième Évangile : il y rejette l'authenticité johannique et l'historicité du quatrième Évangile, séparant le « Jésus de l'histoire » du « Christ de la foi »[50]. L'enjeu dépasse un livre : si l'exégèse historique décide seule de ce qui est vrai et relègue la Tradition au rang d'illusion pieuse, l'Église n'a plus rien à interpréter, elle a seulement à s'adapter. Loisy est excommunié en 1908 (vitandus, 7 mars 1908)[51].

Les réponses romaines : Commission biblique, Lamentabili, Pascendi

Rome répond par une série d'actes sans précédent. La Commission biblique pontificale, créée par Léon XIII en 1902 (Vigilantiae, 30 octobre 1902), publie entre 1905 et 1915 quatorze réponses qui fixent les points non négociables : le 23 juin 1905, que certains récits d'apparence seulement historique restent à juger par l'Église ; le 27 juin 1906, que les arguments des critiques ne renversent pas l'authenticité mosaïque substantielle du Pentateuque, compatible avec l'usage de sources et des retouches ; le 29 mai 1907, que le quatrième Évangile a pour auteur l'apôtre Jean et une pleine valeur historique ; le 30 juin 1909, que les trois premiers chapitres de la Genèse gardent un caractère historique au sens vrai[52]. Pie X donne à ces décisions leur autorité par le motu proprio Praestantia Scripturae (1907)[53], puis le décret Lamentabili (3 juillet 1907) condamne 65 propositions, et l'encyclique Pascendi (8 septembre 1907) démonte le système moderniste tout entier[54]. Benoît XV, pour le quinzième centenaire de saint Jérôme, couronne l'édifice par Spiritus Paraclitus (15 septembre 1920), qui propose le Docteur de Bethléem comme modèle de l'exégète : science des langues et soumission à l'Église[55].

De Divino Afflante à Humani Generis : fermeté et ouverture

Pie XII ouvre ensuite un second temps : sans rien retirer aux décisions, il donne aux exégètes catholiques les moyens scientifiques de répondre. Divino Afflante Spiritu (30 septembre 1943) demande le retour aux langues originales, l'usage de la critique textuelle et de l'archéologie, et la reconnaissance des genres littéraires, au service du sens littéral[56]. La lettre de la Commission biblique au cardinal Suhard (16 janvier 1948) précise l'usage des sources du Pentateuque et le statut des onze premiers chapitres de la Genèse[57]. Et Humani Generis (12 août 1950) déplore « une interprétation trop libre des livres historiques de l'Ancien Testament » et rappelle que ces onze chapitres, sans suivre la méthode des historiens grecs et latins, « appartiennent néanmoins à l'histoire en un sens vrai »[58]. Cette formule équilibrée reste la charte catholique des récits des origines : ni concordisme naïf, ni relégation au mythe.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Vient enfin, à sa vraie place, le dossier que beaucoup prennent pour le tout de la question : les hypothèses de l'exégèse historico-critique des XIXe-XXe siècles. L'Église les connaît, les utilise quand elles servent la lettre, et les juge quand elles prétendent décider de la foi. Le lecteur catholique doit donc les connaître aussi, sans les idolâtrer[59].

Les hypothèses en circulation

Le programme naît d'une question légitime, posée dès le XVIIe siècle : que sait-on de la formation matérielle des livres ? Richard Simon (Histoire critique du Vieux Testament, Paris, 1678), prêtre de l'Oratoire, ouvre l'enquête catholique ; Spinoza (Traité théologico-politique, 1670) la retourne contre l'autorité de l'Écriture[60]. Au XVIIIe siècle, Jean Astruc (1753) distingue dans la Genèse les passages où Dieu est nommé Élohim de ceux où il est nommé Yahvé, et y voit deux mémoires assemblées ; en 1805, la dissertation d'Iéna de W. M. L. de Wette identifie le Deutéronome au livre retrouvé sous Josias (2 R 22)[61]. Au XIXe siècle, l'école allemande systématise : D. F. Strauss (Vie de Jésus, 1835-1836) range les Évangiles parmi les mythes, E. Renan (Vie de Jésus, 1863) en fait un roman sentimental, et J. Wellhausen (Prolegomena, 1878) découpe le Pentateuque en quatre sources (Yahviste, Élohiste, Deutéronomiste, Sacerdotale) rédigées entre le Xe et le Ve siècle avant J.-C.[62]. Au XXe siècle, H. Gunkel applique aux récits l'histoire des genres (1901), M. Dibelius et R. Bultmann démontent les Évangiles en petites unités de prédication, et Bultmann propose en 1941 de « démythologiser » le Nouveau Testament[63]. De là les affirmations courantes : Moïse n'a pas écrit le Pentateuque, Isaïe est de trois auteurs, Daniel est un écrit maccabéen du IIe siècle, les Évangiles sont tardifs et la source Q (jamais retrouvée dans aucun manuscrit) expliquerait les Synoptiques.

Cinq fragilités de méthode

Ces reconstructions sont présentées loyalement, puis jugées sur pièces, car elles souffrent de fragilités récurrentes que l'Église a nommées depuis un siècle.

D'abord les reconstructions hypothétiques : des sources (Q, le Yahviste, le Deutéro-Isaïe comme auteur séparé) qui n'existent dans aucun manuscrit, jamais citées par aucun témoin ancien, mais traitées comme des faits. Une hypothèse de travail est légitime ; une hypothèse promue au rang de résultat, sans témoin, ne l'est pas[64].

Ensuite les datations circulaires : on date Daniel du IIe siècle parce qu'une prophétie précise ne peut précéder l'événement, puis on prouve par cette date que la prophétie est écrite après coup. Le raisonnement présuppose ce qu'il prétend démontrer. Or ce présupposé est philosophique, non historique : il écarte d'avance le surnaturel, au lieu de l'examiner. Porphyre de Tyr objectait déjà cela au IIIe siècle, et saint Jérôme lui répondait dans son Commentaire sur Daniel : l'objection a dix-sept siècles, et sa réfutation aussi[65].

Troisièmement le présupposé anti-miraculeux : miracle et prophétie étant exclus par principe, tout récit qui les contient est déclaré tardif ou légendaire avant examen. C'est l'exact inverse de la méthode historique, qui pèse les témoignages au lieu de les disqualifier par catégorie[66].

Quatrièmement l'argument du silence : tel roi, tel événement n'étant pas mentionné hors de la Bible, il n'aurait pas existé. L'archéologie a réfuté ce raisonnement assez de fois pour le discréditer : on niait David faute d'inscription, jusqu'à la stèle de Tel Dan (1993) ; on niait telle coutume, jusqu'aux tablettes qui l'attestent[67].

Enfin les extrapolations fragiles : le « concile de Jamnia » (Yavneh, vers 90), censé avoir fixé le canon juif contre les chrétiens, n'est qu'une hypothèse de H. Graetz (1871), aujourd'hui largement abandonnée par les spécialistes[68]. Beaucoup de « résultats acquis » sont de cette trempe : des échafaudages ingénieux, utiles à discuter, ruineux à confesser.

Ce que les pierres et les manuscrits ont confirmé

Car l'archéologie et la critique textuelle, elles, ont parlé, et le plus souvent en faveur de la transmission. Quelques faits massifs, parmi des centaines : les amulettes d'argent de Ketef Hinnom (découvertes en 1979 par G. Barkay), portant la bénédiction sacerdotale (Nb 6, 24-26) et datées d'environ 600 avant J.-C., prouvent qu'un texte biblique que nous lisons encore circulait déjà avant l'exil[69]. La stèle araméenne de Tel Dan (1993) mentionne la « maison de David » (bytdwd), balayant un siècle de négations de l'existence davidique[70]. Les manuscrits de Qumrân (découverts à partir de fin 1947, quelque 900 manuscrits) livrent un rouleau d'Isaïe complet (1QIs-a), antérieur de mille ans aux copies massorétiques, et pourtant substantiellement identique : la transmission fut fidèle[71]. Le papyrus P52 (fragment de Jean 18, publié par C. H. Roberts en 1935, vers 125) interdit de repousser le quatrième Évangile au milieu du IIe siècle[72]. Le papyrus Nash (IIe siècle avant J.-C., Ex 20 et Dt 6) confirme l'ancienneté du texte du Décalogue[73]. Et le Nouveau Testament reste le texte antique le mieux attesté du monde, avec plus de 5 800 manuscrits grecs recensés[74]. Ces faits ne « prouvent » pas la foi, mais ils retirent aux datations tardives et aux accusations de falsification leur principal carburant.

Ni fondamentalisme, ni scepticisme

L'Église refuse les deux extrêmes avec la même netteté. D'un côté, la lecture fondamentaliste, qui refuse le caractère historique de la révélation en la prenant au pied de la lettre matérielle sans genres ni histoire, est « dangereuse » : elle « offre des interprétations pieuses mais illusoires » et « invite à une sorte de suicide intellectuel »[75]. De l'autre, l'exégèse qui dissout le texte trahit sa mission : la méthode historico-critique, dit la Commission biblique, « est indispensable » à l'étude scientifique, car l'Écriture est aussi « parole de Dieu en langage humain » ; mais elle « n'implique par elle-même aucun a priori » seulement si elle reste ouverte, et elle doit se combiner avec les autres approches au lieu de décider seule[76]. Le cardinal Ratzinger, dès 1988 à New York, diagnostiquait la crise : une exégèse coupée de la foi finit par ne plus entendre ce que le texte dit, et l'Église a besoin d'une exégèse qui lise « avec » les auteurs inspirés, non contre eux[77]. Benoît XVI, dans Verbum Domini (2010), nomme franchement les « pages obscures » de la Bible et demande de les éclairer par la pédagogie divine : Dieu éduque son peuple par étapes, et ce qui scandalise le lecteur pressé instruit le lecteur patient[^verbum-domini}.

Blaise Pascal donnait déjà la règle d'or de cette lecture adulte :

« Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. »

  • Blaise Pascal, Pensées, fragment 427 (édition Lafuma)[78]

Les objections sur le texte, une à une

Reste à répondre aux objections que tout lecteur rencontre tôt ou tard. La méthode est toujours celle d'Augustin : vérifier le texte, la traduction, puis sa propre lecture, avant d'accuser l'Écriture[79].

Les contradictions apparentes

Les deux récits de la création (Gn 1 et Gn 2) ne se contredisent pas : le premier chante l'ordre du cosmos en six jours, le second raconte la formation de l'homme et de la femme dans le jardin. Complémentarité de regards, non concurrence de procès-verbaux : les Pères l'ont toujours lu ainsi, et les genres littéraires distingués par Dei Verbum le confirment[80]. Les chiffres divergents entre les Rois et les Chroniques (par exemple les effectifs de 2 S 24, 9 et 1 Ch 21, 5, ou l'âge d'Ochozias en 2 R 8, 26 et 2 Ch 22, 2) relèvent de la transmission des nombres, notoirement fragiles chez les copistes : l'inerrance porte sur ce que l'auteur affirme, non sur chaque chiffre recopié[81]. Les généalogies de Jésus (Mt 1 par Salomon, Lc 3 par Nathan) suivent deux lignées distinctes, l'une royale et l'autre selon une autre branche, comme Augustin l'expliquait déjà dans son Accord des Évangélistes (vers 400)[82]. Le recensement de Quirinius (Lc 2, 2) fait l'objet d'un dossier historique débattu entre spécialistes (sens du mot grec, doubles charges du personnage, inscriptions discutées) : un dossier ouvert n'est pas une erreur établie[83]. La finale de Marc (16, 9-20) manque dans deux grands codex du IVe siècle mais figure dans l'immense majorité des témoins, et l'Église l'a reçue dans son canon : la critique textuelle pèse les manuscrits, elle ne vote pas à deux voix contre mille[84]. La femme adultère (Jn 7, 53 - 8, 11), absente des plus anciens témoins grecs mais présente dans la tradition latine et reçue par l'Église, s'explique de même : un passage authentique, diversement placé selon les copies[85].

Les pages obscures et la pédagogie divine

Les ordres d'extermination, les malédictions des psaumes, la dureté de certaines lois : l'Ancien Testament contient des pages qui scandalisent, et l'Église ne le nie pas. Sa réponse tient en un mot : pédagogie. Dieu éduque un peuple rude par étapes, comme un père avec un enfant, sans cesser de le conduire vers la plénitude du Christ[86]. Marcion, au IIe siècle, en concluait à deux dieux opposés et fut excommunié vers 144 ; l'Église répondit qu'il n'y a qu'un seul Dieu, qui se révèle progressivement[87]. Le lecteur pressé voit une contradiction entre les Testaments ; le lecteur patient y voit une éducation. Et nulle page obscure n'autorise à bâtir une doctrine contre les pages claires : l'analogie de la foi l'interdit[88].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine (18 novembre 1965), § 11 : « Notre sainte Mère l'Église, de par la foi apostolique, tient pour sacrés et canoniques tous les livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l'inspiration de l'Esprit Saint (cf. Jn 20, 31 ; 2 Tm 3, 16 ; 2 P 1, 19-21 ; 3, 15-16), ils ont Dieu pour auteur et qu'ils ont été transmis comme tels à l'Église elle-même » ; « puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l'Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l'Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut. » Texte officiel : vatican.va.

    1 5 10
  2. Concile de Trente, IVe session, décret Sacrosancta sur les livres saints (8 avril 1546) : liste des livres reçus et Vulgate déclarée texte authentique. Les conciles de Rome (382), d'Hippone (393) et de Carthage III (397) avaient déjà reçu la même liste ; Florence (décret pour les Jacobites, 1442) l'avait confirmée pour l'Orient.

    2 14
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 105 (citant Dei Verbum, § 11) : l'Église « juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l'inspiration de l'Esprit Saint ils ont Dieu pour auteur et qu'ils ont été transmis comme tels à l'Église elle-même ».

    3
  4. 2 Tm 3, 16 : « Toute Écriture est inspirée de Dieu » ; 2 P 1, 19-21 : « ce n'est pas d'une volonté humaine qu'est jamais venue une prophétie ; c'est portés par l'Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu ».

    4
  5. Pie XII, encyclique Divino Afflante Spiritu sur les études bibliques (30 septembre 1943) : l'Écriture étant « parole de Dieu en langage humain », l'exégète doit établir le sens littéral « au moyen de la connaissance des langues, en s'aidant du contexte et de la comparaison avec les passages analogues ». Texte : vatican.va.

    6
  6. Témoignage continu : tradition juive (Baba Bathra 14b-15a), indices internes (Jn 5, 46 pour Moïse ; Ac 2, 25-31 pour David ; Jn 21, 24 pour le disciple bien-aimé ; 2 P 3, 15-16 pour Paul), réception canonique sous ces noms, usage liturgique ininterrompu. Cf. les réponses de la Commission biblique pontificale (27 juin 1906 ; 29 mai 1907 ; 30 juin 1909).

    7
  7. Concile Vatican I, constitution Dei Filius sur la foi catholique (24 avril 1870), ch. 2 : les livres saints, « écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, ont Dieu pour auteur » (Denzinger, n. 3006).

    8
  8. Léon XIII, encyclique Providentissimus Deus sur les Saintes Écritures (18 novembre 1893) : les Écritures divines, « telles qu'elles nous ont été livrées par les écrivains sacrés, sont exemptes de toute erreur ». Texte : vatican.va.

    9
  9. Saint Augustin, lettre 82 à saint Jérôme, I, 3 (nous traduisons) : s'il bute sur un passage qui semble contraire à la vérité, c'est que le manuscrit est fautif, ou le traducteur trompé, ou lui-même sans comprendre. Texte original latin : « vel mendosum esse codicem, vel interpretem non assecutum esse..., vel me minime intellexisse ».

    11 79
  10. Origène, Hexaples (Césarée, vers 240) : six colonnes parallèles (hébreu, translittération, quatre versions grecques) pour comparer les textes. Témoignage : Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 16.

    12
  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 120 : « Elle comporte pour l'Ancien Testament 46 (45, si l'on compte Jr et Lm ensemble) écrits et 27 pour le Nouveau », suivis de la liste complète des 73 livres.

    13
  12. Commission biblique pontificale, L'Interprétation de la Bible dans l'Église (Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 1993) : la IIe partie (Herméneutique) recense les traditions d'interprétation reçues (juive, paulinienne, patristique) avant d'examiner les méthodes modernes.

    15
  13. Ne 8, 1-8 : Esdras lit la Loi devant le peuple, et les lévites « donnaient le sens » (meforash) pour faire comprendre la lecture.

    16
  14. Talmud de Babylone, traité Baba Bathra, folios 14b-15a : Moïse a écrit le Pentateuque et Job ; Josué son livre ; Samuel les Juges et Ruth ; David les Psaumes avec dix anciens ; Jérémie les Rois ; Isaïe son livre.

    17
  15. Lettre d'Aristée (§ 301-311) : récit des 72 traducteurs à Alexandrie ; Philon d'Alexandrie, De la vie de Moïse, II : l'inspiration des traducteurs. La Septante (IIIe-IIe siècle avant J.-C.) est la Bible de l'Église naissante.

    18
  16. Les pesharim de Qumrân (IIe-Ier siècle avant J.-C.), dont le commentaire d'Habaquq (1QpHab), lisent les prophètes comme s'accomplissant dans le présent de la communauté : lecture actualisante avant l'Église.

    19
  17. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 4 : Polycarpe, « instruit par les apôtres », transmet à l'Église ce qu'il tient de Jean ; cf. sa lettre à Florinus, conservée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 20.

    20
  18. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 11, 8 (nous traduisons) : « Il n'est pas possible que les Évangiles soient ni plus nombreux ni moins nombreux que quatre », comme les quatre vents et les quatre zones du monde.

    21
  19. Tertullien, De la prescription contre les hérétiques (vers 200), ch. 13-14 : la regula fidei, résumé du Symbole reçu au baptême, juge toute interprétation de l'Écriture.

    22
  20. Saint Vincent de Lérins, Commonitorium (434), ch. 2 (nous traduisons). Texte original latin : « quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est ».

    23
  21. Origène, Traité des Principes, livre IV (vers 229-230) : l'Écriture a un corps (la lettre), une âme (le sens moral) et un esprit (le sens mystique), comme l'homme.

    24
  22. École d'Antioche (Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste, saint Jean Chrysostome) : primat de l'histoire et de la lettre, contre les excès allégoriques. Cf. les Homélies sur la Genèse de Chrysostome.

    25
  23. IIe concile de Constantinople (553) : condamnation des Trois Chapitres, dont les écrits de Théodore de Mopsueste niant le sens prophétique et messianique de plusieurs textes.

    26
  24. Le pape Damase Iᵉʳ charge Jérôme de réviser le latin (382) ; traduction depuis l'hébreu (hebraica veritas), préfaces et commentaires livre par livre. Cf. la préface au Pentateuque (Praefatio in Pentateuchum).

    27
  25. Saint Jérôme, commentaire sur Isaïe, prologue (PL 24, 17) : « L'ignorance des Écritures, c'est l'ignorance du Christ » (cité par Dei Verbum § 25 et CEC § 133).

    28
  26. Saint Augustin, De la doctrine chrétienne, livre I (vers 396-397) : toute l'Écriture apprend à aimer Dieu et le prochain ; l'interprétation qui n'édifie pas la charité a manqué son but.

    29
  27. Saint Augustin, Questions sur l'Heptateuque, II, 73 (cité par CEC § 129 et Dei Verbum § 16). Texte original latin : « Novum Testamentum in Vetere latet, Vetus in Novo patet ».

    30
  28. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ire partie, question 1, article 10 : le sens littéral fonde les sens spirituels, car Dieu peut ordonner les choses elles-mêmes à se signifier entre elles.

    31 41
  29. Distique des écoles médiévales : « Littera gesta docet, quid credas allegoria, moralis quid agas, quo tendas anagogia » (la lettre enseigne les faits, l'allégorie ce qu'il faut croire, la morale ce qu'il faut faire, l'anagogie vers quoi il faut tendre).

    32
  30. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 109-114 : chercher l'intention des auteurs à travers les genres, puis lire dans le contenu et l'unité de l'Écriture, la Tradition vivante et l'analogie de la foi.

    33
  31. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 12 : « Pour découvrir l'intention des hagiographes, on doit, entre autres choses, considérer aussi les genres littéraires. Car c'est de façon bien différente que la vérité se propose et s'exprime en des textes diversement historiques, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d'autres genres d'expression. »

    34
  32. Pie XII, Divino Afflante Spiritu (1943) : l'exégète doit « discerner et reconnaître quels genres littéraires les auteurs de cet âge antique ont voulu employer et ont réellement employés », pourvu que le genre reconnu « ne répugne ni à la sainteté ni à la vérité de Dieu ».

    35 56
  33. Pie XII, Divino Afflante Spiritu (1943), sur le sens littéral : « il leur faut avant tout s'appliquer à discerner et à déterminer ce sens des mots bibliques qu'on appelle le sens littéral. Ils doivent mettre le plus grand soin à découvrir ce sens littéral des mots au moyen de la connaissance des langues, en s'aidant du contexte et de la comparaison avec les passages analogues. »

    36
  34. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 12 : l'Écriture « doit être lue et interprétée à la lumière de ce même Esprit qui l'a fait rédiger », en tenant compte « du contenu et de l'unité de toute l'Écriture, eu égard à la Tradition vivante de toute l'Église et à l'analogie de la foi ».

    37 88
  35. Luc 24, 27 (disciples d'Emmaüs), traduction liturgique : « Et, commençant par Moïse et par tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait » ; cf. Lc 24, 44.

    38
  36. Références scripturaires : Adam et le Christ (Rm 5, 14) ; l'agneau pascal (1 Co 5, 7) ; le serpent d'airain (Jn 3, 14) ; Jonas (Mt 12, 40) ; la manne et le Pain de vie (Jn 6) ; Melchisédech (He 7).

    39
  37. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 13 : « les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, se sont faites semblables au langage des hommes, de même que jadis le Verbe du Père éternel, ayant assumé l'infirmité de notre chair, s'est fait semblable aux hommes » (condescendance de la sagesse divine, d'après saint Jean Chrysostome).

    40
  38. Commission biblique pontificale, L'Interprétation de la Bible dans l'Église (1993) : le sens spirituel, enraciné dans le sens littéral et reçu dans la foi de l'Église, garde sa pleine légitimité contre son effacement par la critique moderne.

    42
  39. Concile Vatican II, Dei Verbum, § 21 : « L'Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l'offrir aux fidèles. »

    43
  40. Ordo lectionum Missae (1969) : cycle dominical de trois ans (années A, B, C autour de Matthieu, Marc et Luc) et cycle férial de deux ans, première lecture accordée à l'Évangile.

    44
  41. Liturgie des Heures (réforme post-conciliaire) : le psautier de 150 psaumes réparti sur quatre semaines, prière officielle quotidienne de l'Église.

    45
  42. Les cris de la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Ps 22, 1, repris en Mt 27, 46) et « En tes mains je remets mon esprit » (Ps 31, 6, repris en Lc 23, 46).

    46
  43. Missel romain, Vigile pascale : sept lectures de l'Ancien Testament (Gn 1 ; Gn 22 ; Ex 14 ; Is 54 ; Is 55 ; Ba 3 ; Ez 36), puis l'épître (Rm 6) et l'Évangile de la Résurrection.

    47
  44. Exsultet, chant de la Vigile pascale : « O heureuse faute, qui nous a valu un tel et si grand Rédempteur ! » Texte original latin : « O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere Redemptorem ! ».

    48
  45. Sur la crise moderniste : Émile Poulat, Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste, Casterman, Tournai, 1962 (rééd. Albin Michel, Paris, 1996).

    49
  46. Alfred Loisy, L'Évangile et l'Église, Picard, Paris, 1902 ; Le Quatrième Évangile, Picard, Paris, 1903 : rejet de l'authenticité johannique et de l'historicité du quatrième Évangile.

    50
  47. Décret du Saint-Office du 7 mars 1908 : Loisy est déclaré excommunié vitandus (à éviter).

    51
  48. Commission biblique pontificale, créée par Léon XIII (Vigilantiae, 30 octobre 1902) : quatorze réponses entre 1905 et 1915, dont le 23 juin 1905 (récits d'apparence historique), le 27 juin 1906 (authenticité mosaïque substantielle du Pentateuque), le 29 mai 1907 (l'apôtre Jean auteur du quatrième Évangile, pleine valeur historique), le 30 juin 1909 (caractère historique des trois premiers chapitres de la Genèse). Cf. J. A. Fitzmyer, sur ces décisions, Theological Studies 25 (1964).

    52
  49. Pie X, motu proprio Praestantia Scripturae (1907) : les décisions de la Commission biblique sont « très utiles pour promouvoir et diriger les études bibliques dans la bonne voie » (Acta Sanctae Sedis 40 (1907), p. 723-726).

    53
  50. Décret Lamentabili (3 juillet 1907) : 65 propositions condamnées ; Pie X, encyclique Pascendi Dominici gregis (8 septembre 1907) : réfutation du système moderniste.

    54
  51. Benoît XV, encyclique Spiritus Paraclitus pour le quinzième centenaire de saint Jérôme (15 septembre 1920) : le Docteur de Bethléem, modèle de l'exégète catholique.

    55
  52. Commission biblique pontificale, lettre au cardinal Suhard, archevêque de Paris (16 janvier 1948) : usage des sources du Pentateuque et statut des onze premiers chapitres de la Genèse.

    57
  53. Pie XII, encyclique Humani Generis (12 août 1950) : il faut déplorer « une interprétation trop libre des livres historiques de l'Ancien Testament » ; les onze premiers chapitres de la Genèse, sans suivre la méthode des historiens grecs et latins, « appartiennent néanmoins à l'histoire en un sens vrai ». Texte : vatican.va.

    58
  54. Commission biblique pontificale, L'Interprétation de la Bible dans l'Église (1993), I, A : la méthode historico-critique est « indispensable » à l'étude scientifique, car l'Écriture est « parole de Dieu en langage humain » ; bien employée, elle « n'implique par elle-même aucun a priori », mais doit rester ouverte aux autres approches.

    59 76
  55. Richard Simon, Histoire critique du Vieux Testament, Paris, 1678 (prêtre de l'Oratoire, enquête sur les textes et versions) ; Baruch Spinoza, Traité théologico-politique, 1670 : la critique retournée contre l'autorité de l'Écriture.

    60
  56. Jean Astruc, Conjectures sur les mémoires originaux dont il paraît que Moïse s'est servi pour composer le livre de la Genèse, 1753 (distinction Élohim / Yahvé) ; W. M. L. de Wette, dissertation d'Iéna, 1805 : le Deutéronome serait le livre retrouvé sous Josias (2 R 22).

    61
  57. D. F. Strauss, La Vie de Jésus, Tübingen, 1835-1836 (les Évangiles rangés parmi les mythes) ; E. Renan, Vie de Jésus, Michel Lévy, Paris, 1863 ; J. Wellhausen, Prolegomena (sous le titre Geschichte Israels), Berlin, 1878 : les quatre sources du Pentateuque (Yahviste, Élohiste, Deutéronomiste, Sacerdotale).

    62
  58. H. Gunkel, commentaire de la Genèse (Göttingen, 1901, histoire des genres littéraires) ; M. Dibelius, histoire des formes (1919) ; R. Bultmann, Nouveau Testament et mythologie (conférence de 1941) : programme de « démythologisation ».

    63
  59. Réflexion de méthode : une hypothèse de travail (Q, Yahviste, Deutéro-Isaïe comme auteur séparé) est légitime ; promue au rang de résultat sans aucun témoin manuscrit ni ancien, elle ne l'est plus. Cf. Commission biblique pontificale (1993) : aucune méthode ne décide seule.

    64
  60. Porphyre de Tyr, Contre les chrétiens (IIIe siècle, fragments conservés) : Daniel serait un écrit maccabéen postérieur aux événements ; saint Jérôme, Commentaire sur Daniel (vers 407) : réfutation point par point, encore lue aujourd'hui.

    65
  61. Réflexion de méthode : exclure par principe miracle et prophétie avant examen, c'est décider du résultat avant l'enquête. Cf. le diagnostic du cardinal Ratzinger sur l'exégèse coupée de la foi.

    66
  62. A. Biran et J. Naveh, fragment de stèle araméenne de Tel Dan mentionnant la « maison de David » (bytdwd), découvert en 1993 : Israel Exploration Journal 43 (1993), p. 81-98.

    67 70
  63. Hypothèse d'un « concile de Jamnia » (Yavneh, vers 90) fixant le canon juif : H. Graetz, 1871 ; largement abandonnée depuis : J. P. Lewis, sur Jabneh, Journal of Bible and Religion 32 (1964).

    68
  64. Amulettes d'argent de Ketef Hinnom (Jérusalem), découvertes en 1979 par l'équipe de G. Barkay, portant la bénédiction sacerdotale (Nb 6, 24-26), datées d'environ 600 avant J.-C. ; conservées au Musée d'Israël, Jérusalem.

    69
  65. Rouleau complet d'Isaïe (1QIs-a), découvert fin 1947 dans la première grotte de Qumrân : antérieur d'environ mille ans aux copies massorétiques, substantiellement identique. Publication : Discoveries in the Judaean Desert, Oxford, à partir de 1955.

    71
  66. C. H. Roberts, An Unpublished Fragment of the Fourth Gospel in the John Rylands Library, Manchester, 1935 : le papyrus P52 (Jean 18), daté vers 125, interdit une datation tardive du quatrième Évangile.

    72
  67. Papyrus Nash (Ex 20 et Dt 6), IIe siècle avant J.-C., Cambridge University Library ; publié par S. A. Cook en 1903.

    73
  68. B. M. Metzger et B. D. Ehrman, The Text of the New Testament, Oxford University Press, 4e éd., 2005 : plus de 5 800 manuscrits grecs du Nouveau Testament recensés, texte le mieux attesté de toute l'Antiquité.

    74
  69. Commission biblique pontificale, L'Interprétation de la Bible dans l'Église (1993), I, F : l'interprétation fondamentaliste, qui refuse le caractère historique de la révélation biblique, est « dangereuse », car elle « offre des interprétations pieuses mais illusoires » et « invite à une sorte de suicide intellectuel » (nous traduisons).

    75
  70. Cardinal J. Ratzinger, conférence Erasmus « L'interprétation biblique en crise » (New York, 27 janvier 1988), in Biblical Interpretation in Crisis, Eerdmans, Grand Rapids, 1989 : une exégèse coupée de la foi n'entend plus ce que le texte dit.

    77
  71. Blaise Pascal, Pensées, fragment 427 (édition Lafuma) : « Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire. »

    78
  72. Gn 1 (l'ordre du cosmos en six jours) et Gn 2 (la formation de l'homme et de la femme) : complémentarité des regards, lue ainsi par les Pères (cf. saint Augustin, De la Genèse au sens littéral, vers 401-415) et confirmée par la doctrine des genres (Dei Verbum § 12).

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  73. Textes vérifiables dans toute Bible : les effectifs de 2 S 24, 9 et 1 Ch 21, 5 ; l'âge d'Ochozias en 2 R 8, 26 et 2 Ch 22, 2. Les nombres, transmis en toutes lettres fragiles, sont la matière la plus exposée aux fautes de copistes : l'inerrance porte sur ce que l'auteur affirme, non sur chaque chiffre recopié.

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  74. Mt 1 (lignée royale par Salomon) et Lc 3 (autre branche par Nathan) : deux lignées distinctes, expliquées dès saint Augustin, De l'accord des Évangélistes (vers 400), livre II.

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  75. Lc 2, 2 : dossier historique débattu entre spécialistes (sens du mot grec, charges successives du personnage, inscriptions discutées). Cf. la notice de la Bible de Jérusalem sur Lc 2, 2 (Éd. du Cerf, éd. révisée 1998) : un dossier ouvert n'est pas une erreur établie.

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  76. Mc 16, 9-20 : finale absente de deux grands codex du IVe siècle (Vaticanus, Sinaiticus), présente dans l'immense majorité des autres témoins et reçue dans le canon. Cf. l'apparat critique de Nestle-Aland, Novum Testamentum Graece, 28e éd., Stuttgart, 2012.

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  77. Jn 7, 53 - 8, 11 : passage absent des plus anciens témoins grecs, présent dans la tradition latine (Vulgate) et reçu par l'Église dans son canon. Cf. Nestle-Aland, Novum Testamentum Graece, 28e éd., Stuttgart, 2012.

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  78. Benoît XVI, exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini sur la Parole de Dieu (30 septembre 2010) : l'exégèse au service de la Parole, les « pages obscures » éclairées par la pédagogie divine. Texte : vatican.va.

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  79. Marcion de Sinope, excommunié par l'Église de Rome vers 144 : deux dieux opposés, Ancien Testament rejeté. Réponse des Pères : un seul Dieu, auteur des deux Testaments (saint Irénée, Contre les hérésies, IV ; Tertullien, Contre Marcion, vers 207-212).

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